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FORMULES
20 - 2016
Ce que les formes veulent dire
What forms mean
Chris Andrews
Presses Universitaires du
Nouveau Monde
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Formules. Revue des créations formelles est une revue publiée par les Presses Universitaires
du Nouveau Monde avec le soutien de la chaire Melodia E. Jones de la State University of
New York.
Formules est une revue traitant d’un domaine particulier, celui des créations formelles.
Chaque numéro annuel est consacré à un aspect spécifique lié à cet intérêt principal!; on y
trouve également des rubriques régulières concernant des sujets proches ou des créations
plastiques qui correspondent aux préoccupations des rédacteurs et des lecteurs de la revue.
Les envois spontanés sont encouragés, pourvu qu’ils soient en rapport avec ce domaine ;
toutefois Formules ne maintiendra pas de correspondance avec les auteurs des textes refusés,
qui ne seront pas retournés. Les auteurs publiant dans Formules proposent librement une
spéculation critique ou une création qui n’engage pas la revue. Cependant, Formules se donne
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Formules 20 ISBN : 978-1-937030-69-8
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Christopher Rothko. ARS, New York/Licensed by Viscopy, 2016
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Valeria De Luca
Université de Limoges
Antonino Bondì
École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris
Métamorphose des formes, figures de la culture
Résumé
Dans cet article nous visons à cartographier l’état actuel de certaines
propositions en sciences du langage autour de la notion de forme et à
ouvrir des pistes de réflexion sur les articulations entre trois pôles
profondément imbriqués : i) les différents degrés de formalité des objets
langagiers ; ii) la normativité et les ritualisations traversant toute prise de
parole ; iii) les modalités de constitution d’une conscience
sémiogénétique, à savoir les régimes d’appropriation énonciative et
d’inscription figurale/figurative des formes dans certains régimes de
transmission culturelle constituant l’horizon sociosémiotique de la valeur
des formes. En effet, on s’aperçoit d’une tension constitutive entre
l’intentionnalité propre du dire, étroitement liée aux formes de
l’expression ainsi qu’aux degrés de conscience des sujets parlants, et la
nature à la fois intersubjective, sociale, normée et instituée des formes
signifiantes.
En nous situant dans l’enceinte des recherches autour des notions
de formes sémantiques, perception sémiotique et figuralité, nous
aimerions tracer, dans le socle de la phénoménologie merleau-pontienne
et d’une sémiotique dynamiciste, une généalogie des horizons de la
forme, dans les modes de son émergence sémiotique et de ses
métamorphoses, ainsi que des passages/paysages figuratifs qui
s’incarnent, se stabilisent dans la vie culturelle et qui en emblématisent
l’activité.
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Abstract
In this paper we aim to discuss some proposals in language sciences
about the concept of form. Furthermore, we intend to introduce some new
ways of thinking about the interweaving between the following related
issues : i) the different degrees of formality of linguistic objects ; ii) the
normativity and the ritualisations running through all acts of speaking ;
iii) the ways in which a semio-genetic awareness is constituted – that is,
the systems of enunciative appropriation and the related figurative/figural
involvement of forms in dynamics of cultural transmission, which
constitute the socio-semiotic horizon of form’s value. Indeed, it is
possible to point out a fundamental tension between the very
intentionality of the act of speaking – which is bound to expression and to
different degrees of the awareness of speaking subjects – and the
intersubjective, social and normative nature of the semiotic forms.
Starting from the concepts of semantic forms, semiotic perception
and figural dimension, and following Merleau-Ponty’s phenomenology,
we would like to outline some aspects of form’s development, observing
this movement in its dynamics of semiotic emergence and
transformations, as well recognizing it in figurative landscapes and
patterns which exemplify the activity of forms in cultural practices.
Mots-clés : formes, figuralité, perception sémiotique, théorie des formes
sémantiques, sémiogenèse, Antonino Bondì, Valeria de Luca.
1. Préambule
Dans cet article nous visons à cartographier l’état actuel de
certaines propositions en sciences du langage autour de la notion de
forme et à ouvrir des pistes de réflexion sur les articulations entre trois
pôles profondément imbriqués : i) les différents degrés de formalité des
objets langagiers ; ii) la normativité et les ritualisations traversant toute
prise de parole ; iii) les modalités de constitution d’une conscience
sémiogénétique, à savoir les régimes d’appropriation énonciative et
d’inscription figurale/figurative des formes dans les paysages culturels,
ainsi que certains régimes de transmission culturelle constituant l’horizon
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sociosémiotique de la valeur des formes. En effet, dès lors que l’on
s’interroge sur ce que les formes veulent dire, on s’aperçoit d’une tension
constitutive entre l’intentionnalité propre du dire, étroitement liée aux
formes de l’expression ainsi qu’aux degrés de conscience des sujets
parlants, et la nature à la fois intersubjective, sociale, normée et instituée
des formes signifiantes. Dans les dernières années, maints travaux issus
des disciplines sémiolinguistiques et esthétiques, ont dégagé un champ
conceptuel fort chargé historiquement, comprenant d’autres notions
apparentées à celle de forme, telles la figure, le diagramme, le
schème/schéma, le motif, etc., qui promeuvent et soutiennent – quoique
selon des déclinaisons différentes – une activité sémiotique, un faire
sens, au coeur même de leur constitution théorique.1 En nous situant dans
l’enceinte des recherches autour des notions de formes sémantiques,2
perception sémiotique,3 et figuralité à l’oeuvre dans les cultures,4 et en
nous inscrivant dans le socle de la phénoménologie merleau-pontienne et
d’une sémiotique dynamiciste, nous aimerions d’abord tracer une
généalogie des horizons de la forme, dans les modes de son émergence
sémiotique et de ses métamorphoses, ainsi que des passages/paysages
figuratifs qui s’incarnent, se stabilisent dans la vie culturelle et qui en
emblématisent l’activité.
2. Un imaginaire dynamique du concept de forme en sémiolinguistique
: la théorie des formes sémantiques
La notion de forme, son statut et sa définition ont constitué pour les
disciplines sémiolinguistiques un domaine d’étude et un champ
problématique privilégié et toujours ouvert. Pour n’en mentionner qu’un
exemple, la linguistique au XXe siècle s’est inlassablement interrogée sur
les processus de formation des unités sémiotiques et/ou linguistiques, en
construisant des méthodologies d’identification des formes, conçues
comme des unités segmentées (et fragmentables) essentiellement
compactes et, en dernière analyse, homogènes. Ainsi, dans l’histoire de
l’épistémologie structuraliste cette conception a conduit à l’élaboration de
représentations du sens comme discontinu, détaché de toute praxis
langagière expressive et sémiotiquement située. En fait, ce qui fait signe
et constitue le point de départ de toute sémiose, est une forme, à savoir
l’union de composantes sensibles et intelligibles dont l’empan et
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l’épaisseur sémiotique et normatif restent non captés par l’objectivation
de la théorie linguistique. Par conséquent, cette interprétation du concept
de signe linguistique en tant que forme, liée à un imaginaire
épistémologique algébriste, a pour ainsi dire écarté de sa propre réflexion
et de son horizon épistémologique et d’explication non seulement
l’univers référentiel face auquel le langage travaille et d’où il émerge,
mais aussi – et surtout – tous les opérateurs de l’intentionnalité langagière
(le corps, la gestualité, l’expressivité des formes)5 et même le principe
d’une dynamique de constitution qui s’internalise au signe, et partie
prenante de son individuation et de son identité. Toutefois, un premier
tournant décisif a été pris avec le développement d’une reconstruction
continuiste et dynamiciste des concepts fondamentaux de l’analyse
structurale. Dès lors, la question de la forme a été à nouveau
problématisée en linguistique, sous l’égide des enseignements de la
Gestalt, de la phénoménologie de Merleau-Ponty ou de la philosophie des
formes symboliques de Cassirer, ainsi que de la théorie des catastrophes
de René Thom, première inscription aboutie de la notion discontinue et
jusque-là statique de structure dans une problématique dynamiciste des
formes (morphogénèse). Ce tournant perceptiviste, dont
l’accomplissement théorique est représenté selon nous par la théorie des
formes sémantiques6 (dorénavant TFS) a pour horizon commun
l’élaboration d’une théorie impliquant une continuité de principe, en fait
une communauté de nature, entre les régimes d’élaboration
sémiolinguistique et les régimes perceptifs et praxéologiques généraux.
2.1. La perception sémiotique : le couplage forme-sens
La TFS s’intéresse aux différentes façons de faire intervenir
l’inspiration de la phénoménologie et des problématiques gestaltistes
dans le champ de la sémiolinguistique : reprise directe d’un modèle
d’intentionnalité centré sur une conception dynamique du champ
thématique, problématique de l’être au monde corporel et pratique, ou
bien chantier d’une nouvelle phénoménologie de la sémiose et/ou de
l’activité de langage. Dans cette direction, donner un fondement
phénoménologique à la théorie sémiolinguistique permet de penser
l’activité de langage comme une perception, c’est-à-dire comme une
activité générique de relation à, accès à (au monde), de déplacement
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constant du/des sujet/s, d’ajustement dialogique, pragmatique et narratif
sur un fond à la fois expressif et perceptif, normatif, social et institué.
Cela a deux conséquences immédiates. D’un côté la nécessité d’une
focalisation sur le primat de la perception7 et de la parole, accompagnée
par l’individuation des fonds (à la fois perceptifs, énonciatifs et
normatifs). De l’autre côté, il faut comprendre la signification comme une
sémio-genèse, à savoir une activité de construction et de constitution de
formes-sens et de valeurs concomitantes, se déployant à l’instar d’une
activité perceptive, praxéologique et expressive. De ce point de vue, la
signification se met en place comme un phénomène complexe,
manifestant à la fois la constitution, la réalisation, ainsi que la circulation
et les métamorphoses des formes.8 La sémio-genèse implique également
un exercice constant, ou une activité incessante de mise en place de
formes-valeurs soumises à des régimes hétérogènes de différenciation,
modulant les formes et leurs changements : régimes de reprise, de
répétition, d’innovation, de désir, de conflit, etc. Une telle approche
phénoménologique de la signification, que l’on qualifie d’approche
sémiogénétique, issue d’une lecture certes un peu hétérodoxe de Merleau-
Ponty,9 permet de centrer le périmètre de la réflexion encadrant les
rapports entre activité de langage et langue, en réadmettant le flot de la
parole comme « objet » d’une linguistique à la fois herméneutique et
textuelle. De surcroît, cette phénoménologie sémiotique permet
d’analyser la nature de la parole propre à la tradition saussurienne dans
les termes d’un dispositif événementiel affectant de sa propre émergence
certaines questions problématiques en sciences du langage : a) corpslocuteur-
identité de sujet parlant ; b) corps-expérience-énonciationreprise
énonciative ; c) parole réelle/parole potentielle ; d) statut de
l’activité de langage au sens d’une energeia ; d) statut de l’acte pris au
sens d’un ergon toujours dynamique ; et e) statut de la norme comme
cadre plastique des usages d’une forme sémiolinguistique.10
Revenons sur la conception praxéologique du langage, telle qu’elle
a été développée par la TFS, et approfondissons un peu plus l’idée d’une
communauté d’organisation ou de continuité11 entre activité perceptive et
perception sémantique, ou mieux entre perception et construction des
formes sémantiques. La question de la continuité entre perception et
langage, ou perception et sémiose, si elle n’est pas nouvelle, a néanmoins
orienté la tradition occidentale en direction d’un paradoxe implicite, à
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savoir une assomption presque subreptice de leur différence (à la fois
morphologique, pragmatique, cognitive) au moment même où l’on
cherche à déterminer leur continuité. Il est donc possible de focaliser
l’attention sur la continuité entre l’expérience sensible et l’expérience
linguistique en regardant leurs relations : un enchevêtrement de
dynamiques et de modalités se déployant de façon commune dès le début
de leur manifestation sémiotique. Perception et langage donnent vie à des
Gestalten sémantiques qui ont pour fonction de stabiliser l’instabilité
constitutive de chaque expérience de sens ; c’est par le biais des tensions
entre instabilité et stabilisation précaire que l’on vise à une description en
style phénoménologique de la valeur linguistique au sens saussurien.12
Cette valeur est à saisir en continuité avec l’expérience sensible d’où elle
émerge : expérience expressive du monde que les corps et les sujets
parlants expérimentent sans arrêt. Comprendre la valeur sémiogénétique
d’une unité langagière ou d’une manifestation énonciative (la taille ne
devenant dans un premier temps rien d’autre qu’un problème secondaire
de délimitation épistémologique de l’objet) veut dire décrire les procès de
structuration de ces Gestalten sémantiques. En ayant recours
explicitement à la tradition phénoménologique, la TFS conçoit la langue
en termes d’une saisie du monde et en même temps d’une capture ou
saisie du discours d’autrui : une pratique d’expression ou mieux une
praxis expressive où la notion d’expérience acquiert un statut particulier,
à la fois venant du sens commun et inaugurant une physionomie
originelle.
2.2. La forme comme activité : le sens entre thématisation et
physionomie
Toute activité sémiotique se résout ou peut être interprétée comme
une activité de constitution de formes réalisée par une perception conçue
dans les termes d’un accès thématique polymorphe à l’expérience. Dans
le sillage de Merleau-Ponty,13 la perception se présente comme une
structure interprétative dès le début expressive, praxéologique et
perceptive. Parler de perception sémiotique veut dire que toute forme est
perçue comme non seulement porteuse de sens mais comme une
stabilisation temporaire et précaire de valeurs relevant de différents
régimes de modalité de normativité, degrés d’engagement et de
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différenciation Si l’activité de langage est donc comprise comme une
construction/perception de formes, il n’en reste pas moins que le concept
de forme devrait être situé à nouveau. La forme-sémantique peut être
définie comme une unité organisée, contrainte par des propriétés
particulières : i) elle est organisée au sein d’un champ de thématisation ;
ii) l’extériorisation des formes dépend de degrés d’individuation et de
localisation variables ; iii) elle correspond aux modes d’unification
qualitatifs et praxéologiques d’organisation du champ ; iv) elle se
différencie selon une dynamique intentionnelle de constitution complexe
et stratifiée.
Qu’arrive-t-il, donc, dès que l’on perçoit un énoncé ? Quelles
strates de la mémoire figurale des parlants sont mobilisées ? Cadiot et
Visetti (2001) proposent de focaliser dans ce champ thématique global
trois phases de l’organisation du sens : i) les motifs, comprenant la
dimension aléatoire et coalescente des significations ; ii) les profils,
constituant la première modulation orientant le procès d’individuation et
singularisation d’une forme émergente ; c) les thèmes, c’est-à-dire le
complexe perceptif-praxéologique et singulier où les sujets parlants
focalisent leur accès immédiat à une expérience quelconque. Les motifs
et les profils peuvent être décrits dans les termes de composantes d’une
Gestalt fluctuante, à savoir une totalité organisée sur la base d’une
complexité praxéologique et expérientielle, où les éléments évaluatifs,
modaux et pratiques constituent des modes d’accès au monde. Pour cette
raison, la compréhension d’un énoncé se réalise comme une capture
physionomique du sens. Qu’est-ce que l’on entend donc par
physionomie ? En suivant les indications de la théorie de la Gestalt, et
notamment de Köhler et Werner,14 avec le concept de physionomie nous
visons la dimension proprement expressive des formes sémiotiques et
sémiolinguistiques. Percevoir un signifié équivaut à saisir l’animation
intérieure d’une forme perceptible et disponible dans l’espace extérieur
des échanges langagiers et pratiques. La dimension physionomique relève
de la perception de la globalité de la forme – sans pour autant être
restreinte à une pure configuration topologique et morphologique – et
prend en charge aussi l’intentionnalité que chaque élément textuel (ou
chaque texte à part entière) évoque. Du point de vue sémiotique,
percevoir des unités physionomiques impliquerait d’être en mesure de
comprendre l’intentionnalité propre de la parole, à savoir son
!
38!
expressivité et son intériorité animatrice, non plus en termes d’états
mentaux et d’intentions des sujets, mais au contraire comme un principe
de constitution des formes. La perception sémantique est alors une
perception physionomique puisqu’elle demande la coprésence d’un
champ et d’objets engendrant des modes d’individuation du sens qui ne
se détachent jamais des horizons d’action langagière et sémiotique. Dès
que nous percevons du feu, par exemple, nous ne nous limitons pas à voir
le phénomène thermique et lumineux de la combustion de certaines
substances (forces cinétiques et configurations morphologiques), mais
nous voyons de façon concomitante un flux de chaleur à la fois violent,
destructif, génératif, fascinant, dangereux etc.15 : nous percevons des
motifs instables et toujours en cours de stabilisation. Cet ensemble de
qualités actives ou de motifs constitue ce que nous appelons la
physionomie du feu, permettant une perception multimodale,
synesthésique, simultanée et instantanée dont l’enjeu constitutif est
l’anticipation de chacun des motifs sur l’autre lors du déploiement
perceptif /expressif. Chaque mise en forme anticipe des aspects latents de
l’objet, relevant toujours de sa physionomie. Il en va de même dans la
perception langagière où le sens ne réside pas dans une agglomération de
composantes plus ou moins bien agencées, mais ressemble plutôt à la
capture ou saisie d’une physionomie, et consiste dans le pouvoir expressif
qui se réalise lors de chaque prise de parole. En reprenant la généricité
constitutive du motif expressif de n’importe quel formant langagier, le
procès de thématisation singularise et stabilise des motifs qui se trouvent
à l’état d’instabilité et de chaoticité non pas pour les figer, mais pour les
faire participer, les animer et les lancer, compte tenu de leur capacité
d’être déplacés et repris dans d’autres situations discursives et
expérientielles.16 Les formes sémantiques, donc, constituent le lieu
privilégié du jeu d’anticipation et déplacement propre à l’activité de
langage et à la prise de parole.
Pourtant, une question se pose : comment ces physionomies vontelles
devenir histoire ? Comment une ressource langagière peut-elle
devenir matériau pour d’autres reprises énonciatives ? Si on ne partage
pas une conception de l’intentionnalité liée à un imaginaire subjectiviste,
comment définir le pouvoir du langage qui permet cette dialectique de
stabilisation et de reprise ? La notion de physionomie peut-elle suffire ?
De notre point de vue, pour refonder une notion dynamique de forme
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sémantique de manière à capter cette dialectique expressive, il faut
revenir sur le concept de figure et de figuralité ou sur ce que Jean-
François Lyotard appelait le pouvoir figural du langage.17
3. Les figures, ou le devenir des formes
L’examen conjoint des notions de figure et de forme dans le cadre
d’une anthropologie sémiotique d’inspiration phénoménologique comme
celle qui est présentée ici permet tout d’abord de différencier cette
approche des phénomènes de sens – esthétiques mais également sociaux
et culturels – par-delà les déterminations propres à d’autres disciplines
(histoire de l’art, critique littéraire, etc.). En deuxième lieu, cette
investigation permet de relier de nombreuses réflexions autour de grands
thèmes tels que l’apparaître, la subjectivité, la poïésis et la praxis,
l’imaginaire, etc., sous l’égide précisément d’un processus générique
d’émergence et de constitution du sens – de formes signifiantes – à même
de traverser différents matériaux et matières sémiotiques.
En effet, tant la figure que la forme se placent à la croisée de
matières, d’instances et de pratiques sémiotiques multiples concernant à
la fois la substance linguistique et le visuel, des contraintes de production
textuelle ou visuelle et des processus de (ré) appropriation, des pratiques
publiques, normées, et de véritables formes de vie dans l’acception de
conduites identitaires diffuses et généralisées. Cela tient au caractère
mobile et mouvant de ce couple conceptuel, mobile par son
indétermination et sa transposabilité constitutives, mouvant en raison de
l’animation, à travers la figure, de dynamiques d’individuation subjective
et sociale ou, autrement dit, en raison de sa capacité de se modifier tout
en modifiant des éléments d’un milieu perceptif, affectif et social.
Bien qu’il soit impossible de retracer entièrement l’histoire lexicale
et des usages du mot figure, il est néanmoins nécessaire de rappeler le
champ sémantique du terme latin figura dégagé par Eric Auerbach dans
ses analyses de la rhétorique ancienne. On s’y aperçoit que la figure est
considérée comme un mode d’être et comme un outil de connaissance qui
se situe dès le départ dans un entre-deux, dans un espace liminaire entre
perception et représentation, entre visible et invisible, entre présence et
absence. Figura, du latin « fingere, figulus, fictor et effigies » signifie « à
l’origine ‘forme plastique’»18 et par là même on peut l’entendre en termes
de « configuration, chose façonnée, manière d’être ».19 Auerbach
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remarquait également que figura suggère l’idée de manifestation inédite
de mouvance, relevant d’une activité à la fois d’anticipation et de reprise
propre au devenir des formes qu’elle incarne : « la figura est l’événement
en corrélation avec l’accomplissement à venir qui s’y dissimule ».20
À partir de ce constat, le sémioticien Herman Parret, dans un
ouvrage consacré aux rapports entre discours, sensibilité et stratégies
esthétiques, affirme que :
la notion de figure réunit ainsi les caractères de plasticité, de
dynamisme et d’innovation propre à l’activité du discours.
C’est bien cette richesse du sémantisme de figure qui nous
permet de considérer ce concept comme approprié pour
nommer toute forme de représentation du sens élaborée par
et dans l’interprétation, quelle que soit sa configuration
sémiotique.21
On entrevoit que la figure constitue l’entrelacs du dicible et du
perceptible, de l’appréhension et de l’imagination, dans la mesure où elle
témoigne d’un mouvement continu entre l’apparition, l’incarnation – une
prise de forme – et la nécessité d’une lecture, d’une reconfiguration dans
un paysage de médiations autres – le regard, le repérage de motifs et de
thèmes que la figure propose, son inscription dans une mémoire
figurative transindividuelle – ou, autrement dit, une donation de forme.
En ce sens, comme plusieurs auteurs – de Deleuze à Didi-Huberman –
l’ont souligné, la figure dépasse à la fois le statut « formel » ou
« formaliste » qu’elle s’est vue attribuer à l’intérieur de certains courants
de la critique littéraire et celui, plus iconisant, de figure-coupe du monde
naturel issu de la tradition structuraliste. Ni totalement abstraite, ni
totalement objectivable en termes de chose représentée, la figure réalise
cette étrange rencontre de l’incorporation et d’un transcorporel à la
surface des images ainsi que dans les épaisseurs fragiles de la mémoire
corporelle.
En effet, toute activité de figuration ou de figurabilité –
Darstelbarkeit ou puissance de figure si l’on suit la terminologie
freudienne22 – nécessite d’un côté une incarnation, une incorporation dans
des unités ou des singularités constituées par les images ou par
l’exploitation dans le langage de sa propre puissance figurale23 à travers
un travail sur ses qualités tensives (rythmes, accents, tempo, etc.) ;
!
41!
néanmoins, d’un autre côté, cette activité de figuration, à l’instar de la
perception conçue en tant qu’activité sémiotique et sémiotisante, ne se
fige pas dans le corps éphémère de ses figures, mais relance cette
incarnation dans la métamorphose, dans la transfiguration des figures
mêmes. Une pareille conception de l’activité de figuration pourrait
paraître évasive ou, du moins, il semblerait qu’elle ne tienne pas
précisément compte de tous les phénomènes pouvant se rattacher à des
dynamiques de répétition, d’habitude, de routine, de programmation
pratique voire rituelle, de scénarisation sociale et instituée. On serait en
effet tenté de voir l’événement de la figure comme un éclat de présence
pure, comme un remplissage définitif, sans restes, des facettes du signe
(l’expression et le contenu). En dépit de cette dérive possible, il est
toutefois démontrable que c’est au contraire précisément parce que la
figure – l’activité de figuration – ne se stabilise que temporairement, et
parce que l’activité de figuration demeure toujours disponible à d’autres
formations, susceptible de mobiliser d’autres formes, qu’elle peut d’un
côté, esquisser des horizons de développement et d’institution des figures
mêmes et, d’un autre côté, animer la trace, faire survivre ou faire revenir
des figures virtuellement présentes mais appartenant à d’autres
temporalités que celle de la figure instituée.
La relative fragilité des figures témoigne en creux des doubles
mouvements de l’activité de figuration : i) rapprochement et distanciation
– en ceci que c’est par elle qu’un scénario (proto) actanciel peut émerger
dans un paysage, dans la reconnaissance et dans la prise de forme ; et ii)
débordement et différenciation – en ceci que c’est par l’impossibilité de
condenser, de confiner toutes les ressources sémiotiques et imageantes en
une seule figure et dans la totalité d’une figure que l’activité de figuration
peut (re) produire des significations, des ressemblances qui puisent dans
des ressources disponibles, tout en conférant un caractère événementiel à
cette même (re) production.
Or, ce va-et-vient entre des pôles que l’on pourrait nommer l’un
institué et l’autre créatif ou instituant,24 dévoile la nature exquisément
expressive de la figure. En effet, comme le montre, entre autres,
l’historien de l’art Bertrand Prévost :
si l’expression décrit bien un mouvement de sortie, celui-ci
n’a rien à voir avec le passage d’une intériorité à une
extériorité. C’est d’elle-même que sort l’image, et cela
!
42!
suppose toute une série de dynamismes du type :
détachement, arrachement, décollement, soit tous les
mouvements par lesquels une forme substantielle,
individuelle ou corporelle s’abstrait au sens très précis où
elle s’abstrait, se tire d’elle-même, perd son individualité, sa
corporéité. […] Il faut insister sur l’irréductibilité de
l’expressivité à toute partition entre intérieur et extérieur,
autant qu’à toute division entre un sujet et un objet. On l’a
dit, elle n’a rien à voir avec l’expression d’une intériorité.
Mais le détachement qui la caractérise ne peut par principe
lui donner la dureté ou la stabilité d’un objet extérieur. Un
trait expressif cesse de l’être dès qu’il est rattrapé par un
corps, par une qualité, par une individualité. L’expression,
elle, étant toujours ce qui passe entre les corps pour rester à
l’état subtil, presque éthéré.25
Par conséquent, c’est cette expressivité – par laquelle la figure peut être
interprétée sous le prisme d’une perception sémiotique dans une
continuité entre les faits linguistiques stricto sensu et des phénomènes de
sens constitués par des matières autres que la langue – qui permet,
comme dans le cas de la Ninfa warburgienne en tant que Pathosformel, de
formuler la répétition, la revenance, la survivance des images, en un seul
mot la reprise, en tant que retour non pas du même dans le sens d’une
« identité de l’être » mais dans celui d’un « semblable ».26 Didi-
Huberman, dans son analyse de la Nachleben – la vie posthume des
images dans le projet warburgien –, où l’on peut repérer à la fois une
dimension extensive de la figure et une dimension intensive de sa propre
force de figuration, cite à ce propos un passage de Giorgio Agamben
autour du Gleich (le même) nietzschéen. Le philosophe italien constate en
effet que Gleich
est formé du préfixe ge (qui indique un collectif, un
rassemblement) et du terme leich, qui remonte au moyenhaut
allemand lich, au gothique leik et enfin à la racine *lig
indiquant l’apparence, la figure, la ressemblance […] Gleich
signifie donc : qui a le même *lig, la même figure […] En ce
sens, l’éternel retour du gleich devrait être traduit à la lettre
comme éternel retour du *lig. Il y a donc dans l’éternel
!
43!
retour quelque chose comme une image, comme une
ressemblance.27
La différenciation du semblable ainsi que les processus conséquents
d’interprétation/appropriation des figures rendent compte d’une part, du
statut énigmatique de la figure et de l’activité figurale innervant
l’émergence et la (re) constitution de son sens et, d’autre part, de la
possibilité de sa singularisation stylistique, propre aux formes littéraires
et artistiques. Concernant le premier aspect, le critique littéraire Bertrand
Gervais établit une triangulation entre la figure, la perception et
l’imagination où cette dernière est conçue, en partant de la notion de
musement28 chez Peirce, comme une traversée des univers d’expérience,
un jeu de l’imagination et de la pensée s’interrogeant sur les mécanismes
mêmes de l’apparition des figures. Sous sa plume la figure
est un énigme ; elle engage en ce sens l’imagination du sujet
qui, dans un même mouvement, capte l’objet et le définit
tout entier, lui attribuant une signification […] voire un
destin. La figure, une fois saisie, est au coeur d’une
construction imaginaire. […] Il ne peut y avoir figure, en
effet, que si un sujet identifie dans le monde un objet qu’il
croit être chargé de signification. La figure ne se manifeste
que dans cette révélation d’un sens à venir. De la même
façon, elle ne se déploie que si le sujet dote ce signe […]
d’un récit auquel il peut s’identifier et qu’il peut lui-même
générer. La figure est le résultat d’une production
sémiotique, d’une production imaginaire. […] La figure
n’existe pas en soi, elle n’est jamais que le résultat d’un
travail, d’une relation […] C’est une forme dont on s’empare
et que l’on manipule.29
Quant au deuxième volet, le travail conjoint de la perception et de
l’imagination dans l’appropriation de la forme-figure permet de
comprendre le style ou l’activité de stylisation, en tant que pratique. Il
s’agit de la proposition du critique littéraire Laurent Jenny qui définit le
style
comme une pratique de ressaisissement de l’individualité.
Lorsque cette individualité porte sur un artefact, il y a
!
44!
stylisation esthétique, c’est-à-dire travail continu de
ressaisissement, d’élaboration et d’inflexion des différences
propres à l’objet. C’est supposer que le style d’un objet n’est
pas donné d’emblée […] mais qu’il est l’objet d’une activité
réflexive.30
Du moment où l’on définit le style comme pratique et qu’on le fait
dépendre d’une activité réflexive, on peut d’un côté conférer une
épaisseur historique aux figures et, plus généralement, aux stratégies
rhétoriques et, d’un autre côté, faire remarquer le lien étroit entre le
devenir langagier et celui des figures soumises à stylisation, en ceci que
ces deux faits sémiotiques partagent les mêmes « processus de
décatégorisation et de récatégorisation »,31 du moins du point de vue de
leur sémantisme et non pas de celui d’une grammaire à proprement
parler. Le problème consiste en effet – pour Jenny mais l’on pourrait dire
de même pour la singularisation de tout acte de parole – en la possibilité
de dégager des traits qui exemplifient le style d’un objet tout comme un
style de vie. En reprenant la notion d’exemplification issue des travaux de
Nelson Goodman, Jenny place au coeur même de toute pratique de
stylisation une activité de configuration d’un champ à partir duquel il est
possible de dégager des propriétés perceptibles – et non pas préexistantes
à l’objet – qui ne constitueront des exemplifications que dans l’aprèscoup
de la configuration. En effet, il affirme que
Le processus de l’exemplification ne se conçoit donc guère
hors d’un espace de configuration : c’est en effet
l’organisation globale de cet espace qui opère la conversion
des propriétés de l’objet en exemplifications, par une mise en
relief différenciée. […] Le style n’est pas simple perception
de propriétés, il est différenciation de propriétés perceptibles.
[…] L’exemplification stylistique est bien « valorisation »
puisqu’elle module différentiellement un ensemble de
propriétés. […] L’essentiel de cet intérêt tient à la dialectique
entre le donné ou le « trouvé » et le « ressaisi » dans l’objet.
La forme que nous « avançons » nous captive précisément en
ce qu’elle excède notre intentionnalité et nous renvoie sa
dynamique propre. Cette dialectique jouée dans l’objet […]
nous attire spéculairement parce qu’elle figure le processus
!
45!
de notre individualisation subjective, faite elle aussi de projet
et de découvertes, de « trouvailles » et de « ressaisissement
».32
Un espace de configuration conçu en termes de différenciation de
propriétés perceptibles dépasse les frontières textuelles ou visuelles d’un
objet – qui peut par conséquent être compris comme un « précipité » de
figuration – : il investit de la sorte un milieu perceptif-culturel-social plus
vaste où se négocient non pas les normes d’exemplification des oeuvres,
mais plus globalement les normes régissant la possibilité même que les
formes et les figures adviennent à l’existence, soit à leur propre
perceptibilité et énonçabilité.
Cette formulation rejoint précisément les analogies ontologiques
que Patrice Maniglier établit entre la langue et les formes de la littérature
dans un texte consacré aux enjeux philosophiques des objets littéraires.
Le philosophe soutient explicitement que
la forme n’est pas la réalité objective pour ainsi dire morte
(ainsi la hache dans l’état où elle se trouve), elle est cette part
d’une réalité instrumentale qui n’est déterminée ni par sa
fonction, ni par sa matière, mais par le devenir de l’objet à
travers son usage – autrement dit par ce que Focillon appelait
la « vie des formes » […]. C’est d’ailleurs une expression
tout à fait similaire à celle de Focillon que Ferdinand de
Saussure utilisait lorsqu’il voulait attribuer aux langues une
certaine réalité, en définissant la sémiologie comme la
science de la « vie des signes ». L’idée n’est pas qu’il y a des
signes et que par ailleurs ces signes ont une vie propre,
autrement dit qu’ils changent en fonction de lois et de
contraintes qui échappent tout à fait au contrôle des sujets
parlants ; mais que ce qui est signe dans le langage est
précisément ce qui est doté d’une telle vie. Le « signe »
saussurien est le réel du langage tout à fait comme la
« forme » formaliste est le réel de la littérature. […] Les
formes sont les seuils d’objectivation de la littérature […].
La forme est cette part en excès qui fait dériver une
expérience malgré nous et qui existe dans cette dérive
même.33
!
46!
En guise de conclusion et de relance d’un projet fédérateur de
réarticulation du champ conceptuel installé par les notions de motif,
physionomie, forme et figure, l’on peut affirmer que le passage d’une
vision générative ou génératrice des formes à une conception
sémiogénétique permet de mettre au jour non seulement la richesse
théorique et opérationnelle de ces concepts, mais notamment de penser
autrement les processus d’institution de normes et contraintes. En effet,
dans cette perspective, de tels processus ne se bornent pas à des règles de
composition ou de genre propres à un domaine d’activité sémiotique
et/ou esthétique, mais ils embrassent le devenir identitaire des sujets et
des objets, c’est-à-dire l’économie même des valorisations à partir
desquelles des stratégies rhétoriques et esthétiques ainsi que des régimes
de conduite pratique peuvent se déployer dans un milieu.
!
47!
NOTES
1 Cadiot, Pierre et Yves-Marie Visetti. Pour une Théorie des formes
sémantiques. Motifs, profils, thèmes, Paris : PUF, 2001. Basso Fossali,
Pierluigi. La tenuta del senso. Per una semiotica della percezione,
Rome : Aracne, 2009. Didi-Huberman, Georges. L’Image survivante.
Histoire de l’art et temps des fantômes selon Aby Warburg, Paris :
Minuit, 2002. Gervais, Bertrand et Audrey Lemieux, éds. Perspectives
croisées sur la figure. À la rencontre du lisible et du visible, Québec :
Presses de l’Université du Québec, 2012. Batt, Noëlle. « L’expérience
diagrammatique : un nouveau régime de pensée », TLE (22 2005) : 5-28.
2 Visetti, Yves-Marie et Pierre Cadiot. Motifs et proverbes. Essai de
sémantique proverbiale, Paris : PUF, 2006.
3 Rosenthal, Victor et Yves-Marie Visetti. Köhler, Paris : Les Belles
Lettres, 2003. Bondì, Antonino. « Pour une anthropologie sémiotique et
phénoménologique. Le sujet de la parole entre cognition sociale et
valeurs sémiolinguistiques », Intellectica 63 (2015) : 125-148.
4 De Luca, Valeria. « Le figural entre imagination et perception »,
Metodo. International Studies in Phenomenology and Philosophy 3.1
(2015) : 199-220.
5 Fontanille, Jacques. Soma e Sema. Figures du corps, Louvain :
Maisonneuve et Larose, 2004.
6 Cadiot et Visetti, Pour une Théorie des formes sémantiques ; Visetti et
Cadiot, Motifs et proverbes. Le concept de forme sémantique apparaît
pour la première fois dans le contexte de la sémantique intérprétative de
Francois Rastier (Arts et sciences du texte, Paris : PUF, 2001), qui
l’utilise pour expliquer la tension essentielle entre fragments textuels qui
se stabilisent, formes de contextualisation et constitution de genres et
interprétations situées des locuteurs. La théorie des formes sémantiques
de Cadiot et Visetti, de son côté, vise à élargir la notion de forme
sémantique, conçue comme la clé de voûte d’une nouvelle théorie
linguistique à la fois perceptiviste, praxéologique et expressiviste. Dans
cette perspective, le concept de forme – au sens d’une forme dynamique
et microgénétique – devient central pour définir les phases de
stabilisation du sens, scandé selon ces phases d’organisation (motifs,
profils et thèmes) et se différenciant constamment par transposition des
formes mêmes.7 Le primat de la perception est une expression de
Merleau-Ponty (Le Primat de la perception et ses conséquences
!
48!
philosophiques, Lagrasse : Éditions Verdier, 1994), valorisant une
conception de la perception comme ouverture originaire et généralisée
du sujet à l’égard du monde. En linguistique et sémiotique, les travaux
ayant transposé le propos merleau-pontien sont ceux de la théorie des
formes sémantiques mise en place par Yves-Marie Visetti et Pierre
Cadiot. Cf. Cadiot et Visetti, Pour une Théorie des formes sémantiques ;
Visetti et Cadiot, Motifs et proverbes ; et Bondì, Antonino. « Le sujet
parlant comme être humain et social », Cahiers Ferdinand de Saussure
65 (2012) : 25-38.
8 Cadiot et Visetti, Pour une Théorie des formes sémantiques ; Bondì,
« Le sujet parlant comme être humain et social ».
9 Pour une discussion approfondie de Merleau-Ponty, voir Piotrowski,
David, et Yves-Marie Visetti. « Expression diacritique et sémiogénèse »,
Metodo. International Studies in Phenomenology and Philosophy 3.1
(2015) : 63-112.
10 Bondì, Antonino, éd. Percezione, semiosi e socialité del senso,
Milano : Mimesis, 2012.
11 L’idée d’une continuité entre perception et langage n’est pas originale.
Les linguistiques cognitives, et, un peu différemment, les linguistiques
énonciatives, ont développé des modèles de la construction à l’intérieur
d’une intuition de ce genre. Néanmoins, Cadiot et Visetti ont souligné le
réductionnisme des approches cognitivistes en sémantique, contraintes
par des schématisations topologiques et/ou cinétiques, qui sont censées
constituer l’ancrage perceptif de chaque signification.
12 Visetti et Cadiot, Motifs et proverbes.
13 Rosenthal et Visetti, Köhler.
14 Ibid.
15 L’exemple est repris par Rosenthal et Visetti dans Köhler.
16 Visetti et Cadiot, Motifs et proverbes.
17 Lyotard, Jean-François. Discours, figure, Paris : Klincksieck, 1971 ;
Parret, Herman. Sutures sémiotiques, Limoges : Lambert-Lucas, 2006.
18 Auerbach, Eric. Figura, Paris : Belin, 1993 (1929). 9.
19 Parret, Sutures sémiotiques, 73.
20 Auerbach, Figura.
21 Parret, Sutures sémiotiques, 73-74.
22 Nous suivons ici la réflexion de Bertrand Prévost contenue dans le
texte « L’image et le problème de l’expression. Pour une cosmologie
esthétique » à paraître. Nous citons ici la version du texte par gentille
!
49!
autorisation de l’auteur.
23 On se réfère évidemment à l’ouvrage fondateur de Jean-François
Lyotard autour du figural : Discours, figure (1971). Pour un examen de la
figuralité dans les images, nous renvoyons à Acquarelli, Luca, éd. Au
prisme du figural. Le sens des images entre forme et force, Rennes :
Presses Universitaires de Rennes, 2015. Pour un examen sémiotique sur
la figure et le figural voir le déjà mentionné Parret, Sutures sémiotiques
(2006). Nous renvoyons aussi à De Luca, « Le figural entre imagination
et perception », Metodo. International Studies in Phenomenology and
Philosophy 3.1 (2015) : 199-220.
24 Cf. la notion d’imaginaire radical élaborée par Cornelius Castoriadis.
25 Prévost, Bertrand. « L’image et le problème de l’expression. Pour une
cosmologie esthétique », op. cit.
26 Didi-Huberman, Georges. L’Image survivante. Histoire de l’art et
temps des fantômes selon Aby Warburg, Paris : Minuit, 2002. 172.
27 Agamben, Giorgio, cité dans Didi-Huberman, ibid., 172.
28 Pour une réflexion sur les relations entre musement et imaginaire nous
renvoyons à De Luca, Valeria. « Tra valore e immaginario : musement e
magma a confronto », RIFL 1 (2015) : 19-31.
29 Gervais, Bertrand. Figures, lectures. Logiques de l’imaginaire – Tome
I, Montréal : Le Quartanier, 2007. 16-17, 19, 31.
30 Jenny, Laurent. « Du style comme pratique », Littérature 118 (2000) :
102. http://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_2000_num_118_2_1679.
31 Ibid.
32 Ibid. : 111-112, 117.
33 Maniglier, Patrice. « Du mode d’existence des objets littéraires : enjeux
philosophiques du formalisme », Les Temps modernes 676.5 (2013) : 56-
57.