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Les députés pourront voter sans veste et sans cravate

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Le bureau de l’Assemblée nationale, la plus haute instance collégiale de la chambre basse, a officiellement entériné, jeudi 20 juillet, le droit pour les députés de siéger sans veste ni cravate dans l’hémicycle.

Au cours d’une réunion mercredi, « le bureau a rappelé qu’aucune disposition réglementaire ne fixant la tenue vestimentaire des députés, il n’y a pas lieu d’obliger les hommes au port d’une veste et d’une cravate dans l’hémicycle », indique le compte rendu. Jusque-là, selon une source parlementaire, l’instruction générale du bureau fixait seulement « des règles pour la tenue du public en séance ».

En revanche, toujours selon cette source, dans un compte rendu d’une réunion du bureau du 9 juillet 2008, il était précisé :

« Confirmant, sur le rapport de M. le président, le port obligatoire de la cravate dans l’hémicycle, le bureau a souhaité rappeler à tous les membres de l’Assemblée la nécessité jusque-là observée d’avoir en toutes circonstances une tenue respectueuse des lieux. »

Les députés du groupe La France insoumise (LFI) ont bousculé les us et coutumes en se présentant sans cravate au Palais-Bourbon depuis la première séance de la législature, justifiant ce choix par un rejet des « codes vestimentaires qui nous sont imposés ».

Lire notre article :   L’« insoumis » Mélenchon fait une rentrée remarquée à l’Assemblée nationale

Harcèlement

Mercredi, le bureau a également adopté des mesures destinées à compléter le dispositif de lutte contre le harcèlement à l’Assemblée en prévoyant notamment que « chaque collaborateur recevra une information spécifique lors de la signature de son contrat » et « un affichage relatif aux textes et aux voies de recours » dans les locaux de l’Assemblée ainsi que dans les bureaux des députés et dans leurs permanences.

Il a aussi décidé de reporter la nomination du nouveau déontologue à une prochaine réunion le 2 août, qui « sera aussi l’occasion pour le bureau d’engager une réflexion sur les réformes relatives au fonctionnement de l’Assemblée », et adopté les règles de constitution et de fonctionnement des groupes d’amitié et des groupes d’études à vocation internationale avec une liste de 148 groupes agréés.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/07/20/les-deputes-officiellement-autorises-a-ne-pas-porter-veste-ni-cravate_5162939_823448.html#aCM3lKFETTyYG26Z.99

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Natacha Polony: «Pas de démocratie sans souveraineté militaire»

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LA CHRONIQUE DE NATACHA POLONY - Ceux qui, depuis des décennies, utilisent le budget de la défense comme variable d'ajustement répondent à deux principes idéologiques. Le premier est un mépris profond pour l'industrie. Le second est une indifférence totale à l'idée de souveraineté.

Le premier devoir de l'État est de protéger les citoyens. C'est à cette condition qu'ils renoncent à une part de leur liberté pour accepter les règles communes. Le pouvoir que confère la Ve République au président élu au suffrage universel, en faisant de lui non seulement le chef des armées mais le seul chef d'État pouvant décider seul d'une opération militaire, a une contrepartie. Elle s'appelle la démocratie. C'est-à-dire le devoir pour le président de respecter à la fois la France et le peuple français. La France comme nation, produit d'une histoire et incarnation géographique et politique de valeurs, et le peuple français comme volonté rassemblée.

La démission du chef d'état-major des armées après le différend qui l'a opposé à Emmanuel Macron sur les questions budgétaires nous rappelle qu'avant de jouer au chef des armées et de prétendre incarner une quelconque verticalité un chef d'État doit s'interroger sur la nature de ce mot, pourtant distillé par le même Emmanuel Macron, dans son discours du 3 juillet devant le Congrès: souveraineté.

Le budget militaire a été divisé par deux en trente ans, à 1.6% du PIB

Nous sommes en guerre. C'est du moins ce que le gouvernement actuel comme le précédent disent avoir bien compris. 250 Français sont morts depuis 2015 sur le territoire de la France, au nom d'une idéologie qui prône notre disparition en tant qu'entité politique et sociale. Certes, la récente campagne présidentielle semblait avoir relégué cette effroyable réalité au rang d'un élément de décor plutôt flou, mais les Français, eux, ne l'ont pas tout à fait oubliée. Et c'est sans doute l'une des raisons principales qui les incitent à accepter un pouvoir vertical, la figure d'un chef qui les protégera et fera perdurer cette nation.

Parmi les promesses de campagne du candidat Macron, censées montrer qu'il avait pleinement conscience de cet enjeu, celle de porter le budget de la défense à 2 % du PIB d'ici à 2025 était la clef de voûte. Vis-à-vis des électeurs, celle d'un service national obligatoire d'un mois, sorte de gadget improbable disparu dans les limbes aussitôt l'élection passée, plutôt qu'un véritable service à la fois civique et militaire d'une durée d'au moins six mois, avec deux mois de classes et la promesse d'une formation décente, suggérait déjà que ces questions relevaient de la pure communication. Mais les militaires, n'ayant aucune envie de voir revenir les appelés, ne s'en étaient pas émus. Le budget, au contraire, est logiquement pour eux le nerf de la guerre. Il faut dire qu'il a été divisé par deux en trente ans, à 1,6 % du PIB, alors que les États-Unis consacrent 3,5 % à leur défense (plus de 600 milliards de dollars), et la Russie 4,5 %. L'Arabie saoudite elle-même a un budget double de celui de la France. Pourquoi? Parce que ces pays entendent ne dépendre de personne pour préserver leurs intérêts vitaux, et avant tout la sécurité de leurs citoyens.

Ceux qui, depuis des décennies, utilisent le budget de la défense comme variable d'ajustement répondent à deux principes idéologiques. Le premier est un mépris profond pour l'industrie - celle de l'armement, qu'on le déplore ou non, est une des rares que la France ait pu sauver - qui explique qu'ils aient laissé détruire plus d'un million d'emplois industriels sur les quinze dernières années alors que ce sont les emplois les plus porteurs de valeur ajoutée. Le second est une indifférence totale à l'idée de souveraineté, qui est pourtant le fondement même de la démocratie.

La souveraineté de la France et de l'Europe vaut plus qu'une manifestation d'autorité d'un président rappelant aux militaires qu'il est le chef

Comme à chaque nouvelle mandature, le budget de la défense est sacrifié à un impératif et un seul, l'unique impératif reconnu par les hauts fonctionnaires de Bercy: celui imposé par la Commission européenne de respecter la règle des 3 %. Un impératif bien plus essentiel pour eux que celui de respecter le mandat accordé par le peuple français. Et puis, pourquoi préserver des armées si coûteuses, une dissuasion nucléaire qui est un gouffre, alors que nous pouvons bénéficier d'une défense commune dans l'Otan et habiller cela du nom de défense européenne?

Après les attentats du 13 novembre 2015, François Hollande avait fini par envisager ce que proposaient depuis plusieurs années quelques esprits lucides: demander que notre budget de défense soit sorti des critères de calcul du déficit, puisque la France remplit depuis des années une mission de service public européen en maintenant une armée qui bénéficie à tous les membres de l'Union. Ce n'est qu'un pas. La France, pour protéger ses concitoyens et remplir le rôle historique qui est le sien, devrait proposer à ses partenaires qu'une Europe indépendante soit la condition de la prolongation des traités. Indépendante, c'est-à-dire maîtrisant sa défense, sans dépendre des États-Unis. Indépendante, c'est-à-dire assumant sa souveraineté numérique. C'est-à-dire, enfin, libre de son approvisionnement énergétique alors que les États-Unis utilisent les sanctions envers la Russie pour obliger les Européens à se tourner vers son gaz de schiste.

La démission du général, Pierre de Villiers, homme d'une qualité rare, mêlant l'honneur et la vision, est dommageable, mais elle est surtout un symptôme. La souveraineté de la France et de l'Europe vaut plus qu'une manifestation d'autorité d'un président rappelant aux militaires qu'il est le chef. Car le président ne tient son autorité que du mandat que lui ont accordé les Français pour traduire leur volonté souveraine et la perpétuation de la France comme nation.

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À Paris, trois moineaux sur quatre ont disparu

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Cette espèce, qui préfère pourtant les zones urbaines, déserte les rues, parcs et jardins de la capitale. Une étude ornithologique avance plusieurs raisons à ce phénomène.

Le guilleri, son chant distinctif, se fait de plus en plus rare à Paris. Les trois quarts des «moineaux domestiques» - malgré son nom complet, il s'agit d'un oiseau sauvage - auraient disparu de la capitale hexagonale entre 2003 et 2016, selon une étude du Centre ornithologique Île-de-France (Corif) et de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

» Lire aussi - Jardin: bien connaître les oiseaux pour mieux les protéger 

Pendant treize ans, lors de la période de nidification (fin du mars à début avril), pendant laquelle les oiseaux sont les plus démonstratifs, une cinquantaine de bénévoles se sont relayés dans 200 points d'observation tirés au hasard et ont compté tous les moineaux qu'ils observaient pendant dix minutes. Les données récoltées ont ensuite été traitées statistiquement par le Muséum d'histoire naturelle. La baisse de 73% du nombre de moineaux enregistrée entre les quatorze comptages équivaut à une diminution de 10% des effectifs chaque année.

Les moineaux n'ont plus d'arrondissements préférés

Pour les moineaux, tous les lieux de la capitale ne se valent pas. Pendant longtemps, les zones les plus aisées de Paris accueillaient moins de moineaux. En 2003, leur présence était ainsi inversement liée au prix au mètre carré, observent les chercheurs. Une disparité selon les arrondissements qui s'est depuis réduite.

Les moineaux manquent de lieux de nidification. J.F. Magne/CORIF
Les moineaux manquent de lieux de nidification. J.F. Magne/CORIF

«Le nombre de moineaux baisse également dans les zones auparavant épargnées. C'est le cas particulièrement du 11ème arrondissement, qui est passé en quelques années du statut de quartier populaire à celui de quartier huppé et à la mode», observe Frédéric Malher, président du Corif. En 2016, la population de moineaux s'est ainsi nivelée par le bas, avec une baisse de 49% dans le centre de Paris, et de 83% dans l'Est et le Sud, jusque-là plus préservés.

Un habitat fragile

Une étonnante corrélation sociologique qui tient à la qualité de l'habitat. Car si le Corif précise qu'il n'y a pas de cause unique qui expliquerait le déclin des moineaux, deux phénomènes principaux expliquent en grande partie la diminution du nombre de moineaux. «Les sites de nidification sont menacés avec la rénovation urbaine et les efforts toujours plus grands d'isolation énergétique», précise Frédéric Mahler. Les moineaux nichent en effet dans les trous et les interstices des immeubles. «Nos maisons sont devenues de complets bunkers du point de vue des moineaux», lance-t-il.

«Nos maisons sont devenues de complets bunkers du point de vue des moineaux»

Frédéric Mahler, directeur du CORIF

L'une des solutions serait d'associer les acteurs de l'immobilier. «Il faut notamment travailler avec les bailleurs sociaux et les promoteurs immobiliers, pour les encourager à créer des espaces verts ou des murs végétalisés, même de taille réduite. Les moineaux n'ont pas besoin de beaucoup d'espace. Des végétations basses ou quelques arbres leur suffisent. Ce sont des oiseaux typiquement urbains», déclare le directeur du Corif.

Pour participer à la sauvegarde des moineaux, la LPO incite les particuliers à installer des nichoirs adaptés sur leurs balcons ou dans les cours d'immeubles.

» Lire aussi - L'hiver, les oiseaux du jardin ont besoin de nous

Les jeunes moineaux manquent d'insectes

Les jeunes moineaux ont besoin d'insectes. L. Epelboim/Corif
Les jeunes moineaux ont besoin d'insectes. L. Epelboim/Corif

La seconde cause principale concerne l'alimentation. Déjà, la disparition du cheval leur avait porté un sévère coup au début du XXe siècle car ces oiseaux se nourrissaient des insectes présents dans le crottin.«Les moineaux ont un goût exquis et délicat», écrivait pourtant Jean de La Fontaine dans sa fable, Le Chat et les deux Moineaux. En réalité, le moineau est relativement omnivore, apprécie les graines notamment, mais les plus jeunes ont en revanche besoin d'insectes, dont il manquerait aujourd'hui. «Ceci a notamment été démontré à Londres», ajoute Frédéric Mahler.

Les zones sans insecticide sont une bonne chose, mais celles-ci concernent principalement les parcs et jardins municipaux, explique le spécialiste, qui nuance néanmoins son diagnostic: «Ce n'est pas le cas partout à l'image des parcs des ministères, de l'Elysée ou du Jardin du Luxembourg [géré par le Sénat].»

Paris connaît avec retard le même sort que les autres capitales européennes

Le moineau a vu ses effectifs fortement diminuer, ces dernières années, dans plusieurs grandes villes d'Europe: aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Italie, en Finlande et en Allemagne. «Les données sur les variations d'effectifs sont très disparates, car la banalité de cette espèce n'a pas poussé beaucoup d'ornithologues à suivre leurs populations», précise l'étude. Londres fut la première touchée par ce phénomène, dès 1925. La situation est devenue catastrophique dès les années 1990. La capitale britannique a été rejointe par Amsterdam, Gand, Bruxelles, Hambourg ou Prague. Illustration des préférences socio-économiques du moineau, Berlin-Est a été épargné.

D'autres oiseaux sont menacés à Paris, comme la sittelle torchepot. Flickr
D'autres oiseaux sont menacés à Paris, comme la sittelle torchepot. Flickr

Avec un retard d'une bonne décennie, les moineaux parisiens subissent le même sort que leurs collègues des autres grandes villes européennes. Néanmoins, même à moyen terme, il n'y a pas de risque d'extinction pour cette espèce très commune dans la plupart des parties du globe, originiaire du bassin méditerranéen. «Ils sont même encore une espèce nuisible dans certaines zones du globe, où ils détruisent les récoltes. Mais tant qu'on n'aura pas identifié les causes de cette diminution, ce sera néanmoins inquiétant, car les villes sont l'espace où leur densité est la plus forte», explique Frédéric Mahler.

Malheureusement, le moineau n'est pas la seule espèce d'oiseau à mal supporter la capitale. Pour les mêmes raisons, les hirondelles de fenêtre ou les martinets, qui nichent sous les toits, disparaissent. Avec la suppression des friches, les oiseaux qui apprécient les haies, broussailles et fourrés se portent également mal, comme le serin cini. Quant aux espèces de forêts qui habitent les grands parcs parisiens et leurs vieux arbres, elles sont «en chute libre» d'après le directeur du Corif, qui cite notamment la sittelle torchepot, le gobe-mouches gris ou le pic épeichette. Le pigeon, qu'il est interdit de nourrir sous peine d'amende, apparaît comme une exception dans ce triste tableau.

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«Le Sénat ne peut plus se contenter d'être une assemblée secondaire»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le Sénat est dans une impasse, estime Gaêl Nofri. Selon lui, la Chambre Haute doit se renouveler en profondeur et assumer son rôle de contrepoids à une Assemblée nationale trop souvent déconnectée du monde réel.

 Gaël Nofri est conseiller municipal et métropolitain de Nice et président du Groupe des élus niçois indépendants (DVD)

Le Sénat vient de se renouveler pour moitié.

Tout l'enjeu est désormais, pour le petit monde politique qui vit en vase clos, de savoir si l'Elysée, malgré la défaite prévisible de son mouvement à ce scrutin, aura assez de Sénateurs «Macron-compatibles» pour pouvoir réformer la Constitution par la voie du Congrès ; de savoir, à droite, si Les Républicains et les différents dissidents élus auront une majorité suffisamment solide pour faire de l'obstruction législative, pour faire retarder l'application des lois portées par le Gouvernement.

«Maison de retraite», «assemblée de blocage», «cénacle des privilégiés de la République»… taper sur le Sénat est un lieu commun et l'assurance de s'attirer quelques sympathies.

Cette actualité ne devrait pas contribuer à redorer aux yeux des Français l'image de la Chambre Haute du Parlement français.

Il faut dire que cette pauvre institution n'avait déjà pas bonne presse: lorsqu'en 1998 Lionel Jospin avait parlé «d'anomalie parmi les démocraties», il n'avait fait que traduire un sentiment largement partagé dans le pays. «Maison de retraite», «assemblée de blocage», «cénacle des privilégiés de la République»… taper sur le Sénat est un lieu commun et l'assurance de s'attirer quelques sympathies.

Les amis de Jean-Luc Mélenchon, jamais avares d'une proposition populiste, n'en font d'ailleurs pas mystère: la sixième République qu'ils espèrent n'aura qu'une seule assemblée, l'Assemblée Nationale… place au Peuple!

Il faut dire que les pays structurés autour d'institutions monocamérales font la part belle au Peuple: Chine, Corée du Nord, Cuba, mais aussi Arabie Saoudite, Iran, Koweït… A considérer l'Histoire de France, la perspective n'est pas beaucoup plus enviable: de la Terreur à la Commune de 1871, l'Assemblée unique n'a laissé en France que peu de souvenirs de réussite et de bonheur.

Ces observations ne sont pas le fait du hasard mais bien la conséquence d'un système. Le règne d'une seule assemblée, c'est la dictature des hommes d'assemblée, ceux de leurs travers sans entraves. C'est le risque du triomphe de la démagogie, de l'immédiateté, des passions et des emportements.

Lorsque rien ne vient tempérer le temps législatif, lorsque rien ne vient équilibrer les pouvoirs, lorsque la réflexion se trouve toute entière prise en otage par les revendications électoralistes, alors c'est le travail législatif qui pâtit.

Le reproche que l'on peut donc faire au Sénat n'est pas le fait d'exister, mais plutôt de ne pas exister suffisamment.

Le reproche que l'on peut donc faire au Sénat n'est pas le fait d'exister, mais plutôt de ne pas exister suffisamment. De ne pas exister par lui-même. De ne pas avoir pleinement trouvé dans nos institutions sa place et son rôle propre.

Mettre en compétition les deux assemblées est une erreur. Surtout à l'heure où l'idée de démocratie semble sous-tendre l'ensemble de l'organisation de notre société: si l'Assemblée Nationale est la représentation nationale, que prétend-on lui opposer?

Le constat est simple: le Sénat est aujourd'hui dans une impasse.

Face à un projet de Loi voté par l'Assemblée son choix est double: soit il le vote et il ne sert à rien ; soit il le

Le Sénat vient de se renouveler pour moitié, mais il doit se renouveler tout entier. Non tant dans sa composition que dans son rôle, sa fonction et son fonctionnement…

refuse, se met en opposition avec la représentation nationale et apparaît moins légitime qu'elle, donc illégitime… sans compter que dans bien des domaines législatifs, l'Assemblée ayant le dernier mot, on passera outre son avis…

Le Sénat vient de se renouveler pour moitié, mais il doit se renouveler tout entier. Non tant dans sa composition que dans son rôle, sa fonction et son fonctionnement…

Pour être légitime, le Sénat doit être utile, pour être utile il doit être original. Cela veut dire qu'il ne peut pas se contenter d'être une assemblée secondaire, il doit au contraire se bâtir un rôle dans lequel il serait une assemblée première, première et exclusive dans la mission qui serait la sienne.

Le Sénat doit abandonner à l'Assemblée seule l'idée de consentir aux lois. Au contraire, il doit fonder sa légitimité sur ce qui a toujours été sa force et sa valeur ajoutée: la qualité du travail législatif qui y est pratiquée. Ce travail législatif doit s'organiser autour du triptyque: connaissance, amendement et évaluation des Lois.

Cela implique de favoriser encore plus le travail en commission, quitte à renoncer au décorum suranné des séances plénières régulières… séances presque aussi désertiques qu'inutiles ; ce qui n'est pas peu dire!

Cela veut dire aussi assurer la représentation de bien des talents et des spécificités: la France des territoires, comme cela est déjà le cas, évidemment et nécessairement, mais aussi le monde de l'entreprise dans toute sa diversité, mais aussi les scientifiques, techniciens, philosophes, intellectuels qui chacun à leur place témoignent d'une connaissance spécifique de notre monde.

Ecouter les uns et les autres au détour d'une commission parlementaire qui ne recueillera que des avis partiels n'est plus suffisant aux yeux de la complexité et de la multiplicité des enjeux.

Cette idée ne se résume pas à fondre le Sénat et le Conseil Economique Social et Environnemental -même si cette réforme, déjà voulue par le Général de Gaulle serait un premier pas-, elle va bien au-delà.

Cette idée n'est pas neuve, mais elle est aujourd'hui plus que jamais nécessaire.

Nécessaire parce que les technologies, les sciences et les connaissances ont évolué et que nous avons besoin dans la prise de décisions d'éclairages pointus, d'une juste connaissance des choses, en même temps d'ailleurs que nous avons besoin d'hommes et de femmes qui ont pensé les conséquences morales et philosophiques des évolutions techniques sur la population.

Les Lois d'éthiques et de bioéthiques en sont un exemple flagrant: écouter les uns et les autres au détour d'une commission parlementaire qui ne recueillera que des avis partiels n'est plus suffisant aux yeux de la complexité et de la multiplicité des enjeux.

Nécessaire car le monde du travail est aujourd'hui désorganisé dans sa représentation, une représentation à bien des égards délégitimée. Il a lui aussi besoin de se faire entendre autrement que par les caricatures qui en sont faites, par les épreuves de force ou les outrances auxquelles pousse une société médiatique dans laquelle la petite phrase retenue au journal aura plus de force que la réflexion déployée des mois durant.

Donnons aux créateurs d'entreprises, autant à ceux des nouvelles technologies qu'aux agriculteurs, aux employeurs, aux cadres, aux ouvriers, aux fonctionnaires aussi, la possibilité d'ancrer l'expression des réalités de leur monde autrement que dans un rapport de force permanent.

Nécessaire enfin car le monde des territoires est en crise, une crise grave et lointaine pour la ruralité, une crise que la Loi sur le non-cumul des mandats a désormais étendue à l'ensemble des territoires.

En effet, quel que soit le sentiment que l'on puisse avoir à cet égard, jusqu'à présent les députés et sénateurs étaient tous présidents d'exécutif locaux.

Il ne s'agit pas seulement de constater que l'élu local est physiquement l'élu le plus proche des citoyens, il est aussi celui qui mentalement connaît le mieux le terrain et sa réalité.

Cette situation, qui n'avait pas que des bons côtés il faut bien en convenir, avait tout de même cet avantage de permettre d'avoir des élus en prise directe avec la réalité du terrain. Ce lieu commun, peu en ont mesuré le sens et l'importance: il ne s'agit pas seulement de constater que l'élu local -et dans la plupart des cas le maire- est physiquement l'élu le plus proche des citoyens, il est aussi celui qui mentalement connaît le mieux le terrain et sa réalité.

Par là même, l'élu local est celui qui connaît le mieux les réussites et les manques de la Loi ; au quotidien il voit pourquoi les choses marchent et pourquoi au contraire les textes en l'état ne permettent pas de répondre à la situation constatée…

Et les partis politiques dans tout cela? Il est probable qu'ils n'y aient pas leur place… Les gens qui vivent le monde réel et qui réellement essaient de travailler à l'amélioration des choses n'aiment pas être enfermés dans des tiroirs soigneusement étiquetés, ils savent que ce n'est pas ainsi que l'on fait avancer les choses… pour autant, n'en doutons pas, il y aura toujours des clivages, et même, peut-être, une droite et une gauche…

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Les Vingt-Sept face aux défis de l'«Europe des cercles»

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INFOGRAPHIES - Le «yes» au Brexit et l'imprévisibilité de Trump ont donné un coup d'accélérateur au vieux débat sur une Union européenne à plusieurs vitesses, dont toute la règle du jeu reste à élaborer.

Les Britanniques n'ont pas fini de payer pour leur divorce, mais au bout du compte, ils n'avaient pas tout à fait tort… Comme dans toute rupture, chacun se remet en question et s'interroge sur ce qui a manqué. Malgré les postures, la révision s'annonce aussi déchirante sur le continent que dans l'île.

Il faut d'abord rendre à César ce qui lui revient. Six mois avant son funeste référendum, le pauvre David Cameron avait sans doute posé une bonne question en exigeant de ses pairs qu'ils reviennent sur le précepte de «l'Union toujours plus étroite» gravé dans le marbre des traités européens. Le premier ministre britannique a perdu son référendum. Mais deux ans plus tard, les Vingt-Sept font face entre eux à une interrogation identique.

Le Brexit désormais presque acquis, le Royaume-Uni fait aussi une fleur à ceux qui restent: avec lui disparaît son droit de veto, régulièrement agité pendant plus de quarante ans. Ceux qui de l'autre côté de la Manche veulent aller de l'avant pour tout ce qui touche au budget, à l'euro, à la sécurité des frontières et à la défense de l'Europe n'auront plus à s'embarrasser de ce boulet. C'est le second membre de l'équation: l'avant-garde est libérée, place à l'Europe à plusieurs vitesses!

«Noyau dur», «géométrie variable», «cercles concentriques», «intégration différenciée» ou «Europe à la carte», l'ambition n'est pas nouvelle. Elle ressurgit comme un serpent de mer chaque fois que le projet européen paraît en panne. Emmanuel Macron y a ajouté une définition personnelle, le 29 août, devant le collège des ambassadeurs français au grand complet: une Europe «à plusieurs formats (pour) aller plus loin avec tous ceux qui souhaitent avancer, sans être entravés par les États qui désirent, et c'est leur droit, avancer moins vite ou moins loin».

L'hypothèque britannique levée, les ambitions se libèrent. L'autre élément du sursaut tient aux circonstances: c'est l'incertitude, voire l'insécurité qui s'installe avec l'imprévisibilité de Donald Trump, les gesticulations de Vladimir Poutine ou encore les conflits qui s'accumulent dans un voisinage que l'UE croyait pouvoir apaiser. Derrière l'Europe à plusieurs vitesses se profile une autre cause: celle de «l'Europe-puissance», capable d'imposer ses vues dans le monde. Elle était chère à Valéry Giscard d'Estaing, l'actuel président la reprend à son compte.

La France mal à l'aise face à l'élargissement de l'UE

«C'est une vieille ambition française, explique Pierre Vimont, pilier du Quai d'Orsay passé au centre d'études américain Carnegie. La France s'est toujours sentie mal à l'aise face à l'élargissement de l'UE, parce qu'il dilue la responsabilité et repousse sans fin l'avènement d'une vraie puissance. Avec son Europe à plusieurs formats centrée sur l'euro, Emmanuel Macron poursuit la tradition.» Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient défriché le terrain.

Là où la France et ses alliés latins parlent d'une indispensable flexibilité dans l'adhésion à l'Europe, les cercles pourraient dresser les uns contre les autres ceux qui veulent être dedans, parce qu'ils sont pressés, et ceux qui craignent d'être rejetés en dehors, comme des Européens de seconde zone.

Le veto de Londres, à vrai dire, n'expliquait pas tout. Si Paris et Berlin n'ont jamais réussi à imposer l'idée d'un premier cercle ou d'une avant-garde, c'est aussi à cause d'un profond malentendu sur l'objectif. Il persiste à ce jour, malgré la proximité nouvelle défendue par l'Élysée et la chancellerie. L'essor de l'AfD, ce que l'Allemagne possède de plus proche d'un parti souverainiste, risque de casser l'élan d'Emmanuel Macron.

 

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Arnaud Teyssier : «On ne peut imaginer un Léviathan à une échelle aussi vaste que l'Europe»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Un vrai pouvoir européen souverain, puissant et libre, ne saurait être conçu qu'à partir des États-nations, argumente l'historien.

Peu à peu, le président de la République trace un programme ambitieux pour l'Europe, qu'il juge «à un niveau approprié pour recouvrer notre pleine souveraineté dans des domaines qui ne relèvent plus du seul champ national». Il le fait en plaçant l'avenir du continent sous le signe de la «protection» sur tous les fronts: dans le domaine des investissements, sur le plan commercial, sur celui de la défense, des frontières,de la capacité budgétaire comme outil contre les chocs économiques et leurs conséquences sociales. Dans Le Point , il a même invoqué le «Léviathan», figure pourtant peu amène, dont «chacun accepte qu'il soit là pour le protéger».

Le chef de l'État connaît ses auteurs, en l'espèce Thomas Hobbes, qui, au XVIIe siècle, décrivait l'état de nature comme «la guerre de tous contre tous»: chaque individu, pour se protéger et vivre en société, accepte de céder une partie de ses droits et libertés au Léviathan, «dieu mortel» au pouvoir absolu. Toute liberté se décline sous le signe de l'autorité.

Mais comment imaginer un Léviathan à une échelle aussi vaste que l'Europe ? Il faut lire, à cet égard, l'excellent livre de David Engels, paru en 2013: Le Déclin. Ce jeune historien de l'Antiquité fait un parallèle entre le déclin de la République romaine au Ier siècle avant Jésus-Christ et la crise de l'Union européenne, qu'il juge déjà bien engagée: tel que la machine est lancée, il prédit pour le système européen «un revirement autoritaire», ainsi qu'une «inversion du processus d'émancipation de l'individu engagé en Occident depuis des décennies».

«Jusqu'ici, dans nos démocraties, c'est bien l'État-nation qui a su concilier ces deux exigences contradictoires, à travers un pouvoir identifié, admis et incarné»

L'autorité sans la liberté, en somme. Car jusqu'ici, dans nos démocraties, c'est bien l'État-nation qui a su concilier ces deux exigences contradictoires, à travers un pouvoir identifié, admis et incarné. Pour nous, Français, cette figure philosophique du bon Léviathan renvoie au système gaullien et au libéralisme d'État des premières années de la Ve République, mélange subtil d'étatisme centralisateur, de volontarisme économique et de libéralisme politique. Ce modèle énergique, qui n'existe plus guère sous cette forme en France, peut-il renaître pour être transposé à l'Europe? Cette perspective n'est pas sans séduction, même si elle semble paradoxale. Le modèle gaullien avait été accepté parce qu'il avait permis de conduire la décolonisation et de rebâtir un système de solidarité sociale efficace dans le cadre d'une économie libérale. Pas d'économie libre sans État fort. Et la France, sous de Gaulle, n'en était pas moins une vraie démocratie, où le peuple était rigoureusement consulté et n'était plus le souverain «captif» des deux Républiques précédentes.

L'Europe peut-elle reproduire ce bel équilibre, qui est la substance même de la souveraineté? Elle n'en a pas pris jusqu'ici le chemin… C'est pourtant une vieille idée qui, religieuse ou laïque, est passée par tous les stades de l'imagination humaine. La vision de Richelieu était la plus réaliste: soucieux de contrer le projet de monarchie universelle des Habsbourg et d'éviter la constitution, au centre du continent, d'un «Corps germanique» écrasant, le cardinal-ministre était convaincu que l'Europe ne s'épanouirait dans la paix et la concorde religieuse que par une entente, un équilibre surtout, entre des grands ensembles territoriaux où la France aurait une influence à sa mesure. C'est l'idée qui resurgit avec de Gaulle au début des années 1960, avec l'Europe des États. Face à des phénomènes qu'il sentait venir, même s'il ne les appelait pas encore «mondialisation», il écrivait dans les Mémoires d'espoir que les liens entre les pays européens étaient si anciens et si puissants qu'ils devraient aboutir un jour à une confédération, au terme d'une coopération sans cesse élargie autour des grands intérêts communs - mais acceptée par les peuples. Il avait même proposé, dès septembre 1960,un référendum européen solennel«de manière à donner à ce démarrage de l'Europe le caractère d'adhésion populaire qui lui est indispensable».

Mais de Gaulle avait aussi perçu la profonde équivoque de la mécanique déjà engagée et qui, partant d'une vision purement économique, devait conduire, dans certains esprits, à la substitution totale et définitive d'une souveraineté européenne unique, totale, mais sans visage et sans âme, aux diverses souverainetés nationales. Une fuite en avant, un processus de centralisation dévoyée s'inscrivant contre la seule expression irréfragable de la souveraineté - le vote -, comme l'a montré plus tard le destin réservé en France au référendum de 2005 sur le traité de Rome II.

«Aucune souveraineté européenne réelle n'a pris la relève. Le pouvoir n'a pas été transmis, il s'est dilué, dissous, évaporé»

Ce grand débat européen qui n'avait jamais eu lieu, Philippe Séguin l'avait pourtant imposé en 1992 pour la ratification du traité de Maastricht, car il était évident alors qu'un point de non-retour était sur le point d'être franchi. Approuvé du bout des lèvres par les Français, le traité et ceux qui ont suivi n'ont pu aboutir qu'à la situation actuelle: le sentiment, en France et ailleurs, que les gouvernements ont transféré déjà une large part de leur souveraineté pour faire face aux défis du monde, mais qu'aucune souveraineté européenne réelle n'a pris la relève. Le pouvoir n'a pas été transmis, il s'est dilué, dissous, évaporé, tout en produisant une multitude de petites tyrannies sans véritable contrôle.

C'est pourquoi l'ambition manifestée par Emmanuel Macron est d'une logique presque napoléonienne: raisonnant«à la française», il propose de donner enfin à cette souveraineté européenne si insaisissable une vraie cohérence, pour rassurer les peuples sur leur avenir face à la mondialisation, au chômage, aux grands mouvements migratoires. Mais ne nous promet-elle pas un tout autre Léviathan, celui, toujours plus écrasant et désincarné que propose par exemple M. Juncker pour l'espace Schengen: en restant dans l'éternelle démarche qui consiste à ajouter toujours de nouveaux étages à une construction mal conçue à l'origine et dont les fondations sont chaque jour un peu plus fragiles et un peu plus contestées?

 «Le président de la République reconnaît les dérives de la construction européenne. Et pour les conjurer, il en accepte de nouvelles, plus graves encore»

Il est temps de regarder les choses en face: peut-on espérer fabriquer un vrai pouvoir européen souverain - c'est-à-dire puissant et libre - à partir d'une autre réalité que les États-nations, qui restent en nos temps troublés le seul vrai lieu de la démocratie, la seule garantie de l'adhésion des peuples, le seul refuge contre les explosions identitaires, le seul antidote enfin contre la dictature du chiffre, de la norme et de l'abstraction? De Gaulle, puis Philippe Séguin avaient vu juste. Il est temps de faire le pari lucide, radical, courageux, d'une refondation de l'Europe sur les bases plus saines de l'État-nation - faute d'un État-nation «européen» qui est voué à rester longtemps encore une chimère, et sous peine de tomber dans le piège dont Séguin avait déjà dévoilé les ressorts sous François Mitterrand: «Le président de la République reconnaît les dérives de la construction européenne. Et pour les conjurer, il en accepte de nouvelles, plus graves encore.» Il n'est pas d'autre issue que de revenir à l'idée gaullienne d'une Europe forte et respectée, mais faite de peuples libres. Il ne s'agit pas d'une quelconque nostalgie, mais d'un retour au réel: le «gaullo-mitterrandisme»,en fait de nouvel horizon, est le seul vrai mirage. Il faut choisir, tant qu'il est temps encore, le bon Léviathan.Ancien élève de l'École normale supérieure. Arnaud Teyssier est l'auteur de plusieurs biographies saluées par la critique,en particulier Richelieu. L'Aigle et la Colombe  (Perrin, 2014). Son nouvel ouvrage, Philippe Séguin. Le Remords de la droite» (Perrin, 350 p., 24 €.), est un des événements de la rentrée éditoriale.

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L’uranium 235 : un don de Dieu

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L’uranium 235 (U235) est le seul élément fissile naturel restant sur Terre après l’explosion de la supernova qui a donné naissance au système solaire. Sans cette unique “allumette miraculeuse” l’homme n’aurait pas pu exploiter l’énergie nucléaire.

L’uranium est un métal radioactif présent dans le sous-sol de la Terre. Avant de pouvoir l’utiliser comme combustible dans les réacteurs des centrales nucléaires, il faut l’extraire et le transformer. Seul l’uranium 235 est fissile mais il n’est pas en proportion suffisante pour être utilisable dans les réacteurs des centrales. L’uranium doit donc être enrichi en uranium 235, de façon à ce qu’il en comporte entre 30 et 50 g.

Dans les réacteurs nucléaires, d’autres éléments fissiles apparaissent ensuite, tel que le plutonium 239 (Pu239) issu de l’uranium 238 (U238). Ce dernier est dit fertile car il peut devenir fissile au cours des fissions de l’U235. De même, l’uranium 233 (U233) est issu du thorium 232 (Th232). Ces derniers peuvent aussi à leur tour jouer ce rôle « d’allumette » et engendrer de la chaleur et d’autres éléments fissiles.

Les deux seuls éléments naturels fertiles (et non fissiles) restant sur terre pour produire de l’énergie nucléaire sont l’U238 et le Th232. Ils sont disponibles en grande quantité et, grâce à “l’allumette” initiale (l’U235), ils pourront probablement alimenter l’humanité en chaleur et en électricité pendant des millénaires grâce aux générations de réacteurs à venir.
Aujourd’hui, environ 60 réacteurs utilisant le “couple” U235-U238 sont en construction dans le monde. Les couples utilisant ensuite le plutonium 239 (Pu239-U238) et l’uranium 233 (U233-Th232) comme combustible leurs succéderont probablement au cours des siècles suivants.

Un cadeau de l’univers

La vie de certaines étoiles se termine parfois par une gigantesque explosion très lumineuse appelée supernova. La nébuleuse du Crabe dans notre galaxie, par exemple, est le reste d’une supernova qui a été observée sur Terre en 1054 par des astronomes chinois. Ces phénomènes produisent des éléments plus lourds que le fer tels que le platine, l’or ou l’uranium (par une succession rapides de captures de neutrons qui se transforment ensuite en protons par émissions béta…), et dont les poussières ensemencent l’espace galactique. Ces “poussières d’étoiles” se condenseront avec le gaz interstellaire pour former de nouveaux systèmes solaires et des planètes, comme notre bonne vieille Terre.

Actuellement, le Th232 et l’U238, radioactifs et présents en grande quantité dans la croûte terrestre, participent de manière déterminante (83%) à la géothermie de notre planète (respectivement 44% et 39%).

Les réacteurs nucléaires dans le monde aujourd’hui consomment majoritairement de l’U235 qui ne représente que 0,7% de l’uranium naturel composé principalement d’U238 (à 99,3%). Ils utilisent donc moins de 1 % du contenu énergétique de l’uranium naturel. Ce taux de fission est généralement de 0,6 % et il atteint 0,8 % en France en recyclant une fois les matières valorisables (U238 et Pu239) encore présentes dans les combustibles usés.
Il faut noter que, malgré sa difficulté à fissionner, l’U238 produit tout de même un tiers de la chaleur dans les réacteurs actuels en se transformant auparavant en Pu239 grâce à la réaction initiale de l’U235.

Le futur sera “rapide”

En revanche, les futurs réacteurs “régénérateurs“, ou “surgénérateurs” (à « neutrons rapides » (RNR) et au thorium) se développeront probablement dans le monde après 2050. Ils ont la propriété remarquable de fabriquer leur propre combustible fissile : l’U238 se transforme presque complètement en Pu239 et le Th232 en U233. Ils peuvent même produire plus de combustible nucléaire que nécessaire à leur fonctionnement, ce qui permet ultérieurement de démarrer d’autres réacteurs.
L’Inde par exemple s’oriente plutôt vers les réacteurs au thorium car son sous-sol en contient beaucoup plus que d’uranium.

En plus de fabriquer des éléments fissiles, ces futurs réacteurs (RNR ou au thorium) ont deux autres avantages :
1 – ils permettent d’utiliser le plutonium fissile issu du retraitement des combustibles usés des centrales nucléaires en fonctionnement, ou du démantèlement des armes nucléaires, ce qui économise l’utilisation de l’U235,
2 – ils produisent moins de déchets pour une même énergie produite.

Ces réacteurs, dits de quatrième génération, utiliseront 100 fois mieux l’uranium naturel (abondant) et le thorium (encore plus abondant). Les réserves mondiales de combustibles passeraient alors à plusieurs milliers d’années.

En France, les 300.000 tonnes d’U238 entreposées en 2017 constituent déjà une réserve de… 3000 ans ( Inventaire national des matières et déchets radioactifs (INMDR) 2015, page 43). En effet, environ 100 tonnes par an seraient suffisantes pour produire l’électricité nécessaire à notre consommation nationale.
De plus, en 2040, les 400 tonnes de Pu239 contenues dans les combustibles usés entreposés( CEA n° 1 décembre 2012, page 35) pourront servir “d’allumette” au déploiement de 16 RNR de génération IV de 1,45 gigawatts (GW), soit plus du tiers du parc électronucléaire actuel de 63 GW.

Une énergie durable à l’échelle humaine

Demain, les futures générations ne manqueront pas d’énergie nucléaire pour produire l’électricité nécessaire à leur qualité de vie (chauffage, industries, transports,…).

L’uranium 235 est la divine allumette nucléaire, un “don de Dieu” qui contribue et contribuera à rendre notre planète plus agréable à vivre pour les hommes.

 

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Un nouveau livre de Pierre Le Vigan. La ville auscultée de fond en comble

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Pierre Le Vigan, essayiste et urbaniste, travaille depuis 40 ans sur les questions de la ville. Son dernier livre Métamorphoses de la ville, de Romulus à Le Corbusier est la somme de ses réflexions et analyses. La ville est envisagée dans son évolution historique, dans ses dimensions anthropologiques, et comme objet philosophique. L’auteur s’oppose au gigantisme et au culte du « développement » (mais de quoi ?) et de l’accélération. Mais il ne propose pas seulement d’aller moins vite dans le mur. Il propose de réorienter la construction des villes : des villes à taille raisonnable et le plus possible autosuffisantes au plan alimentaire et économique, des villes différenciées en fonction des cultures et des climats. Sa thèse ? Il faut démondialiser les villes et oser leur décroissance.

Jean-Marie Soustrade. [26.09]

 

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Russie : les positions de Sergueï Lavrov

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MONDE EN BREF : Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accordée à l’agence de presse russe TASS et à l’agence de presse internationale Associated Press, New York, le 20 septembre 2017

Sergueï Lavrov : Quelle est votre estimation des relations russo-américaines suite à votre rencontre avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson? La Russie a-t-elle renoncé à l’espoir d’une amélioration considérable sous l’Administration de Donald Trump?
Sergueï Lavrov: Nos relations sont actuellement très compliquées et restent à un niveau très bas. C’est un héritage de l’Administration de Barack Obama. Nous avons naturellement fait attention aux propos que Président américain Donald Trump a tenus sur la Russie lors de la campagne présidentielle et aujourd’hui. Globalement, il veut de bonnes relations avec la Russie, ce qui devrait servir les intérêts des États-Unis et contribuer à la résolution d’un nombre important de problèmes-clés touchant les deux pays.

Lors de mes entretiens avec Rex Tillerson, je ressens que c’est exactement la position de l’Administration. Ils ne sont pas satisfaits de l’état actuel de nos relations. Nous ne le sommes pas non plus.

A mon avis, tout le monde comprend qu’il nous faut accepter la réalité créée par plusieurs initiatives hostiles de l’Administration de Barack Obama. C’est un fait. Le Gouvernement russe et l’Administration américaine, qui sont responsables, doivent adopter une approche responsable des questions bilatérales et des sujets internationaux.

Il ne s’agit pas encore d’une tendance durable mais on comprend la nécessité de progresser vers cet objectif.

Vous avez déjà rencontré le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson à deux reprises: après votre arrivée à New York et aujourd’hui. Envisage-t-on d’organiser une rencontre au sommet entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump dans un avenir proche afin de faire bouger les relations du point mort où elles se trouvent aujourd’hui d’après vous?
Comme vous le savez, les deux présidents se sont déjà entretenus en marge du sommet du G20 à Hambourg. Ils auront une autre occasion de se parler s’ils prennent part au sommet de l’APEC qui aura lieu début novembre à Da Nang (Vietnam).

Je suis certain que si les deux leaders se retrouvent ensemble au même endroit, il sera très utile d’organiser cet entretien pour examiner le progrès accompli au niveau des chefs de diplomatie et des mécanismes établis par nos adjoints. Il y a encore un dialogue. Il est compliqué et concerne les problèmes bilatéraux, analysés par nos adjoints, ainsi que la stabilité stratégique. Nous avons organisé une rencontre à Helsinki: les deux pays ont été représentés par des délégations interministérielles comprenant notamment les militaires et les représentants des services secrets. Il existe également, dans ce domaine, des problèmes à résoudre.

On a le sentiment que les actions diplomatiques selon le principe “donnant-donnant” ont pris fin. Qu’en pensez-vous?
Nous avons très longtemps reporté notre “donnant” en réponse au “donnant” de Barack Obama. A mon avis, j’ai déjà répondu à la question concernant les humeurs des parties. Comme nous sommes des gens sérieux et responsables – j’estime que Rex Tillerson fait partie de cette catégorie – j’espère que nous serons en mesure de tirer les conclusions nécessaires concernant la situation actuelle et nos objectifs.

La session portera sur la Syrie, la Corée du Nord et la mission de paix dans le Donbass. Dans quel domaine attendez-vous le progrès le plus sensible, voire une percée?
Je n’attends jamais rien. Si l’on a des objectifs – et il en existe plusieurs chaque jour – il faut tout simplement s’occuper de leur mise en œuvre: expliquer sa position, convaincre ses partenaires s’il s’agit de la rédaction d’une résolution, et avancer exactement de cette manière.

Nous avons évidemment envie de mettre fin à la crise ukrainienne. Cela ne dépend pas de nous mais de l’Administration ukrainienne. Il suffit de lire les Accords de Minsk pour s’en rendre compte.

Nous voulons obtenir un règlement en Syrie et travaillons activement dans ce domaine en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et la création des conditions nécessaires pour la résolution des problèmes humanitaires, la réconciliation, l’établissement du dialogue national entre le gouvernement et l’opposition, ainsi que la solution politique reflétant les intérêts et les aspirations de tous les Syriens.

Nous avons la même position sur d’autres questions telles que le conflit au Yémen, la situation en Irak ou le dossier nucléaire coréen. Si l’on affirme d’avance que la session devrait aboutir à des résultats sur telle ou telle question que nous évoquons actuellement, cela pourrait nous distraire.

Il faut nous pencher sur des objectifs et des pourparlers réels. Tous ces conflits sont très compliqués et il nous faut penser à ce qu’il est nécessaire de faire aujourd’hui. Nous avancerons des projets à mesure que toutes ces questions se clarifieront.

Que pensez-vous des propos tenus aujourd’hui lors de l’Assemblée générale par le Président américain Donald Trump? Selon lui, les États-Unis sont prêts à raser complètement la Corée du Nord.
Nous avons plus d’une fois entendu des propos similaires du Président américain Donald Trump sur la Corée du Nord. Nous ne doutons pas du fait que les États-Unis sont en mesure de mener une action très destructrice.

J’ai pourtant remarqué un autre élément du discours du Président américain: il a affirmé qu’il respectait la souveraineté et l’égalité dans les affaires internationales, et que les États-Unis voulaient encourager les autres par leur propre exemple et n’avaient aucune envie d’imposer leur mode de vie. Qui plus est, les États-Unis respectent, selon lui, la diversité des peuples, des cultures et des civilisations. A mon avis, il faut saluer ces propos. Nous n’avions entendu rien de tel depuis longtemps de la part des leaders américains.

 Le Ministre américain de la Défense James Mattis a indiqué dans une interview que les États-Unis protégeraient la Suède en cas d’agression, bien que cette dernière ne soit pas membre de l’Otan. Qu’en pensez-vous?
Comme je ne suis pas médecin, je ne peux pas commenter des propos paranoïaques. J’ai entendu dire que le gouvernement suédois avait peur et que les autorités allemandes, une semaine avant le vote, étaient heureuses et reconnaissantes envers la Russie de ne pas s’être ingérée dans les élections. Il existe partout trop de fantaisies, et il est donc inutile d’y prêter attention. Il ne s’agit que de fake news, d’absurdités.

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Immigration : les sondages disent qu’une révolution se prépare

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Les élites ont beau multiplier le matraquage idéologique qui, par sa stupidité, se retourne souvent contre elles (voir ces manuels d’histoire présentant les « invasions barbares » comme des « arrivées de migrants »!), les Européens et les Français sont lucides et donc très critiques sur les méfaits et les coûts de l’immigration.

Enquête après enquête, une majorité de Français le dit et le redit. Il y eut l’enquête internationale révélée en juin dernier qui montrait un divorce entre les peuples et les élites sur l’immigration, il y eut en juillet un sondage IFOP pour Atlantico. Et voici que l’enquête menée annuellement depuis 2011 dans vingt-cinq pays par Ipsos paraît.

Premier enseignement : quand et là où l’immigration augmente, les Européens le voient. Ainsi, ils sont 74 % à le dire en Italie, 65 % en Allemagne et « seulement » 58 % en France. Et 53 % des Français trouvent qu’il y a trop d’immigrés en France. Cela veut dire que le premier mensonge des élites sur les chiffres de l’immigration ne passe plus auprès des peuples européens.

Second enseignement : sur l’aspect qualitatif de l’immigration, les Européens ne croient plus, mais plus du tout, aux bienfaits et aux « chances » que l’immigration représenterait pour leur pays. En Europe, ils ne sont que 21 % à voir l’immigration en rose. En France ? 14 %. Oui, 14 % : si l’on ajoute à nos élites quelques gauchistes et quelques aveugles fâchés avec la réalité, on doit arriver à ce petit club de 14 %. Le problème, c’est que c’est ce club-là qui impose son idéologie et sa politique. Cela pose un réel problème démocratique. Et pas que chez nous, car en Allemagne aussi, seulement 18 % de la population estiment l’immigration bénéfique.Troisième enseignement : les Français ne croient pas non plus à l’idéologie angélique qu’on leur assène sur les « pauvres réfugiés ». 53 % d’entre nous doutent que les réfugiés soient des réfugiés, et 64 % pensent que des terroristes se font passer pour des migrants.

La France serait-elle redevenue le pays de Descartes, du doute et du bons sens, « chose du monde la mieux partagée » ?

Un jour ou l’autre, cette majorité de Français hostile à l’immigration massive et destructrice qui lui est imposée s’exprimera ailleurs que dans des sondages. Elle a, d’ailleurs, commencé à le faire : Marine Le Pen, malgré ses limites et la concurrence d’un Fillon qui essayait de se positionner sur le même créneau, a tout de même accédé au second tour et plus de dix millions d’électeurs ont voté pour elle.

Mais l’idéologie pro-immigration se radicalisant au fur et à mesure que les Français découvrent l’ampleur de ses mensonges, cette expression prendra un double aspect. La revendication d’une politique claire et ferme mettant enfin un coup d’arrêt au Grand Remplacement. Mais aussi le renvoi des élites mettant en œuvre depuis quarante ans cette politique immigrationniste. Le « dégagisme » que M. Macron a su habilement capter à son profit en est une première manifestation. Mais cette enquête a été réalisée deux mois après son élection et alors que sa popularité chutait déjà. Cela signifie que, pour les Français, le compte n’y est pas, que le dégagisme ne suffit pas s’il ne s’accompagne pas d’un changement radical de politique migratoire. Or, ils veulent et ils voudront les deux.

Et l’événement historique qui traduira cette double volonté populaire, si longuement mûri, si longtemps retardé, et avec tous les soubresauts qu’il pourrait entraîner, porte un nom. Cela s’appelle une révolution. Reste à savoir comment le pays de Descartes opérera cette révolution.

 

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La seule voie d’avenir pour l’Europe : un axe Paris-Berlin-Moscou

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Marc Rousset est un visionnaire car au-delà des idées fort justes exprimées dans cet article, il est l’auteur, déjà en 2009, de La nouvelle Europe, Paris-Berlin-Moscou: le continent paneuropéen face au choc des civilisations ( G. de Bouillon éditeur, 2009 – 538 pages ) . Il est aussi l’auteur de plusieurs livres : “Pour le Renouveau de l’Entreprise“ (éd. Albatros, 1987), “Nouvelle Europe de Charlemagne“ (éd. Economica, 1995, Prix de l’ Académie de Sciences Morales et Politiques), “Les Euroricains“ (éd. Godefroy de Bouillon, 2001) et très récemment de Adieu l’Argent Roi, place aux héros européens (Godefroy de Bouillon 2016).

Henri Temple, sur Boulevard Voltaire, vient se livrer à un véritable plaidoyer en faveur de l’Angleterre et nous conseille de nous éloigner de l’Allemagne. Il fait malheureusement fausse route ! La seule voie d’avenir possible pour la France, c’est bien au contraire un rapprochement avec l’Allemagne sans l’Angleterre pour constituer à l’Ouest, dans un premier temps, un bloc carolingien, qui devrait ensuite se rapprocher de la Russie, afin de constituer un axe Paris-Berlin-Moscou et la grande Europe de Brest à Vladivostok. En ce sens, le Bréxit est un don et un cadeau du ciel pour la France !

S’il est possible de critiquer de Gaulle pour la fin catastrophique de la guerre d’Algérie et pour ne pas avoir réussi à réconcilier les Français après 1945, ce que souhaitait à juste titre Saint-Exupéry, il faut reconnaître qu’en ce qui concerne l’Europe, il a vu juste ! De Gaulle avait fort bien compris la nécessité d’un rapprochement de la France avec l’Allemagne et la Russie lors de sa conférence de presse géniale et visionnaire, en pleine guerre froide, du 29 mars 1949 au palais d’Orsay : « Moi, je dis qu’il faut faire l’Europe avec pour base un accord entre Français et Allemands. Une fois l’Europe faite sur ces bases, alors on pourra essayer, une bonne fois pour toutes, de faire l’Europe tout entière avec la Russie aussi, dût-elle changer de régime. Voilà le programme de vrais Européens. Voilà le mien. »

Le Bréxit est une chance pour la France, ne serait-ce que pour la langue française et la possibilité de mettre fin à la domination de l’anglais à Bruxelles, problème que Pompidou avait perçu très clairement, avant même l’entrée de l’Angleterre dans le Marché commun. Pompidou avait exigé que les fonctionnaires britanniques à Bruxelles parlent français. La promesse fut tenue, puis, suite aux pressions de l’Amérique et à la lâcheté des élites françaises, elle fit place à l’unilinguisme anglo-américain.

le grand echiquierHenri Temple devrait relire Le Grand Échiquier de Zbigniew Brzeziński ( Éditions Fayard) . Le rêve de l’Amérique et des néo-conservateurs américains, c’est de dominer le monde, par la force maritime, en s’appuyant sur les deux porte-avions que constituent le Japon et l’Angleterre et en faisant de l’Europe continentale le « Rimland », en réalité un protectorat grâce à l’OTAN, au « soft power » de l’anglo-américain, au droit-de-l’hommisme et à l’immigrationnisme qui nous font perdre notre identité européenne, nous noient dans le monde marchand anglo-saxon.

Tous les grands projets européens, à ce jour, sont d’origine franco-allemande (Ariane, Airbus, CECA, Euratom, l’euro, etc.). Pas un seul n’est d’origine britannique. Churchill disait déjà qu’entre l’Europe et le grand large, il choisirait toujours le grand large. Les Britanniques, une fois à Bruxelles, ont tout fait pour torpiller l’Union européenne de l’intérieur, pour favoriser le libre-échange, pour procéder à l’élargissement suicidaire avant un approfondissement, pour faire entrer la Turquie, pour empêcher que l’Europe des armements n’avance. Réjouissons-nous, au contraire, que le fusil français soit fabriqué en Allemagne plutôt qu’en Chine et espérons que, demain, l’Allemagne nous achète des Rafale !

Notre ami nous parle des trois derniers conflits entre la France et l’Allemagne ! Il oublie que, depuis la guerre de Cent Ans, l’Angleterre a été l’ennemi héréditaire de la France et a tout fait pour diviser le continent européen, pour que le Marché commun ne voie pas le jour. André Siegfried disait que l’Angleterre est une île entourée d’eau de toutes parts. N’oublions pas, enfin, l’Empire carolingien et sa disparition par le traité de Verdun en 843.

L’avenir de l’Europe est à l’est, pas en Angleterre ! L’Europe doit se considérer comme l’Hinterland de la Russie face à la Chine pour garder le contrôle de la Sibérie, plus grande que les États-Unis ! En Sibérie, en Asie centrale, l’Européen, c’est le Russe ! Mais, sans un premier rapprochement indispensable entre la France et l’Allemagne, le monde européen se condamnerait à un suicide civilisationnel.

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“Terre et mer” de Carl Schmitt : la géopolitique expliquée à sa fille

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CULTURE EN BREF : Terre et Mer. Ce n’est pas le nom d’un restaurant proposant à la fois viandes et poissons, mais le titre français d’un essai de Carl Schmitt, paru initialement en allemand sous le titre Land und Meer. Eine weltgeschichtliche Betrachtung en 1942. Et, bonne nouvelle, les très inspirées éditions Pierre-Guillaume De Roux viennent de le rééditer.

terre et mer - carl SchmittLa géopolitique, science développée dans le monde anglo-saxon et germanique à la fin du XIXe siècle, possède certaines lois fondamentales, qui permettent de se faire une bonne représentation des relations entre les États au cours de l’histoire. La grande qualité de Carl Schmitt, c’est qu’il rend très accessible l’approche géopolitique au lecteur lambda, en privilégiant une approche didactique pour retracer les évolutions de ces rapports entre Etats. Si bien que Terre et Mer aurait pu s’appeler « La géopolitique expliquée à ma fille », Schmitt ayant d’ailleurs dédicacé son livre à sa fille Amina.

Une porte d’entrée dans l’oeuvre de Schmitt

Schmitt aborde ici un certain nombre de questions qui, mises en rapport les unes avec les autres, font sens: la révolution des mentalités opérée par les grandes découvertes à la Renaissance, la lutte pour la domination des océans, les destinées des nations européennes (siècle d’or espagnol puis déclin de l‘Espagne, montée en puissance de l’Angleterre, hésitation de la France quant à son orientation terrestre ou maritime) dans leurs rapports à la domination du monde, la superposition du religieux et du politique, lors de la Réforme, entre volonté maritime des nations protestantes et l’orientation continentale des puissances catholiques, les évolutions du droit international, en particulier dans le droit de la guerre, induites par l’appropriation des océans comme espaces d’expression militaire et politique… Autant de questions qui seront approfondies dans les oeuvres ultérieures de Schmitt – on pense ici notamment au Nomos de la Terre, d’un accès plus ardu. En somme, on pourrait dire que Terre et Mer est la porte d’entrée idéale dans l’oeuvre, très vaste, de Carl Schmitt, permettant de comprendre et maîtriser les lignes essentielles de sa pensée.

Si l’on peut regretter l’absence de nouvelle traduction – l’éditeur s’est contenté de reprendre celle que Jean-Louis Pesteil avait donné lors de la première édition française de Terre et Mer au Labyrinthe en 1985, non exempte de quelques maladresses, on appréciera en revanche l’appareil critique qui accompagne l’ouvrage.

Alain de Benoist introduit Zygmunt Bauman

Comme à son habitude, Alain de Benoist livre une présentation très érudite de l’auteur, qu’il a en grande partie fait connaître en France, avec Raymond Aron et Julien Freund. Benoist nous offre un portrait fait à la fois d’éléments biographiques et de commentaires des œuvres de Schmitt, ce qui permet au lecteur d’approcher avec finesse la complexité du parcours et de la pensée de Schmitt au fil du temps, et de rompre avec les truismes agaçants qui entourent la figure et l’oeuvre du maître de Plettenberg: Benoist rappelle qu’avant 1933, Schmitt, proche du parti conservateur DNVP, réclamait l’interdiction du parti nazi, et subit à partir de 1936 une violente campagne de dénigrement de la part des juristes nazis, qui mit quasiment fin à sa carrière. En outre, on appréciera les parallèles établis par l’éditorialiste d’Eléments entre les catégories géopolitiques forgées par Schmitt avec les catégories socio-psychologiques établies par le sociologue Zygmunt Bauman: la domination des puissances thalassocratiques anglo-saxonnes s’accompagne de l’entrée des sociétés occidentales dans le modèle de la « société liquide ».

…et Julien Freund conclut

La postface de Julien Freund, déjà présente dans l’édition de 1985, reste étonnamment d’actualité. Ayant anticipé le déplacement de la puissance de la zone atlantique à la zone pacifique, Freund livre une réflexion stimulante sur ce qu’il appelle la « thalassopolitique », dominée par l’élément marin, par opposition à la « géopolitique », dominé par l’élément terrestre. Le retour épistémologique sur le développement de la science géopolitique au XXe est un bon aide-mémoire.

Beaucoup de cuistres se piquent de parler de géopolitique et d’expliquer la marche du monde à qui veut l’entendre, sans avoir jamais rien lu. Merci, donc, aux éditions Pierre-Guillaume De Roux de nous permettre de nous faire notre propre idée en nous donnant accès à ce texte fondamental.Thierry Martin.

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Les identités charnelles de notre continent : Être Breton

 

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CARTOUCHES MÉTAPOLITIQUES : L’Institut Iliade poursuit son travail de définition des identités charnelles de notre continent. Après la vidéo à succès consacrée à l’identité européenne, la Bretagne, terre de légendes et d’hommes enracinés et aventureux est donc l’objet d’une nouvelle production.

La devise bretonne est limpide : Kentoc’h mervel eget em zaotra, c’est-à-dire « Plutôt la mort que la souillure ». Mais qu’est-ce qu’être Breton ? Tout le monde peut-il se prévaloir de cette identité ? Pour tenter de répondre à ces questions, découvrez la vidéo de l’Institut Iliade sur le sujet.

Être Breton, c’est appartenir à un peuple et à une lignée. C’est être l’héritier de la grande civilisation celte, faite de conquérants, d’artistes, de marchands et de guerriers qui ont participé à façonner l’Europe.

Être Breton, c’est être le fruit d’une longe sédimentation humaine sur un territoire qui a modelé son peuple autant que le peuple Breton l’a travaillé.

Être Breton, c’est être issu d’un peuple qui a réussi à préserver ses particularismes pendant des siècles. Un peuple culturellement et ethniquement européen.

Être Breton, c’est aimer sa terre en étant tourné vers la mer. Armor, la mer et Argoat, la terre. Indivisible. De la forêt d’Huelgoat à celle de Brocéliande, jusqu’à Ouessant et à la côte d’Emeraude, en passant par l’Atlantique, être Breton c’est être résolument tourné vers l’océan, vers l’aventure.

Mais être Breton c’est également rester profondément enraciné. C’est se sentir chez soi, de Lannilis au château de Clisson, de Nantes à la pointe du Raz, au bout du monde.

Être Breton, c’est aussi faire partie de cette diaspora, qui, dans le monde entier, fait connaitre une péninsule, sa langue, ses danses, ses instruments, son histoire, son identité.

Être Breton, c’est être attaché à cette langue qui vit encore. C’est la parler au nez et à la barbe des hussards noirs de la République. C’est se promettre de l’apprendre un jour et, surtout, c’est se battre pour la protéger.

Être Breton, c’est avoir pour pères Nominoë et Merlin. Pour mères Anne de Bretagne et Viviane. C’est se reconnaitre dans les légendes arthuriennes, dans l’épopée de Cadoudal, dans le Bleun Brug, dans le Gwen Ha Du.

Être Breton, c’est être profondément attaché au sacré. C’est être catholique et païen. C’est aimer ces Dieux celtes originels, ces saints venus d’Irlande et cette Eglise apportés par Rome. C’est respecter ces rites et ces solstices qui parsèment l’année.

Être Breton, c’est s’agenouiller devant un calvaire et se recueillir dans un bosquet.

Être Breton c’est vivre ces grands pardons, ces fêtes au grand jour et ses repos familiaux et silencieux.

Être Breton, c’est partager une mémoire bretonne et une histoire celte, française, et européenne. C’est ne jamais oublier les batailles sanglantes et la chouannerie mais c’est aussi accepter un attachement à la France.

Être Breton, c’est respecter ces centaines de milliers de nos compatriotes qui ont cru, un jour, à un destin plus grand, tout en remplissant leur devoir en servant la France, parfois au prix du sang.

Être Breton, c’est ne jamais donner sa confiance d’emblée. Mais ne jamais la trahir si elle est accordée.

Être Breton, c’est aimer faire la fête, parfois jusqu’à l’excès, avec ses amis, avec son clan, avec son village.

Être Breton, c’est refuser la posture, les faux semblants, le mensonge.

Être Breton, c’est être fier. C’est appartenir à un peuple libre, insolent, courageux, travailleur et déterminé. Un peuple venu du fond des âges qui n’est toujours pas résigné à sortir de l’histoire.

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L’Europe : Régionalisme ou continentalisme ?

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Bernard Plouvier, auteur, essayiste ♦
Lors de l’éclatement de l’Empire romain d’Occident, on a observé un retour aux organisations de petites, voire de très petites tailles. D’un immense État longtemps porteur de paix et de prospérité, on en revenait au village, à la cité, au maximum au comté.
Faute de s’être défendus énergiquement contre l’envahisseur, les hommes d’Occident – qui ignoraient presque tous les réalités géographiques au-delà de l’horizon de leur plat pays, de leurs collines environnantes ou du cirque de montagnes les plus proches – se recroquevillaient en microsociétés, ce qui n’a jamais fourni que des microéconomies et une limitation considérable au progrès technique et social.

En nos jours de déréliction politico-religieuse, où les clergés semblent aussi peu fiables que les magistrats, où le monde politique est globalement pourri et les média plus menteurs que jamais, où l’Europe est envahie d’allogènes, on comprend parfaitement que le repli régional paraisse une solution logique, surtout en zones restées fort homogènes quant à la population, telles la Catalogne, les Flandres ou l’Écosse. Ce faisant, l’on sacrifie au politiquement correct !

En effet, notre intelligentsia nous interdit de penser de façon raciale. Une loi  vient même de stipuler qu’il n’existe plus de race… on se demande ce qu’en peuvent penser divers « groupements humains » réputés à tort ou à raison pour leur racisme institutionnel.

Pour les « bons Français », c’est devenu une obligation de ne plus se référer à la « race européenne ». Dont acte. Pensons donc, raisonnons en « ethnie européenne », dont les traits sont caractéristiques, alors que la couleur de peau n’est guère une référence fiable : le bronzage modifie la blancheur congénitale alors qu’un Africain albinos et de nombreux Chinois sont plus blancs qu’une majorité d’Européens s’exposant au soleil.

En revanche, et n’en déplaise aux faiseurs de lois bizarres, un anthropologue reconnaît au premier coup d’œil un crâne d’Européen de celui d’un Asiatique, d’un Africain ou d’un Mélanésien, n’éprouvant de difficulté que devant un produit de ce métissage qui paraît à nos maîtres, financiers et négociants, une promesse d’avenir radieux : One world, one language (le basic english), one distribution… ça simplifie la vie et ça réduit les coûts de production.

On comprend que confrontés à cette insupportable régression unitaire et uniforme, présentée comme « l’évolution inéluctable de l’humanité une et indivisible », les moins sots et les plus fiers des Européens réagissent de façon communautaire.  Le problème est de ne pas se tromper sur la taille de la communauté. Il est évident que l’actuelle Europe Unie est une abjection, n’étant de fait qu’une Europe des économies (assez mal) unies… même pas capable d’harmoniser le coût social du travail et encore moins de protéger les citoyens des violences d’une immigration devenue invasion.

Croit-on que la vie sera plus aisée, moins dangereuse, en se repliant sur une organisation provinciale de 3 à 10 millions d’habitants, alors que les maîtres du jeu planétaire peuvent mobiliser les forces d’un pays de 330 millions de citoyens (USA), d’un milliard (Péninsule indienne), voire d’1,3 ou 1,5 milliard (Chine) ? Certes, ces géants sont fort hétérogènes quant à leur population… et c’est excellent pour nous autres Européens, puisque cette diversité ethnique est un facteur d’implosion (ou d’explosion, comme on voudra), soit une bénédiction pour leurs ennemis.

L’expérience quotidienne, comme les leçons de l’histoire, prouvent que « l’union fait la force », à condition de n’englober dans l’union que des communautés homogènes et de définir les droits et les devoirs de chacune d’entre elles.

Après des millénaires de guerres fratricides, de luttes économiques ouvertes ou larvées, il serait souhaitable que les différentes Nations de « l’ethnie européenne » s’unissent en vue de se défendre et de travailler en commun, ne serait-ce que pour exploiter les richesses de notre continent. Il est évident que seuls les Européens de souche doivent prendre part à cette union, de même qu’il est évident que les richesses européennes ne doivent être exploitées que par des Européens.

Plutôt que de favoriser le repli régional, qui est un authentique appel à la conquête lancé aux grands prédateurs, il serait intelligent de raisonner enfin de façon continentale et d’envisager la création de l’Empire européen, étendu de l’Islande à Vladivostok.

Ceci implique un divorce des Européens d’avec l’économie globale, d’avec la mondialisation de la propagande et de l’obéissance des soi-disant élus des peuples à la finance vagabonde.

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DSK profite d'un hommage à Bricq pour adresser un message très politique à Macron

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LE SCAN POLITIQUE - Selon L'Opinion, Paris Match et RTL, l'ancien patron du FMI est apparu sur scène sans aucune note, et il a fortement insisté sur la différence entre «les valeurs de gauche et les valeurs de droite».

Il y a bien longtemps qu'il n'avait pas parlé de politique. Depuis que la très médiatique affaire du Sofitel l'a contraint à renoncer à son ambition présidentielle en 2011, Dominique Strauss-Kahn s'est retiré de la vie publique. Mais mardi soir, lors d'un hommage à la défunte sénatrice PS Nicole Bricq, l'ancien patron du FMI est sorti du silence et a prononcé un long discours. Selon plusieurs témoins, il serait apparu sur scène avec les cheveux longs, le visage vieilli, et les traits tirés.

» À LIRE AUSSI/DOSSIER SPÉCIAL - Les affaires DSK, l'onde de choc

D'après L'Opinion , Paris Match et RTL, l'ex-ministre de l'Économie aurait profité de cette intervention pour adresser un message très politique à l'actuel président, Emmanuel Macron. «Quand on est sûr de ce qu'on pense, on peut faire des compromis avec des adversaires d'hier et peut être de demain. (Nicole Bricq) l'a fait par conviction, très loin du cynisme de beaucoup. Parce qu'elle savait que les valeurs de gauche et les valeurs de droite ne sont pas les mêmes», a-t-il glissé.

De Chevènement à Macron, en passant par DSK et Hollande

Pour DSK, le clivage entre la droite et la gauche est «nécessaire à l'équilibre de la société», et «leur opposition dialectique vivra tant que vivra la démocratie». «Les mêler, ce n'est pas les confondre. Les faire avancer ensemble, c'est savoir garder leur équilibre», a-t-il ajouté. Difficile de ne pas y voir une pique au chef de l'État qui, en plus d'avoir un parcours similaire à celui de DSK, a théorisé le «ni droite-ni gauche» puis le «et droite-et gauche» durant la campagne présidentielle.

La présence de Dominique Strauss-Kahn à cet hommage, qui s'est tenu mardi soir au «Conseil économique, social et environnemental», s'explique par le parcours politique de Nicole Bricq. Engagée d'abord aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, au sein du Ceres, elle a en effet rejoint DSK, via son courant «Socialisme et démocratie». Puis, en 2012, elle s'est rangée derrière François Hollande, qui l'a faite ministre... Mais elle a finalement été l'une des premières à soutenir Emmanuel Macron.

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« Génétique et génomique réinscrivent la race au cœur des récits »

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Dans une tribune au « Monde », l’historien des sciences Luc Berlivet explique que la recherche sur la notion de race, même dépourvue de légitimité scientifique, continue d’agiter la communauté des biologistes.

Tribune. L’un des aspects les plus troublants d’une époque qui n’en manque pourtant pas réside dans ce que certains ont appelé « le retour de la race » dans les sciences biologiques et biomédicales. L’un des exemples les plus apparemment anodins de références explicites à l’existence de différences biologiques de ce type réside dans les « tests d’ancestralité », commercialisés par des start-up de génomique telles que 23andMe, qui proposent, notamment, de dévoiler à leurs clients les différentes composantes de leur « ascendance raciale », exprimée en pourcentages.

D’autres innovations sont nettement moins « ludiques », comme ces tentatives visant à affiner le traitement de certaines pathologies en fonction du « profil racial » des patients : aux Etats-Unis, en 2005, le BiDil, médicament proposé dans le cas de certaines pathologies cardio-vasculaires, a ainsi bénéficié d’une autorisation de mise sur le marché accompagnée d’une indication qui le destinait spécifiquement à la population afro-américaine.

Loin de faire définitivement litière de la notion de « race », comme l’espéraient les protagonistes du programme « génome humain », génétique et génomique tendent au contraire à la réinscrire au cœur des récits visant à expliquer les différences objectivables (au niveau de marqueurs moléculaires) entre les populations humaines.

Pour beaucoup, la situation est d’autant plus incompréhensible qu’un récit longtemps dominant nous assurait qu’après une première vague de critiques, portées dans les années 1930 par des scientifiques clairvoyants, la découverte du rôle des médecins et savants allemands dans la perpétration des crimes nazis avait ensuite abouti à l’émergence d’un consensus déniant toute légitimité scientifique à la notion de race. Seuls s’y accrochaient encore des savants marginaux, aveuglés par des convictions rétrogrades et inavouables.

Un long et tumultueux débat

Pour percevoir les limites...


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/07/genetique-et-genomique-reinscrivent-la-race-au-c-ur-des-recits_5197588_3232.html#O3oCbp5U2ADJheuh.99

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L'intelligence de la vie... Ce mélange si particulier de respect des convenances et de largeur d'esprit, cette faculté de comprendre avant de savoir.

Jean Dutourd

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Alain de Benoist : Europe, l’Idée d’empire ....

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Lorsque l’on examine l’histoire politique européenne, on constate rapidement que l’Europe a été le lieu où se sont élaborés, développés et affrontés deux grands modèles de politie, d’unité politique : la nation, précédée par le royaume, et l’Empire.

Ce bref essai pour objet de cerner ce qui les distingue, en mettant surtout l’accent sur le second.

Mais rappelons d’abord quelques dates. Romulus Augustule, dernier empereur de l’Occident latin, est déposé en 475. Seul subsiste alors l’empire d’Orient. Cependant, après le démembrement de l’empire d’Occident, une nouvelle conscience unitaire semble se faire jour en Europe occidentale. Dès 795, le pape Léon III date ses bulles, non plus du règne de l’empereur de Constantinople, mais de celui de Charles, roi des Francs et patricien des Romains. Cinq ans plus tard, le jour de Noël de l’an 800, Léon III dépose à Rome la couronne impériale sur la tête de Charlemagne.

C’est la première renovatio de l’Empire. Elle obéit à la théorie du transfert (translatio imperii), selon laquelle l’empire ressuscité en Charlemagne continue l’empire romain, mettant ainsi un terme aux spéculations théologiques inspirées de la prophétie de Daniel, qui laissaient prévoir la fin du monde après la fin du quatrième empire, c’est- à-dire après la fin de l’empire romain, celui-ci ayant lui-même succédé à Babylone, à la Perse et à l’empire d’Alexandre.

La renovatio de l’Empire rompt du même coup avec l’idée augustinienne d’une opposition radicale entre civitas terrena et civitas Dei, qui avait pu donner à penser qu’un empire chrétien n’était qu’une chimère. Léon III inaugure une stratégie nouvelle : celle d’un empire chrétien, où l’empereur serait le défenseur de la cité de Dieu.

L’empereur tient alors ses pouvoirs du pape, dont il reproduit dans l’ordre temporel les pouvoirs spirituels. Toute la querelle des investitures, on le sait, sortira de cette formulation équivoque, qui fait de l’empereur un sujet dans l’ordre spirituel, mais le place en même temps à la tête d’une hiérarchie temporelle dont on affirmera bientôt le caractère sacral.

Le traité de Verdun (843) ayant consacré le partage de l’empire des Francs entre les trois petits-fils de Charlemagne, Lothaire Ier , Louis le Germanique et Charles le Chauve, le roi de Saxe Henri Ier est à son tour couronné empereur en 919. L’Empire devient ainsi plus nettement germanique. Après la dislocation de la puissance carolingienne, il est à nouveau restauré en 962 au profit du roi Otton I er de Germanie.

Il se reconstitue alors au centre de l’Europe avec les Othoniens et les Saliens. Il restera la principale puissance politique en Europe jusqu’au milieu du XIIIe siècle, date à laquelle il se transforme officiellement en Sacrum Romanum Imperium. On ajoutera « de nation germanique » à partir de 1442.

Il n’est évidemment pas question de retracer ici, même à grands traits, l’histoire du Saint-Empire romain germanique. Rappelons seulement que, tout au long de son histoire, il restera un mixte associant trois grandes composantes : la référence à l’Antiquité, la référence chrétienne et la germanité. Dans les faits, l’idée impériale commence à se désagréger à la Renaissance, avec l’apparition des premiers États nationaux. Certes, en 1525, la victoire de Pavie, remportée par les forces impériales sur les troupes de François Ier, paraît inverser le cours des choses. A l’époque, l’événement est d’ailleurs considéré comme de première grandeur, et il provoque en Italie une renaissance du gibelinisme. Mais après Charles Quint, le titre impérial n’échoit pas à son fils Philippe, et l’Empire se réduit à nouveau à une affaire locale. A partir de la paix de Westphalie (1648), celui ci est de moins en moins perçu comme une dignité, et de plus en plus comme une simple confédération d’États territoriaux. Le processus de déclin durera encore deux siècles et demi. Le 6 avril 1806, Napoléon achève la Révolution en détruisant ce qui reste de l’Empire. François II abandonne son titre d’empereur romain germanique. Le Saint-Empire a vécu.

Le concept d’Empire

A première vue, le concept d’Empire n’est pas facile à cerner, compte tenu des usages souvent contradictoires qui en ont été faits. Dans son dictionnaire, Littré se contente d’une définition tautologique : un empire, écrit-il, est « un État gouverné par un empereur ». C’est évidemment un peu bref. On rappellera surtout que l’Empire, comme la cité ou la nation, est une forme d’unité politique et non, comme la monarchie ou la république, une forme de gouvernement. Cela signifie que l’Empire
est a priori compatible avec des formes de gouvernement assez différentes. L’article I er de la Constitution de Weimar affirmait ainsi que « le Reich allemand est une république ». En 1973, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe n’a pas hésité à rappeler que, de nos jours encore, « le Reich allemand reste un sujet de droit international ».

La meilleure façon de comprendre la réalité substantielle de la notion d’Empire reste sans doute de la comparer à celle de nation ou d’État-nation, celui-ci représentant l’aboutissement d’un processus de formation de la nationalité dont le royaume de France représente en quelque sorte la forme exemplaire.

Au sens actuel du terme, c’est-à-dire au sens politique, la nation apparaît comme un phénomène essentiellement moderne. Nous ne suivrons donc pas Colette Beaune 1 ou Bernard Guenée dans leur thèse, consistant à placer très haut dans le temps la naissance de la nation. Cette thèse, à notre avis, repose sur un anachronisme : elle confond « royal » et « national », formation de la nationalité et formation de la nation. C’est au compte de la formation de la nationalité qu’il faut porter, par exemple, la naissance d’un sentiment d’appartenance excédant le seul horizon natal à l’époque de la guerre contre les Plantagenêts, sentiment qui se renforce pendant la guerre de Cent ans. Mais il ne faut pas oublier qu’au Moyen Age, le mot « nation » (de natio, « naissance ») a un sens exclusivement ethnique, et non pas politique : les nationes de la Sorbonne sont seulement des groupes d’étudiants qui parlent une langue différente. Quant au mot « patrie », qui n’apparaît guère en France qu’avec les humanistes du XVIe siècle (Dolet, Ronsard, Du Bellay), il ne renvoie à l’origine qu’à la notion médiévale de « pays » (pais). Le « patriotisme », quand il n’est pas simple attachement au sol natal, s’incarne dans la fidélité au seigneur ou l’allégeance à la personne du roi. Le nom même de « France » est relativement tardif. A partir de Charles III, dit le Simple, le titre porté par le roi de France est celui de Rex Francorum. L’expression de rex Franciæ n’apparaît qu’au début du XIIIe siècle, sous Philippe-Auguste, après la défaite du comte de Toulouse au Muret, qui déboucha sur l’annexion des pays de langue d’oc et la persécution des
Cathares.

L’idée de nation ne se constitue en fait pleinement qu’au XVIIIe siècle, et singulièrement sous la Révolution. A l’origine, elle renvoie à une conception de la souveraineté professée par les adversaires de l’absolutisme royal. Elle réunit ceux qui pensent politiquement et philosophiquement la même chose, à savoir que c’est « la nation », et non plus le roi, qui doit incarner l’unité politique du pays. Elle correspond à un lieu abstrait où le peuple peut concevoir et exercer ses droits, où les individus se muent en citoyens. La nation est donc d’abord le peuple souverain en tant qu’il ne délègue au roi, dans le meilleur des cas, que le pouvoir d’appliquer la loi émanant de la volonté générale ; puis les populations qui acceptent l’autorité d’un même État, peuplent le même territoire et se reconnaissent comme membres de la même unité politique ; et enfin cette unité politique elle-même. (C’est pourquoi d’ailleurs la tradition contre-révolutionnaire, si elle exalte le principe monarchique et aristocratique, se garde bien à l’origine de valoriser la nation). L’art. 3 de la Déclaration des droits de 1789 proclame : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». Bertrand de Jouvenel ira jusqu’à écrire : « Vue après coup, la marche de la Révolution paraît avoir eu pour but la fondation du culte de la nation » 2

Cette brève parenthèse était nécessaire pour bien faire comprendre que lorsque, par commodité de langage, nous opposerons l’« Empire » et la « nation », nous aurons à l’esprit aussi bien la nation au sens moderne que le royaume d’Ancien Régime qui l’a précédée et à bien des égards préparée.

Qu’est-ce qui distingue fondamentalement l’Empire de la nation ?

C’est d’abord le fait que l’Empire n’est pas avant tout un territoire, mais fondamentalement un principe ou une idée. L’ordre politique y est en effet déterminé, non par des facteurs matériels ou par la possession d’une étendue géographique, mais par une idée spirituelle ou politico-juridique. Ce serait donc une erreur de s’imaginer que l’Empire diffère de la nation avant tout par la taille, qu’il est en quelque sorte « une nation plus grande que les autres ».

Certes, par définition, un empire couvre une large superficie. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel tient au fait que l’empereur tient son pouvoir de ce qu’il incarne quelque chose qui excède la simple possession. En tant que dominus mundi, il est le suzerain des princes comme des rois, c’est-à-dire qu’il règne sur des souverains, non sur des territoires, qu’il représente une puissance transcendant la communauté dont il a la direction. Comme l’écrit Julius Evola, « l’Empire ne doit pas être confondu avec l’un des royaumes et des nations qui le composent, car il est quelque chose de qualitativement différent, antérieur et supérieur, dans son principe à chacun d’eux » 3
.
Evola rappelle également que « l’ancienne notion romaine de l’imperium, avant d’exprimer un système d’hégémonie territoriale supranationale, désigne la pure puissance du commandement, la force quasi mystique de l’auctoritas ». La distinction est précisément courante, au Moyen Age, entre la notion d’auctoritas, de supériorité morale et spirituelle, et celle de potestas, simple pouvoir politique public s’exerçant par des moyens légaux. Dans l’empire médiéval comme dans le Saint-Empire, cette distinction sous-tend la dissociation entre l’autorité propre à la fonction impériale et l’autorité que détient l’empereur comme souverain d’un peuple particulier. Charlemagne, par exemple, est d’une part empereur, d’autre part roi des Lombards et des Francs. L’allégeance à l’empereur n’est donc pas soumission à un peuple ou à un pays particulier.

Dans l’empire austro-hongrois, la fidélité à la dynastie des Habsbourg constitue encore « le lien fondamental entre les peuples et tient lieu de patriotisme » (Jean Béranger) ; elle l’emporte sur les liens de caractère national ou confessionnel. Ce caractère spirituel du principe impérial est à l’origine de la célèbre querelle des investitures, qui opposa pendant plusieurs siècles les partisans du pape aux partisans de l’empereur. Privée au départ de tout contenu militaire, la notion d’Empire reçoit dès le début, dans le monde germanique médiéval, une forte imprégnation théologique, née d’une réinterprétation chrétienne de l’idée romaine d’imperium. Se considérant comme les exécuteurs de l’histoire sainte universelle, les empereurs en déduisent que l’Empire, en tant qu’institution « sainte » (Sacrum imperium), a vocation à constituer une puissance spirituelle autonome par rapport à la papauté.

Tel est le fondement de la querelle des Guelfes et des Gibelins

Partisans de l’empereur, les Gibelins s’appuient, pour repousser les prétentions du pape, sur l’antique distinction entre imperium et sacerdotium pour y voir deux sphères d’égale importance, toutes deux instituées par Dieu. Cette interprétation prolonge la conception romaine des rapports entre le détenteur du pouvoir politique et le pontifex maximus, chacun étant supérieur à l’autre dans l’ordre qui lui est propre. Le point de vue gibelin ne consiste donc nullement à asservir l’autorité spirituelle au pouvoir temporel, mais à revendiquer pour le pouvoir impérial, face aux prétentions exclusives de l’Église, une autorité spirituelle égale.

Ainsi, pour Frédéric II de Hohenstaufen, l’empereur représente l’intermédiaire grâce à qui la justice de Dieu se répand dans le monde. Cette renovatio, qui fait de l’empereur la source essentielle du droit et lui confère le caractère de « loi vivante sur Terre » (lex animata in terris), contient toute l’essence de la revendication gibeline : l’Empire doit être reconnu, au même titre que la papauté, comme une institution de nature et de caractère sacrés. L’opposition entre les Guelfes et les Gibelins, souligne encore
Evola, « n’était pas d’ordre seulement politique, ainsi que l’enseigne l’historiographie myope qui sert de base à l’enseignement scolaire : elle exprimait l’antagonisme de deux dignitates qui se réclamaient l’une et l’autre du plan spirituel […] Le gibelinisme, dans son aspect le plus profond, soutenait qu’à travers une vie terrestre conçue comme discipline, combat et service, l’individu peut être conduit au-delà de lui même et tend à sa fin surnaturelle par les voies de l’action et sous le signe de l’Empire, conformément au caractère d’institution “surnaturelle” qui était reconnu à celui-ci » 4

Le déclin de l’Empire équivaut dès lors avant tout au déclin de son principe et, corrélativement, à sa dérive vers une définition purement terriroriale. L’empire romain germanique ne répond déjà plus à sa vocation quand on tente, en Italie comme en Allemagne, de le lier à un territoire privilégié. Cette idée, notons-le, est encore absente de la pensée de Dante, pour qui l’empereur n’est ni germanique ni italique, mais « romain » au sens spirituel, c’est-à-dire successeur de César et d’Auguste.

L’empire au sens vrai ne peut se transformer sans déchoir en « grande nation », pour la simple raison que, selon le principe qui l’anime, aucune nation ne peut assumer et exercer une fonction supérieure si elle ne s’élève pas aussi au-dessus de ses allégeances et de ses intérêts particuliers. « L’empire, au sens vrai, conclut Evola, ne peut exister que s’il est animé par une ferveur spirituelle […] Si cela fait défaut, on n’aura jamais qu’une création forgée par la violence — l’impérialisme —, simple superstructure mécanique et sans âme » 5

La nation, au contraire, trouve son origine dans la prétention du royaume à s’attribuer des prérogatives de souveraineté en les rapportant, non plus à un principe, mais à un territoire

On peut en placer le point de départ dans le partage de l’empire carolingien au traité de Verdun. C’est à ce moment en effet que la France et l’Allemagne, si l’on peut dire, entament des destinées séparées. La seconde va rester dans la tradition impériale, tandis que le royaume des Francs (regnum Francorum), faisant sécession de la germanité, va lentement évoluer vers la nation moderne par le truchement de l’État royal. L’extinction de la dynastie carolingienne date, du Xe siècle : 911 en Allemagne, 987 en France. Hugues Capet, élu en 987, est le premier roi dont nous savons avec certitude qu’il ne comprenait pas le francique. Il est aussi le premier souverain qui se situe clairement en dehors de la tradition impériale, ce qui explique que Dante, dans sa Divine Comédie, lui fasse déclarer :

« Je fus la racine funeste, qui obscurcit de son ombre toute la terre chrétienne ! ».
Au XIIIe et XIVe siècles, le royaume de France se construit contre l’Empire avec
Philippe-Auguste (Bouvines, 1214) et Philippe le Bel (Agnani, 1303). Dès 1204, le
pape Innocent III déclare que, « de notoriété publique, le roi de France ne reconnaît
au temporel aucune autorité supérieure à la sienne ».

Parallèlement à l’instrumentalisation de la légende troyenne, tout un travail de légitimation « idéologique » conduit à opposer à l’Empire le principe de la souveraineté des royaumes nationaux et leur droit à ne connaître d’autre loi que leur seul intérêt. Le rôle des légistes, bien souligné par Carl Schmitt, est ici fondamental. Ce sont eux qui, dès le milieu du XIIIe siècle, formulent la doctrine selon laquelle « le roi de France, ne reconnaissant au temporel personne au-dessus de lui, est exempt de l’Empire et peut être considéré comme princeps in regno suo » .6

Cette doctrine sera développée aux XIVe et XVe siècles, avec Pierre Dubois et Guillaume deNogaret. En s’affirmant « empereur en son royaume » (rex imperator in regno suo), le roi oppose sa souveraineté territoriale à la souveraineté spirituelle de l’Empire, sa puissance purement temporelle au pouvoir spirituel impérial. Parallèlement, les légistes favorisent un début de centralisation au détriment des libertés locales et des aristocraties féodales, grâce notamment à l’institution du « cas royal ». Ils fondent ainsi un ordre juridique d’essence bourgeoise, où la loi, conçue comme norme générale pourvue d’attributs rationnels, devient le fait de la seule puissance étatique.

Le droit se transforme ainsi en simple légalité codifiée par l’État. Au XVIe siècle, la formule du roi « empereur en son royaume » se trouve directement associée à la nouvelle conception de la souveraineté que théorise Jean Bodin. La France, comme le constate Carl Schmitt, sera le premier pays du monde à créer un ordre public entièrement émancipé du modèle médiéval.

La suite est connue. En France, la nation va progressivement se mettre en place sous le double signe de l’absolutisme centralisateur et de l’ascension des classes bourgeoises. Le rôle fondamental dans ce processus revient à l’État : quand LouisXIV dit : « L’État, c’est moi », il entend par là qu’il n’y a rien au-dessus de l’État qu’il incarne. En France c’est l’État qui crée la nation, laquelle « produit » à son tour le peuple français, alors qu’à l’époque moderne, dans les pays de tradition impériale, cesera au contraire le peuple qui créera la nation, celle-ci se dotant à son tour d’un État. Les deux processus de construction historique sont donc entièrement opposés, et cette opposition trouve son explication dans la différence entre la nation et l’Empire.

Comme on l’a souvent dit, l’histoire de France aura été une perpétuelle lutte contre l’Empire, la politique séculaire de la monarchie française visant avant tout à morceler les espaces germaniques et italiques. A partir de 1792, la République reprend les mêmes objectifs : lutte contre la maison d’Autriche et conquête du Rhin. Mais l’opposition entre principe spirituel et pouvoir territorial n’est pas la seule qu’il faille prendre en compte.

Une autre différence essentielle tient dans la façon dont l’Empire et la nation conçoivent l’unité politique. L’unité de l’Empire n’est pas une unité mécanique, mais une unité composée, organique, qui excède le contour des États. Dans la mesure même où il incarne un principe, l’Empire n’envisage d’unité qu’au niveau de ce principe. Alors que la nation engendre sa propre culture ou prend appui sur elle pour se former, il englobe des cultures variées. Alors que la nation cherche à faire se correspondre le peuple et l’État, il associe des peuples différents. Sa loi générale est celle de l’autonomie et du respect de la diversité. L’Empire vise à unifier à un niveau supérieur sans supprimer la diversité des cultures, des ethnies et des peuples. Il constitue un tout dont les parties peuvent être d’autant plus autonomes que ce qui les réunit est plus solide.

Ces parties restent organiques et différenciées. L’Empire s’appuie par là beaucoup plus sur les peuples que sur l’État ; il cherche à les associer à une communauté de destin sans les réduire à l’identique. C’est l’image classique de l’universitas, par opposition à la societas unitaire et centralisée du royaume national.

Le principe impérial vise à concilier l’un et le multiple, l’universel et le particulier. Moeller van den Bruck plaçait l’Empire sous le signe de l’unité des contraires, et c’est une image qu’on peut en effet retenir. Julius Evola, lui, définissait l’Empire comme « une organisation supranationale telle que l’unité n’agisse pas dans le sens d’une destruction et d’un nivellement de la multiplicité ethnique et culturelle qu’elle englobe ».7

Le principe impérial, ajoutait-il, est ce qui permet de « remonter de la multiplicité des divers éléments jusqu’à un principe à la fois supérieur et antérieur à leur différenciation, laquelle procède uniquement de la réalité sensible ». Il s’agit, non pas d’abolir la différence, mais de l’intégrer.

Dans l’empire romain à son apogée, Rome fut elle-même d’abord une idée, un principe, permettant de rassembler des peuples différents sans les convertir ni faire disparaître leur identité. Le principe de l’imperium, qui est déjà à l’œuvre dans la Rome républicaine, reflète la volonté de réaliser sur Terre un ordre et une harmonie cosmiques toujours menacés. L’empire romain ne se réclame pas de dieux jaloux. Il admet donc les autres divinités, connues ou inconnues — et il en va de même dans l’ordre politique. L’Empire accepte les cultes étrangers et la diversité des codes juridiques. Tout peuple est libre d’organiser sa cité selon sa conception traditionnelle du droit. Le jus romain ne prévaut que dans les relations entre individus de peuples différents ou dans les rapports entre les cités. On peut se dire citoyen romain (civis romanus sum) sans abandonner sa nationalité.

Cette distinction, tout-à-fait étrangère à l’esprit de l’État-nation, entre ce que nous appelons aujourd’hui la nationalité et la citoyenneté, se retrouve dans l’empire romain germanique. Institution supranationale, le Reich médiéval est fondamentalement pluraliste. Il laisse aux peuples leur vie propre et leur droit particulier. Dans le langage moderne, on dirait qu’il se caractérise par un « fédéralisme » marqué, ce qui lui permet notamment de respecter les minorités. Rappelons que l’empire austro-hongrois, pour ne citer que lui, a fonctionné avec une grande efficacité pendant plusieurs siècles, alors que l’addition des minorités formait la majorité de sa population (60 % du total) et qu’il associait aussi bien des Italiens et des Roumains que des Juifs, des Serbes, des Ruthènes, des Allemands, des Polonais, des Tchèques, des Croates et des Hongrois. Jean Béranger, qui en a écrit l’histoire, note que « les Habsbourg ont toujours été indifférents au concept d’État-nation », et que c’est au point que cet empire, fondé par la maison d’Autriche, s’est toujours refusé à créer une « nation autrichienne », laquelle n’a véritablement pris corps qu’au XXe siècle. 8
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Ce qui caractérise au contraire le royaume national, c’est son irrésistible tendance la centralisation et à l’homogénéisation. L’investissement de l’espace par l’État nation se manifeste d’abord par la délimitation d’un territoire sur lequel s’exerce une souveraineté politique homogène. Cette homogénéité se donne à saisir, dans un premier temps, à travers le droit : l’unité territoriale résulte de l’uniformité des normes juridiques. Nous avons déjà mentionné le rôle des légistes. La lutte séculaire de la monarchie contre la noblesse féodale, en particulier sous Louis XI, l’anéantissement de la civilisation des pays de langue d’oc, l’affirmation sous Richelieu du principe de centralisation vont dans le même sens.

Les XIVe et XVe siècles marquent à cet égard un tournant essentiel. C’est en effet à cette époque que l’État sort vainqueur de sa lutte contre les aristocraties féodales et qu’il scelle définitivement son alliance avec la bourgeoisie, en même temps que se met en place un ordre juridique centralisé. Parallèlement, sur le plan économique, on assiste à l’apparition d’un marché « national », qui répond à la volonté de l’État de maximiser ses rentrées fiscales grâce à la monétarisation de l’intégralité des échanges (les échanges non marchands, intracommunautaires, étant jusque là composition et d’articulation de l’espace global.

De la même façon, le marché est d’abord un mode de représentation et de structuration de l’espace social ; il n’est que secondairement un mécanisme de régulation décentralisé des activités économiques par le système des prix. De ce point de vue, l’État-nation et le marché renvoient à une même forme de socialisation des individus dans l’espace. Ils ne sont pensables que dans une société atomisée, dans laquelle l’individu est compris comme autonome. Il ne peut donc pas y avoir d’État-nation et de marché, au sens à la fois par là à devenir secondaires et subordonnés.9

La même constatation se retrouve sous la plume de Louis Dumont, qui voit dans le nationalisme la projection sur un « nous » collectif abstrait de la subjectivité propre au « je » individuel. « La nation au sens précis, moderne, du terme, écrit-il, et le nationalisme — distingué du simple patriotisme — ont historiquement partie liée avec l’individualisme comme valeur. La nation est précisément le type de société globale correspondant au règne de l’individualisme comme valeur. Non seulement elle l’accompagne historiquement, mais l’interdépendance entre les deux s’impose, de sorte que l’on peut dire que la nation est la société globale composée de gens qui se considèrent comme des individus »

A cet individualisme qui imprègne la logique de l’Etat-nation s’oppose le holisme de la construction impériale, où l’individu n’est jamais dissocié de ses appartenances naturelles ou culturelles. Dans l’Empire, une même citoyenneté associe des nationalités différentes. Dans la nation, les deux termes sont au contraire synonymes : c’est l’appartenance à la nation qui définit la citoyenneté. Pierre Fougeyrollas résume la situation en ces termes : « En rupture avec les sociétés médiévales qui comportaient une identité bipolaire — celles des racines ethniques et celle de la communauté des croyants —, les nations modernes se sont constituées comme des sociétés closes où la seule identité officielle est celle que l’État confère aux citoyens. La nation a donc été, par sa naissance et ses fondements, un anti-Empire. A l’origine des Pays-Bas, il y a eu la rupture avec l’empire des Habsbourg ; à l’origine de l’Angleterre, la rupture avec Rome et l’établissement d’une religion nationale. L’Espagne ne s’est castillanisée qu’en échappant à l’emprise du système habsbourgeois, et la France, lentement constituée en nationalité contre l’empire romain germanique, ne s’est érigée en nation qu’en combattant les forces traditionnelles de l’Europe tout entière ».10

Ajoutons encore que, contrairement à la nation qui, au fil des siècles, s’est de plus en plus définie par des frontières intangibles, l’Empire ne se présente jamais comme une totalité fermée. Ses frontières sont par nature mouvantes, provisoires. Originellement, on le sait, le mot « frontière » a d’ailleurs un sens exclusivement militaire : la ligne de front. En France, c’est sous le règne de Louis X le Hutin, au début du XIVe siècle, qu’il remplace le terme de « marche » communément employé auparavant. Il faudra encore quatre siècles pour qu’il prenne son sens actuel de délimitation entre deux États. Signalons aussi que l’idée de « frontière naturelle », parfois utilisée par les légistes du XVe siècle, n’a (contrairement à la légende) jamais inspiré la politique extérieure de la monarchie, et que c’est à tort que l’on en attribue parfois la paternité à Richelieu, voire à Vauban. En réalité, c’est sous la Révolution que cette idée selon laquelle la nation française aurait des « frontières naturelles » a été employée de façon systématique.

Sous la Convention, les Girondins l’utilisent pour légitimer la fixation de la frontière de l’Est sur la rive gauche du Rhin, et de
façon plus générale pour justifier leur politique d’annexion. C’est également sous la Révolution que l’idée, jacobine s’il en est, selon laquelle les frontières d’un État doivent correspondre tout à la fois à celles d’une langue, d’une autorité politique et d’une nation, commence à se répandre partout en Europe à partir de la France. C’est enfin la Convention qui invente la notion d’« étranger de l’intérieur » — dont, paradoxalement, Maurras fera grand usage —, en la rapportant aux aristocrates, tenants d’un système politique honni : Barrère, qui les définit comme « des étrangers au milieu de nous », affirme ainsi que « les aristocrates n’ont point de patrie ».

Universel dans son principe et sa vocation, l’Empire n’est cependant pas
universaliste au sens que l’on donne couramment à ce terme

Son universalité n’a jamais signifié qu’il ait vocation à s’étendre à la Terre entière. Elle se rattache plutôt à l’idée d’un ordre équitable visant, à l’intérieur d’une aire de civilisation donnée, à fédérer les peuples sur la base d’une organisation politique concrète, en dehors de toute perspective de conversion ou de nivellement. L’Empire, de ce point de vue, se distingue tout à fait d’un hypothétique État mondial ou de l’idée qu’il existerait des principes juridico-politiques universellement valables, en tous temps et en tous lieux.

L’universalisme étant directement associé à l’individualisme, c’est bien plutôt à partir de la racine individualiste de l’État-nation qu’il faut penser l’universalisme politique moderne. L’expérience historique montre en effet que le nationalisme prend le plus souvent la forme d’un ethnocentrisme gonflé aux dimensions de l’universel. A bien des reprises, la nation française s’est ainsi présentée comme « la plus universelle des nations », et c’est également de l’universalité présumée de son modèle national qu’elle a prétendu tirer le droit de répandre dans le monde les principes qui l’avaient instituée. A l’époque où la France se posait en « fille aînée de l’Église », le moine Guibert de Nogent, dans sa Gesta Dei per Francos, faisait déjà des Francs l’instrument de Dieu. A partir de 1792, l’impérialisme révolutionnaire entreprend, lui aussi, de convertir l’Europe entière à l’idée de nation. Depuis lors, il
n’a pas manqué de voix autorisées pour assurer que l’idée française de nation est ordonnée à celle d’humanité, et que c’est ce qui la rendrait particulièrement « tolérante ». Prétention dont on peut douter, car la proposition se renverse : si la nation est ordonnée à l’humanité, c’est que l’humanité est ordonnée à la nation. Avec comme corollaire que ceux qui s’y opposent sont exclus, non plus seulement d’une nation particulière, mais bel et bien du genre humain.

Les brèves indications qui précèdent permettent de comprendre que la dénomination d’« empire » devrait être réservée aux seules constructions historiques qui méritent effectivement ce nom, telles l’empire romain, l’empire byzantin, l’empire
romain germanique ou l’empire ottoman. Ne sont certainement pas des empires, au sens que l’on vient d’indiquer, l’empire napoléonien, le IIIe Reich hitlérien, les empires coloniaux français et britanniques, ni les impérialismes modernes de type américain ou soviétique.

C’est en effet très abusivement que l’on a donné le nom d’empire à des entreprises ou à des puissances engagées dans un simple processus d’expansion de leur territoire national. Ces « grandes puissances » modernes ne sont pas des empires, mais bien plutôt des nations qui cherchent simplement à se dilater par la conquête militaire, politique, économique ou autre, à des dimensions excédant celles de leurs frontières du moment.

A l’époque de Napoléon, l’« Empire » — terme déjà utilisé pour désigner la monarchie avant 1789, mais simplement au sens d’« État » — n’est qu’une simple entité nationale-étatique qui cherche à s’affirmer en Europe comme une grande puissance hégémonique. L’empire de Bismarck, qui donne la priorité à l’État, cherche, lui, à créer la nation allemande. Le caractère statonational du IIIe Reich a lui aussi été bien souvent constaté, à commencer par Alexandre Kojève, qui observe que « le slogan hitlérien : Ein Reich, ein Volk, ein Führer n’est qu’une — mauvaise — traduction en allemand du mot d’ordre de la Révolution française : la République une et indivisible ». L’hostilité du IIIe Reich à l’égard de la notion d’Empire transparaît d’ailleurs à travers sa critique de l’idéologie des corps intermédiaires et des « états » (Stände)

On sait de même que dans l’« empire » soviétique, une vision centraliste et réductrice a toujours prévalu, impliquant un espace politico-économique unifié et une conception restrictive des droits culturels locaux. Quant au « modèle » américain, qui vise à convertir le monde entier à un système homogène de consommation matérielle et de pratiques techno-économiques, on voit mal de quelle idée, de quel principe véritablement spirituel il pourrait se réclamer.

Les « grandes puissances » ne sont pas ipso facto des empires

C’est même bien plutôt au nom de l’Empire que l’on pourrait critiquer les impérialismes modernes.

Julius Evola ne voyait pas les choses autrement, lorsqu’il écrivait : « Sans un “Meurs et deviens”, aucune nation ne peut aspirer à une mission impériale effective et légitime. On ne peut rester enfermé dans ses caractéristiques nationales et puis vouloir, sur une telle base, dominer le monde ou simplement une autre terre » (Essais politiques, op. cit., p. 62.)

Et encore : « Si les tentatives “impérialistes” des temps modernes ont avorté, en précipitant souvent vers la ruine les peuples qui s’y sont livrés, ou ont été la source de calamités de tous genres, la cause en est précisément l’absence de tout élément vraiment spirituel, donc supra-politique et supranational, et son remplacement par la violence d’une force plus forte que celle qu’elle tend à assujettir, mais non pour autant d’une nature différente. Si un empire n’est pas un empire sacré, ce n’est pas un empire, mais une sorte de cancer s’attaquant à l’ensemble des fonctions distinctives d’un organisme vivant ». (Révolte contre le monde moderne, op. cit., p. 124.)

A quoi peut servir aujourd’hui une réflexion sur la notion d’Empire ?

Imaginer ou appeler de ses vœux la renaissance d’un véritable empire, n’est-ce pas une pure chimère ? Peut-être. Est-ce un hasard cependant si le modèle de l’empire romain n’a cessé d’inspirer jusqu’à ce jour toutes les tentatives de dépassement de l’Etat-nation ? Est-ce un hasard si, aux heures de détresse de la pensée, l’idée d’Empire (la Reichsgedanke) a si souvent mobilisé la réflexion18 ? Et n’est-ce pas encore cette idée d’Empire que l’on trouve, sous-jacente, dans bien des débats qui ont trait actuellement à la construction européenne ?

L’État-nation est-il indépassable ? Beaucoup le disent ou l’ont soutenu, à droite comme à gauche. C’était notamment le point de vue de Charles Maurras, selon qui la nation est « le plus vaste des cercles communautaires qui soient, au temporel, solides et complets » et qui professait qu’« il n’est point de cadre politique plus large que la nation ».(Mes idées politiques, Albatros, 1983, p. 281.).

Pourtant, dès avant la Deuxième Guerre mondiale, l’un de ses anciens disciples, Thierry Maulnier, lui répondait : « Le culte de la nation ne constitue pas en lui-même une réponse, mais un refuge, une effusion mystificatrice ou, pis encore, une redoutable diversion aux problèmes intérieurs ».(Enquête sur la monarchie, 1900-1909, Nouvelle Librairie Nationale, 1909, p. XIII.)

Aujourd’hui, l’essentiel de ce qui meut le monde s’exprime en dehors du cadre de l’État-nation. Celui-ci voit son cadre d’action débordé par de multiples ruptures. Il est contesté par le bas par l’apparition de nouveaux mouvements sociaux, par la persistance des régionalismes et des autonomismes, par des affirmations communautaires inédites, comme si les formes de socialisation intermédiaires qu’il avait naguère brisées renaissaient sous des formes nouvelles.

Mais l’État-nation est aussi contesté par le haut. Il est dépossédé de ses pouvoirs par le marché mondial et la concurrence internationale, par la formation d’institutions supranationales ou communautaires, par les bureaucraties intergouvernementales, les appareils techno-scientifiques, les messages médiatiques planétaires et les groupes de pression internationaux.

Parallèlement, on constate l’extraversion de plus en plus marquée des économies nationales aux dépens des marchés intérieurs. L’économie se mondialise par le jeu des opérateurs conjoints, des firmes transnationales, des opérations boursières, des macro-agrégats mondiaux.

Dans le Tiers-monde, l’État-nation, étant dépourvu de tout véritable fondement historique, apparaît de plus en plus clairement comme une importation occidentale. La viabilité à long terme des « nations » d’Afrique noire ou du Proche-Orient, pour ne citer qu’elles, semble chaque jour plus incertaine. Ces nations résultent d’une série de découpages arbitraires, opérés par des puissances coloniales profondément ignorantes des réalités historiques, religieuses et culturelles locales. Le démantèlement de l’empire ottoman, tout comme celui de l’empire austro-hongrois, en application des traités de Sèvres et de Versailles, fut une catastrophe dont les effets se font toujours sentir aujourd’hui, comme en ont témoigné la guerre du Golfe et les troubles violents qui persistent en Europe centrale.

Dans de telles conditions, comment ne pas s’interroger sur l’idée d’Empire, qui est à ce jour le seul modèle alternatif que l’Europe ait produit face à l’État-nation ?

Il y a des signes qui ne trompent pas. La réunification (Cf. Karlheinz Weissmann, « Das Herz des Kontinents. Reichsgedanke und MitteleuropaIdee », in Mut, janvier 1987, pp. 24-35.) compte au nombre de ces signes. L’appel de l’Empire naîtra de la nécessité. Nous avons déjà cité Alexandre Kojève. Remarquable est le texte qu’il écrivit en 1945, mais qui n’a été publié que récemment, dans lequel il appelait de ses vœux la formation d’un « empire latin » et posait la nécessité de l’Empire, comme alternative à l’État-nation et à l’universalisme abstrait. « Le libéralisme, écrivait-il, a tort de n’apercevoir aucune entité politique au-delà de celle des nations. Mais l’internationalisme pèche par le fait de ne voir rien de politiquement viable en deçà de l’humanité. Lui non plus n’a pas su découvrir la réalité politique intermédiaire des empires, c’est-à-dire des unions, voire des fusions internationales de nations apparentées, qui est précisément la réalité politique du jour » ( L’empire latin », in La Règle du jeu, mai 1990, p. 94.)

L’Europe a besoin pour exister d’une unité politique

Cette unité politique ne peut se bâtir selon le modèle national jacobin, sous peine de voir disparaître la richesse et la diversité de toutes les composantes de l’Europe, pas plus qu’elle ne peut résulter de la seule supranationalité économique, dont rêvent les technocrates de Bruxelles.

L’Europe ne peut se faire que selon un modèle fédéral porteur d’une idée, d’un projet, d’un principe, c’est-à-dire en dernière analyse selon un modèle impérial.

Un tel modèle permettrait de résoudre le problème des cultures régionales, des ethnies minoritaires et des autonomies locales, problème qui ne peut recevoir de véritable solution dans le cadre de l’État-nation.

Il permettrait également de repenser, en rapport avec tous les problèmes nés d’une immigration incontrôlée, la problématique des rapports entre citoyenneté et nationalité.

Il permettrait de conjurer les périls, aujourd’hui à nouveau menaçants, de l’irrédentisme ethnolinguistique, du nationalisme convulsif et du racisme jacobin.

Il donnerait enfin, par la place décisive qu’il accorde à la notion d’autonomie, une large place aux procédures de démocratie directe.

On parle aujourd’hui beaucoup d’un nouvel ordre mondial. Il se pourrait bien en effet qu’un ordre mondial soit nécessaire. Mais à quelle enseigne se réalisera-t-il ? A l’enseigne du consommateur planétaire, de l’homme-machine, de l’« ordinanthrope »,ou sous l’horizon d’une organisation diversifiée des peuples vivants ? La Terre sera-t-elle réduite à l’homogène sous l’effet des modes acculturantes et dépersonnalisantes dont la Forme-Capital et l’impérialisme américain sont aujourd’hui les vecteur les plus cyniques et les plus arrogants ? Ou bien les peuples trouveront-ils dans leurs croyances, dans leurs traditions, dans leurs modes de vie, dans leurs façons singulières de concevoir le monde, les moyens de la nécessaire résistance ?

Certes, aujourd’hui, l’Europe est bloquée, et l’on ne voit poindre nulle part l’amorce d’un possible renouveau de l’idée impériale. Mais cette idée existe. Il lui manque seulement d’avoir (re)trouvé sa forme. Julius Evola écrivait : « L’idée seule doit représenter la patrie […] Ce n’est pas le fait d’appartenir à une même terre, de parler une même langue ou d’être du même sang qui doit unir ou diviser, mais le fait d’être ou de ne pas être rallié à la même idée » (Les hommes au milieu des ruines, op. cit., p. 41.)

A l’époque de la guerre de Cent ans, la devise de Louis d’Estouteville disait à peu près la même chose : « Là où est l’honneur, là où est la fidélité, là seulement est ma patrie ». L’idée de nation pousse à penser que tout ce qui est de chez nous a de la valeur. L’idée d’Empire conduit à affirmer que tout ce qui a de la valeur est de chez nous.

1. Naissance de la nation France, Gallimard, 1985.
2. Les débuts de l’État moderne. Une histoire des idées politiques au XIXe siècle, Fayard, 1976,
p. 92.
3. Révolte contre le monde moderne, L’Homme, Montréal 1972, p. 121.
4. Les hommes au milieu des ruines, Sept couleurs, 1972, p. 141.
5. Essais politiques, Pardès, Puiseaux 1988, p. 86.
6. Robert Folz, Le couronnement impérial de Charlemagne, Gallimard, 1964.
7. Essais politiques, op. cit., p. 83.
8. Histoire de l’empire des Habsbourg, 1273-1918, Fayard, 1990.
9. Le libéralisme économique. Histoire de l’idée de marché, Seuil, 1989, p. 124.

Illustration en tête d’article : Couronnement de Charlemagne

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 Michael Edwards : «La langue française est une vision du monde»

Par Astrid de Larminat
Mis à jour le 16/11/2016 à 18h20 | Publié le 16/11/2016 à 17h30

ENTRETIEN - Le poète britannique a choisi d'écrire dans la langue de Molière. Il s'en explique.

Premier Britannique élu à l'Académie française et au Collège de France, Michael Edwards vit en France depuis une quinzaine d'années. Son livre met en scène un dialogue pétillant entre son «me» et son «moi». Il refait le voyage depuis les pelouses de Cambridge où il étudia jusqu'aux bords de la Seine, en se demandant pourquoi il a décidé de devenir un écrivain français. «Me» et «moi» s'entretiennent, en fins connaisseurs et sans esprit de système, des singularités du français au miroir de la langue anglaise. Ce point de vue étranger sur les ressources propres au français est passionnant.

LE FIGARO. - La découverte du français à l'âge de onze ans fut pour vous une expérience fondatrice. Pourquoi?

Michael EDWARDS. - Le français a ébranlé mes repères. L'immersion dans une langue étrangère fait vaciller nos habitudes de pensée. Il est essentiel de se laisser déstabiliser. Si on décide une bonne fois pour toutes que les choses sont comme ça et pas autrement, on ne cherche plus, on ne découvre rien, on n'avance pas. En apprenant le français, non pas d'abord pour le parler ni pour des raisons utilitaires, mais comme une langue de culture, je découvrais une autre syntaxe, donc une autre logique, une autre façon de concevoir la réalité et de s'y mouvoir. Même à hauteur d'enfant, sans le formuler, je comprenais qu'apprendre le français serait une quête, un voyage initiatique.

« “Oui“ et  “non“ me firent l'effet d'être des mots de passe pour entrer dans un autre univers, un monde étrange»

Michael Edwards

Vous rappelez-vous votre premier contact avec le français?

Les premiers mots qu'on m'enseigna furent «oui» et «non». Cela semble tout bête mais ce fut une révélation. Comprenez qu'à mon époque les enfants ne baignaient pas dans les mots étrangers comme maintenant. On ne disait pas «ciao» et «cool»! «Oui» et «non» me firent l'effet d'être des mots de passe pour entrer dans un autre univers, un monde étrange. Aussitôt je voulus l'explorer. Cette perception de l'étrangeté du monde, le pressentiment qu'une part du réel nous échappe, m'a suivi tout au long de ma vie.

Quelle est cette autre vision du monde que véhicule le français?

Le français m'apparaissait comme une sorte de périphrase du réel, une langue qui se tient un peu à distance de ce qu'elle décrit. Par exemple, là où l'anglais utilise des mots concrets, le français a élaboré des adjectifs à partir du latin ou du grec. Ainsi les Français disent-ils «concours hippique» quand les Anglais disent «horse show». Vous entendez la différence? C'est la même qu'entre «réforme agraire» et «land reform», ou encore «empreintes digitales» et «finger prints». Comparons aussi ces deux phrases: «elle regagne le rivage à la nage» et «she swims back to the shore». La phrase française surplombe la scène alors que l'anglais épouse le mouvement de la nageuse vers le rivage. Même décalage entre: «il descend les escaliers sur la pointe des pieds» et «he tiptoes down the stairs». La syntaxe française veut donner une vue globale alors que l'anglais cherche davantage une souplesse accordée au mouvement.

Lorsque, jeune homme, vous arrivez à Paris pour faire votre thèse sur Racine, vous commencez à parler et à vivre en français: une nouvelle étape?

J'avais l'impression que naissait en «me» un autre «moi»! Très tôt, j'avais eu l'intuition qu'il y avait en moi la promesse d'un autre moi. Quand j'étais devenu chrétien, pendant mes études, cela me fut confirmé. La Bible ne parle-t-elle pas du «vieil homme» et de «l'homme nouveau»? Paul écrit: «Ce n'est plus moi qui vis mais le Christ qui vit en moi.» En attendant, le jeune Anglais que j'étais arrivant à Paris s'enchantait d'entendre la belle étrangère parler par sa voix. Car c'est d'abord par ses sonorités que le français m'avait charmé. Il me semblait qu'il coulait sans interruption, alternant de façon presque parfaite les voyelles et les consonnes. Alors que l'anglais, tel qu'il est accentué, est instable comme une mer démontée et ne craint pas de faire s'entrechoquer les consonnes, donnant l'impression d'aller au contact de la réalité rugueuse.

La grammaire française n'est-elle pas trop compliquée?

J'adorais cette complexité: les formes du subjonctif par exemple, ou l'«y» et le «en», bien mystérieux pour un étranger. En français, tout s'accorde avec tout, l'adjectif en genre et en nombre avec le substantif, le verbe avec le sujet, le participe passé, etc., selon des règles implacables et retorses. J'avais l'impression que la phrase française tendait à présenter une réalité plus ordonnée qu'elle ne l'est réellement. Je compris plus tard que cela correspondait à l'esprit français qui suppose qu'en formulant un idéal de ce qui devrait être, la réalité suivra. Alors que l'anglais s'ouvre aux surprises et intègre les hasards et incongruités de la réalité. Dans la langue française, il y a beaucoup de petits boulons bien serrés. Dans la langue anglaise, il y a davantage de jeu. De génération en génération, les peuples se forgent la langue qu'ils veulent.

Vous vous interrogez sur la volonté des Français d'avoir une langue «une et indivisible». Les Anglais n'ont-ils pas le même souci?

Non, les Anglais ont conscience d'avoir une langue hybride et en sont heureux. Le fonds linguistique anglo-saxon provient des tribus germaniques installées au Ve siècle. Il a puisé de nombreux mots dans le latin des Romains et de l'Église ainsi que dans le français importé par les Normands après la conquête de 1066. Au XIVe siècle, cela donna l'anglais moderne. Les Français, eux, parce que 80 % de leur vocabulaire est d'origine latine, ont tendance à considérer leur langue comme homogène. Si bien qu'à partir du XVIIe siècle, ils sont tentés de la fixer dans un état de perfection, un état idéal. En réalité, le français est un latin populaire qui a absorbé des apports gaulois et francs considérables, ce dont les Français n'ont pas conscience. Certes, peu de mots gaulois ont survécu, mais ils sont constamment utilisés.

Par exemple?

«Un troupeau de moutons» et «un bois de chênes»: ces expressions courantes associent un mot franc et un autre gaulois. Les mots «gravier», «chemin», «arpenter», «dune», «quai», «berceau», «changement», pour ne citer qu'eux, sont issus du gaulois. Ceux qui viennent des Francs nous sont aussi très familiers: «garçon», «riche», «honte», «orgueil», «garder», «héberger», «ricaner», «bâtir», «gazon», «savon», «blé», «épervier», «frelon», etc. Les couleurs «bleu», «blanc», «brun», «blond» également, de même que le «gris». Quant aux quatre points cardinaux, «nord», «sud», «est», «ouest», ils viennent de l'anglo-saxon…

«Ce qui menace le français, ce ne sont ni les anglicismes ni la créativité mais la façon déficiente dont les Français eux-mêmes le parlent et l'écrivent»

Michael Edwards

Le français est donc pluriel?

Oui. Et cette mémoire ample du français qui ressuscite au milieu des mondes latin et grec la présence des mondes celtique et germanique est une richesse. C'est une erreur de vouloir fixer le français dans une forme pure. Ainsi ne devrait-on pas mépriser les idiomes régionaux. Il serait peut-être bon aussi que se développe un français des Antilles ou d'Afrique et que le français donne naissance à une grande famille de français apparentés. Le français vivra s'il est une langue vivante, comme un arbre qui s'embellit de nouveaux rameaux. Ce qui le menace, ce ne sont ni les anglicismes ni la créativité mais la façon déficiente dont les Français eux-mêmes le parlent et l'écrivent. Craignons que notre langue ne se relâche et ne s'affadisse, mais restons libres d'inventer des mots comme les écrivains l'ont fait à toutes les époques.

 

Pourquoi pensez-vous que la profusion des langues soit un don?

Chaque langue offre une perspective sur la réalité. En ce sens, aucune n'est supérieure à une autre. Cela ne signifie pas que tout est relatif ou que rien n'est vrai. Ces différentes perspectives sur le monde composent une mosaïque extrêmement riche qui, vue dans son ensemble, est vraie. Cette tension entre l'unité et la multitude me semble magnifiquement résolue par la religion chrétienne. À la malédiction de Babel répond l'épisode de la Pentecôte: lorsque les Apôtres, ayant reçu l'Esprit-Saint, se mirent à parler à la foule en araméen, toutes les personnes présentes les entendaient dans leur langue maternelle, qu'ils soient crétois ou arabes, habitants de Mésopotamie, de Cappadoce ou d'Égypte, romains, etc. Dieu ne parlerait pas une langue transcendante. Il s'adresserait à chacun dans sa propre langue. Selon moi, un langage céleste ne serait pas univoque mais un concert de langues chatoyantes.

«Dialogues singuliers sur la langue français», de Michael Edwards, PUF, 210 p., 14 €.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 17/11/2016. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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Rennes-le-Château (11) : une femme voilée s'en prend au bénitier et à l'autel

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Cette église à une histoire liée à l'énigme de l'abbé Saunière, ce qui explique la spécificité du bénitier :

   "Dimanche matin, vêtue d’une longue cape blanche et d’un masque vénitien, une jeune femme a frappé à coups de hache le célèbre bénitier de l’église de Rennes-le-Château, dans l’Aude, qui représente le diable.

   Un peu avant midi, elle s’est introduite dans le lieu de culte et elle a décapité cette statue d’Asmodée, lui coupant le bras, et donnant des coups au bas-relief de l’autel. Elle aurait aussi déposé un coran et indiqué au maire du village proche de Limoux qu’il s’agissait d’un jour d’élection en France, alors qu’en Syrie « l’Occident bombarde et tue des enfants » et aurait dit aux personnes présentes, «vous êtes tous des mécréants».

Commentaires

On n'a qu'à lui envoyer Supermacron ! Il saura la gérer, lui qui a un super programme pour nous apprendre à vivre avec la crainte du terrorisme...

Rédigé par : Gautier | 25 avr 2017 23:35:23

En 1981, pendant la campagne électorale, F.Mitterand avait été photographié avec le diable. Il se disait à l'époque que Rennes le Château, Capitale Secrète de la France, était un passage obligatoire pour être élu Président. La similitude des profils entre Mitterand et Asmodée était saisissante. On aura voulu éviter cette comparaison à E.Macron . . .

Rédigé par : Sergent Poivre | 26 avr 2017 00:39:52

Je ne comprend pas pourquoi les gens ne s'organisent pas. Des retraites ou des jeunes gens se relayant chaque nuit pres des eglises et des cimetieres avec une grosse sirene d'alarme faisant accourir d'autres volontaires avec fourches et tromblons. Rien que le bruit de la sirene ferait
surement fuir les ostrogoths.

Rédigé par : Monique Neveu | 26 avr 2017 02:22:30

Un dimanche un peu avant midi? Il n'y avait personne dans l'eglise ou aux alentours? Pourtant elle a ete vue puisque on nous dit qu'elle portait cape blanche, etc. Personne n'a essaye de la ligoter et de la conduire a la gendarmerie? Le mieux c'est son explication au maire du village. Et qu'a dit le maire? Bien sur je vous comprend mais ce n'est pas gentil de tout casser?????

Rédigé par : Monique Neveu | 26 avr 2017 02:33:00

Elle pensait que le fameux trésor était dans la statue ?

Rédigé par : cad | 26 avr 2017 07:05:35

soumission...

Rédigé par : incongru | 26 avr 2017 07:13:53

Il faut la lobotomiser. Seule solution.

Rédigé par : Horace | 26 avr 2017 09:02:06

il s'agit évidemment d'une déséquilibrée....

Rédigé par : lavandin | 26 avr 2017 09:09:43

rennes le château est un des lieux les plus étranges de France, lié à la FM, aux illuminatis, aux messes noires, aux trésors, aux grands de ce monde de l'époque, il s'est passé des choses incroyables que je vous laisse découvrir comme l'assassinat de prêtres dans la région liés à l'abbé Saunière, prêtres qui auraient trouvés la traduction des messages de l'abbé, il faut lire l'excellent livre sur rennes le château de gérard de sède,avec des documents introuvables depuis

Rédigé par : dth | 26 avr 2017 09:40:37

Visiblement, nos compatriotes, dans la grande majorité, et ce depuis des années se foutent complètement de ces actes répétés de vandalisme sacrilège...

Heureux comme le diable en France !

Rédigé par : Irishman | 26 avr 2017 10:26:30

... il sera décidé qu'elle était déséquilibrée.

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Sylvain Tesson : «La grande vertu de l'aventure est l'anticonformisme»

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INTERVIEW - Pour l'écrivain-voyageur, qui animait le festival international du film de Val-d'Isère, l'aventure est une critique non avouée de tout ce qu'est en train de produire notre société.

Pendant cinq jours, l'aventure a bivouaqué à Val-d'Isère. Pour la 21e édition du festival international du film Aventure & Découverte, onze films étaient en compétition, offrant de magnifiques fenêtres sur le monde et sur l'humain. L'aigle d'or de l'Aventure a été décerné au film d'Antoine Moineville Riso Patron , Hasta las Webas , l'histoire de quatre guides français partis gravir un mystérieux sommet de Patagonie. Un véritable exploit dans une région où la nature écrase les hommes et les tient à distance. Le grand prix du public a été reçu par Les Mystères du Scoresby, le récit d'une expédition menée par Evrard Wendenbaum pour témoigner de la beauté et de la fragilité du Groenland. Un prix spécial «coup de cœur» a été donné à The Week-End Sailor, de Bernardo Arsuaga, l'incroyable histoire d'un équipage mexicain, amateur et familial, vainqueur de la première course autour du monde à la voile de 1974. Une «une victoire de l'improbable et de l'improvisation» pour Sylvain Tesson. L'auteur de Sur les chemins noirs (Gallimard), qui animait le festival, confie sa vision de l'aventure contemporaine.

LE FIGARO. - Dans un monde si connu et borné, l'aventure existe-t-elle encore?

«L'inconnu existe encore, même si l'on se demande s'il ne s'agit pas que de miettes…»

Sylvain TESSON. -Il y a eu un âge d'or de l'aventure et de l'exploration, dans les années 1950, pour un faisceau de raisons. Après les lourdes années de guerre, le public était en attente d'un peu d'air ; les Français, qui pour certains avaient péché par lâcheté en 1940, avaient besoin de se refaire une santé morale, de se racheter ; les Occidentaux étaient dotés d'un arsenal technique formidable pour faire une quantité de choses difficiles, grimper, plonger… Et puis le monde était encore singulier, il n'était pas globalisé. Ce fut l'époque des Herzog, Bombard, Monfreid, etc. Depuis, il y a eu la massification, la standardisation du monde. Le divers décroît et s'uniformise. Alors, se demande-t-on, l'aventure est-elle encore possible quand on peut rejoindre le désert de Gobi en dix heures sur un vol low-cost? Un festival comme celui-ci nous montre que oui. L'aventure existe toujours, mais il faut avoir de l'imagination pour trouver de nouveaux modes d'expression et de nouveaux interstices où braquer le projecteur...

Cela passe nécessairement par la prise de risques?

C'est à l'évidence une voie, même si ce n'est pas la seule. Ainsi, ces sports extrêmes, avec ces skieurs radicaux qui descendent en cinq virages et à des vitesses folles des pentes que l'on n'imaginait même pas pouvoir monter il y a cinquante ans. Prendre des risques extrêmes, c'est mener une guerre contre soi-même. Quelle noblesse! Mais cela peut passer aussi par de nouveaux champs d'exploration. Comme ces guides de montagne partis escalader en Patagonie un sommet inviolé, dans une région où certains lacs ne sont même pas nommés. L'inconnu existe encore, donc, même si l'on se demande s'il ne s'agit pas que de miettes…

Dans ce festival flotte presque un air de rébellion contre l'ordonnancement de nos vies…

«L'aventure fait l'apologie du risque alors qu'on est dans l'étouffement des comportements, dans la tyrannie de l'ultra-sécurisation»

Oui, à tel point que l'on se demande comment les pouvoirs publics autorisent encore la diffusion de ce genre de films… Cela va à rebours de tout ce qu'ils veulent nous imposer, de cette persécution des petites libertés du quotidien. S'il y a autant d'engouement autour de ces films, c'est parce qu'ils répondent à un rejet de la domestication et de la soumission. Plus le «parc humain» - pour reprendre l'expression de Peter Sloterdijk - est légiféré, régulé, plus il y a besoin de liberté. L'aventure a des allures de critique non formulée de ce qu'est en train de secréter notre société en termes de robotisation de l'humain.

L'aventure, comme contre-modèle de vie?

L'aventure contredit tout ce que notre société produit. Elle prêche le Beau, le geste de qualité quand on est dans l'ère de la quantité. Elle prône le dépouillement quand tout est bruyant et surchargé. Le grand Reinhold Messner a parlé d'un «alpinisme de sobriété» : la recherche de la nudité, du dépouillement, de la simplification de toute chose. Tracer des lignes pures… L'aventure fait aussi l'apologie du risque alors qu'on est dans l'étouffement des comportements, dans la tyrannie de l'ultra-sécurisation. Bientôt, il faudra s'encorder pour marcher sur des trottoirs. Bref, l'aventure nous permet de sortir du destin pas très drôle que nous propose le supermarché global.

Très subversif…

«Parmi l'éventail de motivations pas toujours avouables des aventuriers, il y a sans nul doute la fuite devant la normalité»

Même si l'aventure fait vivre des choses plus immédiates, comme le dépassement de soi ou le courage, l'anticonformisme est l'une de ses grandes vertus. Et parmi les contradictions qu'elle oppose à l'organisation sociale contemporaine, il y a le principe de responsabilité. Ces aventuriers ne peuvent trouver d'autres responsables qu'eux-mêmes, en cas de problème. C'est quelque chose que nous avons totalement oublié, dans notre société ultra-judiciarisée! Aujourd'hui, c'est un scandale absolu d'être victime d'un accroc de la vie.

N'y a-t-il pas là une forme de fuite?

Parmi l'éventail de motivations pas toujours avouables des aventuriers, il y a sans nul doute la fuite devant la normalité. De l'air, de l'air! Mais à l'exception d'un film où cela est dit explicitement, personne ne va reconnaître que c'est une motivation première. Pourtant, cela peut être beau, la fuite… Mais on préfère mettre en avant d'autres ressorts plus nobles. On a trop peur d'être suspecté de misanthropie! Pourtant, on ne peut s'empêcher de discerner chez certains une certaine jouissance à vivre là où ne sont pas leurs semblables. À cinquante mètres sous l'eau parmi les éponges, Laurent Ballesta ne risque pas de croiser grand monde. Pas plus que les alpinistes nomadisant au milieu des champignons de glace de Patagonie. Dans le film d'Hamid Sardar, la nonne bouddhiste errante effectue, elle, un repli intérieur.

L'aventure, c'est aussi le culte du mouvement?

«La théorie d'Hamid Sardar est que nous étions des nomades avant de devenir des sédentaires et cette nostalgie nous taraude»

Pourquoi sortir de sa chambre, c'est la vieille question pascalienne. C'est vrai que lorsque l'on voit ces kayakistes se balancer dans des chutes de 22 mètres, on peut se demander pourquoi ils ne s'assoient pas plutôt sur la berge en jetant une canne à pêche… Pourquoi partir? La question revient souvent. La réponse d'anthropologue d'Hamid Sardar est intéressante. Sa théorie est que nous étions des nomades avant de devenir des sédentaires et cette nostalgie nous taraude. Alors, on apaise le démon par le mouvement, on va se guérir par l'usage du monde et les outils de l'aventure.

L'usage du Beau, aussi?

Il est urgent de s'enivrer de la beauté du monde et de célébrer le réel. Christian Clot, membre du jury du festival, développe d'ailleurs à ce sujet une thèse intéressante. Pour lui, la capacité d'émerveillement est aussi importante à la survie dans un milieu hostile que l'entraînement ou la technique. Il faut aimer ce qui s'offre à vous, sinon on est condamné à périr de tristesse. Je me souviens d'ailleurs de l'incroyable histoire de Tavae, ce pêcheur tahitien qui a dérivé pendant 118 jours dans le Pacifique. Il a raconté avoir tenu en s'émerveillant des couchers de soleil en mer ou de la lumière jouant sur le plancton recueilli dans un seau. Il est probable que des neurasthéniques survivraient moins longtemps que d'autres dans un milieu hostile… L'émerveillement est peut-être en effet une protection efficace, la condition de l'adaptation.

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«Le ministère de la Culture devrait préserver et transmettre»

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Emmanuel Pénicaut et Charles Personnaz publient Sauver la rue de Valois?, quinze propositions pour réformer le ministère de la Culture en le recentrant sur la défense du patrimoine et de la mémoire française.

 Emmanuel Pénicaut est conservateur en chef du patrimoine et Charles Personnaz est administrateur civil. Ils publient Sauver la rue de Valois? Relancer la politique culturelle (Lemieux), quinze propositions pour refonder le ministère de la Culture.

FIGAROVOX. - Créé en 1959 par André Malraux, le ministère de la Culture a eu 22 représentants. Il semble qu'on soit passé d'une vision «transcendante» de la culture (les chefs-d'œuvre) à une vision «divertissante» (les festivals). Quelle est la grande différence entre la conception malrucienne d'origine et ce qu'elle est devenue? De quand date la rupture?

«Plus qu'à un homme en particulier, la crise qui a marqué le secteur de la Culture est due à l'attitude d'une génération, frappée de plein fouet par le relativisme intellectuel»

Charles PERSONNAZ et Emmanuel PENICAUT*. - Jack Lang comme André Malraux avaient une vision globale de la Culture, faite chez l'un et l'autre de transcendance et de volonté de diffusion dans toutes les couches de la société: les «Maisons des jeunes et de la Culture» de Malraux montrent qu'il ne bornait pas sa réflexion à «rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité», et J. Lang est aussi le ministre des Journées du patrimoine. Lang a ainsi exploré et élargi les sentiers tracés par Malraux, obtenant des crédits bien supérieurs (le fameux «doublement du budget de la Culture» en 1981), et bénéficiant d'un terrain de gauche qui s'est voulu par posture plus social, y compris dans le domaine culturel.

Plus qu'à un homme en particulier, la crise qui a marqué le secteur de la Culture est due à l'attitude d'une génération, frappée de plein fouet par le relativisme intellectuel et la crise des valeurs occidentales. Vanter publiquement la place de la France dans la culture mondiale était encore facile dans les années soixante. C'est devenu un tabou au long des années 1980, et cet état d'esprit s'est durablement installé dans les mentalités des décideurs de la Culture.

On insiste souvent sur la gabegie engendrée par ce ministère, et notamment via les subventions et le régime des intermittents du spectacle. Le problème de la rue de Valois est-il seulement une question de moyens? Vous plaidez pour une restructuration du ministère. Quelle forme prendrait-elle?

Le problème de la Rue de Valois n'est pas seulement une question de moyens, contrairement à ce que laisse entendre un discours corporatiste bien rodé. Comme le rappelait avec justesse Aurélie Filipetti, le ministère de la Culture n'a pas le monopole de la Culture: il y a eu une culture en France avant 1959, et les pratiques culturelles, individuelles ou collectives, n'ont pas besoin du ministère pour exister. C'est pourquoi ce ministère est avant tout un ministère de la parole, un ministère qui porte haut et fort une idée de la culture française et de la culture en France. Refuser de tenir cette parole, c'est se cantonner à n'être qu'une caisse à subventions, ce que le ministère est parfois devenu. Quant au régime des intermittents, s'il faut encore en corriger certains abus, c'est un système qui remplit globalement son office.

Dans ce cadre, nous proposons de retrancher du ministère les secteurs qui l'alourdissent - en réfléchissant notamment au positionnement des industries culturelles (audiovisuel public, numérique, aides à la presse), qui pourraient, par exemple, relever du ministère de l'économie, la rue de Valois restant garante de la qualité culturelle des contenus -, et au contraire de lui ajouter des prérogatives qui lui manquent, notamment un droit de regard véritable sur la politique culturelle française à l'étranger, les missions relatives à la francophonie, ainsi qu'une compétence sur l'ensemble des musées et des archives de l'État. Dans l'organisation interne du ministère, il faut aussi donner davantage de responsabilités aux grands établissements du ministère (le Louvre, la Bibliothèque nationale de France, l'Opéra de Paris, la Comédie française, la Philharmonie, le Centre des monuments nationaux) pour accroître leur rayonnement national et international et diminuer le nombre de ces opérateurs en constituant des ensembles cohérents, c'est-à-dire en rapprochant et en fusionnant des établissements.

«Nous pensons que le rôle de l'État n'est pas d'encadrer la création artistique, encadrement qui évolue fatalement en étouffement»

Vous affirmez que les deux missions essentielles du ministère de la Culture devraient être «préservées» et «transmettre». Concrètement, par quelles réformes cela passe-t-il? Est-ce à dire que l'État doit se désinvestir du spectacle vivant et de l'industrie culturelle pour se concentrer sur le patrimoine?

«Préserver» ce qui fait notre culture et la «transmettre» aux générations suivantes nous semblent les deux missions fondamentales du ministère. L'État doit rester responsable, en effet, de la préservation du très riche patrimoine français, bâti et mobilier, de la formation des conservateurs du patrimoine, de l'enseignement supérieur en matière artistique (musique, danse, Beaux-Arts): ce sont là des domaines régaliens, qui demandent un investissement fort et régulier, et que seul l'État peut prendre à son compte. En revanche, nous pensons que le rôle de l'État n'est pas d'encadrer la création artistique, encadrement qui évolue fatalement en étouffement. Puisque, comme l'affirme la dernière loi culturelle du quinquennat de François Hollande, «la création artistique est libre» (loi sur la liberté de création, 7 juillet 2016, art. 1), il faut que cette liberté s'exprime de façon concrète. Nous pensons que le meilleur cadeau à faire aux collectivités locales - commune et région au premier chef - est de les laisser libres d'encourager et de soutenir le spectacle vivant, en fonction des publics et des territoires.

C'est par cette épreuve de vérité, fondée sur le terrain, que la création française saura retrouver sa vitalité: l'expérience d'un monde du spectacle vivant subventionné à l'excès, composé de structures arbitrairement plaquées sur le territoire, a montré ses limites. Depuis quarante ans, aucune enquête n'a pu prouver que la «démocratisation culturelle» tant vantée par les ministres successifs avait progressé, et d'un autre point de vue, les artistes français contemporains de notoriété mondiale sont rares: il faut donc accepter de dresser un constat d'échec partiel de la politique culturelle menée jusqu'à nos jours, illustrée notamment par des structures telles que les FRAC. La création artistique ne se décrète pas à coup de subventions, mais davantage par l'existence d'un terreau favorable à la création. Ce sont aujourd'hui les collectivités locales et certains acteurs privés qui portent cette ambition. Laissons-les agir et transférons les compétences et les financements de l'État dans ce secteur.

Contrairement à la situation qui pouvait exister dans les années 60 et 70, il n'y a plus de désert culturel français, sauf de manière résiduelle. La plupart des villes sont dotées de salles de concert, de bibliothèques, de théâtres et n'ont pas besoin de l'État pour développer des programmations de qualité. Quarante ans après la décentralisation, il est temps de passer à une nouvelle étape dans notre conception de la politique culturelle.

Dans un précédent livre L'histoire de France ne passera pas! (Bourin),vous aviez détaillé les coulisses d'un échec intellectuel et politique, celui du projet de «Maison de l'histoire de France», lancé par Nicolas Sarkozy, puis abandonné par François Hollande en 2012, qui préféra inaugurer un musée de l'Immigration. Le ministère de la Culture doit-il selon vous se charger d'entretenir la mémoire et de forger une «identité nationale»?

«Il est de bon ton, dans le monde de l'art et de la Culture, comme à l'université, de mépriser ce qui s'apparente à la défense ou à la promotion de l'identité de la France»

Il est de bon ton, dans le monde de l'art et de la Culture, comme à l'université, de mépriser ce qui s'apparente à la défense ou à la promotion de l'identité de la France. Ce paradoxe français est profondément ancré dans les mentalités, et a abouti à une dissociation complète des fonctions culturelles, assurées par la rue de Valois en tant qu'héritière du secrétariat d'État des Beaux-Arts, et des missions commémoratives, qui relèvent du ministère de la Défense. Le résultat en est, du côté de la Défense, une mémoire tronquée et limitée à la mémoire des conflits contemporains, et, du côté de la Culture, un refus d'aborder la culture et les arts dans une perspective nationale, automatiquement associée à une vision cocardière et étriquée. Il nous semble que confier à la rue de Valois l'expression de la mémoire et de l'histoire du pays aiderait à replacer ce ministère au cœur de l'État et de la nation, à enrichir les commémorations nationales en rappelant la place des artistes dans la construction de notre pays et à prendre en compte cette autre dimension de la Culture qu'est l'histoire.

Emmanuel Macron a affirmé que «la culture française n'existait pas». Le rôle du ministère de la Culture doit-il être de préserver la culture française ou de promouvoir l'art en général?

Il n'y a vraiment qu'un candidat français à l'élection présidentielle pour oser de tels propos! Il y a une culture française, comme il y a une histoire française: c'est ce qui fait que la France existe. L'affirmer est tout simplement une façon de reconnaître son identité, de savoir d'où l'on vient pour mieux savoir où l'on va. Que cette culture française soit nourrie de nombreuses influences et qu'elle se caractérise par sa volonté d'universalité va aussi de soi. Le verbe «préserver» ne s'oppose pas au verbe «promouvoir»: sans la législation sur les monuments historiques, la France ne serait pas la première destination touristique au monde. Et imposer un quota de chansons françaises sur les ondes est une façon à la fois de préserver et d'encourager le trésor de la création musicale. La France l'a compris à l'échelle européenne, où le ministère de la Culture est bien souvent en pointe pour défendre l'«exception culturelle» et ce qui s'y rapporte. C'est bien cette défense qui permet d'encourager la création. Il est dommage que ce travail efficace, reconnu par tous les partenaires de l'Union Européenne, ne soit pas toujours en cohérence avec l'action du ministère sur le territoire national.

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Patrick Buisson : "Mélenchon est plus chrétien que Fillon"

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Le politologue explique la percée de Mélenchon par son évolution idéologique. Il fustige également les errements de la droite et du PS.

Le Point : En 2012, Jean-Luc Mélenchon se faisait l'apôtre du multiculturalisme. Le 9 avril, à Marseille, il s'est voulu davantage patriote. Comment expliquez-vous cette évolution ?

Patrick Buisson : En 2012, Mélenchon s'est en effet posé comme le chantre d'une France multiculturelle. Or, aujourd'hui, il se positionne davantage comme le candidat d'une France multiethnique, évacuant ainsi la dimension multiculturelle. Cette évolution est le résultat d'une vieille interrogation de sa part. Il ne lui a pas échappé que la percée électorale d'Oskar Lafontaine (fondateur de Die Linke en Allemagne, qui a rompu en 2005 avec le SPD) résulte d'un choc culturel avec la population immigrée turque. La gauche allemande a intégré cette problématique dans un discours anticapitaliste classique et global, qui était la défiance de Marx à l'égard du lumpenprolétariat.

Mélenchon est-il prêt, selon vous, à formuler une critique de l'immigration hors champ économique ?

Le candidat de La France insoumise est tenté par un populisme de gauche qui intègre une dimension essentielle et longtemps occultée, c'est-à-dire le thème de l'immigration qui recoupe la question sociale. À ce titre, je renvoie chacun à la lecture des travaux du géographe Christophe Guilluy. Mélenchon hésite, même s'il a beaucoup évolué par rapport à 2012, où la fin de sa campagne s'était boboïsée. Il incarnait alors un vote d'humeur à la mode.

Et aujourd'hui ?

La déliquescence du PS libère un espace qui était cadré par le candidat socialiste, qui n'existe plus. L'électorat de gauche qui va vers Mélenchon retrouve des repères et une vision du monde antérieurs à ce moment où le PS a mis l'accent sur les problèmes sociétaux et abandonné les questions sociales. En outre, Mélenchon est, avec Marine Le Pen, le seul à véritablement parler de religion dans cette campagne. Même s'il déclare « foutez-nous la paix avec les Églises ! », il adopte un discours qui emprunte des symboles à la spiritualité. À Marseille, il avait un rameau pour évoquer la Méditerranée. Un franc-maçon qui arbore des rameaux, le jour des Rameaux ! Il prend la posture des hussards noirs de la République qui combattaient l'Église facialement, mais partageaient la même morale civique que les curés. Il campe la figure de l'instituteur de l'école émancipatrice des années 1880.

N'est-ce pas ce qu'il a toujours été ?

Absolument. Il porte une des deux vertus chrétiennes « devenues folles » chères à Chesterton et qui est le ressort dialectique de toute l'histoire de l'Occident entre le libre arbitre et la grâce. Dans la version marxiste, le culte de l'homme jusqu'à la mort de Dieu. Et dans la version capitaliste, l'absence de libre arbitre total. Mélenchon incarne un vote de classe, archaïque, qui plonge ses racines dans une spiritualité qu'il prétend combattre. Si le christianisme est le refus de la domination absolue de la marchandise, c'est-à-dire ce que la Bible condamne comme le culte des idoles, Mélenchon est plus chrétien que Fillon lorsque celui-ci se rend à Las Vegas ou entend faire de la France une smart nation.

Mélenchon s'adresse-t-il encore à un peuple de gauche ?

Bien sûr, mais celui d'avant l'oubli du fait social par le PS.

Peut-il rallier à lui, selon vous, un électorat de droite anticapitaliste, péguyste ?

Non, parce que l'univers des symboles, notamment robespierristes, qu'il convoque constitue pour certains un repoussoir. Cela dit, le peuple de Mélenchon est en train d'évoluer. Il n'est pas seulement le peuple constituant, pas uniquement le peuple dèmos, il est aussi le peuple enraciné. Le candidat n'invoque plus seulement la nation contractuelle. Chez lui, elle relève de plus en plus de la mémoire et de l'Histoire partagées.

Que retenez-vous de cette campagne présidentielle ?

La grande défaite idéologique de cette campagne est à mettre au compte de la droite, qui a été incapable d'imposer le moindre thème. On a eu un débat entre les candidats qui a révélé le primat de l'économie sur la fonction souveraine. Mélenchon s'inscrit un peu dans cette logique, même si, contrairement à 2012, il a des propos plus forts à l'égard de la souveraineté et de l'Europe.

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«Si Macron et Fillon étaient des héros de l'Antiquité...»

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TRIBUNE - Au Ier siècle après J.-C., Plutarque dresse le portrait de deux hommes d'État, le Romain Coriolan et l'Athénien Alcibiade, qui ne sont pas sans rappeler deux candidats à l'Élysée, raconte Stéphane Ratti, professeur d'histoire de l'Antiquité tardive à l'université de Bourgogne-Franche-Comté.

Un grand romancier français, courageux résistant pendant la Seconde Guerre mondiale et, un temps, compagnon de route du Parti communiste français, recommandait, afin de comprendre la subtilité de la vie politique de tous les temps, de recourir à Plutarque. Cet écrivain, Prix Goncourt pour La Loi en 1957, n'est autre que Roger Vailland et c'est dans son roman La Fête que ses personnages ouvrent un Plutarque pour éclairer leur conduite politique.

Plutarque écrivait en grec dans un empire qui, autour de l'année 100 après J.-C., était romain. Mais, comme Thucydide avant lui, il croyait à la nature humaine et à une certaine permanence des valeurs, des passions et des ambitions qui se partagent depuis toujours les âmes des hommes. Certaines fameuses sentences de ce dernier, fustigeant le vice habillé sous le masque de la vertu, ne pourraient-elles encore trouver une confirmation de nos jours: «La plupart des hommes aiment mieux être appelés habiles, en étant des canailles, qu'être appelés des sots en étant honnêtes: de ceci ils rougissent, de l'autre ils s'enorgueillissent» (3, 82, 8)?

Que pourraient nous apprendre les Vies parallèles de Plutarquesur les principaux acteurs de la vie politique aujourd'hui dans notre pays? Tout d'abord que les fées se penchent sur le berceau de certains avec plus de faveur que sur celui de leurs camarades. Les Anciens appelaient ces fées des dieux, et la faveur dont ils gratifiaient leurs protégés la felicitas: ni la chance, ni la félicité, mais le charisme ou la baraka, source de popularité. Protégé par la felicitas on devenait intouchable et certains, pour mieux le faire savoir, accolaient l'adjectif felix à leur patronyme.

Coriolan n'est pas un démagogue, plutôt un homme austère et peu souriant, écrit Plutarque

Comment se fait-il qu'à d'aucuns on pardonne tout et à d'autres, au même moment, rien? La popularité, tout simplement. Comment comprendre qu'on puisse en être privé quand on brigue les plus hautes charges et qu'on a pour soi sa conscience? Plutarque nous fournit un début de réponse. En effet, la Vie d'Alcibiade forme un diptyque avec la Vie de Coriolan, ce héros légendaire des débuts de la République romaine. Or Coriolan n'est pas un démagogue, plutôt un homme «d'une force et d'une fermeté de caractère exceptionnelles en toutes circonstances», austère et peu souriant, «indifférent en outre aux plaisirs» écrit Plutarque. Il refusait, de plus, «de se laisser apaiser et fléchir par les nombreuses ambassades et supplications que ses concitoyens lui adressaient pour calmer sa colère». À Coriolan manquent la souplesse et la fantaisie d'Alcibiade. «Son tempérament rigide et querelleur le rendait dur et peu accommodant» et il exaspère les gens par son attitude jugée «oligarchique», autrement dit aristocratique. Plutarque évoque même chez lui une pointe d'arrogance, «cette compagne de la solitude» selon le mot de Platon.

«Alcibiade, au contraire, savait traiter amicalement tous ceux qu'il rencontrait.» Il possédait, en outre, grâce à son éducation choisie l'arme absolue: l'éloquence. Mais il avait l'habileté de dissimuler son aisance en l'art de la rhétorique sous de fallacieuses et calculées hésitations qui le faisaient paraître continûment en train de réfléchir à voix haute: «Il s'interrompait au milieu de son discours, et tandis que l'expression juste le fuyait, il restait silencieux, à réfléchir et à hésiter», ajoute Plutarque.

Aucune des techniques de la communication politique n'était inconnue d'Alcibiade. Était-il victime de calomnies sur son action, il savait qu'il convenait d'allumer un contre-feu médiatique. Ainsi, un jour, coupa-t-il la queue de son chien acheté fort cher et d'une beauté étonnante. À ses amis qui lui remontraient que tous, à Athènes, ne parlaient plus que de cela, il répondit: «Tant mieux! Je veux que les Athéniens en parlent, ils ne diront ainsi rien de pire sur moi»!

Aucune des techniques de la communication politique n'était inconnue d'Alcibiade

Le centrisme politique d'Alcibiade, ou plutôt la longue vicissitude des sentiments nourris par ses concitoyens à son égard, le conduisit au moment de la grande crise que traversa la cité en guerre avec sa proche rivale Sparte, au cours de la dernière phase de la guerre du Péloponnèse, entre 415 et 404 avant notre ère, tantôt du côté des Athéniens, tantôt du côté des Spartiates. Las, l'opinion lui pardonna tout, jusqu'à sa trahison finale et son départ pour l'étranger, chez l'ennemi perse. Aristophane, auteur de comédies politiques et peintre acerbe de la vie publique du temps, dit de lui que «le peuple l'aimait, le détestait et voulait le garder».

Alcibiade sut séduire les plus raisonnables (même Jacqueline de Romilly, sa brillante biographe, ressentit pour lui dans sa jeunesse, de son propre aveu, quelque élan) et apporta à Athènes de belles victoires, mais aussi de nombreux scandales et de cruelles défaites. Coriolan accomplit de belles réalisations et sauva sa patrie. Mais le premier fut populaire, tandis que le second, désormais oublié, sauf des lecteurs assidus de Plutarque, ne sut jamais s'attacher les cœurs de ses concitoyens. La politique, comme la psychologie des hommes, offre décidément, à travers les âges et les civilisations, de frappantes concordances.

Laissons à Plutarque, qui ne sut jamais rien de l'élection présidentielle française de 2017, toute la responsabilité de conclure: «Chez les jeunes gens, lorsque la célébrité et les honneurs surviennent trop tôt, ils éteignent, semble-t-il, l'ardeur des natures dont l'ambition est superficielle, en étanchant promptement leur soif jusqu'à la satiété. Mais les caractères forts et solides sont stimulés par les honneurs: ils se mettent à briller comme un feu qu'éveille un souffle de vent et se tournent vers ce qui leur paraît beau.» Aux fulgurances d'Alcibiade et à ses fragilités, l'auteur des Vies parallèles ne cachait pas une petite préférence pour la solidité de Coriolan et son patriotisme.

Spécialiste reconnu des relations entre païens et chrétiens dans l'Antiquité, Stéphane Ratti a récemment publié «Le Premier Saint Augustin» (Les Belles Lettres, 2016, 352 p., 23,90 €), salué par la critique.

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Une ombre sur Merkel

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En se faisant élire pour un quatrième mandat, Angela Merkel vient d'égaler le record de son mentor Helmut Kohl. Pour se hisser à la mesure de son vrai modèle, la Grande Catherine de Russie, dont elle sonde régulièrement le portrait posé sur son bureau, la route est encore longue. Infatigable réformatrice, la Tsarine a modernisé son pays, le rapprochant de l'Europe et marquant l'Histoire d'un profond sillon. La «Mutti» allemande, quant à elle, n'a pas encore laissé d'empreinte réformatrice bien profonde.

Sa nouvelle victoire a même un goût amer. La place de la chancelière dans la postérité est entachée par le score historique des populistes de l'AfD. Sa politique migratoire conjuguée à l'alliance avec le SPD a offert ce résultat à l'extrême droite, qui fait une entrée en force au Bundestag, une première dans l'après-guerre. Voici «Mutti» transformée en «mère de l'AfD».

Dès lors, comment gouverner? Reconduire la grande coalition avec les sociaux-démocrates aurait été la recette pour quatre ans d'immobilisme. Le SPD a tiré les conséquences de son échec cuisant en annonçant qu'il ne participerait pas au prochain gouvernement. Ni Merkel ni le SPD ne veulent d'une nouvelle «grande coalition». L'union des grands partis du centre dope les extrêmes. Merkel a aussi à cœur d'arrêter la casse en évitant d'offrir à l'AfD la tribune dont elle rêve: celle de principal parti d'opposition.

S'allier avec les libéraux du FDP et les Verts, une configuration inédite, peut au contraire être une chance et ouvrir la porte à des réformes libérant les énergies du marché et à un peu d'audace pour relancer l'Europe. Physicienne de formation, la chancelière aime expérimenter avant de mettre en application. Désormais, elle est condamnée à réussir un tour de force en mettant d'accord ses alliés bavarois, les libéraux et les Verts autour d'un programme commun. Dans les calculs de Merkel, redoutable stratège, gouverner avec deux petits partis devait ajouter une carte à son jeu en permettant de jouer l'un contre l'autre pour mieux régner. Désormais, elle a perdu sa position de repli dans les négociations. Son jeu est affaibli.

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Père Boulad : Ma position est d’encourager tous ceux qui ont le courage de résister à l’islamisation de l’Europe.

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Suite et fin de l'entretien avec le père Boulad (lire les partie 1 et partie 2). Propos recueillis en mars 2017 par Nóra Pozsgai, journaliste à la Radio Catholique Hongroise :

Avez-vous un projet d’action concret dans le combat pour changer l’Europe que vous comptez mener ensemble avec la Hongrie ?

Unknown-32Je ne crois pas que je sois appelé à un combat politique, ce n’est pas mon rôle en tant que prêtre et religieux. Mais en même temps je suis de très près la politique et les actualités, je me rends compte que ce que fait en ce moment la Hongrie, notamment l’accord avec le groupe de Visegrad « V4 » (Hongrie, Slovaquie, Pologne, République tchèque), représente un chemin pour que l’Europe se reconstitue autrement que par le passé pour sauver les identités, respecter les frontières, les cultures, les langues, et ne pas se laisser avaler par la mondialisation. Il était temps.

Mon projet, c’est d’encourager cette prise de distance vis-à-vis de cette mondialisation qui ne profite qu’aux milliardaires et aux banquiers. Ma position est de parler un langage vrai, d’encourager tous ceux qui ont le courage de s’exprimer et de résister à l’islamisation de l’Europe. L’Europe est une culture, une civilisation enracinée dans le judéo-christianisme, dans des valeurs humaines et humanitaires qu’il faut absolument défendre, sinon, où va le monde ! L’Europe a été à la pointe de la civilisation, non seulement sur le plan technique et scientifique, mais aussi sur le plan humain, humaniste et spirituel. Et en tout cela le christianisme est le moteur, même s’il est en perte de vitesse et en crise. L’évangile et la foi chrétienne ont quelque chose d’essentiel à dire, il faut revivifier le christianisme, d’une autre manière qu’autrefois. En cela je dirais que mon rôle est de soutenir toutes ces valeurs spirituelles et humaines dont l’Europe est porteuse.

Le traitement de la crise migratoire par la Hongrie n’est-il pas en contradiction avec l’évangile qui dit qu’il faut accueillir l’étranger ?

Nous avons le devoir d’accueillir l’étranger et de lui donner le maximum de possibilités pour s’intégrer, pour qu’il construise le pays en même temps que lui-même. Mais je pense qu’il y a un seuil de tolérance à l’accueil. On ne peut pas accueillir tout le monde, toute la misère du monde, quand ceci menace votre équilibre intérieur, celui de votre patrie, de votre famille, de votre milieu, de votre culture, de votre héritage, et de vos valeurs. Mon point de vue est qu’il y a des limites au devoir d’hospitalité. Par exemple, si une embarcation qui peut prendre vingt personnes en prend deux cents, tous les deux cents vont couler. J’ai donc le devoir de limiter. Je peux peut-être en prendre dix ou quinze, mais à partir d’un moment, je dois dire stop. Ce n’est pas de l’inhumanité, c’est simplement du bon sens. Surtout s’ils ne veulent pas s’intégrer à l’Europe. Je trouve que Victor Orban est très courageux par sa position très ferme pour sauver l’héritage de son pays et de l’Europe face à cette immigration folle vers l’Europe, position qu’il tient malgré toutes les critiques et la campagne médiatique contre lui. Je salue son courage et sa sincérité.

Le vrai Islam n’est-il pas modéré ?

L’Islam est par définition politique et radical, il s’est défini comme cela depuis 14 siècles. Tous ceux qui ont voulu moderniser et réformer l’Islam se sont heurtés à un mur, un refus, et à des persécutions. Comme Mahmoud Mohamed Taha, un grand chef soudanais qui a voulu justement réformer l’Islam en mettant en avant les versets mecquois, qui sont tolérants et ouverts, contrairement aux versets médinois qui ont été privilégiés par les penseurs de l’Islam au Xème siècle en vertu du principe de l’« abrogation ». Ce chef musulman s’est fait pendre sur la grande place de Khartoum en juillet 1985 pour avoir voulu réformer l’Islam. Donc pour moi l’islamisme, qu’on appelle l’Islam extrémiste, radicale, ou politique, c’est l’Islam dans sa pureté, l’Islam à découvert. J’ai écrit sur ce sujet deux pages très claires, disponibles en plusieurs langues. L’islamisme, c’est l’Islam. Alors, qu’on ne me parle pas d’un Islam modéré qui n’existe que dans l’esprit des intellectuels occidentaux, dans le « wishful thinking » des musulmans modérés qui ne sont pas du tout dans la ligne de l’Islam prôné par l’université al-Azhar au Caire, qui jusqu’à aujourd’hui forme des dizaines de milliers de prédicateurs à travers le monde dans la ligne la plus stricte, la plus rigoureuse, la plus radicale, et la plus intolérante de l’Islam, et ce malgré les appels répétés du président égyptien Sissi pour leur demander de changer leur discours. En d’autres termes, imaginer que l’Islam modéré va l’emporter, c’est une illusion. Le problème n’est pas dans les interprétations de l’Islam - Islam modéré, Islam soufiste - mais le problème est dans l’Islam lui-même, c’est-à-dire dans les textes fondateurs eux-mêmes. Toute interprétation, surtout de la part des occidentaux, c’est du « wishful thinking » : on souhaite quelque chose, mais la réalité est autre. Par ailleurs, il y a dans l’Islam un principe qui s’appelle la « taqiya » en vertu duquel la tromperie est justifiée dans le but de faire avancer l’Islam : quand on ne peut pas avoir raison de l’adversaire parce que on est en position d’infériorité, il faut entrer dans le mensonge et la duplicité. C’est ce qui se passe actuellement : on croit leurs discours tenus en français, mais ils disent exactement le contraire en arabe une heure plus tard à la mosquée. Il existe des enregistrements qui prouvent cela.

L’Occident et l’Eglise sont donc dans l’illusion par rapport à leur vision de l’Islam capable de se réformer.

Que pensez-vous du dialogue avec l’Islam ?

Il faut que l’Europe s’accroche à son identité, que l’Eglise aussi s’accroche à son identité. Pas de compromis, pas de mensonge, pas d’hypocrisie. Soyons ce que nous sommes. Je demande un dialogue franc, ouvert, confronté à l’histoire et à la réalité des faits. On ne peut pas échapper à la vérité. Quand je vous donne des arguments et que votre seule réponse est de m’égorger, c’est que nous ne sommes plus sur le même terrain. Actuellement, c’est la réponse de l’Islam. La semaine dernière, à Alexandrie un musulman converti au christianisme est venu me trouver en me disant : je me suis converti il y a 15 ans, j’ai récemment épousé une musulmane, son père veut me tuer ou me dénoncer à la police. La police va me jeter en prison, me torturer jusqu’à ce que je dise que je suis redevenu musulman. Alors si la seule réponse est la menace et la violence, mettons les choses sur la table, ne continuons pas ce dialogue dans le mensonge !

L’Eglise actuellement refuse la confrontation sous prétexte de paix, mais c’est une fausse paix ! Le psaume 85 dit « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent ». L’amour sans la vérité ? Non. La vérité sans l’amour ? Non. La justice sans la paix, ou la paix sans la justice ? Non. Il faut un dialogue dans la vérité, pas seulement en se tapant sur l’épaule, en se disant que nous sommes amis, en buvant un bon café ensemble, cela n’aboutit à rien ! Les promoteurs du dialogue ne veulent pas écouter ceux qui ont quatorze siècles d’expérience avec l’Islam. Ma famille a émigré de Damas en 1860 suite au massacre de 20.000 chrétiens. Cela, l’Europe ne veut pas le comprendre, bien qu’ils aient aussi connu cela dans leur histoire, mais ils ne veulent pas lire leur histoire. Sauf les Hongrois qui sont les seuls à avoir un peu compris, car ils ont connu 150 ans d’oppression ottomane il y a relativement peu de temps. Pour les autres, c’est plus lointain, ça fait plus de 1000 ans.

Avez-vous un message d’espérance dans ce contexte de crise profonde ?

Je crois à la force de l’Esprit. Je crois à la force de la Vérité. Je crois que le bien est plus fort que le mal parce que je crois à la rédemption. Parce que je crois que le Christ a triomphé du monde. Il a dit : « j’ai vaincu le monde ». Il l’a vaincu. Actuellement, je perçois quelques signes d’espérance. Pour moi, Donald Trump, qui est un fou, est beaucoup moins dangereux que l’autre candidate qui devait prendre sa place. C’est un signe qu’il y a un basculement qui est en train de se faire. L’effritement de l’Europe est à la fois une mauvaise nouvelle et une excellente nouvelle. Parce que les Européens sont en train de réaliser qu’ils sont trompés, qu’ils ont été trompés. Il était temps de comprendre, de se réveiller ! C’est pour cela que la droite est en train de gagner un peu partout, parce que la droite s’accroche aux valeurs, aux traditions, aux identités, alors que la gauche est en train de dissoudre tout ça dans une idéologie mortifère.

Espérance, bien sûr ! Je suis plein d’espérance. Je suis certain du triomphe. Mais il faut relire l’Apocalypse, il faut voir que ce triomphe n’est pas acquis comme cela, d’un seul coup. C’est à travers des bouleversements terribles et une espèce de défaite apparente, que sera acquise la victoire finale. C’est un suspens continuel, l’histoire n’est pas jouée d’avance. Le mal est à l’œuvre. L’ivraie pousse avec le bon grain, jusqu’à la moisson. Nous sommes appelés à une vigilance continuelle, à un combat acharné contre les puissances du mal et des ténèbres, et contre le péché qui nous habite, qui habite cette société.

Il ne faut pas attendre en se disant : j’ai de l’espérance, je suis optimiste, parce que je suis croyant. Non, la foi nous appelle à un engagement, à un combat. C’est pourquoi cela que moi, j’ai dit à Victor Orban que je suis à sa disposition s’il a besoin de moi, car je me sens interpellé par cette crise de l’Europe. Pour moi l’Europe est essentielle. Actuellement il n’y a que peu de pays qui s’accrochent aux valeurs européennes comme le font les pays du groupe de Visegrad dont fait partie la Hongrie.

A mon avis, tout commence par un « Non » jeté à la face de la fatalité. Il n’y a pas de fatalité. Je ne crois pas à la fatalité. Je crois qu’un seul homme peut changer la face de la terre, et que cet homme, c’est vous, c’est moi. Comment ? par un engagement spirituel d’abord, ensuite par un engagement sociétal et politique. Les deux ensemble, inséparablement. L’aspect spirituel ne nous exempte pas de l’engagement social et politique. Et puis, parler, parler, parler ! On a actuellement un instrument extraordinaire qui s’appelle internet, avec un clic on peut atteindre 30.000, 50.000 personnes. Il y a bien des gens qui le font. Je pense à un homme comme Julian Assange qui a créé WikiLeaks. Un individu avec son Wikileaks et sa technologie de l’informatique est en train de faire trembler Trump, et l’Europe, et tout le monde, parce qu’il a toute une documentation avec laquelle il peut faire tomber des chefs d’état. Un homme ! Cet homme, c’est David contre Goliath, c’est Gandhi contre l’empire britannique, c’est Nelson Mandela contre l’apartheid, c’est mère Theresa. Moi je crois qu’un seul homme peut faire basculer la planète toute entière. Il suffit qu’il soit convaincu et qu’il soit possédé par l’Esprit, l’Esprit de Dieu.

On manque de prophètes aujourd’hui, on manque de prophètes ! Et un prophète, c’est par définition un fou, quelqu’un qui est en marge, un marginal. Un type contre la société, contre tout le monde. C’est la violence selon l’évangile, non pas dans le sens physique ou militaire, mais une violence spirituelle. Actuellement, on nous empêche de parler au nom du politiquement correct, la gauche libérale par le spectre de l’islamophobie vise à « vous la boucler ». Moi je suis un homme qui ne peut pas me taire, et personne ne me fera taire. Si, comme Jean-Baptiste, on me coupe la tête, cela signifiera que ce je disais était vrai !

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Laetitia Pouliquen : le transhumanisme menace l’identité féminine

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Laetitia Pouliquen est la fondatrice de Woman Attitude (« Etre femme pleinement ») et l’auteur de Femmes 2.0. Féminisme et transhumanisme, quel avenir pour la femme ?, préfacé par Ludovine de La Rochère. Brillante femme d’affaires dans un environnement technologique américain, l’invitée de TVLibertés a opéré, il y a plusieurs années, une reconversion professionnelle. Elle promeut dorénavant, notamment au Parlement européen, un féminisme décomplexé et reposant sur le réel : égalité, complémentarité et altérité.

Laetitia Pouliquen, avec un discours novateur et dynamique, affirme que l’identité féminine est menacée par trois agendas politiques imbriqués les uns dans les autres : l’agenda politique du féminisme radical des années 1960, l’agenda du Gender puis celui du transhumanisme. Pour elle, apparaît avec le transhumanisme l’idée du désanfentement de l’humanité et de la disparition de la femme.

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François-Xavier Bellamy : «Macron ou la France qu'on oublie»

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TRIBUNE - L'éloge exalté du multiculturalisme par Emmanuel Macron et le soutien apporté par François Bayrou à ses déclarations sur la culture sont très préoccupants, explique le professeur de philosophie.

Le 26 février, François Bayrou déclarait au cours d'une émission: «Il y a une culture française, et j'en suis le défenseur.» Le 2 avril, devant les caméras, volte-face: «La culture française n'existe pas.» Il aura suffi d'un mois, et d'un ralliement, pour ce nouveau reniement: avec de tels «défenseurs», la France a de quoi s'inquiéter… Sur le fond, un tel déni de réalité laisse incrédule. Comment M. Bayrou, agrégé de lettres, peut-il choisir d'ignorer à ce point ce qui fait la France? Un tel propos peut bien se donner une façade savante, il est pourtant démenti par les faits, et par tous ceux qui hors de France ne peuvent même pas comprendre un tel débat. Car le monde entier sait qu'il y a une culture française ; il n'y a que nous pour le nier!

«Macron ne fait que rajeunir la voix qui porte le même discours démoralisant, un discours tellement vieux au fond qu'il ne voit plus d'avenir pour la France que dans son euthanasie»

Notre pays est toujours la première destination touristique au monde, et ce n'est pas grâce à Orly et au RER B. Si 83 millions de visiteurs étrangers sont venus l'an passé en France, en dépit de nos infrastructures vieillissantes, de l'insécurité et de la menace terroriste, c'est parce que la France est pour eux d'abord un patrimoine, une architecture, des œuvres d'art, un art de vivre - bref, une culture, qui vaut qu'on traverse la planète pour venir s'émerveiller. Il n'y a que M. Macron pour dire sans plaisanter: «L'art français, je ne l'ai jamais vu.» Ingratitude des héritiers qui refusent leur propre héritage…

Ce cas d'aveuglement volontaire ne doit pas prêter à sourire: il est le symptôme d'un déni très profond, dont les conséquences sont graves, qui se font sentir depuis plusieurs décennies déjà. Rien de nouveau en effet dans cette dépression française ; et M. Macron ne fait que rajeunir la voix qui porte le même discours démoralisant, un discours tellement vieux au fond qu'il ne voit plus d'avenir pour la France que dans son euthanasie. N'être plus qu'un hub où l'on entre et sort de façon indifférente, jusqu'à ce multiculturalisme dont le discours de Marseille a constitué une sorte d'éloge halluciné, en ne définissant plus les Français que comme une juxtaposition de communautés définies par leurs origines extérieures.

Disparition des nations

C'est au nom de ce projet que M. Macron devait dire et répéter qu'il n'y a pas de culture française. Non pas parce que c'est vrai, mais parce qu'il le faut, au nom de l'accueil de l'autre, de la diversité sans différences, de la mondialisation heureuse - bref, au nom du progrès. Rien de nouveau finalement dans cet espoir apolitique d'une disparition des nations: En marche! est l'aboutissement de la fascination postmoderne pour l'universelle mobilité d'un monde sans frontières, et c'est tout logiquement que M. Macron nous demande nos voix pour diriger un pays dont il dit qu'il n'existe pas.

«Pour s'ouvrir vers l'extérieur encore faut-il avoir une intériorité ; pour accueillir encore faut-il demeurer et pour partager avec l'autre avoir quelque chose à offrir»

Mais ce déni de soi, pavé de bonnes intentions, est fondé sur un contresens tragique. Pour s'ouvrir vers l'extérieur encore faut-il avoir une intériorité ; pour accueillir encore faut-il demeurer et pour partager avec l'autre avoir quelque chose à offrir. On ne peut que mettre en danger l'unité d'une société quand on en retire ce qui peut fonder le commun. Or la culture est le seul bien qui puisse être infiniment partagé sans que personne n'en soit lésé: et c'est cet héritage commun qu'une parole politique irresponsable condamne depuis trop longtemps.

Le déni dont M. Macron se fait aujourd'hui l'avocat est déjà responsable de la crise éducative profonde que nous traversons: des millions de jeunes grandissent dans notre pays, auxquels nous n'avons pas transmis la maîtrise d'une langue, d'une histoire, d'une pensée - d'une culture par laquelle leur vie pouvait s'enraciner, devenir féconde et s'élargir aux dimensions de la cité. Comment s'intégrer à un pays dont on dit qu'il n'a pas de culture et pas d'identité? Comment se reconnaître dans une histoire dont on affirme qu'elle n'a rien produit, sinon des crimes contre l'humanité?

« L'amour de la France résidait exclusivement dans la passion pour la culture de la France: pour sa pensée, sa littérature et son art »

Milan Kundera

La culture ne peut pas diviser, au contraire: ce n'est qu'en elle que nous pourrons puiser des raisons d'aimer la France, sans chauvinisme sectaire, mais pour partager largement son aventure singulière. Pourquoi sinon être français, et pourquoi le devenir, si la France n'existe pas? Car la France est une culture. L'un des plus grands écrivains à l'avoir épousée, Milan Kundera, l'expliquait ainsi: «L'ambiance spirituelle de toute ma jeunesse tchèque fut marquée par une francophilie passionnée.» Et si cette passion résiste encore, dans le monde entier, même aux erreurs et aux fautes de notre pays dans l'histoire, c'est parce que «l'amour de la France ne résidait jamais dans une admiration des hommes d'État français, jamais dans une identification à la politique française ; il résidait exclusivement dans la passion pour la culture de la France: pour sa pensée, sa littérature et son art». Kundera avertissait déjà: une mondialisation qui nie les cultures ne pourra qu'aboutir à l'effacement de la France, «et l'indifférence à la France deviendra francophobie».

Il est malheureux que des responsables politiques français n'entendent pas aujourd'hui cet avertissement. Pour l'avenir de notre pays, et du monde auquel notre héritage peut encore apporter des sources singulières de vie et d'inventivité, la culture française n'a pas droit au suicide. Voilà éclairé, par la tentation du déni, l'enjeu de cette élection. Toute culture est fragile, nous le savons, et celle que nous avons reçue l'est plus que jamais aujourd'hui - comme l'écrivait Kundera: «Une raison de plus d'aimer la France ; sans euphorie ; d'un amour angoissé, têtu, nostalgique.»

Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de philosophie et auteur de Les Déshérités ou l'urgence de transmettre (Plon, 2014).