ONU : naissance du monde post-occidental>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Ce débat, non pas pour au contre les États-Unis, mais pour ou contre Donald Trump, s’ordonnait autour de deux arguments principaux :
- La Maison-Blanche détruit le système qui a si bien profité aux élites financières internationales (Macron).
- La Maison-Blanche ne fait même plus semblant de respecter le droit international (Rohani).

Pour le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ce débat masque un problème beaucoup plus profond. « D’une part, nous voyons le renforcement des principes polycentriques de l’ordre mondial, (…) l’aspiration des peuples à préserver la souveraineté et des modèles de développement compatibles avec leurs identités nationales, culturelles et religieuses. D’autre part, nous voyons le désir de plusieurs États occidentaux de conserver leur statut d’autoproclamés "leaders mondiaux" et de ralentir le processus objectif irréversible d’établissement de la multipolarité », posa t-il [4].

À partir de là, il ne s’agissait plus pour Moscou de s’en prendre au président Trump, ni même aux États-Unis, mais aux Occidentaux en général. Sergueï Lavrov alla jusqu’à établir un parallèle avec les Accords de Munich (1938). À l’époque, la France et le Royaume-Uni firent alliance avec l’Allemagne et l’Italie. Certes cet événements est vécu aujourd’hui en Europe occidentale comme une lâcheté franco-britannique face aux exigences des nazis, mais elle reste gravée dans la mémoire russe comme le pas décisif qui enclencha la Seconde Guerre mondiale. Alors que les historiens ouest-européens cherchent à établir qui a pris cette décision et qui a suivi le mouvement, les historiens russes ne voient qu’une chose : aucun des Européens de l’Ouest n’a pris ses responsabilités.

Étendant sa critique, Sergueï Lavrov dénonça non plus les atteintes au Droit, mais aux structures internationales. Il observa que les Occidentaux entendent forcer des peuples à entrer contre leur volonté dans des alliances militaires et menacent certains États qui prétendent choisir eux-mêmes leurs partenaires. Faisant allusion à l’affaire Jeffrey Feltman [5], il dénonça les tentatives pour contrôler l’administration de l’ONU, lui faire jouer le rôle dévolu aux États-membres, et en définitive utiliser le secrétariat général pour les manipuler.

Il nota le caractère désespéré de ces tentatives, observant par exemple l’inefficacité de cinquante ans de blocus états-unien de Cuba. Il stigmatisa la volonté britannique de juger et de condamner sans procès au moyen de sa rhétorique du « hautement probable ».

Sergueï Lavrov conclut en soulignant que tous les désordres occidentaux n’empêchaient pas le reste du monde de coopérer et de se développer. Il rappela le « Partenariat de l’Eurasie élargie », évoqué au Forum de Valdaï, en 2016, par le président Poutine pour compléter la « Ceinture et la route » du président Xi. Cette vaste initiative, au départ fraîchement accueillie par la Chine, est désormais soutenue par l’Organisation du Traité de sécurité collective, l’Union économique eurasiatique, la Communauté des États indépendants, les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai. Les contre-propositions de l’Australie, du Japon et de l’Union européenne sont mortes-nées.

Alors que les responsables occidentaux ont l’habitue d’annoncer à l’avance leurs projets et de les discuter, les diplomates russes ne les évoquent que lorsqu’ils ont déjà débuté et qu’ils sont sûrs de les réaliser.

Bref, la stratégie d’endiguement de la Russie et de la Chine, imaginée par le député britannique Halford J. Mackinder [6] et explicitée par le conseiller national de sécurité états-unien Zbigniew Brzeziński [7], a échoué. Le centre de gravité du monde se déplace à l’Est, non pas contre les Occidentaux, mais par leur faute [8].

Tirant les premières conclusions pratiques de ces analyses, le vice-Premier ministre syrien, Walid al-Moallem, exigeait le lendemain à la tribune de l’Assemblée générale le retrait immédiat des troupes d’occupation états-uniennes, françaises et turques [9].