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LE LIVRE

 

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  • 4ième de couverture

Le paranoïaque est souvent convaincant. Charismatique, même. La folie qui l’habite ne se manifeste pas au premier coup d’œil. Incapable de regarder en lui, il part de la certitude inébranlable que le mal vient toujours des autres.
Un mécanisme insensé mais qui ne perd jamais l’apparence de la raison.
Une « folie lucide » dépourvue de toute dimension morale, qui représente un danger pour la société. Car la paranoïa atteint une intensité explosive dès qu’elle sort de la pathologie individuelle pour contaminer la masse. Elle peut alors marquer l’histoire de son empreinte, du massacre des Indiens d’Amérique à la Grande Guerre en passant par les pogroms, les totalitarismes monstrueux du XXe siècle et les guerres préventives des démocraties de notre temps. Il manquait une étude globale sur ce mal collectif, à cheval entre psychiatrie et histoire. Pour la première fois, le psychanalyste Luigi Zoja explore la dynamique, la perversité, l’absurdité mais aussi la puissance de cette contamination psychique à grande échelle. De quoi nous faire regarder d’un autre œil des événements que nous pensions connaître. Des horreurs définitivement révolues ? Rien n’est moins sûr. La lumière de la conscience n’est jamais totale, ni définitive. La paranoïa peut encore affirmer à bon droit : « L’histoire, c’est moi. »

 

ARTICLEs

 

3) .... qu'est-ce la paranoîa .....

 

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PARANOÏA, LE CORPS DU DÉLIRE

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Un homme marche, observé par des dizaines de yeux, photomontages, 2015

Un homme marche, observé par des dizaines de yeux, photomontages, 2015

Extrait de la série «le Voyage fantastique» (2015).Photomontage Sarah Bouillaud. Hans Lucas.

 

Par Robert Maggiori— 27 juin 2018 à 17:56

Mêlant théorie et récit, mythes et anecdotes, l’essai du psychanalyste milanais Luigi Zoja consacré à la «folie lucide» dans l’histoire, qui vient d’être publié en français, se lit comme une saga ou un thriller.

La pensée n’est pas la raison. Elle n’est pas tenue à l’observance des règles de logique, ni au respect de ce que les faits imposent. Aussi peut-elle vagabonder à sa guise, passer sans souci du coq à l’âne, et même, poussée par la «folle du logis» qu’est l’imagination, construire des univers qui n’existent nulle part. Mais parfois, elle se prend pour la raison, et pose comme réelles, efficientes, déterminantes, des causes qui ne sont qu’en elle. Elle fait alors un «pas de côté», et, au lieu de seulement s’évader, vrille et se met à délirer. Quand la pensée (nóos) déborde, va au-delà (para) d’elle-même, arrive la paranoïa.

11 septembre

Luigi Zoja est psychanalyste. Il exerce à Milan – où il est né en 1943, sous les bombardements. Il a fait des études d’économie à l’université Bocconi et les a achevées en 1967 par une thèse sur le sociologue Charles Wright Mills. Parti à Zurich, il s’intéresse à la psychanalyse, et, plutôt que celles de Freud, épouse les théories de Carl Gustav Jung – orientation que confirmeront les rencontres avec Andrew Samuels à Londres et James Hillmann, le «père de la psychologie archétypale», dans le Connecticut. Zoja est un intellectuel connu, auteur de nombreux livres traduits dans une quinzaine de langues, sur l’arrogance, la violence, l’éthique, la justice. Il a été président de l’IAAP (l’Association internationale de psychologie analytique, qui regroupe les psychanalystes jungiens), et a par deux fois (2002 et 2008) gagné le Gradiva Award, qui récompense les travaux de psychanalyse et psychothérapie. C’est aussi, en Italie, un auteur populaire, car ses essais, jamais techniques, mêlent théorie et récit, mythe, anecdotes, histoire, actualité. Son grand œuvre, Paranoïa – salué avec enthousiasme par Zygmunt Bauman -, vient d’être publié en français. Il en a commencé la rédaction à New York (où il a longtemps travaillé), le jour de l’attaque terroriste contre les Twin Towers, le 11 septembre 2001.

 
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Goût pour l’affabulation ou tendance plus ou moins marquée à voir des ennemis partout, divagation induite par la jalousie ou l’érotomanie (conviction qu’on est aimé par une personnalité célèbre), folie des grandeurs ou maladie mentale, la paranoïa a de multiples formes et degrés. L’American Heritage Stedman’s Medical Dictionary la définit ainsi : «1. Un trouble psychotique caractérisé par des délires systématiques, majoritairement de persécution ou de supériorité, en l’absence d’autres troubles de la personnalité. 2. Une forme extrême et irrationnelle de méfiance à l’égard des autres». Mais presque tous les manuels de psychiatrie précisent que le paranoïaque possède «une faculté de réflexion remarquable, [qui] n’empêche pas sa foi dans le contenu des idées délirantes» (Karl Jaspers), et que «le diagnostic de la paranoïa n’est pas toujours évident», dans la mesure où «les malades savent quelles réflexions sont considérées comme pathologiques et sont capables de les dissimuler ou les atténuer de manière à trouver des gens prêts à jurer qu’ils sont sains d’esprit» (Eugen Bleuler). Pathologie difficile à cerner, donc. «Construction logique bâtie à partir d’un noyau délirant et d’un postulat de base falsifié», elle autorise que l’on puisse «discuter avec un paranoïaque de la partie logique de sa pensée», aussi longtemps du moins qu’est tenu caché le «noyau central», lequel «ne souffre aucune discussion» puisqu’il relève d’une condition que le sujet «exige pour vivre», ou d’une «vérité» qui «ne demande aucune justification mais qui justifie tout». A l’origine de la paranoïa – «tromperie originelle dont le sujet est l’auteur et la victime» – se trouve sans doute une indicible souffrance, ou en tout cas une solitude, «brisée par le fantasme d’être au centre de l’intérêt de tous» ou de se sentir l’objet de toutes les malveillances : elle s’accompagne de mégalomanie, d’envie, de jalousie, de suspicion, quand elle ne débouche pas, dans les formes graves, sur un «syndrome d’encerclement et la conviction d’être victime d’un complot», d’une persécution.

Bush, Hitler, Staline et Pol Pot

On s’attend donc à ce que Luigi Zoja, en psychanalyste jungien, ajoute, dans Paranoïa, sa propre analyse à celles, nombreuses, qui existent déjà, et qui éclairent la pathologie du point de vue individuel et clinique. Il le fait, bien sûr, de façon passionnante, en remontant même aux théories de Mélanie Klein sur le passage, lors de la première année de la vie de l’enfant, de la «position schizo-paranoïde» à la «position dépressive». Mais qu’on regarde le sous-titre de l’ouvrage, «La folie qui fait l’histoire» : on pourra déjà subodorer l’aventure inouïe à laquelle invite le livre, qui, même dans ses dimensions ou sa couverture, ne ressemble en rien à un «essai de psychanalyse» mais plutôt à un thriller, une saga, un roman historique. A côté de la psychose chronique développée à partir du caractère paranoïaque, Zoja prend en effet en considération les tendances paranoïdes présentes en chaque individu, qui conduisent à élaborer des architectures mentales et agencer des actions à partir de «faits» supposés, et qui, surtout, se diffusent auprès des autres sujets sociaux comme une «infection psychique» collective (Jung) : par exemple la suspicion paranoïde du président Bush, devenue doctrine du gouvernement américain puis croyance partagée, qui a justifié que l’on attaque préventivement l’Irak parce qu’on imaginait que le pays possédait des armes de destruction massive. Aussi, exploitant une documentation impressionnante, fort de sa grande culture psychologique, sociologique, littéraire, politique, mythologique, le psychanalyste milanais dresse-t-il une extraordinaire fresque de l’histoire européenne et mondiale, en suivant et en découvrant dans ses méandres et ses soubassements (mais aussi dans la littérature, de l’Ajax de Sophocle à l’Othello de Shakespeare), les facteurs, inattendus, qui peuvent être reconduits à l’absurde logique de la paranoïa – qu’elle se manifeste chez Hitler, Staline ou Pol Pot, ou qu’elle soit subrepticement active dans les décisions politiques ou militaires qui ont marqué la colonisation, les exactions des conquistadores, le massacre des Indiens, la guerre hispano-américaine, la Grande Guerre, le second conflit mondial, le lancement de la bombe atomique, l’établissement des régimes totalitaires, les nationalismes, la création des «ennemis intérieurs» – jusqu’aux populismes d’aujourd’hui, le rôle des médias et les théories du complot. «Les textes de psychiatrie, écrit Zoja, nous ont convaincus d’ouvrir les grilles de l’étroite enceinte où sont soignées les maladies mentales et d’en sortir. La paranoïa classée comme clinique fait certes douloureusement souffrir un sujet et ses proches, mais au-delà de ces grilles, la paranoïa intégrée à la vie quotidienne essaime aux quatre coins de la société, a exterminé plus de masses humaines que les épidémies de peste ; elle a humilié et mentalement anéanti plus d’hommes que la colère de Dieu.»

«Hommes ordinaires»

Contagieuse, la paranoïa s’infiltre dans la société, la politique, la culture, et s’alimente de son propre sang : elle est «autotropique». Dans un premier temps, on pose comme «intouchable» une donnée totalement fausse (par exemple, dans le Mein Kampf de Hitler, l’idée que le croisement de races conduit à la stérilité, aux pires maladies et à la dégénérescence), puis, de façon obsessionnelle, on la barde d’explications en tous genres, de raisonnements (en eux-mêmes cohérents), parfois de vérités révélées, de pseudo-savoirs, de croyances, afin de la rendre «évidente» à tous et de justifier une «politique» qui puisse résoudre le faux problème du début (la «solution finale», dans le cas du nazisme). Emblématique, à cet égard – mais le livre foisonne d’exemples -, est la création de la «race imaginaire» et du racisme, que Zoja décrit en détail, en partant de la publication de l’Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855) de Joseph Arthur de Gobineau, dont les thèses se diffusent en quelques années dans toute l’Europe, au point de «contaminer» la lecture de la théorie sur l’origine des espèces de Darwin, ou de la «prendre en otage», pour «exprimer, au nom de la science, des formes inconscientes d’envie, une méfiance paranoïaque, des instincts destructeurs». Ainsi, à la même époque, «on en vient à estimer que la solidarité avec les plus faibles (et, par conséquent, leur survie) permet aux tares génétiques des plus « adaptés » de perdurer. Ce faisant, elle nuit à l’évolution et au progrès». D’où l’«eugénisme positif» proposé par le cousin de Darwin, Francis Galton («inventeur» de la méthode d’identification par empreinte digitale), qui vise à «opérer une sélection des qualités humaines supérieures en amenant des personnes qui possèdent des dons particuliers (intellectuels, notamment), à se marier entre eux et en organisant une immigration sélective». On retrouve, là encore, des «caractéristiques auxquelles l’analyse de la paranoïa nous a familiarisés» : un axiome «aucunement étayé, mais inébranlable et colporté avec une ferveur religieuse», auquel vient s’ajouter une angoisse de contamination, et un «besoin de séparer ce qui est positif de ce qui est négatif», de façon définitive si possible – ce qui justifie toutes les discriminations, les chasses aux sorcières, les stigmatisations, les pogroms, les épurations ethniques, les exterminations, les génocides…

Vue sous la loupe d’une telle catégorie psychopathologique, et racontée avec un si bel entrain, l’histoire apparaît sous un autre jour, et laisse apercevoir des «moteurs» insoupçonnés – aussi insoupçonnés que sont, chez l’individu le plus normal, les éclats soudains de cette «folie lucide» qu’est la paranoïa. «Les monstres existent, dit Luigi Zoja, mais ils sont trop nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires.» Très ordinaire est la «ravissante jeune femme blonde» qui apparaît sur la couverture du livre. On la regarde autrement si on rappelle que, durant la Seconde Guerre mondiale, la propagande américaine représentait les «Jaunes» comme des singes, et que cette femme, dont la photo est publiée par un prestigieux magazine illustré, est en train d’écrire à son fiancé «pour le remercier de lui avoir envoyé le crâne d’un soldat japonais».

 

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Paranoïa | Confrontation troublante avec l’essai de Luigi Zoja

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Aboutissement de 10 années de recherches, l’ouvrage de Luigi Zoja s’attache à explorer la paranoïa comme mal collectif. Une étude globale, à cheval entre psychiatrie et histoire, apportant un éclairage nouveau sur des faits historiques pourtant largement étudiés.

Essai paru en Italie en 2011, traduit par Marc Lesage et augmenté d’une préface de l’auteur pour la présente édition française.

Le paranoïaque est souvent convaincant. Charismatique, même. La folie qui l’habite ne se manifeste pas au premier coup d’œil. Incapable de regarder en lui, il part de la certitude inébranlable que le mal vient toujours des autres.
Un mécanisme insensé mais qui ne perd jamais l’apparence de la raison.
Une « folie lucide » dépourvue de toute dimension morale, qui représente un danger pour la société. Car la paranoïa atteint une intensité explosive dès qu’elle sort de la pathologie individuelle pour contaminer la masse. Elle peut alors marquer l’histoire de son empreinte, du massacre des Indiens d’Amérique à la Grande Guerre en passant par les pogroms, les totalitarismes monstrueux du XXe siècle et les guerres préventives des démocraties de notre temps. Il manquait une étude globale sur ce mal collectif, à cheval entre psychiatrie et histoire. Pour la première fois, le psychanalyste Luigi Zoja explore la dynamique, la perversité, l’absurdité mais aussi la puissance de cette contamination psychique à grande échelle. De quoi nous faire regarder d’un autre œil des événements que nous pensions connaître. Des horreurs définitivement révolues ? Rien n’est moins sûr. La lumière de la conscience n’est jamais totale, ni définitive. La paranoïa peut encore affirmer à bon droit : « L’histoire, c’est moi. »

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C’est le deuxième essai de Luigi Zoja que nous traduisons, après Le Père. Le geste d’Hector envers son fils. Histoire culturelle et psychologique de la paternité (2015)

 

« Un tour de force intellectuel ! L’auteur met en rapport les facteurs psychologiques, culturels et sociologiques conduisant à l’agression d’une minorité dans la société, ou
à l’agression d’une société entière.
 »
(Cynthia Epstein)

« Un grand livre qui ouvre de nouvelles voies. Un nouveau regard sur la paranoïa et sa capacité à déterminer le cours d’une vie mais aussi celui de l’histoire.
Zoja nous ouvre les yeux.
 »
(Zygmunt Bauman)

« Zoja a écrit un ouvrage novateur qui n’analyse pas seulement la paranoïa comme une catégorie clinique mais comme un phénomène social et culturel aux conséquences
historiques déterminantes.
 »
(Paul Ginsborg, Université de Florence)

 

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QU’EST-CE QUE LA PARANOÏA ?

Pour découvrir la richesse et la pertinence de cet essai qui fera référence, nous vous proposons un parcours d’extraits choisis dans le premier chapitre : QU’EST-CE QUE LA PARANOÏA ?

Les notes de bas de page présentes dans l’ouvrage, fournies et précieuses, ne sont pas rendues ici par souci de lisibilité. Les illustrations proposées ici ne sont pas dans l’ouvrage. (Source : Pixabay)

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« Paranoïa » est un vieux mot grec. Nóos est la pensée, para-, le fait d’aller au-delà. En théorie, il ne renvoyait qu’à un esprit qui déborde de son champ habituel : pour les Grecs de l’Antiquité, ce concept indiquait déjà une pensée délirante, sans avoir pour autant l’importance qu’il revêt aujourd’hui. C’est la psychiatrie allemande du XIXe siècle qui l’a introduit dans la pensée moderne.

En politique, nombreux sont ceux qui utilisent le mot de « paranoïa » pour critiquer un adversaire, même si la plupart seraient bien en peine d’expliquer ce qu’il signifie. À l’inverse, ce concept n’a que très rarement été un instrument d’autocritique, ce qui arrivait parfois dans les assemblées étudiantes en 1968. Dans les moments de confusion générale, on pouvait entendre crier : « Camarades, ne cédons pas à la paranoïa ! » Si cette exhortation, cette autocritique homéopathique, ne ramenait pas nécessairement le calme, elle créait un semblant de consensus. Quoi qu’il en soit, personne ne répondait jamais : « Camarade, c’est quoi, la paranoïa ? »

[…]

La paranoïa est infiniment plus difficile à débusquer que d’autres troubles mentaux car elle sait se dissimuler à la fois au sein de la personnalité du paranoïaque et parmi les sujets qui l’entourent.

Chacune de ces définitions, pourtant tirées des écoles psychiatriques les plus variées, nous renvoie à celle que les Français utilisaient déjà au début du XIXe siècle : folie raisonnante ou folie lucide. Une définition aussi immuable et inébranlable que la paranoïa elle-même. Toute réflexion sur la paranoïa nous rappelle qu’elle appartient simultanément à deux systèmes de pensée : celui de la raison et celui du délire. La paranoïa est infiniment plus difficile à débusquer que d’autres troubles mentaux car elle sait se dissimuler à la fois au sein de la personnalité du paranoïaque (lequel, dans son ensemble, est tout sauf fou) et parmi les sujets qui l’entourent. Ce que nous voyons est la pointe minuscule d’un iceberg de déraison contre lequel peuvent venir s’échouer tous les bateaux de la rationalité.

Les troubles mentaux ne sont pas des blocs rigides de folie. Ce sont plutôt des « styles déraisonnants » qui, à travers d’innombrables variations, vont de la normalité à la folie. C’est d’ailleurs dans le cas de la paranoïa que cette contiguïté est particulièrement préoccupante. Loin de s’opposer à la raison, elle fait semblant de collaborer avec elle. Il n’y a donc pas un fossé entre les malades mentaux et les personnes saines d’esprit mais une continuité. Ajoutons que la pensée du fou tend, la plupart du temps, à glisser graduellement de la « normalité » au délire – et que ce passage peut être particulièrement imperceptible chez le paranoïaque. L’observateur croit souvent être dans une zone de sécurité réconfortante. Pourtant, c’est tout l’inverse.

Plus que n’importe quel autre trouble mental, la paranoïa n’est visiblement pas fonction de facteurs organiques. Les traitements auront donc peu de chance de fonctionner. Par ailleurs, étant de nature psychologique, son origine est très difficile à reconstituer : les vies psychiques sont aussi variables que les existences individuelles sont différentes les unes des autres.

Enfin, la paranoïa se manifeste plus tard que les autres troubles mentaux. Le paranoïaque, être fragile, déplace dans le temps un problème vital qu’il n’arrive pas à affronter. Tant que c’est possible, il le fait glisser devant lui, vers le futur. Puis, au moment où il devrait finalement prendre conscience que sa vie ne changera plus, c’est en direction de l’extérieur qu’il pousse son mal, en inventant des obstacles et des oppositions – ou en leur attribuant des dimensions disproportionnées. Bien souvent, la paranoïa ne se manifeste donc qu’à quarante ans ou plus, chez des personnes qui se sont déjà fait une place dans l’existence. S’il leur arrive de se montrer soupçonneux, leur attitude, prudente et utile, est généralement valorisée. En quoi est-ce un mal si un assureur d’âge mûr sait dresser par le menu la liste de ce que risquent ses clients ? Ou si un médecin avec des années d’expérience a peur de maladies invisibles et nous conseille une interminable série d’examens ? À nos yeux, leur méfiance n’est pas une réflexion pathologique mais une forme de professionnalisme. Leur paranoïa est intégrée à leur vie.

[…]

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Omniprésence de la paranoïa

C’est donc comme une possibilité présente au sein de chaque individu, et non une maladie, qu’il nous faudra considérer la paranoïa.

En règle générale, nous percevons les maladies mentales comme un phénomène étranger et effrayant. Il nous arrive d’éprouver de la compassion pour ceux qui en souffrent, mais également un sentiment de différence et de méfiance. Pourtant, dans les premiers instants où nous entrons en contact avec elle, la paranoïa est susceptible de nous apparaître comme la continuation de notre mode de pensée normal – et plus précisément de notre besoin d’explications. La paranoïa, ou du moins une version plus nuancée, s’achète et se vend chaque jour en bas de chez nous, pas au sein de l’institution psychiatrique. Ce n’est pas une pensée radicalement différente de la nôtre. Tous les processus mentaux spécifiques sont potentiellement présents en nous. La tentation de refuser nos responsabilités et de rendre les autres responsables du mal ne fait pas exception. Une voix intérieure suggère que nous avons intérêt à le faire. Aussi faible, aussi dissimulée soit-elle, elle existe en chacun de nous.

C’est donc comme une possibilité présente au sein de chaque individu, et non une maladie, qu’il nous faudra considérer la paranoïa. Comme un archétype, dans le sens que donne Carl Gustav Jung à ce terme. […]

Le paranoïaque possède généralement des moyens intellectuels et toujours un « sens critique ». Il lui arrive même de se montrer caustique.

Son mal originel étant un manque d’estime de soi, ses critiques sont néanmoins à sens unique, inflexibles. Il peut verser dans le sarcasme, et même dans la haine, mais pas retourner son ironie contre lui : en se critiquant, il aurait peur de se détruire.

S’il ne revient jamais sur ses positions, c’est parce qu’il basculerait dans le néant. Voilà pourquoi il est incapable de pardon : ce geste impliquerait une liberté qu’il n’accepte ni pour les autres, ni pour lui-même.

[…]

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La contamination paranoïaque au sein de la société

 

À la première occasion concrète, la suspicion refera surface mais, par manque d’éducation autocritique, ne pourra être que projetée sur les autres.

La paranoïa collective est, hélas, un processus possédant des analogies avec la culture populaire moderne. À la différence, par exemple, de la culture populaire médiévale, le consumérisme de masse que nous connaissons aujourd’hui n’encourage ni l’autosuspicion ni le sentiment de culpabilité, mais leur contraire. Profitons de tous les biens que l’époque met à notre disposition, suggère-t-elle en sous-entendant que nous en avons le droit parce que nous avons la conscience tranquille. Le deuil est pour elle impossible car elle n’est pas préparée au renoncement. La modernité, forte en économie et en technologie, révèle ici sa faiblesse morale. Ses doutes ne sont pas élaborés avec profondeur et patience. Ils ne seront donc pas éliminés mais simplement refoulés.

Douter est pourtant une exigence humaine universelle. À la première occasion concrète, la suspicion refera surface mais, par manque d’éducation autocritique, ne pourra être que projetée sur les autres. À cet instant, elle aura pour complice le ciment le plus solide de la société actuelle : les moyens de communication de masse, populistes par nature. Au lieu d’encourager un examen intérieur qui conduirait à prendre ses responsabilités, ces derniers poussent à chercher des coupables à l’extérieur.

[…]

Comment la condition urbaine actuelle déforme les instincts

L’une des missions de la psychologie devrait être de nous rappeler que l’homme est un être social. Notre psyché a un besoin inné de s’intéresser à d’autres hommes, d’établir des liens. Si nous sommes séparés des autres (une condition encouragée par l’individualisme actuel et facilitée par la technique), cet instinct conduit l’esprit à s’occuper d’eux quand même, mais sous la forme de fantasmes détachés de la réalité, d’autant plus incontrôlables et dangereux, où l’on préjuge plus qu’on ne juge.

Un individu isolé est artificiel. Mais la condition des peuples qui prévaut aujourd’hui l’est aussi. Notre corps a été produit par l’évolution naturelle pour vivre en petits groupes. Le système nerveux de l’homme n’a pas eu le temps de s’adapter à la vie urbaine. Dans les communautés peu nombreuses, il lui est possible d’entrer plus facilement en résonance avec les enthousiasmes ou les peurs des autres et, ainsi, de remplir pleinement une fonction sociale. L’évolution culturelle, elle, a produit de grandes concentrations d’individus, anonymes et en rien naturelles, qui inhibent la confiance et la coopération tout en risquant d’amplifier les élans destructeurs.

Le fait d’appartenir au groupe du « nous » et de construire des fantasmes autour du groupe des « autres » autorise, comme le dit la psychologie collective décrite par LeBon, Freud, Jung, Canetti et Weil, des comportements agressifs, couverts par l’anonymat de la foule, pour lesquels il manque des inhibitions naturelles. L’une des missions de la neurophysiologie sera de décrire quels neurones deviennent fous au sein de ces immenses amas contre-nature ou de leurs reproductions virtuelles, que la technique est en train de rapidement perfectionner.

[…]

 

Paranoïa et communication de masse

Tout naturellement, le plus prestigieux magazine illustré américain publie l’image d’une ravissante jeune femme blonde en train d’écrire à son fiancé pour le remercier de lui avoir envoyé le crâne d’un soldat japonais.

Si les mass media ont apporté la vérité à un public plus large, ils ont aussi facilité la diffusion de « contaminations psychiques collectives ». En ce sens, il faut attribuer à leur développement un rôle croissant dans l’imbrication de paranoïas politico-culturelles au cours du XXe siècle.

« Le journal sue le crime » : Baudelaire, déjà, pressentait ce danger. Les moyens de communication modernes canalisent la paranoïa. Une fois confié au pouvoir amplificateur des médias de masse, le fait d’être haï, au lieu d’être l’occasion d’une autocritique, vient démontrer quil est légitime de haïr les autres : c’est ainsi que l’inversion des causes prend des dimensions continentales et des effets apocalyptiques. Les mouvements de masse sont susceptibles d’êtres manipulés pour transformer cette absurdité en credo. C’est ce que nous rappellent deux slogans parmi les plus célèbres du XXe siècle. « Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur », disait une formule fasciste quand Mao Tsé-toung affirmait : « Être attaqué par l’ennemi est une bonne et non une mauvaise chose.»

À la fin du XVIIIe siècle et pendant tout le XIXe, le nationalisme, auquel s’ajoutent, dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, le darwinisme social, l’eugénisme et le racisme viennent affaiblir les ressources morales de la société, en les remplaçant par un égoïsme individuel ou de groupe. Si ces « inhibiteurs d’humanité » deviennent une doctrine officielle dans les états fascistes, cette idéologie, née dans le sillage de la solidarité radicale, produit des abominations tout aussi radicales dans les pays communistes.

Notons enfin qu’une déformation similaire parvient à s’insinuer jusque dans les sociétés libérales, sans que personne ne la condamne vraiment : durant la Seconde Guerre mondiale, la propagande américaine représente les Japonais comme des animaux (majoritairement des singes) en invitant à les tuer, comme on le fait avec les bêtes, précisément. Tout naturellement, le plus prestigieux magazine illustré américain publie l’image d’une ravissante jeune femme blonde en train d’écrire à son fiancé pour le remercier de lui avoir envoyé le crâne d’un soldat japonais. Un crâne qui trône sur son bureau et auquel elle sourit. Les SS d’Auschwitz n’ont donc pas été les seuls à collectionner d’effroyables objets humains. Ce cliché nous emmène à Phoenix, dans l’Arizona, au cœur de la classe moyenne blanche qui souffre le moins de la guerre. Loin, très loin du nazisme et des champs de bataille. C’est même une femme qui y tient le premier rôle. Et pourtant, le bacille de la haine s’est posé jusque sur ce bureau – avec une telle légèreté et, aurait-on envie de dire, un tel sens esthétique qu’il faut fournir un effort pour percevoir la violence sous-jacente. D’un point de vue formel, la contemplation d’un crâne posé sur une table pourrait rappeler les méditations sur la finitude humaine, caractéristiques des XVIe et XVIIe siècles. En réalité, c’est tout le contraire. Ces réflexions anciennes aidaient à introjecter la mort, à prendre conscience du fait qu’elle nous concerne personnellement. Mais ici, la furie guerrière et raciste tente de la projeter le plus loin possible. Par rapport à la femme qui l’observe, la mort est autre chose. Plus exactement : le mort est autre chose, il ne peut que mériter de mourir. La compassion est remplacée par la scission.

[…]

C’est avec le temps, et lui seul, que la raison tend à s’affirmer. Le temps redresse les pentes trop inclinées.

Dans la société moderne, la communication est véhiculée par les médias de masse et filtrée par les institutions qui les président. Ce filtre, pourtant censé retenir ce que la pensée a d’impur, tend souvent à l’amplifier. Soupçonner, imaginer des complots, déceler voire inventer un projet destructeur derrière certains événements : ce sont là des fonctions constantes des médias de masse. C’est avec le temps, et lui seul, que la raison tend à s’affirmer. Le temps redresse les pentes trop inclinées. « À la longue, aucune institution humaine ne peut se soustraire à l’influence d’un examen critique justifié », a écrit Freud. Mais comme nous le verrons, le temps nécessaire pour que cela se produise est parfois tragiquement long. Dans l’intervalle, la déraison a les coudées franches pour provoquer des bains de sang qui, à leur tour, sont susceptibles d’alimenter de nouvelles paranoïas.

[…]

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D’un point de vue éthique, la masse désunie (moléculaire) post-religieuse, post-politique, individualiste et consumériste d’aujourd’hui se trouve dans un vide moral.

Politiquement parlant, l’extension structurelle de la démocratie attribue à l’ensemble de la population un droit nouveau – le droit de connaître et d’être convaincue de ce qu’on lui demande. Auparavant, la masse ne recevait que des ordres. Désormais, le pouvoir est obligé de l’émouvoir et de la manipuler pour la convaincre : il s’agit là du mécanisme que nous appelons le populisme. Le pouvoir absolu de l’ancien régime n’avait pas besoin de s’allier à la paranoïa. Le pouvoir moderne, pour sa part, est tenté par le style paranoïaque qui aide à mobiliser la masse.

D’un point de vue médiatique, les moyens de communication doivent d’abord suivre la loi des grands nombres à mesure qu’ils se développent et deviennent ces médias de masse que sont les quotidiens, la radio ou la télévision. Leur diffusion, qui était jadis le moyen de la communication, est devenue sa fin, suivant l’axiome de Marshall McLuhan : le message, c’est le médium. Les médias doivent se faire écouter, se vendre à des millions de consommateurs, ce qui les différencie toujours davantage des produits culturels. Dans la majorité des cas, l’information paranoïaque (en apparence logique mais inspirée, en réalité, par une méfiance destructrice) contribue plus largement à leur diffusion que l’information critique. Peter Sloterdijk a entièrement raison de dire qu’à l’ère de la postmodernité, la masse qui descend dans la rue (telle que l’a décrite Elias Canetti) a été remplacée par une « masse moléculaire » composée de personnes isolées. Malgré tout, s’agissant de ce qui nous intéresse, à savoir la paranoïa collective, la réalité effective n’est pas si différente. Peut-être est-elle même encore plus tragique. C’est ce que tend à montrer l’ancien Empire britannique des Indes. À partir de 1947, année de sa décolonisation, le pays fut périodiquement dévasté par des pogroms réciproques entre hindous et musulmans. Au cours des décennies qui ont immédiatement suivi, les informations circulaient lentement à travers ce vaste territoire. Si d’aventure la foule d’une autre localité avait vent d’un massacre, les esprits rationnels et les autorités étaient donc potentiellement préparés à affronter les risques d’infection psychique. En revanche, depuis que la télévision arrive partout, la contamination paranoïaque est devenue instantanée : la foule déchaînée descend en temps réel dans la rue même si la télévision a évoqué les violences pour les condamner et non les encourager.

D’un point de vue éthique, la masse désunie (moléculaire) post-religieuse, post-politique, individualiste et consumériste d’aujourd’hui se trouve dans un vide moral. La responsabilité morale n’est cependant pas une idée abstraite et historiquement relative dont il est possible de se débarrasser sur commande : c’est une expérience primordiale de la psyché, archétypale et inévitable. Du fait qu’il est impossible d’en faire directement l’expérience, faute de valeurs conscientes, la responsabilité est projetée vers l’extérieur. Niée, elle réapparaît sous la forme d’un mal commis par les autres. Ainsi, lorsque les choses tournent court, l’impatience et l’irresponsabilité prédominantes accentuent la tentation de trouver aussitôt des responsables, de dévoiler un complot.

Une part toujours croissante de la« société des victimes et du dédommagement » où nous vivons fournit des produits immatériels qui se vendent d’autant mieux que le style paranoïaque se confond avec le style normal.

Enfin, d’un point de vue socio-économique, la chevauchée triomphale du secteur tertiaire a inventé de nouvelles activités qui prospèrent, précisément, par le biais de la paranoïa. Une part toujours croissante de la« société des victimes et du dédommagement » où nous vivons fournit des produits immatériels qui se vendent d’autant mieux que le style paranoïaque se confond avec le style normal : les avocats des parties civiles, les assureurs mais aussi les défenseurs des droits et les prédicateurs populistes s’en nourrissent et le nourrissent. Une partie du système de santé peut même, inconsciemment, se rendre complice de cette tendance victimaire. Comme de nombreux textes bien intentionnés, la Constitution de la République italienne « protège la santé en tant que droit fondamental »73 : grâce à un raccourci logique quasiment sans précédent (et qui nous laisse penser que Dieu a été introjecté par la loi laïque), elle proclame non pas le droit d’être soigné mais le droit d’être en bonne santé. Ainsi, toute personne malade est invitée à se sentir victime d’une injustice si elle se trouve privée de son intégrité physique – et non privée de soins. Pour la paranoïa, la boucle est bouclée : diffusée au sein de la société par les amplificateurs culturels et techniques modernes, elle regagne la sphère privée en restant une paranoïa collective. Du fait qu’elle est pratiquée par de trop nombreuses personnes, elle n’est pas reconnue comme telle.

[…]

Extraits du premier chapitre, pages 29 à 76.


Sommaire détaillé

Préface à l’édition française
Introduction. La folie d’Ajax

 

CHAPITRE 1. QU’EST-CE QUE LA PARANOÏA ?
La paranoïa individuelle (clinique)
La paranoïa collective (historico-culturelle)

CHAPITRE 2. LES DÉBUTS. MYTHE ET HISTOIRE
L’envie de Caïn
L’ennemi dans l’Énéide
Développement des liens entre paranoïa et politique
Le délire de Christophe Colomb
Une voix qui crie dans le désert. Le frère Antonio Montesinos
La croix et l’intérêt
Le droit paranoïaque

CHAPITRE 3. LE NATIONALISME EUROPÉEN.
DE LA RENAISSANCE CULTURELLE À LA PARANOÏA

Surveiller et se méfier
Fierté et méfiance des nations
Les fantasmes aux racines du droit national
La race imaginaire
La place des Juifs
« L’affaire »

CHAPITRE 4. LES PERSÉCUTEURS NAÏFS
La particularité de l’Amérique
La Légende noire
Le continent vide
« American exceptionalism »
Moby Dick
Principes fondateurs et pureté
La séparation des continents et la destinée manifeste
Guerre de conquête
Espagne et catholicisme
La « guerre des journaux »
Les États-Unis débarquent en Asie
Le fardeau du Blanc

CHAPITRE 5. L’EUROPE DANS LES TÉNÈBRES
Grande est la Guerre
L’ennui et l’attente
La flèche de Pandare et le premier mort
La suspicion grandit
Mobilisations préventives
Des horaires fatidiques ?
La politique de Créon
Des sentiments incontrôlables
Quand d’autres voix crient dans le désert
Le rôle de la communication de masse
Soupçons, exagérations, rumeurs
Le martyre de la Belgique
La paranoïa italienne
Une atrocité et une ampleur inédites
Le silence après les canons

CHAPITRE 6. FREUD, KEYNES ET LE PRÉSIDENT NAÏF
Un messie américain
Un dogme en quatorze points
Les traités de paix
Quand Wilson se trompe lui-même
Le climat paranoïaque des pourparlers
L’offense
L’arrogance
Les germes de la nouvelle paranoïa

CHAPITRE 7. SIEGFRIED
Une explication en forme d’illumination
La légitimation d’un « droit » nationaliste paranoïaque
La disparition de la coexistence multinationale
Un coup de poignard dans le dos
En attendant le retour des ténèbres

CHAPITRE 8. LE SOCLE DE GRANIT ET L’HEURE DE L’IDIOTIE
Les révélations d’Hitler
Le rôle de Vienne
Mein Kampf
L’apparition du Juif
Autres raisonnements « logiques » de Mein Kampf
Du théoricien au chef d’État
L’impatience triomphe
Les choix de mort
Des obstacles faire table rase
« Qui parle encore du massacre des Arméniens, aujourd’hui ? »
Finalement, la guerre
La toute-puissance définitive
Des calculs absurdes
L’enterrement volontaire
Le besoin de l’ennemi
Le délire jusqu’au bout
La « guerre totale »
La révélation ultime et l’abîme
L’ombre de Néron

CHAPITRE 9. L’HOMME D’ACIER
Staline : un nom significatif à plus d’un titre
Caractère
Une méfiance radicale
Allusion et création d’une réalité autonome
L’héritage de Lénine
Le Goulag
Iakov et Nadia
Le diagnostic de paranoïa
Quelques habitudes quotidiennes
Ressemblances et différences avec Hitler
« L’inversion des causes », ou l’esprit du leader comme origine de la société
Les massacres : les « koulaks »
Les massacres : la famine en Ukraine et ailleurs
Les massacres : la Terreur et les procès-spectacle
Le discours du vingtième anniversaire
Les « dénationalisations » et l’idéologie sous-jacente
L’impréparation à la guerre
La contre-attaque et la conclusion du conflit
La suspicion frappe les Juifs
Mort du tyran
Paradoxes du totalitarisme paranoïaque
Dernières questions

CHAPITRE 10. DU FEU QUI ALIMENTE LE FEU
Crimes de guerres et double morale des Alliés
Paranoïa collective et formes de gouvernement
Une guerre aérienne en forme de guerre totale
Les premières bombes de la Seconde Guerre mondiale
Les trois phases des bombardements alliés
L’infirmation des prévisions de Douhet
Les bombardements sur l’Allemagne
Les bombardements sur l’Italie

CHAPITRE 11. TOUJOURS PLUS À L’OUEST
Une guerre contre une race inférieure
Une guerre (totale) avec une altérité
Le mauvais calcul de l’attaque préventive
Un isolement impossible
La peur de l’encerclement
Une stratégie fondée sur l’empressement
La méfiance et l’occasion manquée
Vers la bombe atomique
Une exaltation contagieuse
Des choix de plus en plus limités
Hiroshima
Le journal de Michihiko Hachiya
Le reflux des projections et la rencontre avec l’ennemi
Encore de l’exaltation
Nagasaki
Rationalisations
Le secret
Des justifications a posteriori
Le procès de Tokyo
Le réveil d’Ajax
Les adieux du docteur Hachiya

CHAPITRE 12. UN PROJET POUR LE XXIe SIÈCLE ?
Paranoïa et nouveau siècle
La guerre froide
La disparition de l’ennemi soviétique
L’apparition de l’ennemi islamiste
Quand la paranoïa prend la forme d’un document gouvernemental
Une guerre née de la suspicion
Diffusion de messages paranoïaques et responsabilité
La puissance contagieuse de la paranoïa
Les échos dans la vie quotidienne

CHAPITRE 13. RÉFLEXIONS NON CONCLUSIVES
Comprendre le mal
Encore de la paranoïa et de la psychopathie
Individu, masse et leader
Trois générations de médias de masse
« Obey Giant »
Dictateurs
Rendre les médailles
80 % ?
Le renoncement à la morale chez les intellectuels et le peuple
Pourquoi la modernité offre de nouveaux espaces à la paranoïa
Le rapport aux « -ismes »
La rente paranoïaque
Les groupes clandestins révolutionnaires
La continuité entre agressions limitées et génocides
Acceptation des responsabilités et négationnisme
Qui a gagné ?
Désarmement et historiographie
Poèmes et hymnes
Monuments
Des contradictions ouvertes
Quelques exemples de paranoïa quotidienne
L’indifférence et l’Europe

Conclusion. Le murmure de Iago

Remerciements
Bibliographie

 

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