CORRELATS

 

EXTRAITS

  • 28) ....la neutralité du Net ?  .... Les associations de consommateurs restent toutefois vigilantes, constatant que certains opérateurs tentent malgré tout de contourner les principes du règlement pour un Internet ouvert en favorisant le trafic vers leur service ou celui d'un partenaire, au détriment de celui de leurs concurrents. C‘est le cas notamment d'opérateurs qui proposent, en plus d'offres uniques, des suppléments qui favorisent leurs propres services de VOD ou ceux de leurs partenaires.
  • 27)... Votée par le Sénat, la loi antiterroriste est un premier test pour Gérard Collomb. VIDÉO - Contesté à gauche, ce texte défendu par le ministre de l'Intérieur, qui sera examiné en septembre ou octobre par les députés, doit pérenniser certains outils de l'état d'urgence.
  • 26)... Guillaume Perrault: «Faut-il se réjouir de la loi sur le non-cumul ?». ANALYSE - La loi interdisant le cumul d'un mandat parlementaire et d'une fonction exécutive locale, adoptée en 2014 par la gauche, entrera en vigueur à partir de juillet prochain. Ses effets sont très discutés, explique Guillaume Perrault, grand reporter au Figaro et à FigaroVox.
  • 25)... Guillaume Tabard: «Ne tirons pas trop vite sur les élus locaux». CONTRE-POINT - Après avoir déjà annoncé la réduction d'un tiers du nombre de parlementaires, Emmanuel Macron renchérit en proposant de réduire aussi le nombre d'élus locaux.
  • 24)... Les puissants relais de Macron dans les médias et les milieux culturels. Le chef de l'État fuit les médias qui lui sont globalement favorables. Il préfère côtoyer artistes et intellectuels.
  • 23)... Affaire Bygmalion : sauvé par un message de journaliste, Lavrilleux a songé au suicide. LE SCAN POLITIQUE - Dans un entretien au Monde, l'ancien directeur-adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 révèle toujours craindre pour sa vie et prendre des précautions dans ses déplacements.
  • 22)... O.J. Simpson, ex-star du football américain, va être libéré par anticipation. Condamné en 2008 à 33 ans de prison pour avoir participé à un vol à main armée à Las Vegas, l'ex-star du football américain a obtenu sa libération anticipée après une audience retransmise en direct à la télévision américaine.
  • 21)... Robert Redeker : «Dans l'ère du vide, les footballeurs prennent la place des héros». INTERVIEW - Le philosophe, auteur notamment de L'Emprise sportive*, analyse le phénomène Neymar.
  • 20)... Des figurants payés pour «faire le show» lors de la convention de LREM ? Une militante l'affirme. Dans un entretien téléphonique accordé à Sputnik, Tiphaine Beaulieu, porte-parole du collectif Les marcheurs en colère, a dressé un portrait du fonctionnement de LREM pour le moins éloigné des affirmations des responsables du parti présidentiel.
  • 19) ....Bienvenue dans le pire des mondes ....... contrairement à ce que nous serinent la plupart des politiques, « la globalisation n’a pas oublié l’éducation, c’est même son terrain de jeux prioritaire ». Parce qu’il est de toute première urgence de fabriquer les citoyens modèles d’un monde où la volonté des multinationales s’est substituée déjà au pouvoir des Etats — et que c’est l’un des enjeux centraux des échéances à venir : soit vous votez pour des partis qui veulent restaurer l’Etat et la Nation, soit vous êtes morts en croyant être vivants.
  • 18) ... Combattre la cravate avec Mélenchon : la révolution du paraître. FIGAROVOX/HUMEUR - Les députés mélenchonistes ont refusé, pour ne pas céder aux codes établis, de porter une cravate au sein de l'hémicycle. Serge Federbusch dénonce l'insoumission de pacotille des députés d'extrême gauche.
  • 17) ... Macron, le Mark Zuckerberg du suffrage universel ? Pour Vincent Tremolet de Villers la victoire de Macron consacre le triomphe du «mouvement» sur la «théorie», de la communication sur l'idéologie.
  • 16) ... Chantal Delsol : "La démocratie au défi du Front national". Pour la philosophe, la démocratie suppose l'affrontement entre adversaires. Or le FN est considéré comme un ennemi intérieur.
  • 15) ... Le soldat américain qui a abattu Ben Laden publie un livre où il raconte sa mission. Un ancien officier des Marines américains a publié un livre dans lequel il raconte la mission au cours de laquelle il aurait abattu le leader d'Al-Qaïda. Son récit semble se conformer parfaitement à la version officielle des faits.
  • 14) .... Comment gagner les élections avec des données personnelles ? Comment gagner les élections avec des données personnelles ? ..... "Macron est le candidat du Big Data". Travaillant depuis des mois avec des Startup spécialisées dans la récolte de données privées, les équipes de Macron achètent des informations sur les individus pour mieux pouvoir les convaincre. Importé du système américain, le profilage du votant idéal permet de cibler son discours au cas par cas et ainsi maximiser les intentions de votes.
  • 13) .... L'ère de la manipulation des citoyens ....
  • 12) .... OPINION PUBLIQUE ....Notion censée désigner un collectif, l'« opinion publique » est produite par le fonctionnement même du champ politique, c'est-à-dire par cet espace spécifique dans lequel l'enjeu est l'imposition des principes de vision et de division du monde social. C'est un principe de légitimité qui s'impose aux acteurs du jeu politique, ou qui est invoqué par eux, pour justifier l'exercice du pouvoir, ou sa contestation, au nom d'une transcendance. Selon les moments et les idéologies politiques, celle-ci peut être désignée par des expressions telles que – les majuscules sont ici de rigueur – le Bien commun, l'Opinion du plus grand nombre, la Volonté générale, le Peuple, la Nation, etc. C'est que, pour ne pas apparaître comme inspirée par l'arbitraire des dirigeants, l'action politique suppose, en effet, d'être menée au nom d'une entité qui dépasse la personne de l'acteur politique singulier et de ses intérêts privés.
  • 11) ... Les devoirs à la maison, pomme de discorde entre les parents et l'Education nationale. Pour la FCPE, principale fédération de parents d'élèves de l'enseignement public -proche de la gauche- qui sort une étude sur le sujet, les devoirs à la maison, en primaire, constituent un facteur d'inégalité supplémentaire.
  • 10) ....<<<<<<<<<<<<<<<<LFP<<<<<<<<<<<<< ....Ils sont huit. Huit grandes fortunes issues du luxe, de l’industrie ou encore des télécoms, qui se partagent aujourd’hui la quasi-totalité des médias. Patrick Drahi, Arnaud Lagardère, Bernard Arnault, Xavier Niel, Vincent Bolloré… tous participent à la fulgurante concentration des médias que nous vivons actuellement.
  • 9) ... Comment le marketing politique formate le cerveau des électeurs  ......depuis l’arrivée des Big Data, le marketing a changé. Et appliquer ses nouvelles méthodes de micro-ciblage au débat démocratique pose un certain nombre de questions. Cette vidéo proposée par Data Gueule fait le point.
  • 8) .... WIKILEAK .... "NOUS SOMMES DANS 1984 de GEORGE ORWELL " ....Je suis particulièrement préoccupée par le rôle du MI5 dans ce processus car il pourrait y avoir un «Etat secret» au sein du «Deep State» [Etat dans l'Etat au sein de l'administration des Etats-Unis] qui s'est attaqué au Brexit, à l’élection de Donald Trump et à tout le reste. Il semble donc que la NSA et le GCHQ, les deux organisations officielles de surveillance électronique des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, aient pu être induites en erreur par le travail de la CIA, qui dispose d'un énorme budget secret pour développer sa surveillance électronique... Et ce avec le concours du MI5, par dessus le marché, qui a pourtant vocation à protéger la démocratie et la sécurité nationale au Royaume-Uni !
  • 7) .... NE CROYEZ PAS VOS OREILLES .....Dans ce 6eme numéro d'Hier, aujourd'hui, demain, Frédéric Taddeï reçoit Juliette Volcler pour son livre "Contrôle" Editions La Decouverte dans lequel elle retrace l'histoire de la manipulation sonore. Comment le son et la musique ont été utilisés pour manipuler les émotions des travailleurs et des consommateursque nous sommes...
  • 6) .... NO HATE ...LOVE ... Au Québec, qui a tourné la page du catholicisme à la faveur de sa Révolution tranquille dans les années 1960, la motion ne passe pas.
  • 5) ... La justice italienne enquête sur Bolloré et Mediaset. Le parquet financier de Milan soupçonne l'industriel de manipulation de marché.
  • 4) ... Il s’agit d’un phénomène qui échappe complètement à la sphère rigoureuse de la comptabilité et des chiffres budgétaires, – comme par exemple ces plus de $3.000 milliards qui restent introuvables dans le cadre de l’audit officiel du budget du Pentagone sur les années 2001-2014.......  ce qui nous fait grandement présumer que ceux qui annoncent une grande guerre pour que le Système se sorte de sa crise terminale, si la crise n’a pas eu raison de lui auparavant, ce qui est probable, – ceux-là ne font que fixer par avance le moment de son oraison funèbre. Personne ne regrettera une telle usine à gaz. »
  • 3) ... Il faudrait, bien sûr, en matière de médias, remonter jusqu'à la source de la doctrine idéologique, à savoir les directives d'écriture (ou, selon le galimatias actuel: «les éléments de langage») de l'AFP qui construisent l'événement de telle sorte qu'il s'inscrive dans la vulgate doctrinale. Ce terme de «doctrine» est pleinement justifié pour définir le «roman» de la réalité que forge cette agence semi-étatique pour «rendre compte» des événements. Elle fournit un référenciel de base pour la conscience collective que structure le discours médiatique. .....
  •  2) ....Il nomme enfin l'ennemi ..... «Le terrorisme islamiste est un fléau mondial», qui «dévoie l'islam pour propager la haine, le fondamentalisme, avec tous les moyens que la technologie lui offre». Il le prédit: le combat contre les attaques djihadistes sera amené à durer mais, a-t-il dit, «les démocraties gagnent toujours les guerres».
  • 1) ... dalaï-lama .... Strasbourg, une journée de «conversations» sur le thème «corps, esprit, sciences», l'impact éventuel de la méditation sur le fonctionnement du cerveau,  .....voir surtout la vidéo interview avec avec Lady GAGA ...

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la neutralité du Net ?

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Aux États-Unis, les autorités veulent changer le cadre réglementaire qui oblige les fournisseurs d'accès à traiter de façon égale tous les services en ligne. La neutralité du Net est un principe fondateur du web. Cinq questions pour comprendre cet enjeu et ce que cette décision pourrait concrètement changer.

Après une décennie de bataille, la fin de la neutralité du Net pourrait être proche. Aux États-Unis, ce principe est dans le viseur de l'Administration Trump. Il est pourtant défendu par des poids lourds de l'économie comme Google, Facebook, Twitter, Amazon, Mozilla, Spotify ou encore Netflix. Et par des personnalités et organisations comme l'inventeur du Web, Tim Berners Lee, l'Electronic Frontier Foundation (une ONG de protection des libertés sur Internet), Greenpeace ou encore l'ancien président Barack Obama. Mais de quoi s'agit-il vraiment?

Qu'appelle-t-on neutralité du Net ?

La neutralité du Net ou «network neutrality» a été inventée en 2003 par le juriste américain Tim Wu, dans la revue Journal of Telecommunications and High Technology Law. À l'époque, ce concept recouvre l'idée que les flux d'informations ne peuvent être ni bloqués, ni dégradés, ni favorisés par les opérateurs de télécommunications.

Pour mieux comprendre ce que cela signifie, il faut s'intéresser au fonctionnement d'Internet: pour voir cette page web du Figaro par exemple, votre ordinateur ou votre mobile a reçu un petit paquet de données pour l'image, un autre pour le texte, etc. Ces paquets de données voyagent des centres de données du Figaro jusqu'à votre écran grâce à une infrastructure de câbles et de fibres, un peu comme des camions voyagent de Paris à Toulouse en passant par des autoroutes. Sauf que pour faire cette route, il faut s'acquitter d'un droit de passage à l'entreprise qui possède les infrastructures. Sur Internet, chacun paie donc à des opérateurs de télécommunications (Orange, Bouygues, Free...) une certaine somme pour accéder à leur infrastructure, un peu comme un camion paie Vinci pour son trajet d'autoroute. Passée cette formalité, l'opérateur n'est plus censé examiner le contenu des données qui circulent, la source ou la destination des données ou encore leur nature - vidéo, photo, texte, etc.

Ce principe de non-discrimination, de «neutralité du Net» donc, est l'un des principes fondateurs d'Internet, issu des opinions très libérales et libertaires des premiers fondateurs. Tim Berners-Lee, l'inventeur du Web (en vidéo ci-dessous), prend ainsi régulièrement position pour la défense de ce principe souvent menacé.

 

Qu'est-ce que cela changerait pour chacun s'il n'y avait plus de neutralité du Net ?

Pour filer la métaphore autoroutière, cela reviendrait d'abord à avoir un Internet avec beaucoup plus de péages: pour aller sur Netflix ou YouTube par exemple, des opérateurs de télécommunications voudraient faire payer un supplément à l'abonnement. Ils considèrent que ces services vidéo, de plus en plus utilisés, demandent de faire voyager beaucoup plus de paquets sur leurs autoroutes (la vidéo étant très gourmande en données, elle demande plus de bande passante). Si l'on pousse plus loin encore cette idée d'un monde sans neutralité du Net, cela donnerait un Internet qui s'achète à la carte, et qui serait donc beaucoup plus onéreux que le système actuel d'abonnement: il faudrait par exemple rajouter au tarif unique de l'abonnement à Internet une somme arbitrairement définie pour l'accès à certains sites Web. Certains opérateurs au Portugal imaginent déjà des offres où il faut par exemple ajouter 5 euros mensuels pour accéder à certains réseaux sociaux en illimité.

 

La disparition de la neutralité du Net créerait aussi un Internet à deux vitesses: ceux qui n'ont pas les moyens de payer un haut débit pour les services vidéos comme Netflix ou YouTube auraient par exemple un accès plus lent au réseau. Cela pose plusieurs problèmes: d'abord, cela oblige les consommateurs à faire des choix entre les services du Web qu'ils peuvent utiliser, en fonction de la vitesse ou du prix d'accès au site et non de leur pertinence ou de leur utilité réelle. Le libre accès au réseau joue pourtant un rôle très important pour trouver un emploi, obtenir des informations pratiques, communiquer avec ses proches ou répondre à certaines formalités administratives.

Ensuite, le fait de regrouper les services du Web par groupes payants pourrait créer des problèmes de concurrence : entre un supplément Facebook-Instagram-Snapchat à 5 euros, un supplément Le Figaro-Le Monde-Libération ou encore un supplément Netflix-YouTube au même prix, que préféreraient par exemple payer les internautes? Et comment de nouveaux acteurs pourraient-ils émerger et fidéliser des lecteurs ou utilisateurs, si les opérateurs de télécoms ne les ont pas choisis pour faire partie d'une de leurs offres? Pour beaucoup, la fin de la neutralité du Net place en fait le contrôle d'Internet entre les mains de géants des télécoms et de leurs partenaires.

 

Qui s'oppose à la neutralité du Net aujourd'hui et pourquoi ?

Cela fait plus de dix ans que le débat sur la neutralité du Net fait rage aux États-Unis. Les opérateurs de télécommunications veulent y mettre fin avec l'argument de la coûteuse nécessité de moderniser leurs infrastructures. En effet, les services sont de plus en plus gourmands en quantité et en débit de données. Le trafic global de données (fixe et mobile) croît de 20% par an, selon le «Cisco Visual Networking Index», cité par l'Aracep (le régulateur français des réseaux). La disparition de la neutralité du Net leur permettrait de générer des revenus supplémentaires pour financer ce projet de rénovation. Depuis l'élection de Donald Trump, ils mènent une féroce bataille de lobbying pour faire tomber le principe sanctuarisé en 2015 sous l'administration de l'ère Obama. Ils trouvent face à eux de non moins coriaces adversaires: les géants du Web voient d'un très mauvais œil la perspective d'un futur où les opérateurs télécoms auraient droit de vie ou de mort sur la visibilité et l'accessibilité de leurs services auprès des consommateurs. Ils se sont ainsi rassemblés, notamment au sein de l'Internet Association, qui regroupe une quarantaine de grands acteurs du Web ainsi que 800 start-up.

Le président de l'autorité américaine de régulation des télécoms (FCC), le républicain Ajit Pai, est beaucoup plus favorable aux intérêts des opérateurs télécoms que son prédécesseur démocrate, Tom Wheeler. Ajit Pai considère que la régulation du marché représente une forme d'ingérence de la part de l'État. La nouvelle proposition de disparition de la neutralité du Net devrait être votée le 14 décembre lors d'une réunion des cinq commissaires de la FCC. Elle devrait a priori emporter la majorité.

Et en Europe, où en est la neutralité du Net ?

En Europe, les régulateurs des télécoms (l'ORECE) ont sanctuarisé la neutralité du Net dans le règlement sur l'Internet ouvert en mai 2016. Cela n'empêche pourtant pas certains opérateurs de porter atteinte au principe grâce à la pratique du zero rating, plus ou moins tolérées par les régulateurs des États membres. Au Royaume-Uni, Vodafone propose ainsi de ne pas décompter des forfaits les données consommées par Netflix ou YouTube, moyennant 8 euros par mois supplémentaires. Au Portugal, l'opérateur MEO propose quant à lui des «packs» qui ajoutent de la donnée sur certains services, pour 5 euros supplémentaires par mois. L'association de défense des libertés en ligne, la Quadrature du Net, juge cette pratique «contraire à l'esprit qui présidait à la préparation du règlement».

 

En France, la loi du 6 octobre 2016 pour une République numérique garantit l'accès à un «Internet ouvert», conformément aux principes posés dans le règlement européen. C'est l'Arcep qui, en France, s'assure du respect des principes essentiels pour garantir la neutralité du Net. Concernant le zero rating, l'Arcep rappelle à plusieurs reprises dans son rapport annuel que le règlement européen est censé l'interdire. En France, aucun opérateur ne se livre actuellement à cette pratique. Les associations de consommateurs restent toutefois vigilantes, constatant que certains opérateurs tentent malgré tout de contourner les principes du règlement pour un Internet ouvert en favorisant le trafic vers leur service ou celui d'un partenaire, au détriment de celui de leurs concurrents. C‘est le cas notamment d'opérateurs qui proposent, en plus d'offres uniques, des suppléments qui favorisent leurs propres services de VOD ou ceux de leurs partenaires. «L'Arcep préfère fonctionner par le «dialogue proactif» plutôt que par la régulation.» notait ainsi la Fédération FDN et la Quadrature du Net en mai 2017.

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Votée par le Sénat, la loi antiterroriste est un premier test pour Gérard Collomb

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VIDÉO - Contesté à gauche, ce texte défendu par le ministre de l'Intérieur, qui sera examiné en septembre ou octobre par les députés, doit pérenniser certains outils de l'état d'urgence.

Pérenniser par la loi ordinaire un dispositif antiterroriste exorbitant du droit commun. Ce défi a valeur de test pour le nouveau ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. L'hôte de Beauvau est tenu par le temps: l'état d'urgence, reconduit six fois depuis les attentats de 2015, doit prendre fin en principe le 1er novembre prochain. Or la menace n'a pas disparu. Ce projet de loi ne figurait pas dans la profession de foi du candidat Macron. Qui promettait, lui, des centres de rétention adaptés pour les islamistes radicalisés.

Déjà, le ministre de l'Intérieur s'engage à trouver un compromis entre sécurité et liberté. Il sait aussi que le gouvernement dispose d'une majorité solide à l'Assemblée. Le Sénat, conservateur, n'a bousculé qu'à la marge ce texte d'inspiration fortement régalienne, où le ministère de la Justice semble jouer les porteurs d'eau.

On est frappé par la taille modeste du projet: 10 articles tout au plus. Il faut dire que deux autres lois avaient été votées l'an dernier

La Haute Assemblée a adopté le texte dans la nuit de mardi à mercredi. L'ensemble de la droite sénatoriale LR et centriste, majoritaire, mais aussi les sénateurs En Marche et ceux du RDSE, à majorité PRG, soit 229 élus, ont voté pour, 106 ont voté contre: les socialistes, les communistes et deux anciennes membres du groupe écologiste désormais disparu, Aline Archimbaud et Esther Benbassa.

Les députés s'en empareront dès septembre ou octobre. L'exécutif, il est vrai, a souhaité une procédure accélérée qui réduit le nombre de navettes entre les deux Assemblées. D'emblée, on est frappé par la taille modeste du projet: 10 articles tout au plus. Il faut dire que deux autres lois avaient été votées l'an dernier, présentées elles aussi comme des modèles d'équilibre, censés tourner la page de l'état d'urgence.

» Lire aussi - Loi antiterroriste: 7 mesures phares pour remplacer l'état d'urgence

La loi Collomb, ultime toilettage? On y trouve quand même dans sa version d'origine une transposition de mesures de police administratives qui n'avaient pas vocation à durer: assignations à résidence au premier soupçon, perquisitions à toute heure et en tout lieu ou encore obligation pour tout suspect de terrorisme ou d'atteinte à la sûreté de l'État de livrer à la police ses contacts et ses identifiants, autant dire sa vie à l'heure des réseaux sociaux.

«Pilule empoisonnée»

Les milieux judiciaires se sont sentis exclus de leur traditionnelle mission de contrôle. Avocats, magistrats, associations et groupes parlementaires de gauche se sont émus. Et ils ont obtenu que l'Intérieur accorde quelques fenêtres d'intervention pour le juge des libertés et de la détention, le fameux JLD. La commission des lois au Sénat les a aussi entendus en partie.

Mais les opposants ne désarment pas. La Ligue des droits de l'homme voit dans ce texte un risque de faire entrer le pays «durablement dans un régime d'exception». Le Défenseur des droits, ancien garde des Sceaux RPR, Jacques Toubon, a parlé d'«une pilule empoisonnée». Plus de 500 chercheurs et universitaires ont pétitionné contre «une régression de l'État de droit».

Il ne manquait plus que la professeure de droit, Mireille Delmas-Marty, inspiratrice en son temps des lois Guigou sur la présomption d'innocence, tant fustigées par la police. Elle a déclaré lundi dernier dans Libération craindre l'avènement d'un «despotisme doux».

 «La loi Collomb conforte les pouvoirs des préfets dans les régions, pour purger des poches et mener des actions préventives ciblées»

Un ancien patron du renseignement

Ce n'est pas que les «anti» loi Collomb succombent à une empathie soudaine pour les fous d'Allah. Mais plutôt qu'un point les chiffonne, au-delà même du cas des terroristes potentiels ou de leur mouvance: et si les mesures évoquées s'appliquaient aussi à la fronde sociale que ne manquera pas de susciter la future réforme Macron du Code du travail? Des policiers disent, en tout cas, attendre avec impatience ces nouveaux «outils» qui pourraient se révéler précieux pour dissuader les contestataires les plus durs.

Pour l'heure, un ancien patron du renseignement le dit: «La loi Collomb conforte les pouvoirs des préfets dans les régions, pour purger des poches et mener des actions préventives ciblées.» Il concède que c'est «un habillage légal pour renforcer la panoplie d'intervention de l'exécutif».

Cette déconcentration des pouvoirs, certains, place Beauvau, se demandent pourquoi la justice ne s'y résout pas en créant un parquet national antiterroriste, avec des extensions régionales. «Les conservatismes sont trop forts à Paris», regrette un haut magistrat qui ne voit «pas de péril» dans le système imaginé par le premier flic de France.

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Guillaume Perrault: «Faut-il se réjouir de la loi sur le non-cumul ?»

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ANALYSE - La loi interdisant le cumul d'un mandat parlementaire et d'une fonction exécutive locale, adoptée en 2014 par la gauche, entrera en vigueur à partir de juillet prochain. Ses effets sont très discutés, explique Guillaume Perrault, grand reporter au Figaro et à FigaroVox.

 


Guillaume Perrault est grand reporter au Figaro et à FigaroVox. Maître de conférences à Sciences Po, il enseigne l'histoire politique française et les institutions politiques. Son nouvel ouvrage, «Conservateurs, soyez fiers!», vient de paraître chez Plon.


Dans le premier tome de ses Mémoires, intitulé Ma jeunesse orgueilleuse, Joseph Caillaux cite avec fierté l'appel à voter pour lui d'un maire de sa circonscription de la Sarthe lors des élections législatives du printemps 1914, qui s'exprimait en ces termes: «M. Caillaux, républicain, homme de gouvernement et d'un grand talent, qui a rendu tant de services au pays (le mot «pays» signifie ici «arrondissement», NDLR) et qui continuera à en rendre, car on ne frappe jamais à sa porte en vain.» Cet échange de bons procédés entre l'électeur et l'élu a été l'assurance-vie du cumul des mandats pendant plus d'un siècle. Les Français ont longtemps jugé souhaitable et naturel que leur maire soit aussi député, et regardaient ce cumul des mandats comme précieux pour défendre les intérêts des administrés auprès des ministères parisiens. Or, cette figure séculaire du député maire va disparaître en juillet.

La loi interdisant le cumul d'un mandat parlementaire et d'une fonction exécutive locale, adoptée en 2014 par la gauche, entrera alors en vigueur en ce qui concerne les députés élus les 11 et 18 juin prochain. Désormais, entre l'Assemblée nationale et le fauteuil de maire ou d'adjoint au maire (quelle que soit la taille de la commune), il faudra choisir. On ne verra plus des Giscard, député maire de Chamalières (Puy-de-Dôme) ou des Mitterrand, député maire de Château-Chinon (Nièvre)

On ne verra plus des Giscard, député maire de Chamalières (Puy-de-Dôme) ou des Mitterrand, député maire de Château-Chinon (Nièvre)

La même loi d'airain s'appliquera aux députés jusqu'alors présidents ou vice-présidents d'un conseil départemental ou régional. Les parlementaires ne pourront conserver qu'un mandat local délibératif (conseiller municipal, départemental ou régional), sans participer à l'exécutif de la collectivité territoriale. La règle s'appliquera à tous les sénateurs dès le renouvellement partiel de la Haute Assemblée en septembre prochain, puis aux députés européens élus en 2019.

Approuver l'interdiction du cumul garantit d'être applaudi.

C'est la fin d'une exception française. En Grande-Bretagne, seuls 15 % des parlementaires exercent un mandat local. Outre-Rhin, il est rare que des élus des Länder siègent au Bundestag. De surcroît, en pareil cas, ils ne cumulent pas leurs deux indemnités. De l'autre côté des Pyrénées, les députés ne peuvent être élus dans un Parlement de communauté autonome. Les sénateurs ont cette faculté, mais ils ne perçoivent alors que leur indemnité parlementaire.

Tout au contraire, en France, on connut des artistes comme Jean Lecanuet qui, au début des années 1980, était en même temps maire de Rouen, président du conseil général de Seine-Maritime, conseiller régional, sénateur et député européen. Deux législations«anti-cumul» adoptées en 1985 et 2000 avaient cependant interdit les situations les plus discutables.

La «France périphérique» étudiée par le géographe Christophe Guilluy peut perdre gros dans l'affaire.

Aujourd'hui, les partisans d'un non-cumul plus radical parient que parlementaires et décideurs publics locaux, désormais dissociés, rempliront avec plus d'efficacité leurs fonctions respectives puisqu'ils auront davantage de temps à leur consacrer. Et ils pronostiquent aussi l'arrivée d'un vent d'air frais (plus de femmes, de jeunes et de Français issus de l'immigration) qui viendra, selon eux, vivifier les exécutifs locaux et le Parlement.

Des arguments tout aussi sérieux, mais moins populaires, conduisent cependant à s'inquiéter de cette réforme. Les nouveaux maires des villes moyennes et petites, dépourvus de mandat parlementaire, auront moins facilement accès aux antichambres ministérielles pour conserver une école, sauver un bureau de poste, voire négocier l'implantation d'un groupe privéde concert avec l'État. La «France périphérique» étudiée par le géographe Christophe Guilluy peut perdre gros dans l'affaire.

Jusqu'alors, un mandat parlementaire récompensait un enracinement local, c'est-à-dire les services rendus aux électeurs. Dès la monarchie de Juillet, Tocqueville, député de la Manche, était aussi conseiller général et s'acquittait scrupuleusement de sa tâche. Or, désormais, député et sénateur devront tout au parti qui leur accordera l'investiture. La liberté de manœuvre du parlementaire va diminuer et le pouvoir des états-majors s'accroître.

Le député type de demain sera, plus encore qu'aujourd'hui, un professionnel de la politique, ancien salarié d'un parti ou d'un élu, et sans métier en dehors de la vie publique.

Le député type de demain sera, plus encore qu'aujourd'hui, un professionnel de la politique, ancien salarié d'un parti ou d'un élu, et sans métier en dehors de la vie publique. Jusqu'alors, les revenus d'un député titulaire de mandats locaux pouvaient atteindre une fois et demie son indemnité parlementaire. La baisse des indemnités qu'entraînera le non-cumul peut détourner de la politique des personnes de valeur, qui n'ont pas un besoin vital des mandats électifs pour acquérir un statut social, ou transformer la vie publique en une activité pour jeunes retraités.

Il est toujours agréable aux Français de voir rabaisser l'orgueil des Grands. La fin du cumul sera très populaire les premières années. Rien ne garantit cependant que les électeurs et le pays y gagneront à terme.

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Guillaume Tabard: «Ne tirons pas trop vite sur les élus locaux»

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CONTRE-POINT - Après avoir déjà annoncé la réduction d'un tiers du nombre de parlementaires, Emmanuel Macron renchérit en proposant de réduire aussi le nombre d'élus locaux.

Bon sens apparent, applaudissements évidents. La proposition d'Emmanuel Macron de réduire le nombre d'élus locaux sera forcément populaire. L'arithmétique parle d'elle-même. 618.384 élus, tous échelons confondus, c'est environ un pour cent habitants ; un ratio record en Europe. Devant le Congrès réuni à Versailles le 3 juillet, le chef de l'État avait déjà annoncé la réduction d'un tiers du nombre de parlementaires.

Dès lors, «nos concitoyens ne comprendraient pas un traitement différencié», a-t-il renchéri lundi devant la conférence des territoires. Appliquons la même toise: il n'y aurait plus en France «que» 400.000 élus. Qui descendrait dans la rue pour s'en indigner? Le parallèle est pourtant trompeur.

Prenons Macron à la lettre: l'uniformité conduit à un égalitarisme qui est souvent le contraire de l'égalité réelle. Ce qui est vrai pour l'école, l'entreprise ou la solidarité l'est également pour la représentation politique des Français. Dans l'optique de la «révolution» voulue par le chef de l'État, trois questions se posent: celle du coût, celle de l'efficacité et celle de la vitalité.

«En dehors des maires, des adjoints et des conseillers des plus grosses métropoles, l'immense majorité est bénévole. En supprimer ne permettra donc aucune économie budgétaire»

Or, les neuf dixièmes des élus français sont des conseillers municipaux. Et, en dehors des maires, des adjoints et des conseillers des plus grosses métropoles, l'immense majorité est bénévole. En supprimer ne permettra donc aucune économie budgétaire, autrement qu'à la marge. Inversement,ce n'est pas parce qu'ils ne coûtent rien qu'ils ne servent à rien. Au contraire!

Cette armée d'élus qui donnent de leur temps et n'en retirent souvent aucune reconnaissance remplit une triple fonction. Ils accomplissent d'abord des tâches nécessaires et utiles au service de leur commune. Ils témoignent ensuite de la grandeur du bénévolat. Dans une société marchande ou tout, jusqu'à la solidarité, est professionnalisé et comptabilisé, est-il si inutile de rogner sur tout ce qui exprime la gratuité et le dévouement? Enfin, alors que chacun déplore la fracture entre les Français et la vie politique, il y a une vertu démocratique à préserver ce vivier d'engagement au service de la cité.

Ce que «nos concitoyens ne comprennent pas, c'est plus l'absence de décision des élus «d'en haut» que l'excès d'engagement des élus «d'en bas »

La défense justifiée de la démocratie de proximité ne peut cependant pas faire abstraction de la nécessité de réduire le train de vie de la maison France. Et l'obligation pour les collectivités locales de prendre leur part du fardeau. Mais si des marges existent, elles sont dans le fonctionnement des institutions concernées, dans les effectifs de la fonction publique territoriale ; pas d'abord dans le nombre d'élus. Emmanuel Macron a à juste titre exclu tout nouveau «big bang» administratif. Il n'en reste pas moins que la gauche a fait une erreur en supprimant le conseiller territorial créé par Sarkozy.

Cette fusion des élus départementaux et régionaux était une des rares réformes territoriales pouvant à la fois conjuguer efficacité et économies. Des voies analogues de fusion restent à explorer. Notamment pour corriger, comme le président l'a promis, ce scandaleux empilement d'échelons en région parisienne, chaque catégorie d'élus ne voyant le Grand Paris qu'à sa propre porte. Ce que «nos concitoyens ne comprennent pas», c'est plus l'absence de décision des élus «d'en haut» que l'excès d'engagement des élus «d'en bas».

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Les puissants relais de Macron dans les médias et les milieux culturels

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Le chef de l'État fuit les médias qui lui sont globalement favorables. Il préfère côtoyer artistes et intellectuels.

La posture «jupitérienne» avec laquelle Emmanuel Macron a débuté son mandat a surpris nombre de médias, qui n'ont pas saisi immédiatement que le nouveau président voulait à tout prix s'éloigner de son prédécesseur, jugé trop connivent avec la presse. La maladresse élyséenne sur sa volonté d'imposer certains noms de journalistes lors de ses déplacements a provoqué des tensions entre plusieurs rédactions et le service de com'de l'Elysée dirigé par Sibeth Ndiaye. Le fossé se creuse car les nouvelles règles ont du mal à passer.

«J'ai fait beaucoup de couvertures parce que je fais vendre. Comme une lessive»

Emmanuel Macron, président de la République

Mais cela n'empêche pas la «macronmania» d'occuper les médias. «J'ai fait beaucoup de couvertures parce que je fais vendre. Comme une lessive», a expliqué le candidat dans le magazine de France 2 «Envoyé spécial» consacré à sa campagne. Le nouveau chef de l'Etat sait s'en servir, comme il l'a fait avec la journaliste Laurence Haïm (ex-i-Télé), réputée proche de Barack Obama. Il apprécie la bienveillance vigilante de certains journaux comme L'Obs ou Le Point, ou l'appui visible d'éditorialistes comme Bruno Roger-Petit (Challenges). Mais il ne fréquente guère (pour le moment) les journalistes politiques, préférant sculpter son image glamour, notamment avec l'aide de Michèle Marchand, de l'agence photo Bestimage, qui a orchestré les reportages people du couple Macron pour des magazines comme Paris Match et Gala. L'écrivain Philippe Besson a suivi la campagne pour en faire la narration romanesque.

En réalité, Emmanuel Macron, titulaire d'un DEA de philo et ancien assistant du philosophe Paul Ricœur, apprécie davantage l'échange d'idées avec des intellectuels et des artistes, comme l'académicien Erik Orsenna, l'ancien directeur de la revue Esprit Olivier Mongin, le sociologue Jean Viard (candidat à la députation, battu dans le Vaucluse), le producteur de théâtre Jean-Marc Dumontet, l'égérie Line Renaud, l'écrivain Michel Houellebecq, l'acteur Pierre Arditi, le comédien Fabrice Luchini, ou le présentateur de télévision Stéphane Bern, qui a organisé de nombreux dîners chez lui pour ses amis «Emmanuel et Brigitte» où ils ont pu croiser la journaliste Claire Chazal ou l'animateur Marc-Olivier Fogiel.Son conseiller à la culture durant la campagne, l'énarque Marc Schwartz, ancien médiateur du livre, lui, avait testé les intentions de l'éditrice Françoise Nyssen, propulsée ministre de la Culture, dont il est devenu le directeur de cabinet. Il est en lien avec Claudia Ferrazzi (lire ci-dessous), la conseillère culture de l'Elysée.


Claudia Ferrazzi.
Claudia Ferrazzi. - Crédits photo : Pier Marco Tacca/Getty Images/AF

Claudia Ferrazzi, la culture franco-italienne

Avec son mari Fabrice Bakhouche, ancien directeur de cabinet de la ministre de la Culture Fleur Pellerin - et qui a rejoint Hachette Livre -, la Franco-Italienne Claudia Ferrazzi, 40 ans, a participé à la campagne du président comme experte, sous la houlette de Marc Schwartz. Emmanuel Macron a finalement choisi cette énarque native de Bergame, diplômée de sciences politiques à Milan et à Bruxelles, comme conseillère culture auprès de lui. Il l'a côtoyée à l'ENA et à l'Inspection des finances, après qu'elle a fait un détour par le secteur privé (Capgemini, Boston Consulting Group). Ayant été administratrice générale adjointe du Louvre entre 2011 et 2013, puis secrétaire générale de la villa Médicis à Rome jusqu'en 2016, elle connaît la gestion des grands établissements et le monde des arts.

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Affaire Bygmalion : sauvé par un message de journaliste, Lavrilleux a songé au suicide

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LE SCAN POLITIQUE - Dans un entretien au Monde, l'ancien directeur-adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 révèle toujours craindre pour sa vie et prendre des précautions dans ses déplacements.

Trois ans après le scandale Bygmalion qui a dévasté sa carrière politique, l'ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé et directeur-adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 en a toujours gros sur le cœur. Dans un long entretien accordé au Monde ce mardi, Jérôme Lavrilleux confie ses rancœurs, ses angoisses toujours vivaces, et raconte comment il est passé tout près de mettre fin à ses jours au plus fort de l'affaire. «Je suis passé dans la lessiveuse. J'ai personnellement, moralement, physiquement, payé. Bien plus que ce que prévoit le code pénal», raconte le parlementaire européen.

Le 26 mai 2014, Jérôme Lavrilleux se confie sur BFM, en direct. Ses larmes et son émotion frappent les spectateurs et les journalistes alors qu'il admet que son parti, l'UMP, a bien mis sur pied un système de surfacturation illégal avec la société d'organisation événementielle Bygmalion. «L'émotion et les larmes, c'est parce que je suis fatigué, se souvient Lavrilleux. Au moment où je révèle les choses, j'ai l'impression de me regarder, et je me dis que c'est la fin de ma vie actuelle. Au fur et à mesure, je m'aperçois qu'il n'y aura pas de retour en arrière possible», se souvient-il. «Je sais qu'on me reproche d'avoir brisé l'omerta. Ils sont si peu habitués à assumer les conséquences de leurs actes… Alors, il me fallait payer. Cher. La politique, c'est une force centrifuge. Si vous êtes au centre, vous ne la ressentez pas, mais si vous vous en écartez un peu, on essaye de vous éjecter», rapporte encore l'ancien copéiste.

À droite, les confidences de l'homme de confiance déchu mettent à mal les lignes de défense des uns et des autres: son interview fait l'effet d'une bombe. «Disons qu'à un moment je décide de dire stop, parce que je sens que je suis en train de partir sur un toboggan. Je suis assez con pour être loyal, or j'ai vu que celui qui allait se faire lyncher, c'était Jean-François Copé», raconte celui qui a tenté de blanchir son ancien chef. S'en suit une tourmente personnelle qui atteindra bientôt sa sphère privée. «Le dimanche après-midi, je vois que ça se barre en couilles ; ça, je ne le supporte pas. Physiquement. On peut m'accuser de tout, mais sous-entendre que j'ai pris du fric, que je l'ai fait avec un de mes meilleurs amis, Bastien Millot, voire qu'on coucherait ensemble, ce qui a été dit, en off, par Sarko et plein de monde, ou encore que Copé s'est fait son trésor de guerre, qu'il a détourné de l'argent… Je me dis: “Je veux bien crever, mais que ce soit pour la vraie raison.”»

Lavrilleux inquiet pour sa sécurité

C'est alors que Jérôme Lavrilleux confie se résoudre au pire: «Je me suis dit: “Je n'en peux plus, j'arrête.” Chez moi, j'ai une grange, alors j'y suis allé. Là, j'ai pris une grosse corde, et je l'ai passée sur une poutre…» Son téléphone mobile vibre alors que les messages de journalistes lui parviennent, sans attirer son attention, jusqu'à ce que l'un d'entre eux ne change la donne. C'est la vedette de BFM TV Ruth Elkrief qui écrit: «Jérôme, ça doit être très dur, mais il fera beau demain». «Et je laisse la corde sur la poutre. Ça s'est vraiment joué à pas grand-chose…», poursuit l'eurodéputé. La journaliste confirmera de son côté cet échange.

Trois ans plus tard, l'homme blessé semble avoir repris pied, mais reste encore fragile, et angoissé. «Vous savez, ce qui se passe est très violent quand même. Il y a des gens qui sont morts d'une crise cardiaque au bord du Danube, je n'invente pas», rappelle-t-il, en référence à l'ancien ministre du pétrole libyen, Choukri Ghanem retrouvé mort à Vienne en avril 2012. De quoi le convaincre jusqu'ici de taire avec précaution les éventuels autres secrets qu'il pourrait détenir sur les dessous de la sarkozie: «Il y a des endroits, des régions où je ne vais pas. Quand je me rends à Paris pour voir mon avocat, je l'informe seulement la veille, et il ne sait pas à quelle heure précise je vais arriver.»

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O.J. Simpson, ex-star du football américain, va être libéré par anticipation

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VIDÉOS - Condamné en 2008 à 33 ans de prison pour avoir participé à un vol à main armée à Las Vegas, l'ex-star du football américain a obtenu sa libération anticipée après une audience retransmise en direct à la télévision américaine.

Après neuf ans passés derrière les barreaux, O.J. Simpson va sortir de prison. L'ex-star du football américain, âgée de 70 ans et emprisonné depuis 2008 pour sa participation à un vol à main armée à Las Vegas, va être libérée par anticipation, a indiqué la commission des libérations conditionnelles du Nevada qui l'a auditionné ce jeudi. Cette dernière a voté à l'unanimité, et célèbre détenu N°1027820, âgé de 70 ans, pourrait retrouver la liberté dès le 1er octobre de cette année. La fin de sa condamnation était prévue pour le 29 septembre 2022.

«C'était un crime grave. Vous méritez d'avoir été envoyé en prison (...). La question est de savoir si vous avez passé suffisamment de temps en prison pour ce dossier», a déclaré l'un des membres de la commission Tony Corda avant d'accorder son vote en faveur d'une libération anticipée. «J'ai fait mon temps» a auparavant plaidé O.J. Simpson par vidéoconférence depuis sa prison de Lovelock (Nevada), au cours d'une audience retransmise en direct par les grandes chaînes d'informations américaines. «Si j'avais fait preuve d'un meilleur jugement à l'époque, rien de tout cela ne serait arrivé», a poursuivi O..J. Simpson à propos du vol à main armée de deux marchands de souvenirs sportifs, en septembre 2007, pour lequel il a été condamné à une peine de 33 ans d'incarcération.

Célèbre dans le monde entier pour avoir été acquitté du meurtre de son ex-femme et de l'ami de cette dernière après un procès retentissant et ultra-médiatisé, l'ex-star de football américain s'est exprimée par vidéoconférence depuis sa prison de Lovelock au cours d'une audience retransmise en direct par les grandes chaînes d'informations américaines.

Un vol à main armée rocambolesque

O.J. Simpson dans sa prison du Nevada.
O.J. Simpson dans sa prison du Nevada. - Crédits photo : HANDOUT/REUTERS

O..J. Simpson s'était rendu en septembre 2007 en compagnie de cinq complices - dont deux étaient armés - dans un hôtel-casino de Las Vegas pour dérober des souvenirs sportifs. L'ex-athlète a affirmé qu'il essayait simplement de récupérer ces objets qui lui avaient été volés par les deux vendeurs spécialisés dans ce type de marchandises qui ont été agressés par le groupe. Mais sa version n'avait pas convaincu un jury de Las Vegas.

En 2013, il avait toutefois obtenu une liberté conditionnelle concernant certains volets de sa sentence. La commission a examiné jeudi les condamnations restantes. Atout de taille, l'une des victimes du vol de 2007 a témoigné ce jeudi pour plaider en faveur de sa libération. «Je n'ai jamais pensé que ce délit méritait une peine aussi longue», avait déclaré auparavant Bruce Fromong, sur CNN.

L'ancien procureur général du comté de Clark, David Roger, qui avait mené la charge contre l'accusé devant le tribunal en 2008, va dans le même sens. «En partant du principe qu'il s'est bien comporté, je pense que neuf ans c'est un séjour plutôt correct pour ces chefs d'accusation», a-t-il déclaré au New York Post. Tout comme l'actuel procureur général du comté de Clark, Steve Wolfson, qui estime qu'O..J. Simpson est «un excellent candidat pour une libération conditionnelle». «Le fait qu'il soit une célébrité aura très peu d'importance voire aucune (pendant l'audience)», a-t-il toutefois souligné dans un entretien à l'AFP. «Il ne va pas bénéficier d'un traitement de faveur de la part des membres de la Commission».

Une personnalité atypique

Né à San Francisco le 9 juillet 1947, O..J. Simpson est devenu célèbre dans les années 1970 grâce à ses performances au sein de l'équipe des Buffalo Bills. Séduisant, charismatique, il a conservé une popularité immense bien après sa retraite de la NFL en 1979, poursuivant notamment une carrière d'acteur. Mais le 12 juin 1994, son ex-femme Nicole Brown - ils ont été mariés de 1985 à 1992 - est découverte morte à Los Angeles dans une mare de sang, au côté de son ami Ronald Goldman, lui aussi sauvagement assassiné.

Après une poursuite en voiture de plusieurs heures, suivie en direct par des millions de téléspectateurs, il est arrêté par la police. Au terme d'un procès à grand spectacle retransmis pendant neuf mois en direct à la télévision, un jury de Los Angeles l'acquitte. Cette décision provoque une vague d'indignation aux relents de racisme, car l'ex-joueur est noir et les deux victimes étaient blanches. Son acquittement au pénal ne l'a pas empêché d'être reconnu responsable de leur mort lors d'un procès civil en 1997. Il a été condamné à payer plus de 33 millions de dollars à leurs familles, ce qu'il n'a jamais fait.

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Robert Redeker : «Dans l'ère du vide, les footballeurs prennent la place des héros»

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INTERVIEW - Le philosophe, auteur notamment de L'Emprise sportive*, analyse le phénomène Neymar.

LE FIGARO. - Comment expliquer une telle fébrilité?

Robert REDEKER. - D'une part, l'intérêt diplomatique du Qatar, à un moment où cet État est en difficulté politique, menacé de boycott voire de blocus, joue un grand rôle dans cette affaire. Les dirigeants de ce pays cherchent à compenser sur le plan de l'image et de la communication internationale une défaite politique par une victoire sportive en Ligue des champions, en y mettant les pétrodollars nécessaires. Sans compter que la gloire sportive peut servir de protection cotre des sanctions politico-économiques. D'autre part, l'argent, depuis la crise de 2008, est devenu à son tour un spectacle. Le grand spectacle de l'argent s'est mis en scène. Après la politique-spectacle a émergé l'argent-spectacle. La dernière campagne présidentielle a vu ce spectacle de l'argent dévorer la politique elle-même, au point d'éliminer François Fillon. Un partage simpliste entre le bien et le mal traverse le scénario de ce spectacle: le mauvais argent (celui des politiques, des patrons, des hauts fonctionnaires) qui serait illégitime, suscitant la haine, et le bon argent (celui des footballeurs, des stars du show-biz et de la télévision) qui, légitime, engendre l'admiration.

Les footballeurs sont-ils des héros?

Le héros n'est jamais un mercenaire aux fidélités inconstantes. Il ne se soumet pas à qui le paie le plus, ni à la cause la plus rémunératrice. Bref, tout le contraire d'un joueur de football. Le héros se signale par une valeur éthique. Il sacrifie ses intérêts. Dans l'imaginaire collectif - expression de «l'ère du vide» autant qu'effet d'une propagande permanente - les joueurs de football prennent certes la place des héros, mais comme on a oublié Ambroise Paré et Bayard, Du Guesclin et saint Vincent de Paul, et que l'école n'enseigne plus que l'ignorance, le besoin d'admirer a glissé vers les figures que l'industrie du divertissement place en tête de gondole, à commencer par les footballeurs. L'admiration est la première des passions a dit Descartes: la plus fondamentalement ancrée dans la nature humaine. Les footballeurs usurpent la place des véritables héros. À la différence de ceux-ci ils n'apportent rien d'autre à l'humanité que l'exemple de l'avidité, de la cupidité et de leur ego injustement démesuré. L'admiration en est dévoyée.

Ceux qui fustigent la rémunération des grands patrons pardonnent celle des footballeurs…

Parfaitement irrationnel, ce paradoxe est un scandale en lui-même. Ni la raison ni la morale ne peuvent admettre que Neymar gagne 10 fois plus qu'un patron du CAC 40, 20 fois plus qu'un patron de grosse PME créative. Un grand patron, un capitaine d'industrie, un dirigeant de PME-TPE, apporte beaucoup plus à l'humanité qu'un joueur de football, fût-il aussi excellent que Neymar. Il affronte des tâches et des responsabilités autrement plus complexes et importantes que de marquer un but. Tout aussi scandaleux: un grand savant, un professeur au Collège de France est un miséreux comparé à un joueur de football. Pareille défaite du bon sens corrompt l'esprit public en dévalorisant les activités économiques et intellectuelles utiles à la dignité de l'humanité et en survalorisant les acteurs d'un simple jeu divertissant.

Quelle place reste-t-il pour le sport?

Ce n'est plus le sport qui se sert de la publicité, c'est la publicité qui se sert du sport. Le naming - remplacer le nom des stades par celui d'un sponsor - en est une illustration: Nice ne joue plus au Stade du Ray mais à l'Allianz Riviera, Bordeaux plus au stade Chaban-Delmas mais au stade Matmut Atlantique, et le championnat va devenir Ligue 1 Conforama. Cette tendance arrache les stades à leurs noms de terroir, leur histoire locale, les déracine. Les projette dans l'univers hors-sol des noms de marque. Elle vole aux supporteurs leur stade, l'âme des lieux. Les stades deviennent tout aussi déracinés que les joueurs mercenaires censés y briller. Heureusement, à travers les interstices de cette chape de plomb, comme par éclairs, luit encore le jeu, fulgure encore le talent des joueurs, lumineuses éclaircies procurant du plaisir aux amoureux de ce sport.

Peut-on parler de bulle spéculative?

Le football est gouverné par des irresponsables qui le mènent à sa perte. Une voiture de course devenue incontrôlable finit par se fracasser contre un mur. Sans doute pareil accident arrivera-t-il au football asservi à l'argent-spectacle?

* L'Emprise sportive (2012, Françoise Bourin)

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Des figurants payés pour «faire le show» lors de la convention de LREM ? Une militante l'affirme

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Dans un entretien téléphonique accordé à Sputnik, Tiphaine Beaulieu, porte-parole du collectif Les marcheurs en colère, a dressé un portrait du fonctionnement de LREM pour le moins éloigné des affirmations des responsables du parti présidentiel.

Interrogée par l'agence de presse russe Sputnik, la porte-parole du collectif «Les marcheurs en colère», composé de militants de La République en marche (LREM), dénonce le fonctionnement interne du parti de la majorité présidentielle ainsi que ses nouveaux statuts.

"Katarina d'En Marche", tout le monde peut appeler en disant ça

Dénonçant un problème de «management au sein de La République en marche», la marcheuse finistérienne pointe notamment du doigt le manque de transparence de la formation politique. Les interlocuteurs des adhérents seraient, à l'en croire, difficilement identifiables : «On n'a pas d'interlocuteurs. Les interlocuteurs sont des salariés d'En marche !, responsables de pôles territoires mais ce ne sont pas des décideurs [ce sont] des gens qui nous appellent et nous présentent ni leur fonction [ni leur nom]. "Katarina d'En Marche !", tout le monde peut appeler en disant ça». Les interlocuteurs auxquels peuvent s'adresser les adhérents du parti ne seraient que «deux, trois» par comité local. 

Il y a un adhérent qui m'a dit : "J'ai adhéré au nom d'Alain Juppé"

Un autre élément dénoncé par la partisane mécontente est le manque de filtres à l’adhésion du parti qui se fait gratuitement par simple enregistrement en ligne. En raison de sa large victoire aux élections législatives qui lui assure 20 millions d'euros d'aides publiques par an, le parti peut se permettre de proposer une adhésion gratuite. Une inscription simplissime qui, selon elle, ne manquera pas à l'avenir de poser un problème de crédibilité au parti : «Il y a un adhérent qui m'a dit : "J'ai adhéré au nom d'Alain Juppé" [...] et on lui a dit : "Merci Alain Juppé d'avoir voté pour le statut"». Le 8 juillet, le parti revendiquait 370 000 adhérents. 

Des faux membres de LREM ?

Plus troublant encore, la porte-parole des Marcheurs en colère affirme avoir rencontré de faux membres de LREM, engagés pour contribuer à l'ambiance de la convention du parti du 8 juillet à la Villette, à Paris. «J'ai discuté avec des gens qui étaient là pour faire le show et qui m'ont dit avoir été payés», affirme Tiphaine Beaulieu à Sputnik, ce qu'elle juge «très grave». Elle ajoute : «Ce mélange des genres pourrait être perçu comme une énorme escroquerie et [...] manipulation de masse».

Des accusations graves portées par la représentante d'adhérents qui se retrouveraient marginalisés en raison de leurs critiques adressées aux cadres du parti. Au sein de celui-ci, toutes les personnes émettant publiquement des réserves sur le fonctionnement interne seraient, à en croire Tiphaine Beaulieu, «systématiquement black-listés», et leur accès à leur espace privé du site de LREM retiré.

Une grogne croissante parmi les troupes macronistes ?

Les voix dissonantes dénonçant le fonctionnement du parti se font de plus en plus nombreuses depuis le vote en ligne des nouveaux statuts du parti par les adhérents le 30 juillet 2017. Rémi Bouton, porte-parole du collectif «Démocratie en marche», avait ainsi dénoncé le fonctionnement «pyramidal» du parti. Le collectif a par ailleurs engagé des poursuites pour contester les nouveaux statuts qui, selon lui, n'ont pas été élaborés en collaboration avec les adhérents, contrairement à ce que les leaders macronistes affirment.

Jean-Pierre Mignard, avocat ayant participé à la rédaction des statuts du parti, avait justifié auprès de l'AFP le choix de cette structure comme un moyen d'«éviter des compétitions destructrices à l'intérieur du parti», en refusant la «structuration en courants». Une stratégie qui semble ne pas avoir rempli ses objectifs, comme le prouve ce vent de dissidence au sein du parti.

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Bienvenue dans le pire des mondes ..... Natacha POLONY et le comité Orwell

Publié le 3 janvier 2017 par Jean Paul Brighelli

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Le 23 ou 24 novembre dernier, j’ai acheté le Monde — je me souviens à peu près de la date, parce que l’événement est tellement rare qu’il fait tache : je n’ai pas trop à cœur de financer l’un des journaux officiels (avec Libé) de la mondialisation décomplexée.
Gaïdz Minassian y étalait sa bêtise et sa collaboration à la pensée unique dans une critique du livre tout frais sorti, signé du Comité Orwell, Bienvenue dans le pire des mondes (chez Plon, qui a cru vendeur de mettre Natacha Polony sur la couverture : du coup, elle est l’invité préférentielle, et même quand elle est à l’antenne avec Jean-Michel Quatrepoint, c’est elle que Ruquier fait parler, alors même qu’elle n’a pas, dit-elle, « écrit les meilleures parties du livre »).

Le Comité Orwell est composé de journalistes de tendance souverainiste — entendons qu’ils revendiquent la souveraineté de la pensée, au service de la souveraineté de la France.
(Et déjà, j’ai bien conscience de ce qu’a d’incongru une telle phrase, à une époque où parler de « la France » est une offense à la diversité, aux communautés, aux indigènes de la République et au libre droit des individus à cracher à la figure de Marianne — et à choisir la servitude volontaire).
Ils ont souvent côtoyé, justement, Marianne — le magazine, du temps où il n’était pas patronné par cette cornegidouille de Renaud Dély, qui y a ramené tout ce que l’Obs, où il sévissait auparavant, a de boboïsme vendu. Tant pis pour les amis que j’y ai encore, et qui font le gros dos en attendant que…
Le Comité Orwell, qui compte donc quelques belles intelligences, a rassemblé ses idées en un corps de doctrine, et balaye en 200 pages serrées les questions d’éducation (louanges à un livre qui explique benoîtement aux politiques aveugles que c’est la pierre fondamentale, et que Najat Vallaud-Belkacem est le bon petit soldat de l’apocalypse molle dans laquelle nous entraîne le « soft totalitarisme » — c’est le sous-titre de l’ouvrage — mis en place par la mondialisation, l’Europe bruxelloise, et l’empire américain), d’économie — analyse tout à fait lumineuse —, la démocratie, « nouvel habit de la tyrannie », et de « l’art de dissoudre les peuples » dès qu’ils ne votent pas comme vous voulez.

Revue de détail.

Orwell est convoqué — c’est bien la moindre des choses — dès les premières lignes : « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ». C’est que le radical de liberté a été pas mal galvaudé ces derniers temps, comme s’amuse à le faire (c’est un ouvrage très bien écrit, par des gens cultivés à l’ancienne, autant en profiter) la troisième phrase du livre : « Face à une idéologie dominante « libérale-libertaire », qui fait du libre-échange mondialisé un horizon indépassable et du primat de l’individu sur tout projet commun la condition de l’émancipation… »
Disons tout de suite que c’est là la ligne de force du livre : l’atomisation du bien commun en appétits individuels, l’exaltation de l’individu afin de mieux l’asservir à ces appétits qui ne sont plus même les siens, mais ceux des firmes qui les concoctent et les leur vendent, et la combinatoire létale du néo-libéralisme (rien à voir avec le libéralisme tel qu’on le trouve par exemple chez Stendhal, où c’est essentiellement un refus de la monarchie constipée de la restauration : le néolibéralisme est « un modèle de libre-échange total et global »), et de cette pensée libertaire, nourrie de déconstruction, de « relativisme culturel » et de pédagogisme, qui s’est infiltrée dans ce qui fut jadis la Gauche et qui est aujourd’hui l’idiot utile de la dissolution nationale et du communautarisme (un gouvernement sensé commencerait par dissoudre le Parti des Indigènes de la république, dont le livre souligne assez qu’il tient un discours raciste). De la vraie liberté, plus de nouvelles. D’où « le sentiment que, par bien des aspects, nous ne sommes plus tout à fait dans ce qu’on peut appeler un régime démocratique ». Bref, la liberté, c’est l’esclavage — mais qui a lu 1984 était au courant.
Comment ? Vous n’êtes pas pour l’ouverture ? Vous êtes donc pour la fermeture ? Le repli sur soi ? Le pouvoir a le pouvoir de manipuler les mots, il a tout ce qu’il faut de journalistes aux ordres et d’intellectuels auto-proclamés pour ça. Et ceux d’en face, ceux qui ne lèchent pas les cols de chemise de Bernard-Henry Levy, ne sauraient être que des « pseudo-z-intellectuels », comme dit l’autre.

Pourquoi « soft totalitarisme » ? Par extension sémantique du « soft power » qui a pris le pouvoir dans notre monde sans guerre (sans guerre chez nous, quoique…) en diffusant un modèle culturel unique afin de mieux vendre un système économique unique. La grande réconciliation de Marx et de Gramsci. Le « It’s the economy, stupid » de Bill Clinton nappé d’une sauce TF1 / M6, afin que vous ne réalisiez pas que ce que vous mangez vous mange. Et de convoquer cette fois Huxley : « Un état totalitaire vraiment efficient serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et de leur armée de directeurs aurait la haute main sur une population d’esclaves qu’il serait inutile de contraindre, parce qu’ils auraient l’amour de leur servitude. La leur faire aimer — telle est la tâche assignée dans les Etats totalitaires d’aujourd’hui aux ministères de la Propagande, aux rédacteurs en chefs des journaux et aux maîtres d’école. » C’est dans le Meilleur des mondes, et ça date de 1932. Avant même que le Propagandaministerium donne sa pleine puissance. Le soft totalitarisme est la revanche de Goebbels. La Boétie, je t’entends ricaner dans ta tombe !
Bien sûr, c’est l’imminence de l’élection présidentielle qui a rendu urgentes la rédaction et la parution de ce livre. « Parce que la France ne peut se permettre de jouer une élection pour rien. Parce qu’elle est au bord de l’implosion, prise en tenailles entre le totalitarisme islamique et le soft totalitarisme dont la première caractéristique est qu’il ne se soucie nullement de cette barbarie qui n’entrave en rien sa progression. » Citoyen, si en avril prochain tu ne fais pas de ton bulletin de vote un pavé à lancer au visage de l’oligarchie qui ronronne aux manettes, il ne te restera plus qu’à te noyer dans le sirop d’oubli que te déversent le GAFA — Google / Apple / Facebook / Amazon — et Microsoft, qui n’entre pas dans l’acronyme, mais qui a su s’offrir l’Education Nationale française pour une poignée de cacahouètes.

« L’Ecole fut le lieu de baptême de la démocratie ; elle en sonnera le glas ».
L’accent mis sur l’oral (qui remonte quand même aux années 1960, sous la férule, à la DGESCO, d’un certain René Haby), la répudiation de toute culture autre que le fast food pour neurones atrophiés, et jusqu’à la réforme du collège et son cortège d’EPI, tout concourt à « la destruction des barrières culturelles freinant le déploiement généralisé du néolibéralisme et de son corollaire, la globalisation », et au « formatage des individus pour qu’ils adhèrent avec ferveur au modèle qui leur est proposé dans une insistance toute bienveillante ». Voilà comment en trois décennies ont a transformé en cancre un système éducatif qui fut le meilleur du monde — mais l’élitisme, c’est mal. L’éducation, rappelle les auteurs, fut jadis libérale — rien à voir avec les abus ultérieurs du terme : « Cette expression désigne une conception humaniste de la transmission des savoirs à travers l’étude des grandes disciplines » — voir la lettre de Gargantua à Pantagruel : « Maintenant toutes les disciplines sont restituées, les langues instaurées, le grec sans lequel il est honteux qu’une personne se dise savante, l’hébreu, le chaldéen, le latin. Des impressions fort élégantes et correctes sont utilisées partout, qui ont été inventées à mon époque par inspiration divine, comme inversement l’artillerie l’a été par suggestion du diable. Tout le monde est plein de gens savants, de précepteurs très doctes, de librairies très amples, tant et si bien que je crois que ni à l’époque de Platon, de Cicéron ou de Papinien, il n’y avait de telle commodité d’étude qu’il s’en rencontre aujourd’hui. » Du XVIème au XIXème siècle, magnifique progression. Du XXème au XXIème siècle, remarquable régression. Voici que l’éducation, via les « compétences » imposées par la Stratégie de Lisbonne en 2000 (« les compétences sont la version moderne et technocratique des ces « savoir-faire » et « savoir-être » que des pédagogues bienveillants ont voulu substituer aux savoirs jugés élitistes et discriminants »), n’a plus pour but que de développer l’employabilité des futurs consommateurs — un mot qui commence mal. L’employabilité, mais pas l’emploi effectif. Dans le cauchemar climatisé des transhumanistes, l’espèce humaine se robotisera ou disparaîtra. Déjà Lactalis ne fabrique plus l’infâme truc plâtreux et pasteurisé appelé « camembert Président » qu’avec deux employés. Le reste, c’est le tour de main de la machine.
Et contrairement à ce que nous serinent la plupart des politiques, « la globalisation n’a pas oublié l’éducation, c’est même son terrain de jeux prioritaire ». Parce qu’il est de toute première urgence de fabriquer les citoyens modèles d’un monde où la volonté des multinationales s’est substituée déjà au pouvoir des Etats — et que c’est l’un des enjeux centraux des échéances à venir : soit vous votez pour des partis qui veulent restaurer l’Etat et la Nation, soit vous êtes morts en croyant être vivants.
La cible de choix de ses processus déstructurants, ce sont les classes moyennes, dont la lente émergence avait constitué l’histoire du XVIIIème au XXème siècle. Parce que c’est l’envie de culture, associée à l’envie de mieux-être de ces classes mouvantes qu’il faut éradiquer — et qui est le noyau dur de la résistance à la mondialisation. Se cultiver, c’est entrer dans le champ illimité du libre-arbitre. Déculturer le peuple, c’est ce à quoi se sont ingéniées toutes les politiques éducatives depuis trente ans ou quarante ans : le livre analyse en détail ces trois temps forts que furent la renonciation à la convertibilité du dollar en 1971, le tournant de la rigueur en 1983 et la célébration du bicentenaire en 1989, coïncidant avec les premières tergiversations sur le voile islamique et à trois mois près avec la chute de la maison Russie. La méritocratie permettait à quelques fractions du peuple d’accéder à l’élite — qui n’entend plus aujourd’hui laisser la moindre part de gâteau à des enfants exogènes à l’oligarchie dominante. Voter pour les mêmes, c’est se condamner, et condamner vos enfants, à stagner à tout jamais — en fait, à régresser sans cesse jusqu’à ce qu’un salaire universel minimum — les Romains faisaient déjà ça très bien dans les cirques où étaient célébrés les jeux du cirque et de TF1, avec distributions de blé afin de nourrir les (télé)spectateurs — leur permette de végéter sur les mages d’un système qui se goinfrera sur leur dos. On y est presque — la Finlande, ce modèle des anti-modèles qu’on nous sert depuis quinze ans que PISA décide de nos destinées, vient de s’y mettre.
J’avais pris une foule de notes supplémentaires — c’est un livre très dense, dont chaque phrase fait mouche et ouvre la pensée sur les abysses de la pensée dominante. Jamais Cassandre n’a parlé avec tant d’éloquence. Mais je vais en rester là — vous n’avez qu’à l’acheter, vous ne serez pas déçus.

Jean-Paul Brighelli

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Combattre la cravate avec Mélenchon : la révolution du paraître

Serge Federbusch, le 27 juin 2017           <<<<<<<<<<<<LFP<<<<<<<<<<<<<<

FIGAROVOX/HUMEUR - Les députés mélenchonistes ont refusé, pour ne pas céder aux codes établis, de porter une cravate au sein de l'hémicycle. Serge Federbusch dénonce l'insoumission de pacotille des députés d'extrême gauche.

 

On connaît les noces de coton, célébrées au bout d'un an de mariage, à un moment où l'amour est encore crissant et frais, prêt à s'embraser à la moindre étincelle. On est loin du chêne robuste et du diamant éternel.

Puisque Chavez avait col ouvert, ce serait inconvenant pour eux de le refermer.

Le mélenchonisme est à l'insurrection ce que le coton est au mariage: léger, froissable, facile à imprimer de motifs criards. Sa contestation, les vocalises de son tribun ont quelque chose de peu consistant. Elles se focalisent sur des symboles, le dernier en date étant le refus du port de la cravate à l'Assemblée nationale. Puisque Chavez avait col ouvert, ce serait inconvenant pour eux de le refermer.

Loin de nous l'idée de récuser toute importance du vestimentaire en politique. La barbe et la chemise rouge faisaient le socialiste au dix-neuvième siècle. Le crâne rasé et la chemise brune signaient le fasciste au vingtième. Mais il y avait là acte positif. On arborait le veston comme une idée. Il ne s'agissait pas de retrancher à l'existant.

Combattre la cravate en pensant qu'on affronte ainsi la bourgeoisie c'est partir à l'assaut de l'ordre établi avec un pistolet à bouchon, comme le disait naguère, au sujet de Hollande, un opposant du nom de Mélenchon. On pourrait tout aussi bien parler de pompiers qui voudraient éteindre un incendie en chiquant ou de politiciens qui entendraient lutter contre le terrorisme en allumant des cierges.

Décidément, l'heure est à une révolution des apparences. Après Macron qui, tel le chœur d'opéra, met les Français en marche sans qu'ils avancent d'un pas et prétend tout changer pour rien ne change, son opposition néo-communiste invente la rébellion au ras-du-cou. La résistance pendouille.

Mais pourquoi en veulent-ils donc à cet appendice costumier ? La cravate introduit en réalité une forme d'égalité vestimentaire.

Mais pourquoi en veulent-ils donc à cet appendice costumier? La cravate introduit en réalité une forme d'égalité vestimentaire. Tous ceux qui la portent sont tenus de respecter un code fondé sur l'usage de la chemise boutonnée. À une époque où triomphe, pour ne pas dire plastronne, le LGBTQIA, la cravate écarte tout risque que le poil du torse, cette excroissance typiquement masculine et donc réactionnaire, ne s'affiche indécemment à la vue de tous.

La cravate, nom hérité d'un accessoire utilisé par des soldats Croates en visite en France sous Louis XIV, est également symbolique de cette ouverture à l'autre, à cet étranger, à ce migrant si cher au cœur de la gauche authentique.

Et puis sa fabrication fait quand même vivre un bon nombre d'employés du textile, ces sans dents mais pas sans élégance que les Frontogauchistes sont censés défendre.

Allons camarades, encore un effort pour rester dignes! Ne faites pas la tête à cause d'un nœud! Et qu'à jamais le nom glorieux de notre leader Brummellenchon, qui en fixa les règles de pose aux temps jadis, serve de phare à l'émancipation du député prolétaire. En un mot, soyez Ruffin, ne soyez pas ruffians!

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Macron, le Mark Zuckerberg du suffrage universel ?

Vincent Tremolet de Villers, le 10 mai 2017

LFP <<<<<<<<<<<<<<<<<<

FIGAROVOX/ANALYSE - Pour Vincent Tremolet de Villers la victoire de Macron consacre le triomphe du «mouvement» sur la «théorie», de la communication sur l'idéologie.

Vincent Tremolet de Villers est rédacteur en chef des pages Débats/Opinions du Figaro et du FigaroVox

Il y a six mois, c'est-à-dire mille ans, François Fillon, vainqueur de la primaire, proclamait dans un discours gramscien que sa victoire politique était d'abord une victoire culturelle. Que le fond dominait la forme et qu'il avait gagné la bataille des idées. Benoit Hamon deux mois plus tard lui faisait écho. De revenu universel en avenir désirable, il avait gagné parce qu'il restaurait un imaginaire. La droite roulait à droite, la gauche à gauche: la signalisation politique était en bon ordre. Le carambolage des affaires et le flair d'Emmanuel Macron ne tarderont pas à mettre ces deux mécaniques, parfaitement huilées, dans le fossé. Dès la fin du mois de janvier, les idées laissaient la place à la morale et la morale, selon le mot de Jacques Julliard, abolissait la politique. La campagne devenait «sentimentale, victimaire et moraliste» (Jean-Pierre Le Goff), les affects dominaient la raison, les représentations symboliques la démonstration, l'émotion emportait tout. Le débat se résumait à des oppositions infantiles entre système et antisystème, ouverts et fermés, les ponts et les murs. Tout le monde était antisystème, personne n'était l'élite, on était ni droite ni gauche ou de droite et de gauche. Aux idées succédaient des formes sommaires, des choix sémantiques, une rhétorique. Chez Jean-Luc Mélenchon, une esthétique mêlant la force du verbe et l'innovation technologique remplaçait le discours gauchiste de 2012. Tout était codé et à double sens. Comme si Patrick Buisson perçait sous Chantal Mouffe, l'intellectuelle organique du mélenchonisme. Les «insoumis» se dressaient contre la finance mais le Soumission de Michel Houellebecq était en arrière-plan. L'immigration n'était plus une chance pour la France, mais l'émigration «un drame» pour celui qui y est contraint. «Ami», lançait le tribun, dos à la mer, face au peuple, comme aux plus belles heures de la Révolution. Au terme d'un débat, il disait même vouloir «rendre la France aux Français». Les sans-culottes 2.0 avaient liké.

Chez Fillon, le programme devenu inaudible laissait place à la lutte d'un homme face aux juges, aux médias, aux «traîtres» de son propre camp. Une geste éprouvante, douloureuse, perçue par les troupes du Trocadéro comme la bataille décisive entre le «système» et la révolution conservatrice. Chaque livraison duCanard confirmait la manipulation. Les balles fusaient: Versailles hésitait entre Camerone et House of Cards.

Aux formes politiques habituelles succédaient les codes des groupes de la Silicon Valley. La réussite devait être soudaine, spectaculaire, inattendue, carnassière et souriante

Au FN, la dialectique était bien rodée. Les élites étaient «corrompues» et le peuple «vertueux». Les «patriotes» aimaient leur pays et les «mondialistes» cherchaient à le démanteler méthodiquement. La dette? Le chômage? l'industrie ? L'euro, l'euro, l'euro. L'économie, c'était simple comme une pièce de un franc.

Drapeau européen à la main, Emmanuel Macron répondait frontalement à cet adversaire idéal. Il ne s'encombrait pas de nuances. Les «progressistes» vaincraient les «réactionnaires» parce qu'ils «n'étaient pas la France». C'était le service minimum. Le candidat avait à cœur de sortir délibérément des doctrines anciennes pour afficher le culte de la bienveillance et de l'efficacité. Aux formes politiques habituelles succédaient les codes des groupes de la Silicon Valley. La réussite devait être soudaine, spectaculaire, inattendue, carnassière et souriante. En marche!, comme une nouvelle appli, renvoyait les autres partis politiques au rang du Minitel. C'était Uber face aux taxis, Amazon face aux libraires. Les querelles historiques, anthropologiques (colonisation, mariage pour tous)? Des «névroses». Dans ce nouveau monde pas de «chaos intérieur» cher à Nietzsche, pas de tragique. Le documentaire Les Coulisses du pouvoiren témoigne. On y suit l'irrésistible ascension du Mark Zuckerberg du suffrage universel. Pour l'éternel gagnant, les «concepts» comptent moins que les «solutions».

La soirée du Louvre (à la différence de la Bastille en 2012) ne fut pas la victoire d'un camp sur un autre mais l'assomption d'une forme apolitique. Un décor monarchique, une profondeur historique pour un discours sans généalogie idéologique. Une ode à la joie mais aussi au progrès, à l'énergie, à l'autonomie des individus. Avec des cœurs qui flottent comme dans un Facebook live.

L'ancien assistant de Paul Ricœur est indéniablement un intellectuel. Son expérience du pouvoir, pourtant, semble l'avoir convaincu de la supériorité du mouvement sur la théorie. Il s'en prend souvent aux «assis» moqués par Rimbaud mais ce pragmatique, fin connaisseur d'Audiard, songe peut-être à la célèbre réplique d'Un taxi pour Tobrouk :«Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche.»

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Chantal Delsol : "La démocratie au défi du Front national"

Le Figaro Premium, le 10 mai 2017 <<<<<<<<<<<<<

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour la philosophe, la démocratie suppose l'affrontement entre adversaires. Or le FN est considéré comme un ennemi intérieur.

Membre de l'Institut, fondatrice de l'Institut Hannah Arendt, Chantal Delsol est philosophe et historienne des idées. Elle a dernièrement publié Le Populisme et les Demeurés de l'Histoire (éd. Le Rocher, 2015), La haine du monde. Totalitarismes et postmodernité (éd. Cerf, 2016) et Un personnage d'aventure. Petite philosophie  de l'enfance (Éditions du Cerf).


Le vrai perdant de cette élection, c'est la démocratie. Un candidat est élu ici non pas parce que ses convictions et son projet agréent à une majorité de Français, mais parce qu'il faut absolument éviter l'autre courant, considéré comme  un grand danger pour le pays. Comme il est normal quand il y a péril, tout le monde se porte sur lui, même sans enthousiasme. Ce n'est pas la première fois. Il y a quinze ans, beaucoup d'électeurs de gauche disaient avoir voté Chirac «en se bouchant le nez».

«La démocratie est un régime politique qui repose sur le débat/combat à la loyale entre courants de pensée en désaccord sur la question  du bien commun»

La démocratie est un régime politique qui repose sur le débat/combat à la loyale entre courants de pensée en désaccord sur la question  du bien commun. Ce que nous avons sous les yeux  en revanche, c'est une prétendue démocratie qui consiste en la mise à l'écart d'un ennemi intérieur par les armes de la démocratie - autrement dit, par des armes inappropriées.

Que le FN soit considéré comme un ennemi et non comme un adversaire, cela est patent dans les discours des politiques et des médias. Il est décrit comme antirépublicain, antidémocratique et fasciste. Le devoir de se débarrasser de lui est une tâche morale et politique à la fois. On le considère davantage comme un insecte nuisible que comme un concurrent respectable dans un jeu.  Et même si la démocratie est un jeu sérieux (puisqu'il s'agit de l'avenir d'une société),  elle ne peut fonctionner valablement que  si l'on considère les autres partis comme des concurrents aussi respectables que nous, nantis de programme aussi viables que les nôtres, même si nous les combattons.

Un certain nombre de faits ont émaillé cette campagne, qui démontrent que la démocratie ne  s'est pas comportée comme telle.

Par exemple, plusieurs présidents d'organismes de recherche publics,  et l'Académie des sciences en son entier, ont appelé à voter Macron, injuriant ainsi la neutralité de leurs institutions qui seule en garantit la liberté. Des institutionnels responsables de la jeunesse (des présidents d'université) ont rompu leur devoir de réserve en prenant parti et en sommant les jeunes placés sous leur responsabilité à aller dans leur sens. Ce qui constitue un véritable délit en termes de démocratie (on imagine d'ailleurs quel tollé aurait provoqué la même faute en faveur d'un autre parti). C'est que, comme il en a été en 2002 où des enseignants emmenaient leurs élèves défiler contre Le Pen, les Français se considèrent en situation de guerre civile, puisqu'ils luttent contre un ennemi intérieur. L'existence d'une situation exceptionnelle (au sens de Weber et de Carl Schmitt) justifie de briser toutes les convenances.

«Ce que nous avons envie de transmettre aux enfants, ce n'est sûrement pas cette image ahurissante de la démocratie:  le devoir ardent et sacré d'anéantir par le vote l'ennemi intérieur»

Mais le score démesuré du vainqueur signe en lui-même une situation anormale, j'entends d'un point de vue démocratique - et c'était encore plus net en 2002, quand Jacques Chirac avait été élu avec 80 % des voix. Il y a dans cette prouesse quelque chose de faux, et la victoire elle-même en retire un goût inquiet et amer. Pendant la campagne, dans les médias bien sûr mais aussi dans les lieux de vie de toutes sortes, jusque dans les familles, tous les moyens de pression ont été utilisés pour que chacun «fasse barrage» à l'ennemi intérieur (allant ainsi à l'encontre de toute la pensée démocratique qui chérit la liberté intime de l'électeur et sanctuarise sa conscience personnelle). Ceux qui dans l'entre-deux-tours refusaient de se prononcer nommément pour Macron, ont été tenus pour des traîtres à la république. Ainsi les traîtres à la république nourrissaient la presse de droite même la plus modérée, se répandaient dans les partis de gauche même les plus extrêmes, envahissaient les bancs de l'université et chantaient dans les chœurs des églises. On les a pourchassés avec un courage de croisés et on en a eu raison encore pour cette fois. On espère que Macron nous débarrassera de l'extrême droite, comme on espère se débarrasser grâce à lui d'une colonie de poux. On peut raisonner ainsi quand on est en guerre, mais ce n'est pas du tout ainsi que fonctionne une démocratie. Et ce que nous avons envie de transmettre aux enfants, ce n'est sûrement pas cette image ahurissante de la démocratie:  le devoir ardent et sacré d'anéantir par le vote l'ennemi intérieur. Peut-être est-ce là une image française, au sens où la France, pays d'idéologues et pays violent, n'a jamais vraiment su ce qu'était un débat courtois entre adversaires tout à fait opposés mais respectueux. Peut-être est-ce malheureusement une manière de voir de plus en plus fréquente au moment de l'émergence des populismes. On a pu voir, après la victoire de Trump  et après celle du Brexit, des masses d'électeurs battus qui tentaient de contredire par la rue ou par la pétition une élection perdue dans les urnes: manière bien antidémocratique. Où l'on peut croire que l'émergence de ce qu'on appelle le populisme serait en train de mettre à mal les institutions démocratiques, non par ses agissements mais par la détestation qu'il déclenche.

«Une démocratie a le droit de se défendre contre ses ennemis. Mais quand elle fonctionne, elle n'a que des adversaires ou alors elle s'enrhume  et se noie»

La démocratie n'est pourtant pas complètement impuissante devant des groupes qu'elle considère comme des ennemis de l'intérieur. L'Allemagne avait su interdire les partis postnazis après la Seconde Guerre, et les États-Unis avaient pratiquement interdit le développement d'un parti communiste.  Une démocratie a le droit de se défendre contre ses ennemis. Mais quand elle fonctionne, elle n'a que des adversaires ou alors elle s'enrhume  et se noie. La France aurait bien dû interdire le Parti communiste au moment où celui-ci faisait la promotion des goulags et elle aurait pu interdire le FN pour des raisons proches. Mais voilà: il est tellement plus commode d'instrumentaliser un ennemi de l'intérieur qui permette, en face de lui, des élections de maréchal. Et il est tellement plus facile, plus amusant, d'invectiver que de raisonner.

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Le soldat américain qui a abattu Ben Laden publie un livre où il raconte sa mission

Un ancien officier des Marines américains a publié un livre dans lequel il raconte la mission au cours de laquelle il aurait abattu le leader d'Al-Qaïda. Son récit semble se conformer parfaitement à la version officielle des faits.

Le soldat Robert O'Neill, qui assure avoir été l'auteur des coups de feu qui furent fatals à Oussama Ben Laden, a publié pour la première fois sa version détaillée de la mission qui s'est déroulée à Abbottabad, au Pakistan, en mai 2011.

Dans un extrait de son livre, The Operator, dont des extraits ont été publiés dans le quotidien britannique The Mirror, l'ancien soldat a décrit le moment où il estime avoir tiré les deux coups de feu qui ont tué Ben Laden.

«Je me suis tourné vers la droite et j'ai regardé dans la pièce d'à côté [...] Oussama Ben Laden se trouvait près de l'entrée, au pied du lit. Il était plus grand et plus mince que nous l'imaginions. Il y avait une femme avec lui. Immédiatement, j'ai visé au dessus de son épaule droite et tiré deux fois avec assurance. La tête de Ben Laden a explosé», raconte-t-il.

D'après le récit de O'Neil, les soldats ont dû monter les trois étages de la maison avant d'atteindre la chambre de Ben Laden. Sur leur chemin, ils ont attaché et bâillonné «les quatre femmes et les 17 enfants» de l'ancien leader d'Al-Qaïda.

Dans son livre, Robert O'Neill raconte également les moments particulièrement stressants de sa mission, par exemple lorsque l'hélicoptère qui emmenait l'escadron d'élite à laquelle il appartenait a été contraint d'atterrir en catastrophe en dehors du complexe où la mission était censée se dérouler.

Un récit conforme à la version officielle

La mort de Ben Laden a fait couler beaucoup d'encre durant des années. Selon la version officielle, Oussama ben Laden a été tué en mai 2011 dans sa demeure aux environs de la ville pakistanaise d’Abbotabad, au cours d’une opération des forces spéciales américaines. Après une série d’expertises, le corps du terroriste a été jeté à la mer.

Mais, en mai 2015, le célèbre journaliste d’investigation américain Seymour Hersh a publié un article retentissant dans la London Review of Books où il révélait que la version américaine de la mort de Ben Laden différait de ce qui s’était réellement passé.

Le point clé de son article à l'époque était que l’opération n’aurait pas été menée en solo par les Etats-Unis – qu'il ne s'agissait pas d'une opération secrète et risquée – mais d'une mission conjointe des unités de reconnaissance américaines et pakistanaises.

Contrairement aux affirmations des Etats-Unis, Ben Laden n'aurait selon lui pas été localisé grâce au suivi de ses courriers mais à l’aide d’un «mouchard».

D'après le journaliste, Ben Laden aurait en fait été capturé dès 2006 par le Pakistan et tenu secrètement en détention contre l'avis de l'Arabie saoudite, qui souhaitait garder le terroriste sous son aile en raison des liens étroits que Riyad entretient avec Al-Qaïda. Ben Laden aurait ainsi constitué une monnaie d'échange pour le Pakistan contre Al-Qaïda et les Taliban.

La Maison Blanche a démenti les informations de Hersh, assurant qu'il y avait dans l'article «trop d'inexactitudes et d'affirmations sans fondement».

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Comment gagner les élections avec des données personnelles ?

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La télévision Suisse n'a pas froid aux yeux ! Si vous vous demandiez encore comment Macron pouvait à la fois être "le candidat du vide" avec ses discours sans grande conviction et un programme très identique à celui d'Hollande, voici un élément de réponse. "Macron est le candidat du Big Data". Travaillant depuis des mois avec des Startup spécialisées dans la récolte de données privées, les équipes de Macron achètent des informations sur les individus pour mieux pouvoir les convaincre. Importé du système américain, le profilage du votant idéal permet de cibler son discours au cas par cas et ainsi maximiser les intentions de votes. Si la manipulation est évidente, réduisant le citoyen à un vulgaire produit de consommation, pour les entreprises du Big Data, c'est "bon pour la démocratie" ... Ceci est également le fruit d'une dépolitisation de la société. À travers le prisme de l'économie, tout se voit rationalisé, mesuré, adapté, contrôlé, tel un projet d'entreprise cherchant à maximiser les clients d'un marché. Le discours de fond, l'éthique, les valeurs politiques, les visions de long terme et même l'efficacité économique réelle disparaissent au profit d'une approche gestionnaire froide du monde, celle-là même qui détruit la planète dans l'indifférence des institutions. RTS Deux et RTS Play ont consacré une émission spéciale sur cette technique très couteuse qui gangrène les institutions démocratiques. Une seule question : que reste-t-il vraiment de nos démocraties modernes ?

Voir aussi :

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>  ...hcq :. et je pense que demain sinon d'ores et déjà,  que  certaines informations ..et vidéo ...sont filtrées en fonction de " votre profil" ...

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L'ère de la manipulation des citoyens

VIDEO 3/3 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

VIDEO 2/3 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

VIDEO 1/3 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

 

AUTRES VIDEO EN RELATIONs :

Propagande et manipulation : le charisme politique   >>>>>>>>>

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OPINION PUBLIQUE

La notion d'« opinion publique » est aujourd'hui devenue une notion si banale dans les démocraties que son existence ne semble pas faire de doute. Invoquée en permanence par les différents acteurs de la vie politique – responsables gouvernementaux, syndicalistes, journalistes, acteurs économiques, mais aussi, et peut-être surtout, politologues qui la mesurent et en commentent les variations – elle a indiscutablement une réalité sociale. Or, dès le début des années 1970, dans un article célèbre au titre volontairement provocateur, le sociologue Pierre Bourdieu s'était attaché à démontrer que l'« opinion publique n'existait pas », du moins, précisait-il, celle que les instituts de sondage prétendaient mesurer scientifiquement. L'« opinion publique » est-elle une entité réellement existante et si oui, en quel sens peut-on dire que l'opinion publique « existe » ?

La mesure, apparemment savante, de l'« opinion publique » par les instituts de sondage fait oublier que cette notion n'est pas un concept scientifique, contrairement à ce que laisse croire la métaphore du « baromètre » à laquelle les spécialistes contemporains de l'opinion publique – sondeurs, communicateurs, commentateurs politiques et politologues notamment – recourent fréquemment pour désigner les sondages répétitifs qui visent à la saisir et à en mesurer les variations. En effet, cette notion n'appartient pas au registre de la science mais à celui de la métaphysique politique.

Notion censée désigner un collectif, l'« opinion publique » est produite par le fonctionnement même du champ politique, c'est-à-dire par cet espace spécifique dans lequel l'enjeu est l'imposition des principes de vision et de division du monde social. C'est un principe de légitimité qui s'impose aux acteurs du jeu politique, ou qui est invoqué par eux, pour justifier l'exercice du pouvoir, ou sa contestation, au nom d'une transcendance. Selon les moments et les idéologies politiques, celle-ci peut être désignée par des expressions telles que – les majuscules sont ici de rigueur – le Bien commun, l'Opinion du plus grand nombre, la Volonté générale, le Peuple, la Nation, etc. C'est que, pour ne pas apparaître comme inspirée par l'arbitraire des dirigeants, l'action politique suppose, en effet, d'être menée au nom d'une entité qui dépasse la personne de l'acteur politique singulier et de ses intérêts privés.

Mais la notion d'opinion publique renvoie aussi à des considérations très pratiques. En effet, le gouvernement des hommes ne passe pas seulement par l'usage de la force pure ou même par le respect des lois ; il repose fondamentalement sur l'acceptation des dirigeants et de leur politique par les gouvernés, c'est-à-dire sur la reconnaissance de leur droit à gouverner. Cela explique que tous ceux qui sont engagés dans les luttes de pouvoir, quelle que soit la nature des régimes politiques, ne peuvent pas ignorer ce que pensent d'eux les gouvernés. Ils se doivent d'être à leur écoute, non pas nécessairement pour les suivre mais pour pouvoir, le cas échéant, mieux les contrôler voire les réprimer. C'est ainsi que, en France, l'irruption de la parole populaire qui colportait bruits et rumeurs sur les coulisses du pouvoir royal, véritable opinion naissante sur la chose publique, suscita l'inquiétude monarchique qui, pour cette raison, la pourchassa activement. Il en fut de même plus tard, sous l'Empire, les préfets ayant notamment pour tâche d'établir régulièrement un état de l'opinion de la population locale dont ils avaient la charge. Enfin, dans les régimes démocratiques, outre certains services spécialisés comme les Renseignements généraux en France, qui peuvent être chargés d'enquêter sur les opinions qui agitent telle ou telle fraction de la population, il existe des services gouvernementaux qui suivent quotidiennement la presse dans la mesure où cette dernière est censée autant exprimer que contribuer à faire l'opinion de ses lecteurs, et par là celle des électeurs. Plus récemment, se sont multipliés des spécialistes qui commandent en permanence des sondages pour suivre les évolutions de l'opinion publique. Pour comprendre le statut très particulier de cette notion politique – que certains prétendent appréhender scientifiquement – il n'est sans doute pas de meilleure méthode que d'en retracer brièvement la genèse, cette notion étant le produit de notre histoire et, par là, comme inscrite dans notre inconscient politique.

Apparue en France dans le champ politique dès le xviiie siècle, la notion d'« opinion publique » a toujours comporté une double dimension, l'une relevant de la philosophie politique, l'autre de la manipulation parfois à la limite du cynisme. Cependant, son contenu concret a profondément varié au cours du temps en fonction non seulement des régimes politiques mais aussi des technologies sociales permettant d'enquêter dans la population. On peut schématiquement distinguer, à cet égard, trois « états » successifs de l'opinion publique. Chaque état dépend étroitement de la structuration et du fonctionnement du champ politique, les deux premiers états se rapportant au moment, historiquement daté, de la naissance et de l'essor de l'espace public, le dernier au moment inauguré par l'introduction de la pratique des sondages d'opinion.

1.  Genèse de l'opinion publique

•  L'opinion publique et le suffrage censitaire

Ce que l'on commence à nommer « opinion publique » dans la France du xviiie siècle n'est encore que l'expression publique des opinions personnelles d'une fraction limitée de la population – essentiellement une bourgeoisie intellectuelle et commerçante montante – qui, forte de son capital économique et surtout culturel, prétend à l'exercice du pouvoir ou, du moins, entend peser sur les autorités politiques par divers moyens, comme par exemple, les libelles, les brochures voire les pamphlets, la diffusion de ces écrits ayant pour fin de porter sur la place publique leurs opinions privées sur des questions perçues comme relevant de l'ordre public. Dès cette époque, de véritables campagnes sont menées en vue de soumettre certaines affaires de justice devant le « Tribunal de l'opinion », c'est-à-dire devant tous ceux qui, selon la philosophie des Lumières, peuvent donner un avis éclairé en faisant usage de la Raison afin de démonter des erreurs judiciaires.

Mais c'est surtout dans la période révolutionnaire, alors que l'espace politique est à la recherche, après la chute de la royauté, d'un nouveau principe de légitimité pouvant reposer sur les « citoyens actifs » et le vote majoritaire, que la notion va être utilisée par les acteurs et les théoriciens politiques. Elle désigne alors l'opinion des élus, celle du moins qui s'exprime à l'assemblée et dans les nombreuses feuilles de la presse dite justement « d'opinion » qui accompagnent la très forte agitation politique de l'époque. La notion d'opinion publique présente alors deux propriétés majeures : d'une part, elle désigne l'opinion des seuls représentants élus (et non celle de tous les citoyens, la plupart n'ayant pas le droit de vote) et, d'autre part, elle désigne l'opinion qui émerge des discussions se tenant dans des lieux politiques ad hoc (les clubs, les assemblées, etc.).

Ce premier état de l'« opinion publique » s'analyse comme la résultante des débats entre représentants élus, l'idée de débat étant essentielle parce que, conformément à la philosophie des Lumières, il est nécessaire qu'il y ait discussion pour que puisse émerger la « volonté générale ». Loin d'être obtenue par l'addition des opinions individuelles de tous, l'« opinion publique » est élitaire et présente une dimension collective dans son élaboration : elle n'est pas donnée mais se construit dans la confrontation des points de vue. Elle est dite « publique » parce qu'elle désigne les opinions des élites sociales, c'est-à-dire des opinions suffisamment fondées pour être dignes d'être rendues publiques et d'être mises en discussion. Opinion collectivement produite par des élites qui recherchent ensemble les bonnes décisions à prendre pour la nation, elle se distingue de l'opinion du peuple (celui-ci étant alors essentiellement rural et majoritairement analphabète) qui est censée n'être faite que de « préjugés ».

•  L'opinion publique et le suffrage universel

L'adoption du suffrage universel masculin en 1848 qui fait entrer l'ensemble de la population (masculine) dans le jeu politique actif va inévitablement entraîner un changement dans le contenu de la notion comme dans ses usages et être au principe d'un nouvel état. Sans doute les élus revendiquent-ils toujours le privilège de connaître les attentes de leurs électeurs et par là estiment-ils être compétents pour dire l'« opinion publique » sinon pour l'incarner de manière exclusive. En effet, la vision démocratique qui fait de la « volonté populaire » la source unique de la légitimité politique a pour conséquence de transmuer en opinion du peuple les opinions publiquement affichées des membres des « élites sociales » : le système politique représentatif conduit les membres de l'« élite sociale », constitués en représentants élus, à se considérer comme des porte-parole naturels du « peuple » et à voir dans les opinions qu'ils défendent moins l'expression étroite et limitée des intérêts d'une classe ou d'un groupe particulier que la révélation universelle de l'intérêt général et du bien commun.

Mais la constitution d'un prolétariat ouvrier, important numériquement, regroupé dans les zones urbaines et progressivement encadré, au cours de la seconde moitié du xixe siècle, par les partis politiques de gauche et par les syndicats afin d'en faire une force sociale susceptible d'intervenir efficacement dans la lutte politique, va réactiver une autre figure de l'opinion publique que l'on peut nommer l'« opinion populaire », c'est-à-dire l'opinion du peuple qui, du fait de son importance numérique mais aussi politique, peut prétendre incarner démocratiquement le peuple tout entierManifestation de Haymarket. Encore faut-il, pour accéder à l'existence politique, que cette opinion populaire se manifeste dans l'espace public. Celle-ci s'exprimera sous la forme de manifestations de rue, de défilésManifestation communiste ou de cortèges, à la fois encadrés et structurés, dans lesquels le nombre de participants et la bonne tenue des manifestants tendront à devenir un enjeu majeur. Il va ainsi peu à peu exister une « opinion publique » en dehors des enceintes parlementaires : c'est l'« opinion de la rue », l'opinion qui s'exprime sommairement, mais publiquement, sur les banderoles des cortèges et dans les slogans scandés par les manifestants dans la rue, et qui prétend être la « véritable » opinion du peuple, et même l'Opinion du Peuple. Au cours de l'entre-deux-guerres, et notamment sous le Front populaire, on assistera à la fois à une multiplication des manifestations de rue et à une sorte de surenchère dans la taille de celles-ci : il s'agit de « faire nombre » pour impressionner les élus et pour imposer au pouvoir politique une certaine représentation de la volonté populaire. Indice de cette concurrence désormais ouverte entre « la rue » et la « représentation politique », nombre de manifestations de rue se dirigeront vers l'Assemblée nationale pour faire pression sur les élus et remettre en cause leur prétention à représenter sans partage l'opinion publique.

Manifestation de HaymarketPhotographie

Manifestation de HaymarketAffrontement entre policiers et ouvriers lors la manifestation du 4 mai 1886, place du marché au foin (Haymarket), à Chicago. Après un procès inique, neuf dirigeants syndicaux seront condamnés pour l'attentat à la bombe ayant déclenché les violences. Quatre d'entre eux seront pendus le 11 novembre… 

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Manifestation communistePhotographie

Manifestation communisteLors d'une manifestation, des communistes français défilent le poing levé, en 1934. 

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Le développement, dans la deuxième moitié du xixe siècle, d'une presse quotidienne à grand tirage va contribuer à faire émerger une troisième instance prétendant incarner l'« opinion publique » : il s'agit des journalistes qui s'expriment dans une presse très politisée et prennent parti dans une lutte politique qui désormais n'exclut plus que les femmes (en France le droit de vote ne leur sera accordé qu'en 1944). S'il en est ainsi, c'est que les journalistes pensent exprimer l'opinion de lecteurs qui, avec la généralisation de l'instruction, se comptent désormais par millions et se mobilisent derrière leurs quotidiens, comme par exemple lors de l'affaire Dreyfus, entre 1897 et 1899. Les journalistes qui, chaque jour, vendent leurs idées à leur public peuvent ainsi avoir le sentiment qu'ils ne font que dire l'opinion de leur public, l'acte d'achat d'un journal valant en quelque sorte approbation de la ligne politique et des opinions que celui-ci défend.

Aussi, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans un pays comme la France, les instances qui prétendent dire ce que pense et ce que veut l'« opinion publique » ne manquent pas : les élus politiques en tant que représentants du peuple ; les citoyens organisés dans les associations, syndicats, ligues, partis politiques de masse qui disposent, avec les manifestations de rue notamment, d'un moyen efficace pour se rendre visible et se faire entendre directement ; enfin les journalistes politiques qui, du fait des tirages quotidiens considérables de leurs journaux, prétendent exprimer ce que veulent les Français. Autrement dit, au cours de cette seconde période, un champ de luttes de plus en plus différencié s'est constitué autour de la notion d'« opinion publique », chacun des acteurs de ce champ ayant, à l'état pratique, sa propre définition et prétendant connaître l'opinion publique et même l'incarner. Il reste que toutes ces définitions contradictoires ont cependant un point commun : l'« opinion publique » est l'opinion des citoyens actifs politiquement, de ceux qui cherchent à faire pression dans le jeu politique, c'est-à-dire de ceux qui se mobilisent sous quelque forme que ce soit pour imposer leur opinion sur un sujet politique donné. C'est l'opinion de ceux qui, en politique, veulent faire entendre leur voix et veulent que leur opinion soit politiquement prise en compte.

2.  Les usages contemporains de l'opinion publique

•  L'opinion publique fabriquée par les sondeurs

L'introduction de la pratique des sondages d'opinion, après la Seconde Guerre mondiale en France – pratique qui se généralise en fait en 1965 à partir de l'élection du président de la République au suffrage universel – va mettre bon ordre en quelque sorte à cette situation où chacun peut dire et même croire qu'il sait ce que pense et ce que veut l'« opinion publique », compte tenu de l'idée qu'il s'en fait. Les sondeurs vont être les agents de la troisième transformation qui est au principe du nouvel état de la notion, celui qui tend à s'imposer aujourd'hui. Ces derniers affirment très pragmatiquement que « l'opinion publique est ce que mesurent leurs enquêtes d'opinion ». Et, de fait, en dépit de critiques formulées ponctuellement, les instituts de sondages sont parvenus à imposer leur définition de l'opinion publique parce qu'elle se présente à la fois comme plus « démocratique » et plus « scientifique ».

En liaison avec l'apparition des nouvelles techniques qui ont été inventées par les sciences sociales (échantillon par sondage, questionnaire fermé, traitement automatique et rapide des réponses par ordinateur), la notion d'opinion publique, bien que l'existence de son référent objectif soit toujours aussi incertaine, va en effet trouver sa pleine réalisation contemporaine dans la mesure où elle va inclure l'opinion de tous, y compris de ceux qui ne s'expriment pas publiquement. La technologie du sondage d'opinion a tout ce qu'il faut pour donner à la notion d'opinion publique un fondement à la fois « démocratique » puisque tout le monde est, par échantillon représentatif interposé, censé être interrogé, et « scientifique » puisque les opinions de chacun sont méthodiquement recueillies et comptabilisées.

La croyance en la fiabilité de telles enquêtes repose pourtant sur une confusion, celle qui s'est d'emblée instaurée entre la saisie du comportement électoral et celle des opinions. En effet, les instituts de sondage doivent leur notoriété, auprès des responsables politiques et des journalistes, à leurs enquêtes dans le domaine strictement électoral, les sondeurs s'étant d'abord proposé de saisir les intentions de vote des électeurs. Les données fournies par ces enquêtes, surtout lorsqu'elles sont effectuées à la veille d'un scrutin, sont à la fois spectaculaires dans leur pouvoir prédictif et scientifiquement peu discutables, leur précision et leur fiabilité étant de surcroît vérifiées par l'élection elle-même. Mais ces sondages préélectoraux appréhendent moins des « opinions » au sens propre que des intentions de comportement électoral (désignation des personnalités politiques ou des partis), et cela dans un domaine, celui de la politique, où la situation d'enquête reproduit de manière assez exacte la situation créée par la consultation électorale.

Il en va tout autrement lorsque, à la demande des autorités politiques, et plus récemment des grands organes de presse, les instituts de sondage réalisent des enquêtes visant à déterminer ce qu'est l'« opinion publique » entendue, selon la définition politiquement dominante, comme opinion majoritaire sur des problèmes extrêmement variés et parfois très complexes – comme par exemple des questions de politique internationale ou de politique économique – sur lesquels la plupart des personnes interrogées n'ont pas nécessairement de jugement constitué et, pour nombre d'entre elles, ne se posaient même pas les questions qui leur sont soumises. Bien que fortement minorées, notamment en raison des techniques de constitution des échantillons d'enquêtés et de l'usage quasi exclusif des questions précodées et fermées qui conduisent à recueillir moins des « opinions » que des « réponses » à des questions d'opinion, les non-réponses explicitement déclarées et leur distribution non aléatoire par sexe, niveau d'instruction et catégorie sociale suffisent à rappeler que la probabilité d'avoir une opinion personnelle est très inégalement répartie dans la population. S'ils ne prennent pas au sérieux cette donnée de fait, les instituts de sondage, loin de se borner à recueillir des opinions préexistantes à l'enquête, produisent de toutes pièces une « opinion publique » qui est en réalité un pur artefact obtenu par l'enregistrement et l'agrégation statistique des réactions d'approbation ou de refus à des opinions déjà formulées, souvent en des termes incertains et ambigus, que leurs enquêtes soumettent à des échantillons de population en âge de voter. La publication de ces résultats par les journaux d'opinion qui, très souvent, en ont commandé la production est ainsi, en beaucoup de cas, un « coup politique » paré de toutes les apparences de la légitimité de la science et de la démocratie par lequel un groupe de pression, public ou privé, doté des moyens économiques d'assumer les coûts d'une enquête par sondage peut donner à son opinion particulière les apparences de l'universalité qui sont associées à l'idée d'« opinion publique ».

•  Une justification plus politique que scientifique

Contre les responsables politiques qui refusèrent initialement la pratique des sondages d'opinion, ou, pour le moins considérèrent avec une certaine réticence la prétention de cette nouvelle technologie sociale à mesurer l'état de l'opinion publique réellement active, les politologues firent valoir le caractère « scientifique » des enquêtes par sondage. Mais inversement, contre les analyses critiques des sociologues qui déconstruisaient ce qui, en fait, était un véritable fétiche du jeu politique, les défenseurs de la pratique des sondages d'opinion en politique déplacèrent le débat sur le terrain politique. Ils invoquèrent l'idée que l'enquête par sondage, parce qu'elle repose en définitive sur les mêmes présupposés que le suffrage universel – tous les citoyens ont le droit de voter sans que l'on pèse les raisons de leur choix ou leurs intentions – serait, à ce titre, une pratique aussi intouchable que le suffrage universel lui-même. Ils firent valoir que, dans nos sociétés, le sondage politique permettrait une sorte de démocratie directe : chaque aspect de la politique gouvernementale – aussi bien la réforme des régimes de retraite que la décision de participer ou non à telle coalition militaire – pourrait, et même devrait, faire l'objet de petits référendums auprès d'échantillons représentatifs des électeurs.

Or, cet argument purement politique est également contestable d'un point de vue strictement politique. En effet, la consultation référendaire, pratique politique qui est la plus proche du sondage d'opinion, demeure, dans les démocraties, un événement exceptionnel parce que la politique ne se fait pas au jour le jour par acclamation ou rejet des mesures politiques par l'ensemble des électeurs mais s'élabore dans les enceintes parlementaires et dans les cabinets ministériels, après consultation des représentants politiques et syndicaux, par les personnalités élues ou nommées qui ont en charge d'étudier et de discuter les programmes et les décisions politiques. Quant aux rares consultations référendaires qui sont organisées, elles donnent lieu à des campagnes électorales activesL'autodétermination en Algérie de plusieurs mois et à l'élaboration de prises de position qui sont destinées à mobiliser les électeurs pour faire en sorte qu'ils se prononcent en connaissance de cause, ce qui n'empêche pas cependant que, en bien des cas, nombre d'électeurs ne répondent pas vraiment à la question qui leur est posée. Il reste que l'enquête d'opinion par sondage n'est pas réellement assimilable à un référendum : il lui manque l'essentiel, à savoir la mobilisation des citoyens, l'explicitation des enjeux, la campagne électorale et le positionnement des partis politiques dans une consultation qui ne soit pas fictive mais bien réelle. Et de fait, on a pu observer les décalages importants qui existent entre les distributions statistiques des sondages obtenues hors campagne électorale et les résultats des consultations référendaires au terme du débat public qui précède le vote.

L'autodétermination en AlgériePhotographie

L'autodétermination en AlgérieUn Algérien distribue des tracts sur le marché de Tizi Ouzou, en Kabylie (Algérie). Ces tracts appellent à voter oui au référendum du général de Gaulle, président de la République française, sur l'autodétermination en Algérie, de janvier 1961. 

Crédits: Hulton Getty Consulter

•  Entre artifice et indicateur pratique

Au terme de ce parcours historique, on voit que la notion d'« opinion publique » que les sondeurs ont réussi à imposer dans le jeu politique démocratique n'a plus le même sens ni le même contenu que celle qu'elle avait initialement. À l'origine, elle désignait en effet les opinions actives, celles des individus et des groupes qui voulaient que leurs opinions soient prises en compte et qui, à cette fin, les rendaient publiques et les mettaient en quelque sorte en discussion.

L'« opinion publique » construite par les sondeurs est obtenue en mobilisant une armée d'enquêteurs qui va interroger des enquêtés le plus souvent en majorité non mobilisés (ce que les sondeurs ont conceptualisé par la notion de « majorité silencieuse », entité qu'ils se chargeraient de faire parler) ; ils recueillent non des « opinions » mais des « réponses » exprimées dans le cadre privé de l'enquête en face-à-face ou par téléphone, les baptisent « opinions », les additionnent et nomment la distribution majoritaire des réponses ainsi obtenues « opinion publique », le vocable exprimant à la fois qu'on veut voir là l'opinion du public et que les résultats de ces enquêtes sont publiés dans les médias et commentés par les acteurs du jeu politique.

Notion à géométrie variable, il suffit en effet de définir la population interrogée pour produire à la demande l'opinion publique qui est appelée par la lutte politique. Il est possible de construire des opinions publiques sectorielles, celle des cadres, des jeunes, des vacanciers, etc. On ne voit jamais aussi bien le caractère artefactuel de cette notion construite par les sondeurs que dans ces enquêtes censées mesurer l'« opinion publique européenne », à partir des réponses obtenues par des enquêtes standards menées dans différents pays, qui sont formellement identiques et mécaniquement additionnées bien qu'elles renvoient à des contextes sociaux et politiques différents et qu'elles aient par là des significations également très différentes.

Est-ce à dire que ces enquêtes livrent des données dépourvues de toute utilité pratique pour les acteurs du jeu politique ? Si c'était le cas, on ne comprendrait pas que cette pratique, qui a un coût financier non négligeable, se soit développée et fasse désormais partie intégrante de la lutte politique. Si tous les hommes politiques les consultent et les prennent plus ou moins en compte, c'est que les sondages, parce qu'ils reposent précisément sur les mêmes présupposés que le suffrage universel, fournissent à court terme des indications utiles s'agissant de prévoir les réactions de la population à telle ou telle décision et les conséquences en termes de prévision électorale.

Quoique très imparfaits et bien que parfois mal interprétés, les sondages jouent le rôle de boussole dans une activité soumise à la logique de l'élection et où la réélection n'est jamais acquise. Ils sont moins hasardeux que la pure intuition ou les indices inévitablement biaisés par lesquels les hommes politiques cherchent à prendre le « pouls de l'opinion » ou à connaître le niveau de leur popularité. Ils sont utilisés comme éléments parmi d'autres pour construire un tableau de bord politique censé appréhender, sinon l'opinion publique elle-même, du moins ses variations.

•  L'opinion publique comme nouvel enjeu politique

On voit ainsi que, en définitive, ce qui existe, c'est moins une « opinion publique » en soi que la croyance en l'existence de l'opinion publique telle que les sondeurs et les hommes politiques la construisent. Il reste que, en se diffusant, la pratique des sondages d'opinion et la croyance qui la soutient ont profondément modifié le fonctionnement du jeu politique : les hommes politiques doivent maintenant compter avec cette nouvelle instance, largement contrôlée par les politologues, qui est censée dire, mieux que les représentants du peuple, ce que veut et pense le peuple. Les instituts de sondage interviennent désormais à tous les niveaux de la vie politique : ils effectuent des sondages confidentiels pour les formations politiques afin de déterminer, dans une logique qui est celle du marketing, les thèmes de campagne électorale qui seront censés être les plus porteurs, voire les candidats les plus faciles à « promouvoir » ; ils sont aussi au cœur de la plupart des émissions que les grands médias consacrent à la politique et tendent à transformer les téléspectateurs en juges-arbitres des « prestations » des hommes politiques ; la presse nationale commande en permanence des sondages sur les questions politiques à l'ordre du jour pour en publier les résultats et les invoquer à l'appui de telle ou telle ligne éditoriale.

À mesure que se multiplient les dispositifs d'apparence scientifique qui prétendent mesurer l'influence que peut exercer la politique de communication des principaux leaders politiques sur l'« opinion publique », on voit se redéfinir ce qu'on appelle « la politique » : l'action politique apparaît de plus en plus comme l'art d'utiliser un ensemble de techniques élaborées par des spécialistes de la « communication politique » pour « faire bouger l'opinion publique ». Ainsi, dans tous les cas, l'enquête d'opinion dans le domaine politique produit le même effet, qui est de faire apparaître comme résolu, par la vertu combinée de l'imposition d'une problématique et de l'agrégation des réponses isolées, un des problèmes majeurs de toute action politique, à savoir de constituer comme telle d'un côté l'opinion individuelle, celle de l'individu singulier avec ses intérêts particuliers et de l'autre, ce qui peut être présenté, notamment au travers de la délégation, comme une opinion collective, c'est-à-dire une opinion qui est censée exprimer le vouloir d'une société entière.

Patrick CHAMPAGNE

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Les devoirs à la maison, pomme de discorde entre les parents et l'Education nationale.

Par Marie-Estelle Pech Publié le 19/04/2017

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Pour la FCPE, principale fédération de parents d'élèves de l'enseignement public -proche de la gauche- qui sort une étude sur le sujet, les devoirs à la maison, en primaire, constituent un facteur d'inégalité supplémentaire.

La polémique resurgit à chaque période de vacances scolaires. La semaine dernière, une mère postait sur Twitter la photo des nombreux devoirs que devait réaliser sa fillette de 10 ans en quinze jours: lecture d'un roman avec résumé à rédiger, lecture d'un conte, cinq leçons à apprendre ainsi qu'une poésie. Enfin une quinzaine d'exercices en français et mathématiques à rendre. «Ma fille est une excellente élève mais quid de ceux qui vont galérer sans aide à la maison?», interrogeait-elle. En octobre dernier, Zupdeco militait comme bien d'autres associations populaires avant elle pour l'interdiction des devoirs. Pourtant, officiellement, le ministère le serine, circulaire après circulaire depuis 1956: les devoirs écrits doivent être proscrits ou fortement limités. Considérés comme peu efficaces, ils «présentent un intérêt éducatif limité», écrivait cette année là l'éducation nationale qui dénonçait un surplus de travail entraînant une «fatigue préjudiciable à la santé physique et à l'équilibre nerveux des enfants». L'injonction était déjà présente dans un arrêté organique datant de 1887. Mais parents et professeurs ne l'entendent pas de cette oreille et les devoirs sont très répandus à l'école primaire. Un professeur qui ne donne pas de devoirs est souvent considéré comme laxiste.

Une réglementation ambiguë

La réglementation n'est pas simple selon une récente note d'Étienne Douat, maître de conférences en sociologie à l'université de Poitiers, mise en avant ce mardi 18 avril par la FCPE, la première fédération de parents d'élèves du public -classée à gauche- qui milite pour l'abolition des devoirs depuis toujours. Cette étude rappelle que la réglementation en matière de travail hors de la classe au niveau du primaire «est ambiguë». Certes, l'écrit est censé être interdit mais les leçons orales sont autorisées. «Une telle partition entre ce qui est supposé relever de l'oral ou de l'écrit laisse sans réponses toute une série de questions sur ce qu'implique par exemple “réviser une leçon”: faut-il reconstruire un plan, faire un résumé, surligner les mots-clefs, réaliser des schémas?, interroge-t-il. Autrement dit, dans quelle mesure convient-il, malgré tout, de recourir à des opérations d'écriture pour tel ou tel apprentissage?»

L'institution apparaît d'autant plus décalée avec ses propres injonctions que, depuis les années 1980-1990, on assiste à une inflation des dispositifs d'aide à la scolarité: accompagnement éducatif, soutien scolaire, coaching scolaire. «La légitimité du travail scolaire hors l'école semble peu discutée. Plusieurs enquêtes montrent que les familles tendent à partager avec les enseignants l'idée que les devoirs sont indispensables à la «fixation des apprentissages réalisés en classe» et indissociables d'une «bonne scolarité», observe Étienne Douat. En 2013, une majorité de parents de la Peep, deuxième fédération de parents d'élèves du public (60 %) se disaient d'ailleurs toujours très attachés, dans un sondage, à ce que leurs enfants fassent des devoirs à la maison.

L'institution se décharge sur les familles

Le chercheur propose de «rompre» avec cette évidence. Pour lui, les devoirs sont constituent surtout un facteur d'accroissement des inégalités entre les élèves, au sein d'une école déjà très inégalitaire en fonction de l'origine sociale, comme le démontre préiodiquement le classement international PISA...La réalisation adéquate des devoirs réclame «un certain style de vie, des ressources matérielles, une organisation domestique particulière, la présence et la disponibilité quotidiennes d'un parent doté d'un minimum de capital scolaire», rappelle-t-il. Un logement exigu pour une famille nombreuse, l'absence d'un bureau relativement calme «ne sont pas des dimensions anodines ou secondaires, mais rendent improbables la réalisation des devoirs», écrit-il. De la même manière, les horaires de travail des parents qui travaillent parfois tard ou leur fragilité professionnelle, compliquent ce suivi.

Pour les populations dont les modes de vie sont les plus dissonants par rapport aux exigences de l'école, l'expérience régulière de cet impossible suivi du travail scolaire de leur enfant peut «générer un sentiment d'impuissance». Quant aux familles qui ont la possibilité d'intervenir pour aider leurs enfants, elles sont parfois décalées par rapport à l'école, voire «contraires aux normes scolaires». Confrontés à la consigne «parfois opaque des enseignants» et ayant été scolarisés suivant des schémas pédagogiques (misant sur l'apprentissage par cœur, par exemple) aujourd'hui dévalorisés par l'école - qui privilégie plutôt l'appropriation des moyens de construire des savoirs - les parents peuvent être «désorientés» et contribuer, sans le vouloir, à renforcer chez leurs enfants des «malentendus».

Exacerbation des conflits

Enfin, Étienne Douat accuse l'institution de se décharger facilement sur les familles. Cette externalisation du travail scolaire peut être considérée «comme une habitude pratique permettant de soutenir la tendance de l'éducation nationale à situer l'essentiel des problèmes et les causes de “l'échec” de l'enfant au niveau de la famille». Par ailleurs, potentiellement dans tous les milieux sociaux, le rituel des devoirs, parce qu'il est exigeant et suppose un certain exercice de l'autorité, une organisation particulière et une mobilisation parentale contraignante, «est susceptible de nourrir et d'exacerber les conflits intrafamiliaux», insiste-t-il.

L'auteur engage les politiques qui n'ont «pas renoncé à la démocratisation scolaire d'étudier sérieusement une option»: faire en sorte que les devoirs soient faits à l'école. Un vœu pieux? Beaucoup l'ont proposé dans le passé sans le mettre en œuvre. «Les devoirs doivent pouvoir être faits à l'école plutôt qu'à la maison, pour accompagner les enfants et rétablir l'égalité», affirmait ainsi François Hollande en 2012. De fait, jusqu'au milieu du XXème siècle, le temps de «cours» à proprement parler n'excédait pas trois heures par jour ; le reste était consacré à «l'étude», directement avec le professeur ou sous la responsabilité de moniteurs plus âgés.

Les bons élèves très suivis à la maison

On peut rappeler à ce chercheur d'autres évidences, que son étude militante ne soulève pas. Dans un livre publié en 2013, les chercheurs Carole Daverne et Yves Dutercq s'étaient penchés sur le parcours de plus d'un millier de ces «bons élèves» inscrits en terminale ou en classe préparatoire dans de «très bons lycées» de Paris, Nantes et Rouen. Quel est la recette de leur réussite? Ces derniers faisaient valoir le fort investissement de leurs parents dans leur scolarité et révélaient à quel point l'école était privilégiée et valorisée, la scolarité encouragée et accompagnée dans leur famille. L'investissement des parents de ces élèves prometteurs était particulièrement visible dans les classes de primaire et de collège. Il se traduisait «par une attention aux résultats et un suivi, parfois serré, du travail à la maison». Une thèse décryptant les succès scolaires des enfants d'enseignants révélait, toujours en 2013, que les vacances de ces derniers n'étaient jamais totalement oisives. Leurs parents avaient même tendance à les faire travailler avec «le désir de s'avancer pour l'année suivante»...Pour Valérie Marty, présidente de la PEEP, deuxième fédération de parents d'élèves, ce débat sur l'abolition des devoirs à l'école est «un mauvais débat. Les parents encouragent et motivent leurs enfants et cela fait réussir. Aidons les élèves à apprendre à apprendre!».

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Ces milliardaires qui régnent sur les médias ....

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Source : OJIM – “Ces milliardaires qui règnent sur les médias”

Avec leur livre Médias, les nouveaux empires (éditions du Moment), les journalistes Amaury de Rochegonde et Richard Sénéjoux se sont intéressés à ces milliardaires grimés en patrons de média qui règnent aujourd’hui sur la presse, la télé et la radio. Le site du Nouvels Obs en publie quelques extraits.

Ils sont huit. Huit grandes fortunes issues du luxe, de l’industrie ou encore des télécoms, qui se partagent aujourd’hui la quasi-totalité des médias. Patrick Drahi, Arnaud Lagardère, Bernard Arnault, Xavier Niel, Vincent Bolloré… tous participent à la fulgurante concentration des médias que nous vivons actuellement. Quels sont leurs intérêts ? Leur relation avec leurs médias ? Avec le pouvoir ? C’est ce qu’ont tenté de comprendre nos deux journalistes dans ce livre. Rien d’inédit en soi dans l’analyse, mais quelques anecdotes croustillantes.

« Je vous enregistre »

Quand Serge Dassault, propriétaire du groupe Le Figaro, encense Manuel Valls en septembre 2012. « Je dois vous dire que nous sommes très heureux de son action. C’est pour ça qu’il a l’appui d’un journal bien connu… (…) Donc bravo Manuel, continue ! », lance alors le sénateur au ministre de l’Intérieur, un poil gêné.

Quand Martin Bouygues, actionnaire du groupe TF1, profite de la bienveillance du gouvernement socialiste : appui à l’offre de Bouygues sur SFR en 2004 ; soutien de l’Élysée lors de la tentative de Bouygues d’entrer au capital d’Orange..

Quand Vincent Bolloré, actionnaire du groupe Canal+ et d’Havas, premier groupe publicitaire de France, fait pression sur Le Monde via sa société. Gilles Van Kote, ancien directeur du Monde, affirme avoir subi un véritable « blocus » publicitaire de la part de Havas après qu’une pigiste du Monde ait écrit un article sur le port d’Abidjan, qui aurait fortement déplu à Bolloré.

Quand Xavier Niel, actionnaire du Monde (avec Pierre Bergé et Matthieu Pigasse) et incarnation du « patron cool », harcèle Mediapart après une enquête déplaisante. « Le seul épisode de pression violente que j’ai eu, c’est notre enquête sur Xavier Niel. La seule personne qui m’a assailli de questions au téléphone, qui m’a dit « je vous enregistre », c’est lui », raconte Edwy Plenel.

L’enquête sur Drahi mise sous le tapis…

Ou enfin quand Patrick Drahi, actionnaire de Libération, L’Express, BFMTV, RMC…, passe un « deal » officieux avec François Hollande : sauver Libération en échange d’un appui dans le rachat de SFR. Après son entretien avec Hollande, Drahi a « compris qu’on apprécierait [son aide] » dans le rachat de Libé, éternel soutien des socialistes. Le retour d’ascenseur ne s’est pas fait attendre : lorsque Emmanuel Macron est arrivé à Bercy, l’enquête sur la résidence fiscale du milliardaire israélien, ouverte par son prédécesseur au ministère de l’Économie et des Finances, a été gentiment mise sous le tapis.

Des exemples parmi tant d’autres, mais qui illustrent bien le danger de cette concentration des médias entre les mains de quelques oligarques, tous intéressés financièrement et idéologiquement par leurs prises médiatiques, et tous main dans la main avec le pouvoir.

Publié le

 

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Comment le marketing politique formate le cerveau des électeurs

26/01/2017 – FRANCE (NOVOpress) <<<<<<<Novopress<<<<<<<<<<
Le marketing politique ne date pas d’hier, disons d’avant-hier, avec notamment l’avènement des médias de masse. Après tout quoi de plus logique que d’utiliser des méthodes qui ont fait leurs preuves pour tenter de convaincre de futurs électeurs ou électrices ?

Mais depuis l’arrivée des Big Data, le marketing a changé. Et appliquer ses nouvelles méthodes de micro-ciblage au débat démocratique pose un certain nombre de questions. Cette vidéo proposée par Data Gueule fait le point.

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WIKILEAK .... "NOUS SOMMES DANS 1984 de GEORGE ORWELL "

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Annie Machon a travaillé pour le MI5, les services secrets britanniques, puis a démissionné à la fin des années 1990 aux côtés de David Shayler pour dénoncer l’incompétence des espions et les tentatives d’intimidation. Elle est à présent conférencière, écrivain, commentatrice, militante politique et consultante en relations publiques.

Les révélations de WikiLeaks montrent que l'espionnage et le piratage effectué par les agences de renseignement menacent la sécurité mondiale. Pour l'ancien agent du MI5 Annie Machon, ces agences ne contrôlent même plus leurs logiciels malveillants.

RT : L'une des allégations de WikiLeaks concerne l’utilisation par la CIA de programmes malveillants, volés à d'autres Etats, dont la Russie. Ils laissent donc, par exemple, des traces «russes» lors des cyberattaques et on observe alors une sorte d’hystérie autour d'une présumée «ingérence russe» dans les élections américaines, françaises ou allemandes. Que peut-on en déduire ?

Annie Machon (A. M.) : Je crois que le timing des événements est très intéressant. N’oubliez pas qu'Edward Snowden a fourni, il y a quelques années, un grand nombre de preuves sur la surveillance et les piratages illégaux opérés par la NSA, le GCHQ (Government Communications Headquarters) britannique, ainsi que par le service de renseignement allemand, le BND. Ils ont espionné tout le monde en Europe. Et tout cela a été éclipsé par ce soi-disant «Russia-gate», l’ingérence de la Russie dans les élections américaines, suivi de déclarations dans toute l’Europe selon lesquelles la Russie essaierait d’intervenir dans le processus démocratique de plusieurs pays, avec des moyens de guerre informatique. Moscou tenterait d’intervenir dans les élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. On dit même que Moscou aurait influencé le Brexit. C’est absurde et ça n'a jamais été étayé de preuves.

En revanche, Edward Snowden a révélé les activités de la NSA et du GCHQ en Europe. Il est donc très intéressant de voir, finalement, que des preuves d'agissements similaires de la part de la CIA ont été transmises à WikiLeaks. Je suis particulièrement préoccupée par le rôle du MI5 dans ce processus car il pourrait y avoir un «Etat secret» au sein du «Deep State» [Etat dans l'Etat au sein de l'administration des Etats-Unis] qui s'est attaqué au Brexit, à l’élection de Donald Trump et à tout le reste. Il semble donc que la NSA et le GCHQ, les deux organisations officielles de surveillance électronique des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, aient pu être induites en erreur par le travail de la CIA, qui dispose d'un énorme budget secret pour développer sa surveillance électronique... Et ce avec le concours du MI5, par dessus le marché, qui a pourtant vocation à protéger la démocratie et la sécurité nationale au Royaume-Uni !

Les Allemands ont déployé des logiciels pirates, tels que le XKeyscore et tous les autres programmes dont Edward Snowden a révélé l'existence en 2013

RT : Selon Wikileaks, le consulat américain à Francfort a été utilisé en tant que base éloignée de piratage. Compte tenu du scandale impliquant la NSA, comment l’Allemagne et l’Europe en général vont-elles réagir à ces révélations ?

A. M. : De toute évidence, l’Allemagne va simuler l’indignation, exactement comme cela avait été le cas après la révélation de la mise sur écoute du téléphone d’Angela Merkel. Ils ont déployé des logiciels pirates, tels que le XKeyscore et tous les autres programmes dont Edward Snowden a révélé l'existence en 2013. Néanmoins, l’Allemagne a récemment élaboré une nouvelle loi qui permettra au BND d’espionner à une échelle beaucoup plus large en Allemagne et dans d’autres pays européens.

Nous venons de faire passer une loi au Royaume-Uni qui donne aux GCHQ et aux autres agences d’espionnage des pouvoirs de surveillance considérablement élargis, jusqu’à la possibilité d'opérer des piratage massifs. C’est exactement ce que les fuites de WikiLeaks semblent avoir confirmé.

Je me souviens aussi que l’année dernière, il y a eu la plus grande attaque de botnet (réseau de logiciels qui communiquent entre eux comme des robots) de l’histoire. Elle a engendré une coupure d'internet dans l’ouest des Etats-Unis, puis dans une partie de l’Est du pays et dans certains pays d’Europe occidentale. Et ce botnet a opéré depuis des appareils intelligents situés dans les maisons de simples citoyens, pas depuis leurs ordinateurs ni leurs téléphones mais sur des choses comme des réfrigérateurs ou des téléviseurs intelligents. Il donc évident que ces appareils ont déjà été piratés et qu'ils sont utilisés pour nous espionner.

Une fois que le virus est lancé, il est hors de contrôle. Il peut alors être récupéré par des individus qui ont de mauvaises intentions. Les virus peuvent aussi être militarisés et causer des dommages à toutes nos infrastructures

RT : Il semble que la CIA ait perdu le contrôle de ses logiciels malveillants, qui, de fait, peuvent tomber entre n’importe quelles mains. Est-ce une grave menace en termes de sécurité ?

A. M. : C’est une menace énorme, et nous l’avons tous déjà observé par le passé. Il y a quelques années, une cyberattaque a été lancée contre une installation nucléaire iranienne. C’était un virus Stuxnet. Il aurait été développé par la NSA et par les services de renseignement israéliens pour cibler spécifiquement les sites nucléaires de l’Iran.

Néanmoins, une fois qu’il est lancé, il est hors de contrôle. Alors, il peut alors être récupéré par des individus qui ont d'encore plus mauvaises intentions. Ils peuvent être militarisés et causer des dommages à toutes nos infrastructures : l’aviation, le contrôle aérien, les systèmes énergétiques... Tout pourrait devenir vulnérable à cause d’un seul virus militaire destiné à attaquer les Iraniens. Les dégâts potentiels pour notre démocratie sont innombrables. On peut comparer cela à un nouveau virus, génétiquement modifié, qui deviendrait incontrôlable.

RT : Estimez-vous que cette perte de contrôle puisse être dangereuse pour les gouvernements et, par conséquent, pour les leaders mondiaux ?

A. M. : Cela présente un danger pour nous tous. Aujourd’hui, tous nos pays sont très dépendants d'internet – les avions dans le ciel aussi bien que les réseaux électriques. Internet est une nouvelle ligne de front dans la cyberguerre du 21e siècle.

Dans le passé, il y avait une notion de supervision et il y avait une idée de surveillance ciblée. Et c’est de cela dont on a besoin pour empêcher toute dérive

RT : Il existe apparemment un logiciel malveillant créé par la CIA et le MI5 destiné à pirater les téléviseurs connectés en les transformant en appareils d’enregistrement. Comment peut-il être l’utilisé et où pourrait-il être déployé ?

A. M. : Ce sera déployé partout. Nous sommes face à la mise en pratique de ce qu'on voit dans le roman de George Orwell, 1984 :des écrans qui nous regardent. Je me souviens que, dans les années 1990, on était capable d’implanter un logiciel de ce type dans des téléphones portables et dans des ordinateurs de base. Il pouvait les activer pour nous filmer et enregistrer nos frappes sur le clavier.

Cependant, à cette époque, il y avait une notion de supervision, et il y avait une idée de surveillance ciblée. Et c’est de cela dont on a besoin pour empêcher toute dérive. Cela exigeait beaucoup de travail. En raison de la propagation d’internet et de la technologie, on peut désormais procéder à un espionnage à échelle industrielle. C’est ce qu’ils semblent avoir développé.

Tout cela est très dangereux pour la démocratie. Car dès lors que vous perdez toute intimité pour parler, écrire, regarder, lire, vous pouvez tout à coup commencer à vous auto-censurer. Et vous n’êtes donc plus un citoyen qui participe au bon fonctionnement de la démocratie. C’est une voie très dangereuse à suivre.

Lire aussi : Selon la CIA, WikiLeaks aiderait les «adversaires des Etats-Unis»

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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NE CROYEZ PAS VOS OREILLES .....compartimenter l'espace sonore ....

VIDEO >>>>>>>09.03.17>>>>>>>

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NO HATE ...LOVE ... Au Québec, qui a tourné la page du catholicisme

Par Ludovic Hirtzmann
Publié le 06/03/2017 à 17h34

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Un texte parlementaire condamnant l'islamophobie a donné lieu à une soixantaine de manifestations.

Montréal

Rarement l'islam n'a autant passionné le Canada. Près de trois semaines après le dépôt d'une motion condamnant l'islamophobie à la Chambre des communes, le pays est divisé. La motion M-103, intitulée «Racisme et discrimination religieuse systémiques», prend la lutte contre l'islamophobie pour fondement. Son dépôt intervient après l'attentat de la mosquée de Québec, perpétré fin janvier par un jeune Québécois fan de Marine Le Pen. Ottawa et Iqra Khalid, la députée d'origine pakistanaise qui a déposé le texte, veulent ainsi «endiguer le climat de haine et de peur qui s'installe dans la population».

Leurs opposants craignent, eux, de ne plus avoir le droit de critiquer l'islam. Ils redoutent aussi que la motion pose les bases d'une législation qui accorderait à terme des droits à une religion particulière dans la société canadienne. Les mêmes dénoncent que les autres cultes ne sont pas cités dans la motion, comme l'a demandé sans succès l'opposition. Des journalistes se sont, eux, inquiétés de l'impact symbolique de la motion sur la liberté d'expression. S'il est adopté, le texte n'aura certes pas valeur de loi, mais recèlera une valeur morale importante.

Dans un Canada où les manifestations sont rares, la mobilisation citoyenne dans plus de soixante villes est révélatrice d'une fracture provoquée par la motion M-103

Le sujet est sensible. Des manifestations ont éclaté en fin de semaine dans plus d'une soixantaine de villes du pays. D'un côté, des groupuscules d'extrême gauche et des tenants du multiculturalisme. De l'autre, des mouvements d'extrême droite et des Canadiens inquiets d'une possible régression de la liberté d'expression. «Fascistes!», ont crié les premiers aux seconds lors de la manifestation de Montréal. «Liberté!», ont répondu les autres. À Montréal, des nervis cagoulés ont attaqué des opposants à la motion, avant d'être maîtrisés par la police. Selon cette dernière, plus de 1500 manifestants se sont ainsi opposés à Toronto. Dans un Canada où les manifestations sont rares, la mobilisation citoyenne dans plus de soixante villes est révélatrice d'une fracture provoquée par la motion M-103.

Au Québec, qui a tourné la page du catholicisme à la faveur de sa Révolution tranquille dans les années 1960, la motion ne passe pas. Georges Hallak, le président de la Coalition canadienne des citoyens préoccupés, l'un des groupes organisateurs de ces manifestations, a confié au Journal de Québec que ces rassemblements voulaient sensibiliser les citoyens «sur les risques liés à l'islamisation du Québec et du Canada». Parfois ignorants et racistes, les militants extrémistes présents dans ces manifestations deviennent dès lors une cible critique facile pour les tenants d'un multiculturalisme pour lesquels la défense des revendications des minorités est forcément du progressisme. Les esprits s'échauffent et la classe politique y est pour beaucoup.

Lors des funérailles des victimes de la mosquée de Québec, le premier ministre de la Belle Province, Philippe Couillard, avait lancé un étonnant: «Allah Akbar (Dieu est grand).» Craignant d'être pris de court, le très populiste maire de Québec, Régis Labeaume, avait renchéri en promettant qu'un cimetière musulman serait construit dans la capitale québécoise. Une dizaine de jours plus tard, sans se donner le temps de la réflexion ni attendre les résultats de l'enquête de l'attentat de Québec, les libéraux lançaient le débat sur la motion M-103.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 07/03/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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La justice italienne enquête sur Bolloré et Mediaset

Le figaro.fr Publié le 24/02/2017

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Le parquet financier de Milan soupçonne l'industriel de manipulation de marché.

Le parquet de Milan a ouvert une enquête sur Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance de Vivendi, pour des soupçons de manipulation de marché, après la montée du groupe français au capital de l'italien Mediaset, a fait état vendredi l'AFP, reprenant des informations du Corriere della Sera et de La Repubblica.

Dans un communiqué, Vivendi a vivement réagi en indiquant que «l'inscription des dirigeants de Vivendi dans le registre de la Procure de Milan est la conséquence de la plainte sans fondement et abusive déposée par les Berlusconi contre Vivendi après sa montée au capital de Mediaset» et que «cette inscription en l'état n'indique en aucune façon une quelconque accusation contre quiconque».

Montée rapide au capital

En décembre dernier, Vivendi a fait une entrée fracassante dans le groupe italien de médias. Après avoir révélé qu'il possédait 3% de Mediaset, le géant français a annoncé coup sur coup le même mois qu'il avait pris 20% puis près de 30% du capital, au point de devenir le deuxième actionnaire de Mediaset, avec actuellement 28,8% des parts, derrière la famille Berlusconi, qui contrôle le groupe TV et s'est même renforcée, avec une participation de 41,2%.

Le parquet de Milan a ouvert alors une enquête préliminaire au sujet de cette montée de Vivendi au capital de Mediaset, la famille Berlusconi ayant saisi la justice, via sa holding Fininvest, en accusant Vivendi de «manipulation de marché». Cette initiative ne visait aucune personne ou entité en particulier. Dans cette étape de la procédure, Vincent Bolloré est mentionné en tant que président du conseil de surveillance de Vivendi.

Les Berlusconi reprochent à Vivendi et à son principal actionnaire, Vincent Bolloré, d'avoir provoqué la chute du cours de Bourse de Mediaset en annonçant en juillet la rupture d'un accord stratégique conclu en avril pour le rachat du bouquet payant Mediaset Premium. Pour justifier son retrait des discussions, Vivendi avait évoqué des doutes sur les résultats futurs de Premium. Le groupe avait proposé de n'acquérir que 20% de Premium et 15% de Mediaset.

Un «Netflix européen»

L'épisode de ce jour ne sera pas le dernier. D'autant qu'en Italie, Vivendi est également monté au capital de Telecom Italia, dont il détient 23,9% du capital. Avec ces tensions persistantes entre les Berlusconi et Vincent Bolloré, on voit mal comment les deux parties pourraient s'entendre et trouver un accord.

Vivendi doit suivre sa feuille de route qui consiste à produire et faire converger contenus et médias et à multiplier les alliances pour les distribuer. Le groupe de médias et de divertissement, maison mère d'Universal Music Group et du groupe Canal+, entend dans cette perspective se renforcer dans le sud de l'Europe, en Italie et en Espagne, en créant une plateforme de contenus concurrente de Netflix. Avec ou sans Mediaset.

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Cette “guerre” au "TERRORISME... « incompréhensible » : $4.790 milliards

 Mis en ligne le 16 septembre 2016 à 06H49 >>>>>>Dedefensa.org>>>>>>>>>>>>>>>>

Les départements statistiques de l’Institut Watson de l’université Brown, aux USA, ont terminé une étude du coût pour les USA de la “guerre contre la terreur”, englobant tous les conflits et autres activités belliicistes et déstructurantes depuis 2001 dans le cadre belliciste général connu sous ce nom. Il s’agit d’une étude extrêmement serrée et selon des critères statistiques officiels, conduite par Neta Crawford de l’université de Boston, et non pas d’une estimation comme le furent nombre d’autres évaluations faites jusqu’ici. Crawford a laissé de côté diverses dépenses indirectes ou officieuses souvent prises en compte par d’autres chercheurs, de façon à obtenir un résultat le plus rigoureusement proche d’une perception budgétaire stricte. On arrive au total de $4.790 milliards ($4,79 trillions), cela qui est apprécié par l’auteure comme « si important qu’il est quasiment incompréhensible ».

(A notre estime, si nous prenions en compte les valeurs approximatives de ces “dépenses indirectes”, y compris par exemple le montant exact du budget annuel de la défense US qui est présenté autour de $700-$750 milliards et qui dépasse largement les $1.100 milliards en réalité, on devrait parvenir à une estimation qui ne serait pas loin de doubler le chiffre déterminé par Crawford. Bien entendu, le chiffre de Crawford a l’avantage de présenter toutes les apparences de la rigueur formelle et de laisser de côté les dépenses trop imprécises pour pouvoir être fixées d’une manière acceptable selon la méthode choisie. Cet espace flou des dépenses pour la “guerre contre la terreur” alimente bien entendu encore plus son caractère totalement “incompréhensible”, du point de vue budgétaire et comptable, et simplement rationnel. Il s’agit d’un phénomène qui échappe complètement à la sphère rigoureuse de la comptabilité et des chiffres budgétaires, – comme par exemple ces plus de $3.000 milliards qui restent introuvables dans le cadre de l’audit officiel du budget du Pentagone sur les années 2001-2014. Même les pratiques de corruption, les gaspillages, les guerres internes des bureaucraties, etc., qui sont évidemment les facteurs principaux avancés pour ces dépenses “insaisissables”, arrivent difficilement à nous faire espérer une explication acceptable du phénomène. On se trouve là devant une sorte de mur de la perception technique, et devant un phénomène engendré par le Système, dans lequel le technologisme aussi bien que la communication jouent un rôle central comme outils du déchaînement d’un processus lui aussi effectivement “incompréhensible” selon les normes rationnelles [y compris, répétons-le, une appréciation rationnelle des phénomènes de corruption, de gaspillage, etc.].)

D’ores et déjà, il y a avec le rapport de Neta Crawford la confirmation comptable la plus stricte de ce que le coût de cette “guerre” est le plus élevé de l’histoire des USA, et notamment plus élevé que la guerre la plus chère de l’histoire pour les USA, la Deuxième Guerre mondiale. (Le dernier calcul officiel et actualisé en date du coût de la Deuxième Guerre Mondiale est de $4.104 milliards en dollars constants, à partir des $296 milliards officiellement dépensés en dollars de l’époque : voir le rapport du Congressional Research Service (CRS) de 2010, Cost of Major Wars. Les auteurs du rapport ont estimé récemment [en 2014] que cette estimation en dollars constants restait valable et elle peut être prise effectivement comme telle aujourd'hui.)

 

Noami  LaChance, sur le site The Intercept, présente le 14 septembre ce rapport de Neta Crawford : « The Total US budgetary cost of war since 2001 is $4.79 trillion, according to a report released this week from Brown University’s Watson Institute. That’s the highest estimate yet. Neta Crawford of Boston University, the author of the report, included interest on borrowing, future veterans needs, and the cost of homeland security in her calculations. The amount of $4.79 trillion, “so large as to be almost incomprehensible,” she writes, adds up like this:

 

» • The wars in Iraq, Afghanistan, Pakistan, Syria, and other overseas operations already cost $1.7 trillion between 2001 and August 2016 with $103 billion more requested for 2017

 

» • Homeland Security terrorism prevention costs from 2001 to 2016 were $548 billion.

 

» • The estimated DOD base budget was $733 billion and veterans spending was $213 billion.

 

» • Interest incurred on borrowing for wars was $453 billion.

 

» • Estimated future costs for veterans’ medical needs until the year 2053 is $1 trillion.

 

» • And the amounts the DOD, State Department, and Homeland Security have requested for 2017 ($103 billion).

 

» Crawford carried out a similar study in June 2014 that estimated the cost of war at $4.4 trillion. Her methodology mirrors that of the 2008 book The Three Trillion Dollar War: The True Costs of the Iraq Conflict by Linda Bilmes and Joseph Stiglitz. There are even more costs of war that Crawford does not include, she writes. For instance, “I have not included here state and local government expenses related to medical care of veterans and homeland security. Nor do I calculate the macro economic costs of war for the U.S. economy.” She also notes that she does not add the cost of war for other countries, nor try to put a dollar figures on the cost in human lives. »

En octobre 2011, nous donnions une évaluation du coût de “la guerre en Irak”, qui constituait en fait un nom plus précis pour “la guerre contre la terreur”, les coûts pour les USA (budgets de la défense par exemple) valant pour les autres “guerres” entreprises pendant la période. Déjà s’imposait ce caractère d’incompréhensibilité que met en évidence Crawford, notamment au regard du coût pour les USA de la Deuxième Guerre Mondiale ; en même temps s’imposaient déjà, et aujourd’hui plus que jamais, des caractères évidents différenciant ces deux conflits et d’où il apparaissait que la chose générale nommée “guerre contre la terreur” est totalement improductive en toutes choses et notamment pour les intérêts des USA qu’elle dessert complètement, pseudo-“guerre” uniquement déstructurante et dissolvante, aussi bien pour les multiples “alliés” et “adversaires” que pour les USA eux-mêmes. On peut reprendre ce commentaire de 2011, qui reste valable pour 2016 sinon pour être actualisé dans le sens de la confirmation et donc de l’aggravation de la situation...

« Il faut comprendre cela, – le dépassement du coût de la Seconde Guerre mondiale par le coût de la guerre en Irak, – en ayant à l’esprit les différences extraordinaires d'ampleur des théâtres d'opération, de stratégie, d'effectifs et d'abondance de matériels, d’ambitions politico-militaires, d’enjeux et d’importance réelle des conflits, d’ampleurs géographiques et de fondement historiques, bref de substance fondamentale, entre les deux conflits. Certains, comme Erwing (déjà cité), estiment que “la guerre est devenue plus chère”. Nous dirions, nous, qu’il s’agit plutôt d’une complète dégénérescence de la guerre, qui devient absolument futile, sans la moindre utilité, sans le moindre apport politique, tout en devenant plus destructrice, plus cruelle, plus immorale et illégale, voire même complètement entropique dans les sens physique autant que spirituel. C’est-à-dire qu’une guère comme celle de l’Irak, comme les autres en cours de la période, correspondent parfaitement à la barbarie moderniste parvenue à son terme entropique et nihiliste. On ajoute, bien entendu, triste cerise sur la gâteau et cerise sans surprise, la multiplication des coûts, de la corruption, du gaspillage, dans des proportions absolument inimaginables. Dit autrement, la guerre a suivi absolument l’évolution du Système, jusqu’à en devenir son double à la fois inutile et absolument prédateur de toutes les structures de civilisation. La guerre en Irak restera archétypique de l'emploi de la force dans le cadre complètement subversif du Système, comme l’un des plus beaux fleurons de l’effondrement de notre contre-civilisation.

» La différence entre les deux conflits est également et finalement dans son effet de civilisation, ou de contre-civilisation, dans le processus d’effondrement du Système. La Deuxième Guerre mondiale est venue après la Grande Dépression et a sauvé (temporairement, certes, comme on le voit aujourd’hui), le capitalisme et le Système en général. La guerre en Irak (avec d’autres) est survenue avant la crise de 2008, en provoquant et en accélérant la phase finale de la crise de l’effondrement, qu’elle a nourrie abondamment, sinon provoquée complètement dans sa partie la plus dynamique. Toute l’histoire de ce Système est résumé par ce renversement, cette inversion, – ce qui nous fait grandement présumer que ceux qui annoncent une grande guerre pour que le Système se sorte de sa crise terminale, si la crise n’a pas eu raison de lui auparavant, ce qui est probable, – ceux-là ne font que fixer par avance le moment de son oraison funèbre. Personne ne regrettera une telle usine à gaz. »

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Du peuple français au communautarisme en France

Par Shmuel Trigano
Publié le 30/08/2016 à 19h35  >>>>>>>>>le Fig >>>>>>>>>

FIGAROVOX/ANALYSE - Schmuel Trigano s'interroge sur l'emploi croissant du terme de «communauté». Pour le philosophe, l'objectif des communautaristes est de fractionner la majorité du peuple en diverses communautés.

 Professeur émérite des Universités, Shmuel Trigano est un philosophe et sociologue, spécialiste de la tradition hébraïque et du judaïsme contemporain.

La «rixe de Sisco» a occupé, de nombreux jours durant, les médias. Ce n'est pas tant pour combler la rareté d'événements du mois d'août, me semble-t-il, que du fait du cas de figure très sensible que représente l'événement pour l'idéologie qui sévit depuis plus de quinze ans dans le discours médiatique.

La prophétie auto-réalisatrice des médias

Les journalistes guettaient manifestement le premier signe de l'embrasement de la France que les attentats islamiques laissent prévoir et que le «pas-d'amalgame» qui gouverne leur discours est censé conjurer et réprouver (tout en le provoquant, car c'est une condamnation préalable, avant même tout développement dans ce sens, qui le fonde: le préjugé de culpabilité potentielle de(s) non-musulmans effaçant la culpabilité réelle de certains musulmans dans des massacres commis au nom de l'islam).

Les journalistes guettaient le premier signe de l'embrasement de la France que les attentats islamiques laissent prévoir.

Cet intérêt journalistique mérite justement qu'on s'y attarde, particulièrement dans sa créativité rhétorique qui laisse percer l'impact de cette même idéologie dans la mise en mots du fait brut. Il faudrait, bien sûr, en matière de médias, remonter jusqu'à la source de la doctrine idéologique, à savoir les directives d'écriture (ou, selon le galimatias actuel: «les éléments de langage») de l'AFP qui construisent l'événement de telle sorte qu'il s'inscrive dans la vulgate doctrinale. Ce terme de «doctrine» est pleinement justifié pour définir le «roman» de la réalité que forge cette agence semi-étatique pour «rendre compte» des événements. Elle fournit un référenciel de base pour la conscience collective que structure le discours médiatique.

La construction de l'événement

L'AFP possède, de par cette fonction, quasi régalienne, un pouvoir immense, que personne ne conteste ( il faudrait aller voir sur place pour constater ce qui s'est passé) et que les médias, à l'autre bout de la chaîne, répercutent à l'infini, transmettant le même message par delà leur diversité: il consiste à nous dire ce qui s'est «objectivement» passé. C'est ce que j'appelle la «construction de l'événement». Il n'y a en effet d'événement que construit et exprimé dans un discours car les faits ne parlent pas d'eux-mêmes. Or, si l'événement possède une concrétude incontestable, le regard posé sur lui est, par la force des choses, très variable, du fait de l'angle d'obervation dont chacun dispose à partir de sa position (sociale, politique, économique...) dans la réalité. Chaque observateur ne peut ainsi avoir qu'une vision partielle (et partiale si elle se veut exclusive) de la réalité. Ce qui est problématique, en plus de cette relativité inévitable, c'est que le discours initial qui dévoile ce qui s'est passé - surtout quand il est monolithique - donne le ton du débat public et des réactions qu'il engendre, engageant ainsi la communauté de débat qu'est une société sur des voies qui peuvent être erronées.

Le motif «communautaire»

Ce qui m'intéresse dans l'affaire de Sisco, c'est la mise de fond terminologique initiale de l'AFP, qui nous a appris qu'il s'était produit là une «rixe communautaire», opposant donc «deux communautés». Pour quelqu'un qui a suivi de près le développement du phénomène antisémite en France depuis l'an 2000, un tel signal ne peut que faire «tilt». Je fais référence au terme de «communautaire» et de «communauté». Effectivement, au début des années 2000, après un an et demi de rétention d'informations sur plus de 500 actes antisémites ( à l'instigation du gouvernement Jospin, «pour ne pas jeter de l'huile sur le feu»- Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, alors, dixit), les médias qualifièrent ces agressions commises par des agresseurs de provenance musulmane, qu'ils soient maghrébins ou sub-sahariens, de «tensions inter-communautaires», là où la responsabilité était d'un seul côté comme la police peut le confirmer (quand elle accepta d'enregistrer les plaintes, voire même des «mains courantes»), là où il y avait des actes antisémites. Pour ne pas identifier les agresseurs, les préserver donc, on compromit leurs victimes dans l'acte qu'elles subissaient, dans l'abandon de l'opinion publique.

Pour ne pas identifier les agresseurs, les préserver donc, on compromit leurs victimes dans l'acte qu'elles subissaient.

«Tensions inter-communautaires», c'était là un terme qui faisait violence à la réalité des faits. Il inventait une situation qui n'avait jamais existé car il n'y eut jamais d'agressions anti-musulmanes de la part de Juifs. Il impliquait de surcroît un jugement sous-jacent, occasionnant un glissement de sens. La «communauté juive» (une catégorie, au départ, très précise) se voyait mise en parallèle avec une supposée «communauté de l'immigration» (la plupart du temps jouissant d'une double nationalité et pas encore définie comme «communauté musulmane») et de ce fait, sortie de façon subreptice de la nationalité française. Le fait qu'elle se voyait de surcroît taxée elle-même d'agressivité (tensions-inter-communautaire») et donc coupable d'infraction à la loi et à la République se vit renforcé quand le terme de «conflit importé» s'ajouta à celui de «tensions inter-communautaires», un conflit dans lequel l'AFP avait décidé - et décide toujours - que le coupable était le Juif israélien (retranchant au passage (ô progressisme!) les Arabes israéliens de la citoyenneté israélienne...). Le «conflit importé» devenait ainsi manifestement la poursuite d'un «conflit» étranger sur le sol français. La Palestine devînt l'écran de projection d'un problème français. Et on continue (le Quai d'Orsay, en tête) encore à croire en France que la guerre de l'Etat islamique découle de l'»occupation» israélienne...

Les Juifs français relevaient eux mêmes de la catégorie de l'étranger, subissant ainsi une dénationalisation rampante.

La société et l'Etat n'avaient plus qu'à assister passivement à l'affrontement de «deux communautés», impliquant non seulement que les victimes des agressions étaient aussi coupables que leurs agresseurs, eux mêmes se voyant néanmoins excusés parce qu'ils ne faisaient que réagir à la persécution israélienne (le «génocide» de Jénine, «Gaza, camp à ciel ouvert», etc), mais aussi que les Juifs français relevaient eux mêmes de la catégorie de l'étranger, subissant ainsi une dénationalisation rampante.

C'est là où cette logique dérape, car les Juifs de France , ceux de «métropole», sont français depuis 1791, revu et corrigé en 1807 (le Sanhédrin), tandis qu'en Afrique du Nord, les Juifs deviennent français en 1870, après 40 ans de processus durant lequel ils renoncèrent à leur condition de «nation» et à la primauté de leur droit canonique sur le Code civil, dans la ligne du modèle de 1807.

Là où les choses se corsent...

Communauté se dit de ce qui de ce qui est minoritaire. Or, en Corse, les Corses sont majoritaires et tenus pour des citoyens français...

Quand on a cette tranche d'histoire en tête, l'affaire de Sisco prend un certain relief. A priori les Corses sont des français. Le Conseil d'Etat avait décrété, au lendemain de la Charte européenne des langues régionales, qu'il n'y avait pas de «peuple corse» dans la République française. Les voilà donc devenus «communauté», ce qui est une affirmation étrange car «communauté» se dit dans l'idéologie dominante de ce qui de ce qui est minoritaire et se dissocie de la «nation» (la notion de «communauté nationale» est pourtant invoquée dans les commémorations de deuil des massacres récents: pour pleurer). Or, en Corse, les Corses sont majoritaires et tenus pour des citoyens français...

Signalons au passage que, dans le même ordre d'idées, on a vu apparaître en France, depuis les années 1990-2000, le concept de «communauté catholique», un terme proprement époustouflant pour qualifier une population majoritaire dans ce pays.

La communauté corse

La nation perd alors sa qualité de «demeure» et est réduite à une salle des pas perdus de la mondialisation.

En fait, «communauté(s)» vient désigner les populations d'un pays dans une vision politique «minoritariste». La «minorité» (en l'occurence musulmane, mais c'est vrai aussi de la «communauté LGBT) devient le critère sur lequel doit s'aligner l'ensemble de la population (et notamment la majorité) sur le plan juridique et moral. Cette doctrine vise à dépouiller la majorité (tout de même le principe régissant le pouvoir démocratique) de sa légitimité et de son droit à donner le ton à l'ensemble de la nation. C'est ce qui est la raison psychanalytique du slogan «on est chez nous». Ainsi le «peuple corse» devient-il, comme par enchantement (rhétorique) une «communauté», une «minorité» chez lui, un locataire dans sa demeure, qui est celle de sa nationalité autant, en l'occurence (une île), que de son terroir. La nation perd alors pour lui sa qualité de «demeure», associée désormais à une condition, lointaine, réputée supérieure , qui tient plus du super-marché de droits ou d'une salle des pas perdus de la mondialisation que de la nation.

L'opération revient à entériner le fait que l'islam ne s'est pas intégré, n'a pas été intégré et ne s'intégrera pas dans la citoyenneté républicaine.

L'opération revient à entériner le fait que l'islam ne s'est pas intégré, n'a pas été intégré et ne s'intégrera pas dans la citoyenneté républicaine. Parce qu'il est alors construit comme «communauté», on rétrograde toutes les autres populations françaises (la majorité!) à la condition de «communautés». Sur le plan rhétorique, on retrouve le même cas de figure: pour ne pas nommer au départ les musulmans (à Sisco comme ailleurs), et justifier cette occultation, on désigne le danger qui viendrait des non musulmans, bien identifiés, eux, formellement, en les stigmatisant dans les catégories les plus dégradantes sur le plan de l'échelle des valeurs propre à l'idéologie dominante: «nationalisme», quand ce n'est pas «fascisme», «tribalisme», «ethnicisme», sources de leur propension théorique à l'»islamophobie», autant de travers comptés comme les caractéristiques du «communautarisme»...

L'immaculée coercition

Il y a là un paradoxe car cette doctrine qui valorise la «communauté» comme critère de la politique «démocratique», et qui communautarise subrepticement l'ensemble des Français, tient ses ennemis pour des «communautaristes», en fustigeant leur «identitarisme» (ô Chevènement!) et leur repli «ethnique». C'est bien ce qui s'est passé avec la «communauté juive» depuis 2001. C'est ce qui se passe avec la «communauté corse». Les motifs du discrédit - remarquons-le - qualifient toujours les populations majoritaires et nationales, jamais la communauté «minoritaire» dont les médias célèbrent le pacifisme et l'innocence à chaque occasion qui démontre pourtant le contraire, en tout cas pour certaines de ses parties.

Cette doctrine valorise la «communauté» comme critère de la politique «démocratique», communautarise subrepticement l'ensemble des Français, en fustigeant leur repli «ethnique».

Deux interprétations de ce paradoxe sont possibles. Ou bien on est là dans le manichéïsme propre à toute idéologie. La rhétorique à l'œuvre ici, qui assigne l'opinion à choisir entre l'adhésion au roman idéologique et la stigmatisation («si tu ne penses pas comme moi (qui suis si parfait), tu es un fasciste»), a été définie par un auteur américain comme «l'immaculée coercition»: une violence aux mains propres. Ce tour de passe-passe instrumentalise tout simplement la morale.

Ou bien la chose signale une contradiction dans la doctrine elle-même, à moins qu'elle ne découle du jugement différentialiste qu'elle met en œuvre autorisant le «communautarisme» pour l'islam (et les «minorités») et l'interdisant pour la majorité. C'est bien ce qu'illustre le «post-colonialisme», cette annexe de l'idéologie post-moderniste , qui abaisse systématiquement les Occidentaux là où il élève systématiquement les «ex-colonisés».

L'exception de Sisco

A Sisco, pourtant, à l'heure d'aujourd'hui (on apprend en effet l'entrée en scène de SOS-Racisme), les choses ne se sont pas passées de la même façon, avec l'étonnante et révolutionnaire intervention du procureur de la République (on craint pour son avenir dans la carrière!) qui a statué sur la responsabilité des «familles maghrébines» en question. La description qu'il donne des causes initiales de la situation parle de «caïdat» (un mot hénaurme!) et surtout de tentative de ces familles de privatiser la plage en en chassant tous les non musulmans. C'est là une définition symptomatique du problème général de l'islam en France: constituera -t-il une société (un Etat?) dans la société, qui de ce fait éclatera, ou s'intégrera-t-il, sur le mode indivduel, dans la citoyenneté, laissant ses dimensions collectives à la stricte sphère privée, selon le schéma de la laïcité?

L'aveu de Tariq Ramadan

Ces vêtements ne sont pas en effet des signes d'appartenance religieuse mais des uniformes témoignant de l'adhésion à un corps social, relevant d'un projet politique, celui des Frères musulmans qui rêvent de turciser la République française.

Le fait que le burkini soit un élément de la «rixe» est intéressant: comme la burka il démontre le contraire de cette intention. Ces vêtements ne sont pas en effet des signes d'appartenance «religieuse» mais des uniformes témoignant de l'adhésion à un corps social, relevant d'un projet politique, celui des Frères musulmans qui rêvent de turciser la République française, en s'inspirant du modèle d'Erdogan (quiu fut si valorisé par l'U.E.). Ils embrassent la France en l'inscrivant dans le Dar el Islam, c'est à dire la partie de la géographie planétaire destinée à vivre sous le règne de la Sharia (les deux autres zones du monde étant «le domaine de la guerre» et «le domaine de la trêve»). Demain, si ces uniformes sont autorisés, ils ne marqueront pas seulement l'espace public: ils annoncent l'apparition de la «police des mœurs» islamique (que l'on voit à l'œuvre dans le monde arabe et dans certaines cités en France) qui régentera certains territoires, en un mot une régression du statut de toutes les femmes.

Tarik Ramadan donne un fondement théorique à cette perspective, en s'inspirant d'une catégorie de la Sharia (la «doctrine de la jurisprudence de la minorité musulmane» - fiqh al-aqaliyyat). Il avance qu'en Europe, l'islam est minoritaire démographiquement mais majoritaire par ses «valeurs». «Bien que la diaspora musulmane soit, de par son nombre, une véritable minorité, elle constitue une majorité par les principes qu'elle prône. Je le dis en toute franchise, les musulmans qui vivent en Europe doivent savoir qu'ils n'ont pas d'autre choix que de comprendre qu'ils sont représentés par les valeurs qu'ils véhiculent.»

Ce discours à double entente conforte les postmodernistes d'Europe (qui entendent ici l'apologie du multiculturalisme) mais aussi le sentiment «majoritaire» des militants de l'«islam démocratique». La convergence islamo-gauchiste, à la source de ce plan référentiel erroné et trompeur, est ainsi bien résumée.

Trois enseignements

Pour ne pas faire face au problème concret qui se pose, on exclue l'élément majoritaire du système.

Trois enseignements découlent de la rhétorique médiatique qui nous permettent de comprendre le système logique qui y est à l'œuvre:

1) pour ne pas faire face au problème concret qui se pose (le statut de l'islam en regard de l'Etat et de la société), on exclue l'élément majoritaire du système (la «nation», les «Français», l'»identité nationale»...), ce qui suppose en retour la massification/sanctuarisation du critère de l'exclusion (l'islam) et l'invention d'un au delà des catégories de l'exclusion (la nation et l'»islam»), d'un substitut à la nation classique que l'on désigne comme «la République» mais qui n'est plus ce qu'elle était (ce que confirme les désirs de faire «évoluer» la laïcité, les tentatives de «délocaliser» et d'anonymiser la nation) ;

2) cette massification a une double conséquence. Elle fait obstacle à l'identification des éventuelles infractions à la loi émanant de certains musulmans (les islamistes) - qui s'abritent ainsi objectivement derrière cette sanctuarisation - ce qui aboutit dans un deuxième temps à jeter le soupçon sur tous les musulmans.

Il y a là un cercle vicieux fatal qui crée la situation qu'il dénonce.

3) Cette dissociation de la République et de la nation, un corps collectif doté d'une identité, implique la communautarisation de toutes les populations françaises dont la fragmentation est resaisie par le deus ex machina «républicain», ce qui autorise en retour à stigmatiser par la même occasion le «communautarisme» des (ex) nationaux qui rechignent à accepter cette doctrine.

Reste que tout cet édifice mental et idéologique repose sur la sanctuarisation inexpliquée et inexplicable en termes rationnels de l'islam. Pourquoi la France est-elle incapable de faire face au problème? Pourquoi ne pas nommer l'islam dans son nom? Pourquoi la souveraineté s'arrête-t-elle à ce seuil, bute-t-elle sur ces «territoires perdus»? La peur, bien sûr, peut être une explication, surtout depuis la fatwa contre Rushdie et encore plus le massacre de Charlie Hebdo sans parler des violences planétaires en rapport? La culpabilité post-coloniale et le culte du «bon sauvage» qu'est devenu l'ex-colonisé? Le sentiment de culpabilité morale propre à la conscience chrétienne? Ou, plus prosaiquement, les accords de l'Union Européenne avec l'Organisation de la Conférence Islamique, dans le programme d'»alliance des civilisations»?

Il y a là un cercle vicieux fatal qui crée la situation qu'il dénonce.

Dialectique quand tu nous tiens!

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Pour l'hôte de l'Élysée, la laïcité et la pratique de l'islam sont compatibles

Par Jean-Marc Leclerc
Publié le 08/09/2016 à 19h14

Dans un discours attendu sur les questions régaliennes, le chef de l'État s'en est pris à ceux qui « battent les estrades en recourant à toutes les surenchères pour mieux se distinguer à l'intérieur de leur camp ».

Laïcité, immigration, islam, terrorisme… Le discours du président de la République, ce jeudi, devant la fine fleur de l'intelligentsia socialiste réunie à l'appel des fondations Jean-Jaurès et Terra Nova, à Paris, a le mérite de la clarification: il y a bien une différence de fond entre la gauche et la droite sur les questions régaliennes. Il conforte aussi la prééminence du thème de l'identité nationale dans le débat présidentiel.

D'emblée, François Hollande s'est érigé en défenseur des grands équilibres, alors qu'une partie de l'opposition réclame depuis des mois une législation d'exception pour combattre le terrorisme. «Non, les principes constitutionnels ne sont pas des arguties juridiques», a-t-il lancé, en référence aux propos de Nicolas Sarkozy et de ses principaux lieutenants au lendemain des attentats qui ont marqué l'été.

Il a donc contesté point par point les propositions émises par certains de ses opposants, attaquant tour à tour «les internements administratifs dans des camps» ou «l'enfermement des suspects sans discernement et sans jugement». Il s'est également opposé à la remise en cause du droit du sol et du regroupement familial, qui créerait, selon lui, «un lien entre immigration et terrorisme».

L'hôte de l'Élysée a jugé que laïcité et pratique de l'islam étaient compatibles en France. «Rien dans l'idée de laïcité ne s'oppose à la pratique de l'islam en France, pourvu qu'elle se conforme à la loi», a-t-il tenu à préciser. Et il a ajouté: «Il n'y aura pas de législation de circonstance, aussi inapplicable qu'inconstitutionnelle.»

La référence à l'affaire du burkini est limpide, même si François Hollande ne prononce pas le mot. La décision de plusieurs municipalités d'interdire cet été sur les plages françaises ce maillot de bain intégral islamique avait suscité une violente polémique dans la classe politique. Le camp Sarkozy a réclamé une loi pour interdire les «provocations» religieuses. Le président, lui, veut s'en tenir à la récente jurisprudence du Conseil d'État.

«Il nomme enfin l'ennemi»

La seule voie «qui vaille, la seule qui soit efficace, c'est celle de l'État de droit», a-t-il martelé, avant de s'en prendre à ceux qui «battent les estrades en recourant à toutes les surenchères pour mieux se distinguer à l'intérieur de leur camp».

«L'islam peut-il s'accommoder de la laïcité comme l'ont fait avant lui le catholicisme, les religions réformées, le judaïsme?», a-t-il interrogé. «Ma réponse est oui, clairement oui.»«La question se pose aussi à la République: est-elle réellement prête à accueillir en son sein une religion qu'elle n'avait pas prévue avec cette ampleur il y a plus d'un siècle?», a encore questionné le chef de l'État. «Là aussi je réponds oui, clairement oui.»

De ce discours, ses détracteurs retiennent qu'il caractérise une nouvelle phase de son quinquennat: «l'immobilisme offensif», ironise un préfet proche des sarkozystes. Un ami de Manuel Valls constate, pour sa part, une «évolution» chez François Hollande: «Il nomme enfin l'ennemi.» Ce jeudi, en tout cas, le président Hollande s'est voulu très clair: «Le terrorisme islamiste est un fléau mondial», qui «dévoie l'islam pour propager la haine, le fondamentalisme, avec tous les moyens que la technologie lui offre». Il le prédit: le combat contre les attaques djihadistes sera amené à durer mais, a-t-il dit, «les démocraties gagnent toujours les guerres».

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 09/09/2016. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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    Le dalaï-lama en visite en France

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    Par Le figaro.fr
    Mis à jour le 12/09/2016 à 10h54 | Publié le 12/09/2016 à 08h16

    VIDÉO - Le chef spirituel des Tibétains sera à Paris et Strasbourg cette semaine. Il évoquera notamment le dialogue interreligieux, la culture tibétaine mais aussi l'articulation entre le droit et l'environnement. Il sera reçu mercredi au Sénat, mais ne rencontrera aucun responsable gouvernemental.

    Ses déambulations européennes sont scrutées par l'oeil suspicieux de Pékin. Après quelques jours à Bruxelles, le dalaï-lama est attendu de lundi à dimanche à Paris puis Strasbourg. C'est la première fois en cinq ans que le chef spirituel des Tibétains se rend en France, où aucune rencontre officielle avec des responsables gouvernementaux n'est prévue. Le prix Nobel de la Paix 1989 prendra la parole sur la spiritualité, les sciences, l'écologie. À Paris, le dignitaire bouddhiste de 81 ans parlera à la Maison des avocats de l'articulation entre le droit et l'environnement, et participera à une rencontre sur le dialogue interreligieux, «au service du respect et de la tolérance», au collège catholique des Bernardins. Il évoquera la culture tibétaine à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientale) et accordera une «audience collective» aux Tibétains exilés en France, 3000 d'entre eux sont attendus au Palais des congrès.

    Le dalaï-lama multiplie les déplacements loin de sa résidence indienne de Dharamsala, et plus encore depuis qu'il a renoncé en mars 2011 à toute responsabilité politique sur les Tibétains en exil. «Ses programmes sont toujours d'une grande densité», souligne le moine bouddhiste français Matthieu Ricard. Aucune rencontre n'est en revanche prévue avec des officiels français de premier plan, alors que les éventuels contacts du dalaï-lama avec des responsables occidentaux suscitent encore les protestations des autorités chinoises. Une intervention à Sciences Po a même été annulée.

    Rencontres au Sénat

    Mercredi, il sera néanmoins reçu par les parlementaires français au Sénat, à l'invitation du groupe d'information pour le Tibet au Sénat, présidé par Michel Raison (Les Républicains). Les députés Noël Mamère (écologiste) et Jean-Patrick Gille (PS), qui rencontreront à cette occasion le dalaï-lama, ont écrit au Président de la République, au premier ministre et au ministre des Affaires étrangères pour les appeler à recevoir le dignitaire bouddhiste. Ils soulignent l'importance de «construire rapidement un processus de paix avec la Chine» et considèrent qu'une rencontre officielle serait «un symbole politique à la hauteur des enjeux sociétaux, culturels et environnementaux qui se jouent» au Tibet.

    À Strasbourg, une journée de «conversations» sur le thème «corps, esprit, sciences», l'impact éventuel de la méditation sur le fonctionnement du cerveau, est à l'agenda de l'université. Sans oublier un week-end d'enseignements au Zénith autour du philosophe indien Nagarjuna. Les conférences du dignitaire bouddhiste sont très prisées, à la mesure de l'aura du bouddhisme tibétain, notamment auprès des non-asiatiques qui forment un tiers du million de bouddhistes estimé en France, et du succès du discours du maître sur «l'éthique laïque». Matthieu Ricard soutient que «le bouddhisme ne fait pas de prosélytisme»: «Le dalaï lama dit toujours qu'il ne vient pas faire un ou deux bouddhistes de plus!»