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Après la fusillade de Strasbourg, le ministre de l'Intérieur a mis en avant des raisons logistiques pour appeler au calme les contestataires du mouvement des « gilets jaunes ».

Voilà l'exécutif en mode gestion de crise permanente. Alors que les «gilets jaunes» ont conduit Emmanuel Macron à tenter son va-tout à la télévision, lundi soir, c'est maintenant la menace sécuritaire qui s'invite brutalement dans l'agenda. Mardi soir, Emmanuel Macron a dû quitter précipitamment une réunion à l'Élysée avec tous les parlementaires de la majorité, quand les premières informations alarmistes sont arrivées de Strasbourg.

Dans la foulée, le ministre de l'Intérieur a relevé le plan Vigipirate au niveau maximal «alerte attentats», avant de rencontrer les forces de l'ordre à Strasbourg. À minuit et demie, le président, lui, a fait une halte à la cellule interministérielle de crise de la place Beauvau, où il s'est rendu à pied. Des images de mobilisation, destinées à montrer que le pouvoir maîtrise la situation, en dépit de la fuite de l'assaillant.

«La traque du tueur a aussi un effet sur notre capacité à intervenir sur d'autres sites du territoire» 

Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur

Au passage, il s'agit de prouver que le pouvoir ne vacille pas devant les attaques de l'opposition, qui n'ont pas tardé à se faire entendre, notamment sur la question inflammable des fichés  S. «Alors qu'hier, des personnes étaient décédées, des personnes étaient blessées, que des opérations de police étaient encore en cours, nous avons assisté à un concours de tweets emporté au finish par Laurent Wauquiez contre Marine Le Pen», a tonné le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Et d'ajouter: «Dans la période, les caractères se révèlent: vous avez des petits responsables politiques et des hommes d'État.»

Autour de la table du Conseil des ministres, Emmanuel Macron a invoqué, dans un registre plus policé, «le sens de l'intérêt général (qui) devrait amener chaque responsable politique au calme et à la retenue», selon les propos rapportés par Benjamin Griveaux.

Si les piques ont fusé, l'unité nationale était en revanche de rigueur dans l'enceinte de l'Assemblée, où une minute de silence a été observée. L'attaque de Strasbourg a eu pour effet une sorte de trêve dans les échanges houleux auxquels se livrent depuis plusieurs jours majorité et opposition. Fait rarissime, les députés Insoumis se sont levés, encouragés par Jean-Luc Mélenchon, pour applaudir le premier ministre.

«Noël plus jamais comme avant à Strasbourg»

Édouard Philippe venait de rappeler l'importance de «continuer à débattre», malgré le contexte, et de faire savoir que le gouvernement se tenait «à la disposition» de l'Assemblée pour un éventuel report du débat sur la motion de censure. «Il aura lieu pleinement. Nous pourrons exprimer nos désaccords, parce que fondamentalement, Monsieur Mélenchon, nous sommes d'accord pour défendre la République et pour défendre la démocratie», a déclaré le chef du gouvernement.

«Les gilets jaunes ne sont pas responsables de la fusillade. Pourquoi instrumentaliser l'événement dramatique de Strasbourg pour régler un conflit social et politique?»

Clémentine Autain, députée Les Insoumis

Un peu plus tôt, le député LaREM du Bas-Rhin Bruno Studer, élu à Strasbourg, n'a pas pu masquer son émotion. «Noël ne sera plus jamais comme avant à Strasbourg. Plus jamais», a-t-il déclaré. Le macroniste s'est interrompu à plusieurs reprises, gagné par la tristesse. «On voit qu'il y a des moments où la force d'un parlementaire, c'est son enracinement, son attachement, son rapport à la terre, a répondu Christophe Castaner. Il est essentiel de ne jamais oublier cela.» Le président du groupe LaREM Gilles Le Gendre avait battu le rappel auprès de ses troupes pour que la majorité fasse bloc.

Dans ce climat d'inquiétude collective, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a invité jeudi matin les «gilets jaunes» à ne pas descendre dans la rue ce week-end. «Ce que nous vous demandons, en responsabilité, c'est d'être raisonnables samedi et de ne pas aller manifester», a-t-il lancé jeudi sur CNews. Le ministre de l'Intérieur a mis en avant des raisons logistiques pour appeler au calme les contestataires. La traque du tueur «a aussi un effet sur notre capacité à intervenir sur d'autres sites du territoire», a-t-il souligné.

Des arguments rejetés par les Insoumis, qui craignent un affaissement du mouvement sur l'autel de la concorde nationale. «Les gilets jaunes ne sont pas responsables de la fusillade, a rappelé la députée Clémentine Autain. Pourquoi instrumentaliser l'événement dramatique de Strasbourg, qui mérite plutôt une communion républicaine, pour régler un conflit social et politique? Cela me paraît indécent.»

 

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Strasbourg : que faire des fichés S ? - Regarder sur Figaro Live

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 13/12/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici