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Ce 24 avril est, pour la première fois en France, jour de commémoration du génocide arménien. L’occasion de revenir sur l’histoire si particulière de cette église, devenue religion d’état entre 301 et 314 après Jésus-Christ.

L’Arménie peut s’enorgueillir d’avoir été le premier royaume chrétien de la planète. C’était entre 301 et 314 après Jésus-Christ. Le roi Tiridate IV adopta le christianisme comme religion d’État en se faisant baptiser par saint Grégoire l’illuminateur qui l’avait converti alors que Tiridate persécutait les chrétiens. Il avait d’ailleurs mis en prison l’ardent évangélisateur. Ce roi en fera le premier «catholicos d’Arménie». Ce titre est toujours celui des responsables de cette Église chrétienne très originale.

Participation aux trois premiers conciles

L’autre caractéristique, qui explique le lien intime entre cette Église et son pays, est l’alphabet arménien, si caractéristique. Il a en effet été créé en 405 pour permettre de traduire, par écrit, la Bible et les textes liturgiques qui étaient jusque-là rédigés en grec. Sahak Ier, le catholicos de l’époque, chargea le savant Mesrop Machtots de cette tâche. Il créa de fait une langue, le grabar, qui servit ensuite de ciment de consolidation de l’unité de ce pays et qui inscrivit la foi chrétienne au cœur du destin et de l’identité arménienne.

La troisième caractéristique de l’Église arménienne est théologique. Sur l’échelle du temps chrétien, son histoire précoce la situe parmi les toutes premières Églises constituées qui participèrent donc aux trois premiers conciles: le premier concile de Nicée en 325, le premier concile de Constantinople en 381, le concile d’Éphèse en 431.

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On les appelle d’ailleurs «les Églises des trois conciles» parce qu’au concile suivant, celui de Chalcédoine en 451, une première rupture intervint entre plusieurs Églises à propos de la «double nature», divine et humaine du Christ. Certains ne pouvaient concevoir la subsistance de cette double nature dans une même personne.

L’Église d’Arménie n’y était pas représentée pour des raisons politiques, car le royaume était en guerre contre les Perses. Sans adopter exactement la position théologique des Églises syriaques, coptes et éthiopiennes - dites «monophysites», pour qui le Christ n’a qu’une nature divine - qui firent sécession, l’Église arménienne prit alors son indépendance théologique en 555. Elle la maintient toujours farouchement, même si elle entretient de bonnes relations avec toutes les Églises chrétiennes, comme l’ont montré, par exemple, les visites des papes Jean-Paul II et François.

850.000 fidèles de l’Église arménienne catholique dans le monde

Dernière caractéristique: l’Église arménienne apostolique connut une division en 1741, avec la création de l’Église arménienne catholique. Un moine syrien, Apraham Ardzivian, qui deviendra Berdros Ier, soucieux de réaliser l’unité avec Rome, fut pour cette raison chassé d’Alep et créa un monastère au Liban. Le pape Benoît XIV le reconnut, créant ainsi l’Église arménienne catholique. Elle compte aujourd’hui 850.000 fidèles dans le monde, dont 450.000 en Orient, 400.000 en Arménie et dans les pays de l’ex-URSS. Elle est placée sous la responsabilité de Grégoire Bedros XX Ghabroyan.

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8 millions de fidèles dans le monde pour l’Église arménienne apostolique

Quant à l’Église arménienne apostolique, elle compte 8 millions de fidèles dans le monde. Elle est très implantée en Arménie, mais aussi aux États-Unis, en Grèce et en Iran. Elle est sous la responsabilité du «catholicos de tous les Arméniens», Karékine II. Son siège est à Etchmiadzine, près d’Erevan. Il est directement responsable de la zone européenne, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Russie. Mais il existe un second catholicos, Aram Ier, «catholicos de la Grande Maison de Cilicie» dont l’autorité s’étend aux Arméniens du Liban et sur la diaspora américaine, grecque et iranienne. L’Église Arménienne a aussi un patriarcat à Jérusalem depuis 638.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 24/04/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici