Il assure que cette mesure va donner «une nouvelle jeunesse» à l’instruction des tout-petits.

Depuis la rentrée 2019, conformément à la loi Blanquer, l’instruction est obligatoire à partir de 3 ans. «Un message juridique et psychologique», estime le ministre de l’Éducation, alors que l’école maternelle est déjà fréquentée par 97,6 % des enfants. L’obligation concerne 25.000 enfants, essentiellement en outre-mer et dans les territoires les plus pauvres. «Inventée en 1848, sous la IIe République, la maternelle est profondément liée à la construction de l’égalité, rappelle Jean-Michel Blanquer. En 1882, quand la loi Ferry a rendu l’instruction obligatoire à 6  ans, 93 % des enfants allaient déjà à l’école primaire. L’idée était de consolider la République par l’école.» Et d’effacer les différences familiales. Une conception très française de l’instruction.

«Aujourd’hui, les professeurs des écoles ne sont pas formés à la petite enfance, à la bienveillance et à la spécificité des apprentissages avant 5ans.»

Une directrice d’école à Marseille

C’est à cette explication de texte que le ministre s’est prêté, début septembre, face à des journalistes étrangers à qui il souhaitait exposer son projet pour la maternelle et sa volonté de lui donner «une nouvelle jeunesse». Dans sa circulaire de rentrée, entièrement dédiée cette année à l’école primaire, il indique qu’il faut «développer la sécurité affective» à la maternelle. «En France, tout est très réglementé, jusqu’à la sieste! En Allemagne, c’est inconcevable», résume une journaliste allemande.

» LIRE AUSSI - La popularité de Jean-Michel Blanquer s’effrite, ses réformes restent globalement soutenues

«Aujourd’hui, les professeurs des écoles ne sont pas formés à la petite enfance, à la bienveillance et à la spécificité des apprentissages avant 5 ans», rapporte une directrice d’école à Marseille. «Dans “école maternelle”, il y a “materner”. Et materner, ce n’est pas seulement chouchouter, c’est aussi faire grandir», ajoute-t-elle. Outre la formation des enseignants se pose la question de locaux pas toujours adaptés aux tout-petits, de leur exiguïté et des effectifs par classe. «En maternelle, 51 % des classes comptent plus de 25 élèves et 5 % plus de 30», rappelle-t-on au Snuipp. Le premier syndicat d’enseignant du primaire, très anti-Blanquer, conclut à «un rendez-vous raté».

Formation des enseignants

De son côté, la Rue de Grenelle a commencé, timidement, à dédoubler les classes en grande section de maternelle - dans le Val-de-Marne et à La Réunion -, conformément aux annonces présidentielles d’avril. Elle explique travailler aussi à la formation des enseignants, sur la base d’une réflexion menée avec Boris Cyrulnik, organisateur, en 2018, des Assises de la maternelle. Le neuropsychiatre rappelle souvent qu’un tiers des enfants arrivent à l’école «insécurisés», en proie à des situations de précarité affective ou sociale, qui nuisent à leurs apprentissages. «Mais ce déterminisme n’est pas inexorable. On sait comment réparer cette altération familiale», précise-t-il, évoquant les neurosciences et l’importante «plasticité» du cerveau à 3 ans.

» LIRE AUSSI - «Projet de loi Blanquer sur l’école: anatomie d’une déception»

En attendant cette révolution pédagogique, les écoles maternelles constatent peu de changement dans leurs effectifs. Les directeurs d’école comptent autant de tout-petits qui, l’après-midi, restent faire la sieste chez eux. La loi prévoit en effet un aménagement. Quant aux cas de scolarisation à domicile, pour lesquels les familles doivent se faire connaître auprès des services de l’État, le ministère sera en mesure de donner des chiffres d’ici à deux mois. Et d’ordonner, alors, des contrôles.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 01/10/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici