La duchesse de Cambridge et la duchesse de Sussex arrivent à la cérémonie de Noël à Norfolk, en Angleterre, le 25 décembre 2018.

La duchesse de Cambridge et la duchesse de Sussex arrivent à la cérémonie de Noël à Norfolk, en Angleterre, le 25 décembre 2018. FRANK AUGSTEIN / AP

 

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Le gouvernement de Theresa May peut bien se prendre les pieds dans le tapis du Brexit, la famille royale, elle, poursuit sa tâche de salut national : apporter un peu de réconfort aux Britanniques pendant ces heures sombres. Le mariage du très assagi prince Harry avec la rayonnante Meghan Markle à Windsor en mai 2018 avait déjà offert un très opportun dérivatif au blues collectif alimenté par l’interminable procédure de divorce avec l’Europe.

L’accident de voiture du prince Philip, 97 ans, le miracle de sa sortie indemne, après un tonneau, d’une Land Rover Freelander au volant de laquelle il était sans ceinture, sa promesse forcée de renoncer à la conduite ont, en janvier, distrait les chaumières du crash des négociations avec l’Union européenne. Quant aux rondeurs de plus en plus affirmées de Meghan Markle en route pour un heureux événement prévu pour le printemps, elles ont offert un contrepoint optimiste aux traits de plus en plus tirés de la première ministre, Theresa May.

Tensions entre les frères

Mais l’étalage des petits malheurs et des grands bonheurs ne suffisant pas à alimenter les pages people des médias, il a fallu offrir au public d’autres « stories ». L’une d’elles, à vrai dire assez attendue, pourrait se transformer en un feuilleton titré « Rien ne va plus entre les Cambridge (Kate et William) et les Sussex (Meghan et Harry) ». Entre l’Anglaise classique fille de la grande bourgeoisie et l’actrice américaine métisse et divorcée, il n’est pas difficile pour les correspondants royaux de la presse britannique d’amplifier, voire de construire une histoire de jalousie pimentée d’anecdotes invérifiables et de sentiments prêtés.

Le scénario avait une bonne accroche : William et Harry, les époux, sont, dans l’imaginaire collectif, soudés par les souffrances liées, dans leur enfance, à la mésentente de leurs parents et à la mort tragique de leur mère, la princesse Diana, ainsi que par la détestation qu’ils vouent aux médias, considérés comme responsables du drame du pont de l’Alma.

Or, « des tensions sont apparues entre les deux frères », a rapporté la presse voilà quelques mois. Harry aurait reproché à William de ne pas accueillir assez chaleureusement son épouse, Meghan. La rumeur a pris de la consistance lorsqu’il a été annoncé que les deux couples, installés jusqu’à présent dans deux demeures du même Kensington Palace, au cœur de Londres, allaient habiter séparément. Harry et Meghan, à l’étroit dans les 123 mètres carrés de Nottingham Cottage, vont déménager à Frogmore Estate, un manoir du XVIIe siècle doté de dix chambres, d’une nurserie et d’une salle de sport, situé non loin du château de Windsor qui va être entièrement restauré aux frais de l’Etat. « Harry et Meghan ne veulent plus vivre à côté de William et Kate », ont expliqué les chroniqueurs royaux en faisant mousser le nouveau drame naissant chez les Windsor.

Titres venimeux

La duchesse de Cambridge et la duchesse de Sussex à l’abbaye de Westminster, lors de la cérémonie pour le Commonwealth, le 11 mars.
La duchesse de Cambridge et la duchesse de Sussex à l’abbaye de Westminster, lors de la cérémonie pour le Commonwealth, le 11 mars. RICHARD POHLE / AP

Déjà, en novembre 2018 un « ami des Cambridge » avait confié au Daily Mail : « Kate et Meghan sont des femmes très différentes. Elles ne s’entendent vraiment pas. » Rivales en beauté et en élégance, les deux femmes parmi les plus épiées du monde bataillent aussi pour attirer les médias, valoriser les innombrables œuvres de charité qu’elles patronnent et se concurrencer bientôt en tant que mères de famille.

Sur le plan de leur avenir à l’égard du trône d’Angleterre en revanche, il n’y a pas photo. Kate deviendra probablement reine puisque son époux, William, 36 ans, est deuxième (après son père Charles) dans l’ordre de succession monarchique. Meghan, elle, n’est pas promise à cet avenir puisque son prince de mari, Harry, 34 ans, n’est que sixième dans cette hiérarchie, après les trois enfants de William et Kate.

Kate et Meghan ont eu beau s’adresser des sourires complices devant les photographes à la sortie du service religieux de Noël, la presse people recommence depuis février à se délecter de « la guerre des princesses », publiant une photo de Kate « en larmes après une violente dispute avec l’épouvantable Meghan ». Les tabloïds révèlent évidemment les ressorts de cette supposée inimitié croissante. Meghan se sentirait « snobée » par Kate qui lui aurait prodigué des conseils non seulement à propos du respect du protocole mais aussi en matière vestimentaire. Kate, elle, aurait l’impression d’avoir été « utilisée par Meghan pour apparaître sur le devant de la scène monarchique ».

Un fumeux différend sur l’éducation des enfants empoisonnerait aussi les relations entre les deux princesses. Le futur bébé de Meghan ? « Mais je suis absolument ravie pour elle, a répondu, très professionnelle, Kate Middleton. C’est un moment si exceptionnel d’avoir tous ces bambins. Et cela fera un cousin pour George, Charlotte et Louis [ses enfants] ! » Cela n’a pas suffi à faire cesser les titres venimeux : « Trahison au palais », « La jalousie les monte l’une contre l’autre ».

« Stupidité hippie »

Meghan Markle a peut-être trouvé le moyen d’échapper à ce mauvais roman-photo. Alors que chaque membre de la famille royale a sa « spécialité » en matière d’engagement public et de bonnes œuvres – Charles visite les fermes bio, William rencontre les militaires, Kate, les artistes et les associations familiales, Harry, les personnes handicapées –, la duchesse de Sussex est attendue au tournant sur ce terrain, elle qui a manifesté dans sa vie antérieure des convictions – notamment féministes et antiracistes – sur un mode militant peu habituel chez les Windsor.

En visite à la City University de Londres à la mi-février, elle a félicité les étudiants engagés dans la lutte pour « décoloniser les programmes », notamment pour le retrait – controversé – de la statue de l’homme d’affaires impérialiste Cecil Rhodes d’un bâtiment d’Oxford.

Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la princesse a évoqué un sujet éloigné des discours aseptisés de rigueur dans la famille royale : la stigmatisation dont sont victimes dans les pays en développement les jeunes filles au moment de leurs règles. Certaines ont honte d’aller à l’école ces jours-là, ou sont contraintes d’utiliser « littéralement des vieux chiffons » faute de pouvoir se procurer des tampons hygiéniques, a dénoncé la nouvelle venue dans la famille royale.

Jusqu’où ira Meghan Markle ? Déjà, dans le Daily Mail, le chroniqueur Stephen Glover s’inquiète de l’influence néfaste de la duchesse sur son mari en entendant Harry magnifier « une jeunesse ouverte d’esprit et progressiste, qui agit en fonction de valeurs », contrairement à la génération précédente. « Stupidité hippie », fulmine le journaliste qui conseille au prince d’« écouter poliment » sa femme sans pour autant reprendre ses « poncifs politiquement corrects » s’il veut conserver sa popularité.

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