>>>>>>>>> article Figaro Vox <<<<<<<<<<<<<<<

 

La foule n’en croit pas ses yeux et ses oreilles. Les autorités et l’Armée rouge elle-même restent médusées. Nous sommes à Budapest, place des Héros, le 16 juin 1989. Pour la première fois, une cérémonie officielle, retransmise en direct à la télévision d’État, rend hommage aux victimes du soulèvement de 1956 écrasé par les chars russes. À la tribune, un inconnu de 26 ans, aux cheveux long et à la barbe naissante, vient de lire les noms des personnes exécutés par le régime. La tête haute et la voix assurée, il réclame des élections libres et le retrait immédiat des troupes soviétiques.

Ce jeune homme, insolent et charismatique, qui défend la démocratie au péril de sa vie, n’est autre que Viktor Orban. À l’issue de ce discours, il va immédiatement incarner une figure de dissidence et de liberté. De celles qui ont contribué à briser le rideau de fer. En 1998, à 35 ans, il deviendra le plus jeune premier ministre européen.

Comment imaginer alors que le «bon élève» de Bruxelles, ancien étudiant à Oxford et vice-président de l’Internationale libérale, se transformera, dix ans plus tard, après une défaite électorale en 2002 et huit ans d’opposition, en partisan assumé de la «démocratie illibérale» et en chef de file de la révolution conservatrice en Europe centrale?

L’utopie de la mondialisation heureuse

La trajectoire paradoxale de Viktor Orban illustre le retournement idéologique et politique à l’œuvre trois décennies tout juste après la chute du mur de Berlin. À l’utopie de la mondialisation heureuse succède le retour des peuples et des nations. Cette recomposition ne touche pas seulement les pays de l’ancien bloc soviétique, mais bien la plupart des démocraties libérales.

L’élection de Donald Trump a sans doute été un point de bascule. «Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige», tweete Gérard Araud, ambassadeur français à Washington, la nuit de la victoire du milliardaire, le 9 novembre 2016, date anniversaire de l’effondrement du mur de Berlin. S’il reconnaît son ahurissement, sans doute proche de celui des élites socialistes lors de la chute du mur, le diplomate comprend alors que ce n’est pas un accident, mais «une vague, une crise profonde de la société occidentale».

 

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