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Aimer la Vie, c’est aimer inconditionnellement

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Entretien réalisé par le Père Jean-Baptiste Bruno avec Marie-Aude Saint-Michel, peintre invitée à la création d’autels de mémoires et consolation. Le Frère Jean-Baptiste est membre de la communauté Famille Missionnaire de Cannes. Marie-Aude Saint Michel est traductrice (spécialisée en audiovisuel) auteur et artiste peintre; Elle a consacré sa thèse doctorale anglaise sur le Soi face à la loi écrite et non écrite dans le contexte du goulag soviétique. Elle s’intéresse à la résilience et la défense de la vie, notamment depuis son coma à la suite duquel la
peinture est devenue pour elle un vecteur de communication de la victoire de la vie.

Marie-Aude, que pensez-vous de la récente intervention du Saint Père (le 10 décembre) sur la question de la défense des droits de l’homme et notamment des « invisibles », c’est-à-dire les
exclus et les non nés ?

Ayant étudié dans le cadre de ma thèse doctorale la résilience des victimes du goulag soviétique, généralement méconnues, je suis très sensible au fait que le Saint Père veuille se faire le porte-voix des sans voix : les laissés pour compte, notamment les exclus et les non nés, les « invisibles ». L’invisible est. Il n’est pas visible, mais il est. Dans une société du visuel où tout doit aller vite et être utile, faute de quoi on s’en débarrasse, la logique du profit a balayé le sens de la création. Nous sommes entrés dans une ère du « tout est permis », qui conduit à un nihilisme destructeur. On le voit avec les évènements récents en France. Le Saint Père a voulu rappeler à juste titre la valeur inestimable de la Vie, depuis le stade de sa venue jusqu’à sa fin sur terre, en passant par toutes les étapes qui appartiennent à chacun et qui sont du domaine du mystère. Férue de calligraphie pour ce qu’elle porte de sagesse et de mysticisme parfois, j’aime à dire qu’il est une calligraphie que Dieu seul lit, c’est notre vie.

Marie-Aude, pourquoi la question de la défense de la vie est-elle si importante pour vous ?

La création fait partie intégrante de ma nature, et créer est ma plus grande source de joie, c’est en créant que j’ai la sensation de me déployer, d’ouvrir mes ailes. Créer pour moi c’est respirer. C’est peut-être pour cela que je ressens un profond respect et un grand amour pour la sagesse qu’est la vie, don par excellence de la création. Un très grave accident personnel il y a 10 ans ainsi que le deuil d’êtres chers m’a appris à apprécier le don qu’est la Vie, don que l’on prend trop souvent pour acquis ou dû.

Marie-Aude, vous avez été invitée à peindre deux œuvres pour Notre Dame de Vie à Mougins et Sainte Jeanne d’Arc à Nice dans le cadre des lieux de mémoire et consolation, initiés pour accompagner les personnes faisant le deuil d’un enfant non né ou décédé en bas âge. Concernant l’avortement, Il est parfois difficile d’en parler: la peur d’aller à contre courant ou de blesser…Que pensez-vous de la récente déclaration du Pape François comparant l’avortement à l’engagement d’un tueur à gages ?

La presse a relevé cette expression parce que nous vivons dans un monde qui adule le sensationnel, mais sans doute fallait-il dans l’esprit du Saint Père user d’une métaphore choc pour réveiller les consciences sur un sujet grave. Le Pape a précisé vouloir mettre en avant par cette comparaison l’idée que l’on ne doit pas résoudre un problème – dans le cas d’une grossesse non désirée – par une méthode aussi radicale que celle de mettre un terme à une vie. Le Pape François a insisté sur l’idée que la crainte était souvent le moteur de l’IVG, or, la crainte n’est jamais bonne
conseillère, et les conseillers ne sont pas les payeurs. Personnellement, je crois qu’il est sage de respecter le don qu’est la Vie, mais je crois aussi qu’il faut œuvrer au dialogue entre les deux rives : les « pour » et les « contre » l’IVG, pour faire avancer les choses. Il n’est pas question de condamner les personnes qui y trouvent une « solution », mais il n’est pas question non plus de laisser faire sans rien dire, car il faut, je le crois, des porte-voix pour les sans voix, comme l’a récemment illustré le Pape François.

Que voulez-vous dire par là ?

Les enfants à naître n’ont d’autres avocats que ceux et celles qui sont touchés par leur cause. Un enfant à naître n’est pas visible à l’œil nu, mais il existe. Quand l’enfant ne naît pas, qu’il n’a pas
été vu, c’est que parfois il n’est pas regardé. J’entends par là qu’on n’a peut-être pas posé sur lui un regard d’amour, on a peut-être vu cette présence comme une gêne, et pourtant la vie est là, le don de la Vie est là. On peut mettre un terme à cette vie, choisir de ne pas la rencontrer face à face, on peut faire en sorte de ne jamais voir le corps de cette vie, mais la rencontre a eu lieu, car la Vie est venue habiter le sein maternel, et cela, quoique l’on fasse, rien ne pourra changer cette réalité. La femme qui croit régler le problème en évitant la rencontre du corps omet qu’elle a été invitée à une rencontre du cœur. Un jour, cette rencontre fera surface dans son cœur. Or les conseillers ne sont pas les payeurs. Ce jour-là, elle sera seule face à ce qui viendra questionner son cœur. Aussi, si l’on pense qu’il faut respecter le droit de la personne à décider pour elle-même de son corps, comment ne pas octroyer le droit de disposer de son corps à celui qui est déjà incarné, mais n’a pas la parole ?

Y-a-t-il une solution ? Quelle est votre position en qualité de femme et de chrétienne?

D’une part je dirais ce que m’a confié le Dr Alexandra Henrion Caude, directrice de recherches à l’INSERM et qui m’a invitée sur son projet d’autel de mémoire et consolation : en réalité, on ne sait jamais vraiment à 100% si un être est « à problème » ou non. Ainsi, il a été constaté que des enfants avortés diagnostiqués comme « à problème », étaient en réalité tout à fait « normaux ».  Le respect de la vie à son apparition est soutenu par de courageux chercheurs, dont le Dr Alexandra Henrion Caude, directrice de recherche à l’INSERM, qui refusent le principe de travailler sur des embryons et fœtus humains et l’ont fait savoir dans une lettre publique diffusée sur science-en-conscience.fr. Outre cet aspect médical trop peu connu, la Vie m’a appris en tant qu’humain et peintre qu’il faut s’en remettre à plus haut que soi, et que souvent, la Vie a plus de sagesse que nos peurs et que la grâce peut naître de l’accident. Il y a tant de cas, chacun unique, mais peut-être faut-il entendre dans les propos du Saint Père une invitation à écouter la voix du cœur, et non plus celle de la médecine ou de l’intellect. La Vie est, Elle vient, comment choisit-on de l’accueillir ? Je pense aussi aux parents qui ont vécu le drame du deuil alors qu’ils attendaient leur nouveau-né avec joie et amour, et je pense à ces enfants, qui ont peu vécu mais qui laissent une trace impérissable de leur passage, aussi bref fusse-t-il. Ces familles sont des témoins vivants du mystère de l’amour et de la vie.

Avez-vous des exemples à nous partager ?

Je pense avec une émotion particulière à Aurore et à Clara. Aurore est partie au ciel de sa malformation, mais ses parents ont donné l’exemple de l’amour comme Dieu nous l’a montré et
comme il devrait être : absolument inconditionnel, car on ne doit pas dire « je t’aime si tu es comme ci ou comme ça. Je t’aime comme tu es, point ». Ses parents, Adrien et Céline, ont aimé leur fille comme elle est venue, et ils l’ont accompagnée jusqu’à son dernier souffle, alors qu’elle venait de naître. Ils sont pour moi des témoins de l’amour de Dieu et selon Dieu. Clara quant à elle est partie au ciel la veille de l’accouchement. Elle est sortie du ventre de sa maman ne respirant plus, et pourtant, elle a beaucoup à dire et beaucoup parlé. Ses parents Julie et Marcellino Chbeir sont venus me voir pour que je réalise un tableau honorant sa mémoire et représentant son incarnation. J’ai créé ce tableau sur les indications de la maman, qui voulait que je réunisse trois de mes œuvres exposées en une seule, qui serait spécialement faite pour sa petite fille. Je peux vous assurer que j’ai senti la présence de Clara, comme j’ai senti la présence de ces petites âmes qui me soufflaient au creux du cœur : « parle de nous, dis-leur qu’on existe ». Si nous croyons à l’invisible, que ce soit en une force supérieure qui régit l’univers ou à plus forte raison en Dieu, on ne peut rire de ce sentiment de présence de l’invisible dans nos cœurs et nos vies. Clara, Aurore, Noé, Gabriel, Raphaël, Faustine, Augustine, tous ces petits êtres, accueillis ou non, sont des dons et des invitations. Par leur passage, aussi bref fusse-t-il, ils nous rappellent que l’infiniment grand vient habiter l’infiniment petit. Et si c’était là le début de la réponse ? Le 20 Janvier Marcellino et Julie iront se recueillir sur la tombe élevée de leur petite Clara, après une messe dite à son intention. Ils invitent leurs proches à se réunir pour « célébrer ses 1 an ». Je trouve la démarche belle, courageuse, sage, inspirante. Clara ne tombe pas dans l’oubli parce qu’on ne la voit plus. Elle est vivante dans leurs cœurs, elle est vivante au ciel, elle est célébrée ici-bas même si elle est déjà là-haut. Ces deux parents montrent combien la vie est un don, et le fait qu’ils gardent une foi si vivante malgré cette douleur incommensurable fait valeur d’exemple. Il faut voir l’amour qui règne dans cette famille franco- libanaise ! C’est édifiant. Je serais près d’eux le 20 Janvier, et ce sera un immense honneur comme une grande émotion pour moi de prier Clara avec eux.

Pouvez-vous nous dire ce que vous avez voulu exprimer à travers ces deux tableaux « Lumen vitae » et « Uns » – assez abstraits, exposés en permanence en la chapelle ND de Vie de Mougins et l’église Sainte Jeanne d’Arc à Nice ?

Le Docteur Alexandra Caude a souhaité par le don de ces deux tableaux que soit présent un autel de mémoire et consolation, c’est-à-dire un lieu de recueillement pour les personnes ayant
perdu un enfant, non né ou décédé prématurément. Celles-ci ont un endroit matériel pour se recueillir et se voient offrir la possibilité de déposer le nom de leur enfant sur un livre conservé à la
paroisse. Une fois par mois une messe est dite pour les enfants dont les prénoms figurent sur le livre. Alexandra a souhaité que les tableaux soient de style abstrait pour éviter qu’un style trop figuratif heurte les cœurs déjà blessés des parents endeuillés. A juste titre, Alexandra a compris que la représentation figurative de la vie pouvait appuyer sur la blessure des parents endeuillés, surtout si le deuil est la suite d’un IVG. Il faut comprendre que le cœur des mamans qui ont vécu le trauma de l’IVG gardent pour beaucoup un sentiment de honte, d’illégitimité et de grande tristesse. L’abstrait offre un respect de l’autre car il permet toutes les interprétations, laisse libre tant dans l’expression que la réception du message. Le récepteur devient même acteur, il offre un nouveau point de vue. L’abstrait est aussi à mes yeux le terrain de l’ineffable. Certes on sait que la vie s’incarne en un fœtus qui aura un visage, un nom, mais au départ la vie est invisible, insaisissable. J’avais donc carte blanche avec pour seule indication créer une œuvre dont émane lumière et consolation en gardant au cœur la douleur des enfants qui n’ont pas vu le jour ou sont partis trop vite. Ce fut un véritable travail du cœur pour moi car j’ai vraiment eu l’impression d’être labourée en profondeur. Comme je peins habituellement dans un style abstrait j’aime à me laisser conduire par ce qu’il m’est donné humblement de passer. « Lumen Vitae » est remplit de symboles : on peut voir de façon codée l’alpha, la fécondation, la silhouette d’enfants à différents âges, des anges consolateurs, et la lettre hébraïque KAF représentant le potentiel et évoquant la paume de la main, c’est-à-dire la main en réception. D’aucuns y voient l’esprit du Saint Suaire dans sa face invisible : il s’agit d’exprimer la vie qu’on ne voit pas mais qui est là, qui s’est développée pendant quelques mois sur la terre et qui est appelée à partager la gloire de la résurrection du Christ, au Ciel. Il est un signe d’espérance. « Uns » quant à lui est placé près du baptistère, à côté de ND des Victoires et de Saint Joseph. Il évoque l’union de la mère et de l’enfant comme une unité intemporelle.

Au vu de son histoire, le lieu de ND de Vie était donc tout indiqué pour ce pèlerinage en faveur du respect de la vie, particulièrement de l’enfant à naitre et ce lieu de recueillement donne un sens nouveau et actualisé à ce qui se pratiquait au Moyen-Age. Quelle est l’histoire des autels de mémoire et consolation ?

Les autels de mémoire et consolation existent déjà dans plusieurs endroits, notamment à Paris à la basilique Notre-Dame des Victoires depuis décembre 2015, mais aussi en Angleterre à New Brighton, à l’île Maurice à Grand Baie, à ND de Lourdes à Rose Hill aux USA ainsi qu’à Sainte Jeanne d’Arc à Nice et depuis peu à ND de Montligeon en Normandie. La Chapelle Notre-Dame de vie à Mougins est particulière car ce lieu fut originellement consacré à la cause des enfants morts sans baptême. Les parents endeuillés venaient porter leurs petits pour ce qu’on appelait à l’époque « le répit ». Les sanctuaires au répit sont des lieux saints présents dans les pays de tradition catholique. Selon la croyance populaire le répit est un retour temporaire chez l’enfant mort-né à la vie le temps qu’on lui confère le baptême avant qu’ils entrent dans une mort définitive. Selon ces anciennes croyances, le répit permet à l’âme d’entrer au paradis et de ne pas errer dans les limbes. C’est donc leur permettre de rencontrer Dieu. J’ai entendu que quelques personnes ont peur, comme par superstition, de venir ici, de venir faire baptiser leur enfant ici comme si l’endroit « portait malheur ». Bien au contraire, cette chapelle, près de laquelle Picasso finit sa vie, est un lieu où est concentrée la force de la vie, au-delà de sa fin visible. Les reliques du bras de Saint Honorat, la statue de Saint Michel, les ex voto, témoignent des grâces reçues ici. Si le sanctuaire de Montligeon est le lieu par excellence de dévotion aux âmes du purgatoire, je dirais que
cette chapelle est le lieu de dévotion par excellence à la vie, elle en porte le nom, tout simplement.

Ce tableau a donc été béni par notre Evêque, Mgr Marceau, en présence de Mr le Maire de Mougins Richard Gali, lors du dernier pèlerinage pour la Vie du 1er juillet dernier. Il s’agit en fait de la bénédiction d’un lieu de recueillement. Pouvez-vous nous expliquer le sens de ce lieu de recueillement et peut-être, d’abord, pourquoi de ce pèlerinage qui a démarré, je crois, il y a 4 ans à l’occasion de la Journée nationale pour la Vie instituée par les évêques de France en ce jour de la “Fête des mères” ?

Le pèlerinage a vocation, je pense, à inviter à rendre grâce de la vie reçue, quelle que fut sa durée terrestre. Ces autels sont l’un des fruits de l’année de miséricorde 2015/2016. Il s’agit d’offrir des lieux où les parents peuvent présenter leurs enfants non nés ou décédés prématurément, qu’il s’agisse du travail de la nature ou d’une action délibérée de l’homme. Ceux qui le souhaitent peuvent inscrire le prénom de leur enfant. Les prénoms (ou la mention d’un enfant même si on ne lui a pas donné de nom) sont reportés sur un registre conservé à l’église où est dit une fois par mois une messe à leur intention spécifique. Le fait de pouvoir nommer l’enfant qui n’a pas vu le jour ou est parti très vite est le premier pas je pense vers une forme de réconciliation personnelle avec la vie. On reconnaît que cette petite vie est une personne, à part entière, on lui donne un prénom, et de savoir qu’elle sera portée en prière est un accompagnement vers la consolation. Les parents ne sont plus seuls, et le passage de la vie est reconnu, quelle que fut sa trajectoire. Beaucoup d’enfants malheureusement meurent avant d’avoir vu le jour et sans avoir été souvent baptisés. Il faut prier pour eux car selon les termes du Docteur Alexandra Henrion Caude « s’occuper d’eux c’est côtoyer l’invisible et notamment son incarnation : c’est l’entrée dans le mystère de l’eucharistie et du baptême. Comprendre leur vie c’est comprendre la nôtre : notre âme incarnée.

Marie-Aude, pourquoi faut-il défendre la vie ?

Jean-Paul II, lors de son dernier pèlerinage à Lourdes, rappelait cette importance de défendre la vie et invitait les femmes à être dans la société actuelle témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu’avec les yeux du cœur. « A vous, les femmes, il revient d’être sentinelles de l’Invisible » , leur disait-il ! Je crois qu’Il faut défendre la vie parce qu’elle est un don, mystérieux, gratuit, qui porte l’amour, sinon celui de Dieu, si l’on n’est pas croyant, celui des êtres. Et si la vie vient après un trauma, elle n’en perd pas moins sa valeur. Il faut différencier l’acte et la conséquence. Défendre la vie, c’est pour moi chrétienne défendre la mémoire du sacré, du mystère que nous incarnons, c’est aussi un simple devoir, eu égard au don reçu. Sœur Marie-Simon Pierre qui a été guérie par Jean-Paul II a témoigné à l’un de ces pèlerinages. Nous avons gardé contact, grâce à sa merveilleuse simplicité et disponibilité qui m’ont autant bouleversée que son humillité, car elle disait sa reconnaissance d’avoir été guérie mais la difficulté de témoigner. La peinture m’est venue comme un jeyser après un coma dont j’ai gardé trois souvenirs. Je vous en livre un : j’étais une petite particule dorée en apesanteur dans le noir. Il n’y avait ni droite, ni gauche, ni haut, ni bas. La vie c’est ça : un don dans l’inconnu, et nous sommes infiniment petits, habités par l’infiniment grand. Après 8 ans à peindre pour témoigner de l’invisible dans le visible, je veux aujourd’hui témoigner de façon plus directe, car le monde n’aura pas trop de témoins de la beauté de la vie, quelles que soient nos épreuves. Il faut raviver la mémoire du sacré dans le vivant et lutter contre la culture contemporaine trop souvent morbide voire mortifère. Défendre la vie à l’époque du terrorisme, c’est aussi faire acte de résistance et montrer que nous lui reconnaissons la valeur reniée par ceux qui veulent nous la voler à Paris, New York, Bruxelles, Londres, Berlin, récemment Strasbourg et partout ailleurs. Et si défendre la vie était le premier acte d’opposition contre ceux qui nous la prennent ?

Le Pape François insiste sur la miséricorde et son intransigeance concernant la vie surprend…

Il faut aussi comprendre que défendre la vie c’est aussi défendre la paix (doc.cath.2179-05 avril 1998), la paix des cœurs, la paix du monde. Je pense à Mère Teresa : elle est très populaire parce qu’elle s’est occupée avec un dévouement extraordinaire des pauvres de Calcutta mais peu nombreux sont ceux qui font entendre son cri de douleur face à l’avortement. Peu nombreux sont ceux qui prennent au sérieux la gravité de ses propos lorsqu’elle affirme l’impossibilité pour la terre de connaître la paix à laquelle les hommes aspirent tant que des enfants seront tués dans le sein de leur mère. Je crois que la Pape François a compris cela et c’est pourquoi, lui aussi, il crie. Il n’en faut pas moins pour autant distinguer l’acte de la personne qui commet l’acte. Nous sommes plus que ce que nous faisons, or très souvent les personnes qui ont vécu un IVG se croient condamnées par l’Eglise, parce que l’Eglise condamne l’acte. Je pense qu’il serait bon de prendre le problème en amont et de mieux expliquer aux jeunes gens à quoi ils s’exposent dans leurs relations de cœur. Il serait bon aussi d’améliorer la communication entre les parties et de se consacrer sur l’intérêt de l’enfant à naître, son cœur qui bat, et non sur les droits des uns ou des autres. En disant cela, je n’oublie pas que le droit à la vie pour l’enfant à naître est le premier droit fondamental de l’homme comme vient de le rappeler le Pape à l’occasion des 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (10 décembre 48). Mais il faut que cela soit entendu avec le cœur. Un cœur qui entende les battements des tous petits… D’autant que chacun d’entre nous a été un tout petit… Il faut un porte-voix pour les sans-voix. Dieu est miséricorde, il sait et peut tout, il peut guérir un cœur blessé, il accueille l’âme qui n’a pas vu le jour, mais ne vaut-il mieux pas éviter que le mal aille jusque-là ?

Le Pape François a choisi le 1er Novembre de se recueillir au cimetière des enfants non nés. Qu’en pensez-vous ?

Il est des gestes qui disent plus que tous les discours. Humblement, en communion avec le Saint Père, je me mets à genoux devant ces âmes qui nous ont précédées dans le cœur de Dieu, au ciel, comme je me mets à genoux à côté des parents endeuillés, quelles que furent les circonstances du deuil qui les frappe, car un deuil reste un deuil, et celui d’un enfant est certainement une épreuve ineffable. A la fin, il ne reste et ne restera que l’amour. Aimer, c’est la seule vérité qui guérisse et conduise. « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » disait Sainte Thérèse. Je crois que l’Amour, qui n’est autre que le nom liturgique de Dieu, fait les plans, et qu’à ce titre, en qualité de croyant, nous posons un acte d’amour à chaque fois que nous faisons confiance à Son plan.