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FIGAROVOX/ANALYSE - Pour les commémorations du centenaire de la fin de la grande guerre, le président de la République veut mettre l'accent sur la réconciliation franco-allemande plutôt que sur la victoire de 1918.

À l'approche du centenaire de la fin de la Grande Guerre, l'Élysée annonce que les commémorations se feront sans «expression trop militaire». «Le sens de cette commémoration, ce n'est pas de célébrer la victoire de 1918», estime-t-on à la présidence de la République selon L'Opinion. Aux côtés de 60 chefs d'État dont Donald Trump, Vladimir Poutine et Angela Merkel, Emmanuel Macron mettra plutôt l'accent sur la réconciliation franco-allemande et la paix retrouvée entre Européens.

Le 11 Novembre aura donc lieu sans cérémonie aux Invalides ni hommage aux huit maréchaux, contrairement à ce qui était initialement envisagé sous l'impulsion de l'état-major. Il est vrai que l'hommage aux maréchaux posait un problème épineux. On compte parmi eux Philippe Pétain, vainqueur de Verdun mais aussi, plus tard, chef du gouvernement de Vichy. De Gaulle, en 1966, lui avait rendu un demi-hommage à l'occasion du cinquantenaire de Verdun, mais c'était une autre époque.

Reste que commémorer la fin de la Première Guerre mondiale sans célébrer la victoire militaire française relève d'un étrange paradoxe, symptomatique de l'idée contemporaine que l'on se fait de la Grande Guerre: une immense hécatombe, un gâchis matériel et humain absurde. Les poilus ne sont plus perçus comme des soldats victorieux mais comme des «civils que l'on aurait armés», selon l'expression de l'Élysée.

Double erreur

Une telle vision relève d'une double erreur. Réduire les soldats de 14-18 à des «civils que l'on aurait armés», c'est méconnaître leur lien de filiation avec l'armée d'aujourd'hui. Certes, les poilus de Foch étaient dans leur immense majorité des conscrits, tandis que l'armée d'aujourd'hui est composée de militaires de carrière. Mais les opposer n'aurait aucun sens ; ils sont indéfectiblement unis par l'expérience du front.

«Ôter au poilu le bénéfice de la victoire, c'est méconnaîtrela nature profonde de son sacrifice»

La seconde erreur est plus pernicieuse. Ôter au poilu le bénéfice de la victoire, c'est méconnaître la nature profonde de son sacrifice. Lui qui a enduré la boue, le froid et les privations, lui qui a éprouvé les blessures et la mort, jamais il n'aurait pu supporter ces épreuves terribles sans la conscience d'accomplir quelque chose de plus grand que lui.

Il faut relire à cet égard La Nostalgie du front, un texte lumineux signé en 1917 par le père Teilhard de Chardin, grand penseur du XXe siècle. Engagé en 1915, ce père jésuite a fait dans les combats l'expérience d'un affranchissement. «Pour une fois, la tâche humaine se découvre plus grande que nos désirs» explique-t-il.

Donner sa vie pour que vive la France peut paraître étranger à beaucoup de nos contemporains. C'est pourtant ce qui a pu animer beaucoup de ceux qui quittaient l'arrière pour rejoindre le front. Nier cela, c'est amputerleur sacrifice de toute transcendance.

«Itinérance mémorielle»

Cette polémique est une nouvelle illustration de la difficulté des gouvernements successifs à saisir l'enjeu de la commémoration de la Grande Guerre. Déjà en 2016, le centenaire de la bataille de Verdun avait été terni par un projet de concert - finalement annulé - du rappeur Black M, qui désigne dans une de ses chansons la France comme un pays de «kouffar». L'hommage avait finalement pris la forme d'une course de plusieurs milliers de jeunes Français et Allemands au milieu des tombes, qui s'était terminée par un simulacre de combat devant l'ossuaire…

Reste que, aujourd'hui, par l'ampleur du dispositif déployé à l'approche du 11 Novembre, Emmanuel Macron a montré qu'il prenait la mesure de l'importance de l'événement. Pendant toute la semaine qui précédera, le président sera en «itinérance mémorielle» (sic) dans les départements français meurtris par le conflit.

De Morhange (Moselle) à Verdun, en passant par la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais), il rendra hommage au sacrifice des soldats français. Il passera aussi par La Flamengrie (Aisne), là où le premier coup de clairon du cessez-le-feu a retenti. Car il s'agira de célébrer la paix retrouvée, même si le traité de Versailles qui suivra en 1919 a compté parmi les causes de la Seconde Guerre mondiale. L'itinérance se terminera à Paris avec l'ouverture d'un sommet international pour la paix à La Villette, censé donner un écho actuel à la paix arrachée en 1918. Mais tirer les leçons de l'Armistice ne sera possible que si l'on se souvient d'abord que ce fut une victoire militaire pour la France et les alliés. Il est étonnant qu'on répugne à le rappeler.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 23/10/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

 

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jeudi 08 nov 2018