placer image 9.9.19 STRESS fuite ou combat

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Les molécules du stress ont des fonctions très utiles et influencent notre santé, nous protégeant au quotidien. Explications.

Laurent Chatre est chargé de recherche CNRS au laboratoire imagerie et stratégies thérapeutiques des pathologies cérébrales et tumorales (ISTCT), équipe CERVOxy, UMR 6030 CNRS, UNICAEN, CEA, GIP au centre d’imagerie médicale Cycéron, à Caen.


Du plus profond de nos cellules jusqu’aux plus grandes fonctions physiologiques, une puissante force si mal comprise n’a de cesse de nous alerter. C’est le stress!

En 1925, le jeune médecin endocrinologue autrichien Hans Selye créée le mot «stress», qu’il décrit comme une réponse non spécifique du corps à une sollicitation qui lui est faite. C’est un «syndrome général d’adaptation», où l’organisme répond de manière identique quels que soient les stimuli qui l’ont provoqué. Mais à partir de cette description, tout s’est emballé et le stress a été vu (à tort!) comme notre pire ennemi.

Le stress est réversible, et il peut être positif comme négatif. Aigu ou chronique, il peut être physique avec une blessure, neurogène avec un endommagement du système nerveux ou psychogène avec des facteurs psychologiques. En neurobiologie, si le cerveau interprète une information comme un danger, alors l’hypothalamus (au centre du cerveau) active l’hypophyse (à la base du cerveau) pour produire l’hormone adrénocorticotrophine, qui va à son tour activer les glandes surrénales (à côté des reins) pour produire des hormones comme l’adrénaline, la noradrénaline et le cortisol. Le cortisol va alors préparer le cerveau, les muscles, le foie, le pancréas, la pression sanguine, l’activité cardiaque et le système immunitaire à «la fuite» ou «au combat».

La médecine pensait alors avoir trouvé son arme la plus puissante pour contrer ce stress, les antioxydants… jusqu’au terrible malentendu.

Mais bien au-delà, aux confins de nos cellules, le stress se matérialise aussi par des molécules si décriées et pourtant si utiles pour l’oxydation: les radicaux libres, ou oxydants, ou espèces réactives de l’oxygène (ROS pour «reactive oxygen species»). L’oxydation par ces molécules fut montrée du doigt dans à peu près toutes les maladies. Cause ou conséquence? Plus faciles à désigner comme cause, ils ont été des boucs émissaires, des inflammations aux cancers en passant par les infections et les maladies métaboliques. La médecine pensait alors avoir trouvé son arme la plus puissante pour contrer ce stress, les antioxydants… jusqu’au terrible malentendu.

Comme les cellules cancéreuses sont remplies de ROS, l’idée a été d’utiliser les antioxydants comme anticancéreux. Sauf qu’en 2011 l’antioxydant bêtacarotène s’avère être, à fortes doses, un procancer. Et en 2014, le laboratoire du Pr Martin Bergö, en Suède, sonne tout simplement la fin des réjouissances: les antioxydants NAC (N-acetylcysteine), vitamine E et bêtacarotène participent à fortes doses à provoquer des cancers du poumon et des mélanomes (cancers de la peau). Ce n’est alors que le commencement d’une grande réévaluation du stress et des antioxydants.

En 2017, un nouveau concept est mis en avant: les molécules rattachées au stress ne sont plus seulement les ROS, mais un ensemble de quatre familles de molécules en totale interaction. Émerge la notion d’«interactome des espèces réactives», avec les ROS, les RNS (espèces réactives de l’azote ou «reactive nitrogen species»), les RSS (espèces réactives du soufre ou «reactive sulfur species») et les RCS (espèces carbonyls ou «reactive carbonyl species»). Le stress avait bel et bien été sous-estimé, l’erreur est réparée et il est temps de revoir les cibles des antioxydants.

Ces molécules du stress ont des fonctions très utiles et influencent notre santé. Elles nous protègent quotidiennement. Par exemple, les ROS sont impliquées dans la défense antibactérienne avec le système immunitaire et dans le vieillissement, les RNS dans la vasodilatation des vaisseaux sanguins et dans le vieillissement, les RSS dans le maintien d’un métabolisme énergétique sain et contre les cancers, les accidents vasculaires cérébraux et les crises cardiaques, et les RCS dans les fonctions cérébrales et contre les maladies neurodégénératives.

Mais attention: ces «molécules du stress», il n’en faut ni trop peu, ni trop! Malheureusement, nous baignons dedans. L’eau oxygénée, ou oxygène actif (que l’on retrouve dans les piscines, les lessives, etc.), c’est le ROS peroxyde d’hydrogène, les nitrites et nitrates (conservateurs, engrais, dans les eaux) sont des RNS, l’hydrogène sulfuré, les sulfites (dans les vins) et les sulfates sont des RSS, et les cétones et les aldéhydes dans les huiles, dont les huiles essentielles, sont des RCS.

Ne maltraitons donc pas le stress. Comment l’aider? En mangeant de façon plus équilibrée, avec des fruits et des légumes riches en bons antioxydants, en s’oxygénant bien dehors, et toujours en écoutant son corps. Ou faudrait-il écrire… en écoutant son stress!

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 09/09/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici