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Xavier Lacroix: avons-nous encore une âme?

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C’est bien par le corps que nous entrons en relation avec les autres et Dieu lui-même a tenu à manifester sa Présence par le corps, en s’incarnant et en se donnant en nourriture par les sacrements corporels, parole et geste. Il nous donne sa vie de Ressuscité, vraiment mort et ressuscité avec son corps, comme l’atteste le récit du tombeau vide des Evangiles et celui des apparitions à ses disciples, montrant ses plaies, mangeant et buvant devant eux. La mort n’est pas rien comme on a tendance à le dire un peu facilement, mais c’est une renaissance par la puissance de l’Amour, du Vivant qui ne meurt plus, transformant notre chair en son Corps glorieux. Car ce qui est indissoluble, et c’est valable pour le mariage, c’est l’union de la chair et de la parole depuis notre création (Gn 2, 7) jusqu’à notre recréation par l’Esprit qui nous est donné pour que nous nous dessaisissions de notre vie dont nous ne sommes pas l’origine, mais qui nous est cependant personnelle,  à la fois individuation et communautaire.

Il nous faut penser la Présence comme la dignité de la vie intérieure, notre intériorité face aux doctrines où règne l’extériorité des neurosciences pour qui l’essentiel serait une question de connaissance alors que la prise de conscience est plutôt distanciation, poésie, désincarnation dans une dynamique d’inspiration-expiration, réception et don. La vie spirituelle est don, dépossession et offrande. Mais comment donnerions-nous sans bras, sans jambes et sans corps ? Être esprit est une manière d’être corps et être corps, une manière d’être esprit. Il s’agit d’entrer dans le dynamisme du don, pour un dépassement de nous-mêmes.

Pour un chrétien, l’âme ne tient pas son caractère de son « essence » mais vient de l’Autre, du Créateur, du Dieu fidèle, Puissance de Vie. Et c’est bien notre « chair », selon le dogme du Credo, qui est appelée à ressusciter, c’est-à-dire ce qui est le plus vulnérable, ce par quoi nous sommes « affectés ». Mais tout le corps n’est pas ressuscitable (Henri BOURGEOIS). La résurrection ne commence pas après la mort mais au baptême qui nous fait prendre corps dans le Corps du Christ, dans la communauté croyante de son Corps. Il s’agit bien tout autant de la résurrection des corps individués avec tout ce que cela implique de relation, de beauté, de rythme, de lumière, de mémoire, de lien au cosmos, dans une terre nouvelle et sous des cieux nouveaux, en dehors de nos catégories de pensée dans le temps et l’espace.

L’éternité sera un présent, permanent, une nouveauté incessante, une nouvelle Création qu’il ne nous est pas possible de concevoir. Le caractère sexué du corps indique une réalité de nature dont nous ne sommes pas à l’origine mais nous conduit à entrevoir la Paternité de Dieu et notre dépendance à l’autre. Donner la vie c’est d’abord la recevoir. Le corps n’est pas le résultat de notre vouloir et cela apparaît comme un bienfait, car nous recevons infiniment plus que ce que nous serions capables de concevoir.

François Griffaton