Tugdual Derville ...Le Temps de l'homme. Pour une révolution de l'écologie humaine...  (Plon, juin 2016, 320 p., 17,90 €).

 présentation du livre par Gérard Leclerc
Publié le 03/08/2016 à 17h15

L'écologie est plus qu'à la mode. Fort heureusement, car la cause vaut beaucoup mieux que certains de ses leaders proclamés. Elle est même impérative pour toutes les raisons que l'on sait. Mais l'écologie pose un problème singulier. Au-delà de ses sectes les plus extrémistes, elle a mis l'homme en procès pour crime envers la nature. L'homme, ce pelé, ce galeux dont vient tout le mal… Le procès n'est pas illégitime, il pèche néanmoins par défaut ou insuffisance. Car le coupable est aussi victime.

 L'ouvrage vient d'être publié et s'impose comme un fanal lumineux au milieu de tous les défis de notre temps.

 Victime de lui-même, sans aucun doute, mais victime de plus en plus en péril dans la mesure où le saccage dénoncé le vise de plus en plus directement dans son intégrité physique et morale. De cela, la plupart des écologistes patentés n'ont cure. Ils sont souvent parmi les premiers à militer, au nom de prétendues conquêtes sociétales, en faveur de ce qui détruit le plus implacablement le cœur même de notre humanité. Qu'il s'agisse de PMA, de GPA, d'euthanasie, ils combattent, à quelques exceptions près, pour la déshumanisation accélérée de notre espèce, sans comprendre à quel processus infernal ils se sont enchaînés. Processus magistralement démonté par Tugdual Derville dans Le Temps de l'homme. Pour une révolution de l'écologie humaine (Plon). L'ouvrage vient d'être publié et s'impose comme un fanal lumineux au milieu de tous les défis de notre temps.

 Que nous dit-il d'essentiel? «De toutes les façons, nous n'avons plus le choix: la révolution bio-technologique place l'humanité au pied du mur. Pour se préserver de la dénaturation, l'homme doit maintenant se définir. Il lui faut comprendre son identité pour y consentir et s'humaniser davantage. Cela suppose de résister aux nouvelles sirènes scientistes. Car leur chanson, devenue tonitruante, annonce une “redéfinition de l'homme”. Nous ne contesterons ni la science, ni la technique, ni la médecine qui sauvent tant de vies. Mais peut-on laisser les richissimes multinationales du web devenir plus puissantes que les États eux-mêmes dans leur prétention à remodeler l'homme, jusqu'à imaginer de le rendre immortel? Comment préserver l'humanité d'une dissolution dans l'absolutisme technologique?» Certes, Tugdual Derville a eu des prédécesseurs dans la dénonciation prophétique de ce que Günther Anders appelait l'obsolescence de l'homme. Mais nous sommes parvenus à cette phase ultérieure où l'hubris technicienne convoite le mythe du cyborg et où Günther Anders se voit confirmé dans la plus tragique de ses hantises.

 Dès lors, la priorité de définir une écologie humaine s'affirme comme une nécessité absolue. Dès lors, la priorité de définir une écologie humaine s'affirme comme une nécessité absolue. Et c'est peut-être aux écologistes qu'il revient d'abord d'en prendre conscience, en franchissant un degré supplémentaire. Ontologique, si l'on veut. Il y a une spécificité de l'humain à reconnaître, sans se tromper. Il ne s'agit nullement de réduire l'homme à la nature, dont il ne saurait émerger comme un simple chaînon de l'évolution. Il est à lui-même son propre oikos, sa propre demeure, qu'il faut explorer avec l'attention adéquate. C'est cette attention extrême en même temps que délicate, que Tugdual Derville exerce avec sagacité et précision. Son langage n'est pas celui d'un philosophe, il n'en obéit pas moins à toutes les requêtes d'une phénoménologie dont le langage restitue la chose même, notre humanité la plus vivante et parfois la plus fragile. Ce faisant, il s'oppose de front à la mentalité qui, faisant de tout un objet de construction, soutient puissamment le projet d'assujettissement de l'humain par la technique.

 La sexualité constitue aujourd'hui un des plus vifs enjeux de l'écologie humaine, car l'idéologie du genre, qui entend l'abstraire de ses conditions charnelles en l'érigeant en artefact pseudo-culturel, précipite sa chute irrémédiable. Le délire constructiviste produit ainsi ses pires ravages: «Car la relation sexuelle - celle qui engage le corps, le cœur et l'âme dans un présent d'éternité - est l'acte qui célèbre l'humanité avec le plus d'éclat. Chez l'homme, le sexe relève du sacré. Il combine, au naturel, l'intimité la plus profonde entre deux êtres et l'ouverture à la vie.» Inutile de dire que nous sommes au centre d'une lutte inexpiable, où l'État socialiste a pris parti de la façon la plus idéologique pour «la dénaturalisation du genre, de la sexualité et de la famille», s'exposant ainsi à un formidable mouvement de fond, qui n'a pas fini de produire ses effets en chaîne.

 À un projet qui est aussi d'ordre politique, il faut une stratégie, un enracinement populaire, des positions offensives.

 D'où justement le projet révolutionnaire, constructif d'une écologie humaine. Mais à un projet qui est aussi d'ordre politique, il faut une stratégie, un enracinement populaire, des positions offensives (non pas pour faire du mal mais pour créer du lien). Le mérite de celui que dessine Tugdual Derville est de s'intégrer à ce que Maurice Clavel appelait le mouvement de la vie, dans ses plus beaux fleurons. Il utilise à ce propos une métaphore très suggestive, celle du mycélium - «ce réseau de fines racines interconnectées» qui innerve l'humus de nos campagnes et permet l'efflorescence des champignons les plus savoureux. Le mycélium de l'écologie humaine est à la pointe de la créativité sociale. Il est à l'origine «d'une multitude d'initiatives destinées à sortir de l'isolement et de l'exclusion les personnes concernées par le handicap, celles qui survivent dans la rue, les personnes âgées seules, les femmes enceintes abandonnées, les enfants maltraités, les personnes en fin de vie…». Drôle de troupe révolutionnaire? Bien sûr, mais elle entraîne d'autres solidarités, de proche en proche. Elle a le mérite précieux de sauvegarder et faire grandir ce qu'il y a de meilleur et de plus fécond en nous. Il faut lire, d'urgence, Tugdual Derville! Il nous offre les clés en or d'un avenir où il n'est plus question de l'obsolescence de l'homme.

 

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Tugdual Derville: >>>>«Le transhumanisme nous entraîne dans un scénario totalitaire»


PROPOS RECUEILLIS PAR ELEONORE DE VULPILLIERESSes autres derniers articles

Tugdual Derville est une personnalité française du monde associatif connue pour son implication dans l'accueil d'enfants en situation de handicap. Il est délégué général de l'association Alliance VITA, ancien porte-parole de La Manif pour tous et co-initiateur du Courant pour une Écologie Humaine. Son dernier livre, Le temps de l'Homme , pour une révolution de l'écologie humaine, vient de paraître aux éditions Plon.

LE FIGARO. - Le Conseil d'Etat a autorisé, mardi 30 mai, le transfert, en Espagne, du sperme du mari défunt d'une femme en vue d'une insémination post-mortem, et ce au nom du respect de leur projet de conception d'un enfant. Que cette décision vous inspire-t-elle?

 

Tugdual DERVILLE. - C'est le type même de rupture anthropologique qui confirme l'alerte que lance Le temps de l'Homme. Dès qu'on s'affranchit des trois limites inhérentes à l'humanité - le corps sexué, le temps compté et la mort inéluctable, on aboutit à une folie. Ici, on exige de concevoir un enfant déjà orphelin de père. Voilà comment notre société bascule vers la toute-puissance: en démolissant les murs porteurs de notre humanité, toujours au dépend des plus fragiles. L'alibi utilisé est celui de la souffrance d'une femme qui a perdu son mari. Mais, ainsi que j'ai pu le constater par moi-même en accompagnant de nombreuses personnes endeuillées, seul le consentement au réel permet la vraie consolation. Engendrer des enfants à partir des morts fait entrer l'humanité dans une ère de confusion généalogique. La «tyrannie du possible» génère une société atomisée, d'individus errants, sans racines.

 En quoi l'écologie humaine est-elle un service vital à rendre pour l'humanité?

 L'écologie humaine vise à protéger «tout l'homme et tous les hommes»: c'est-à-dire l'homme dans toutes ses dimensions et les hommes dans leur diversité, des plus forts aux plus fragiles. C'est un humanisme intégral. Son domaine d'application s'étend à toutes les activités humaines, de l'agriculture à la culture, en les reliant par un même souci: servir l'homme. Personne ne doit être traité ni comme un objet, ni comme une variable d'ajustement. L'écologie humaine est le défi du millénaire parce que l'homme a réussi à mettre le doigt sur la vie. L'embryon transgénique n'est pas loin. La responsabilité de l'humanité n'est plus seulement de léguer aux générations futures une planète habitable ; il nous faut transmettre aux hommes de demain les repères anthropologiques et désormais «génétiques» dont nous avons tous bénéficié.

 C'est une urgence anthropologique, car la nature humaine est menacée d'autodestruction. Nous risquons la généralisation du processus inconscient d'exclusion du bouc-émissaire décrit par René Girard. Il explique déjà notre eugénisme: les personnes porteuses de handicap étant considérées comme source de malheur, subissent une exclusion anténatale destinée à trouver la paix. En réalité, c'est une guerre permanente qui est déclarée aux plus fragiles. Après avoir sélectionné les hommes par l'eugénisme, les scientistes rêvent de sortir l'homme de sa condition par le tanshumanisme. Ils pensent que l'homme doit à tout prix échapper à sa condition humaine, à sa part de fragilité comme aux limites qui le frustrent. C'est le nouveau fantasme prométhéen. Il faudrait aboutir à un homme tout-puissant, un homme-Dieu. Ce serait une deshumanisation de masse car la vulnérabilité est une valeur d'humanité.

 Nous nous trouvons dans un scénario totalitaire, proche du Meilleur des mondes. Livrée à la technique, l'étatisation de la maternité serait liberticide. La visée transhumaniste est d'ailleurs extrêmement élitiste : ce prétendu progrès serait réservé aux sociétés opulentes. Les pauvres resteraient à quai.

 Pourquoi estimez-vous que la maternité est menacée?

 Je décris d'abord la gestation comme notre expérience universelle et originelle, d'une richesse inouïe. Elle est à la source de l'anthropologie du don qui structure toute la société. Certains «déconstructeurs» prophétisent son abandon. Au nom de l'égalitarisme du genre, ils faudrait libérer les femmes de la maternité corporelle, considérée comme une aliénation. La gestation pour autrui est une première attaque qui éclate la maternité entre deux voire trois femme: génitrice, gestatrice et éducatrice. Etape ultérieure, l'utérus artificiel ferait enfin disparaître la distinction entre les sexes. Nous nous trouvons dans un scénario totalitaire, proche du Meilleur des mondes. L'étatisation d'une maternité livrée à la technique serait liberticide. La visée transhumaniste est d'ailleurs extrêmement élitiste: ce prétendu progrès serait réservé aux sociétés opulentes. Les pauvres resteraient à quai.

 Heureusement, la «barrière de complexité» du réel vient contredire les fantasmes prométhéens simplistes. La «mécanique» humaine est infiniment plus complexe que celle d'un ordinateur. L'intelligence artificielle a certes accompli des prouesses… Mais l'homme n'est pas qu'un cerveau, il est aussi un corps, en relation avec son environnement, et un mystère… En témoigne la complexité de ce qui se joue entre la mère et celui qu'elle porte: transmissions épigénétiques, interactions biologiques et psychologiques... La vie intra-utérine a une influence majeure sur la mère et sur l'avenir de son enfant.

 Contrairement à ce que disent les promoteurs de la gestation pour autrui, il est insensé d'organiser une séparation précoce, pour la seule satisfaction de désirs d'adultes, entre un enfant et celle qui l'a porté neuf mois. Il peut arriver des drames, des décès accidentels. Ce qui est terrible, dans le cadre des mères porteuses, c'est que la rupture est programmée.

 Comment la famille, que vous envisagez en écosystème, a-t-elle été fragilisée? Quelles solutions proposez-vous pour la préserver?

 La famille représente l'écosystème de base. Quand l'homme naît, il ne débarque pas dans la nature mais en premier lieu dans une culture, qu'on nomme maternelle, et qui commence par une culture du soin et de l'amour. Cet écosystème familial est à l'origine de toute société. Le village est une famille de familles. Le «pays», au sens de territoire de proximité, est une famille de familles de familles… Notre nation met à l'honneur le beau mot de «fraternité» dans sa devise: il manifeste combien le lien familial est la référence première de toute vie en société. Je ne nie pas qu'il puisse également être un lieu de souffrance.

 Aujourd'hui, malgré les fragilisations qu'elle a subies, la famille résiste: encore 70 % des Français mineurs vivent avec leurs deux parents. C'est un repère plébiscité par les français: 80 % considèrent qu'un enfant a besoin, pour son meilleur épanouissement, de vivre avec son père et sa mère. Il n'est pas juste que les politiques érigent en modèles équivalents certains types de configurations issues d'une rupture ou d'un deuil toujours douloureux. La séparation des parents reste une source de souffrance pour tout enfant. Najat Vallaud-Belkacem peut bien dire le contraire, en laissant entendre devant des collégiens que le divorce ne les fait plus souffrir… C'est un déni d'écologie humaine.

 Comme Lionel Jospin, il faut rappeler que l'humanité est faite d'hommes et de femmes. C'est cette parité fondamentale qui est à défendre. En Grande-Bretagne, il est désormais légal de concevoir artificiellement un enfant à trois parents, l'enfant d'un homme et de deux femmes, dont l'une «donne» son ADN mitochondrial. On casse un repère anthropologique structurant. La parité homme femme, que les déconstructeurs veulent abolir, doit être protégée dans l'engendrement.

 La compulsion libertaire a engendré beaucoup de souffrances familiales, en ridiculisant notamment la fidélité sexuelle. Elle reste pourtant une valeur précieuse pour la majorité des français. Mai 68 a consacré la précarité affective, surtout au dépens des femmes et des enfants, laissant accroire que ses formules adolescentes comme «jouir sans entraves» ou «il est interdit d'interdire» libéraient. En réalité, la régulation des désirs, même les plus légitimes, est indispensable pour instaurer une société de confiance, de sécurité et de protection des faibles.

 Je montre dans Le temps de l'Homme jusqu'où va la logique des déconstructeurs qui n'hésitent pas à plaider pour que sautent les «derniers tabous sexuels» de l'inceste à la zoophilie. Au fond, c'est l'abolition de tous les repères, l'arrachage de toute les racines et la liquéfaction de la société qu'il faudrait acter. La révolte anthropologique est légitime.

 Depuis de nombreuses années, dans l'humus de la société française, veillent des résistants à la pensée unique, engagés au service de la Cité. Loin des projecteurs médiatiques, ils conduisent une révolution silencieuse.

 A l'heure où le déclinisme est répandu dans notre pays, vous voyez en la France une terre «rebelle», propice à l'écologie humaine. Pourquoi?

 C'est le paradoxe français: le pays de la déconstruction a entamé, ces dernières années, son réveil anthropologique. Des universitaires français connus dans le monde entier, comme Jacques Derrida, ont été jusqu'au bout dans la logique libertaire. Ce dernier, qui plaidait, peu avant sa mort, pour le mariage entre personnes de même sexe, estimait dans le même temps que le mariage devrait être aboli! Le méthode est celle des petits pas et du Cheval de Troie qui envahit l'institution, de l'intérieur, pour la détruire.

 Pourtant, la France est aussi le pays de la dignité et de la personne, et d'une exception bioéthique qui récuse toute marchandisation du vivant: les éléments du corps humain sont hors commerce. L'utilitarisme et la marchandisation du vivant qui sévit dans les pays anglo-saxons et dans certaines régions pauvres n'ont pas encore contaminé notre pays. Le Conseil d'État l'a exprimé à propos de la GPA en rappelant que la France ne devait pas «s'aligner sur le moins-disant éthique». Autre exemple, la France conserve, au nom de la dignité humaine, une position abolitionniste en matière de prostitution. La résistance à la gestation pour autrui se fait d'ailleurs entendre partout sur l'échiquier politique, de Marie-Jo Bonnet, fondatrice des gouines rouges, à Sylviane Agacinski, et du CORP, le collectif pour le respect de la personne ancré à gauche, à l'appel international No maternity traffic, également né en France.

 Plus généralement c'est pour ainsi dire, «l'âme de la France», issue de son histoire, qui lui confère son étonnante résilience. Depuis de nombreuses années, dans l'humus de la société française, veillent des résistants à la pensée unique, engagés au service de la Cité. Loin des projecteurs médiatiques, ils conduisent une révolution silencieuse. Ce qui se vit est plus important que ce qui se voit. C'est leur énergie qui s'est exprimée lors des grandes manifestations de 2013 contre la loi Taubira.

 La puissance créatrice de la résilience est propre aux sociétés traumatisées. Nous avons donc vu se lever une génération nouvelle, porteuse d'espérance, éprise du bien commun. Elle participe au retournement culturel. Ce processus est enclenché et c'est déjà une promesse de victoire. Cependant, alors que l'idéologie de Mai-68 était jeuniste, cette transformation mobilise et intègre toutes les générations. Le mouvement social a produit la «montée en compétence démocratiques» de milliers de personnes, de tous âges, qui travaillent désormais à transformer le monde par leurs initiatives au service de la personne. Elles foisonnent partout en France: initiatives humanitaires, culturelles, éditoriales, fondations d'écoles... Ce mode de fonctionnement est aux antipodes de celui de groupuscules adeptes des provocations médiatiques. Loin de la vaine agitation, se tisse sur le long terme, la société d'écologie humaine dont les Français ont besoin.

 Le projet transhumaniste vise à créer un super-homme, un homme supérieur, fusion de chair et de machine.

 Le projet de l'homme augmenté est-il un fantasme fou?

 L'homme augmenté, le trans-humain, l'homme génétiquement modifié ne sont que l'actualisation du mythe d'Icare, dont l'issue est programmée: un crash meurtrier. La seule différence c'est que nous sommes tous concernés, désormais.

 Le projet transhumaniste vise à créer un super-homme, un homme supérieur, fusion de chair et de machine. Il est lié à la progression exponentielle de la connaissance dans quatre domaines, nano-technologies, biochimie moléculaire, informatique et neuro-sciences. Au cœur de ce fantasme réside le refus de toute idée de transcendance, l'enfermement de la raison dans le rationalisme. C'est un nouvel obscurantisme. Pour assouvir ce fantasme, on ouvre la boîte de Pandore du scientisme qui s'exerce contre l'homme, notamment au travers de l'expérimentation sur l'embryon conçu in vitro, qui est vivant mais traité comme une chose. Les velléités transhumanistes sont portées par un dogme matérialiste et utilitariste véhiculé par les grandes firmes internationales de l'Internet, qui les financent à hauteur de milliards de dollars. Ces desseins échappent à la régulation des Etats. Le monde politique en France a les yeux rivé sur le court terme, les échéances électorales rapprochées, alors que l'urgence est à la gouvernance du long terme. Il n'a ni vision globale de l'humanité, ni anthropologie ajustée. Il nage, impuissant, au milieu du gué dans des tropismes économiques ou sociaux qui n'ont pas de sens si l'on ne sait pas qui est l'homme.

 Il est nécessaire que le pouvoir politique se saisisse du défi transhumaniste comme de l'enjeu vital du millénaire. Ce défi biopolitique est plus essentiel et crucial encore que l'enjeu climatique. L'avenir de l'humanité en dépend.

 Réguler la science par l'éthique est un impératif vital. Il ne s'agit pas de récuser les avantages des magnifiques découvertes scientifiques et médicales. Mais, de même que l'enfant qui acquiert de la masse musculaire apprend à s'abstenir de frapper les plus faibles, de même nous devons nous abstenir d'une toute-puissance infantile quand nous touchons à la nature de l'homme.

 Quelle peut être l'influence du pouvoir politique sur la promotion de l'écologie humaine? A l'heure de la mondialisation et de la marchandisation du vivant, n'est-il pas illusoire d'en attendre une réaction?

 L'écologie humaine est un principe de réalité qui s'imposera aux politiques comme une évidence. Elle est en soi un dessein politique, au sens noble du terme, car il s'agit de servir un humanisme intégral dans tous les domaines de nos activités, sans exclure aucun homme, et en intégrant toutes les dimensions de l'homme, physique, psychique, intellectuelle et spirituelle. Evidemment plus il y aura de personnes conscientes de ces enjeux à s'engager en politique, plus l'écologie humaine progressera.

 Mais chacun peut s'assumer dès aujourd'hui comme un responsable politique, agissant pour la justice dans ses domaines de compétence, un entrepreneur de l'humanitaire, prenant des initiatives pour les personnes qui sont sous son regard, et un travailleur social, capable de prendre soin de ceux qui ont besoin de lui. Nous partons de la proximité et des liens entre les personnes et leurs activités pour aborder, de façon réaliste, les dimensions sociales, économiques, culturelles et politiques. En assumant le «principe de subsidiarité», nous récusons la dérive individualo-collectiviste qui voit la société comme une collection d'individus autonomes soumis à une technocratie qui les déresponsabilise.

 Dans Le temps de l'Homme, je me réfère à une formule de Václav Havel: «la vie dans la vérité». Le pouvoir politique est vain s'il est fondé sur les clivages artificiels, les guerres d'égos, les postures éphémères et les slogans simplificateurs sans se référer à une vérité objective sur l'homme. Chacun d'entre nous a heureusement la capacité de changer la donne, en se reliant à d'autres pour assumer la complexité des défis posés par la vie en société. L'enjeu est de construire par la base la société de la confiance dont les français ont soif. L'écologie humaine est finalement «métapolitique»: car la politique n'a pas de sens, si elle n'est pas faite «à hauteur d'homme» pour aider chacun à prendre sa juste place dans la société. Il faut cesser d'attendre l'homme providentiel. Notre pays aime les idées, les grandes théories, mais il a besoin de leaders humbles. Il est nécessaire de «descendre en humanité». Ce qui gangrène la vie politique actuelle, c'est le relativisme et le mépris de la vérité. Au bout du compte, le changement culturel interviendra avant le changement politique

 

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