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Inauguré ce jeudi à Marseille, ce multiplexe du groupe Pathé révolutionne la façon de regarder des films.

De notre envoyée spéciale à Marseille

Ce jeudi à 18 heures, Luc Besson, Jérôme Seydoux, Jean-Claude Gaudin et leurs 400 invités se retrouveront à la Joliette, sur le front de mer de Marseille, pour inaugurer le cinéma le plus futuriste de France. À deux pas de la tour bleu blanc rouge de Jean Nouvel, sa coque scintille délicatement. Ouvert discrètement depuis un mois, ce lieu suscite beaucoup de curiosité car il révolutionne la façon d’aller au cinéma. La sortie simultanée d’Avengers: Endgame , la superproduction que de nombreux Français veulent voir, est tombée à pic. «Nous avons de bons retours avec un taux de remplissage satisfaisant», commente Aurélien Bosc, le nouveau directeur des cinémas Pathé Gaumont France, qui a passé plus de quinze ans dans la grande distribution.

Les amateurs de sensations fortes iront dans la salle 4DX où les fauteuils vibrent avec vent et eau

Pour ceux qui vont rarement au cinéma, Avengers est l’occasion de pousser la porte vitrée et d’entrer dans l’immense hall épuré. Première surprise: sur le mur, la billetterie est 100 % digitale. À cause de la mer et de la passerelle routière, les salles sont en hauteur. Elles sont numérotées jusqu’à quinze mais la treize, superstition oblige, n’existe pas. L’accès aux salles est caché à gauche de l’entrée, au pied d’un escalier en bois clair signé Oraïto. Le designer marseillais a également dessiné les coques jaunes au-dessus des portes des salles. Une déclinaison de son Pathé Beaugrenelle à Paris mais a minima. Il manque le somptueux plafond en bois ondulé qui fait de Beaugrenelle l’un des plus beaux multiplexes d’Europe.

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Pour inciter le plus large public possible à se déplacer, une salle sur deux est spéciale. Comme aucune visite «portes ouvertes» n’a été prévue, le spectateur doit les tester une par une en achetant le billet correspondant. Le virage culturel est conséquent. La question n’est plus quel film on va voir, mais où. On choisit sa salle en fonction du niveau de confort et de la technologie. Les amateurs de sensations fortes iront dans la 4DX où les fauteuils vibrent avec vent et eau. Dans la Screen X, l’action se poursuit sur des écrans latéraux. Avec ses larges fauteuils et le son enveloppant du Dolby Atmos, la Dolby Cinema s’adresse aux cinéphiles. Les enfants ont leur salle réservée avec poufs colorés.

«Dans la salle premium Tediber, vous regardez le film allongé sur l’un de nos lits inclinés à 25 degrés avec oreillers en plumes»

Julien Sylvain, cofondateur de la marque Tediber

Tout en haut, un salon avec bar et Dalida en fond sonore attend les spectateurs des trois salles premium. D’abord, la Tediber, du nom de la start-up à succès spécialisée dans la vente en ligne de produits pour le sommeil. «Ici, vous regardez le film allongé sur l’un de nos lits inclinés à 25 degrés avec oreillers en plumes, explique Julien Sylvain, cofondateur de la marque. «Nous avons imaginé des capsules en bois ouvertes avec un espace où ranger ses manteaux et les draps changés après chaque séance», ajoute son associé, le designer Juan Franco Naranjo. Selon les spectateurs qui sortent du film d’horreur La Malédiction de la dame blanche, «cette salle est géniale. On avait peur de s’endormir et pas du tout». Selon les salariés, aucune galipette n’a encore été signalée.

À côté se trouvent la Cocoon, avec ses 58 fauteuils inclinables, et la Lounge, avec ses 77 sofas et repose-pieds. Là, devant Avengers, nos voisins font comme chez eux. Ils enlèvent leurs chaussures et papotent un peu. Pour ces trois concepts avec une boisson et une collation, le billet coûte 35 euros, ce qui en fait la sortie cinéma la plus chère de France. Comme on se rapproche d’une sortie au théâtre, personne ne s’en plaint. Pour autant, tout n’est pas encore maîtrisé de A à Z. Le «plateau gourmet» se contente de trois pièces de pain polaire suédois et de focaccia. À Marseille, où les jeunes chefs et les bons produits sont légion, c’est dommage. Gérer un cinéma avec une culture d’hypermarché a ses limites. Enfin, on vient surtout en voiture. Or, le parking Urbis Park avec qui Pathé a négocié un prix (4,50 euros) est particulièrement mal conçu et suscite une agressivité déconcertante entre automobilistes. À cela s’ajoute l’insécurité du quartier, particulièrement la nuit. Le contraste est violent.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 09/05/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici