>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

OK Boomer.» Même les nuls en anglais ont compris. Il suffit de mettre dans la voix toute l’ironie du monde et un brin de condescendance allant jusqu’au mépris. En français, on dirait «Écrase, pépé» ou «Arrête, vieux schnock». Cette expression fut un des grands succès de l’année 2019. Et sera sans doute au hit-parade de celle qui s’annonce. Elle se répand comme une traînée de poudre à travers le monde. Elle est la dernière trouvaille d’une jeunesse insolente. Tous peuvent l’utiliser, politiques, militants, journalistes, ou encore employés, chômeurs, stagiaires, étudiants. Elle est l’arme ultime contre les climatosceptiques, mais aussi contre les arguments d’autorité, ou ceux qui refusent de se laisser entraîner par les enthousiasmes juvéniles sur des sujets aussi divers que l’immigration, la guerre et la paix, l’homosexualité ou le féminisme.

 

«OK Boomer» n’est pas un argument mais une insulte. Ce n’est pas un outil de discussion mais une arme pour disqualifier. «OK Boomer» signifie que vous êtes trop vieux pour comprendre le monde d’aujourd’hui, mais aussi, et surtout, que vous êtes d’une génération - née après-guerre, lors du fameux baby-boom - qui a tout eu - paix, liberté, travail, enrichissement - et n’a pensé qu’à elle et à son confort aux dépens des générations suivantes et de la planète. «OK Boomer» veut dire que vous avez été égoïste, irresponsable, mégalomane.

On dira que cela n’a rien de nouveau. Que c’est aussi vieux que le monde, depuis qu’il y a des parents et des enfants, des jeunes et des vieux. Les fils des barbons dans les pièces de Molière ou les deux héros des Thibault auraient pu s’écrier: «OK Boomer.» C’est, comme chantait Brel avec une ironie cinglante, «le conflit des générations».

Ce« OK Boomer  » est un signal que la machine s’enraye.

Mais justement, à l’époque du chanteur belge, les jeunes étaient les enfants du baby-boom. Par leur musique, leurs mœurs, leurs revendications politiques, ils s’émancipaient bruyamment du vieux monde de leurs pères. Ils étaient la jeunesse du monde. Depuis, ces jeunes-là ont vieilli. Mais ils n’avaient encore jamais subi la vindicte de leurs enfants, ayant découvert le remède miracle pour ne pas avoir de conflit avec leur descendance. Ce remède, on le connaît, c’est le refus de les éduquer. Le refus de toute autorité, de toute verticalité. Cela était accompagné d’un remarquable travail d’endoctrinement, relayé par les médias et l’école, pour soumettre les jeunes générations à l’idéologie dominante chez les anciens «soixante-huitards». Longtemps, cette machine a remarquablement fonctionné. Les profs et les parents accompagnaient leurs enfants qui manifestaient contre Le Pen et le racisme, ou pour le climat.

Ce «OK Boomer» est un signal que la machine s’enraye. Que les baby-boomers, devenus grands-pères, sont enfin rattrapés par le conflit des générations. Qu’ils sont eux-mêmes devenus une cible. Qu’ils sont devenus, sur le tard, ce qu’ils ont toujours refusé de devenir: des pères. Et, comme disait Sartre: il n’y a pas de bon père.

 
 

 

 

 

CORRELATs