Fragments de la bibliographie de l'homocoques ...

LIVRE ...le pari bénédictin ...par Rod DREHER 2018-11-18
 LIVRE ..... René GIRARD par Christien Orsini ..Que sais-je? 2018-11-18
 LIVRE : ....Ressorces du christianisme ..par François JULLIEN  2018-11-18
...LIVRE ..."L'art de désobéir"...par Paul-Eric Blanrue  2018-11-16
..LIVRE ....Destin français" .... par Eric Zemmour (38) 2018-11-03

 

 

N'en déplaise aux conformistes de tous poils, Xavier Martin nous livre une démonstration magistrale. Les Lumières françaises se construisent dans une opposition frontale aux valeurs chrétiennes de l'ancien monde. Nos philosophes, Voltaire en tête, ne croient pas à l'unité du genre humain. Ils forment une élite pensante, pleinement humaine, entourée d'une multitude (femmes, peuplades exotiques, juifs, hottentots, paysans, gens de métier) qu'ils positionnent à leur gré sur l'échelle de l'animalité. Ainsi, au nom de la Raison, Diderot décrète que « l'homme d'esprit diffère aussi essentiellement de l'homme, que l'homme de la bête » ; D'Hollbach perçoit dans l'espèce humaine « des hommes aussi différents les uns des autres, que l'homme l'est, d'un cheval ou d'un chien » ; et Voltaire refuse d'admettre « que l'homme grossier est au dessus du plus ingénieux animal ».

Cinq chapitres magistraux dans un style élégant, clair et agréable :
-Un premier chapitre en guise d'introduction sur cette rupture anthropologique essentielle, qui rejette le dogme chrétien d'une unité du genre humain issu d'une source unique.
-Un deuxième chapitre nous dévoile l'incontestable racialisme des hommes des Lumières (hiérarchisation des races jusqu'à l'animalisation).
Léon Poliakov : «La superstition craniologique ou physiologique est un legs de la philosophie matérialiste française ».
-Un troisième chapitre nous décrit la dégringolade ontologique de la condition féminine au temps des Lumières. Celle-ci s'achève avec la Révolution française, acte fondant selon Françoise Thébaud « l'exclusion des femmes de la cité ». Le 1er Prairial (20 mai 1795) les femmes sont chassées à coup de fouet des tribunes de la Convention après avoir été déchues de leur droit de vote, et rendues mineures, dès le 22 décembre 1789.
Etonnamment (?), c'est Burke, l'anti-révolutionnaire emblématique qui s'émeut en 1790, de la propension des « cervelles brouillées » révolutionnaires à réduire la femme à « un animal, et encore pas de l'ordre le plus évolué ».
-Un quatrième chapitre illustre le mépris des esprits éclairés concernant « l' abjection du peuple abruti » (Mme Roland), cette « populace abrutie et stupide » (JJ Rousseau), cette « multitude qui sera toujours composée de brutes » (Voltaire), "cette vile populace dont on mêle les noms aux noms les plus distingués" (Diderot)…
Nous apprenons que nos bons philosophes s'entendent pour juger l'instruction de la populace, inutile voire nuisible. « Le vulgaire ne mérite pas que l'on pense à l'éclairer / Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants » Voltaire.
Après avoir précédemment salué le « principe de l'égalité d'éducation propre à la doctrine et à l'usage chrétiens » Jules Ferry lui même, recommandera pour le peuple en plein Sénat, une instruction basée sur le concret et surtout pas sur des abstractions.
-Un cinquième et dernier chapitre concernant le très fuligineux concept d' « anti-Lumières ». Xavier Martin nous montre que par leur formation, leurs goûts, leur positionnement scientifique et idéologique, les scientifiques racialistes du XIXème, Vacher de la Pouge ou Jules Soury, ne s'inscrivent absolument pas dans une lignée réactionnaire, anti-révolutionnaire, traditionaliste et catholique, mais incontestablement dans un camp laïcard et progressiste, issu en droite ligne du courant des Lumières françaises.

Ainsi le « sous-homme », étude de l'ouvrage de Xavier Martin est bel et bien une création des Lumières. Celles-ci, ne défendent absolument pas l'unité du genre humain, l'égalité des hommes, l'égalité des sexes ou l'instruction des humbles.
Voltaire (« il n'y a qu'un fou comme Rousseau pour penser que les hommes sont égaux ») n'est pas l'antithèse d'Hitler. Il est moins faux de dire qu'il en est la genèse.
Avec beaucoup de tact, d'intelligence, d'érudition, de nuance, Xavier Martin développe une thèse, qui mérite largement d'être prise en considération.  ...>>>>>>>>>>>>>>>>>