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Après la polémique sur la surexposition des tout-petits aux écrans, une étude offre une première photographie de leurs usages en France.

Les tout-petits sont-ils surexposés aux écrans? En 2017, le cri d'alerte d'un médecin de PMI, Anne-Lise Ducanda, a lancé une controverse qui n'est toujours pas éteinte. Mardi, la présentation de la première étude des usages des écrans, portant sur 13.334 enfants de 2 ans, permet de faire le point en France. Cette enquête a été effectuée dans le cadre de l'étude longitudinale Elfe qui suit une large cohorte d'enfants nés en 2011.

Elle pointe que la préconisation «pas d'écrans avant 3 ans» est loin d'être suivie. À 2 ans, deux tiers des enfants regardent la télévision quotidiennement. À 18  mois, un enfant sur deux est déjà devenu un jeune spectateur du petit écran. La durée de visionnage reste cependant limitée à moins de trente minutes par jour en semaine pour les bambins de 2   ans. «Seuls 8 % des enfants de cet âge regardent plus de deux heures par jour un écran», relève l'auteur de l'étude, Jonathan Bernard, chercheur à l'Inserm.

«Dans les familles où la mère a un bac +2, un enfant sur deux regarde la télévision tous les jours contre quatre enfants sur cinq dans celles où la mère a arrêté ses études avant le bac»

Jonathan Bernard, chercheur à l'Inserm

Si la console de jeux vidéo ne fait pas encore partie de leur vie, certains commencent déjà à se familiariser aussi avec les nouvelles technologies.

À 2 ans, près de 20 % des tout-petits utilisent par exemple une tablette tous les jours ou toutes les semaines. Enfin, un enfant de 2 ans sur dix est exposé quotidiennement au smartphone. Si ces chiffres sont moins alarmants que le constat dressé par les médecins qui évoquent une explosion des troubles du langage, de l'interaction et de l'alimentation chez les plus jeunes, ils doivent cependant être replacés dans leur contexte. En effet, ces données datent de 2013, avant l'arrivée massive de ces outils dans les foyers.

Autre enseignement: l'exposition aux écrans est fortement influencée par l'origine des parents et leur niveau d'études. «Dans les familles où la mère a un bac +2, un enfant sur deux regarde la télévision tous les jours contre quatre enfants sur cinq dans celles où la mère a arrêté ses études avant le bac», explique Jonathan Bernard. «Les enfants dont les parents sont nés à l'étranger sont aussi plus fortement exposés à la télévision et aux tablettes». La taille de la fratrie joue également un rôle car les enfants de familles nombreuses seraient plus consommateurs de smartphones mais moins de jeux vidéo.

«Aujourd'hui, les enfants sont tous devant les tablettes, dans une bulle, dès l'âge de 3 ou 4 mois»

Sylvie Dieu Osika, pédiatre

Tous ces chiffres qui manquaient cruellement au débat permettront de mieux cibler les prochaines recommandations pour les parents. Des données plus récentes, également issues de l'enquête Elfe, sont attendues par la Direction générale de la santé (DGS) avant la fin de l'année. Le gouvernement est interpellé depuis des mois par des professionnels de la petite enfance de terrain qui dénoncent un problème de santé publique majeur et réclament de nouvelles campagnes de prévention adaptée à notre société ultraconnectée. «Les recommandations actuelles sont un peu floues et viennent de plusieurs sources. Il faudrait réfléchir à un message plus clair. Quand on conseille aux parents de limiter les écrans, on ne sait pas exactement de quelle limite de temps il s'agit», a conclu Jonathan Bernard.

«Aujourd'hui, les enfants ne regardent plus la télé. Ils sont tous devant les tablettes, dans une bulle, dès l'âge de 3 ou 4 mois», a interpellé la pédiatre Sylvie Dieu Osika, membre du Collectif surexposition écrans, lors de la présentation de ces résultats. «Certes, j'exerce dans le 93, où il y a des difficultés sociales. Je vois des familles étrangères qui pensent réellement que leur enfant va apprendre le français sur les écrans. Si personne ne leur dit que ce n'est pas vrai, on va se retrouver avec de plus en plus d'enfants en grande difficulté. Il faut entendre les voix de terrain.» «Il ne s'agit pas d'ignorer les messages qui viennent du terrain mais il faut tenir compte de l'ensemble de la population», a tempéré l'auteur de l'étude, soucieux de ne pas culpabiliser les parents qui autorisent un usage modéré des écrans.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 12/09/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici