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Patrick Buisson était l’invité de David Pujadas, sur LCI, le 12 juin dernier. Comme toujours, il a délivré aux téléspectateurs, peu habitués à un tel brio intellectuel, une analyse politique fondée sur une solide connaissance de l’histoire de notre pays. Avec, comme thème récurrent, l’impossibilité d’une union des droites. Non seulement parce que le rapport de force électoral désigne Marine Le Pen pour incarner un rassemblement, et que sa personne et son nom sont la garantie de la réélection d’Emmanuel Macron, mais surtout parce que les divisions essentielles des « droites » sont irréductibles.

Cet entretien a suscité un âpre commentaire d’Édouard Husson, dans Atlantico, qui reproche à l’ancien conseiller de Sarkozy de s’être aigri dans la défaite et de renier ses idées du passé. Un article dur, amer, qui laisse néanmoins sceptique.

On gagne toujours quelque chose à écouter Buisson, dont l’immense culture charpente une pensée claire et pédagogique. De même qu’on gagne à écouter ses critiques, pour dégager ce qui, dans leur propos, relève d’une incompréhension. En l’espèce, c’est le concept d’antilibéralisme qui structure l’opposition de Husson.

Lorsqu’on écoute ou on lit Patrick Buisson, il saute aux yeux que son antilibéralisme n’est pas économique avant tout. Personne n’a entendu Buisson contester la liberté d’entreprendre, prôner la hausse des prélèvements obligatoires, invoquer je ne sais quel collectivisme socialiste ou étatisme fascisant. En réalité, comme penseur, Buisson dénonce le libéralisme philosophique et culturel qui transforme les hommes en individus et les communautés en monômes. L’homme déplore que la politique « libérale » – dont il rappelle qu’elle est historiquement de gauche – ait produit une désagrégation quasi intégrale de toutes les forces structurantes de la société. Communautés locales, associations, familles, nation, Église, jusqu’au Parti communiste, tout cela rassemblait les hommes en communautés de vie et de destin. Ce qu’il en reste ? Une agrégation d’individus consommateurs et isolés.

Dire cela n’est pas faire le jeu de la gauche la plus marxisante. C’est décrire le réel. Et accepter que ce point de vue rassemble au-delà des clivages partisans. Ce qui se passe, actuellement, dans les rangs de LR le démontre brillamment. Mais le mouvement des gilets jaunes – dont Buisson rappelle qu’il a rassemblé plus de drapeaux français et régionaux que de drapeaux rouges – en est, selon lui, l’illustration. Il a exprimé, au-delà des revendications fiscales, un profond besoin de reconstruire une communauté. C’est, fondamentalement, le contraire du libéralisme.

Si on le suit, on constate en effet que le rassemblement des « droites » est une chimère. Mais il faut ajouter à cela que les termes sont piégés. Notamment les mots « libéral » et « conservateur », plus encore lorsqu’ils sont associés.

Les deux mots portent en eux une charge péjorative incontestable. On peut le déplorer, c’est ainsi. « Libéral », notamment, est un mot-valise qui signifie tout est n’importe quoi. De l’idée d’une liberté économique bien tempérée à la notion philosophique du primat de la volonté individuelle sur tout principe suprapolitique, les nuances sont infinies. Il n’est pas possible de construire un discours politique sur un concept aussi mal défini et mal compris.

Quant à « conservateur », il porte en lui l’idée sous-jacente d’ordre moral, de rigidité et de retour en arrière. Dans une société de l’émotion, qui a appris à ne surtout pas réfléchir, le sens des mots n’a plus d’importance. Leur charge psychologique en a beaucoup. L’association des deux termes est négative.

Alors, comme le propose Buisson, il n’y a qu’une chose à faire : travailler, encore et toujours, à établir un corps de doctrine clair et précis. La suite, on la verra plus tard…