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À quelques jours de la conférence qui le fera débattre avec le père Louis-Marie de Blignières sur le thème « 1968-2018 : vers une société sans père ? », Patrick Buisson donne un entretien exclusif au Salon Beige.

Pourquoi parler aujourd’hui de la paternité, alors que d’autres sujets paraissent beaucoup plus “d’actualité”, tels que l’islam, l’immigration, le libéralisme libertaire, etc.

Patrick Buisson : Il est des événements majeurs qui se déroulent à bas bruit. Le lent déclin de la figure paternelle est de ceux-là. Là est l’une des grandes conquêtes de la modernité : dans la dévalorisation du père comme instance culturelle, dans sa destitution biologique et politique, dans la disparition progressive des fonctions rituelles qu’il exerçait jusque-là. Demain la PMA, dite « PMA pour toutes », si elle devait être adoptée, franchirait une étape supplémentaire en consacrant à travers l’institutionnalisation de la naissance d’enfants sans père, la suppression juridique de la généalogie paternelle. Soit un basculement décisif dans le processus de décivilisation qui est en train de tout broyer.

Pourquoi avoir accepté d’en parler avec un ecclésiastique, qui plus est un ecclésiastique assez “marqué” ?

Patrick Buisson : Je ne sais pas ce qu’est un « ecclésiastique marqué ». Ce que je sais en revanche, c’est qu’après Vatican II, des prêtres sont restés fidèles au symbole de Nicée, tandis qu’une minorité agissante du clergé français a expérimenté une nouvelle religion : abandon de pans entiers du dogme, renoncement à la prédication des fins dernières, malthusianisme sacramentel, remise en cause de la fonction sacerdotale. Ces prêtres-là sont passés d’une religion du salut à une religion du bonheur, d’une religion théocentrée à une religion anthropocentrée, qui place l’épanouissement des personnes avant la gloire de Dieu. La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier maintient quant à elle ce qui fut et reste l’essence du catholicisme, c’est-à-dire une religion macrocosme et une religion microcosme. Une religion qui relie les hommes à Dieu et une religion qui relie les hommes entre eux.

Selon vous, la rupture de la paternité date-t-elle de mai 68 ou faut-il rechercher des racines beaucoup plus lointaines, comme 1793 avec la décapitation de Louis XVI ?

Patrick Buisson : C’est le mouvement des Lumières qui a ouvert l’ère de la révolte moderne des fils contre l’autorité du père. Tout est déjà dans l’Œdipe de Voltaire, l’Émile de Rousseau, l’exclamation fameuse de Diderot : « Des pères ! Des pères ! Il n’y en a point… Il n’y a que des tyrans ». En ce sens, le régicide de 1793 est bien un parricide que Balzac analyse parfaitement quand il écrit qu’« en coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille ». La décapitation du souverain est bien une mutation capitale de notre civilisation. On passe d’une société des pères à une société des pairs devant la loi, une société de frères, une société de frères sans père.

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