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GRAND RÉCIT - Pendant près de deux mois, nos envoyés spéciaux ont suivi à la trace l'équipe de France dans sa quête du titre suprême. Récit d'une aventure passionnante au dénouement historique.

Clairefontaine, Saint-Denis, Nice, Lyon, Istra, Kazan, Ekaterinbourg, Moscou, Nijni-Novgorod, Saint-Pétersbourg et encore Moscou. Les étapes ont été nombreuses, le périple inoubliable. Démarrée le 23 mai, l'odyssée bleue s'est achevée le plus tard qu'il était possible, le 15 juillet, et aura transformé ce groupe jeune et ambitieux en une équipe conquérante et impitoyable qui trône désormais sur le toit du monde. Une épopée magique pour ces 23 élus aux liens indestructibles et qui ont fait chavirer tout un pays dans la liesse, vingt ans après les héros de 98. Tout au long de cette aventure, riche et dense, éreintante comme excitante, Le Figaro était aux premières loges pour vous conter la formidable et historique campagne de Russie des Bleus.

23 mai: début de préparation idyllique malgré «l'affaire Rabiot»

La préparation des Bleus débute sous le soleil de Clairefontaine. Tout sourire et impatients de filer en Russie, les Lloris, Griezmann, Mbappé et Giroud sont sur le pont. Préparation physique, mise au point, feuille de route… Le tout dans une bonne humeur même pas altérée par la décision puérile d'Adrien Rabiot, placé sur la liste des suppléants, de ne pas répondre à la demande de son sélectionneur. D'un revers de main, «DD» évacue le sujet d'entrée, face aux médias venus en nombre. «Il a fait une énorme erreur et il n'y a pas de place pour les états d'âme au très haut niveau. À lui d'assumer.» Traduction: ce n'est pas un gamin de 23 ans qui viendra perturber le début de stage. Garant de l'esprit bleu, le capitaine Hugo Lloris nous confie en toute tranquillité: «Les choix du sélectionneur se respectent.» En quelques jours, ce vrai-faux sujet est jeté aux oubliettes par le groupe et la caravane édiatique.

5 juin: Macron mange à la maison et met la pression

Branle-bas de combat au château. À cinq jours du départ des Bleus en Russie, Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, accompagnés de la ministre des Sports Laura Flessel, débarquent au Centre national du football pour le déjeuner. Au menu, de l'espadon et du steak. Et surtout un discours présidentiel à la résonance particulière un mois et demi plus tard. «J'ai vu (contre l'Italie en match de préparation) une équipe qui a renvoyé une image de cohésion. Vous êtes tous d'immenses stars, des vedettes que tous les jeunes attendent. La clé du succès sera l'unité que vous montrerez. L'équipe de France a été grande lorsqu'elle a été unie.» Les mots font mouche. Le président supporter de l'OM repart avec un maillot floqué du n° 24 et promet de venir en Russie les soutenir si les Bleus atteignent le dernier carré. Il réclame aussi une deuxième étoile. «Une compétition n'est réussie que lorsqu'elle est gagnée.» Le message est passé.

13 juin: Mbappé brillant face aux micros, pas encore sur le terrain

La veille, lors du premier et unique entraînement ouvert au public à Istra, un frisson a parcouru la petite tribune du stade de Glebovets quand il s'est tordu de douleur après un tacle d'Adil Rami. Mais Kylian Mbappé sera bien à «100 %» pour le match contre l'Australie trois jours plus tard. Casquette FFF sur la tête, le gamin de 19 ans fait le show en conférence de presse. Et fait face à l'histoire sans trembler. «Le n° 10 ? C'est moi qui le voulais. Il était libre et personne à l'horizon. (Rires.) C'est un numéro historique pour les Français, pour moi, ça ne changera rien. Zidane? Je ne peux pas faire celui qui ne sait pas. Je vis la chose autrement, comme un rêve de gosse. Il faut assumer cette comparaison, même si elle n'a pas lieu d'être», lâche le môme sans bégayer. Les débuts sur le terrain sont moins brillants face aux Australiens (2-1). Exit le 4-3-3 et Dembélé, retour du 4-4-2 et des grognards (Giroud, Matuidi) contre le Pérou (1-0). «Un match déclic», dira plus tard Griezmann. Mbappé se reprend et devient le plus jeune buteur français en Coupe du monde. Mais le meilleur reste à venir.

26 juin: Deschamps s'agace des fuites médiatiques

Si les résultats sont là, la qualité de jeu laisse à désirer, à l'image de la bouillie offerte sous le cagnard moscovite lors du dernier match de poule contre le Danemark (0-0). Signe d'une tension palpable, Didier Deschamps s'agace de voir filtrer des informations dans certains médias, dont Le Figaro, sur la composition de son équipe. «S'il faut faire des huis clos dans une chambre au camp de base…» La technique est classique. Au lieu d'évoquer les limites de son équipe, DD déplace le débat sur un autre sujet. Et transforme aussi ses paroles en actes avec une séance à huis clos au sein même du complexe hôtelier des Bleus, et non plus au stade de Glebovets. Les journalistes, planqués dans les immeubles russes, font chou blanc. Le coup est réussi, l'intimité préservée avant d'affronter l'Argentine de Lionel Messi dans ce qui s'apparente à une quasi-finale avant la lettre. Guy Stéphan, son adjoint l'assure, au lendemain du huitième de finale, «Didier n'était pas tendu». Antoine Griezmann nuance: «Le coach a changé après l'Argentine, la pression est redescendue, ça nous a tous fait du bien.»

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Benjamin Pavard célèbre son but, marqué contre l'Argentine en 8e de finale, le 30 juin, à Kazan. - Crédits photo : PILAR OLIVARES/REUTERS

30 juin: Pavard se prend pour Thuram, Mbappé affole le monde

À Kazan, les Argentins rentrent à la mi-temps au vestiaire dans une ambiance incandescente, deux ou trois crans au-dessus de celle déjà somptueuse vécue à Ekaterinbourg face aux Pérou. Cinq minutes plus tôt, d'une frappe somptueuse, Di Maria a ranimé une Albiceleste d'abord soufflée par la but de Griezmann. Sur un coup de flipper, Mercado assomme les Bleus après la pause. Mais Benjamin Pavard remet son équipe à l'endroit d'une frappe aussi extraordinaire qu'inattendue de la part d'un défenseur. Un missile diabolique, hypnotique, considéré par beaucoup comme le plus beau but du tournoi. «Je vais le regarder toute la nuit», glissera l'héritier de Thuram, des étoiles plein les yeux, après la qualification (4-3). Plus jeune joueur à réussir un doublé dans un match de Coupe du monde depuis Pelé (1958), Mbappé est adoubé par le roi en personne. «Il s'est révélé aux yeux du monde», confie un Lloris un brin estomaqué par le phénomène. Messi, lui, rentre à Barcelone par le premier avion.

6 juillet: Griezmann crucifie ses frères uruguayens

Après la démonstration face à l'Argentine, la pression retombe (un peu) à Istra, même si l'objectif des demi-finales fixé par Noël Le Graët n'est pas encore atteint. Pour détendre l'atmosphère, Adil Rami, pas une minute de jeu au compteur, régale les médias à deux jours des quarts. Bons mots, drôleries et chambrages sont au programme. «Tu crois que je suis ton clown? », envoie-t-il avec le sourire à l'un de nos confrères. Façon aussi pour Deschamps de ne pas perturber ses cadres avec un passage devant la presse. Malin et préventif. Trois jours avant, Griezmann, le plus uruguayen des Français, avait planté le décor de l'affrontement à venir avec la Céleste qui avait écarté le Portugal de Ronaldo, champion d'Europe en titre: «Ce sera un match chiant.» Belle promotion d'une rencontre qui n'en a rien été. Sûrs de leurs forces, monstres de sérénité et de confiance, les Bleus détruisent les Uruguayens (2-0) avec un but et une passe décisive de Griezmann. La machine est lancée et semble inarrêtable. Le Mondial est déjà réussi.

10 juillet: «Titi», Hazard et finale pour les Bleus

Au fil des semaines de vie commune, des habitudes s'installent, les relations s'affinent et la pression retombe. Une situation ressentie chez les Bleus et dans la caravane médiatique. Après la démonstration contre l'Uruguay, la Belgique, tombeuse du Brésil, s'avance et ne semble pas faire peur à cette équipe de France décomplexée. Même la présence de Thierry Henry dans le camp d'en face n'altère pas la confiance ressentie. «On veut montrer à “Titi” qu'il a choisi le mauvais camp», lance Olivier Giroud, sûr de lui. Côté Diables rouges, même sentiment de sérénité. «On va vous battre car notre équipe est plus mature», nous assure un confrère belge venu se perdre à Istra. Raté. Malgré un début de match à couper le souffle d'Eden Hazard, c'est au tour de Samuel Umtiti, après Raphäel Varane contre l'Uruguay, de planter son but et de valider la place en finale (1-0). Ému et heureux de «donner du bonheur aux gens», Didier Deschamps est applaudi par les journalistes à l'issue du match. L'histoire est en marche. La France commence à veiller un peu tard. La magie opère, rappelant 1998.

15 juillet: vingt ans après, la génération Griezmann sur le toit du monde

L'arbitre de la finale Nestor Pitana porte le sifflet à sa bouche. Au bord du terrain, Didier Deschamps, son staff et les douze Bleus du banc trépignent d'impatience. L'air de la libération retentit enfin. Sur la pelouse du stade Loujniki, Pogba et Mbappé n'en croient pas leurs yeux. Ils sont champions du monde. Vingt ans après la génération Zidane, celle de Griezmann monte à son tour sur le toit du monde. Fils préféré d'Aimé Jacquet, Didier Deschamps contemple Hugo Lloris qui soulève le trophée. Cette coupe tant convoitée qu'il avait brandie dans le ciel de Saint-Denis deux décennies plus tôt. Le Basque rejoint Mario Zagallo et Franz Beckenbauer dans le cercle des héros ayant remporté le titre comme joueur et sélectionneur. Ses joueurs, eux, peuvent commencer à faire la fête. Et quelle fête…