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..de ma petite/forte voix intérieure ....

 

 

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«Le phénomène de la petite voix intérieure n’est pas universel»

https://www.liberation.fr/culture/livres/le-phenomene-de-petite-voix-interieure-nest-pas-universel-20220629_FKNYQCN2SFAABLAYYDQK4FK3RM/

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Paris, le 17 juin : portrait de la linguiste Hélène Lœvenbruck (Paul Rousteau/Libération)

 

Rencontre avec la chercheuse en linguistique et neurocognition Hélène Lœvenbruck, autrice d’un livre qui décortique une activité mentale très commune: se parler à soi-même

 

par Frédérique Roussel

publié le 29 juin 2022 à 17h29
 

Nous nous parlons un quart du temps à nous-mêmes. Une activité silencieuse et industrieuse : lister des choses à faire, réciter des vers, fredonner un air, se motiver pour un rendez-vous, rejouer un conflit… C’est la fameuse «petite voix», si intime, qui semble se démultiplier quand on se rappelle une conversation ou quand on a l’impression d’écouter quelqu’un d’autre parler dans notre tête. Hélène Lœvenbruck les apprivoise et les décortique à sa manière dans le laboratoire du CNRS de psychologie et neurocognition à Grenoble qu’elle dirige (1). Dans un essai richement référencé, la linguiste montre combien le phénomène du langage intérieur se situe à la croisée de plusieurs disciplines, neurosciences, philosophie, psychiatrie, psycholinguistique et littérature, et combien il n’a pas encore livré tous ses secrets. Entretien.

Qu’est-ce que le langage intérieur ?

 

C’est la parole formulée dans sa tête, qui est antérieure à l’émission de la parole à voix haute. On l’appelle endophasie. La strate la plus développée correspond à celle qu’on entend dans sa tête quand on récite un poème par exemple. Mais certaines phases peuvent être moins formulées, parfois juste des mots, parfois seulement un concept. Parfois on décide de parler dans sa tête, consciemment, par exemple en se répétant une liste de courses. A d’autres moments, ce n’est pas conscient.

Comment ça pas conscient ?

C’est le fameux vagabondage mental, que défend Gabriel Bergounioux (1). On pourrait le comparer à une sorte de magma avec des éruptions de temps en temps. Vous regardez la colonne de la Bastille, elle suscite une pensée peut-être pas très intéressante qui va passer sous le seuil de la conscience, puis une autre à laquelle on prête cette fois-ci attention. Mon sentiment, c’est qu’on a une parole intérieure qui est inconsciente et qui émerge parfois à la conscience, avec plus ou moins de sensations auditives associées.

Est-ce lié au monologue intérieur de la littérature ?

Les études et expérimentations littéraires sur le monologue intérieur sont nées au moment où les psychologues et philosophes commencent à s’y intéresser à la fin du XIXe siècle. Aux Etats-Unis, William James parle de «flux de conscience» ; en France, Victor Egger consacre sa thèse de philosophie à la Parole intérieure et même Hippolyte Taine avait commencé à réfléchir sur les phénomènes mentaux, en particulier le langage intérieur. Ces recherches ont nourri l’imaginaire des écrivains de l’époque : Edouard Dujardin avec son roman entier en monologue intérieur Les lauriers sont coupés, James Joyce dont on peut citer le soliloque de Molly Bloom à la fin d’Ulysse et qui se réclamait lui-même de Dujardin, Dorothy Richardson, Valéry Larbaud, Virginia Woolf, chacun d’entre eux l’ont retranscrit à leur manière… Tout un faisceau international d’écrivains s’est intéressé à la manière de rendre le flux de pensées d’un personnage à l’écrit, en étant le plus juste possible. Avec le progrès des outils qui permettent de sortir de l’introspection et de la subjectivité, et de réaliser des mesures, les neurosciences se sont emparées de la question.

Est-ce que ce sont des propos toujours cohérents que nous nous tenons intérieurement ?

Certaines personnes ont tendance à utiliser une parole intérieure développée, avec de belles phrases, alors que pour d’autres il s’agit de bribes, d’abrègement du langage. Cela va de la condensation à la dilatation. Le monologue final de Finnegans Wake de James Joyce est un modèle d’endophasie condensée. Ce continuum d’un extrême à l’autre qui dépend des individus a été décrit par de nombreux auteurs. La situation influe aussi : si on doit préparer une conférence, on aura à l’esprit plutôt des mots et des phrases bien posés. De même, si on fait sa valise, on va énumérer les différents objets à emmener. A d’autres moments où il faut aller très vite, on sera moins précis dans notre formulation interne.

Est-ce qu’on ne s’adresse pas aussi à soi-même dans sa tête et même parfois à autrui ?

C’est la deuxième dimension de la voix intérieure. Dans le monologue, on utilise le «je». Certaines personnes disent que c’est leur propre voix qu’elles entendent, d’autres qu’elle est différente, plus neutre, sans inflexion. Un autre cas de figure, c’est l’imitation mentale de quelqu’un d’autre. Exemple : je peux parler dans ma tête en m’imaginant que je suis Dark Vador avec sa respiration terrifiante. Et puis, il y a la possibilité de simuler des dialogues. On peut revivre une conversation de la veille, souvent quand elle s’est mal passée, et imaginer ce qu’on aurait pu répondre. On peut aussi jouer un dialogue intérieur pour se préparer à une conversation à venir. Simuler des dialogues avec autrui, c’est ce qu’on appelle la dialogalité. On peut aussi explorer dans sa tête plusieurs perspectives ou arguments sur une même idée. Je peux dire : «Ah tiens, je vais voter pour X pour telle raison» et puis en fait : «Ce serait mieux Y pour telle autre raison». Dans une enquête pour le Guardian sur la voix dans la tête, Sirin Kale a interviewé une femme qui lui a raconté que quand elle avait une décision importante à prendre dans sa vie, cela prenait la forme d’un dialogue vif entre deux personnes, un couple d’Italiens alors qu’elle est anglaise. Et elle choisit à la fin celui qui a le meilleur argument.

Quelle est la troisième dimension ?

C’est la différence entre endophasie intentionnelle et non intentionnelle, les fluctuations entre des moments où on sait qu’on parle dans notre tête et des moments de vagabondage mental. On peut décider quand démarre et s’arrête la parole délibérée, intentionnelle. La non intentionnelle survient sans qu’on sache pourquoi. On a des stimuli mentaux qu’on se crée soi-même, mais dont on ne contrôle absolument pas ni l’initiation, ni l’interaction. Cela pose plein de questions sur le contrôle de nous-mêmes, de notre pensée, de notre conscience et même de notre libre arbitre. Parfois cela peut aller jusqu’à ne pas savoir si ce qu’on entend on l’a formulé soi-même.

Est-ce entendre des voix à la Jeanne d’Arc ?

Oui, et beaucoup d’écrivains le disent. Dickens affirmait entendre ses personnages et écrire les dialogues sous la dictée. Les chercheurs en endophasie du projet «Hearing the voice» de l’université de Durham ont mené une enquête en 2014 auprès d’écrivains, nombre d’entre eux disaient ne pas avoir la sensation d’être l’auteur de leurs écrits. Le dysfonctionnement d’un des mécanismes du cerveau peut produire l’impression de ne pas être l’auteur de nos pensées, et que la voix vient de l’extérieur. C’est là où on est Jeanne d’Arc, quelqu’un qui entend des voix. Pour moi, comme pour mes collègues à l’université de Durham, il y a une sorte de continuum entre la parole intérieure inconsciente et peu intentionnelle, qui a l’air d’arriver spontanément, et la vraie hallucination auditive, où l’on perçoit une voix avec l’impression que c’est autrui qui nous parle dans notre tête.

Pouvez-vous l’observer scientifiquement ce dysfonctionnement ?

A l’imagerie cérébrale, les régions de la motricité du langage et les régions auditives sont activées normalement. Mais, alors qu’habituellement elles sont connectées, cette boucle semble interrompue chez la personne qui entend des voix. Donc elle entend quelque chose dans sa tête, mais elle n’a pas la sensation de l’avoir produit elle-même. On ne sait pas expliquer cette déconnexion dans le cerveau. On commence à en avoir des traces objectives par l’imagerie mentale. Lucile Rapin, une doctorante de notre laboratoire qui a travaillé avec un spécialiste des hallucinations mentales chez les patients schizophrènes à l’université de British Columbia à Vancouver, a ainsi pu observer par l’imagerie mentale cette absence de connexions entre ces deux régions, et également une activité des muscles et des lèvres de la personne en train d’avoir une hallucination auditive grâce à de petits capteurs électromyographiques.

A-t-on tous une petite voix intérieure ?

Plein de théories ont été élaborées à partir de l’acception que tout le monde se parle à soi-même. Si on remonte aux travaux d’Hippolyte Taine, de Francis Galton aux Etats-Unis et même Jean-Martin Charcot, ils avaient commencé à percevoir que nous ne sommes pas universels dans notre façon de mentaliser le monde. Charcot avait remarqué que des patients affirmaient ne pas avoir de visuel dans la tête. Mais cela n’avait jamais constitué un vrai objet d’études, jusqu’à ce qu’en 2010, le neurologue anglais Aden Zeman tombe sur le cas d’un patient qui disait ne plus voir dans sa tête depuis une opération d’angioplastie. Par exemple, quand on lui demandait d’imaginer un tigre, il savait bien que c’était un félin à rayures, mais il n’avait pas de sensation visuelle. Après avoir publié son article, Zeman a reçu des centaines de courriers de gens qui disaient être ainsi depuis leur naissance et que cela n’avait rien de spécifique. Avec son équipe, ils ont inventé le terme d’aphantasie, qui peut être visuelle mais aussi auditive. Si on demande à un aphantasique d’imaginer un bruit de klaxon, il ne peut pas. Il sait ce que c’est qu’un klaxon, reconnaît le son, mais il ne peut pas le simuler dans sa tête. De même pour le goût, l’odorat, le contact… On en est venu à parler d’aphantasie multimodale, soit une modalité, soit plusieurs, soit toutes en fonction des individus. Le phénomène de petite voix intérieure n’est donc pas universel, et on estime selon les études, que l’aphantasie concerne entre 2 et 6 % de la population.

Est-ce que cela complique l’existence ?

Dans certains cas, c’est un inconvénient : quand on a besoin de visualiser, de retenir des choses comme un numéro de téléphone. Personnellement, si je ne me le dis pas dans la tête ou si je ne le vois pas écrit, j’ai du mal à m’en souvenir… Les aphantasiques trouvent une autre stratégie. Ils ont une mémoire acérée du factuel, mais qui n’est pas riche en détails sensoriels. Par contre, ils n’ont pas de flash-back et sont moins à la merci d’images intrusives en cas de stress post-traumatique. Un deuxième avantage, sur lesquelles nous effectuons actuellement des mesures à Grenoble, tiendrait dans une plus grande rapidité de traitement.

A quoi sert la voix intérieure ?

Tout ce qui est autocritique («J’aurais dû faire ça», «J’ai encore oublié ça…») contribue à s’améliorer. La voix intérieure contribue à l’autorégulation, l’automotivation, l’autoencouragement… Elle a un grand rôle dans ce qu’on appelle l’autonoèse, la connaissance de soi. C’est plus que la conscience d’être soi-même, c’est se construire une identité stable dans le temps. On n’est pas le même aujourd’hui que dans l’enfance ou qu’il y a dix ans, et pourtant on a le sentiment très fort d’être la même personne. Et ce sentiment se nourrit de tout ce qu’on se dit sur soi-même, de souvenirs évoqués, de ce qu’on se projette sur ce qu’on sera plus tard, cette capacité qu’on a de se faire des récits intérieurs.

(1) D’autres labos en France travaillent sur le langage intérieur, en particulier le programme Monologuer coordonné par Stéphanie Smadja à l’université Paris-Cité et le Laboratoire ligérien de linguistique à l’Université d’Orléans sous la direction de Gabriel Bergounioux.
Hélène Lœvenbruck, le Mystère des voix intérieures, Denoël, 350 pp., 19 € (ebook : 13,99 €).

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8 avril 2014 à 16 h 04

Mis à jour le 17 septembre 2014 à 19 h 09

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Vous lisez ce texte et il est plus que probable que vous vous entendiez le lire dans votre tête. Ce phénomène porte un nom: inner speech, traduit en français par parole intérieure. «C’est la petite voix que l’on entend à l’intérieur de notre tête, qui nous ancre dans notre personnalité et qui joue un grand rôle dans notre quotidien, en nous facilitant la vie ou en nous causant des problèmes», affirme Lucile Rapin, chercheuse postdoctorante au Département de linguistique. La jeune femme est l’une des auteures d’un article paru récemment dans la revue Behavioural Brain Research faisant état des avancées de la recherche sur la parole intérieure.

À ce jour, les chercheurs s’entendent pour définir deux types de parole intérieure. La parole intérieure volontaire – lorsque, par exemple, on compte des objets dans notre tête ou qu’on se repasse le récit d’une journée – et la parole vagabonde ou spontanée. «Celle-ci survient surtout en état de repos ou en début de phase de sommeil», explique la chercheuse.

Depuis l’avènement de l’imagerie cérébrale, on sait que les deux types de parole intérieure activent des réseaux neuronaux différents dans le cerveau. «Plusieurs recherches ont été réalisées sur le sujet, mais il reste encore beaucoup de questions sans réponse, car il n’y a aucun corrélat externe pour analyser le phénomène dans toute sa complexité», précise Lucile Rapin.

Un rôle cognitif

Les récentes études attribuent à la parole intérieure un rôle crucial sur le plan cognitif. La petite voix dans notre tête serait un atout précieux à la mémoire de travail, nous aiderait à passer d’une tâche à une autre et à résoudre des problèmes. Elle entrerait aussi en jeu dans la régulation de notre attention et de nos comportements.

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Lucile Rapin. Photo: Nathalie St-Pierre

La parole intérieure est toujours présente, souligne Lucile Rapin. «C’est l’état mental de chacun qui détermine si elle est utilisée à bon escient ou non. Parfois c’est un choix conscient, alors que d’autres fois ce sont des conditions psychologiques et/ou psychiques hors de notre contrôle qui nous poussent à ruminer certains événements. C’est le cas notamment des personnes dépressives, qui peuvent avoir de la difficulté à restreindre leurs pensées négatives, ou alors des schizophrènes, qui ont des hallucinations auditives.»

La chercheuse connaît bien les hallucinations auditives verbales des schizophrènes, puisqu’elle y a consacré sa thèse de doctorat à Grenoble. «La schizophrénie est un désordre de la parole intérieure, souligne la chercheuse. Les schizophrènes sont convaincus que les voix qu’ils entendent ne proviennent pas de leur propre tête.»

Notre voix intérieure

Savoir que c’est la nôtre constitue d’ailleurs l’une des caractéristiques les plus fascinantes de cette petite voix intérieure qui nous accompagne au quotidien. «Nous avons conscience que c’est notre voix et non pas celle de quelqu’un d’autre, explique Lucile Rapin. On voit aussi ce phénomène sur le plan moteur quand on tente de se chatouiller soi-même. C’est impossible car le cerveau bloque cette réponse-là. Il sait que c’est nous qui le faisons.»

Chez les schizophrènes, la comparaison voix intérieure/voix extérieure ne fonctionne pas. Ils entendent leur voix intérieure avec la même forme linguistique, la même hauteur et le même ton que si c’était la voix d’autrui. Pire, ils entendent plusieurs voix, sans être capables de reconnaître qu’ils en sont les producteurs.

L’apparition de la petite voix

Comment se développe cette petite voix intérieure? «Certains théoriciens, comme Vygotski [NDLR: un psychologue russe du début du XXe siècle],  croient que la parole intérieure est développementale, c’est-à-dire que très jeunes, les enfants expriment tout ce qui leur passe par la tête à voix haute, explique Lucile Rapin. Ils développent ensuite le langage semi-privé, où ils se parlent à eux-mêmes oralement. Ils font des jeux de rôle avec leurs jouets, ils discutent seuls, c’est l’âge des copains imaginaires. Ensuite ce langage privé serait intériorisé.»

Mais d’autres théories n’associent pas nécessairement la parole intérieure au langage. «Des études récentes ont démontré que des bébés distinguent les mots de deux syllabes des mots de trois syllabes alors qu’ils ne parlent pas encore, note la chercheuse. Ce qui supposerait une forme de pensée qui précéderait l’acquisition du langage.»

Il y a encore plusieurs recherches à mener sur la parole intérieure pour comprendre ses formes et ses rôles, poursuit Lucile Rapin, qui participe présentement à une recherche afin de mieux saisir comment notre cerveau peut nous faire entendre la voix de notre mère, par exemple, en parole intérieure. Il s’agirait d’un sous-type de la parole intérieure volontaire qui intrigue les chercheurs.

Postdoctorat

Sous la direction de la professeure Lucie Ménard, Lucile Rapin travaille aussi sur la production et la perception de la prosodie chez des enfants autistes âgés entre 6 et 10 ans, plus spécifiquement sur l’absence d’emphase contrastée. «L’emphase contrastée, c’est quand on accentue une partie d’un message linguistique, comme dans C’est cet arbre! On hyperarticule, on met l’accent sur le mot. Puisque les enfants autistes ont souvent des troubles de communication, on essaie de comprendre si ce trait est déficitaire. Les premières études démontrent qu’ils ont plus de difficulté à reconnaître cet accent et à le produire. Je me penche sur l’aspect articulatoire, pour vérifier si leur contrôle de mâchoire et de

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  https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-pape-francois-met-au-ban-la-messe-en-latin-20220629

https://www.liberation.fr/societe/familles/changement-de-nom-une-remise-en-question-dun-modele-patriarcal-de-la-famille-20220630_PCDFX4Z4BZGVZA4SDCHZORTM2M/

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2022/07/01/l-alternative-pour-l-europe-de-l-est-est-la-tradition-et-l-amitie-avec-la-r.html

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Notre petite voix intérieure

https://www.dortier.fr/notre-petite-voix-interieure/

 

Le 25 septembre 2010 par Jean-François Dortier

 

 

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« Voix intérieure et contrôle de soi

Qui ne s’est pas surpris à s’entendre dire en silence : « Calme-toi », « Allez, du courage ! », « Non, ne fais pas ça »… Cette petite voix intérieure, nous la connaissons tous. Elle intervient souvent dans les moments stratégiques où l’on doit absolument se contrôler pour affronter une situation délicate, et maîtriser ses propres pulsions. Le coureur de fond connaît bien ce phénomène. Quand le corps est épuisé et voudrait s’arrêter, cette voix intérieure nous aide : « Allez, encore un kilomètre, allez jusqu’au virage… »
Alexa Tullett, doctorante en psychologie, et le professeur Michael Inzlicht, de l’université de Toronto, ont mis au point des expériences pour mesurer l’effet de la voix intérieure sur le self-control. Dans un de ces expériences, des personnes sont invitées à appuyer sur un bouton quand un symbole particulier apparaît sur un écran. Mais il doivent réfréner leur envie d’appuyer si un autre symbole apparaît. En effet, le test est fait de telle manière que le symbole qui déclenche l’action est beaucoup plus fréquent que les autres, de sorte que le fait d’appuyer sur le bouton devient rapidement une réponse impulsive. Si on invite les personnes à répéter intérieurement un mot pendant l’exercice, ce qui a pour effet de « bloquer » leur voix intérieure, alors leur performance à l’exercice se dégrade.
A l’aide d’autre expériences du même genre, les chercheurs en concluent que les gens agissent de façon plus impulsive quand il ne peuvent avoir recours à leur « voix intérieure ». « Si nous ne sommes pas capable de verbaliser des messages intérieurs, alors nous perdons une partie de notre self-control », résume Michael Inzlicht.
Alexa M. Tullett, et Michaiel, Inzlichet (2010). The voice of self-control: Blocking the inner voice increases impulsive responding, Acta Psychologica, sous presse »

Qui parle ?

Sous le masque d’Ingrid Capuçon (un nouveau pseudonyme), j’ai rédigé la petite brêve ci- dessus pour le Cercle psy. D’où vient cette petite voix bien connue de chacun d’entre nous ?
Qui est-elle ? Aucun doute : c’est bien moi qui parle, qui me parle à moi même. Mais pourquoi se parler à soi même ? Y aurait-il a l’intérieur de moi deux personnages : l’un qui parle et un autre qui écoute ? L’écrivain japonais Murakami, qui, quand il n’écrit pas, s’entraîne pour le marathon, raconte comment fonctionne pour lui ce dialogue intérieur entre lui et son corps dans son Portrait de l’auteur en coureur de fond.

La première difficulté est de bien définir ce qu’est cette parole intérieure. Une définition restreinte la limite aux messages que l’on s’envoie à soi-même, pour se stimuler et s’encourager, durant certaines épreuves. Steven Callahan en a fait l’expérience lors de son naufrage en 1982. Le navigateur solitaire a eu recourt à la petite voix pour lutter contre la panique durant le naufrage, au milieu de la nuit; puis pour se tenir compagnie, pendant les 76 longues journées de solitude et de désespoir, lorsqu’il dérivait seul sur son bateau. (Voir Comment survivre seul en mer).

En tant qu’elle est un recourt durant les épreuves exigeant volonté et contrôle de soi, la « petite voix » intéresse justement les psychologues du sport et les spécialistes du développement personnel. Elle apparaît ainsi chez les anglo-saxons sous le nom de « self talk », « inner voice », « inner speech » ou encore « internal monologue ».

De ce point de vue, elle peut être rattachée  l’auto-suggestion et même à la « méthode Coué », pas si stupide que cela et que l’on réhabilite aujourd’hui (voir ici)

Dans un sens plus large, la « petite voix » désigne tout monologue intérieur : pas simplement la voie qui nous encourager dans les épreuves, mais aussi cette parole silencieuse que l’on se surprend à entendre quand on réfléchi, où quand on poursuit en solitaire une discussion commencée plus tôt avec un ami ou un collègue. Cela vous est déjà arrivé, non ? Je suis dans la cuisine en train de préparer le repas du soir, je pense avec intensité à ma conférence que je dois faire demain, ou à une dispute avec machin, etc. et je me surprends en train de « parler tout bas », à remuer les lèvres et même à murmurant.

La « petite voix intérieure » a été étudiée aussi par les philosophes. Elle y a même, semble-t-il une longue tradition dans la philosophie antique et médiévale. Les philosophes antiques avaient bien perçu l’existence de ce « langage interne », repris et décrit par les penseurs médiévaux à travers la distinction en trois discours (orationes) : écrit, oral et « mental ». (voir C. Panaccio, Le Discours intérieur. De Platon à Guillaume d’Ockham, Seuil, 1999)

Mais le débat philosophique sur sa nature de la parole intérieure, les a embarqué dans des spéculations sans fin. Faut-il entendre par  « parole intérieure », les « pensées intérieures » s’exprimant sous forme de langage à l’intérieur de soi.  Cela signifierait alors que toute pensée est langage. Penser, ce n’est rien d’autre que de « parler intérieurement ». Et que ce que l’on croit être des idées personnelles ne serait que le produit d’une intériorisation des idées qui circulent dans le monde. Faut-il considérer  au contraire la « parole intérieure » comme une pensée qui précède le langage. Une pensée faite d’images et de mots que l’on médite en soi et donc la parole n’est que la manifestation extérieure ? Dans un cas, la parole intérieur n’est que l’écho du monde qui raisonne dans ma tête. Dans l’autre, les mots que l’on prononce quand on parle, ne sont que le sommet d’une iceberg dont la parole intérieur est la partie immergée : la plus importante.

L. Wittgenstein a cru mettre un terme à toute ses spéculations en répudiant et assassinant la « petite voix ». Pour le philosophie anglais, toujours cassant et ombrageux, l’intérriorité, la subjectivité, les pensées intérieures, tout cela n’est que foutaise ! En terme technique, on dit que pour  le philosophe anglais, le « langage privé » n’est qu’une illusion. Marleau-Ponty dit la même chose dans Phénoménologie de la perception.  Je crois qu’ils ont tort.

Pour écouter la voix intérieur des autres: ce qui est normalement impossible, il faut se tourner vers les écrivains.  Mieux que les psychologues ils ont  su révéler l’importance de la « voix intérieure ». De James Joyce à David Lodge, la petite voix traduit toutes nos pensées intimes, ces petites cogitations personnelles qu’on rumine en silence, du matin au soir. Ces pensées secrêtes, non dites, parce que peut avouable, ou trop furtives, trop banales,  trop vagues. (Si vous voulez un échantillon alors voir :  Bienvenu dans mon cerveau, les romans de la vie intérieure).

Un psychologue et philosophe français complètement oublié : un certain Victor Egger (1848-1909) a publié en 1881  La parole intérieure : essai de psychologie descriptive, où il entreprend de montrer l’existence et décrire l’existence de la petit voix invisible qui cause parfois en nous. Je vais vous en reparler.

En attendant j’aimerais avoir votre avis. Est ce que vous aussi vous entendez régulièrement la petite voix intérieure ? Dans des circonstances particulières ?

  • bruno

    Il s’agirait de l’une des facettes possibles que peut revêtir l’interface entre le « moi inconscient » (partie de notre esprit dont on a pas conscience)et le « moi conscient » (partie de notre esprit dont on a conscience). Le subconscient, trop souvent représenté malheureusement par la partie personnelle de l’inconscient (l’inconscient freudien et le fameux « ça » négatif) communique via le filtre du surmoi ( le plus souvent judéo-chrétien et moraliste « bien-mal »). Le surmoi juge du bien fondé moral de la « petite voix » et de la possibilité de porter à la connaissance du « moi conscient » des pensées profondes, des croyances issues du « moi inconscient ». Dans ce cas, la petite voix peut être culpabilisante, castratrice parfois et pleine de jugements. Mais l’inconscient renferme aussi un autre « ça » bien plus positif, lui, un pulsionnel aux vertus thérapeutiques, pour certains. Dans ce cas, la « petite voix » est porteuse de « bons conseils », elle peut devenir un guide voire permettre ce que l’on pourrait nommer l’intuition, le bon ressenti, etc. Quoiqu’il en soit, mon « moi inconscient » se permet un petit dialogue avec son alter égo « conscient » … un dialogue intérieur qui peut être exploité par la pratique de la méditation dite de pleine conscience ou mindfullness pour peu que ce dialogue soit accueilli sans jugement et avec distanciation. Une pensée, une croyance ne vaut que par ce que nous nous auto persuadons qu’elle est … elle ne vit que le temps qu’on lui donne vie MAIS à condition de savoir qu’elle nous habite voire nous anime inconsciemment. Il faut donc favoriser ce dialogue intérieur, dans la mesure où il n’est pas pathologique et perturbant outre mesure. Il s’agirait donc bien de la voix off du film de sa vie (pour les « freudiens » et les « lacaniens » mais plus encore pour les « transpersonnels » et les amateurs de la psychologie positive) ..

 

 

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Thomas Dutronc : « Mon père m’impressionnait, je sentais qu’il n’était pas comme les autres »

Le chanteur évoque avec émotion la tendresse et la fantaisie de son père, Jacques, avec qui il partage la scène en tournée cet été puis à la rentrée.

Par

Publié le 01 juillet 2022
"Thomas Dutronc, enfant, dans les bras de son père, Jacques."

 

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« C’est ma mère qui a pris cette image de mon père et moi, tout petit. Elle faisait toujours des photos de nous, avec un téléobjectif, serrés de près, et remplissait de très beaux albums, qu’elle a encore aujourd’hui. Ce cliché a sûrement été pris dans le jardin de la maison, à Paris, que mes parents avaient autrefois. Mon père me tient tendrement dans ses bras. Ça me touche de le voir tout doux. Même s’il était très aimant et très affectueux, ce n’était pas son genre d’être comme ça. Il était plutôt du style à tout faire pour me faire rire.

Ma mère et ma grand-mère maternelle, qui était très présente, étaient plus strictes, me donnaient un cadre, lui était plus léger. Je me souviens d’un jour, quand j’avais 5 ou 6 ans, où, comme ça, il m’avait donné un « Pascal », un billet de 500 francs. Je m’étais empressé d’aller avec lui au magasin de jouets acheter un bateau pirate. De retour à la maison, il s’était fait sacrément engueuler. Il m’impressionnait, parce que je sentais qu’il n’était pas comme les autres pères. Il adorait déjà les gadgets. Dans sa voiture, une sorte d’énorme 4 × 4, il avait un distributeur de boissons. C’était dingue.

Petit minet de père en fils

Il y a quelque temps, quand on a commencé à chanter ensemble, je me suis retrouvé dans sa voiture, un grand van. Et puis, un soir, il s’est mis à actionner une télécommande pour baisser le rideau entre les sièges avant et arrière. Il était tout content, et moi aussi, comme quand il me montrait le café qui tombait dans les gobelets de sa voiture. J’étais à nouveau un gosse. Ce petit gars qui, sur la photo, porte un blouson de cuir, comme son papa.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Musique : Dutronc et Dutronc, accords à deux voix

J’ai un vague souvenir de cette veste, d’ailleurs très jolie. Plus tard, on m’a affublé d’habits pas possible, des anoraks fluo… Il a fallu attendre l’adolescence pour que je retrouve des habits dignes. Et j’allais piquer dans son armoire. Je me souviens lui avoir chourré un portefeuille de bikeur avec une tête de mort sur lequel était écrit : « Live to ride, ride to live ». Je me baladais avec un peigne, des chaussures en cuir, un blouson Harrington. Un vrai petit minet… Sur ce point-là, comme sur tant d’autres, il a été un vrai modèle. »

Dutronc & Dutronc, cet été à Montreux, Aix-les-Bains, Nîmes, Carcassonne, La Rochelle, Patrimonio… Puis à la rentrée dans toute la France et le 21 décembre à l’AccorHotels Arena.

 

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Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Jacques Dutronc, né en 1943, a mis du poil à gratter dans les années 1960 avec ses chansons aux mélodies accrocheuses sur des textes insolents de Jacques Lanzmann. Thomas Dutronc, né en 1973, est tombé amoureux de la guitare en écoutant Django et a fait la pompe pour ses amis gitans avant de se risquer dans la chanson. Pour la première fois, ils montent ensemble sur scène, et c’est à Montreux que la fabuleuse jonction a eu lieu en première suisse.

A lire: Quand Jacques Dutronc s’éveille

Père et fils attaquent avec Et moi, et moi, et moi, un protest song de 1966 dont ils se partagent les couplets. Evidemment, les paroles sont un tantinet obsolètes. Les 500 millions de Chinois ont triplé depuis 1966 et le nom de Catherine Langeais ne dit plus grand-chose aux jeunes générations. Peu importe: la dénonciation de l’indifférence à autrui reste d’actualité: «J’y pense et puis j’oublie C’est la vie, c’est la vie…» Ils enchaînent sur La Fille du Père Noël, rugueux comme le rock du bayou, et On nous cache tout, on nous dit rien, excellente prémonition des fake news contemporaines.

Swing manouche

A la section rythmique (batterie, basse, claviers) s’ajoutent deux guitares, tenues par Rocky Gresset, tsigane fiévreux, et Basile Leroux, bluesman déchirant – sans oublier Thomas qui n’est pas manchot. Ils attaquent à trois guitares J’aime plus Paris, une chanson de Dutronc le jeune, vraie fête du swing manouche. A la fin, le gamin demande à son daron: «Tu n’avais pas aussi une chanson sur Paris?». «Un peu facile comme enchaînement», le gourmande le paternel qui entonne toutefois le merveilleux Il est cinq heures, Paris s’éveille. Ils règlent à deux voix leurs comptes avec l’autorité (Fais pas ci, fais pas ça), puis partent en goguette avec J’aime les filles. «De chez Renault», bien sûr, mais aussi «du canton de Vaud» et «de toute la Suisse». Ambiance, bonne humeur…

Avec les Dutronc, la nostalgie s’avère souriante, légère, émue. Les deux polissons nous ramènent aux folles années 1960, ils nous réconcilient avec le temps envolé. La ressemblance physique entre Jacques et Thomas est troublante, elle paraît relever davantage du clonage que de l’hérédité. Leurs voix se ressemblent. Celle du père est étonnamment conservée malgré les abus; celle du fils, plus claire, sonne comme celle du père un demi-siècle plus tôt – mais le blanc-bec ne trouve pas la modulation indispensable au «encore» qui relance Les Playboys.

Crac boum hue!

D’une qualité indéniable, les chansons du benjamin ont un impact moindre que les tubes cinquantenaires de l’ancien, car elles ne sont pas chargées de souvenirs. Tout fringant, Jacques n’en est pas moins fatigué. Il prend des pauses au bar du fond de scène, mais tourne ses 79 balais en dérision. Il remercie l’organisateur d’avoir mis à sa disposition un tabouret et non un déambulateur. Il esquisse quelques pas de twist arthritique et troque ses santiags contre des charentaises…

Samedi soir au Montreux jazz: Diana Ross, «the boss» pour toujours

Deux chansons tendres, Gentleman cambrioleur et Le Petit jardin, précèdent la séquence émotion, une adresse à Françoise Hardy, atteinte dans sa santé. Son image apparaît au fond du bar pendant une version instrumentale du Temps de l’amour, son grand succès. Puis les deux godelureaux chantent à l’unisson Les Playboys et leur «joujou extra qui fait crac boum hue». Les spectateurs assurent à gorge déployée les «choup choup bi dou-ouah» structurant les couplets. Merde in France balance impeccablement lorsque survient une… coupure de courant! Flottement, Jacques se retire, les musiciens improvisent un blues poignant, Rocky interprète en virtuose What A Wonderful World. L’électricité revient, Jacques aussi et, cacapoum, cacapoum, ça redémarre à plein pot. Il reste à finir en beauté avec Les Cactus, immarcescible dénonciation des cruautés de l’existence. «Le monde entier est un cactus, il est impossible de s’asseoir». Aïe aïe aïe! Ouille! Et merci pour tout.

 

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05.07.22

Violences sexuelles

Inceste: le «syndrome d’aliénation parentale», travail de sape de la parole des mères

Article réservé aux abonnés
Ne reposant sur aucune base scientifique, le syndrome est souvent invoqué pour discréditer les mères, accusées d’instrumentaliser leurs enfants qu’elles tentent de protéger de leur père violent. La commission sur l’inceste, la Ciivise, s’en alarme.

par Marion Dubreuil

publié le 5 juillet 2022 à 19h32
(mis à jour il y a 39 min)

«Quand je l’ai quitté en juillet 2018, il a commencé à me suivre au travail, à m’inonder d’appels et de SMS, raconte Karine (1), originaire de la région Centre-Val de Loire. J’ai mis ça sur le compte de la séparation.» Karine passe l’éponge, elle veut «arrondir les angles pour les enfants», les deux filles âgées de 3 ans et 18 mois dont elle et son ex-conjoint partagent la garde. Un soir d’octobre 2018, Fanny (1), l’aînée, se recroqueville sous la douche et dit à sa mère : «Papa me donne des tapes sur le “zouzou”» en mimant le geste de taper son sexe. Dès le lendemain, Karine dépose plainte pour atteinte sexuelle. Lors de son audition face à trois gendarmes, la petite fille pleure et hurle «non» dès qu’on lui pose une question, puis se réfugie sous la table et murmure «peur». Le père, convoqué en audition libre, admet qu’il donne des fessées à sa fille quand elle fait «une grosse crise». Fanny a dû confondre les fesses et le sexe, avance-t-il. L’homme «soupçonne son ex-conjointe d’avoir monté cette histoire pour obtenir seule la garde des enfants». Sept mois plus tard, l’enquête est classée sans suite faute de preuves, comme 70% des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs.

En septembre 2019, le juge aux affaires familiales tranche pour la première fois sur la garde des enfants : il concède un droit de visite en journée au père pour Fanny et une garde partagée pour sa petite sœur Sarah (1). Jusqu’au mois de janvier 2020, où Sarah se plaint de fortes douleurs à la vulve. Un médecin urgentiste constate un œdème et des rougeurs sur le sexe de la petite fille de 2 ans et demi. Karine dépose une deuxième plainte pour atteinte sexuelle. Lors de son audition, le père accuse son ex-conjointe : «Elle manipule mes filles.» Il mentionne un article sur l’aliénation parentale consulté sur Internet : «C’est exactement ce que je vis.»

 

«Le procès d’Outreau, un terreau favorable»

Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) a été théorisé par le psychiatre américain Richard Gardner en 1985 comme «un trouble de l’enfance qui survient dans le contexte de conflits relatifs à la résidence des enfants. Sa première manifestation est la campagne de dénigrement injustifiée menée par l’enfant contre un parent» après un «lavage de cerveau». D’après lui, 90% des mères sont aliénantes dans les divorces conflictuels, et lorsqu’il y a des allégations d’inceste, elles seraient alors fausses.

«Le procès d’Outreau et la remise en question de la parole des enfants a été un terreau favorable pour l’émergence du SAP en France dans les années 2000», déplore Marie Grimaud, avocate spécialisée dans la protection de l’enfance. Le psychiatre Paul Bensussan, expert judiciaire cité par la défense au procès d’Outreau de 2004, assure depuis vingt ans la promotion de l’aliénation parentale. C’est lui qui a expertisé Virginie (1) en décembre 2013. Cette mère qui réside en région parisienne avait déposé plainte pour viols et agressions sexuelles incestueux sur sa fille Camille (1), 3 ans, dont le comportement avait brusquement changé : «Dans le bain, elle positionnait la tête d’un jouet dans l’entrejambe de l’autre. Elle disait avoir la bouche sale et évoquait un secret avec son papa.» Une enquête pénale est ouverte. Dans son rapport d’expertise, que Libération a consulté, Paul Bensussan conclut, sans avoir rencontré la petite fille : «Camille a une représentation anxiogène de la figure paternelle : ce qui est bien sûr compatible avec l’hypothèse d’un abus sexuel mais tout aussi compatible avec celle d’un abus fantasmé, dont sa mère n’est évidemment pas en mesure de la protéger, puisqu’elle est elle-même très envahie par une conviction proche d’une certitude inébranlable.»

Le SAP, «controversé et non reconnu»

«Les accusations d’aliénation parentale sont un moyen d’isoler, contrôler et contraindre le parent protecteur et l’enfant», estime Andreea Gruev-Vintila, docteure en psychologie sociale, spécialiste du contrôle coercitif. En 2018, le ministère de la Justice émet une note interne pour informer du caractère «controversé et non reconnu» du SAP. Ce syndrome n’a pas de fondement scientifique, il n’a d’ailleurs jamais été inscrit dans le registre américain des troubles mentaux qui fait référence. Paul Bensussan est aujourd’hui visé par une plainte collective au civil et devant le conseil de l’ordre portée par quatre structures spécialisées dans la lutte contre les violences sexuelles et la protection de l’enfance. Révélée par Mediapart et également consultée par Libération, cette plainte demande des sanctions disciplinaires à son égard et son retrait de la liste des experts près la cour d’appel de Versailles dans des dossiers de violences sur mineurs. Contacté par Libération, Paul Bensussan n’a pas souhaité s’exprimer, «préférant réserver ses réponses aux juridictions compétentes». Le 23 juin, l’audience de conciliation devant le conseil de l’ordre des médecins des Yvelines a échoué, et la plainte transmise à la chambre disciplinaire de l’ordre d’Ile-de-France. «Paul Bensussan se range du côté des pères, regrette Laurent Layet, président de la Compagnie nationale des experts psychiatres près les cours d’appel. Ce n’est pas la place d’un expert dont le rôle est d’éclairer une procédure.»

Paul Bensussan n’est pas le seul professionnel convaincu par l’aliénation parentale. Le SAP a imprégné durablement les pratiques de la chaîne judiciaire. «C’était un outil commode», admet Jean-Michel Permingeat, membre du comité directeur de l’Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille. A la retraite depuis deux ans, il a exercé pendant trois décennies comme juge des enfants et juge aux affaires familiales : «Le SAP permettait de catégoriser les comportements d’un parent cherchant à faire obstacle entre les relations d’un enfant et l’autre parent.»

«Quand il est associé à une plainte du père pour non-représentation d’enfant et à un classement sans suite pour violences, le syndrome d’aliénation parentale contribue à acter le transfert de garde vers l’agresseur», analyse le docteur en sociologie Pierre-Guillaume Prigent, qui a mené avec la chercheuse Gwénola Sueur des entretiens auprès de vingt femmes accusées d’aliénation parentale. C’est ce qui est arrivé à Virginie. Le 25 février 2014, elle perd la garde de sa fille au profit du père, moins d’un an après sa plainte. Entre-temps, l’enquête pour viols est classée sans suite et Virginie condamnée deux fois pour non-représentation d’enfant. Sur les 702 condamnations prononcées à ce sujet en 2018, 80% concernaient des femmes. La juge aux affaires familiales a reproché à Virginie d’avoir une «attitude intransigeante» et de «refuser même l’hypothèse d’une mauvaise interprétation de sa part». Camille a été remise à son père dans un commissariat, et Virginie a dû se contenter de visites sous la surveillance d’un psychologue.

C’est la menace qui pèse aujourd’hui sur Karine. Depuis trois ans, elle refuse de remettre ses filles à leur père, qui a déposé 45 plaintes pour non-représentation d’enfant. Lui a toujours été entendu libre sur les allégations d’inceste le visant ; elle a déjà fait trois gardes à vue. Le 30 mai, Karine a été jugée pour non-représentation d’enfant au tribunal correctionnel du Mans. Rapidement, le juge met en doute les allégations d’inceste, «le discours presque robotique» de ses deux filles. «Des rougeurs sur le sexe, ça arrive fréquemment chez les enfants», affirme le magistrat, qui interroge Karine sur l’inceste qu’elle aurait elle-même subi. Le juge reprend les allégations de son ex-conjoint à ce sujet, que Karine conteste pourtant. Selon lui, elle chercherait à obtenir justice par procuration à travers ses filles. «Le SAP colle véritablement à ce dossier, plaide Me Aouatef Braber, avocate du père. Madame se sert de ses enfants pour faire du mal.» Karine a finalement été condamnée, le 22 juin, à dix mois de prison avec sursis probatoire et injonction de soins pendant deux ans ainsi que 2000 euros de dommages et intérêts. Elle a immédiatement fait appel.

Culture de la protection

La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a recueilli plus de 300 témoignages de «mères en lutte» s’affirmant en situation de déni de justice et demandant la mise en place d’une culture de la protection. Dans un avis d’octobre, la Ciivise préconise de suspendre l’autorité parentale et les droits de visite du parent poursuivi pour inceste, mais aussi de suspendre les poursuites pénales pour non-représentation d’enfant contre l’autre parent.

Un mois plus tard, le Premier ministre a pris un décret qui demande aux magistrats de vérifier les allégations de violences sur mineur quand un parent est poursuivi pour non-représentation d’enfant et de faire appliquer l’état de nécessité, c’est-à-dire reconnaître qu’un parent était obligé d’enfreindre la loi pour protéger son enfant. Ce décret est en vigueur depuis le 1er février mais il est difficile d’en mesurer l’impact.

En attendant, le SAP est une étiquette qui colle à la peau. Cela fait huit ans que Virginie n’a pas le droit de voir sa fille Camille seule. Il y a deux ans, elle a cessé de jouer le jeu judiciaire des visites en présence d’un tiers. «J’ai dit à ma fille “je refuse de te voir sous surveillance alors que je ne suis pas dangereuse. Ma porte t’est ouverte, elle le sera toujours”. Les décisions que je prends aujourd’hui sont importantes pour sa construction demain.»

(1) Les prénoms ont été modifiés.

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 HERMES ...le temps devant soi .....

Sommaire
 
 

 Analyse d’image-­‐ Séance 5

 

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https://www.lefigaro.fr/actualite-france/dieu-seul-le-sait-n036-pourquoi-cette-annee-a-mis-l-eglise-en-crise-20220710

 

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La résurrection de la chair

https://catechese.catholique.fr/references/nos-publications/loasis/loasis-7-resurrection-chair/

 

L'Oasis n°7 couverture

 

L’éditorial

« Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » (Genèse 3,19).

Le mercredi des cendres, nous avons commencé ainsi notre carême. Le texte hébreu originel fait plus écho à la « terre » qu’à la poussière. Il se réfère à cette terre que Dieu, grâce à son souffle, a modelé en homme et femme, à la différence de tous les autres êtres créés. Donc au début de la création, face au péché originel, la Parole de Dieu n’était pas une menace de vengeance mais plutôt une promesse et une révélation inouïe.

Cette « terre » ne coïncide pas non plus avec la terre promise vers laquelle Moïse et son peuple marchaient. Il ne s’agit pas d’un territoire mais d’une liberté, d’un don.

La terre nouvelle à laquelle, par la grâce de Dieu, nous parviendrons après la victoire sur la mort est celle d’une nouvelle chair encore une fois revivifiée par le souffle de Dieu.

Cette chair est déjà celle de Jésus, le Ressuscité. Une chair capable d’aimer dans la plénitude de ses moyens, pour toujours.

Bonne fête de Pâques !

Pietro Biaggi, directeur adjoint du SNCC, rédacteur en chef.

 

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08.05.22

 

L’ancien premier ministre japonais Shinzo Abe dans « un état très grave » après avoir été blessé par balle

 

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https://www.homocoques.com/aurobindo4page.JPG

 

 

I Satprem - Sri Aurobindo ou l'aventure de la Conscience

 video-lecture Jean Naroun

 

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« Consciemment ou inconsciemment, qui cherche la vérité cherche Dieu ».
Ne soyez pas superficiels, mais allez au fond des choses.

 

Et lorsque le moment sera venu, ayez le courage de vous décider.

 

 

 C’est en cela le livre d’un auto-engendrement, une place à soi aménagée par soi.

 

 

 

 

 

"La fin d'une civilisation par Marcel de Corte

 

Soucieux du réel, De Corte se garde de parler de LA Civilisation mais d'UNE Civilisation, précisant d'emblée que «l'appel à l'universalité est pour une civilisation l'appel de la mort».
Peu soucieux d'être à la mode, il ne craint pas d'affirmer : «Il existe des civilisations gonflées de sève et des civilisations stagnantes. La loi de la vie et de l'être est l'inégalité concrète.»
Cet inlassable observateur, à l'instar du vieux Georges Sorel, socialiste révolutionnaire intégral, ne croit pas aux illusions du progrès : «Nous voyons l'une après l'autre les fonctions de la vie civilisée : les mœurs, l'art, la science, la philosophie, la politique, la société, la religion, atteintes par un implacable processus de décadence.» Et il ajoute : «Ce monde n'est plus qu'une terre abstraite, grise, uniforme?»
Les causes de ce déclin sont pour lui évidentes : la rupture de la liaison avec la nature et la tendance à s'universaliser (on dirait aujourd'hui à se mondialiser). En un mot, il s'agit d'un abandon des racines et des traditions.
Curieusement, ce disciple de Simone Weil rejoint Nietzsche quand il évoque «la notion ésotérique du cercle», cet éternel retour, car «le cycle n'est pas une chose, il est la vie elle-même».

Son analyse, à qui veut réfléchir, est imparable :
Critiquant tout à la fois d'égalitarisme et l'individualisme, la civilisation de masse ou le nihilisme, il énumère les réalités qui seules à ses yeux, pourraient enrayer le processus d'une décadence qui semble irréversible : ce sont la famille, le métier, la commune, la région (qui est pour lui la vraie patrie)…
«C'est à la restauration et à l'adaptation aux conditions actuelles de ces communautés concrètes où les hommes, par leurs échanges continus, se sentent responsables les uns des autres et soumis à un même destin, que nous devons, contre vents et marées, nous attacher. En ces cellules sociales relativement réduites (…) où les hommes se situent concrètement les uns par rapport aux autres.»
Même si la situation peut apparaître désespérée, il faut pourtant lutter : «Il s'agit donc pour l'homme moderne de tenir coûte que coûte, s'il le faut avec héroïsme, les foyers de vie authentique, au niveau élémentaire qui subsiste encore.»
Ce chrétien reste un homme de la terre, de la Création : «Toute vie commence par en bas, par la souche. A tout prendre, l'homme n'est peut-être qu'un végétal raisonnable dont les racines plongent jusqu'aux mystérieuses sources nourricières.»
Langage qu'un authentique païen ne pourrait certes récuser.


Une civilisation par Marcel de Corte

 

Une civilisation vivante - et même une civilisation morte, dans la mesure où nous tentons d'en ressusciter l'âme - ne laisse d'ailleurs pas d'être mystérieuse et de diffuser sur nous plus de lumière que nous n'en projetons sur elle. Mais cette structure spécifique de la civilisation nous permet précisé­ ment d'en dégager l'axe principal. Si la civilisation nous détermine plus que nous ne la déterminons, si elle constitue, selon un mot fameux, un état dont nous recevons davantage que nous ne lui donnerions par le travail personnel de toute existence, c'est parce qu'elle ne dépend que dans une faible mesure de la lucidité humaine et des buts que celle-ci se fixe rationnellement. En fait, homme travaille, souffre et parfois meurt pour édifier une civilisation, mais le résultat de son effort est moins l'oeuvre de son esprit et de sa volonté que d'une exigence d'être et de vivre qui l'habite. Projeté dans le monde par sa naissance, c'est le rapport de son être au monde qui exige en lui ce mode d'expression que nous appelons civi­lisation. En ce sens, la civilisation est un phénomène tout aussi naturel que la croissance d'un arbre ou le développement d'un animal. L'action de l'être universel sur son être tend invinciblement, comme toute action, à se traduire et à s'expri­mer. On pourrait dire à cet égard que la civilisation est la réceptivité créatrice par excellence : elle capte les messages du monde, non pas à la manière d'un mécanisme monté par homme, mais à la façon d'un organisme vivant, et elle leur confère, par le pouvoir créateur de sa vitalité, une significa­tion et un contenu humains : elle charrie vers homme l'es­sence du monde qu'elle distille. Il n'est donc pas étonnant qu'une civilisation naissante soit très proche des aspects du monde les plus immédiats et les plus sensibles : par la sen­sation, homme s'enracine directement dans l'univers et la civilisation où il s'exprime à ce stade a quelque chose de l'é­paisseur et de l'obscurité amorphe de cette puissance d'ac­cueil que traversent parfois des éclairs, ainsi que nous le montrent les vestiges de l'art préhistorique.

Or expression et impression sont corrélatives. La capacité de don est équivalente à la capacité d'ouverture et plus homme dilate son âme en présence du monde : son prochain, la nature, la beauté, Dieu, les mille et un secrets que murmure l'être, plus il est apte à les exprimer, d'une manière quelconque, tels qu'ils sont.

Celui qui se ferme, au contraire, ne tirera de soi-même qu'une émanation de soi dont l'image se superpose au réel et le masque ou l'étouffe. Le langage vul­gaire est ici très significatif. Nous disons d'une parole, d'un tableau, d'un chant, d'un silence ou d'un regard qu'ils sont expressifs, non pas en ce qu'ils révèlent simplement un état d'âme, mais en ce qu'ils découvrent une présence réelle et en ce qu'ils communiquent la relation que l'âme a nouée avec elle. Ces modes d'expression « disent quelque chose » dans la mesure où elles ont perçu « quelque chose », et l'activité qui s'exonère dans l'expression n'est pleinement créatrice que lorsqu'elle est pleine d'une présence effective qu'elle a captée. Ainsi en est-il de l'expression-type que nous appelons civilisa­tion : elle crée parce qu'elle reçoit, elle fleurit et fructifie parce qu'elle plonge dans l'univers des racines qui en ramas­sent les sucs nourriciers. Ces deux mouvements n'en font qu'un et, loin d'être opposés comme le haut et le bas séparés l'un de l'autre, ils sont complémentaires et participent à la même verticale.

Dans l'univers dont la civilisation traduit le rapport à homme et qu'elle rend humain, se détache homme lui­même, uni à son semblable par des relations physiques; par des liens de sang et de parenté qu'il n'a pas créés de toutes pièces et qui s'imposent à lui avec la force irrésistib]e d'une évidence naturelle. Ce n'est pas l'esprit, la raison ou la volonté délibérée qui les engendrent, mais la vie et son vceu inné d'ex­pansion. Le rapport de homme à homme au sein du groupe familial est antérieur au rapport de homme au monde et s'éprouve comme la plus immédiate des données. Il est inclus dans la chair de l'être humain et il constitue homme tout entier. Il n'est pas le produit de l'art, de la technique ou de l'industrie, mais le jet qui jaillit de la source même de la vie, lance homme dans l'existence, corps et âme, avec tous ses caractères concrets, et le place en face de son semblable dans une relation première au-delà de laquelle ne se situe aucune autre, sauf celle qui le relie au principe même de l'être. Toutes les civilisations ont leur origine en ce rapport primitif qu'au­réole un nimbe religieux. Partout, les civilisations naissantes sont associées au groupement social pris en son sens orga­nique de communauté parentale (famille, clan, tribu, genos,)

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https://www.lefigaro.fr/actualite-france/je-ne-comprends-pas-ce-qu-on-attend-de-nous-au-concours-enseignant-le-depit-des-candidats-saques-par-le-jury-20220707

 

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/07/10/uber-files-une-strategie-du-chaos-assumee-pour-conquerir-le-monde_6134211_4408996.html

 

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..  Plaidoyer pour une Civilisation nouvelle ..

 ...suivi de L'Enracinement un trésor politique pour "temps de crise" ....

par Simone Weil

https://www.homocoques.com/d0301.23_Enracinement.htm

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Tout semble converger vers ce point de grandeur où, comme l'écrit Simone Weil, «le génie créateur de beauté, le génie révélateur de vérité, l'héroïsme, la sainteté sont indiscernables». Tout prend sa source dans la notion sacré, en effet, et tout y converge. En développant, en ouverture de son «grand oeuvre», une déclaration, non pas des droits mais des devoirs de l'homme envers l'être humain, Simone Weil pratiquait consciemment rupture avec l'idéologie des droits de l'homme de 1789. C'est la lumière du bien absolu dont l'exigence habite au coeur de l'homme qui va imprégner  tous les développements qui suivent, car « la foi est plus réaliste que politique réaliste». Les grandes notions de liberté, de démocratie et de droits de l'homme appartiennent à ce qu'elle appelle la zone des valeurs moyennes. Surplombant ces valeurs moyennes, et destinée à les enrober et à les élever à une notion supérieure, que Simone Weil appelle le « bien pur» et qui était pour Platon le soleil du Bien, doit servir de ciment à une reconstruction de la cité. «Au-dessus des institutions destinées à protéger le droit, les personnes, libertés démocratiques, il faut en inventer d'autres destinées à discerner et à abolir tout ce qui, dans la vie contemporaine, écrase les âmes sous l'injustice, le mensonge et la laideur»

.....

Aider ses contemporains à sortir de « l'atroce misère au fond de laquelle [ils] gisent», aider la France à retrouver son âme, telle est la mission que Simone Weil s'est donnée, du fond de son isolement et bien qu'elle ne nourrisse plus d'illusion quant à la prise en considération de ses écrits. Ce plaidoyer pour une civilisation nouvelle, dont Michel Alexandre, disciple d'Alain, a pu écrire que cela « rouvre tout (sans utopie! - dominant Marx, reprenant l'Évangile et Kant) », surmonte le désespoir par le recours à cette certitude empruntée aux Anciens que «ce qui fait obéir la force aveugle de la matière n'est pas une autre force, plus forte. C'est l'amour». Ce «grand oeuvre» abandonné fait apparaître dans les dernières pages un ultime face à face de la force et de l'amour: «[l'homme] n'est certes pas le seigneur et maître de la nature..... mais il est le fils du maître, l'enfant de la maison. La science en est la preuve. Un enfant tout jeune dans une riche maison est en bien des choses soumis aux domestiques; mais quand il est sur les genoux de son père et s'identifie à lui par amour, il a part à l'autorité. » Cette intuition d'un rapport filial s'énonce au même moment, en termes plus philosophiques, dans le «carnet de Londres» avec une référence implicite à Platon : « Quelque chose de mystérieux dans cet univers est complice de ceux qui n'aiment que le bien". » 

C'est donc sur un message d'espoir que se clôt ce maître livre, cependant que son auteur, une femme de trente-quatre ans, va bientôt mourir, et de désespoir; car elle a oublié qu'elle était, elle aussi, la fille du maître, l'enfant de la maison. >>>>>>>>>>>>>>>>

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 https://www.lefigaro.fr/faits-divers/mysticisme-rejet-de-la-science-ecolos-radicaux-dans-le-secret-du-village-d-eourres-la-petite-mecque-du-mouvement-new-age-20220708

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 https://madame.lefigaro.fr/celebrites/actu-people/en-plein-defile-a-paris-north-west-9-ans-brandit-une-pancarte-stop-et-affiche-son-agacement-20220708

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https://www.liberation.fr/sports/tennis/roland-garros-ll-y-a-clairement-un-changement-generationnel-sur-le-sujet-de-la-sante-mentale-20220528_OHCQTFKNH5DJVFGZ2URPSKG7LQ/

 

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Bac: «Jusqu’où ira-t-on dans la facilité, la médiocrité?»

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