EXTRAITS :

  • 6) .... Le PS instaure le droit de vote des étrangers aux Primaires citoyennes !
  • 5) .... Patrick Buisson prévient Fillon : « Les catégories populaires ne sont pas allées voter »
  • 4) ....  L'ex-FN Chauprade soutient Fillon pour barrer la route à Marine Le Pen
  • 3) .... Jean-Pierre Le Goff : «Une révolte contre le gauchisme culturel devenu dominant»
  • 2) .... La presse étrangère voit en François Fillon «la version française de Margaret Thatcher»
  • 1) .... Clash Eugénie Bastié-«Libération» : Fillon déclenche une tempête dans le microcosme parisien

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Le PS instaure le droit de vote des étrangers aux Primaires citoyennes !

<<<<<<<<<<<<<Novopress.info<<<<<<<<<<<<<<<

09/12/2016 – FRANCE (NOVOpress) : C’est un vieux rêve du Parti socialiste qui se concrétise : accorder aux étrangers le droit de vote. Si le PS n’est pas parvenu à l’imposer pour les scrutins nationaux, faute de majorité des deux tiers au Parlement, son premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, l’a instauré sans rencontrer d’opposition pour les Primaires citoyennes, le nom donné à la primaire de la gauche socialiste qui aura lieu les 22 et 29 janvier prochain.

Tous les étrangers pourront désigner le candidat du PS à l’élection présidentielle, à la seule condition… qu’ils soient de gauche ! Le règlement des Primaires citoyennes prévoit en effet que peuvent voter les étrangers, qu’ils soient ou non issus des pays de l’Union européenne, dès lors qu’ils sont « adhérents aux partis ou organisations de jeunesse des partis organisateurs », c’est-à-dire membres du Parti socialiste ou de ses satellites.

Le Grand Remplacement de l’électorat disparu du Parti socialiste, c’est maintenant !

 

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Patrick Buisson prévient Fillon : « Les catégories populaires ne sont pas allées voter »

>>>>>>>Le Parisien 29.11.16 >>>>>>>>>>>>>>

Patrick Buisson a été le conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy, avant leur rupture. Auteur de « La Cause du peuple » (Perrin), il porte un regard critique sur la primaire de la droite.

 LE PARISIEN. L’élection à droite est un succès. C’est une bonne nouvelle pour la démocratie ?

PATRICK BUISSON. Non, car les partis se servent des primaires comme d’une procédure de relégitimation pour tenter de remédier à leur profond discrédit. Leur seul objectif est de conserver le monopole de sélection des candidats à la présidentielle.Les primaires accentuent la dérive vers le suffrage censitaire. Ne vont voter que les inclus, les catégories favorisées, les retraités. Ce qui ne fait qu’aggraver la crise de la représentation en renforçant le poids politique des classes privilégiées, alors qu’il faudrait rouvrir le jeu démocratique.

 Si on vous suit, François Fillon, c’est la droite sans le peuple...

Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle pour la droite. La bonne, c’est que la droite redevient la droite en se libérant partiellement de l’hégémonie idéologique de la gauche avec l’écrasante défaite de Juppé. La mauvaise, c’est que la droite ne semble pas en mesure pour l’instant d’élargir sa base sociologique. La France sénatoriale et provinciale de François Fillon n’est pas la France en souffrance des catégories populaires, qui ne sont pas allées voter. Pour l’emporter en 2017, il doit impérativement sortir du ghetto des inclus et des privilégiés, s’il veut disputer l’électorat populaire à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C’est ce désenclavement sociologique qui a fait la fortune du gaullisme en 1947 avec le RPF, en 1958 avec le retour du Général et de Nicolas Sarkozy en 2007. C’est une équation très difficile à réaliser

 

 Quel conseil lui donneriez-vous ?

 De sortir de sa contradiction qui est l’incompatibilité fondamentale entre libéralisme et conservatisme. Le risque pour Fillon, c’est d’être perçu comme le candidat du patronat et des classes dominantes, le candidat de la « mondialisation sauvage ». On voit bien l’espace carcéral symbolique dans lequel le FN et la gauche vont chercher à l’enfermer. Or, son succès s’explique par deux facteurs : il est apparu capable de restaurer la fonction présidentielle dans sa dignité et sa sobriété. Et il a attiré un électorat davantage préoccupé par l’abrogation de la loi Taubira que par la suppression de l’ISF. Croire que Fillon a été élu sur son programme économique est un contresens qui se paiera au prix fort. Le nom de l’ancien patron d’Axa, Henri de Castries, circule pour Bercy...Il circulait déjà du temps de Sarkozy. Je ne veux pas croire que s’il devait être élu, François Fillon enverrait un tel message de déséspérance au peuple français.

Fillon est-il vraiment le meilleur bouclier contre le FN ?

 Il a été porté par un électorat conservateur et catholique qui n’était pas du tout tenté par le vote Le Pen compte tenu de ses positions sociétales. L’élection de Fillon ne dit rien sur le comportement des 20 millions d’électeurs de la « France périphérique » qui feront l’élection présidentielle. Et pour cause : ceux-là ne sont pas déplacés dimanche.

 François Hollande peut-il encore se présenter ?

 Il a le choix entre deux formes d’humiliation : être éliminé à la primaire socialiste, ou au premier tour de la présidentielle avec un score inférieur à celui de Jospin en 2002. C’est cornélien : on ne sait quelle est la pire ?

 «Sarkozy a fait une campagne grossièrement populiste»

 Pourquoi, selon vous, Nicolas Sarkozy a-t-il été évincé ?

 Remplir les salles, ce n’est pas remplir les urnes. Il a fait une campagne à contresens, grossièrement populiste, alors que l’électorat populaire n’était pas concerné par la primaire. On a dit que c’était la ligne Buisson, mais je ne me reconnais absolument pas dans cette campagne caricaturale et vulgaire avec la double portion de frites, les Gaulois etc. La seule chose qu’il sait faire, c’est habiller avantageusement ses déroutes. Qu’il se donne à admirer ou à plaindre, c’est toujours Narcisse qui parle.

 Vous pensez avoir contribué à sa défaite avec votre livre ?

 Mon livre n’a fait que cristalliser un long processus antérieur. Avec Sarkozy , ce n’étaient pas les idées qui étaient décrédibilisées mais le médium qui était discrédité. Le Brexit, l’élection de Donald Trump.

 Quel message les électeurs ont-ils envoyé ?

 C’est une protestation du peuple au sens d’un demos qui réclame plus de démocratie. Du Brexit à Trump, le peuple a compris que la démocratie de la classe dirigeante avait pour objet de l’empêcher de se mêler de ce qui le regarde ! Il ne le supporte plus. On réduit cela par confort au racisme des petits blancs. Quelle erreur d’analyse , quel aveuglement. Arrêtons de prendre les gens pour des imbéciles.

 QUESTION DU JOUR.

Manuel Valls peut-il rester Premier ministre jusqu’à la fin du quinquennat ?

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L'ex-FN Chauprade soutient Fillon pour barrer la route à Marine Le Pen

Par Marc de Boni
Publié le 22/11/2016 à 17h56  http://premium.lefigaro.fr/elections/presidentielles/primaires-droite/2016/11/22/35004-20161122ARTFIG00279-l-ex-fn-chauprade-soutient-fillon-pour-barrer-la-route-a-marine-le-pen.php

Ancien conseiller de Marine Le Pen sur les affaires internationales, Aymeric Chauprade offre ses services à l'équipe de François Fillon pour démonter l'argumentaire du Front national.

Ancien cadre du FN qui fut l'un des proches conseillers de Marine Le Pen avant de se voir écarté, l'eurodéputé Aymeric Chauprade connaît bien Marine Le Pen qu'il soutenait jusqu'à l'année dernière. Fâché d'avoir été mis au ban pour ses propos sur l'islam et déçu par la ligne qu'il juge trop «socialiste-nationaliste», ce spécialiste des questions internationales se fait désormais le pourfendeur du programme de Marine Le Pen. Début novembre, dans un entretien accordé à Valeurs Actuelles , Aymeric Chauprade envisageait de rejoindre le Parti populaire européen (PPE) avec en tête l'idée de se rapprocher de Nicolas Sarkozy dans le contexte de la primaire LR.

Interrogé par L'Express ce mardi, il annonce désormais son soutien à François Fillon. «Je suis allé voter au premier tour pour Nicolas Sarkozy parce que je pensais qu'il avait de meilleures chances pour l'emporter. Je me suis trompé sur ce point, mais je ne renie pas du tout mon vote», confie Aymeric Chauprade, qui fait donc partie des 20% de sarkozystes déçus dimanche soir. «Je salue aussi l'incroyable campagne qu'a faite François Fillon, partant d'assez bas et en s'accrochant jusqu'au bout», explique ce géopoliticien favorable, comme François Fillon, à l'axe Paris-Moscou. «Il y a une convergence totale entre mes analyses et ce que dit François Fillon sur la nécessité de travailler avec la Russie et de remettre sur la table nos relations avec les monarchies sunnites du Golfe à cause de leurs ambiguïtés vis-à-vis du totalitarisme islamique», tient-il d'ailleurs à faire valoir.

Fillon, champion de la «droite hors les murs»

Mais au-delà de leurs convergences, Aymeric Chauprade, qui s'est désormais fait une spécialité de dénoncer l'attrait que suscite le FN, voit dans l'ancien premier ministre l'autre rempart efficace contre Marine Le Pen, puisque Nicolas Sarkozy n'est plus de la partie. «François Fillon peut bloquer l'accès du second tour de la présidentielle à Marine Le Pen. Il est capable d'attirer à lui une partie des voix de droite qui votent aujourd'hui Front national par dépit et par déception des Républicains qui ne portaient pas une ligne assumée. Aujourd'hui, François Fillon a éteint l'espace politique de ce que l'on appelait la ‘droite hors les murs'. Il l'a comblé spontanément», juge Chauprade, qui se raccorde volontiers à cette école de pensée.

En attendant, l'eurodéputé ne cache pas sa disponibilité pour dynamiser l'opération de siphonage de l'électorat frontiste qu'il appelle de ses vœux. «À l'issue de la primaire, je pense qu'une fois leur camp rassemblé, ils auront besoin d'élargir et de mettre en avant des personnalités capables d'expliquer pourquoi le FN ne fonctionne pas. Je serai à ce moment-là en effet à la disposition de François Fillon», fait savoir le fondateur du mouvement Les Français libres (LFL). «Je peux être celui qui témoigne, qui explique pourquoi le FN, où je suis passé, n'a pas la capacité à gouverner».

Au sein de la «droite hors les murs», Chauprade n'est pas le seul à voir en Fillon un adversaire redoutable pour Marine Le Pen. «Si c'est Fillon qui gagne la primaire, ce ne sera pas facile pour elle. Elle ne peut pas gagner sans l'électorat conservateur, essentiellement catholique. C'est l'une des clés de son succès.» L'édile en est convaincu, «ce n'est pas la question sociale mais identitaire qui fera l'élection», relève dans L'Express Robert Ménard, maire apparenté FN de Béziers.

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Jean-Pierre Le Goff : «Une révolte contre le gauchisme culturel devenu dominant»

Par Vincent Tremolet de Villers

Publié le 22/11/2016 à 17h33 http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2016/11/22/31001-20161122ARTFIG00263-jean-pierre-le-goff-une-revolte-contre-le-gauchisme-culturel-devenu-dominant.php

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - À quatre jours du choix entre François Fillon et Alain Juppé, Jean-Pierre Le Goff ausculte avec délicatesse les palpitations du corps social, ses inquiétudes et ses espoirs.

L'issue du premier tour de la primaire paraît vérifier la thèse du sociologue Jean-Pierre Le Goff, auteur de Mai 68, l'héritage impossible : l'apologie d'une modernité sans aucun frein et le relativisme culturel, qui dominent à gauche depuis trente ans et ont longtemps influencé jusqu'à la droite, semblent désormais rejetés par une large partie des Français. Le libéralisme économique doit-il se concilier avec un volet conservateur dans le domaine des valeurs?

LE FIGARO. - Quelles réflexions vous inspirent les résultats du premier tour de la primaire de la droite?

La victoire écrasante de François Fillon me paraît liée au rejet du politiquement correct sous toutes ses formes

Jean-Pierre LE GOFF.- La France demeure un pays qui est passionné par la politique et je m'en réjouis. La victoire écrasante de François Fillon me paraît liée au rejet du politiquement correct sous toutes ses formes, au refus du modernisme à tous crins dans le domaine des mœurs et de la culture et à une volonté de rupture avec le «pouvoir informe» et la «langue caoutchouc» pour restaurer l'autorité de l'État. Restent des questions qui ne sont nullement secondaires. La lutte contre l'islamisme et la maîtrise effective des flux migratoires ont toute leur importance mais ne peuvent éluder une autre question décisive: quelle position vis-à-vis des ambitions de Poutine dans une situation marquée par un retrait des États-Unis vis-à-vis de l'Europe? Je ne crois pas qu'un glissement ou un renversement d'alliance serait une bonne chose pour la France et l'Union européenne, bien au contraire. Je ne crois pas non plus à une sorte de «grand soir libéral» qui résoudrait magiquement les fractures de la société française. Je crains l'inverse. Les appels constants aux sacrifices avec comme seule perspective de futures et hypothétiques créations d'emplois ne peuvent tenir lieu de politique sociale. Tel me paraît être l'autre point faible de la droite qui, tout en refusant la démagogie, peut apparaître comme le porte-parole des revendications d'un patronat lui-même divisé. La gauche ne va pas manquer d'exploiter cette situation à sa manière, sans vraiment comprendre une nouvelle fois les changements profonds qui se produisent dans la société.

En France, en Europe comme aux États-Unis, la politique se résume le plus souvent à une lutte opposant le «système» et l'«antisystème». Cette dialectique vous paraît-elle pertinente?

Depuis des années, le fossé n'a cessé de se creuser entre une partie des élites politiques, intellectuelles et médiatiques et une partie des citoyens, tout particulièrement les couches populaires

La rhétorique de l'antisystème s'appuie sur des réalités qu'il faut d'abord prendre en compte si l'on veut comprendre pourquoi elle rencontre un certain succès. Depuis des années, le fossé n'a cessé de se creuser entre une partie des élites politiques, intellectuelles et médiatiques et une partie des citoyens, tout particulièrement les couches populaires, qui, affectées par le chômage de masse, ont été les laissées-pour-compte de la mondialisation. Cette fracture n'est pas seulement économique et sociale, elle est tout autant politique et culturelle. La fuite en avant et l'incohérence ont constitué une nouvelle façon déconcertante de gouverner qui a développé l'angoisse et désorienté la société. Les salaires hors normes et les différentes affaires concernant certains responsables qui n'ont cessé de prêcher l'austérité au sein de l'État et de la Commission européenne ont nui gravement à l'autorité et à la crédibilité du politique. L'institutionnalisation par la gauche au pouvoir du «gauchisme culturel» en matière de mœurs, d'éducation et de politique culturelle a érigé l'héritage impossible de Mai 68 en nouvelle culture dominante, traitant de ringards et de «beaufs», voire de «fascistes», tous ceux qui ne partageaient pas la nouvelle doxa. Le sentiment justifié que nombre de journalistes et de politiques ont tendance à dénier les fractures et les tensions existant dans la société en les enrobant dans les formules toutes faites du «bien vivre ensemble», de la «richesse de la diversité», de l'«ouverture» et de la «fraternité» universelle, avec en prime la volonté d'apparaître à tout prix moderne, suscitent une contre-réaction. Qu'on ne s'étonne pas dans ces conditions que l'antisystème rencontre de l'écho.

Mais que signifie au juste le mot «système»?

C'est un mot «valise» et englobant qui regroupe tous ces éléments qui témoignent du malaise démocratique en les intégrant dans un schéma simpliste en guise d'explication. À sa façon, il souligne l'existence d'un courant au sein des instances politiques, médiatiques, économiques… qui se montre incapable de comprendre les mentalités ordinaires et l'exacerbation des tensions au sein de la société, pratiquant inlassablement l'euphémisme et la dénonciation morale des opposants et du peuple qui a mal voté, avec les résultats que l'on sait. L'idée de «système» s'appuie sur cette réalité en suggérant que nous aurions affaire à une structure organique indissociable entre pouvoir politique, économie et médias, le tout fonctionnant selon une seule et même logique néolibérale mondialisée qui écraserait tout et serait responsable de tous nos maux. Dans ces conditions, on comprend qu'il n'y ait d'autre voie que celle de «renverser le système», d'où l'usage par les «antisystèmes» de la rhétorique «révolutionnaire» sous différentes variantes. Ce type d'interprétation globalisante aux relents de structuralisme et de marxisme ignore le pluralisme des activités, le jeu des différents acteurs, les contradictions et les conflits inhérents au fonctionnement de la démocratie. Ce n'est pas du reste le moindre des paradoxes de voir des journalistes ou des politiques dénoncer le totalitarisme du système alors qu'ils y participent et sont la preuve vivante du contraire.

L'antisystème fonctionne comme un « produit d'appel » qui fait écho au malaise ambiant et peut servir à gagner des voix

Emmanuel Macron se dit antisystème et considère que Marine Le Pen est dans le système. Cette dernière revendique le titre de championne de l'antisystème. Qui dit vrai?

Je ne mettrai pas Macron et Marine Le Pen sur le même plan. Ces candidats n'en ont pas moins un point commun basé sur une dénégation: ils se présentent comme hors du système alors qu'ils en viennent et y participent pleinement ; ils ne sont pas des néophytes en politique, connaissent l'importance de la finance et des médias. L'antisystème fonctionne comme un «produit d'appel» qui fait écho au malaise ambiant et peut servir à gagner des voix. Reste la question problématique de l'au-delà de la posture: qu'en est-il de la consistance du projet, de son contenu précis, de sa crédibilité et de ses effets dans le réel, en sachant que la politique en démocratie implique une éthique de responsabilité qui ne peut en rester à la généralité des principes et aux intentions?

L'antisystème n'est-il pas en fin de compte une posture commode qui peut servir à de multiples usages?

L'antisystème n'est pas propre à un camp. Il y a plusieurs façons de s'affirmer antisystème dans l'espace public

L'antisystème n'est pas propre à un camp. Il y a plusieurs façons de s'affirmer antisystème dans l'espace public. La version jeune cadre dynamique sociale-libérale et branchée pourra insister sur les blocages du système face à une jeunesse diplômée, aux créateurs de start-up et à l'économie numérique. À l'inverse, d'autres feront valoir le mépris du système à l'égard des couches populaires en laissant croire qu'on pourrait revenir à la France d'avant. Il y a aussi la version gauche radicale anticapitaliste, qui n'est pas éloignée de celle de l'extrême droite, consistant à s'afficher comme le «cri du peuple» oublié, retrouvant les accents des sans-culottes et des révolutionnaires. Il y a aussi les antisystèmes solitaires qui veulent incarner la ruralité… Sans oublier les représentants de différents groupes de pression économiques, sociaux ou communautaires qui dénoncent un système qui ne répond pas à leurs revendications… Dans la décomposition politique et culturelle ambiante, l'«antisystème» fonctionne comme le mot symbole d'un grand refus dans lequel peuvent se retrouver non seulement les déçus de la gauche et de la droite, mais tous ceux qui se considèrent comme des victimes et des ayants droit.

Le corollaire de cette opposition est celle du peuple contre les élites. Le peuple serait-il naturellement vertueux et les élites mécaniquement corrompues?

Les antisystèmes développent une représentation schématique, binaire entre «ceux d'en haut» et «ceux d'en bas», entre les «élites», qu'ils parent de tous les maux, et le «peuple» innocent et victimisé, auquel ils confèrent un pouvoir salvateur de régénération. C'est en ce sens que l'antisystème peut rejoindre le populisme, qui exploite les fractures des démocraties de façon démagogique, ou retrouver les accents poujadistes de l'opposition entre les «petits» et les «gros».

Les électeurs de droite peuvent-ils verser dans l'antisystème? Qu'est ce qui pourrait les y pousser?

Les invectives en tout genre suscitent un ras-le-bol qui peut verser dans la rancœur et le ressentiment

À droite, face au politiquement correct et au modernisme, qui ne concernent pas seulement la gauche, il existe la tentation de céder à la facilité du radicalisme sans se soucier outre mesure de ce qui peut advenir. Les invectives en tout genre («réactionnaires», «racistes», «europhobes», «islamophobes»…) suscitent un ras-le-bol qui peut verser dans la rancœur et le ressentiment. Bien plus, le besoin urgent et légitime d'un État cohérent qui retrouve son autorité et agit en conséquence peut flirter avec l'idée qu'après tout, face à l'islamisme et aux flux migratoires, un régime de type autoritaire passant outre la démocratie et l'État de droit pourrait être, sinon le bienvenu, du moins plus efficace. Par-delà la question des liens diplomatiques avec la Russie et la lutte contre l'islamisme, la fascination que peut exercer Poutine trouve là l'un de ses fondements. Face à une Europe et à une démocratie mal en point, Poutine n'incarne-t-il pas l'image d'un homme fort et déterminé qui a su rétablir l'État et redonner la fierté à son peuple, qu'importe à la limite la façon dont il s'y prend? Face à une Europe multiculturelle qui paraît décadente, n'entend-il restaurer l'ordre moral avec le secours de l'orthodoxie comme religion d'État? Le «rejet du système» érigé en maître mot, s'il peut servir de catharsis et de défoulement, peut déboucher sur la régression, sur de nouvelles formes de servitude volontaire ou non, qui font passer la liberté, l'État de droit et la laïcité au second plan.

La primaire a opposé des programmes plus que des visions. La politique est-elle simplement affaire de chiffres?

Contrairement à l'idéologie totalitaire, qui véhicule l'idée que «tout est possible», ou à la démagogie du «il n'y a qu'à», une politique démocratique se doit de prendre en compte les contraintes du réel et choisir entre des possibles dans une situation donnée. Dans cette optique, le chiffrage d'un projet est un élément important de sa crédibilité. Reste que la dimension gestionnaire et comptable, pour nécessaire qu'elle soit, ne suffit pas. La «démocratie de mécaniciens», consistant à débattre de la façon de «réparer le moteur» pour s'adapter au plus vite à un monde chaotique, ne peut faire sens pour les citoyens. La politique ne consiste pas à «gérer» la France et l'Union européenne comme s'il s'agissait d'objets comptables et d'entreprises à adapter au plus vite à la mondialisation. L'économie a ses lois propres, mais elle s'insère dans un creuset anthropologique et historique lié à un pays et à une civilisation dont on ne peut faire abstraction. L'économisme dominant passe outre cette dimension essentielle à la vie en société et à la politique. La culture n'est pas une sorte de supplément d'âme à une collectivité historique conçue comme une mécanique adaptable à volonté, mais ce qui donne sens à la vie en société. La droite ferait bien de ne pas l'oublier.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 23/11/2016. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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La presse étrangère voit en François Fillon «la version française de Margaret Thatcher»

Par Paul Louis
Publié le 22/11/2016 à 17h34  http://premium.lefigaro.fr/international/2016/11/22/01003-20161122ARTFIG00264-la-presse-etrangere-voit-en-francois-fillon-la-version-francaise-de-margaret-thatcher.php

VIDÉO - Le succès de l'ancien Premier ministre au premier tour de la primaire de la droite et du centre a suscité de nombreuses réactions dans la presse étrangère. Les différents portraits dressés mettent l'accent sur ses points communs avec Margaret Thatcher et sa russophilie assumée.

Si le succès indéniable de François Fillon associé à la déroute de Nicolas Sarkozy lors du premier tour de la primaire de la droite et du centre s'est révélé être une surprise pour tous les observateurs français, la presse étrangère dans son ensemble a, elle aussi, fait part de son étonnement à l'issue du scrutin. Pour le journal suisse Le Temps , le résultat de l'élection ressemble ni plus ni moins à un «séisme politique». Le quotidien britannique The Independant pointe de son côté la «surprise» Fillon qui a longtemps été «considéré comme un politique has-been».

En Espagne, El País soutient que Nicolas Sarkozy a subi «la plus humiliante des défaites, dans son propre camp». Un revers en partie dû à «une campagne de droite dure sur l'identité française, en ciblant les musulmans et les minorités», pour le célèbre Guardian . Une ligne radicale qui a largement profité à François Fillon selon le média britannique. Mais la victoire de l'ex Premier ministre, que la presse étrangère redécouvre, ne saurait être uniquement le résultat d'une mauvaise stratégie menée par le camp Sarkozyste.

Une image qui contraste avec celle de Nicolas Sarkozy

«L'image de Fillon peut sembler rassurante» Corriere della Sera.

Le Sarthois doit également son succès à l'image qu'il dégage, détachée de celle de l'ancien président. «L'image de Fillon peut sembler rassurante», souligne le Corriere della Sera qui pointe «sa tranquillité, si loin de l'exubérance et de l'agitation de Nicolas Sarkozy». Même son de cloche du côté du Telegraph qui souligne le «calme» de cet «anglophile compétent», après avoir rappelé les origines galloises de son épouse. La plupart des médias étrangers ne résistent pas à la comparaison. «Par rapport au style de son ancien patron, Nicolas Sarkozy, Fillon a une approche plus discrète», note Bloomberg quand le journal belge néerlandophone De Morgen voit aussi en Fillon une personnalité «plus calme que Sarkozy». Bien que décrivant un homme «réservé, presque timide», le Corriere della Sera n'omet pas de préciser que le candidat à la présidentielle «a participé aux 24 heures du Mans en tant que pilote et grand amateur de voiture».

«Son expérience, moins datée que celle de Juppé, joue en sa faveur» La Répubblica.

Au-delà de son apparente sérénité, la presse étrangère reconnaît en François Fillon des qualités certaines pour rassembler et incarner la droite. Si El Mundo explique dans un premier temps qu'il «n'est pas une figure charismatique», le quotidien espagnol admet qu'il «a cependant réussi à réunir les électeurs catholiques et les partisans de réformes profondes» grâce notamment «à des débats télévisés réussis». Pour Le Temps, l'ancien Premier ministre est «en position de prétendant très sérieux à l'Élysée». «Son programme économique libéral, mais surtout sa posture de fermeté sur des positions classiques de droite, lui ont valu un net soutien des électeurs conservateurs, résolus à obtenir en mai 2017 une alternance tranchée lors de la présidentielle», ajoute le journal suisse. La Repubblica estime de son côté que «son expérience moins datée que celle d'Alain Juppé joue en sa faveur».

Le «Margaret Thatcher français»

Sur le plan économique, la comparaison Thatcher-Fillon supplante la comparaison Sarkozy-Fillon. En effet, la presse étrangère insiste particulièrement sur les ressemblances notoires entre le programme du Français et celui de l'ancienne chef du gouvernement britannique. De Morgen voit en Fillon la «version française de Margaret Thatcher» à l'instar du Daily Mail qui soutient que «M. Fillon a fréquemment exprimé son désir de “libérer l'économie” en France, de manière à laisser un héritage historique aussi fort que celui de Thatcher».

«Fillon propose aux électeurs une politique inspirée de Margaret Thatcher» Bloomberg.

Pas de doute pour Bloomberg, François Fillon «propose aux électeurs une révolution économique et politique inspirée de Margaret Thatcher». Sentiment partagé par le Guardian qui décrit le Sarthois comme «socialement conservateur» et comme un «réformateur de marché libre qui admire Margaret Thatcher». Outre-Atlantique, le New York Times appelle toutefois à la prudence sur le programme libéral du candidat Fillon: «Ce type de programme conduit généralement à des dizaines de milliers de manifestants dans les rues», prévient le quotidien américain.

 

Fillon, le russophile

Hors de nos frontières, les médias observent également avec attention la position de François Fillon vis-à-vis du régime de Vladimir Poutine. Il «a cultivé des relations personnelles avec Poutine», note le Corriere della Sera. Le New York Times explique, quant à lui, que le favori des Républicains a «une approche plus conciliante que M.Juppé sur la Russie. Il appelle à une coalition occidentale avec Poutine pour combattre l'État islamique».

Pour l'heure, le candidat Fillon paraît crédible aux yeux de la presse étrangère même si Bloomberg affirme

«Le défi sera de prouver aux électeurs français qu'il propose un véritable changement» Bloomberg.

que «le défi pour Fillon sera de prouver aux électeurs français qu'il propose un véritable changement», lui qui est «entré au Parlement en 1981, a été ministre dans les années 1990 et Premier ministre pendant cinq ans sous Sarkozy». «Pour le FN, c'est un adversaire potentiellement beaucoup plus coriace» que Nicolas Sarkozy, note de son côté Le Temps en dépeignant un «homme qui séduit aussi les eurosceptiques par son discours souverainiste». Le Corriere della Sera conclut, quant à lui, en présentant une personnalité politique discrète qui s'affirme enfin: «À 62 ans, le Fillon réservé semble avoir tout juste commencé à se faire entendre».

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Clash Eugénie Bastié-«Libération» : Fillon déclenche une tempête dans le microcosme parisien

Par Marie-Amélie Lombard-Latune https://francais.rt.com/france/29409-clash-eugenie-bastie-liberation-fillon

Publié le 21/11/2016 à 18h42

INTERVIEW - Pour la journaliste britannique, la France est d'autant plus scrutée qu'elle semble hésiter sur son avenir : prendre un virage économique libéral ou céder aux sirènes du populisme.

 

Chef du bureau parisien de l'hebdomadaire libéral britannique The Economist, Sophie Pedder voit dans le résultat du premier tour de la primaire de la droite et du centre le signe d'une «révolution» française, au sens d'une conversion à un libéralisme économique assumé. En 2012, la journaliste dénonçait les blocages hexagonaux dans Le Déni français: les derniers enfants gâtés de l'Europe (Éditions JC Lattès).

Le FIGARO. - La primaire de la droite et du centre ne démontre-t-elle pas que la politique française reste de «bon niveau»? En tout cas meilleur que la campagne présidentielle américaine ou celle du Brexit?

Sophie PEDDER. - Oui et c'est très encourageant. En 2013, dans mon livre Le Déni français, j'analysais l'incapacité des Français et de leurs dirigeants à affronter les réalités économiques. Depuis, il y a eu indéniablement une prise de conscience de la gravité de la situation pour le pays. Les Français sont plus lucides que les hommes politiques ne l'imaginent. Ils ont mesuré l'état de l'économie française et la nécessité de changement. En ce sens, ils ont aussi montré qu'ils attendaient un débat de fond, sérieux.

Quel autre enseignement tirer de cette primaire?

«La droite française ne nous avait pas habitués à un tel libéralisme !»

Ce qui me frappe le plus est le libéralisme économique des programmes des candidats. C'est entièrement nouveau! En l'espèce, celui de François Fillon est quasi révolutionnaire. Réduire le périmètre de l'État, abolir l'ISF, mettre fin au concept des 35 heures pour le remplacer par une durée de travail dont le seul plafond est les 48 heures, limite fixée par l'Union européenne. François Fillon n'a-t-il pas dit qu'il voulait réduire le Code du travail à 150 pages, alors qu'il en compte 3000 aujourd'hui… Le programme d'Alain Juppé va aussi dans le bon sens: il ne bouleverse pas les règles mais il fait quand même bouger les lignes. La droite française ne nous avait pas habitués à un tel libéralisme! Sans parler d'Emmanuel Macron et de son projet réformiste.

On parle souvent de «Thatcher à la française» pour François Fillon.

La comparaison n'est pas très opérante. Mais ce qui est très frappant est ce virage que semble prendre la France, à contre-courant d'autres pays européens qui, eux, rejettent le modèle libéral. À commencer par le Royaume-Uni. La première ministre Theresa May développe une stratégie industrielle interventionniste. Et c'est Jeremy Corbyn, à la gauche de la gauche - l'équivalent de Jean-Luc Mélenchon - qui a été élu à la tête du camp travailliste. La France est clairement en train de s'engager dans une autre voie.

Comment l'expliquez-vous?

Par une déception pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy suivie d'une autre déception sous François Hollande. Soit dix ans sans réformes suffisantes. Sans croissance et sans création d'emplois. Alors, cette fois, les Français semblent rejeter les idéologies et faire davantage confiance à un empirisme pragmatique.

«Cette fois, les Français semblent rejeter les idéologies et faire davantage confiance à un empirisme pragmatique»

Un verrou aurait donc sauté?

Oui, le débat en France n'est plus à côté de la plaque. Le pays se met en condition de se hisser à nouveau au niveau de l'Allemagne. Les Français semblent vraiment sortir du déni. À moins qu'ils n'aient pas lu les programmes!

La primaire n'est pas la présidentielle… Un programme économique de droite, musclé, ne se heurterait-il pas, dès sa mise en œuvre, à des blocages: grèves, pays en ébullition, impasse politique…?

C'est vrai, tout dépend du niveau d'acceptation de la société française. On peut s'attendre à une période difficile. Surtout si la gauche n'est pas au second tour. Imaginons la situation d'un candidat de la droite face à Marine Le Pen. Cela sera compliqué de rassembler sur son nom des électeurs de gauche avec un tel programme économique. A fortiori pour François Fillon.

Deux anciens premiers ministres en lice. Est-ce aussi une spécificité française où le personnel politique se renouvelle peu?

«Après le Brexit, après l'élection de Donald Trump, la France sera-t-elle le prochain domino à céder à la vague populiste ?»

Il existe en France une tradition d'attendre son tour qui empêche les jeunes générations d'émerger. Cela est sans doute dû aux institutions: élire un président, c'est à la fois choisir un monarque, père de la Nation plein d'expérience, et un dirigeant qui sera aux commandes au quotidien. Rien à voir avec les chefs d'État britannique ou allemand qui ne sont pas censés incarner la Nation. Second critère, très français: avoir connu des défaites pour accéder aux plus hautes fonctions. Au Royaume-Uni, vous perdez, vous partez. David Cameron ne reviendra pas, pas plus que Tony Blair. Ed Miliband, chef de fille travailliste, battu en 2015, ne se représentera pas.

Cette année d'élection présidentielle en France est-elle très observée depuis l'étranger?

De très près. Avec cette principale question: après le Brexit, après l'élection de Donald Trump, la France sera-t-elle le prochain domino à céder à la vague populiste? À confier son sort à Marine Le Pen? Ou fera-t-elle, au contraire, confiance au sérieux et au réformisme? Les yeux de l'Europe sont fixés sur la France tant les enjeux sont immenses.

Quel est le degré de notoriété d'Alain Juppé et de François Fillon au Royaume-Uni?

Pour l'homme de la rue, aucun. Mais tous deux sont connus des milieux diplomatiques comme anciens premiers ministres. Avec une petite prime à François Fillon dont la femme, Penelope, est originaire du pays de Galles.

Les débats sur le Brexit ont-ils laissé des traces dans l'opinion publique britannique?

Oui, par leur médiocrité! Ils ont été dominés par le mensonge, tel ce bus qui a circulé dans tout le pays avec cette prétendue promesse: grâce au Brexit, 350 millions de livres sterling allaient être reversés au système de santé (le National Health Service)… Dès le lendemain du référendum, on nous expliquait que finalement ce n'était pas possible. Des hommes politiques comme Boris Johnson ou Nigel Farage, en démissionnant, n'ont pas assumé leurs responsabilités. Quant à David Cameron, après avoir tant tapé sur l'Europe, il n'était pas crédible en soudain champion de l'Union. Tout cela fut lamentable, désolant.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 22/11/2016. Accédez à sa version PDF en cliquant ici