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La sexualité dit la « section », elle implique donc une dualité. Mieux, elle l’invente, comme l’indique la dimension du lien sexuel (Assoun, 2009) en toute sa complexité. Mais ce sont bien en effet des êtres de parole (des « parlêtres », comme les appelle Lacan) qui sont engagés dans le lien sexuel. La dualité par excellence, sexuelle, ouvre donc la question de l’interaction langagière en son sein. Ainsi se dégage la question : comment la sexualité separle-t-elle, à travers ceux qu’elle unit de façon si impérieuse et précaire à la fois ? Comment le mot vient-il à la chose… sexuelle ?

Du discours au réel : parler de sa sexualité ?

2 Un discours courant énonce que les couples, pour vivre une sexualité épanouie, doivent savoir et oser parler, se parler, y compris et surtout de leur sexualité, afin de prévenir les malentendus mortels. Voici en effet un accrochage solidement concret de la question, mais problématique. Car ce ne sont pas de simples individualités qui entrent en compte, mais bien des sujets intimement divisés par rapport au sexuel – depuis au moins la relation œdipienne où la sexualité a été marquée par une logique du refoulement et de la culpabilité. Parler de « sa » sexualité suppose qu’on la possède. Or la sexualité, l’essentiel de la réalité d’un couple digne de ce nom, en est aussi le côté le plus obscur, qui défie toute transparence. Que vaut donc une telle exigence de parler de sexualité, à l’épreuve de ce que le savoir de l’inconscient peut dire du rapport du sujet, un par un comme à deux, au sexuel ? Que serait une parole sur (ou autour de) ce point d’obscurité majeure, qui ne soit pas de la parlote ?

3 La parole se réfère à la profération concrète et vivante du sujet, en distinction de la langue, qui se réfère au système signifiant. La langue est collective, tandis que la parole est éminemment individuelle : elle suppose un sujet de la profération. Le sujet qui parle actualise, de façon singulière et à chaque fois distincte, le système de la langue, tout entier présent et rejoué à chacun de ses actes de parole. Lorsqu’il s’agit de sexualité, la psychanalyse montre que le sujet est engagé dans sa parole, en une dimension d’authenticité et de méconnaissance. En revanche le discours social sur la sexualité peut être profus et confus.

Parole et sexualité : les enjeux inconscients

4 Il nous faut donc commencer par cadrer la question formellement : que signifie la conjonction « parole et sexualité », en sa dimension inconsciente ?

L’étreinte sans parole

5 Partons du fait basique que, actant le corps pulsionnel (Assoun, 1997), la sexualité rend de principe la parole superflue. En faisant parler les corps, de façon inégalée, dans l’entre-deux, le sexuel crée une communication qui du même mouvement fait l’économie du langage. Mieux : elle a pour effet, voire pour vertu, de rendre la communication superflue ! Pas besoin, en effet, de s’escrimer à déchiffrer un message au moyen d’un code ou d’ajouter quelque flatulence verbale à l’acte : quand le corps sexuel parle, il place le sujet hors langage et le langage hors sujet – à la fois parce que l’acte surclasse les mots et parce que les sujets se destituent, dans et par l’expérience sexuelle, de leur statut autonome pour se faire réciproquement objet l’un pour l’autre. C’est même ce que l’on appelle couramment « le miracle de l’amour » qui s’exprime dans le corps à corps. Moment de l’étreinte : serrer dans ses bras l’autre aimé crée l’illusion – ici et maintenant réalisée – de surmonter la division des êtres parlants. La sexualité est une réponse, elle n’a cure de la parole qui en devient la simple redondance. Toute phrase n’est, dans la sexualité, que la paraphrase de l’acte.

6 La mention « sans légende » pourrait figurer sous la représentation de l’acte sexuel. Elle crée une surcommunication inégalable, en tout cas d’un genre spécial sur laquelle la théorie générale de la communication aurait profit à méditer. C’est que, dans le temps de la passion sexuelle, il y a un objet qui parle pour deux, qui rend le commentaire superfétatoire (no comment !). Très concrètement, on en voit des signes : le baiser des amoureux clôt toute conversation et la remplace avantageusement. Le baiser interrompt la conversation. Embrasser et parler ne font usage de la bouche qu’à titre alternatif : à quoi bon parler, si le baiser vient capter toute la jouissance orale ? La bouche s’ouvre pour recevoir le baiser plutôt qu’exonérer la parole. Par ailleurs le gémissement et le cri constituent l’expression élective de la sexualité en son expansion génitale : pourquoi parler… en plus ? « Donner de la voix » (Assoun, 1995), à la rigueur, suffit.

7 On notera en conséquence le caractère ob-scène – en deux mots pour signifier ce qui surgit hors-scène – de la parole sur la sexualité. Acte sexuel et acte de parole appartiennent à des scènes hétérogènes. Au-delà d’une certaine obscénité sociale à aborder les thèmes sexuels, les mots du sexe sont chroniquement décalés par rapport à la réalité sexuelle. Même si hommes et femmes ne gèrent pas de la même façon cette occultation de la parole. C’est moins par pudeur que par sentiment de dérision que les femmes répugnent à évoquer l’événement sexuel. « Clause du secret » que Freud (1912) pense caractéristique de la genèse de la sexualité féminine. On comprend au reste le sens provocateur d’un titre comme Baise-moi[1][1]Baise-moi ! : livre (1994) puis film (2000) de Virginie… ! qui vient tenter de lever cette forclusion féminine sur la parole sexuelle, alors qu’il tourne en dérision la prétention phallique en l’endossant au compte de la femme. Il faut se demander alors comment peut naître le besoin, chez les femmes, d’une parole crue sur la sexualité. Reste que, quel que soit l’effort de forçage, la grivoiserie même, si fréquente dans le régime social du discours sur le sexuel, notamment dans la rubrique dite « machiste », montre que le langage doit en rajouter pour tenter d’évoquer le réel du sexuel naturellement réprimé, comme s’il essayait, désespérément ou brutalement, de rejoindre le corps brut, voire l’organe sexuel, par un arsenal de mots crus. Mais cela ne fait guère avancer sur la sexualité qui reste hors champ du discours.

8 Bref, l’effet le plus impressionnant du sexuel est qu’il vient suspendre le régime de parole entre les êtres doués de parole en les ouvrant à un au-delà – ou plutôt à un en-deçà – du dire. Une contre-épreuve est que, lorsque la sexualité se raréfie dans un couple, une certaine surenchère, sur le mode de la verbigération agressive ou oiseuse, se multiplie – comme pour meubler le silence de l’acte, donnant son terreau à toutes les scènes de ménage : on dit alors euphémiquement que les intéressés « ont des mots »… On cause beaucoup dans les couples où la sexualité est en crise (quand on ne se tait pas totalement !), ce qui ne veut pas dire qu’on se parle… Il apparaît que le combat des mots – au milieu de la vaisselle cassée – tient lieu de diversion et de suppléance à une érotique frustrée. Quand il y a de la casse, un certain régime de parole diffluente peut envahir l’espace du couple. La fureur de parler relaie la passion sexuelle mais aussi s’en fait le tenant lieu. Certains couples qui battent de l’aile ne tiennent plus que par le fil de cette parole exaspérée.

9 On sait aussi que, quand les disputes sont récidivantes dans le couple, ce qui se traduit par un accrochage permanent à chaque mot, comme sur un champ de mines, cela donne l’impression aux témoins – notamment aux enfants qui y assistent – d’une sorte de violence visible qui cache un secret : ce qui est violent dans la scène parentale des adultes, ce n’est pas seulement l’affrontement physique direct, mais l’impression confuse que ce qui n’a pas été réglé sur la scène du lit revient sous forme décalée sur la scène familiale. Évocation métaphorique et déplacée (au double sens du terme) de la scène originaire. C’est ce qui fait le caractère obscène de la dispute conjugale devant témoins. Le couple est fait pour se parler dans l’enclos de son intimité : lorsque la communauté se déchire, cette parole déchirée peut se faire entendre à l’extérieur (on connaît les inoubliables descriptions des films de Woody Allen de cette parole exaspérée à l’intérieur du couple qui donne à entendre à l’extérieur son tragicomique).

Fantasme et discours amoureux

10 Ainsi la parole et le sexe font deux : voilà qui clôturerait la question si le sexuel se réduisait à cet acte brut ou pur. Or le rapport du sujet au sexuel passe par la signification inconsciente. C’est ce qui rend l’acte lui-même problématique, mais rend aussi le sexuel si intéressant. On peut même dire que la psychanalyse a été inventée pour penser cet excès de signification qui vient s’inscrire en défaut à l’acte.

11 Tout d’abord, les corps ne pourraient se conjoindre sans s’assujettir à la médiation du fantasme (Assoun, 2007). L’acte sexuel se présente comme un absolu, mais il repose sur un paradoxe constitutif : les corps ne peuventfaire un sans expérimenter l’altérité et la séparation. On peut même dire qu’en cas de réalisation réelle de la fusion, les corps exploseraient en quelque sorte – ce qui se vérifie dans l’angoisse taraudante du contact corporel chez le psychotique, comme si la mise en acte de la sexualité menaçait son intégrité psychosomatique. L’acte ne peut donc se réaliser que sous l’écran du fantasme, qui vient en quelque sorte filtrer le rapport (ce dont le psychotique ne dispose pas).

12 Or c’est le fantasme qui alimente aussi bien le discours amoureux. La lettre d’amour vient évoquer l’acte sexuel, à défaut de le commenter – ce qui serait plus que déplacé, dérisoire. Elle vient du même coup évoquer, par la lettre, ce qui échappe à l’acte, ou ce dont il n’y a pas de compte rendu possible. La lettre d’amour gère l’éloignement mais aussi la séparation qui hante la sexualité.

13 Qu’on pense aussi à ce que le prénom de l’autre aimé agglomère de fantasme. Tristan est amoureux du signifiant « Iseut » autant que de la personne – ce qui crée une confusion car il y a deux Iseut ! (Assoun, 1992) –, Werther s’accroche au prénom « Charlotte » avant même de la voir (Goethe, 1774). L’attachement sexuel commence fréquemment par l’addiction à un prénom qui devient alors vecteur de plaisir. L’amoureux peut jouir du prénom bien avant que d’avoir accès au corps de l’aimée. Cela peut symboliser le pouvoir sexuel du signifiant. Il y a d’abord un prénom qui parle à l’amoureux, qui l’inspire, et le corps suivra…

14 Cette dimension fantasmatique ouvre toute la dimension de séduction. La parole est bien un vecteur de la séduction. Qu’il s’agisse d’obtenir la faveur sexuelle ou de porter à l’expression un désir poignant, la séduction passe par le véhicule de la parole – du baratin qu’évoque l’argot à la parole d’amour la plus raffinée. Mais en revanche le cœur du fantasme échappe à la parole. Freud remarque que l’on confesserait plus volontiers ses forfaits que ses fantasmes (Assoun, 1996) – ce qui revient à en pointer la dimension d’inavouable structurel. C’est justement autour de cette « communauté inavouable » (Blanchot, 1968) que s’excite la parole, en ses modalités de ressassement.

Le pousse-à-la-langue de l’amour

15 Ensuite les sujets pris dans le réel sexuel émargent aussi au langage et l’amour tient autant au signifiant qu’au corps. La Rochefoucauld l’avait deviné en suggérant que tels réagissent au mot « amour » plus qu’à la chose, certains n’accédant pas à l’amour s’ils n’ont entendu prononcer le mot « amour ». Mais précisément l’amour sexuel tient fondamentalement à ce signifiant. L’alchimie de la sexualité en amour implique la magie du mot : chaque sujet énamouré semble en même temps s’éprendre du mot « amour » qui alors envahit sa vie. Chaque amoureux est travaillé par le signifiant « amour » et si l’amour disparaît, c’est ce signifiant qui lui manque, autant que la personne aimée. C’est le signifiant « amour » qui déserte sa vie…

16 L’amour sexuel exige donc les mots. Il les fait même pulluler. Toute la littérature témoigne de cet emballement de langue que génère le sexuel. S’il y avait un « fait sexuel » si naturel que cela, la langue ne s’exciterait pas tant sur cette question. Ce pousse-à-la-langue de l’amour exige une explication. Pourquoi est-il un tel thème d’inspiration exacerbée ? À cause de la richesse d’expression requise par l’amour ? Sans doute moins par l’exubérance de son expressivité que parce qu’il confronte les amoureux à un manque, ressort énigmatique qui en impose la fécondité langagière, jusqu’à l’inflation. L’amour est ce qui ne cesse d’être parlé parce qu’il défaille à se faire ou à s’épuiser par le faire.

17 Tout a commencé en psychanalyse avec une certaine parole de la femme hystérique, débordante, qui vient se heurter au discours. Une certaine logorrhée chez la femme s’éclaire, au-delà des stéréotypes misogyniques, par l’exaspération de la profération qui s’épuise à se faire entendre, mais aussi par la division de l’être femme ainsi expérimentée. Le terme crypté en serait : « Qu’est-ce qu’être une femme ? » Cette perplexité peut pousser à la surenchère verbale.

18 Si l’acte sexuel se situe comme hors langage, il est secrètement confronté à un non-représentable. C’est aussi pourquoi il ne cesse de revenir, dans les rêves d’abord, puis dans les actes manqués, enfin dans les symptômes. Jusque dans l’analyse même, où, selon le mot de Freud, le corps « se mêle à la conversation » – il « parle avec » la parole du sujet (Freud, 1895, et Assoun, 2004). Tout cela parle de sexuel, ce qui implique que les sujets sont parlés par le sexuel. En parler, c’est tenter de subjectiver quelque chose qui est déjà là, dans lequel le sujet est pris, assujetti jusque dans son être. C’est pourquoi « faire » une psychanalyse, c’est se confronter à son être de parole qui rééclaire sa place dans le sexuel et le rapport à l’autre.

19 Un phénomène-limite entre parole et corps est ce que l’on appelle « soupir ». Cette inspiration vient porter à l’expression justement une limite de l’expression : preuve que le corps soupirant pâtit de ne pouvoir dire ou d’être confronté à un excès de corps que la parole ne peut absorber. On dit bien aussi « soupirer après » quelqu’un : le sujet amoureux et désirant est en ce sens un « soupirant ». C’est ce phénomène de bord entre parole et sexualité qui est à penser. C’est entre ces deux pôles – du silence et du langage, du corps nu et du signifiant prolixe – que se déploie la problématique de la parole et de la sexualité.

La parole et l’acte sexuel

Le parler dans l’acte sexuel : l’excitation bavarde

20 C’est une fois cadré l’enjeu que nous pouvons affronter la question au niveau de la chronique du couple : quels sont donc les effets du parler sur le sexuel ? On peut l’aborder à travers le réalisme sexologique : si l’acte sexuel exclut de principe la parole, il arrive qu’il la mobilise… en pleine action. Si certains sujets perdent l’usage de la parole pendant l’acte, les cordes vocales sont mobilisées par le gémissement et le cri, on l’a dit : plutôt que des événements « infraverbaux » – terminologie ambiguë en psychanalyse –, il s’agit bien de mouvements de corps qui passent par la glotte et qui signalent le surgissement de la jouissance au cœur du « parlêtre ».

21 Il arrive aussi que les sujets fassent usage de la parole pendant l’acte sexuel, soit pour faire surgir une déclaration de désir en direct, alors que normalement il devrait en tenir lieu, soit comme aiguillon de l’excitation. Si c’est une façon de dire l’exaltation, cela peut comporter chez l’homme un besoin de rabaissement de l’objet, le ravalement rendant plus effective la possession et la facilitant. Ce fait qui peut paraître choquant porte à l’expression une clause du désir sexuel chez l’homme, bien mis en évidence par Freud (1910), de rabaissement de l’objet, afin de surmonter les effets inhibants de contamination de l’acte sexuel par la prohibition de l’inceste, chez des sujets qui demeurent sous l’emprise névrotique fantasmatique. Ainsi les hommes ne peuvent-ils atteindre la liberté et le bonheur sexuels s’ils demeurent sous l’influence de l’image d’une mère ou d’une sœur interdites (1912).

22 La parole vient alors en incantation. Étrange parole que ces cris d’invective ravalante, mais ils expriment un ajustement forcé de l’acte au fantasme. Tel fantasme de possession masochiste peut y répondre côté femme, donner de la voix permettant de s’identifier narcissiquement à l’objet rabaissé – ce qui peut être une voie de la jouissance féminine.

La parole d’après-acte

23 Mais c’est après l’acte que la « parole » proprement dite reprend toutes ses prérogatives – nous oserions dire « dans l’après-coup », avec ce terme qui évoque, sous sa forme la plus triviale, l’acte sexuel, mais après tout l’idée de « coup » pourrait être prise à la lettre, pour désigner cet événement singulier dans un jeu. Le sexuel est ce qui est indéfiniment répétable – ce qui peut être problématisé comme chez Jarry (1902). C’est parce qu’il n’a pas lieu une bonne fois ou une fois pour toutes que la parole prend le relais de l’acte au coup par coup

24 Que se passe-t-il après le rapprochement sexuel ? Les « parlêtres » se reformant, après un acte dont on a vu qu’il suspend de principe le régime de parole (fût-ce de façon syncopée), ils retrouvent la parole et avec elle… la séparation. Un peu comme on retrouve la mémoire. Ainsi le langage consacre la séparation des corps. Les amants retrouvent surtout, avec la fin de l’état d’heureuse amnésie, le régime de culpabilité inhérent à la parole. D’une part, le moi qui parle est toujours apologie de soi (Levinas, 1961), mais, d’autre part, il s’inculpe, dans la mesure où il se réassujettit à la castration. Bref, l’état de grâce est virtuellement suspendu. Cela s’exprime concrètement par le fait que la parole adressée à l’autre comporte toujours virtuellement un fond de reproche, à soi aussi bien. Aimer peut être même une façon d’accrocher sa culpabilité à un être déterminé auquel une pathétique demande sera dès lors adressée. L’autre est toujours objet de reproche et demander quelque chose est objet de culpabilité. Seul échappe à ce destin Don Juan qui réserve les paroles à la séduction et aux fausses promesses et disparaît après l’acte (Assoun, 1989).

25 Ce point est essentiel pour s’aviser du clivage entre le moment sexuel de l’acte et le moment de la prise de parole. Nous avons montré les effets d’inflation du discours dans ce que l’on appelle les « vieux couples », quand le moment d’« étrangéification » du désir sexuel se trouve laminé (Assoun, 2009). Mais la question est bien structurelle : on peut l’énoncer sur le mode du clivage du sujet entre la jouissance du corps (formule en un sens pléonastique) et cette autre jouissance, celle qui passe par les mots. Or, cette dernière est assujettie à la dimension de la castration qui travaille hors corps. Le « parlêtre » retrouve après l’acte, sinon une tristesse (post coitum animal triste), du moins une certaine solitude, celle de se retrouver, un(e) par un(e), seul(e) face à l’angoisse de castration (surtout la femme). La lettre d’amour cherche en un sens à étreindre l’autre, au-delà de l’étreinte du corps, en son altérité même.

Le sexuel au-delà du rapport : la parole comme entr’acte(s)

26 La sexualité porte à l’expression, selon l’étymologie souvent sollicitée, la « section » que l’on est tenté d’écrire « sexion ». Énigme de cette dualité que comporte le vivant et dont l’animal paraît s’accommoder, mais pas l’animal humain. La sexualité est à la fois un accomplissement du vivant et ce qui le met en crise chez les êtres parlants. En elle culmine la vie et s’affole l’être parlant. Meurtrissure de la vie par la parole qui ouvre la dimension énigmatique de la pulsion de mort. La psychanalyse témoigne, de toute son expérience, de cette épine plantée dans la science de la vie qu’est le fait sexuel en sa dimension inconsciente.

27 Un effet en est l’étrangeté du sujet humain à sa pulsion, particulièrement sexuelle. Un second effet en est l’étrangeté dont se nimbe le rapport entre les sexes. Mais c’est cette étrangeté – ce que Lacan épingle comme « l’impossible du rapport sexuel » (Assoun, 2009b) – qui génère une parole d’un statut très spécial. Freud met l’accent sur le lien entre langage et sexualité, moins parce que la sexualité envahit le langage que parce que le langage tourne sans fin autour de ce point aveugle, structurellement in-exprimable. C’est ce qui récuse l’idée de complémentarité : quelque chose du rapport est in-signifiable – ce qui n’empêche pas l’acte, mais en ce sens l’acte sexuel le plus réussi est un acte manqué, qui accule à la suppléance de la parole d’amour. On le voit dans la pornographie, qui donne une réponse immédiate et visible à la résolution de la tension pulsionnelle, mais réduit l’acte à son aspect fonctionnel phallique qui rend d’autant plus sensible à l’importance de la parole vraie dans la sexualité avec amour

28 Freud s’est laissé séduire par l’idée d’une origine sexuelle du langage humain. Il s’appuie sur les théories de Hans Sperber postulant un intérêt sexuel originaire qui se serait déplacé sur les mots et le travail (Freud, 1932). Il y ajoute que c’est avec le refoulement que le langage aurait perdu de vue sa signification sexuelle originaire. Il est arrivé à Lacan de situer l’origine du langage humain dans l’effet d’étrangeté de l’événement de la détumescence phallique. Cette étrange suggestion mérite d’être examinée, ne serait-ce que comme parabole de ce lien à la fois nécessaire et paradoxal entre parole et sexualité. C’est avec la détumescence de l’organe phallique que se serait créé le besoin de parler. Ces deux versions du scénario, évidemment spéculatives, symbolisent une idée elle bien concrète : ce rôle de la parole comme entr’actes, donc comme l’envers du sexuel. Du fait même de parler, le sujet refoule la jouissance sexuelle – s’il y échoue, il s’exposera au bégaiement par excellence, cette « dyslexie de la parole ». Mais par ailleurs il recrée une jouissance spéciale : « Parlez-moi d’amour… », supplie la chanson. Chez l’écrivain Marivaux ou le cinéaste Rohmer, évoquer sans fin la promesse de bonheur sexuel semble l’emporter sur l’acte même : le marivaudage est un syndrome de complaisance à la parole d’amour, fréquent chez les adolescents (y compris les adolescents attardés). D’où le moulin à paroles qui jouit d’ajourner le premier baiser… Le marivaudage, par son caractère rhétorisant, peut s’avérer un symptôme obsessionnel – à quoi peut répondre un avertissement féminin : « Embrasse-moi, idiot » (au lieu de causer). L’obsessionnel en général s’embarrasse entre les mots et la chose. Il réintroduit du discours là où sa parole serait requise et son acte attendu – ce qui est une façon de se faire étranger… à son désir et à l’autre.

La réconciliation sur l’oreiller : des mots à la chose

29 Cette expression bien connue mérite l’examen au titre d’un retour de flamme du couple misant à nouveau, ponctuellement, sur la rencontre sexuelle. Qu’elle soit allumée comme un contrefeu à une passion déclinante ou qu’elle vaille comme signe d’une persistance authentique du désir, elle doit ici nous intéresser au titre de cette dialectique de la parole et de la sexualité. Elle peut même servir à illustrer une sorte de troisième temps dialectique : après l’étrangeté de la sexualité à la parole, puis le retour de la parole au sein du sexuel, il arrive que le couple, laminé par la séparation des mots, fasse fond spontanément sur « le plein emploi du lit » (Lacan, 1972) – à deux – pour suspendre le drame des mots séparateurs et étourdir l’angoisse de la dé-parole au moyen du breuvage érotique.

30 La rencontre des corps, sous l’effet d’un mouvement pulsionnel impérieux et soudain, est comme le mouvement de quête d’un en-deçà de la parole (rechute dans le corps et son éloquence muette) qui est aussi un au-delà, dans la mesure où ce que Freud (1914) dit de l’amour s’applique en ce moment : « lever les refoulements », voire « rétablir les anciennes perversions ». Le corps alors semble causer tout seul… pour deux.

31 Basta du langage et des malheurs de la parole ! Le corps à corps semble faire sortir du langage et de ses impasses. Las de buter contre le mur du langage, homme et femme cherchent alors comme instinctivement dans les voix du corps une voie de sortie. Non pas seulement pour trouver quelque chose qui serait sans mots, mais, de guerre lasse, pour laisser sa chance au réel du corps, que le langage vise sans jamais l’atteindre. Un mot en appelle un autre, alors que le temps de l’union sexuelle se fait en un tunnel temporel unique au cœur de l’espace des corps, que vient éventuellement dénouer la sédation sexuelle, l’orgasme étant plus que le point final d’une phrase, soit le hors-phrase qu’à la limite ne commente qu’un cri ou un soupir. La parole est remise au lendemain (ou au réveil) – même si alors tout sera à recommencer…

32 Mais quelle est la nature de cette réconciliation ? Après les querelles, les amoureux se retrouveraient un temps sur le terrain solide de l’entente sexuelle, certes. Mais il apparaît que l’homme et la femme se réconcilient alors – de conserve – avec la jouissance, sur le dos de la parole… Du moins se mettent-ils à l’unisson in corpore. Sauf à préciser que c’est l’excitation de la frustration des mots qui a alimenté le brasier. Ce sont bien des « parlêtres » qui, épuisés, font un tel usage du lit. Et c’est parce que l’un et l’autre ont fait la sourde oreille que l’oreiller cogéré s’avère l’échappatoire à cette surdité réciproque.

33 Surtout c’est le travail de l’angoisse (Assoun, 2004) qui impose, selon une économique spéciale, la mutation de la parole excitée à l’excitation du corps. La conversion de l’angoisse en jouissance n’étonnera pas tant si l’on s’avise que ces deux états rapprochent extrêmement le sujet de son corps, quoiqu’avec des affects diamétralement opposés. Le rapport sexuel peut écraser l’angoisse d’affronter la parole et ses discords. C’est pourquoi, dans cette économie cynique, rien de tel qu’une scène de ménage pour relancer la libido – à moins qu’elle n’ait un autre destin beaucoup plus destructif, mais dont la violence trahit encore la nature confusément orgastique –, ce qui ressortit à une économique de la décharge. On sait que l’insulte peut remplir cette fonction de décharger verbalement un mouvement corporel colérique et agressif.

La sujétion sexuelle

34 C’est dans ce contexte que la notion de « sujétion sexuelle » peut être revisitée. C’est à propos du « tabou de la virginité » que Freud l’évoque. Au plan sexologique, elle désigne « un degré particulièrement élevé de dépendance et d’absence d’autonomie envers une autre personne avec laquelle elle entretient un commerce sexuel » (Krafft-Ebbing, voir Freud, 1918) et qui « peut à l’occasion mener très loin, jusqu’à la perte de toute volonté autonome et jusqu’au fait d’endurer de sacrifier le plus sévèrement son propre intérêt ». Au-delà de la perversion, Freud note que « pour qu’une liaison dure un certain temps il faut qu’il y ait absolument un certain degré d’assujettissement », ce qui est en quelque sorte la garantie de la monogamie.

35 Freud fait de la sujétion sexuelle un moment important de la sexualité féminine, à cause du « surmontement » qui se trouve imposé au devenir sexuel féminin face à sa répression culturelle. La forme sublimée en est, notons-le, la croyance au Prince charmant, celui qui doit réveiller d’un long sommeil. Quoiqu’elle soit « plus fréquente et plus intense chez la femme que chez l’homme », il y a bien à penser aussi une forme de sujétion sexuelle chez l’homme, ne serait-ce que sous la forme d’une fidélité à une femme unique qui a permis à l’homme de surmonter son impuissance et son inhibition !

36 Cette notion nous intéresse dans la mesure où elle renvoie à un fond inavouable et silencieux du lien sexuel : ce que l’on appelle populairement « avoir quelqu’un dans la peau ». La sujétion n’a pas vocation à être parlée. Tout au plus peut-elle s’envelopper d’un lyrisme qui sert de couverture à cette dépendance corporelle. C’est ce qui à l’occasion favorisera la stratégie de la « réconciliation sur l’oreiller ».

37 Reste que le rapprochement sexuel laisse intacte la séparation des êtres parlants, hors acte.

Le double visage de la jouissance Figures cliniques de la parole en crise

La jouissance, écueil de la parole

38 Ce cheminement nous mène à l’os de la question de la parole et du sexuel, soit la jouissance. La parole implique l’ordre du désir, la jouissance concerne le corps – et nous avons vu se profiler la question de l’amour. L’un des points mystérieux de la relation sexuelle est que jouissance et désir se rejoignent, ce qui peut se faire… ou pas – c’est même ce qui fait le suspense chronique de l’acte sexuel. Le « Tu peux m’ouvrir cent fois les bras, c’est toujours la première fois » du poète (Aragon) prend son sens ici. Pour que les bras s’ouvrent, il faut à la fois que le sujet ait sa place dans la parole (c’est très sensible pour les femmes qui y engagent leur être) et que le corps fasse un pas vers l’autre (c’est l’appoint indispensable de la jouissance au désir). Si l’autre n’est qu’un partenaire sexuel, l’acte peut se passer de commentaire – mais qu’il bascule dans la parole, et tout est possible… y compris l’amour. On commence par donner la parole au corps, et c’est l’être parlant amoureux qui surgit… L’urgence de parler se forme au point où le besoin sexuel se trouve en quelque sorte subverti par la demande d’amour – qui elle-même exige le retour à l’acte comme preuve et mise à l’épreuve de l’amour.

39 Nous pouvons au bout de ce trajet revenir à la question immédiate à laquelle, une fois déconstruite, se dessine une réponse. Quelle place le couple fait-il à la sexualité dans sa parole et à sa parole dans le lien sexuel ? On voit bien que la parole implique le sujet, en opposition à tout discours sur la sexualité. L’enjeu est que le sujet advienne à la parole. La volonté de sincérité est des plus précaires et l’on ne peut guère se régler sur la bonne volonté ou la bonne foi des êtres parlants dans ce domaine. Les séances d’explications programmées (« Tu veux qu’on parle ? ») sont condamnées au flop, malgré l’espoir des séries populaires qui l’inscrivent dans leur script – on notera d’ailleurs la forme relâchée d’expression qui évoque une anonymité du « on » –… à moins que n’en émerge quelque chose qui justement n’est pas programmé, soit un moment de vérité du parler (qui est tout autre chose que le médiatique « parler vrai »). Il faut plutôt se demander quand les sujets sont en position de ne pas, de ne plus pouvoir se dérober à la parole. C’est, au-delà du parler vrai (forme pathétique de la langue de bois en quête d’authenticité !), une parole vraie qui s’impose. Ce sont les situations, au sein du couple, dans lesquelles le sujet ne peut mentir ni remettre à plus tard la parole.

40 Moments de vérité particulièrement sensibles dans l’expérience analytique qui les accompagne. On le voit bien en effet quand l’analyste se trouve en position d’entendre les plaintes conjugales, de part ou d’autre du couple. L’effet Pirandello du « à chacun sa vérité » (Pirandello, 1921) donne un aspect de vaudeville aux mésententes dans le couple. Le recours à l’adultère peut apparaître comme le moyen extrême de faire intervenir un tiers dans une parole devenue impossible. On connaît l’expression « Tu ne m’écoutes plus ! » – à compléter par : « Lui, au moins… »

41 Un aspect très concret est l’usage des vacances. Alors que la loi implacable du travail écrase régulièrement à la fois la rencontre sexuelle et la parole, les couples misent souvent sur l’époque de vacance de cette loi du travail, si absorbante pour la libido (Assoun, 2011), pour se rencontrer à nouveau et relancer la libido – ce que l’on peut tenir pour un aggiornamento libidinal. C’est aussi le test de la relation, car si la parole et le sexe se sont définitivement épuisés, ces vacances censées être réparatrices se transforment en champ du cygne du couple. C’est alors qu’« ils ne sont plus d’accord que sur un point… la rupture ». Le divorce est prononcé quand les deux membres du couple butent sur un même point d’impossible à dire et à faire – quoique la notion de « consentement mutuel » soit bien fragile, chacun vivant dans sa temporalité. La souffrance du divorce est au reste encore une souffrance de parole (déplacée sur l’avocat et le juge !).

42 Enfin la crise de mi-vie donnant lieu au « démon de midi », que nous avons décrit en détail ailleurs (Assoun, 2008), pourrait se déchiffrer selon cette dialectique de dis-synchronie qui fait que la diversion sexuelle et la folie de rajeunissement – orientée vers la jeune femme désirée – viennent éclater chez l’homme au milieu d’une parole conjugale plus ou moins secrètement mortifiée.

La bouderie sexuelle, parole muette

43 Chez la femme notamment, avoir le sentiment que sa parole n’a plus de place, pour l’autre proche si lointain, compromet sérieusement le désir, gelant la jouissance sexuelle. La mésentente sexuelle est régulièrement le signe d’une parole non advenue. Mais la non-rencontre des corps entraîne du même coup, on l’a vu, un moulin à paroles qui n’est qu’un moyen de remplir le silence, quand ce n’est pas la bouderie qui, si l’on ose dire, prend la parole.

44 Bouder, c’est en effet refuser sa parole à l’autre pour signifier une demande… que sa parole ne reste pas lettre morte. C’est même envahir l’autre par sa demande muette. C’est pourquoi l’anorexie par exemple peut être envisagée comme une forme de bouderie monstre à un moment-clé, pubertaire, du « devenir femme » (Assoun, 1983). Mais précisément une frigidité, au moins ponctuelle, peut s’installer pour signifier que, si la parole n’est pas reconnue, le corps ne bronche plus…

Le retour au désir après la maternité

45 Un paradigme en est la crise de sexualité ouverte dans le couple par la maternité. Enjeu essentiel, lorsque le devenir mère, en réalisant le désir exemplaire de la femme qu’est le désir d’enfant, modifie aussi sa position par rapport au désirable. Comment retrouver ensuite les voies du féminin ? Il s’agit certes de la reprise des activités sexuelles, mais les enjeux en sont considérables, d’une sorte de renégociation des rôles. Il y faut là encore un aggiornamento dont les enjeux se dessinent : ce corps maternel virtuellement délocalisé libidinalement, au point d’être frigidifié ou simplement mis au chômage, par triomphe du courant tendre sur le courant sensuel et surtout surérogénéisation du corps par l’enfant. Dans le pire des cas, le corps est devenu impénétrable ou algésique, comme si le pénis ne trouvait plus hébergement, pour reprendre la formulation freudienne, dans le vagin – quoiqu’une nostalgie désirante l’appelle encore chez la femme frustrée du désir, alors même qu’elle est gavée de la plénitude de maternité.

46 Il peut alors y avoir en cette occasion de l’heureux événement une chape de plomb qui tombe en même temps sur la parole et sur la sexualité dans le couple, si l’homme, comme père, se trouve lui-même régressé en position d’enfant ou tout simplement se tait sous l’effet des nouveaux rapports de force – alors qu’il a à jouer à ce moment un rôle essentiel. Redonner à sa femme envie de frayer avec le phallus, voilà l’enjeu. Il arrive même qu’il se produise alors une recrudescence de libido qui surpasse tous les précédents. Ce peut même être à proprement parler le début véritable du couple – si du moins le vaisseau ne périt pas corps et biens en se fracassant sur l’écueil. Peut-être est-ce pour l’homme le véritable test de virilité ou plutôt de masculinité. On le voit en effet à cette occasion se débrouiller avec ses deux casquettes de mari-amant et de père. Épreuve déterminante pour l’homme-Janus. Réextraire la femme de la mère et se signifier comme désirant, voilà ce dont il est defacto chargé de mission à ce moment-là.

47 Il est impératif de « sevrer » la mère, l’expression suppose que la mère se nourrit de l’enfant et qu’il faut qu’elle renonce au sein, celui qu’elle tend à l’enfant et celui que l’enfant constitue pour elle. Au point d’être chroniquement tentée de réintégrer son produit. L’homme-père réel est un interrupteur (comme on parle d’« interrupteur électrique ») de la jouissance inhérente à la Mutterleibsphantasie. Si l’homme est pris dans le discours de la maternité, il échoue à l’essentiel, soit la réinitialisation du logiciel désirant. Ce père-amant serait le réaccoucheur de la féminité dans la maternité. Mais un réaccoucheur symbolique lui permettant de réhabiter le monde du désir. Quoique le désir d’enfant, et plus encore la nostalgie du bébé, le regret de la modification de sensation que détermine la grossesse, continuent d’agir longtemps chez une femme. Qu’on pense aux adultères qui surgissent quand le mari ne veut plus d’enfant ou qu’elle-même pense que « ce n’est pas raisonnable », ce qui n’empêche pas le bébé d’exercer sa nostalgie, dans le rêve et le corps.

48 Cela confirme que l’homme doit soustraire quelque chose de la jouissance maternelle, qu’il doit la décompléter suffisamment pour que se rouvrent les portes du désir. Cela suppose d’insatisfaire la femme suffisamment de sa jouissance maternelle pour qu’elle ait à nouveau envie de… manquer. Voici en tout cas la tâche de l’homme, qui le met de fait devant ses responsabilités. Là où la mère était, la femme, via l’homme, doit réadvenir.

49 Exemple paradigmatique de la temporalité des couples : il s’avère fréquemment que, lorsque la crise s’est installée, l’on s’avise qu’elle a été précédée d’un moment d’éloignement – un mari qui travaille trop, une mère surinvestie – où plus aucune parole n’est venue symboliser l’événement. Une parole non advenue à temps peut produire un éloignement à jamais, mais une parole rendue urgente par la crise peut aussi bien ouvrir les voies du désir. C’est cela qui se fait entendre électivement dans l’analyse. La parole dans l’analyse, séance tenante, conforte le sujet dans cet échange de la parole. Occasion unique, par la vertu de la libre association mais aussi du transfert, de ne pas reculer devant les effets de sa propre parole au défi du sexuel…

Notes

  • [1]
    Baise-moi ! : livre (1994) puis film (2000) de Virginie Despentes.
 
Mis en ligne sur Cairn.info le 26/08/2011
https://doi.org/10.3917/dia.193.0025