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L’antagoniste le plus effrayant de Superman est-il Lex Luthor, génie des affaires froid et calculateur, ou Brainiac, une intelligence artificielle omnisciente à l’apparence humanoïde ? La science-fiction et les comic books nous avertissent depuis plusieurs décennies : l’intelligence humaine finira par être surpassée par la machine. Totalement largués dans la course aux nouvelles technologies dites « de rupture », la France et l’Europe seraient-elles en passe de devenir des colonies numériques ?

 

L’an passé, Bruno Lemaire affirmait que nous allions créer en France « un fonds pour l’innovation de rupture », et que le Président Macron proposerait qu’un « fonds identique soit créé à l’échelle européenne ». Le souhait affiché par Bercy serait donc que l’Europe puisse enfin faire émerger « le champion de l’intelligence artificielle que les autres nous (envieraient) ». Un noble objectif qui échouera sur le mur des réalités. Quiconque d’un tant soit peu informé en la matière sait bien que la France et l’Europe sont des nains du numérique, puisque tout ce qui est nécessaire au développement industriel de l’intelligence artificielle est maîtrisé par quelques multinationales américaines et chinoises. Le paradoxe de de cette situation critique étant que nous sommes les professeurs de l’Intelligence artificielle qui s’éduque grâce aux données des utilisateurs de téléphones portables du monde entier, lesquelles sont sous le contrôle direct de Facebook, Twitter, Sina Weibo, Vkontakte et autres. Aucune de ces sociétés, dont dépendent désormais de nombreuses activités personnelles et professionnelles, n’est française ou européenne.

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Pour la première fois de son histoire, l’Europe est en retard technologique. Alors que notre continent a toujours initié les grandes tendances – celles qui permettent de maîtriser son destin -, nous sommes présentement exclus de la nouvelle révolution industrielle. L’Intelligence artificielle fera rouler nos voitures sans conducteurs, rédigera nos contrats de vente en matière immobilière, ou bien encore pourra diagnostiquer des patients à l’hôpital. Les métiers manuels et les métiers intellectuels reposant sur des connaissances techniques (comptabilité ou droit) en sortiront totalement transformés, et l’économie mondiale deviendra dépendante de l’intelligence artificielle, comme elle le fut par le passé du charbon ou du transport routier. Ceux qui en seront les détenteurs seront donc les maîtres du monde. La France et l’Europe ont pourtant des atouts à faire valoir, à exploiter. Forte d’un nombre d’utilisateurs d’internet équivalent à toute la population du continent européen réunie, ce qui en fait le premier gisement de big data mondial, la Chine compte être le numéro un de l’intelligence artificielle dès 2030.

L’Intelligence artificielle fera rouler nos voitures sans conducteurs, rédigera nos contrats de vente en matière immobilière, ou bien encore pourra diagnostiquer des patients à l’hôpital

Souverain, l’Empire Céleste peut planifier des politiques publiques sur plusieurs décennies, surtout depuis la réforme constitutionnelle qui a accordé la présidence à vie à Xi Jinping. Son économie a beau être dans une situation périlleuse, la bourse et l’immobilier ayant connu d’importantes secousses en 2018, la Chine bénéficie d’un contexte de stabilité politique et identitaire rare dans le monde contemporain, en faisant une sorte d’île hors du monde … mais pas du temps. Evidemment, il est presque inutile à ce stade de mentionner les Etats-Unis, tant leur capacité à innover, mais surtout à mettre en pratique leurs innovations, n’est plus à prouver. Face à de tels géants, que peuvent faire la France et l’Europe pour relever la tête ? D’abord, retenir les cerveaux. Qui connaît Yann Le Cun, chercheur français en intelligence artificielle hyper célèbre de l’autre côté de l’Atlantique ? Personne. Et pour cause, l’un des hommes à qui l’on doit le deep learning est salarié de Facebook, où il travaille à la création d’un assistant personnel susceptible de lire, de traduire, ou d’effectuer des réservations en totale autonomie.

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Nos universités continuent de former des ingénieurs de grande qualité. Malheureusement, ils ne travaillent plus forcément en France, échaudés par les normes étouffantes, le manque de considération et l’impossibilité de mettre en pratique leurs découvertes. En robotique, la France est par exemple en pointe, alors que son parc industriel souffre d’un considérable retard. Pour sortir par le haut de cette crise, Serge Soudoplatoff (cofondateur de Sooyoos, Scandera et Mentia) propose trois axes au côté de la Fondapol : l’investissement massif dans l’intelligence artificielle, un plan de rattrapage européen pour constituer des plateformes de données, mais aussi assouplir le Règlement européen sur la Protection des données personnelles qui bride les entreprises européennes. N’oublions pas que le premier à avoir théorisé l’intelligence artificielle était un Européen, de son nom Alan Turing. Oui, oui, celui-là même qui réussit à briser le code Enigma.