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Témoignages Réservé à nos abonnés

Publié hier 3.07.19 à 15h10

Par et

 

#RèglesNonDites. Très informées ou pas du tout, heureuses, apeurées ou honteuses… Plusieurs lectrices nous ont raconté l’arrivée de leurs menstruations et comment elles y ont été préparées.

Du sang, l’idée que l’on va « devenir une femme » et que l’on pourrait avoir mal. Les règles sont un moment, sinon central, toujours marquant dans la vie d’une jeune fille. A notre appel à témoignages, des lectrices de toutes les générations ont répondu, toujours avec précision, pour raconter leurs premiers cycles. Elles décrivent un moment parfois compliqué à gérer seule et souvent tabou.

 

« Je me sentais honteuse »

Fabienne S., 50 ans,
cadre dans la recherche en biologie à Paris

Cela a signifié la fin de l’enfance. C’était sous Giscard : j’avais 10 ans tout juste, et un merveilleux été chaud et rempli de cousins, de rires, de courses dans le jardin et séances de piscine promettait d’égayer les jours à venir. Ce fut sans compter avec cette malédiction féminine qui d’emblée s’avéra hémorragique. Maman, quoique infirmière, ne m’expliqua rien, mais me remis des grosses protections hygiéniques, visibles à travers n’importe quel pantalon et me dit : « Désormais, tu devras utiliser cela ». Je me sentais honteuse (pourquoi ?) et sale, et ne m’autorisai aucune des joies tant attendues de ce magnifique été 1979. Il m’a fallu quelques années et des amies suffisamment impudiques pour aborder le phénomène avec légèreté et faire la découverte, ô combien magique des merveilleux tampons – aujourd’hui remis en question pour leur nocivité…

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Mes premières règles sont arrivées comme un Noël très attendu. J’étais particulièrement fière de dire aux copines « moi aussi » : j’accédais à la vie de femme. Mais ça s’est rapidement compliqué.

Bien que ma famille soit ouverte d’esprit sur beaucoup de sujets, les règles et tout ce qui touche à la féminité en général sont tabou. Difficile pour une adolescente de comprendre pourquoi il faut cacher les tampons et les serviettes dans sa chambre et ne pas les ranger dans les tiroirs de la salle de bain (à côté des préservatifs, pourtant), de les jeter tout au fond de la poubelle. Difficile aussi de se faire sérieusement réprimander si vous avez une « fuite », impliquant de faire « des efforts ». Mes premières règles ont donc été un grand soulagement, suivi d’une belle désillusion.

Mes premières règles sont arrivées comme un Noël très attendu. J’étais particulièrement fière de dire aux copines « moi aussi » : j’accédais à la vie de femme. Mais ça s’est rapidement compliqué. Bien que ma famille soit ouverte d’esprit sur beaucoup de sujets, les règles et tout ce qui touche à la féminité en général sont tabou. Difficile pour une adolescente de comprendre pourquoi il faut cacher les tampons et les serviettes dans sa chambre et ne pas les ranger dans les tiroirs de la salle de bain (à côté des préservatifs, pourtant), de les jeter tout au fond de la poubelle. Difficile aussi de se faire sérieusement réprimander si vous avez une « fuite », impliquant de faire « des efforts ». Mes premières règles ont donc été un grand soulagement, suivi d’une belle désillusion.

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Je viens d’une famille éduquée, père chirurgien, mère au foyer, milieu catholique, provincial, bourgeois. Je suis née en 1973, j’ai eu mes règles à 13 ans. Ma mère ne m’en avait jamais parlé, ni ma sœur aînée. Heureusement que les copines d’école étaient là. J’avais très peur d’avoir mes règles à l’école, mais nous étions toutes dans le même cas, car c’était une école de filles. Lorsque j’ai eu mes règles, je l’ai dit à ma mère, qui m’a donné un paquet de serviettes hygiéniques et m’a souhaité bon courage. Je n’ai eu aucune explication. Quand je lui ai dit que je mettais des tampons pour aller à la piscine, vers 14 ans, elle et ma sœur m’ont dit que c’était quand même bizarre, « que ça rentre ». Les règles, la sexualité, le vagin, étaient tabou. Il a fallu que j’attende d’avoir 25 ans pour que mon amoureux, qui était biologiste, m’explique le cycle menstruel. Ni l’école ni la famille ne m’avaient donné d’éducation, ni en anatomie, ni sur la sexualité.

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Mes parents sont séparés depuis que je suis bébé, j’ai donc grandi avec ma mère qui m’a expliqué qu’un jour mes règles arriveraient. Ce jour-là, j’avais 13 ans, j’étais chez mon père, je n’avais eu aucune discussion de ce genre avec lui. J’avais mal au ventre mais pas comme d’habitude, je suis allée aux toilettes pensant que j’avais besoin d’aller à la selle, mais j’ai découvert une tache marron-rougeâtre dans ma culotte. J’ai compris que c’était mes premières règles. J’ai fouillé dans les affaires de la femme de mon père, espérant trouver une serviette hygiénique. Je n’ai trouvé que des protège-slips et des tampons sans applicateurs. J’ai tenté de mettre un tampon mais en vain, je n’y arrivais pas. J’ai téléphoné à ma mère pour qu’elle m’aide, n’osant pas demander à mon père, ni à sa femme. En cachette, j’ai dérobé des torchons de cuisine pour les mettre dans ma culotte le temps de rentrer chez ma mère. J’ai donc passé deux heures de trajet en voiture, mon sang coulant sur des torchons de cuisine.

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J’ai eu mes règles en début d’année 2019, en 5e. J’avais 12 ans. Ça n’a pas été un sujet tabou avec ma famille, j’en ai parlé avec ma mère en premier. Cela a été facile d’en parler avec mes amies, car une copine avait déjà ses règles. Certaines filles autour de moi pensaient que les règles étaient bleues comme dans les pubs. En CM2, nous avions eu un cours sur le sujet. J’ai eu peur le premier jour, car ça me faisait bizarre de voir du sang sortir de moi. J’étais contente aussi d’être débarrassée de l’attente. J’étais fière de grandir, de devenir une jeune femme. J’étais émue. J’ai utilisé une application pour prévoir l’arrivée des suivantes. Mes parents m’avaient acheté des protections périodiques car je sentais que j’allais avoir mes règles. Ma mère en avait aussi à disposition. Simplement, au collège, j’avais peur de ne pas savoir quand changer ma serviette.

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Ma mère et moi sommes dans une relation vraiment basée sur la communication. Elle m’en avait déjà parlé, et sans tabou. Je me souviens du jour de mes premières règles, j’avais 11 ans, j’étais aux toilettes et j’ai vu du sang. Ça ne m’a pas choquée, je suis juste allée la voir pour lui montrer le papier en lui demandant si c’était ça, les règles. Le reste a suivi tout seul. Je pense vraiment que le fait que ma mère m’en ait parlé d’elle-même m’a aidée. 11 ans, c’est tôt, et j’étais une des seules de mon âge à les avoir, on n’en parlait pas entre filles. A l’école on apprend, en SVT, d’où les règles viennent et pourquoi c’est là. Elle, elle m’a appris comment les appréhender, les relativiser et les gérer. Elle m’accompagne encore aujourd’hui sur le sujet.

 

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Je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais assise en tailleur et j’ai vu le sang. Nous commencions à parler beaucoup du cancer et j’ai beaucoup pleuré. Ma mère m’a humiliée et m’a dit sans explication : « Ça revient tous les mois, voilà une serviette ». Pour ma fille, nous sommes allés au restaurant pour fêter l’événement. Maintenant, je suis mamie. Dans le cadre du programme de CM2 cette année, mon petit-fils de 10 ans a évoqué entre autres la puberté et le respect de son corps. J’aurais aimé avoir ces informations, y compris sur la contraception. C’était un sujet tabou dans ma famille, ainsi qu’à l’école que je fréquentais, privée et catholique.

 

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J’avais 15 ans, toutes les copines avaient de la poitrine, des formes, et il y avait moi. Un jour, pendant un cours d’espagnol, j’ai eu une sensation très désagréable. A la fin du cours, en me levant, la chaise était tachée de sang. La honte ! Premièrement parce que je ne m’y attendais pas, deuxièmement parce que même mes copines m’ont jugée – c’était sale –, la prof d’espagnol aussi, et quand j’ai appelé ma mère pour qu’elle vienne me chercher, elle m’a finalement giflée : il paraît que ça porte chance… journée traumatisante !

 

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Lorsque j’ai eu mes premières règles à l’âge de 11 ans, je ne savais pas ce que c’était. Ma mère m’a donné des serviettes périodiques en me disant que dorénavant, pendant quelques jours chaque mois, je ne pourrai pas faire certaines choses, notamment du sport. C’était présenté comme une sorte de punition – c’est en tout cas comme cela que je l’ai vécu. En plus, c’était douloureux, et ma mère ne m’a pas dit qu’on pouvait prendre un antalgique. J’en ai très vite parlé avec mes camarades de classe et découvert une autre vision des choses : une sorte de galère qu’il fallait essayer à tout prix d’atténuer. Néanmoins, il a fallu que je sois majeure pour passer aux tampons (j’ai trouvé ça génial) et à la pilule contraceptive, qui a réglé le problème des douleurs menstruelles. Je suis perplexe maintenant face aux jeunes femmes qui abandonnent les tampons !

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J’ai eu mes premières règles à 15 ans et, franchement, ça ne m’a pas gênée, bien au contraire. Enfin, j’étais comme mes copines, j’avais mes règles donc j’étais devenue une femme. J’ai donc très bien vécu mes premières règles et les suivantes aussi d’ailleurs, je trouvais cela tout à fait normal pour une femme d’avoir ses règles. Maintenant je ne les ai plus depuis plusieurs années et ça me convient très bien aussi. Je ne comprends pas toutes ces discussions autour du cycle menstruel, les générations actuelles se prennent bien la tête pour pas grand-chose !

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Les règles, on en avait parlé, mais superficiellement. « On fait pipi du sang », voilà ce que j’avais retenu. Dans ma tête, on allait aux toilettes et paf, on faisait pipi du sang, comme ça, en une fois. Je ne sais pas trop comment ma mère pensait que ça allait se passer, mais j’étais plutôt mal informée. Elles sont arrivées un samedi matin. Ma mère travaillait toute la journée. J’ai tout de suite identifié ce que c’était et compris que visiblement on m’avait mal expliqué. Je me suis débrouillée pendant la journée avec du papier toilette. Le soir, on mangeait chez ma grand-mère. J’ai pris ma mère à part. Je lui ai dit : « Maman, je crois que j’ai mes règles », et j’ai enfin eu des explications plus claires et une serviette. Ce n’est pas particulièrement tabou dans ma famille, je pense juste que ma mère ne savait pas comment l’aborder. Et peut-être qu’elle pensait avoir encore le temps. Si ce n’est pas un événement traumatisant pour moi, j’aurais toutefois aimé être mieux informée et avoir des serviettes à disposition. 

 

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J’avais 15 ans en 1988, et participais à un stage d’informatique. J’ai compris le soir en rentrant et en passant aux toilettes que je venais d’avoir mes règles. Je l’ai dit à ma mère qui m’a donné un tampon avec applicateur, caché dans sa commode. Elle ne m’a rien dit de plus sur la douleur, la durée, la façon de poser un tampon et la contraception. J’ai souvenir d’une grande solitude, distance, froideur autour de cette modification intime. La nuit qui a suivi, j’ai rêvé que j’étais enceinte. Et je n’ai parlé à personne de la joie que j’avais ressentie. Je n’ai plus jamais évoqué mes règles en famille. L’aînée de deux filles, élevée par ma mère et ma grand-mère… c’est d’autant plus étonnant que notre maisonnée était un véritable gynécée.

 

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Ma famille n’a jamais fait des règles un sujet tabou. Aucune surprise le jour où j’ai vu du sang pour la première fois dans mes sous-vêtements. J’avais des serviettes hygiéniques dans ma chambre et savais quoi en faire. C’est ma mère aussi qui m’a appris à mettre un tampon, m’a acheté ma première cup et qui, il y a quelques semaines, m’a offert une culotte menstruelle. Hors du cadre familial, cependant, j’ai dû apprendre à oser laver ma cup à l’eau bouillante face aux regards des touristes d’auberge de jeunesse et des divers colocataires. En voyage, j’ai été dans plusieurs communautés hippies, où j’ai été mise à l’écart pendant le temps de mes règles, le sang prenant une dimension spirituelle. J’ai eu d’interminables discussions avec des partenaires sexuels horrifiés à l’idée de me toucher pendant mes règles, mais qui n’avaient rien contre le fait que je leur fasse plaisir tout de même. Et il a fallu énormément de temps pour que je comprenne que les douleurs que je ressentais les premiers jours étaient intenses comparées à beaucoup d’autres personnes.

 

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J’ai eu mes règles à 15 ans, c’était très tard donc je savais très bien ce qui se passait. Je suis allée directement dans la salle de bain et j’ai trouvé une serviette en fouillant dans la corbeille prévue à cet effet par ma mère. Mais ce qui m’a choquée à l’époque, c’était l’absence de communication sur le sujet. Je n’avais même pas envie de partager cette nouvelle avec ma mère puisque rien n’avait été mis en mots auparavant. J’ai pris sur moi. Nous ne parlions que très peu du corps de la femme en famille, alors que mes parents étaient pourtant naturistes. Un grand déballage, mais guère d’accompagnement des enfants sur le sujet du corps ou de la sexualité, encore moins des émotions… Le mot « ragnagna » était présent et m’agaçait au plus haut point, mais comment, pourquoi, quel sens et quel passage dans la vie d’une femme cela représente, toute la valeur symbolique était passée sous silence. Quel dommage de ne pas pouvoir vivre ce moment de transmission mère-fille… Aujourd’hui, j’organise des « Tentes rouges », espaces de discussion dédiés aux femmes.