Préambule

 

J'ai mis cet article en préambule car contrairement à tous les TRACTs que reçoivent les vésigondins à l'occasion de ces élections municipales  … ce tract édité bénévolement … comporte beaucoup d'astérisques * qui ouvrent grâce à Internet sur de nombreuses pages de texte.
Si l'ensemble devait être publié cela représenterait pour le moins un bon volume de la Redoute ...

La remarque qui m'est souvent faites " .... il y a trop à lire ..." . Ce qui n'est pas sans me rappeler : " ..Scène d'Amadeus - Il y a trop de notes ... ... Si je n'ai pas le génie de d'Amadreus,  je dois avoir son âge mental ...

 Mais n'oublions pas, comme dit le texte ci-dessous :

 

Il n’y a pas de démocratie sans réflexion libre, ni de société en paix sans liberté de conscience.

À ceux qui voient monter les périls de la guerre civile (à droite) ou de l’autocratie (à gauche), on objectera que le seul antidote connu est la libre conversation et la vive controverse de ceux qui font l’effort de penser.

 

 

   

 

 

>>> <<<

 

 

 

 CORRELATs

 

  • ... nous devons également affirmer " nos enfants ne vous appartiennet pas " ...d'ailleurs à nous non plus ...*

 

  • .... « Préférer les risques de la vie aux fausses certitudes de la mort » *

 

...actualité ...

 

 

----------------------ARTICLE-----------------------

 

«Pourquoi la vie intellectuelle est si affaiblie en France, où elle rayonna longtemps»

TRIBUNE - Au pays de Montaigne, Pascal, Tocqueville, Michelet, Marc Bloch, Claude Lévi-Strauss, Raymond Aron et François Furet, la vie de l’esprit n’occupe plus la place centrale qui était la sienne voilà encore trente ans, se désole Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris- I Panthéon-Sorbonne*.

Par Pierre Vermeren
 
Ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé d’histoire, Pierre Vermeren est l’auteur de nombreux ouvrages salués par la critique, notamment «Le Choc des décolonisations. De la guerre d’Algérie aux printemps arabes» (Odile Jacob, 2015), «La France en terre d’islam. Empire colonial et religions» (Belin, 2016) ainsi que, sur un tout autre sujet, «La France qui déclasse. Les Gilets jaunes, une jacquerie au XXIe siècle» (Taillandier, 2019). L’historien vient de publier un essai très remarqué, «Déni français. Notre histoire secrète des relations franco- arabes» (Albin Michel, 288 p., 19,90 €).
 
 

Parmi les sujets de prédilection qui nourrissent nos échanges publics et privés, on relèvera «le charme discret de l’intestin», «les personnalités toxiques», la sexualité ou les origines ethniques de tout un chacun, mâtinés de considérations psychologiques. Émissions de radio et polémiques médiatiques, livres à succès, réseaux sociaux, articles des magazines et experts autoproclamés en témoignent, les préoccupations de nos contemporains sont descendues de quelques étages.

En un demi-siècle, nous sommes passés de la quête des fins dernières et des philosophies de l’histoire, religieuses ou politiques, bref, d’une réflexion sur le sens de notre brève existence terrestre, à des préoccupations à court rayon d’action, le corps et ses humeurs. La bagatelle serait devenue l’alpha et l’oméga de la vie en société, et la conscience minoritaire se serait imposée en déterminant essentiel de nos existences. Le vent qui souffle très fort en provenance des universités nord-américaines nous impose, quarante ans après leur formalisation, les préoccupations raciales et sexuelles nées sur les campus de ces sociétés puritaines et postcoloniales.

Dans ce pays qui a inventé la politique culturelle, seul le nombre et le prestige de nos grands établissements culturels et académiques permettent d’esquiver l’état de notre vie intellectuelle.

Sur cette toile de fond, comment analyser l’état de notre vie intellectuelle? Dans notre pays à l’histoire littéraire d’une richesse exceptionnelle, qui fut le paradis des théologiens, et qui abrite depuis leur création 7,2 % des Prix Nobel et le quart des Médailles Fields, on déplore aujourd’hui le déclin de l’instruction publique. Depuis vingt-cinq ans, la chute spectaculaire de nos positions dans le classement Pisa inquiète, tout comme notre fragilité dans le classement de Shanghaï des universités. Faute de transmission, les soubassements de notre vie intellectuelle sont touchés. Dans ce pays qui a inventé la politique culturelle, seul le nombre et le prestige de nos grands établissements culturels et académiques permettent d’esquiver l’état de notre vie intellectuelle. Force est pourtant de reconnaître, pour qui a connu le XXe siècle, qu’elle est des plus affaiblies.

Tentons de nous en tenir à quelques faits.

En trente ans, le budget logement d’un normalien logé à l’ENS à Paris est passé de 7 % à 25 % de son traitement, mais celui-ci a été divisé par deux

Il fut un temps pas si lointain où, à Paris, la place de la Sorbonne abritait la grande librairie des PUF, véritable ruche sur quatre niveaux peuplée d’étudiants. Ces derniers disposaient alors d’un budget livres conséquent. Cette librairie, peut-être mal gérée, a fermé, remplacée par diverses boutiques, la plus récente étant une consensuelle sandwicherie. Les PUF ont déménagé à quelques pas dans un magasin plus modeste entouré de restaurants à sushis. D’autres librairies du Quartier latin ont pris le relais - même si beaucoup ont fermé -, mais le public de ces établissements raréfiés a changé: il a beaucoup vieilli et s’est clairsemé. Le si précieux prix unique du livre n’a pu empêcher l’effet ciseau des prix: la montée des coûts de production du livre, versus l’appauvrissement économique de ses principaux acheteurs, étudiants et professeurs.

En trente ans, le budget logement d’un normalien logé à l’ENS à Paris est passé de 7 % à 25 % de son traitement, mais celui-ci a été divisé par deux (un smic au lieu de deux voilà trente ans). Si l’on ajoute les dépenses contraintes inconnues voilà trente ans (ordinateur, téléphone portable), son budget disponible pour les livres s’est effondré. Les élèves instituteurs n’ont plus de traitement que durant la dernière année de leurs études et ne disposent plus de logement de fonction pendant leur carrière. La plupart des professeurs, surtout les jeunes affectés dans les grandes villes, ont un budget livre et presse en peau de chagrin. Il en va de même des étudiants, dont plus de la moitié travaillent pour payer leurs études ou se loger.

Au pays des Goncourt, le livre irrigue de moins en moins la vie intellectuelle

De tout cela résulte que les livres d’histoire et les livres religieux (soit 1 % seulement du marché du livre chacun) - ne parlons pas de philosophie - sont principalement achetés par des officiers, des professions libérales et des cadres à la retraite! La Fnac, conçue à l’origine comme une coopérative du livre et du disque, a dû se mettre à vendre, outre tout un appareillage électronique, des presse-purée et des Tupperware, effet de substitution oblige. Gageons que, dans les années 1970, Sartre en personne les aurait jetés hors du temple! La fermeture des librairies sur les campus, comme ce fut le cas à Bordeaux il y a quinze ans, est à l’avenant, car tout converge: au pays des Goncourt, le livre irrigue de moins en moins la vie intellectuelle.

Les grosses parts de ce marché sont devenues le livre pour enfant (jeunesse), la bande dessinée, les manuels scolaires (qui sont des achats contraints), la psychologie, les guides et autres manuels pratiques (jardinage, santé, cuisine, voyage) ; seule résiste la littérature avec un quart des ventes. Mais, si l’on excepte les millions de livres de poches des grands auteurs pour étudiants, et les best-sellers des littératures populaires, la part des œuvres originales, exigeantes et littéraires, est modeste. Heureusement qu’il y a Houellebecq!

Rappelons qu’il n’y a en France que cinquante écrivains qui vivent de leur plume, soit 0,1 % des écrivains actifs.

Tout ce qui constituait l’ordinaire de la vie intellectuelle et de la vie de l’esprit est devenu quantité négligeable. En atteste la fragilité des revues intellectuelles qui, en dépit de leur nombre et de leur qualité, ont un lectorat âgé et de ce fait non pérenne. Pauvreté économique d’un côté, et dispersion de tout un chacun dans le monde de l’internet de l’autre, ont atteint le cœur nucléaire de la vie intellectuelle: les livres et les lectures, les commentaires et la critique, littéraire ou scientifique, tout est touché. Même dans la grande presse, qui a considérablement réduit la voilure, l’heure est rarement aux controverses intellectuelles, tandis que les émissions et les journaux chroniquant des livres se sont effondrés. Rappelons qu’il n’y a en France que cinquante écrivains qui vivent de leur plume, soit 0,1 % des écrivains actifs.

L’hyper-individualisme a par ailleurs changé le monde académique. À parcourir les revues littéraires ou de sciences humaines des années 1970 et 1980, on est frappé par l’ampleur des débats et des controverses, des critiques vigoureuses, laudatives ou assassines, qui reliaient les acteurs-auteurs de ce petit monde. Un débat permanent et vigoureux opposait et rassemblait le monde intellectuel, qui agrégeait écrivains, artistes, universitaires et journalistes en vue, voire certains hommes politiques. De tout cela, il reste peu de choses. Pour le cinéma comme pour les autres arts, la critique est devenue rare, convenue et généralement laudative. Tout désaccord ou toute discordance se paye aujourd’hui en silence, le moyen le plus efficace de tuer la vie de l’esprit et les œuvres originales. Éditeurs et producteurs doivent recourir aux mannes de la communication publicitaire pour promouvoir leurs créateurs. L’écheveau est difficile à démêler des causes d’une telle évolution, mais elle est accomplie. Chacun est dans son couloir, comme des coureurs de fond dont les lignes contiguës seraient étanches les unes aux autres. Le philosophe ne parle plus à l’historien, et chacun s’en tient à sa spécialité.

Face à ces évolutions, il est de bon ton d’incriminer chercheurs et universitaires, qui seraient responsables de cet affaissement collectif, du fait qu’ils sont par leur nombre le principal vivier intellectuel rémunéré. Une des causes de leur désengagement est la bureaucratisation de la vie académique et la pression qui s’exerce sur les jeunes intellectuels en particulier. Ces derniers sont soumis à une productivité quantitative qu’ils sont tenus de sérier par des articles et des mentions de publication, quand bien même elles ne seraient d’aucune valeur intellectuelle ajoutée. Tous sont tenus de publier, d’éditer et d’afficher les activités auxquelles ils doivent s’astreindre, quand bien même les publications académiques qu’ils animent ont perdu leurs ressources et leurs lecteurs.

Bienheureux penseurs des années 1960 qui jouissaient de la liberté de penser et d’écrire, de lire et de méditer.

Loin d’avoir allégé la vie de l’esprit, l’invasion de l’électronique et de l’internet dans les relations entre l’intellectuel salarié - par l’État ou tout autre organisme - et son environnement tend à paralyser sa liberté d’action. Cela m’évoque ces plantes invasives qui colonisent des lacs jusqu’à les asphyxier. Plusieurs jours par semaine sont nécessaires pour traiter la charge et les tâches charriées par l’internet jusqu’à son bureau. La bureaucratie académique n’a de cesse d’inventer des procédures, contraintes, charges ou évaluations, de multiplier dossiers, classements et tâches imposés à tous. Toute demande de financement de programme ou de «missions» est un parcours du combattant aléatoire qui se paye en journées ou parfois en semaines de travail, avant que ne s’enclenchent de complexes procédures de contrôle, en cas d’obtention dudit financement.

Toute administration dispensatrice empile les règles, les affectations préalables, les «fléchages» en direction des thématiques à «sa» mode, qui anéantissent les libertés individuelles et l’originalité des travaux. L’empilement devient kafkaïen quand l’Europe entre en jeu et qu’il faut multiplier les partenariats avec l’ensemble euro-africain - fussent-ils inopérants -, souvent dans un sabir international standard qui anéantit la créativité de notre pensée ou de notre langue.

Bienheureux penseurs des années 1960 qui jouissaient de la liberté de penser et d’écrire, de lire et de méditer. Des non-conformistes d’avant-guerre à la French Theory, des Annales à la critique littéraire géniale d’un Starobinsky, on se prend à rêver à un monde évanoui. À se demander si certains grands médias, qui ont pris l’habitude d’attribuer la fonction intellectuelle à des presque centenaires, ne restent pas polarisés par cet âge d’or. Rappelons-nous du petit traité Indignez-vous! Et l’on voit avec quelle dévotion sont recueillies les confidences, parfois douloureuses à force d’âge, de certains intellectuels nonagénaires.

Les intellectuels s’étant beaucoup trompé au XXe siècle, beaucoup voulaient qu’ils se taisent : c’est à peu près fait.

Tout cela ne serait pas grave si ce n’était sans conséquences. Les intellectuels s’étant beaucoup trompé au XXe siècle, beaucoup voulaient qu’ils se taisent: c’est à peu près fait. Et si la société préfère le sport et le corps à la vie de l’esprit, et les séries américaines aux œuvres originales élaborées dans sa langue, elle en a le droit. L’ennui, c’est que la réflexion et la création intellectuelle s’élaborent dans l’intimité de la lecture et de l’écriture, que la pensée de nos sociétés est le fruit d’une arborescence collective et vivante.

Si le minuscule «peuple» juif a obtenu près du quart des Prix Nobel au XXe siècle, il le doit à ce qui a constitué durant des siècles sa seule sève et patrie de référence identitaire, le Livre des livres, la Bible (byblos a donné «bibliothèque»). L’étude de cette bibliothèque prédisposait à penser le monde. Notre bibliothèque contemporaine est bien plus immense encore, et c’est sur ce socle que nous avons bâti nos sociétés démocratiques modernes.

Il n’y a pas de démocratie sans réflexion libre, ni de société en paix sans liberté de conscience. À ceux qui voient monter les périls de la guerre civile (à droite) ou de l’autocratie (à gauche), on objectera que le seul antidote connu est la libre conversation et la vive controverse de ceux qui font l’effort de penser.

 

 

 

CORRELATs

 

 

 

Alors ...

 

 

... merci de me laisser un message au ...

07 60 11 32 53

ou un courriel à :

 Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 ... et nous conviendrons d'un moment de rencontre ...