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La monarchie morte et ressuscitée à la prison du Temple

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L'importance des entourages royaux et impériaux dans la symbolique du pouvoir a fait l'objet de nombreux ouvrages. L'historien Charles-Éloi Vidal se penche notamment sur La Famille royale au Temple.

Selon certains historiens, la monarchie serait morte en France après la fuite pitoyable à Varennes, en 1791, qui mit fin au prestige du Très-Chrétien. Mais peut-être est-elle ressuscitée après le calvaire de la prison du Temple?

C'est le propos de ce récit historique sur la vie (tragique) de la famille royale à la prison du Temple. Charles-Éloi Vidal, jeune et brillant historien qui avait déjà publié une intéressante histoire de la cour de France de 1789 à 1870, nous convainc que cette idée monarchique pourrait avoir retrouvé de la force justement grâce à cet épisode funeste. La prison du Temple aurait, paradoxalement, donné naissance à la France contemporaine, avec toutes ses contradictions, oscillant toujours entre monarchie et démocratie.

S'il faut du reste en croire l'actuel président de la République, notre pays ne se serait toujours pas remis de la mort du roi. En 2015, Emmanuel Macron rappelait que «la démocratie comporte toujours une forme d'incomplétude car elle ne se suffit pas à elle-même. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi».

Passion de la royauté

En faisant preuve d'une excessive cruauté à l'encontre de Louis XVI, de Marie-Antoinette mais aussi de tout le reste de la famille royale (du dauphin à la duchesse d'Angoulême), la Révolution aurait paradoxalement contribué à redorer le blason de la monarchie.

Au fond, les grands révolutionnaires comme Saint-Just ou Robespierre qui considéraient que Louis XVI devait mourir pour que vive la Révolution se seraient profondément trompés.

L'auteur cite cette remarque profonde d'Edgar Quinet: «Louis XVI errant à l'étranger sous un nom emprunté, repoussé de lieu en lieu, sans cour, sans États, sans armée, vivant de la complaisance de la Convention, eût été cent fois moins redoutable que Louis XVI supplicié au Temple devant sa femme et ses enfants […] qui fit de ses derniers moments la Passion de la royauté elle-même, mourante et renaissante sur son Calvaire.» À méditer. Le sort des Bourbons de Naples après 1861 semble conforter le propos de Quinet.

Avec talent et minutie, Charles-Éloi Vidal retrace le véritable supplice de la prison du Temple. Celui-ci illustre à ses yeux les illusions du 10 août 1792.

Péché originel

- Crédits photo : Perrin

La chute de la royauté n'a nullement correspondu à une plus grande liberté pour les autres Français mais fut le début d'une séquence de peur et de violence dont la tragédie royale ne serait que la pointe visible de l'iceberg.

Certes, il n'est plus possible aujourd'hui d'opposer comme Mme de Staël la «bonne» révolution de 1789 à la «mauvaise» de 1793. La première engendre la seconde et, au fond, Clemenceau n'avait pas entièrement tort en soutenant la thèse du «bloc»: il faut accepter la seconde si on applaudit la première. Car la violence est dès les origines, dès le massacre du gouverneur de la Bastille le 14 juillet 1789. Mais c'est aussi pour défendre la «patrie en danger» que Robespierre a mis en place la dictature du Salut public.

En histoire, les choses sont si complexes et imbriquées qu'il est difficile d'avoir une interprétation univoque. Il n'en demeure pas moins que le traitement lamentable réservé à la famille royale - l'emprisonnement des enfants, l'inhumanité et la brutalité des geôliers, tout ce fatras inutile de vexations - a contribué à discréditer l'expérience du Salut public: «Il y a des tombes qui ne se referment jamais», dira Chateaubriand.

La Famille royale au Temple, de Charles-Éloi Vidal, Perrin, 431 p., 25 €.