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DÉCRYPTAGE - Le «moon hoax», théorie selon laquelle l’homme n’aurait jamais marché sur la Lune, refait surface alors que l’on célèbre les 50 ans de cet événement historique. Voici 10 contre-arguments que la Nasa et les scientifiques opposent aux complotistes.

Alors que l’on célèbre le cinquantenaire des premiers pas de l’homme sur la Lune, ce 20 juillet 2019, le «moon hoax» («canular lunaire») est toujours aussi populaire. En 2018, un sondage Ifop révélait ainsi que 16% des Français soutenaient «totalement» l’idée que les Américains n’étaient jamais allés sur la Lune. C’était aussi le cas de 7% des Américains en 2013. Ce «mensonge» aurait été diffusé par le gouvernement américain pour acter la supériorité des Etats-Unis sur la Russie dans leur course à la conquête spatiale et ainsi remporter la Guerre froide.

Très populaire, cette théorie du complot a vu le jour en 1974 et a été diffusée par un... Américain. Deux ans après la fin du programme lunaire américain, Bill Kaysing publie Nous ne sommes jamais allés sur la Lune: l’escroquerie américaine à trente milliards de dollars. Il y développe les principaux arguments aujourd’hui avancés par les complotistes. Pour lui, tout a été tourné dans une base militaire secrète, installée dans le désert du Nevada, avec la complicité d’Hollywood et de ses effets spéciaux, comme ceux du film 2001: l’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, sorti en 1968. D’ailleurs, Kubrick ne serait pas étranger à cette mise en scène, ose même l’auteur.

Avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux, le «moon hoax» connaît un regain de notoriété. C’est encore une chaîne américaine qui relance la machine: en 2001, le réseau Fox télévision diffuse un «documentaire» intitulé La théorie du complot: avons-nous aluni? La NASA prend les choses très au sérieux: en 2002, elle commande un livre pour réfuter point par point les arguments des complotistes, avant de se rétracter pour ne pas donner trop de crédit aux attaques, préférant, néanmoins, se concentrer sur quelques points.

Cliquez sur les points jaunes numérotés pour accéder aux explications:

 

1. Le drapeau qui «flotte»

On jurerait qu’il flotte, ce drapeau, vous ne trouvez pas? Pourtant, c’est impossible: la Lune n’a pas d’atmosphère.

Sauf que le drapeau ne flotte pas. Il est maintenu déployé à l’aide d’une tige horizontale rigide. Quant aux plis qui donnent l’impression de flottement... ce sont ceux d’un drapeau chiffonné par un vol spatial agité. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder ces deux photos prises à quelques secondes d’intervalles: le drapeau ne bouge pas.

2. L’ombre du drapeau dans le «mauvais sens»

Sur la photo ci-dessus, l’ombre du drapeau semble dans le mauvais sens, si on la compare à celle de l’astronaute Buzz Aldrin. Mais en observant d’autres clichés, on comprend qu’il s’agit de l’ombre du collecteur de vent solaire (voir photo ci-dessous), un tube d’1m de haut, se trouvant hors champ du premier cliché.

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Buzz Aldrin devant le collecteur de vent solaire. - Crédits photo : Handout ./REUTERS

3. Où sont passées les étoiles?

L’absence d’étoiles dans le ciel lunaire interroge: ne devraient-elles pas y être encore plus visibles que depuis la Terre?

En fait, non. La mission Apollo 11 s’est déroulée en plein jour lunaire, sous forte exposition solaire. «Les étoiles dans l’espace, c’est dans les films de science-fiction», s’amuse François Forget, astrophysicien et directeur de recherche au CNRS. «Le sol lunaire est éclairé par un soleil très puissant, qui n’est pas atténué par les nuages ou l’atmosphère, un peu comme un soleil éblouissant en plein désert, poursuit-il. Ni l’œil humain, ni un appareil photo n’ont la sensibilité suffisante pour distinguer les étoiles. C’est un peu comme un stade de foot éclairé la nuit: la lumière est si forte qu’on voit la pelouse et les joueurs, mais pas les étoiles.»

4. L’empreinte de pas «bien trop marquée»

Empreinte de l’un des premiers pas sur la Lune.
Empreinte de l’un des premiers pas sur la Lune. - Crédits photo : Handout ./Reuters

Et ces empreintes de pas aussi nettes, comme si Aldrin marchait dans du sable mouillé, alors que le sol de la Lune est plus semblable à du sable sec?

Le sol lunaire est composé de régolite, une très fine poussière produite par l’impact incessant des météorites, plus proche de la cendre volcanique que du sable. Cette composition particulière et l’absence d’atmosphère expliquent ces empreintes.

Buzz Aldrin descendant les marches du module lunaire.
Buzz Aldrin descendant les marches du module lunaire. - Crédits photo : NASA NASA/REUTERS

5. Les combinaisons qui brillent

L’éclairage étrange des deux astronautes renforce l’impression de tournage studio... Leurs combinaisons «brillent» même dans l’ombre des véhicules, comme s’ils étaient placés au cœur d’un spot de lumière artificielle!

Là encore, le soleil plaide coupable. Source principale de lumière, son reflet sur la Terre et sur le sol de la lune, aux propriétés très réflectives, explique pourquoi Aldrin semble très éclairé sur cette photo, bien que capturé dans l’ombre.

6. Absence de cratère d’impact et de poussières

Comment des engins de plusieurs tonnes ont-ils pu alunir sans laisser de marques? C’est louche!

Pas tant que ça. Sur la Lune, aucun déplacement d’air. «Les rétrofusées ont soulevé beaucoup de poussière, , mais en l’absence d’atmosphère, elles sont retombées aussitôt», décrit François Forget. Quant aux modules, «ils n’ont pas créé de cratères, mais des halos, qui ont été observés depuis par d’autres satellites, bien après Apollo 11, comme le Lunar reconnaissance orbiter, lancé en juin 2009, dont les images sont si précises qu’on y voit encore le tracé du déplacement à pied des astronautes ! D’ailleurs, ces traces ont aussi été observées par les satellites des missions japonaise (SELENE), indienne (CHAN DRA YAAN) et chinoises (CHANG E 1 et 2). «Et personne ne s’attend à ce que la Chine, l’Inde ou le Japon manipule des images pour plaire à la NASA», fait remarquer l’astrophysicien.

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Buzz Aldrin, devant le module lunaire, déploie un arsenal scientifique sur la surface de la Lune, le 20 juillet 1969. - Crédits photo : NASA NASA/REUTERS

7. Un «C» sur une roche lunaire

Le diable se cache dans les détails, les complots aussi. Sur une photo de la NASA, on croit distinguer une lettre «C» sur une roche lunaire: la «preuve», encore une fois, qu’il s’agirait d’un décor de cinéma.

L’explication de la NASA? Un poil… ou un cheveu, qui se serait glissé sur le cliché pendant le développement: le «C» n’apparaît pas sur la pellicule originale.

8. Trop dangereux?

L’expédition lunaire prévoit la traversée de la «ceinture de Van Allen», une zone à la sortie de l’atmosphère terrestre contenant une telle densité de particules énergétiques que les astronautes n’auraient pu survivre aux radiations.

Faux, répond la NASA. Les combinaisons spatiales qu’ils portaient les protégeaient, et la traversée n’a duré que quelques heures, ce qui a limité l’irradiation.

Là où les complotistes ont «raison», c’est que ces expéditions étaient bien plus dangereuses que celles menées aujourd’hui. Lors de la mission Apollo 13 (avril 1970), un accident - qui fit prononcer à l’astronaute Jack Swigert ces mots célèbres: «Houston, we’ve had a problem» - aurait pu coûter la vie à l’équipage. «Aller sur la Lune était une mission d’intérêt national qui justifiait tous les risques, rappelle Xavier Pasco, auteur du Nouvel âge spatial. De la Guerre froide au New Space (CNRS éditions). Les astronautes étaient des pilotes d’essais, appartenant à un corps d’élite. Depuis, la sociologie des équipages a changé». En 1986, pour la première fois, une astronaute non professionnelle fait partie de l’équipage de la navette Challenger: l’institutrice Christa McAuliffe. Quelques secondes après le décollage, la navette se désintègre devant des millions de téléspectateurs, emportant la vie des sept astronautes. Un vrai traumatisme pour les Américains, qui pousse la NASA à limiter ses expéditions à risque.

9. Sur la lune en 1969… et pas sur Mars en 2019?

Si nous avions vraiment été sur la Lune en 1969… Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’aller sur Mars en 2019?

«Une fois la domination américaine sur les soviétiques démontrée, on a tout arrêté», raconte Xavier Pasco. Gagner la Guerre froide à tout prix, même les plus colossaux: en 1965/66, le budget de la NASA a atteint 4% du budget fédéral américain, soit 8 à 10 fois plus que son budget actuel. «Au début des années 1970, ce budget fut à nouveau divisé par huit. Puis la NASA s’est entichée d’une illusion: un système d’accès à l’espace peu cher, la navette spatiale. Mais le budget s’est révélé bien trop élevé», poursuit François Forget. Les sommes investies ont alors coupé court aux autres projets.

Après le traumatisme Challenger, l’arrivée de nouvelles exigences de sécurité, avec des mises aux normes technologiques, a encore augmenté le coût d’un vol spatial habité. «Retourner sur la Lune en 2019 est finalement presque aussi difficile qu’en 1969», résume Xavier Pasco.

10. Une interview de Buzz Aldrin lui-même

Mais puisque Buzz Aldrin lui-même a tout avoué! En 2018, une interview vidéo de l’astronaute, datée de 2015, fait son petit effet sur les réseaux sociaux. Interrogé par une petite fille, il répond: «nous n’y sommes pas allés». Le comble!

Pourtant, il suffit d’écouter l’entretien pour comprendre que l’astronaute évoque les raisons pour lesquelles les Américains ne sont «pas allés» de nouvelles fois sur la Lune ces dernières décennies...

La preuve ultime: 382 kg de roches lunaires rapportées sur Terre

Toujours pas convaincus? Il existe une énième preuve tangible: les échantillons de 382 kg de roche lunaire acheminés sur Terre par les astronautes des six missions américaines sur la Lune entre 1969 et 1972. Ces échantillons, authentifiés par des scientifiques du monde entier, ont pu être comparés avec les quelques grammes d’échantillons lunaires rapportés par les Soviétiques: ils ont constaté qu’ils avaient les mêmes origines.

Cela n’a pas empêché les autorités russes, qui n’avaient jusque-là jamais remis en question les premiers pas sur la Lune, de créer le doute en juin 2015, en demandant une enquête internationale sur les missions Apollo. À l’origine de cette provocation aux allures de Guerre froide, l’enquête pour corruption lancée un mois plus tôt par le FBI à l’encontre de la Fifa, dans le cadre de l’attribution de la Coupe du monde 2018, accueillie en Russie.