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Il y aura bientôt 500 ans, le 2 mai prochain, disparaissait un véritable génie dont quelques œuvres, une quinzaine, sur le nombre impressionnant de ses productions, sont connues mondialement et font partie de notre héritage culturel et artistique. La Joconde, La Cène en font partie… il s’agit de Léonard de Vinci.

Génie, car il n’est pas un domaine où il n’a posé son esprit visionnaire. En commençant par les arts, tels que la peinture, le dessin, la musique, il excelle aussi dans les domaines de la philosophie, des inventions en tout genre. Il s’intéresse littéralement à tout : l’urbanisme, avec sa conception de la cité de Romorantin, ville idéale dont le projet a été initié par François Ier, ou encore l’art militaire dont il disait cependant volontiers que la guerre est une folie sauvage, sans compter l’hydraulique, la botanique…

Il imagina des machines pouvant voler… Les ancêtres de l’hélicoptère et de l’aile delta furent dessinés par Léonard de Vinci, dont on retrouva les dessins dans ses nombreux carnets de notes. On parle de lui, à juste titre, comme d’un esprit universel. Il est charismatique, ouvert d’esprit, curieux de tout, observateur et apprend au contact des autres.

Si l’on devait résumer sa philosophie, on pourrait dire de lui qu’il place l’homme au centre du monde, tel que l’illustre si bien le dessin de son homme de Vitruve. Sa curiosité d’esprit, sa soif de comprendre et de créer sont donc à l’origine de tous ses projets avant-gardistes pour l’époque, car, de son vivant, très peu de ses inventions ont pu voir le jour, et cela, pour deux raisons.

La première est qu’il touche à tant de domaines à la fois qu’il va rarement au bout de ceux-ci. Souvent, il commence à s’intéresser à une chose qu’il abandonne temporairement pour plusieurs autres. Ce foisonnement a pour conséquence qu’il mettra vingt ans, au moins, à terminer le tableau de la Joconde, par exemple.

La seconde raison du non-aboutissement de ses projets est le manque de connaissances pour les rendre réalisables de son vivant. Concernant l’aile delta, il lui manquait les matières utilisées aujourd’hui rendant la toile légère et solide à la fois, et lui permettant de flotter dans les airs.

Innombrables talents gâchés par une procrastination chronique, quel dommage !

En fait, pas si sûr… car certaines inventions conçues par Léonard de Vinci ont vu le jour à une époque proche de la nôtre telles que l’hélicoptère, l’aile delta ou encore les sous-marins. Alors, peut-être que la Journée mondiale de la procrastination, qui a été instaurée il y a cinq ans, pour le 25 mars, engendrera d’autres génies aussi remarquables que Léonard de Vinci ou Michel-Ange… Ce qui permettrait à cette journée mondiale de ne pas avoir été une stupidité de plus n’ayant d’autre but que d’encombrer nos esprits. Certains génies ont bien inventé la Journée mondiale de la courtoisie au volant !

 

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On considère généralement que la peinture réalisée par Léonard illustre la parole prononcée par le ChristN 12, « En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera », et les réactions de chacun des apôtres. Léonard recommandait dans ses écrits de peindre « les figures de telle sorte que le spectateur lise facilement leurs pensées au travers de leurs mouvements13. ». À cet égard, la Cène est une illustration magistrale de cette théorie des « mouvements de l’âme » (motti dell‘anima), saint Thomas sceptique tendant l’index, saint Philippe, se levant pour protester de son innocence, saint Barthélemy, indigné, appuyant les mains sur la table… ».
On a pu aussi lire cette peinture murale à la lumière des théories de Léonard sur l’acoustique, illustrant alors « la propagation des ondes sonores qui atteignent et touchent » chacun des apôtres.

Le geste du Christ condense deux moments, celui de la trahison de Judas — il semble désigner de sa main droite le plat de Judas — celui de l’institution du sacrement de l’eucharistie, capitale pour les dominicains — il ouvre ses bras vers le vin et le calice. Saint Jacques le mineur se tourne vers André. Giula Bologna juge que cet écart « donne une aura de paix14 » au Christ ; Daniel Arasse y voit le symbole « de la différence entre la double nature, nature humaine et divine du Christ, et celle, seulement humaine de son disciple favori15 ».

Judas touchant la bourse contenant l'argent de sa trahison, Pierre et Jean s'écartant du Christ.

Le visage du Christ est d’autant plus mis en valeur qu’il ressort sur le paysage et le ciel clair sur lesquels s’ouvre la porte du fond.

Contrairement à toute la tradition, et pour la première fois dans les représentations de la Cène après le Moyen Âge, Judas n’est pas mis à l’écart ni représenté de dos, puisque la solution conventionnelle consiste à le placer comme seul apôtre devant la table et non derrière. Il est assis de profil, un peu en recul, touchant la bourse contenant l’argent de sa trahisonN 13. Enrica Crespino y voit une demande explicite des Dominicains. « L’ordre avait fait du libre arbitre un thème fondamental de sa prédication, et c’est probablement pour illustrer la position des dominicains en la matière que Judas est représenté de la même façon que ses compagnons : comme un homme qui pouvait choisir entre le bien et le mal et qui a choisi le mal16 ». Il reste cependant dans l’ombre. La diagonale de lumière qui vient de la gauche touche les apôtres, mais l’évite.

La philosophe et mystique chrétienne Simone Weil pense avoir découvert le secret de la composition du tableau : « Le point placé exactement dans la chevelure du Christ, et vers lequel convergent toutes les droites qui dessinent le plafond, implique une composition dans l'espace à trois dimensions, les lignes qui de part et d'autre lient les mains des apôtres » impliquant au contraire une composition dans l'espace à deux dimensions. Cette « composition sur plusieurs plans » constitue pour Simone Weil « la clef de tous les arts »17.

 

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