Par Delphine de Mallevoüe

C’est une peur estivale, et un fléau à l’année. À Paris, en province et jusque dans les replis des territoires les plus isolés, où l’atteinte aux biens et aux personnes ne décroît pas malgré la désertification, les cambriolages sont en hausse. Marqueurs d’une délinquance en constante augmentation, ils violentent les foyers au cœur de leur intimité. Et peu leur chaut, à ces crocheteurs du dimanche, détrousseurs en bande organisée ou malandrins d’opportunité, de vider les maisons alors que les occupants y sont: nombre de faits récents montrent une augmentation de ces effractions, «saucissonnage» à l’appui. Un jargon policier qui signifie ligotage, coups, menace par arme, comme l’ont tout récemment vécu l’ex-ministre de l’Économie Thierry Breton et son épouse dans leur domicile parisien.

Face à ce fléau - 645 cambriolages par jour -, le désœuvrement et la fatalité semblent intégrer la norme. Le taux d’élucidation de ces infractions est dérisoire: guère plus d’une affaire sur dix. La complexité croissante des procédures, la baisse des effectifs opérationnels, la diversification des missions des policiers et la «mansuétude» des parquets débordés par les «petites affaires» ont considérablement affaibli la traque et laissé la voie libre aux malfaiteurs. Pourtant, la protection des biens et des personnes est au cœur du droit. Et la sécurité la première des libertés: la Déclaration des droits de l’homme, consacrée par notre Constitution, dispose qu’elle «fait partie des droits inaliénables et imprescriptibles de l’homme» et que ceux-ci doivent être garantis par la force publique. Une prérogative régalienne dont l’État semble s’être désengagé, se déchargeant sur le dos de bons baudets: les municipalités. Les citoyens eux-mêmes en viennent à prendre la sécurité de leur quartier en main. Les «Voisins vigilants» patrouillent, au risque parfois de jouer les shérifs.

De sa fenêtre, le ministre de l’Intérieur revendique un engagement ferme. «Moi, je choisis de privilégier la sécurité des Français», a-t-il récemment affirmé. Mais, sur le pas de leur porte, les Français, eux, attendent moins d’incantations politiques qu’une action, des mesures, des moyens.