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DISPARITION - L’ancien président de la République, au parcours politique hors norme, s’est éteint ce jeudi matin à l’âge de 86 ans.

C’est un géant de la vie politique qui vient de mourir à l’âge de 86 ans. Depuis de nombreuses années, l’état de santé de Jacques Chirac s’était fortement dégradé, notamment à l’été 2011. Et, depuis 2016, tous ceux qui l’avaient approché avaient été frappés par sa mobilité réduite, par ses troubles de la mémoire. Par cette tristesse qui émanait de lui. Ce boulimique d’action qu’on s’était habitué à voir marcher à grandes enjambées, à dévorer la vie, à être un meneur d’hommes, était retranché dans sa solitude et dans la maladie, comme un vieux lion blessé.

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Depuis son départ de l’Élysée, le 16 mai 2007, le retraité le plus célèbre de France avait renoué avec des pics de popularité. L’ancien président de la République s’était fixé pour règle de ne plus intervenir sur la scène politique, de ne pas critiquer son successeur, Nicolas Sarkozy, et de «ne jamais gêner son action par quelque commentaire que ce soit». Publiquement, il s’y est toujours tenu, même si, en privé ou à la faveur de phrases enregistrées à la volée, il n’avait pas caché son soutien à François Hollande, élu de Corrèze comme lui, pour la présidentielle de 2012.

 

 
Jacques Chirac a tout connu de l’action publique et accumulé les records, au cours d’un parcours hors norme. Pendant quarante ans, ce lutteur au cuir tanné par les épreuves a dominé la droite française, bataillé inlassablement contre la gauche et souvent contre son propre camp. Il a conquis le pouvoir, l’a perdu, l’a retrouvé. Avec toujours la même énergie, le même appétit, la même aptitude à forcer un destin contraire.

Plus d’un millier de Conseils des ministres

Ministre sans interruption de 1967 à 1974, deux fois premier ministre, de 1974 à 1976, puis de 1986 à 1988, président de la République pendant 12 ans, un septennat et un quinquennat, il a participé à plus d’un millier de Conseils des ministres. Il a été maire de Paris pendant dix-huit ans. Il a expérimenté la cohabitation à deux reprises, vue de Matignon avec François Mitterrand, puis vue de l’Élysée avec Lionel Jospin. Et en 2002, il a été réélu président avec un score historique de 82,21 % face à Jean-Marie Le Pen avec lequel il avait refusé de débattre entre les deux tours. Plus que quiconque, Jacques Chirac fait partie du patrimoine politique français. Pourtant, cet homme qui a vécu en permanence sous les projecteurs reste un inconnu célèbre, L’Inconnu de l’Élysée, comme l’a écrit le journaliste Pierre Péan, dans un livre où il prenait le contre-pied des nombreux ouvrages à charge.

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Effectivement, Chirac ne ressemble en rien à sa caricature, qu’il n’a jamais essayé de démentir. Longtemps, il a même accrédité l’idée qu’il n’aimait que les westerns, les livres policiers et la musique militaire, alors qu’en réalité, c’était un passionné, et même un expert reconnu, des cultures et civilisations asiatiques.

Au bout du compte, les douze années qu’il a passées à l’Élysée n’ont pas permis d’éclaircir le mystère Chirac. On comparait Mitterrand à un Florentin, entretenant autour de lui un halo de secrets. Chirac était sûrement au moins aussi complexe que son prédécesseur. Un homme cadenassé. Verrouillé de l’intérieur. Pudique et secret, il se protégeait, voire se dissimulait, sous le vernis de l’homme public chaleureux et convivial, attentif aux autres et généreux. Il sacrifiait avec gourmandise au rituel des bains de foule, des poignées de mains et des embrassades, mais ne se livrait jamais vraiment et gardait secrètes les blessures de la vie.

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Une redoutable ténacité

Philippe Séguin disait de lui qu’il était «un don Juan de la politique, plus préoccupé par la conquête du pouvoir que par son exercice». Ses adversaires le jugeaient «versatile», «inconstant», le comparaient à «une girouette», à «un caméléon». Ses partisans, à l’inverse, faisaient valoir que «sur l’essentiel, il ne transigeait pas» et pouvait faire preuve d’«une redoutable ténacité». Avec en fil rouge, sa volonté de préserver l’unité des Français. Protéiforme, Chirac l’était incontestablement. Signataire, en 1978, du très antieuropéen «appel de Cochin», il devient un Européen raisonnable et, en 1992, dit oui à Maastricht, alors que l’écrasante majorité du RPR fait campagne pour le non. Chantre du «travaillisme à la française», au moment du discours d’Égletons en 1976, très brièvement libéral avant de dénoncer les dangers de l’ultralibéralisme, il se fait élire en 1995 en promettant de réduire «la fracture sociale». Énarque pourfendant la technostructure, bourgeois cultivant la fibre populaire et fuyant les mondanités, Corrézien de Paris, amoureux de l’Asie attaché à son terroir, bon vivant empreint de gravité, «fana-mili» tenté par le pacifisme, défenseur de l’agriculture intensive devenu militant écolo, il était souvent là où on ne l’attendait pas. Au fond, comme Mitterrand avant lui, Chirac a réussi à incarner toutes les contradictions de la société française. En pragmatique se méfiant de toutes les idéologies.

Ses racines politiques, Jacques Chirac les puise en Corrèze, dans l’héritage de son grand-père instituteur, un «hussard noir de la République», «rad soc» et franc-maçon. Dans sa jeunesse, il signe l’appel de Stockholm lancé par le Parti communiste contre l’arme atomique et vend épisodiquement L’Humanité dimanche. Ce grand gaillard au physique d’acteur américain ne résiste pas à l’appel du large. Il embarque comme «pilotin» sur un cargo à destination de l’Amérique, sillonne les États-Unis, fait la plonge dans les restaurants Howard Johnson, découvre la junk food et s’initie aux charmes de La Nouvelle-Orléans, où il publie un article à la une du Times Picayune. Mais son père, Abel-François Chirac, le fait revenir en France pour y reprendre le cours sérieux de ses études. Jacques Chirac rentre dans le rang.

Fidélité à Pompidou

À Sciences Po, il rencontre celle qui va devenir son épouse, Bernadette Chodron de Courcel, puis intègre l’ENA (promotion Vauban). Après ces années d’apprentissage, c’est dans la fidélité à Georges Pompidou, premier ministre du général de Gaulle, que ce «jeune loup» mène son premier combat législatif, en 1967. Il est élu député de la Corrèze, dans un fief de gauche. Dans la foulée de cette victoire, Chirac devient, à 34 ans, secrétaire d’État à l’Emploi. Pompidou le met en garde contre la vanité: «Ne vous prenez pas pour un ministre.» En mai 1968, le fougueux secrétaire d’État fait partie des négociateurs des accords de Grenelle, au côté du premier ministre et d’Édouard Balladur.

 
Il est confronté à sa première crise sociale et y puise la conviction que le tissu social de la France est fragile et qu’il ne faut pas brusquer ce «cher vieux pays». Sous l’aile protectrice de Pompidou, il enrichit son expérience ministérielle à chaque remaniement: Budget, Relations avec le Parlement, Agriculture, Intérieur. Avec toujours la même fidélité indéfectible envers le premier ministre devenu président. Pompidou disait de lui: «Si je lui demandais de construire dans la nuit un tunnel entre chez moi et l’Élysée, il le ferait.»

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À la mort de son protecteur, en 1974, Jacques Chirac prend une part décisive à la victoire de Valéry Giscard d’Estaing contre le gaulliste Jacques Chaban-Delmas. Ce qui lui vaut d’être, une première fois, accusé de «trahison». Giscard le récompense en le nommant premier ministre, mais bientôt, leurs relations tournent à l’aigre. Boulimique d’action et de pouvoir, Chirac étouffe dans le rôle trop étroit où le cantonne Giscard. Le 25 août 1976, il claque la porte avec éclat.

 
C’est un geste fondateur, suivi, quelques mois plus tard, en décembre 1976, de la création du RPR, redoutable machine de guerre électorale au service de ses ambitions. Première victoire l’année suivante: il conquiert la mairie de Paris, au nez et à la barbe du giscardien Michel d’Ornano. Cette campagne menée tambour battant contribue à imposer son image de marque, celle d’un conquérant toujours en mouvement, osant tout avec un aplomb sans égal. Candidat à la présidentielle en 1981, il obtient 18 % au premier tour et fait savoir, qu’«à titre personnel», il votera pour Giscard. À droite, on y voit sa «deuxième trahison».

La dissolution de l’Assemblée nationale reste le point noir de son septennat

Chirac s’impose toutefois comme le leader de l’opposition et, après les législatives de 1986, il essuie, à son détriment, les plâtres de la cohabitation. Battu par Mitterrand à la présidentielle de 1988, il conduit son parti à la victoire aux législatives de 1993 et fait nommer Balladur à Matignon. Au terme d’une lutte fratricide avec son ancien «ami de trente ans», Chirac est, contre toute attente, élu président de la République en 1995. Là encore, il a prouvé sa supériorité en campagne. Mais l’abandon des promesses suscite très vite la déception. Pour tenter de sauver son premier ministre, Alain Juppé, et redonner «un nouvel élan» à son action, il fait le pari audacieux de dissoudre l’Assemblée nationale en 1997. C’est un cuisant échec personnel qui reste le point noir de son septennat, ouvrant une cohabitation de cinq ans avec la gauche plurielle de Lionel Jospin.

 

Plombé par les affaires liées à son passé de maire de Paris et de président du RPR, affaibli par les divisions de la droite, contesté dans son camp, Chirac parvient pourtant, une fois encore, à reprendre l’avantage. Avec l’appui constant de son épouse, Bernadette, et de sa fille, Claude. En 2002, après le tremblement de terre du 21 avril et l’élimination de Lionel Jospin dès le premier tour, Jacques Chirac est réélu face à Jean-Marie Le Pen. Mais c’est une victoire paradoxale, qui le prive d’une légitimité incontestable qui aurait donné du souffle à son quinquennat, le premier de la Ve République.

Dès sa réélection, Jacques Chirac crée l’UMP, rassemblant les frères ennemis de la droite et du centre. Avec la vocation d’en faire «un grand parti moderne et populaire, capable de débattre et de proposer, capable de soutenir un candidat à la présidentielle et, s’il est élu, de conforter son action».

Il atteint des sommets de popularité quand il s’oppose à la guerre américaine en Irak

Au cours de son second mandat, Jacques Chirac connaît des sommets de popularité lorsqu’il prend la tête des opposants à la guerre américaine en Irak, face à George W. Bush. Mais l’échec du référendum sur le projet de traité constitutionnel européen, le 29 mai 2005, ternit ce second mandat au cours duquel, en cohérence avec lui-même, il met l’accent sur les grands sujets qui lui sont chers: unité du peuple français, tolérance, laïcité, aide à l’Afrique, développement durable, dialogue des cultures. Dans cet esprit, il lance le Musée des arts premiers du quai Branly qui s’est vite imposé parmi les musées les plus visités de Paris.

«Avec un enthousiasme intact et la même passion d’agir pour vous, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres, les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, pour la paix, pour la grandeur de la France.» Le 11 mars 2007, il annonce qu’il ne briguera pas un troisième mandat. Lorsqu’il quitte l’Élysée, Jacques Chirac se retire totalement de la politique active, à l’exception des séances au Conseil constitutionnel, où il siège jusqu’en mars 2011 et où il retrouve son éternel rival Valéry Giscard d’Estaing. Pour occuper sa retraite, et avec la volonté affichée de «servir autrement», il crée en 2008 la Fondation Chirac pour le dialogue des cultures et la paix, qui délivre tous les ans un prix pour la prévention des conflits. Mais la maladie - il a été victime d’un AVC en septembre 2005 - le prive de la possibilité de voyager autant qu’il l’aurait souhaité.

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Ce jour où Chirac a dit « Non » à la guerre en Irak - Regarder sur Figaro Live

On a souvent dit que Jacques Chirac «ne s’aimait pas»

Autre ombre sur sa vie de retraité, la justice qui le poursuit pour des affaires si anciennes. Le 15 décembre 2011, l’ancien président de la République est reconnu coupable de détournement de fonds et d’abus de confiance par le tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, à l’époque où il en était maire. Condamné à deux ans de prison avec sursis, contre l’avis du parquet, qui avait requis la relaxe, Jacques Chirac choisit de ne pas faire appel. Et de s’en remettre au jugement des Français. «Ils savent qui je suis: un homme honnête qui n’a jamais eu d’autres exigences et d’autres combats que la cohésion entre tous les Français, la grandeur de la France et l’action pour la paix.»

On a dit souvent que Jacques Chirac «ne s’aimait pas». En réalité, il avait acquis une formidable capacité d’indifférence qui lui permettait d’accepter, sans ciller, les critiques et le mépris de ses adversaires. Sans doute parce qu’au fond, il avait finalement parfaitement conscience de sa valeur. L’un des paradoxes est que Chirac a régné sur la droite, sans pour autant en épouser toujours les idées. Homme de droite mal à droite, il se revendiquait du gaullisme, revisité par Pompidou. Mais il était avant tout l’héritier des valeurs radicales-socialistes et humanistes de la Corrèze. D’ailleurs, dans son discours d’investiture, le 15 mai 2012, François Hollande a rendu hommage à Jacques Chirac pour avoir «marqué son attachement aux valeurs de la République».

 

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«Jacques Chirac, notre dernier chef d’Étatà avoir connu personnellement la guerre»

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TRIBUNE - Pour le général Henri Bentégeat, ancien chef d’état-major des armées, le président défunt a su mener une réforme de la défense ambitieuse et prendre ses décisions en cas de crise internationale sans céder à l’émotion ou à l’impatience, deux traits funestes de notre époque.

La popularité persistante de Jacques Chirac tient sans doute à sa manière d’être dans l’exercice du pouvoir: chaleureuse et digne, sans prétention ni vulgarité, sympathique pour tout dire. On loue encore son ouverture au monde, ses appels à la concertation internationale ou son attention à l’avenir de la planète, et on rend hommage à son opposition homérique à l’invasion de l’Irak. Ce faisant, on oublie la réforme considérable qu’il imposa à notre appareil de défense, qu’on réduit trop souvent à l’abandon du service militaire, les nombreuses campagnes où il engagea nos armées pour préserver notre sécurité et garantir nos intérêts et son ardente promotion d’une défense européenne autonome.

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«On peut affirmer sans grand risque qu’assurer la défense et le rayonnement de la France a constitué la grande affaire de la vie et de l’œuvre politique et militaire du général de Gaulle», écrivait Frédéric Fogacci en 2017. Pour ceux qui ont vécu et travaillé à ses côtés, Jacques Chirac s’inscrit naturellement dans cette filiation. «La puissance militaire est un atout indispensable pour la France. Elle conditionne son rôle et sa place dans le monde et elle préserve sa liberté d’action», me confiait-il lorsque j’étais le chef de son état-major particulier.

La compréhension intime de Chirac de « la grammaire de la guerre », selon le mot de Clausewitz, le poussait à rationaliser notre participation aux conflits

Dernier président de la République à avoir connu personnellement la guerre, il en savait le prix et il en comprenait les ressorts. Son intérêt pour les questions militaires et son affection pour les armées n’obéraient pas son jugement quand la question se posait de l’engagement éventuel de la force. Son expérience internationale considérable et sa connaissance des hommes le retenaient de tout emballement. Dans la crise, il ne cédait ni à l’émotion, ni à l’impatience qui sont les deux maux de notre époque.

Par contre, sa compréhension intime de «la grammaire de la guerre», selon le mot de Clausewitz, le poussait à rationaliser notre participation aux conflits: «Je suis résolu à mettre un terme à une dérive qui veut que les missions soient définies, non d’après la vocation première des armées et leurs règles de fonctionnement, mais…en se conformant à des objectifs conçus par des diplomates ou inspirés par des intellectuels.»

«Chirac l’Africain»

Prenant acte de l’évolution du contexte international, Jacques Chirac a imposé à des chefs militaires réticents et à un Parlement peu favorable une modernisation radicale de nos moyens de défense. En suspendant le service national, il a mis fin à un système dont il reconnaissait les mérites, mais qui n’était plus adapté aux missions de projection nécessaires à notre sécurité et n’exerçait plus son rôle de cohésion nationale du fait de l’inexorable réduction des effectifs imposée par le coût des armements modernes. Dans le même temps, il remodelait profondément notre dissuasion nucléaire, l’adaptant aux nouvelles menaces nées de la prolifération, tout en s’engageant dans le mouvement de désarmement.

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«Chirac l’Africain», comme le nommaient ses homologues du continent, n’a jamais renoncé à la solidarité avec nos partenaires historiques, mais a inscrit résolument son action dans un cadre multilatéral, rompant avec l’opacité qui avait longtemps prévalu dans l’enceinte du «pré carré». Son attachement viscéral à l’indépendance nationale ne l’empêchait pas, enfin, de comprendre que la construction européenne était, pour la France, «la condition pour exister demain». C’est lui, avec Tony Blair, qui a posé les bases d’une défense européenne qui, en dépit des divisions et des obstacles, demeure un objectif majeur pour que notre continent prenne en mains les rênes de son destin.

« Nous sommes les héritiers d’une très grande nation, une nation admirée, respectée et qui compte en Europe et dans le monde… »

Jacques Chirac

Le président Chirac a géré avec rigueur et parcimonie l’engagement de nos forces, en s’appliquant à contrôler les objectifs assignés aux interventions multilatérales. Il n’a pas hésité à affronter l’hyperpuissance américaine quand elle s’égarait en Irak. Sa main n’a pas tremblé quand il a fallu croiser le fer dans les Balkans ou en Afrique.

L’homme qui a dit «non» à George Bush n’a pas eu à affronter les épreuves dramatiques qui ont fondé la gloire et la légende du Général, mais il a montré, en toute occasion, qu’il avait l’étoffe d’un grand chef de guerre. Le cœur serré, j’entends encore ses adieux à la France en 2007: «Nous sommes les héritiers d’une très grande nation, une nation admirée, respectée et qui compte en Europe et dans le monde…»

 

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Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 27/09/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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Jacques Chirac: souvenirs d’Algérie

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L’ancien chef de l’État l’a dit souvent: «Pour moi, l’Algérie a été la période la plus passionnante de mon existence.»

12 mars 1956, Guy Mollet obtient les «pouvoirs spéciaux» pour l’Algérie et toute la gauche - communistes compris, on l’a oublié - vote l’envoi du contingent en Algérie. À Lachen, on fait savoir au sous-lieutenant Chirac qu’il est, lui, affecté comme interprète de russe à l’état-major français de Berlin. Il sursaute, se débat (une fois de plus) et finit par obtenir d’être envoyé avec ses camarades en Algérie, au 6e régiment de chasseurs d’Afrique. Le 17 mars, il se marie (en uniforme) avec Bernadette de Courcel. Le 14 avril, il débarque à Oran du Sidi Bel Abbès à la tête de son peloton de trente-deux hommes.

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Chirac va rester plus d’un an, seul avec son peloton sur un piton, près de Montagnac, à côté de la frontière marocaine. Comme des centaines de milliers d’autres jeunes Français appelés (ou rappelés) sous les drapeaux pendant cette guerre d’Algérie, il y connaîtra la peur, la soif, l’ennui, les «crapahutages» interminables, les opérations de ratissage qui ne servaient à rien «mais aussi des paysages fabuleux, une population attachante et une mission à laquelle on ne pouvait que croire».

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Chirac l’a dit souvent: «Pour moi, l’Algérie a été la période la plus passionnante de mon existence. On nous avait dit que nous étions là pour la bonne cause et nous ne remettions pas cela en question. Je savais qu’il y avait un gouvernement socialiste, mais cela n’était pas, en réalité, mon problème à l’époque. Pour moi, et contrairement à ce que l’on peut penser, ce fut un moment de très grande liberté et probablement un des seuls moments où j’ai eu le sentiment d’avoir une influence réelle et directe sur le cours des choses. Des choses modestes, quotidiennes mais essentielles. Parce qu’il y allait de la vie d’hommes qui étaient sous mes ordres et donc c’est le seul moment où j’ai eu le sentiment de commander.»

«De Gaulle avec enthousiasme»

Démobilisé en juin 1957, devenu très «Algérie française» (mais à l’époque tout le monde l’était, à commencer par le garde des Sceaux, François Mitterrand), Jacques Chirac souhaite souscrire un engagement dans l’armée. Il faudra que le directeur de l’ENA, Henri Bourdeau de Fontenay, lui rappelle, un peu sèchement, qu’il a déjà signé un engagement avec l’État, à la veille du concours de l’ENA.

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Après un stage de six mois à la préfecture de Grenoble où il s’ennuiera «à mourir», Chirac entre à l’école de la rue des Saints-Pères. La promotion prend le nom de «Vauban» et Chirac retrouve, outre Jacques Friedmann, Bernard Stasi, futur député maire d’Épernay, Jacques Boyon, futur ministre RPR, Jean-Yves Haberer, Alain Chevalier, etc.

Chirac a d’abord été «déboussolé» (c’était sa propre expression) par l’attitude du Général, puis que, pendant les premières heures de l’insurrection des barricades, il a hésité

Le 4 mars 1958, c’est la naissance de sa première fille, Laurence. Deux mois et demi plus tard, c’est le «retour aux affaires» du Général. Vingt ans plus tard, Chirac déclarera avec beaucoup d’honnêteté: «En 1958, j’ai vu arriver l’expérience du général de Gaulle avec enthousiasme. Non pas parce que c’était le général de Gaulle, mais parce que, futur fonctionnaire, je ne voulais pas servir un système qui manifestement s’écroulait et qui était le contraire de ce qu’exigeait la dignité de la France. La réflexion m’a porté à penser qu’il fallait changer et que ce changement exigeait l’intervention d’un homme dont l’intelligence, le prestige et l’autorité permettaient de faire des réformes que manifestement personne n’avait été capable de faire.» Un an plus tard, en juin 1959, alors qu’il a observé avec intérêt tout ce que de Gaulle a fait «pour remettre la France sur les rails», Chirac apprend qu’il n’est que 10e au classement de sortie de l’ENA. Il doit donc «se contenter» de la Cour des comptes.

Mais avant de gagner leurs corps respectifs, les élèves de la promotion Vauban sont envoyés en Algérie en «renforts administratifs» pour aider à la mise en place du plan de Constantine. Sauf, bien sûr, ceux qui ont déjà effectué leur service militaire en Algérie. Chirac est donc exclu. Mais, comme d’habitude, il se débat, tempête et obtient d’être… dispensé de la dispense. Il retrouve «avec joie» l’Algérie et cette fois est nommé à Alger même comme directeur de cabinet du directeur général de l’Agriculture, Jacques Pélissier.


Le sous-lieutenant Jacques Chirac, au 6e RCA pendant la guerre d’Algérie, en 1956. - Crédits photo : COLLECTION CLAUDE FRANCOIS/GAMMA-RAPHO

Ce second séjour en Algérie va durer de juillet 1959 à avril 1960. C’est-à-dire que Chirac va assister des premières loges (il a son bureau dans l’immeuble du gouvernement général) au «grand virage» de De Gaulle dans l’affaire algérienne (le 16 septembre 1959, le Général affirme que le recours à l’autodétermination est «nécessaire») puis, à partir du 24 janvier 1960, à la «semaine des barricades».

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Il ne fait aucun doute que Chirac a d’abord été «déboussolé» (c’était sa propre expression) par l’attitude du Général, puis que, pendant les premières heures de l’insurrection des barricades, il a hésité. Mais rapidement, il s’est repris. Son camarade de promotion Bernard Stasi qui l’observait affirme: «Très vite le serviteur de l’État qu’il commençait à être l’a emporté sur le passionné de l’Algérie française qu’il était. C’est, sans doute, pendant la “semaine des barricades” que le lieutenant de cavalerie a cédé la place au haut fonctionnaire.» L’Algérie ne sera plus qu’une «blessure» pour Chirac. Il dira: «Bien sûr, le Général avait raison.»

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Les vérités cachées de la guerre d'Algérie, par Jean Sévillia

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GRAND ENTRETIEN - Dans un ouvrage exemplaire, Les Vérités cachées de la guerre d'Algérie (Fayard), l'historien du Figaro Magazine restitue méticuleusement et dans toute leur complexité les événements qui se sont déroulés entre 1954 et 1962. Réfutant une vision manichéenne et «historiquement correcte» du conflit, il en souligne aussi les enjeux contemporains.

En 2017, durant la campagne présidentielle, Macron avait parlé de «crime contre l'humanité» à propos de la colonisation en Algérie…

Dans l'imaginaire contemporain, le crime contre l'humanité est lié au nazisme. Qualifier sous ce terme cent trente-deux ans de souveraineté française sur l'Algérie est une accusation insignifiante, tant elle est excessive. L'histoire est faite de nuances, de complexité. La formule employée par Emmanuel Macron revenait à porter une condamnation globale, historiquement insoutenable, politiquement scandaleuse et moralement insultante pour les ex-Français d'Algérie et les musulmans qui avaient coopéré avec la France. On ne gagne rien à se haïr soi-même. La présence française en Algérie a été un temps d'histoire partagée. Il faut regarder ce temps avec des yeux adultes, en sachant faire la part des réussites et des échecs de l'Algérie française.

Reconnaissez-vous tout de même que la France était une puissance occupante et le peuple algérien un peuple occupé?

Attention à la chronologie. Lors de la conquête, il n'existe pas de peuple algérien: l'Algérie, création française, rassemble des peuples et des tribus qui n'ont pas d'unité politique. Même l'émir Abdelkader n'est pas suivi par tous les autochtones dans sa résistance aux Français. La conquête, menée par une armée française qui a appliqué en Algérie les méthodes pratiquées par les armées révolutionnaires et napoléoniennes, notamment en Espagne en 1808, a été une guerre dure, qui fera 250.000 à 300 .00 morts chez les indigènes, et autour de 100.000 morts chez les Français. La guerre d'indépendance menée par le FLN, de 1954 à 1962, sera également une guerre terriblement cruelle, avec 250.000 à 300.000 morts toutes catégories et tous camps confondus. Mais entre ces deux périodes, il y a eu le long entre-deux de l'Algérie française. Une société coloniale, marquée par des inégalités de statut qui nous choquent rétrospectivement mais qui choquaient bien peu à l'époque, et marquée moins par le racisme que par le paternalisme. Mais un Français d'Algérie né en 1930, cent ans après la conquête, et dont la famille vit là depuis quatre générations, ne se perçoit pas comme un occupant: il est chez lui en Algérie.

Iriez-vous jusqu'à parler des effets bénéfiques de la colonisation française en Algérie?

L'Algérie sous souveraineté française était évidemment une société imparfaite, une société duale avec une minorité européenne possédant tous les droits de la nationalité et de la citoyenneté, et une immense majorité arabo-musulmane possédant la nationalité française mais longtemps privée des droits complets de la citoyenneté, en partie pour des raisons culturelles et religieuses résultant du statut personnel de droit coranique auqueltenaient les autochtones. Dans cette société, la majorité de la population, moins bien représentée politiquement, avait le sentiment de ne pas accéder aux manettes du pouvoir. Pour autant, ce n'était nullement une société d'apartheid. Dans un cadre indubitablement inégalitaire, hérité de la conquête et de la colonisation, la France a accompli une œuvre immense. Encore aujourd'hui, l'Algérie bénéficie d'infrastructures léguées par la France.

Pourquoi avoir écrit maintenant une histoire de la guerre d'Algérie?

«Les Vérités cachées de la guerre d'Algérie», de Jean Sévillia, Fayard, 416 p., 23 €.
«Les Vérités cachées de la guerre d'Algérie», de Jean Sévillia, Fayard, 416 p., 23 €. - Crédits photo : ,

J'en ai éprouvé le besoin, dans la lignée de mes travaux sur ce que j'ai appelé «l'historiquement correct», parce que nous sommes à un tournant générationnel. Ceux qui ont vécu la guerre d'Algérie disparaissent peu à peu, tandis que les jeunes générations connaissent mal cette période, ou en ont la vision biaisée diffusée par l'historiographie qui domine dans l'enseignement secondaire ou supérieur, comme par le conformisme médiatique. Il existe une énorme production autour de la guerre d'Algérie. De 2010 à 2014, par exemple, on recense plus d'un millier de livres, brochures, numéros spéciaux de revues et magazines en langue française sur le sujet. De quoi s'y perdre. J'ai donc voulu écrire, à l'attention du grand public, un livre de synthèse sur les événements qui se sont déroulés entre 1954 et 1962, mais surtout un livre débarrassé des préjugés idéologiques qui pèsent sur cette phase douloureuse de notre passé récent. Cette histoire entre en résonance avec de nombreux problèmes de la société française de 2018: la question de l'intégration, de l'identité culturelle des musulmans français, du lien social dans une société multiethnique, de l'islamisme, du terrorisme, etc. Il s'agit d'une page d'histoire aux accents profondément actuels.

Votre livre s'intitule Les vérités cachées de la guerre d'Algérie. Quelles sont ces vérités cachées?

En histoire, le péché majeur est l'anachronisme: juger le passé à partir des critères d'aujourd'hui. Or, l'entreprise coloniale occidentale, spécialement la colonisation française, est désormais condamnée par principe: la doxa politique et culturelle regarde l'œuvre coloniale comme une agression à l'égard des peuples colonisés, la reléguant au rang des erreurs de l'histoire. De manière corollaire, l'opinion estime que les peuples colonisés devaient fatalement accéder à l'indépendance. Par parenthèse, je le pense aussi parce que toutes les conditions avaient été réunies pour que les pays colonisés s'emparent à leur tour du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, une invention des Occidentaux.

«Sur le plan strictement militaire, ce conflit était pratiquement gagné vers 1960. Mais il ne l'était pas sur le plan politique.»

Jean Sévillia

Dans le cas de l'Algérie, la question est de savoir si cet accès à l'indépendance n'aurait pas pu s'effectuer à travers un processus pacifique étalé sur dix ou quinze ans, avec le maintien sur place de la communauté française. J'aborde évidemment le sujet dans mon livre. Cependant, la majorité des Français, de nos jours, estiment que la guerre menée en Algérie par la France était illégitime, puisqu'elle ne faisait que retarder le cours de l'histoire et empêcher l'émergence d'un Etat dont la naissance était inéluctable. Or, c'est un anachronisme: on oublie que l'idée de l'indépendance de l'Algérie n'apparaît dans le débat politique français que très tard, en 1959-1960, après l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle. Pendant les années 1955 à 1958, même à gauche, la tendance était de chercher à réformer l'Algérie, à la moderniser, à la rigueur à lui accorder une autonomie accrue, mais pas l'indépendance. Cette perspective violait le dogme de l'unité du territoire national, dès lors que l'Algérie était constituée de départements français. Le général de Gaulle a liquidé ce dossier sans faire de sentiments, et il en porte la responsabilité. Mais, même si de Gaulle n'avait pas été là, même si la Ve République n'avait pas été instituée, je ne vois pas comment la IVe République se serait sortie de l'affaire algérienne. Mais expliquer l'histoire suppose de respecter la chronologie. Les militaires français qui ont fait la guerre en Algérie ont longtemps cru qu'ils allaient la gagner. Et d'ailleurs, sur le plan strictement militaire, ce conflit était pratiquement gagné vers 1960. Mais il ne l'était pas sur le plan politique. Or, la guerre d'Algérie était en réalité une guerre politique.

Certains faits sont-ils occultés?

Ils sont d'abord déformés, et même mythifiés, et c'est pourquoi il convient d'examiner, dans l'ordre chronologique, tous les points chauds de la guerre d'Algérie: l'antécédent de l'émeute déclenchée à Sétif le 8 mai 1945 et de sa répression, l'insurrection du Constantinois en août 1955, la bataille d'Alger en 1957, le putsch des généraux en 1961, l'OAS, la réalité de la manifestation des Algériens à Paris le 17 octobre 1961, les accords d'Evian, l'exode des pieds-noirs, le massacre des harkis, etc. Mais, dans mon livre, j'aborde aussi des pages de la guerre d'Algériequi sont méconnues ou de facto occultées. Par exemple, l'affrontement sanglant, en Algérie comme en métropole, entre le FLN et son concurrent du Mouvement national algérien (MNA). Ou les vagues de purges au sein du FLN. Ou le facteur religieux: à l'extérieur, en effet, le FLN parlait droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, libération de la tutelle coloniale, droits de l'homme. Mais, dans l'Algérie profonde, ses recruteurs n'hésitaient pas à recourir au discours du djihad: un appel à chasser les infidèles, aussi bien les chrétiens que les juifs. Cette dimension a été minimisée, voire totalement ignorée, à l'époque, par la gauche anticolonialiste. Il est de même méconnu que les musulmans engagés aux côtés de l'armée française ont toujours été plus nombreux que les militants indépendantistes.

Vous dénoncez une histoire en noir et blanc…

Nous subissons aujourd'hui une histoire manichéenne. Celle-ci instruit à charge contre les méthodes employées par l'armée française en Algérie - problème que je ne nie pas, puisque je lui consacre un chapitre entier de mon livre - mais en oubliant que les militaires français ont affronté un mouvement terroriste: de

«On dénonce la torture par l'armée française, jamais les attentats commis par le FLN»

1954 à 1962, le FLN a systématiquement pratiqué la terreur contre les musulmans pro-Français et contre les Européens d'Algérie. Or cette réalité est totalement occultée: on dénonce la torture par l'armée française, jamais les attentats commis par le FLN. De même, l'action sociale, scolaire, sanitaire et médicale conduite par les militaires français, notamment au sein des sections administratives spécialisées (SAS), mérite d'être soulignée, même si les regroupements de population sont sujets à débat. Lorsqu'on fait de l'histoire, on doit tout mettre sur la table.

Le chef de l'Etat a reconnu que le militant communiste Maurice Audin avait été tué par l'armée française en 1957…

Sur un plan factuel, il est acquis que Maurice Audin est mort à la suite d'un interrogatoire poussé mené par l'armée française, sans que l'on puisse en déterminer les circonstances exactes. Mais ce drame ne peut être isolé de son contexte, dont Emmanuel Macron n'a dit mot: l'offensive terroriste du FLN qui a fait des centaines de victimes civiles innocentes à Alger, conduisant le gouvernement, alors dirigé par le socialiste Guy Mollet, à confier les pouvoirs de police aux parachutistes. Afin de démanteler les réseaux terroristes, des interrogatoires sous contrainte ont été menés. C'est infiniment regrettable mais ceux qui s'en indignent rétrospectivement seraient plus crédibles s'ils s'indignaient au même degré des crimes commis par les poseurs de bombes. Proclamer, au nom de l'Etat, que Maurice Audin a été torturé et tué par l'armée française aboutit, dans l'esprit du public qui ne connaît rien à cette histoire, à considérer tous les militaires français qui ont servi en Algérie comme des tortionnaires. Comme si toute l'armée française avait torturé, comme si l'armée française n'avait fait que torturer, et comme si l'armée française avait été la seule à torturer. Pendant la guerre d'Algérie, des musulmans fidèles à la France ainsi que des Européens ont été torturés par le FLN, de même que des militants FLN ou du MNA ont été torturés par leurs propres frères parce qu'ils étaient considérés comme des traîtres, ou de même encore que des militants d'Algérie française, en 1962, ont été torturés par les forces de l'ordre. Si l'on étudie les violences illégales commises pendant la guerre d'Algérie, il faut les étudier toutes.

Emmanuel Macron, en même temps, a tenu à embrasser la cause des harkis …

Cette cause a commencé à émerger dans les années 1990, après un silence de trente ans. Il y a eu une vraie prise de conscience dont il faut se féliciter car l'abandon des harkis par la France est une tache affreuse dans notre histoire. Emmanuel Macron a bien fait de prendre des initiatives dans ce sens, mais il est vrai qu'il s'inscrivait là dans la continuité de ses prédécesseurs, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Ce sont malheureusement des gestes qui viennent très tard. Ils devraient par ailleurs sortir du registre purement compassionnel et s'accompagner d'explications historiques. Il faut comprendre et expliquer pourquoi des musulmans se sont engagés au côté de l'armée française durant la guerre d'Algérie. L'histoire des harkis ne se résume pas au drame de leur élimination finale. Si nous allons au fond de ce travail historique, nous remettrons en cause une certaine version lénifiante de ces événements. On oublie aujourd'hui que certains harkis étaient eux-mêmes initialement favorables à une forme d'autonomie ou d'indépendance de l'Algérie. Ce qui les a conduits à s'engager auprès de l'armée française, c'est l'horreur suscitée par les crimes du FLN. Il ne faut rappeler que l'organisation indépendantiste n'a cessé de revendiquer cette arme: «Pour être admis dans les rangs de l'ALN, écrit Krim Belkacem en 1960, il faut abattre un colonialiste ou un traitre notoire ; l'attentat est le stage accompli par tout candidat à l'ALN». Par sa violence, le FLN a retourné des Algériens musulmans contre lui.

Vous êtes particulièrement sévère avec le général de Gaulle...

De Gaulle est arrivé au pouvoir, en 1958, grâce au coup d'Etat mené à Alger le 13 mai et en s'appuyant sur les forces Algérie française. Tout laisse penser, néanmoins, que son intention était dès le départ de donner l'indépendance à l'Algérie. Il y a donc eu, de sa part, une forme de machiavélisme. Or le machiavélisme peut être pardonnable lorsqu'il n'y a pas de sang versé, mais la guerre d'Algérie s'est terminée dans un bain de sang. Il y a le drame des pieds-noirs, celui des harkis. Pour autant, je ne pense pas que de Gaulle voulait d'emblée remettre

«Tout laisse penser que l'intention de De Gaulle était, dès le départ, de donner l'indépendance à l'Algérie. Il y a donc eu, de sa part, une forme de machiavélisme.»

l'Algérie au FLN. Il a cherché - en vain - d'autres interlocuteurs, échafaudant des plans divers et parfois contradictoires. Le problème est que le Général était pressé, et ne voyait pas de solution pour en sortir. À partir du moment où il déclenche le processus conduisant à l'autodétermination de l'Algérie, en 1959, tout va s'accélérer et il va céder peu à peu à toutes les exigences du FLN. Les accords d'Evian offriront quelques garanties théoriques pour les Français d'Algérie, mais elles seront toutes violées dans les mois qui suivront l'indépendance. Quant aux harkis, ils seront sacrifiés sans états d'âme. L'ambition du général de Gaulle pour la France - en faire une puissance moderne capable de tenir tête aux superpuissances - était admirable, et je suis particulièrement sensible, personnellement, à ses discours tenus en Amérique latine en 1964 ou au Canada en 1967 («Vive le Québec libre»). Mais ce n'est pas verser dans l'antigaullisme primaire de constater que la politique algérienne du général de Gaulle n'a pas grandi son personnage, au contraire.

Comment expliquez-vous que le contentieux franco-algérien perdure à propos de cette guerre?

Depuis 1962, le FLN instrumentalise ce passé, d'abord sur le plan des chiffres. La guerre d'Algérie, tous camps confondus, a fait entre 250 000 et 300 000 morts. Cela est considérable, mais ne correspond pas au million et demi de victimes algériennes dont parle la propagande de l'Etat FLN. Les dirigeants algériens invoquent les crimes commis par l'armée française, mais on attend encore, de leur part, une autocritique concernant la violence qu'ils ont employée à l'époque, notamment à l'encontre des harkis que le gouvernement français avait abandonnés. Alors que neuf Algériens sur dix n'ont pas connu la guerre d'indépendance, les plus jeunes restent éduqués dans cette idéologie victimaire.

Les rapatriés ont-ils une vision plus objective de leur histoire?

J'ai beaucoup de sympathie pour les Français d'Algérie, mais il est évident qu'ils ont du mal à avoir un jugement distancié sur leur propre histoire: il y a eu trop de sang, trop de souffrances. On ne peut le leur reprocher: ils ont subi un sort abominable et sont orphelins d'un pays qui n'existe plus. Un regard objectif d'historien amène à constater un phénomène analogue de l'autre côté. Les maquisards du FLN ont employé des moyens que je condamne, mais ils étaient des combattants courageux. Nous ne parviendrons peut-être à écrire une histoire totalement raisonnée de la guerre d'Algérie que le jour où tous ceux qui l'ont vécue auront disparu. Encore faut-il que l'Etat algérien, accédant à la maturité, cesse de brandir une contre-histoire.

En France, cette question pèse-t-elle aussi sur les jeunes Franco-Algériens?

Les jeunes Franco-Algériens, pour la plupart, sont également baignés dans cet univers mental. Ils vivent avec l'idée que la France aurait commis des crimes à l'égard de leurs grands-parents, ce qui est un frein puissant à l'intégration: comment aimer un pays dont on pense qu'il a martyrisé sa famille? Cette question va jusqu'à nourrir le terrorisme, beaucoup d'islamistes étant persuadés de venger leurs aïeux lorsqu'ils mènent le djihad contre la France. C'est pourquoi la transmission de la vérité historique sur la guerre d'Algérie, dans toutes ses nuances et toute sa complexité, est un enjeu civique. La réconciliation avec l'Allemagne était acquise quinze ans après 1945, en dépit de deux guerres mondiales et d'un passif beaucoup plus lourd du fait des crimes nazis. Pourquoi ne parvenons-nous pas à faire la paix avec l'Algérie? Les Algériens ne sont pas des victimes éternelles envers lesquelles nous aurions une dette inextinguible. Le statut de victime, pas plus que celui de bourreau, n'est héréditaire. Faisons la part des responsabilités de chacun à travers un travail historique juste, et passons à autre chose. Nous n'allons quand même pas refaire la guerre d'Algérie pendant cent ans!

 

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Valéry Giscard d’Estaing exprime son «émotion» après le décès de son éternel rival

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Malgré leur longue rivalité, l’ancien chef de l’État a exprimé son «émotion» après le décès de son ancien premier ministre, Jacques Chirac.

La rivalité entre les deux hommes, éprouvée plus de trente ans, aura été parmi les plus tenaces de la Ve République. Valéry Giscard d’Estaing n’a pas moins tenu à réagir par communiqué à la mort de celui qui aura été son éphémère premier ministre entre 1974 et 1976: «J’ai appris avec beaucoup d’émotion la nouvelle de la disparition de l’ancien président de la République Jacques Chirac. J’adresse à son épouse et à ses proches un message de profondes condoléances.» S’ils avaient fait alliance lors de la présidentielle de 1974, les relations se seront rapidement tendues entre les deux fauves politiques une fois Jacques Chirac installé à Matignon. Après sa démission fracassante de son poste de premier ministre, Chirac créera sa propre formation politique, le Rassemblement pour la République (RPR), et s’y appuiera pour se faire élire l’année suivante maire de Paris contre le candidat giscardien, Michel d’Ornano.

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Vérifiée lors de chaque rendez-vous électoral, l’animosité entre les deux hommes ne s’apaisera jamais. Dans son ouvrage, Le Pouvoir et la Vie publié en 1988, le fondateur de l’UDF raconte ne pas avoir pardonné à Jacques Chirac une «honteuse et stupide manœuvre»: l’appel discret de l’état-major du Corrézien à voter pour le candidat socialiste, François Mitterrand, plutôt que pour lui à la présidentielle de 1981. Même si «VGE» finira par soutenir la candidature victorieuse de Jacques Chirac lors de la présidentielle de 1995, il confiera, dix ans plus tard, au journaliste Franz-Olivier Giesberg sur son rival: «C’est quelqu’un qui ne m’intéresse pas. De Gaulle m’a fasciné. Helmut Schmidt, je l’ai aimé. Chirac, il n’a jamais occupé mon esprit. Je n’y pense pas.»

Siégeant entre 2007 et 2011 côte-à-côte au Conseil constitutionnel, les deux hommes et leurs régulières chamailleries feront la joie des autres «sages». Chirac manquant rarement une occasion de rappeler à Giscard qu’il avait pu exercer, lui, deux mandats et non qu’un.