Affiche du festival litteraire Nancy-Le Point.

 

Films, expositions, séries, livres, musique... Chaque semaine, chez vous ou n'importe où ailleurs, à voir, à lire ou à entendre : on aime, on vous le dit.

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Klapisch radioscopie nos solitudes

 

Comme il est attendu et comme il est réussi ce Klapisch nouveau ! Sur le papier, une histoire d'amour comme il en existe tant. Rémy et Mélanie sont deux trentenaires qui traînent leur solitude dans un Paris grisâtre où chacun se cache, derrière un écran, des écouteurs, un pseudo, un avatar. Deux trentenaires qui vivent côte à côte, sans le savoir, dans des immeubles mitoyens. Mélanie (Ana Girardot, toute en délicatesse), plutôt réservée, est chercheuse sur le cancer. Rémy (formidable François Civil), tout juste débarqué de province avec ses fêlures familiales qu'il traîne comme un fardeau, gagne sa vie en enchaînant les coups de fil sur une plateforme téléphonique. Ces deux-là vont-ils finir par se rencontrer ? Klapisch est bien trop malin pour se contenter de ce faux suspense. Ce qui intéresse le réalisateur, comme au temps du Péril jeune et de L'Auberge espagnole, c'est plutôt de radioscoper une génération et les maux d'une époque. Et comme il excelle en la matière, c'est bon, très bon. Heureusement, il y a des antidotes au désenchantement et à l'ultraconnexion. Papoter avec l'épicier (génial Simon Abkarian) du coin de la rue, s'offrir une bonne séance chez son psy, ou pourquoi pas, danser le kompa haïtien  ?

 

« Deux moi », en salle.  >>>>>>>>

La rentrée littéraire se fête à Nancy

Le livre sur la place, à Nancy marque, pour tous les amoureux du livre, le vrai coup d'envoi de la rentrée littéraire. Certaines listes des grands prix d'automne sont tombées, et plus de 600 auteurs – qu'ils y figurent ou non – sont attendus sur la place Stanislas du 13 au 15. Fanny Ardant disant Marguerite Duras en avant-première de son spectacle, des rencontres inattendues entre Delphine de Vigan et la dessinatrice américaine Emil Ferris, Sylviane Agacinski et Yvan Jablonka sur le genre... Associé à ce festival depuis 16 ans, Le Point y remettra son traditionnel prix des Libraires de Nancy-Le Point à Santiago H. Amigorena, (P.O.L) et proposera de nombreuses conférences : Christophe Ono-dit-Biot animera un face-à-face entre Enki Bilal et le physicien Étienne Klein de 11 heures à 12 heures à l'hôtel de ville le samedi 14 septembre, puis, de 15 h 30 à 16 h 30 toujours à l'hôtel de ville, une grande rencontre avec William Boyd. Le dimanche, notre éditorialiste Franz-Olivier Giesbert conversera avec Michel Onfray de 11 heures à 12 heures à l'Opéra, puis parlera de son nouveau roman, Le Schmock (Gallimard).

À Nancy, les 13, 14 et 15 septembre


Argent, censure, sexe et yakuza


 

Délirante et dépaysante, The Naked Directorla nouvelle série Netflix, s'inspire de la trajectoire de Toru Muranishi, surnommé « L'Empereur du porno », qui a révolutionné le cinéma pour adultes dans les années 1980 au Japon avec son actrice fétiche Kaoru Kuroki (la Brigitte Lahaie nippone de l'époque). Aussi inventif qu'excentrique, Muranishi ébranla le public avec des concepts atypiques comme son programme culinaire et coquin « Fuck Lunch ». Argent, censure, sexe, et yakuza sont aux rendez-vous dans ce biopic à l'esthétique pop, particulièrement léché, qui ressemble, par moments, à un Loup de Wall Street à la sauce X.

« The Naked Director », sur Netflix.

 

Ahmet Altan, lettres d'un prisonnier d'Erdogan

Turkish novelist Ahmet Altan. Istanbul, TURKEY -04/01/2005. © H.H.A./SIPA / H.H.A/ Sipa

L'écrivain et journaliste turc Ahmet Altan ne sera pas présent sur la scène de la Maison de la poésie ce 11 septembre parce qu'il est en prison depuis trois ans quasiment jour pour jour. Depuis cet été, il est dans l'attente d'un nouveau jugement qui réviserait sa condamnation à perpétuité. Mais chaque page de son livre, Je ne reverrai plus le monde, tout juste paru chez Actes Sud, un texte des plus bouleversants de la littérature carcérale, dit à quel point l'écriture abat les murs. Nicolas Bouchaud en lira des extraits, et en compagnie de son éditeur chez Actes Sud, Timour Muhidine, on évoquera le parcours de ce journaliste écrivain figure du paysage médiatique turc, mais aussi la condition des intellectuels sous le régime d'Erdogan (voir notre dossier) ; en effet, tandis qu'Asli Erdogan doit demeurer en exil, tout comme Pinar Seleck et d'autres, ils sont nombreux à attendre sans savoir, croupir dans les geôles n'est pas un vain mot pour Senahattin Demirtas notamment, un homme politique qui est devenu écrivain en prison et dont sort le nouveau recueil de nouvelles Et tournera la roue (Emmanuelle Collas).

 

Maison de la Poésie, 19 heures, passage Moliėre 157, rue Saint-Martin - 75 003 Paris. 01 44 54 53 00

L'Épée : le groupe qui a révélé Emmanuelle Seigner en rockstar

© Richard DUMAS

À 53 ans, l'affolante bombe de la Vénus à la fourrure et de Lune de fiel (qui a inspiré Zahia à faire du cinéma) a monté le groupe L'Épée avec The Limiñanas (couple de perpignanais qui règne sur le rock psychédélique français), Anton Newcombe (chanteur de The Brian Johnson Massacre), et même Bertrand Belin qui partage son micro le temps d'un morceau. Héritiers du Velvet Undergroud et des yéyés, baignant dans une esthétique des années 1960 (le titre de leur premier album est un hommage à Danger : Diabolik, film d'action culte sorti en 1968 et leurs chansons ont été inspirées par les films de Dino Risi, maître des comédies à l'italienne), cette joyeuse bande de quinquagénaires ressuscite le rock qui sent le cuir, le sang sur les cordes métalliques, la sueur sécrétée par l'adrénaline et le danger. Un rock psychédélique sombre et envoûtant qui gratte comme des poils mal rasés.


L'Épée « Diabolique » (Because Music). En concert le 14 décembre 2019 à La Cigale (Paris).