Les discussions sur la bioéthique inquiètent le sociologue Jean-Pierre Le Goff, les conservateurs américains connaissent un nouvel essor, Alain Finkielkraut publie un essai autobiographique... Retrouvez chaque samedi la sélection du FigaroVox: décryptages, points de vue et controverses.

Chers abonnés,

«Nous étions d’accord sur presque tout, ce qui est une position plus dangereuse que les désaccords stricts», écrit Pascal Bruckner à propos de son ami Alain Finkielkraut dans les pages débats/opinion du Figaro. Être en accord sur tout, cela ne risque pas de nous arriver. Dans les pages Débats du Figaro et sur FigaroVox, nous nous faisons même un devoir de cultiver un désaccord fécond. Non pas par esprit de contradiction ou par goût de la polémique, mais parce que nous pensons que le débat, la controverse et la confrontation des idées enrichissent la démocratie et permettent une meilleur compréhension du réel.

Le débat cette semaine s’est concentré sur la filiation, bouleversée par le projet de loi bioéthique, les déclarations d’Emmanuel Macron sur l’immigration, la tension toujours aussi vive entre le monde judiciaire et le monde politique. Chroniqueurs, analystes, experts, intellectuels donnent leurs éclairages sur toutes ces controverses pour vous aider à vous faire une opinion.

Bon week-end!

Alexandre Devecchio, en charge du FigaroVox

 

• Grand format - Le projet de loi de bioéthique suscite de vives inquiétudes

Le projet de loi sur la bioéthique, qui autorise la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires, sera débattu la semaine prochaine dans l’hémicycle du Palais Bourbon. Figure importante de la vie intellectuelle française, Jean-Pierre Le Goff réfute le caractère d’évidence que revêt la réforme aux yeux de ses partisans. Le philosophe et sociologue s’inquiète de voir toutes les objections balayées au nom du principe d’égalité. «Face à toute tentative de banalisation, il faut le rappeler: la loi qui permet la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes n’est pas une réforme adaptative comme les autres, dans la mesure où elle met directement en jeu une conception de la condition humaine, de la procréation et de la filiation. On sort du registre thérapeutique pour satisfaire les exigences d’une minorité et bricoler la filiation ; on flirte avec l’idée que “tout est possible” et que l’individu est roi.»


• Le débat du Figaro Magazine - Joffrin / Zemmour: Comment définir l’identité française?

L’auteur du Roman de la France (Tallandier) et celui du Destin français (Albin Michel) partagent une même passion pour notre récit national et ses grands hommes. Tous deux assument l’existence d’une identité française. Mais leurs visions de celle-ci sont radicalement opposées. Pour Laurent Joffrin, l’ADN de la France, c’est la liberté. Pour Éric Zemmour, c’est une lutte perpétuelle pour maintenir son unité. Tous deux ont accepté de débattre de leur vision de l’histoire de France.


• Les chroniques Débats-opinions / FigaroVox

Laure Mandeville - C’est la nouveauté de la rentrée: chaque jeudi soir, notre grand reporter au service international du Figaro repoussera les frontières du débat en animant une revue d’idées internationale. Cette semaine, Laure Mandeville a analysé le phénomène d’émergence d’un nouveau conservatisme américain. Rendre à la nation ce qui lui revient et réinventer une droite capable de s’opposer aux excès d’un libéralisme «devenu fou», tel est le credo de ces nouveaux conservateurs américains qui ont tenu leur conférence fondatrice en juillet dernier à Washington.

Renaud Girard - La stratégie de l’Iran face à Trump est hybride, juge notre chroniqueur international. Nous ne sommes pas dans la guerre napoléonienne. Pas de déclaration de guerre, pas de batailles frontales, pas de règle du jeu diplomatique. Comme dans la cyberguerre, il s’agit de rendre très difficile l’attribution des actes hostiles. Si elle voulait riposter par des frappes contre l’Iran, la Maison-Blanche aurait besoin de preuves irréfutables, car Téhéran nie toute responsabilité.

Olivier Babeau - «Sus au tourisme de masse, qui pervertit le sens du voyage!», lance notre chroniqueur Olivier Babeau. Autrefois entrepris pour aller à la découverte de l’autre ou de soi-même, le voyage n’est plus qu’un moyen de tromper l’ennui ou de se distinguer, juge-t-il.

• Les tribunes et entretiens du FigaroVox

Laurent Bouvet: «L’aveuglement sur l’immigration est l’une des raisons de l’échec historique de la gauche» - Dans son discours devant la majorité lundi soir, le chef de l’État a emprunté à Laurent Bouvet certaines de ses analyses, pointant notamment le sentiment d’«insécurité culturelle» des Français. Pour le professeur de sciences politiques, c’est un premier pas encore insuffisant: «Il faut une réflexion globale sur ce que j’appelle le “commun français”, c’est-à-dire sur ce qui constitue à la fois historiquement et aujourd’hui notre identité collective», estime-t-il.

Barbara Lefebvre: «Georges Bensoussan relaxé, une victoire pour la liberté d’expression» - La Cour de cassation vient de rejeter les pourvois des parties civiles accusant l’historien Georges Bensoussan d’incitation à la haine, confirmant sa relaxe. L’essayiste Barbara Lefebvre se félicite de cette décision, et pointe du doigt la judiciarisation des débats, obstacle selon elle à la liberté d’expression.

Jean-Éric Schoettl: «Relaxe des décrocheurs: le tribunal de Lyon légitime la désobéissance civile» - Le tribunal correctionnel de Lyon a relaxé deux personnes qui, s’étant emparées de la photo officielle d’Emmanuel Macron dans la mairie du IIe arrondissement de la ville, étaient poursuivies pour vol en réunion. Le juge théorise ce faisant la désobéissance civile, donne sa bénédiction aux prévenus et affiche sa sympathie idéologique envers eux, s’inquiète l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel Jean-Éric Schoettl.

Gilles-William Goldnadel: «Pourquoi Nétanyahou a marqué, pendant une décennie, la politique de son pays» - Dans l’incertitude des conciliabules politiciens en cours, Benyamin Nétanyahou pourrait bien ne plus présider aux destinées de l’État d’Israël. Les adversaires du premier ministre de l’État hébreu eux-mêmes doivent concéder qu’il a obtenu des résultats remarquables dans bien des domaines.

Stéphane Durand-Souffland: «Balkany paye la gravité des faits et son propre comportement» - «Ceux qui le plaignent aujourd’hui et dénoncent le comportement grossier des prévenus lambda ont-ils oublié que lors de son premier interrogatoire, à l’instruction, il s’était levé en clamant: “Je me barre”?», s’étonne notre chroniqueur judiciaire Stéphane Durand-Souffland.

• L’essai de la semaine - Le temps des magiciens, de Wolfram Eilenberger


1919. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un élan de créativité sans précédent se produit dans l’histoire de la philosophie. Les ouvrages majeurs de Ludwig Wittgenstein, Martin Heidegger, Ernst Cassirer et Walter Benjamin marquent un tournant de la pensée occidentale qui va façonner la philosophie moderne. Critique de la technologie, crise de la démocratie, repli identitaire, développement durable: pour comprendre et interpréter les grandes questions contemporaines, il faut revenir sur les traces de ces quatre grands penseurs. De l’Autriche à la Forêt-noire en passant par Paris et Berlin, entre biographie et analyse philosophique, Wolfram Eilenberger, qui a été longtemps rédacteur en chef de Philosophie Magazine en Allemagne, retrace de manière très vivante les chemins de réflexion de ces quatre philosophes essentiels.

En mêlant la vie et l’œuvre de quatre philosophes de langue allemande dans les années 1920, le journaliste et philosophe Wolfram Eilenberger démontre combien notre époque n’est plus à la philosophie, estime Charles Jaigu dans sa recension pour Le Figaro .

Le temps des magiciens, par Wolfram Eilenberger, Albin Michel, 464 p., 22,90 €.

• La citation de la semaine

«Nous étions d’accord sur presque tout, ce qui est une position plus dangereuse que les désaccords stricts»

Pascal Bruckner, à propos de son ami Alain Finkielkraut dont il fait le portrait pour Le Figaro.

• Les rencontres du FigaroVox - Sonia Mabrouk, lundi 14 octobre

À l’occasion de la sortie de son nouvel essai, «Douce France où est passé ton bon sens?» (Plon), la journaliste racontera son parcours et reviendra sur les sujets qui traversent ses essais et son roman: la Tunisie et la France, les revenants du djihad, le courage des femmes face à la menace islamiste, la promotion des héros, de l’Histoire, de la culture et du bon sens élémentaire sans lequel il n’y a plus de société.

Lundi 14 octobre 2019 à 20h, Salle Gaveau. Réservez vos places sur le Figaro Store.

Découvrez les bonnes feuilles du livre de Sonia Mabrouk, sélectionnées par Alexandre Devecchio pour Le Figaro Magazine.