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ARTICLES

  • 17) .... En 2017, six bébés sur dix sont nés hors mariage en France 2018-09-04
  • 16) .... LES FRANCAIS PEUVENT-ILS ENCORE SE REVOLTER ? 2018-09-01
  • 15) .... Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos...
  • 14) ....«Macron représente un monde en perdition» : François Asselineau réagit à l'affaire Benalla (VIDEO) 24 juil. 2018,
  • 13) .... La prostitution des mineures, un fléau grandissant qui avance masqué
  • 12) .... Alzheimer, le grand leurre
  • 11) ... À Francfort, un raz-de-marée de SUV. La grand-messe automobile de la rentrée confirme le formidable essor de ces véhicules de loisirs dominant la circulation.
  • 10) ... Le sexe avec des robots, c’est pour demain ? On connaît le monstre imaginé par Mary Shelley dans Frankenstein ou le Prométhée moderne, ou encore Der Zauberlehrling (L’Apprenti sorcier) de Goethe, qui montrent comment l’homme peut être dépassé par sa création. Avec les progrès extraordinaires de la robotique et de l’intelligence artificielle, on s’interroge – et pas seulement dans des récits de science-fiction – sur les risques de voir un jour les robots prendre le dessus sur les hommes.
  • 9) .... Maëlys, âgée de 9 ans, a disparu dans la nuit ..... de samedi à dimanche alors qu'elle assistait avec ses parents à une fête de mariage à Pont-de-Beauvoisin, dans l'Isère. La gendarmerie a déployé des «moyens conséquents» pour la retrouver. ...........Kim Wall .....découverte, lundi, du tronc mutilé de la journaliste suédoise Kim Wall, en baie de Køge. La journaliste indépendante de 30 ans a disparu, le 10 août, dans le détroit de l'Öresund, entre Danemark et Suède, alors qu'elle effectuait un reportage sur le submersible privé UC3 Nautilus et son concepteur, Peter Madsen.
  • 8) ....Le désir et ses stratégies discursives dans les littératures française et québécoise au féminin,

    1995  ...... ............... le désir comme un jeu de maîtrise où les amants se possèdent et se perdent sans se détruire .................

  • 7) ....  des assistants sexuels pour les handicapés .....Depuis 2015, l'autre association, l'Appas a formé 43 personnes, âgées de 23 à 73 ans, à un accompagnement «intime, sensuel et sexuel». Parmi eux, 40 % d'hommes. Face à cela, elle a reçu 650 demandes. Seulement 7 % venant de femmes. Âge moyen: 35 ans. ...«Le but est d'accompagner ces personnes dans la connaissance de leur corps et du corps d'un autre»

  • 6) ....*****  Michel Houellebecq et la notion de « sélection sexuelle » .....cette « lutte pour la sexualité » en zone libérale est productrice de deux caractères antithétiques (et plutôt pathétiques dans l’ordre du romanesque) : le gagnant et le perdant, celui qui a un accès facile à la sexualité, et celui qui n’y a pas accès. La plupart des personnages créés par Michel Houellebecq sont résolument des perdants sur le plan de la sélection amoureuse, vivant cette « misère sexuelle » sur des fonds de névroses très divers.
  • 5) Quel est celui que l'on prend pour Michel Houellebecq ? La parution du Cahier de L'Herne consacré à l'auteur de Soumission permet de mieux connaître l'écrivain le plus célèbre et le plus méconnu de son époque, estime le critique littéraire du Figaro, Sébastien Lapaque.
  • 4) .... VIDEO HOUELLEBECQ ...." ces amours qui ratent de peu "........              
  • 3) ....par Michel Onfray : .... Pour le meilleur et pour le pire, Mai 68 a aboli le sens et ce qui faisait sens. Or, l'islam propose un retour du sens et de ce qui fait sens dans un monde dépourvu de sens. Il se peut que ce soit un sens insensé, mais peu importe: il suffit à combler ceux qui sont en déshérence existentielle ou en errance ontologique. D'autres sens insensés ont fait sens - le marxisme, le fascisme, le léninisme, le maoïsme, le guévarisme, le structuralisme, le lacanisme, etc. Pourquoi pas ce nouvel insensé dans une époque où le besoin de consolation est impossible à rassasier?
  • 2) ....Ce sont des métaphores inédites. Qui se demande si l'écrivain est pour ou contre les horreurs que racontent ses personnages doit se souvenir de cette réponse faite par François à Myriam dans Soumission (2015): «Je ne suis pour rien du tout, tu le sais bien.» Ou uniquement pour exaspérer les imbéciles, comme disait Léon Bloy.
  • 1) .....Prophète désenchanté des lendemains glaçants, Michel Houellebecq est, parfois, accusé d'être réactionnaire. Il est, définitivement, beaucoup mieux que cela: antimoderne.

CORRELATS

Que se passe t-il dans la tête des intégristes, qu’ils soient politiques, religieux ou philosophiques ? Quels sont leurs symptômes ? Quelle est leur problématique ?

Les intégristes parlent beaucoup de sexualité et toujours de façon négative comme si le sexe était intrinséquement mauvais. Leur obsession, c’est le sexe. Et c’est logique dans la mesure où se sont avant tout des êtres frustrés. Chez eux, la frustration, c’est le manque de puissance, plus exactement, le sentiment de manquer de virilité. Les intégristes ont un problème avec leur propre virilité. L’intégriste confond d’ailleurs virilité et brutalité. Il a besoin d’être brutal, c’est-à-dire de dominer, de mépriser l’Autre pour se sentir viril. Par un phénomène de surcompensation, ce mode de fonctionnement est le même chez tous ceux qui se sont installés dans des certitudes. Tous les idéologues ont la même représentation de l’histoire. Celle-ci est considérée comme un combat terrible qui grâce au Graal, qu’ils sont certains d’avoir trouvé, se termine par la victoire apocalyptique des bons sur les méchants.  >>>>>> suite cliquez sur le lien ci-dessus

 

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Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos...

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Les éditions Le retour aux sources viennent de publier un essai de Christian Combaz intitulé Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos. Romancier et journaliste, Christian Combaz est notamment l'auteur de Gens de Campagnol (Flammarion, 2012). Il poursuit d'ailleurs sur TV Libertés ses Chroniques de Campagnol.

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" « Il n’y a pas de suicides, il n’y a que des meurtres » Elsa Triolet

Voilà un bref essai, incisif et brillant, sur les questions et les personnages les plus contemporains. L'anecdote, toujours documentée (on croise Pierre Bergé, François Hollande, Nicolas Sarkozy et toute la haute pègre de l'édition, du journalisme, de la politique et de la diplomatie), est toujours au service d'une réflexion, ce qui éloigne ce livre du genre du pamphlet et conduit le lecteur à réfléchir sur les mafias qui le gouvernent. Ce n'est guère amusant, on sent poindre la catastrophe, mais personne, dans ce personnel dirigeant, n'a demandé notre avis d'électeurs sur l'essentiel des décisions prises de 1980 à nos jours… Cette France-là c'est celle du Splendid, de Canal Plus, d'Attali, de BHL... et désormais de Macron. C'est la France qui déteste la tradition et l'histoire, c'est la France qui n'aime que les Américains et le commerce, c'est la France qui collabore avec le plus offrant même s'il promet la ruine, c'est la France multiculturelle qui laisse entrer n'importe qui et qui fait n'importe quoi. À travers le récit d'expériences vécues, l'auteur nous présente l'évolution et la situation de la France, qui n'a, pour lui, rien d'un suicide mais tout d'un meurtre ! 

Ce livre qui montre que Macron est l'âme damnée d'une machine à décerveler les nations, capable d'absoudre la barbarie et les appels au meurtre des rappeurs de Sexion d'Assaut au nom du commerce devait paraître à un mois des élections présidentielles 2017. Contrat signé, félicitations de l'éditeur, mais soudain courriel glacé à une semaine de l'imprimerie, « gardez l'argent je ne publie pas votre livre ». L’auteur tente alors l’aventure de l’autoédition en juin 2017 : Après une semaine sur un site de vente en ligne populaire, le livre est classé numéro un des ventes toutes catégories confondues, devant le livre de Macron lui-même. C'est bien fait et ce n'est pas fini : les éditions Le retour aux sources vous proposent cette nouvelle version actualisée et augmentée de plusieurs chapitres. 

Cette édition d'un livre censuré qui a tenu le sommet des ventes, tous titres confondus, sur Amazon pendant quatre semaines l'été dernier est aujourd'hui réédité en version actualisée avec cinq nouveaux chapitres qui annoncent le réveil brutal de la France ! "

 

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À Francfort, un raz-de-marée de SUV

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La grand-messe automobile de la rentrée confirme le formidable essor de ces véhicules de loisirs dominant la circulation.

Les SUV et autres crossovers vont-ils finir par faire main basse sur le marché? Un scénario plausible à l'aune du dynamisme de ce segment. Et les analyses prévoient même une accélération dans les années à venir. Certains constructeurs ont mieux estimé que d'autres l'ampleur du phénomène et anticipé ce qui s'apparente à une révolution. D'autres tentent à marche forcée de s'immiscer dans la course avec de nouveaux modèles répondant aux aspirations de la clientèle. Ces véhicules, appartenant pour l'essentiel aux segments des citadines et des compactes, profitent de la tribune que représente le Salon de Francfort pour effectuer leurs premiers pas.

Dacia Duster, plus nouveau qu'il n'y paraît

Difficile de toucher à un modèle devenu une icône, d'autant qu'il participe pour beaucoup à la rentabilité de la marque. Le nouveau Duster ne conserve pas un élément de carrosserie de son prédécesseur. Pour autant, la filiation apparaît comme une évidence. L'impression générale est celle d'un design plus abouti. Alors que le Duster original avait tout d'une Sandero bodybuildée, cette deuxième génération affirme son statut de SUV. La calandre s'affirme en s'étirant jusqu'aux feux, accentuant ainsi l'impression de largeur. Le pare-brise est plus incliné et avancé de 100 mm. Ajoutez des skis de protection de couleur chrome satiné, une ceinture de caisse plus haute, des enjoliveurs d'ailes noirs, de robustes barres de toit en aluminium et des roues de plus grand diamètre (17 pouces), et vous obtenez une véritable silhouette de baroudeur. Ce nouveau Duster est toujours construit à partir de l'économique plateforme B Zero, celle de la Logan de 2004. Les cotes de la carrosserie, l'habitabilité et la masse évolueront peu. Les motorisations et les transmissions, à deux et quatre roues motrices, resteront identiques à celles utilisées cette année. Reste le traitement de l'habitacle et le niveau d'équipement, et Dacia annonce, là encore, beaucoup d'améliorations. Pour les découvrir, il faudra patienter jusqu'à l'ouverture du salon, la semaine prochaine.

Stonic et Kona, les cousins coréens

Sans une offre complète de voitures de loisir, Kia et Hyundai ont compris qu'ils ne pourraient pas peser sur le marché. C'est ainsi qu'en Allemagne ils dévoilent respectivement le Stonic et le Kona, des SUV urbains destinés à barrer la route des Citroën C3 Aircross, Peugeot 2008 et Renault Captur. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces deux véhicules ne reposent pas sur la même plateforme. Principale conséquence: seul le Kona pourra recevoir la transmission intégrale. Il est aussi 30 mm plus long (4,17 m) que son cousin et moins élégant. Lancés d'ici la fin de l'année, ces deux véhicules partageront toutefois un 3-cylindres 1 litre essence turbo de 120 ch et un 4-cylindres diesel de 1,6 litre. Ce dernier pourra être porté à 136 ch et associé à une boîte à double embrayage à 7 rapports sous le capot du Kona.

Bien avant de passer sous pavillon français, Opel avait déjà prévu de collaborer étroitement avec PSA afin d'élargir son offre de SUV. Après un Crossland X dérivé du Citroën C3 Aircross, la marque allemande présente à Francfort un Grandland X développé à partir du Peugeot 3008. En utilisant comme base technique la nouvelle référence du segment, Opel marque une vraie rupture avec un Antara par trop asiatique et se donne les meilleures chances de percer en Europe. Comparé au 3008, le Grandland X se distingue par une robe et un intérieur plus classiques qui tendent à le ranger parmi les crossovers, classement confirmé par une transmission à deux roues motrices. Côté motorisations, Opel se contente, pour l'heure, d'un programme minimum. L'offre se résume au 3-cylindres 1,2 litre turbo essence THP 130 et au 4-cylindres 1,6 litre turbodiesel HDI 120, ces deux mécaniques pouvant être livrées, au choix, avec une boîte manuelle ou automatique à 6 rapports. Les premières livraisons interviendront en octobre prochain. Le tarif, hors options, s'échelonnera de 25.600 € à 35.300 €.

En Europe, le Honda CR-V passe quasiment inaperçu. L'an dernier, il fut pourtant le deuxième SUV compact le plus vendu au monde, derrière le Nissan X-Trail et devant le Toyota RAV 4. Au fil des générations, ce modèle, né compact, s'est allongé pour répondre aux attentes du marché américain, ce qui explique sans doute la désaffection des Européens à son égard, qui lui préfèrent volontiers le HR-V. Notre marché attendait aussi la motorisation hybride que Honda réservait ces dernières années à son marché national. La cinquième génération de CR-V va enfin combler cette lacune. Le CR-V, cinquième du nom, qui sera commercialisé en Europe l'an prochain, sera propulsé par le 1,5- litre turbo essence inauguré par la Civic, avec laquelle il partage sa plateforme. Mais, il sera aussi, pour la première fois de sa longue carrière, proposé avec une chaîne de traction hybride. Le système baptisé i-MMD, pour Intelligent Multi-Mode Drive, combine un 4-cylindres 2 litres essence à cycle Atkinson avec deux moteurs électriques, le premier assurant la propulsion, le second la recharge de la batterie. La puissance totale devrait s'établir aux environs de 200 ch.

Dans le groupe Volkswagen, le SUV se conjugue à toutes les tailles. Les marques satellites multiplient les lancements, au point parfois qu'on y perd son latin. Seat enrichit sa gamme d'un véhicule de 4,14 m. Perçu comme la version surélevée de l'Ibiza, l'Arona peut se targuer de disposer d'une position de conduite rehaussée de 52 mm et de débattements de suspensions accrus de 15 mm. Ce véhicule, qui entend surfer sur la vague des modèles citadins, ne sera pas disponible avec les quatre roues motrices. Sous le capot, on retrouvera les dernières mécaniques du groupe VW vues sur l'Ibiza et la Polo. Comme l'Arona, la Skoda Karoq repose sur la plateforme MQB. Proche en style de son grand frère Kodiaq, ce nouveau modèle remplace le Yéti et partage ses dimensions avec le Seat Ateca. Ce modèle, qui défend l'attractivité du rapport prix/prestations cher à Skoda, proposera en option une instrumentation digitale. Parmi les petites attentions que la marque tchèque déploie, on note des sièges arrière chauffants, coulissants et extractibles, une recharge de smartphone par induction et un hayon motorisé. Le Karoq sera lancé fin novembre avec un 3-cylindres 1 litre TSI de 115 ch et un 4-cylindres 1,5 l TSI de 150 ch à désactivation de cylindres.

Jaguar se conforme à l'air du temps et suit les traces de ses concurrents, notamment Porsche, qui a changé de dimension et a assuré sa pérennité grâce à ses Cayenne et Macan. À l'instar de la firme allemande, le félin n'a l'intention ni de renoncer à ses gammes traditionnelles de grandes routières et de sportives ni de laisser ses rivaux s'emparer du marché lucratif des véhicules de loisir. L'E-Pace s'attaque à la catégorie la plus importante en volume, celle des modèles compacts. Quitte à faire de l'ombre au Range Rover Evoque, tant les deux cousins partagent le même gabarit et les mêmes moteurs Ingenium. Avec une longueur de 4,39 mètres, l'E-Pace vise la clientèle des premiums Audi Q3, BMW X1 et Mercedes GLA. Ses lignes musclées et équilibrées assument leur filiation avec le F-Pace. Le châssis fait largement appel à l'aluminium et peut recevoir une suspension adaptative. La planche de bord privilégie le conducteur. L'originalité de son dessin provient de la casquette des cadrans qui coiffe également la console centrale et l'enferme à la façon d'un cockpit. Outre une connectivité dernier cri, l'E-Pace se dote d'un affichage tête haute, d'un airbag piéton, une première à ce niveau de gamme, et d'une panoplie d'assistances à la conduite. Véritablement polyvalent, il revendique une capacité de chargement de 577 litres. Son capot abrite uniquement des 4-cylindres 2 litres turbo: trois diesels de 150, 180 et 240 ch, et deux essence de 250 et 300 ch. Les trois versions les plus puissantes sont livrées d'office avec la boîte automatique à 9 rapports. La transmission intégrale Active Driveline, de série sur les versions D240 et P300, ne s'enclenche que lorsqu'une perte de motricité survient, au profit de la réduction de la consommation. Le tarif du E-Pace débutera à 35.700 €. Mais pour en prendre le volant, il faudra attendre le début de l'année prochaine. L'engouement des automobilistes pour les SUV devrait conduire les constructeurs à élargir encore leur offre.

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Le sexe avec des robots, c’est pour demain ?

Philipe Kerlouan, le 31 août 2017 <<<<<<<<<<BV<<<<<<<<<<<<<<<

On connaît le monstre imaginé par Mary Shelley dans Frankenstein ou le Prométhée moderne, ou encore Der Zauberlehrling (L’Apprenti sorcier) de Goethe, qui montrent comment l’homme peut être dépassé par sa création. Avec les progrès extraordinaires de la robotique et de l’intelligence artificielle, on s’interroge – et pas seulement dans des récits de science-fiction – sur les risques de voir un jour les robots prendre le dessus sur les hommes.

Mais, de manière – apparemment – plus anecdotique, le journal 20 Minutes vient de publier, cet été, une enquête sur l’amour avec les robots. Vous vous souvenez sans doute du film Her, de Spike Jonze, sorti en 2014 : il raconte l’histoire d’une romance entre un homme et un système d’exploitation doté d’une intelligence artificielle. Un film réussi, qui n’est pas dénué d’une réflexion existentielle. Mais là, c’est encore mieux ! Voyez plutôt.

Le journal a interrogé David Levy, l’auteur de Love + Sex with Robots, titre qu’il n’est pas nécessaire de traduire pour comprendre ce dont il s’agit : en 2050, des mariages pourraient être célébrés entre humains et robots androïdes. Selon lui, ce n’est plus de la science-fiction, c’est en passe d’être réalisé. Une entreprise américaine, spécialisée dans les poupées gonflables, s’apprête d’ailleurs à sortir un robot sexuel intelligent qui ressemble à un être humain.

Ce n’est pas une blague ! Au Royaume-Uni, un chercheur avait déjà expliqué que les robots pourraient créer « une expérience sexuelle fantastique […]. Il y a plein d’avantages au sexe avec les robots… C’est sûr, vous n’attrapez pas de maladie, vous pouvez contrôler », souligne-t-elle. Peut-être un moyen de lutter contre la prostitution ? Et pas de risque que le robot remplace les relations sexuelles entre humains ! Un argument de poids : « Les gens regardent régulièrement du porno et continuent pourtant de faire l’amour avec des êtres humains. »

David Levy va plus loin : il estime que des êtres humains pourront éprouver des sentiments amoureux pour les robots. Il paraît que certaines personnes développent un attachement fort pour leur poupée gonflable, qu’ils traitent comme une compagne. Des tordus et des fétichistes, vous saviez que ça existait, mais vous étiez loin d’imaginer ces excès ? Eh bien, vous aviez tort ! Pour l’auteur de Love + Sex with Robots, dans les années à venir, il sera possible de discuter avec des robots, ce qui créera une vraie relation entre l’homme et le robot, et plus si affinités.

Il présente un autre argument qu’il juge imparable. On connaît l’attachement de certaines personnes à leur animal domestique. Par une sorte de mimétisme réciproque, elles finissent par ressembler étrangement à leur chien ou à leur chat. Mieux ! Dans une enquête à Chicago, on a demandé à des femmes âgées qui elles préféraient voir mourir en premier : leur animal ou leur époux ? La plupart auraient répondu : leur mari ! Si l’on s’attache à ce point à un animal, pourquoi ne s’attacherait-on pas encore plus fortement à des robots qui parlent, qui consolent, qui agissent comme un humain ? Jusqu’à les épouser.

On est effaré d’apprendre que de telles recherches suscitent cet intérêt et trouvent des promoteurs : le sexe avec des robots deviendrait un business comme les autres ! Il n’est pas certain, pour reprendre l’interrogation initiale, que les robots sonnent le glas de l’humanité ; mais on n’a pas besoin d’être un père la pudeur pour trouver qu’en faire des objets de consommation, un ersatz sexuel, le parangon de l’amour, est une marque de profonde décadence.

La nature humaine se déconstruit sous nos yeux : si, au moins, ce phénomène permettait de prendre conscience de ce qu’elle est pour la préserver ! Faute de quoi, ce serait le triomphe des robots par abandon de l’humanité.

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... DE MORT VIOLente.....

Maëlys, âgée de 9 ans, a disparu dans la nuit ...

...de samedi à dimanche alors qu'elle assistait avec ses parents à une fête de mariage à Pont-de-Beauvoisin, dans l'Isère. La gendarmerie a déployé des «moyens conséquents» pour la retrouver.

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.................49.347 jeunes ont été enregistrés au fichier des mineurs disparus en 2016 .....

La grande majorité des 49.347 jeunes enregistrés au fichier des mineurs disparus en 2016 sont des fugueurs. Pour les cas de disparitions criminelles, comme celle de la petite Estelle Mouzin en 2003, «les enquêteurs sont souvent dans le brouillard. On ne sait pas ce qui s'est passé, ni où et quand. On est dans le flou. On essaye d'imaginer toutes les hypothèses: un accident, une mauvaise rencontre, une fugue, un rapt par un prédateur sexuel…» Mais, «au bout d'un moment, les investigations sont limitées et butent» >

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... hcq : ...mais où sont les parents ? ...

 

.Kim Wall .....découverte, lundi, du tronc mutilé de la journaliste suédoise Kim Wall, en baie de Køge. La journaliste indépendante de 30 ans a disparu, le 10 août, dans le détroit de l'Öresund, entre Danemark et Suède, alors qu'elle effectuait un reportage sur le submersible privé UC3 Nautilus et son concepteur, Peter Madsen.

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.............. hcq : ..reportage pour qui ? ... où sont leurs proches ? 

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Le désir et ses stratégies discursives dans les littératures française et québécoise au féminin,

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....des assistant(e)s sexuels pour les handicapés ....

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Par Caroline Beyer
Mis à jour le 18/08/2017 à 20h44 | Publié le 18/08/2017 à 20h03

REPORTAGE - Cet été, sept d'entre eux ont été formés à cet accompagnement payant et... clandestin. Car pouvant être assimilé à de la prostitution.

«Être allongé corps contre corps, peau contre peau». Cela fait partie des demandes que reçoivent l'Appas et Ch(s)ose (1), les deux associations qui, en France, se battent pour l'accompagnement sexuel des personnes handicapées. «Le handicap et la sexualité... Sujet doublement tabou», résume Julia Tabath. Cette ancienne journaliste, en fauteuil roulant depuis l'enfance car atteinte d'une amyotrophie spinale, préside Ch(s)ose. Le collectif, qui réunit les poids lourds du handicap autour du droit à une vie affective et sexuelle, a lancé cette année sa première formation d'«assistants sexuels». Sur 200 candidats, sept personnes - dont un homme - ont achevé mi-juillet ce programme d'une année, allant des questions juridiques à la connaissance des différents types de handicap, en passant par les massages sensoriels, la découverte des zones érogènes et une incontournable analyse de soi-même et de ses limites. Depuis 2015, l'autre association, l'Appas a formé 43 personnes, âgées de 23 à 73 ans, à un accompagnement «intime, sensuel et sexuel». Parmi eux, 40 % d'hommes. Face à cela, elle a reçu 650 demandes. Seulement 7 % venant de femmes. Âge moyen: 35 ans.

«Le but est d'accompagner ces personnes dans la connaissance de leur corps et du corps d'un autre»

Julia Tabath, présidente de Ch(s)ose

À quelles demandes peuvent-ils répondre? Aider deux corps entravés à se rapprocher. Mais aussi l'acte sexuel, l'aide à la masturbation ou encore l'utilisation de sex-toys adaptés. «Le but est d'accompagner ces personnes dans la connaissance de leur corps et du corps d'un autre», explique Julia Tabath qui décrit des parents démunis et des professionnels de santé qui «préfèrent noyer le poisson». L'objectif ultime est d'accompagner ces personnes sur le chemin de la confiance. À l'image du poète et journaliste Mark O'Brien, que la polio avait laissé enfermé dans son corps, et qui, à 38 ans, avait entrepris de perdre sa virginité. Sa rencontre avec une thérapeute, mise en scène en 2012 dans le film The Sessions, sera déterminante. Philosophiquement, c'est vers ce type d'accompagnement que le collectif tend.

Ainsi, parmi ses sept stagiaires, pas de travailleurs du sexe. «Même si ce n'est pas exclu», explique Julia Tabath qui évoque «des militants du monde associatif et des professionnels du soin». Si la formation délivrée est légale, la pratique, elle, doit rester clandestine. En 2013, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a rendu un avis négatif sur le sujet, arguant du «principe de non-utilisation marchande du corps humain». Chaque accompagnement est en effet payant. L'Appas conseille de ne pas dépasser 150 euros. Pour une séance de 1 heure 30 minimum. Car cette séance, qui inclut un entretien préalable destiné à faire connaissance, parler des attentes et des limites respectives, peut durer quatre heures. «Tous nos accompagnateurs ont des professions en parallèle. Ils font, au maximum, deux accompagnements par mois», précise Marcel Nuss le président de l'Appas.

La récente loi sur la pénalisation des clients de prostitués a fait de ces associations, qui mettent en liens handicapés et assistants sexuels, des proxénètes en puissance

La récente loi sur la pénalisation des clients de prostitués a fait de ces associations, qui mettent en liens handicapés et assistants sexuels, des proxénètes en puissance. «Mais les politiques que nous avons pu rencontrer nous expliquent que nous ne serons pas inquiétés», glisse Julia Tabath, qui dénonce au passage la confortable «hypocrisie» des pouvoirs publics. Et de raconter l'histoire de cette directrice d'institution qui organise cet été un voyage en Espagne, avec un arrêt prévu dans des maisons closes... «D'autres économisent pour faire le voyage», précise la présidente de Ch(s)ose. Aux États-Unis, pays précurseur, les premiers sexual surrogates ont fait leur apparition dans les années 1980.

«Ce sont les femmes qui m'ont poussée à devenir assistante sexuelle, confie Zina (2), 49 ans. Des femmes qui, handicapées ou pas, ne connaissent pas leur sexe, ne connaissent pas le plaisir». Cette militante des droits des femmes, animatrice en prévention des risques sexuels et écoutante depuis de nombreuses années, a, au fil des rencontres fait le constat d'un tabou autour du sexe dans les structures accueillant des handicapés. Sa formation, délivrée par le collectif Ch(s)ose, s'est achevée, comme il se doit, par une séance pratique avec une personne handicapée. «C'était un jeune homme atteint d'une maladie génétique. Il pouvait marcher. Il avait des demandes très précises», raconte Zina, qui avoue, avant cela, avoir été agitée par la peur de ne pas être à la hauteur. Ses motivations? «Je veux que la société avance», explique Zina qui propose ses services à des femmes et des hommes. La prostitution? «Elle n'est pas interdite en France. Ces accompagnements sont des relations tarifées. Ils relèvent donc du travail du sexe. Je n'ai aucun problème avec ça.»

Si la cause suscite l'attentisme plutôt bienveillant des pouvoirs publics, elle compte des «pro» et des «anti» de tous côtés. Le Mouvement du Nid, association de lutte contre la prostitution, se prononce clairement contre.

(1) Association pour la promotion de l'accompagnement sexuel (Appas) et Collectif Handicap et Sexualité OSE (Ch(s)ose)

(2) Le prénom a été changé

 

La rédaction vous conseille :

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Michel Houellebecq et la notion de « sélection sexuelle »

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La notion de « sélection sexuelle » n’intervient que très fugitivement dans L’origine des espèces de Darwin, elle n’est traitée que dans une brève soussection du chapitre IV sur la sélection naturelle. Cependant c’est un bon point de départ conceptuel pour approcher cette idée, prise en charge et abondamment illustrée en décor postmoderne par l’écrivain français Michel Houellebecq. Darwin, observateur de la nature et de la lutte continuelle qui en noue le déploiement remarque : «... ce que j’ai appelé la sélection sexuelle. Cette forme de sélection ne dépend pas de la lutte pour l’existence, mais de la lutte entre les mâles, pour s’assurer la possession des femelles. Cette lutte ne se termine pas par la mort du vaincu, mais par le défaut (...) de descendant. » [1] La sélection sexuelle est, ainsi, une réalité pratique qui s’articule à la struggle for life dans sa globalité ; la vie étant une lutte, la reproduction sexuée de la vie est pareillement une lutte, terriblement âpre et violente. La vie sexuelle devient, dès lors, un secteur hautement concurrentiel, permettant la mise en place d’une discrimination au sein de la population des individus mâles : « Ordinairement, les mâles les plus vigoureux, c’est-à-dire ceux qui sont les plus aptes à occuper leur place dans la nature, laissent un plus grand nombre de descendants.» [2] Darwin, assez subtilement distingue ensuite deux types de combats pour la possession des femelles ; le premier reposant sur le critère de la force, la puissance physique brute, et le second reposant sur le critère de l’aspect physique, la beauté ou l’attrait (le chant chez les oiseaux par exemple). Perspective intéressante, mais ne s’ouvrant malheureusement pas de manière explicite à la compréhension de la sexualité spécifiquement humaine ; c’est-à-dire prenant en charge la sélection sexuelle non pas seulement dans le champ de la reproduction, mais également de la sexualité récréative, n’ayant pas pour finalité dernière la continuation de l’espèce. La sélection sexuelle devient dès lors une question de goût, une question de mode, une question de publicité. La force et l’attrait physique des individus mâles deviennent autant de critères immédiatement discriminatoires dans le processus de la vie sexuelle récréative de la communauté. Cette sélection sexuelle libérale au quotidien pose conséquemment le problème du statut moderne de l’individu, tel qu’il s’est constitué depuis une trentaine d’années : sa libération exaltée n’a-t-elle pas conduit à une nouvelle aliénation sauvage ?

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C’est précisément sur ce phénomène inquiétant que Michel Houellebecq (né en 1958) a porté son attention jusqu’à maintenant, et surtout sur le fait que cette « lutte pour la sexualité » en zone libérale est productrice de deux caractères antithétiques (et plutôt pathétiques dans l’ordre du romanesque) : le gagnant et le perdant, celui qui a un accès facile à la sexualité, et celui qui n’y a pas accès. La plupart des personnages créés par Michel Houellebecq sont résolument des perdants sur le plan de la sélection amoureuse, vivant cette « misère sexuelle » sur des fonds de névroses très divers.

3

Dans son premier roman Extension du domaine de la lutte (EDL), Houellebecq installe un système narratif confortable, lui permettant d’alterner les séquences purement romanesques avec des séquences théoriques ; la fiction illustrant la théorie, et la théorie expliquant la fiction. Sa théorisation de la « sélection sexuelle » est très claire : «Décidément, me disais-je, dans nos sociétés, le sexe représente bel et bien un second système de différenciation (…) au moins aussi impitoyable. (…) Le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue. Certains font l’amour tous les jours ; d’autres cinq ou six fois dans leur vie, ou jamais. (…) Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société.» [3] Avant de nous pencher sur le propos de Houellebecq touchant à la « sélection sexuelle », et sur ses personnages fictionnels si émouvants, il nous faut assurément dire quelques mots concernant le rapport de l’auteur à la « théorie », voire à la philosophie. C’est assurément brouiller la compréhension de son œuvre que de l’affubler de cette étiquette grossière de « poète-philosophe », qui serait inspiré par Schopenhauer (pour le romantisme nihiliste), Kant (pour la morale) et Hegel (pour la vision historique qui clos Les particules élémentaires – PE). D’ailleurs il souligne lui-même dans Rester vivant (qui est sa morale, plus que sa « méthode ») : «…la philosophie exprimée sous forme poétique, (…) n ’est le plus souvent qu’une misérable duperie.» [4] Houellebecq n’est pas un doctrinaire, c’est un moraliste. Ce n’est pas dans ces perspectives philosophiques lights qu’il faut chercher son véritable apport théorique, ni dans sa très douteuse vision du quantique, mais dans sa réflexion sur la sexualité.

Dans EDL, Houellebecq raconte la triste descente aux enfers de deux cadres moyens trentenaires absolument standards, le narrateur Michel et Raphaël Tisserand, chargés d’assurer conjointement de sinistres formations informatiques en province. Ce sont deux célibataires malheureux, souffrant pareillement d’une solitude injustifiée, et n’arrivant pas à entrer en lice dans ce fameux « domaine de la lutte » amoureuse, cette vaste zone dépoétisée par Houellebecq du principe libéral étendu à tout. Le narrateur (Michel) représentant une attitude totalement résignée et cynique face à son échec sentimental, et son acolyte Tisserand représentant la vaine combativité, et les différents stades allant de la ténacité à l’acharnement. Tisserand est peint par Houellebecq comme un homme relativement laid, encore puceau, mettant tout en œuvre pour séduire les femmes. Toute la narration étant émaillée de ses tentatives amoureuses auprès de Lolitas provinciales, et de ses échecs successifs. Cela permet au narrateur, Michel (Houellebecq ?) de mettre en place, parallèlement, sa critique du principe libéral étendu au domaine de la sexualité. Réaction de défense théorique, ressentiment tout à fait compréhensible face à un monde passablement invivable. «Les entreprises se disputent certains jeunes diplômés ; les femmes se disputent certains jeunes hommes.» [5] Ainsi la femme, à la manière de l’entreprise commerciale, capitalise en ressources humaines pour son propre intérêt. L’application baroque de la notion économique de libéralisme aux relations humaines (qui est une mise en parallèle directe et provocatrice) tient à une critique précise que Houellebecq développe davantage dans les PE. [6]Le fait que l’homme postmoderne soit entièrement conditionné par une idéologie de l’individualité, née en partie à la fin des années soixante, d’une relecture de Nietzsche, et de la contestation de l’ordre bourgeois. Une exaltation un peu hystérique de la toutepuissance de l’individu (dans ses actes, ses paroles, sa sexualité, etc.), conduisant à la confrontation générale, l’émulation, mais surtout à la consommation de masse et au libéralisme. Et de la liberté individuelle au libéralisme systématique le chemin est généralement très court : «…la liberté sexuelle. De manière inattendue, au sein de cette classe moyenne à laquelle s’agrégeaient progressivement les ouvriers et les cadres (…) un nouveau champ s’ouvrit à la compétition narcissique.» [7]

Pour Houellebecq c’est, sur le plan de la sexualité, l’ère du consumérisme amoureux. L’individu, tel un anthropophage monstrueux, consomme d’autres individus ; la sexualité n’entre plus dans la perspective chrétienne et patrimoniale du couple (qui implique un échange) mais dans la perspective de la satisfaction personnelle. La communauté entière pousse d’ailleurs frénétiquement à cette consommation : «…la société érotique-publicitaire où nous vivons s’attache à organiser le désir, à développer le désir dans des proportions inouïes, tout en maintenant la satisfaction dans le domaine de la sphère privée. Pour que la société fonctionne, pour que la compétition continue, il faut que le désir croisse, s’étende et dévore la vie des hommes.» [8]. Image effrayante d’une société ne parvenant plus à contenir sa propre démence, image paroxystique renvoyant aux textes de Pétrone et Juvénal ; société relativement perverse du plaisir et de son contrôle total, du plaisir devenu doctrine, et cela jusqu’à sa négation. Ce n’est pas directement dans une optique chrétienne que Houellebecq fait la critique de la « sélection sexuelle » qui est à l’œuvre dans la société, mais comme l’analyste obstiné d’une science humaine indéterminée. Dans les PE, la structure narrative est très proche de celle de l’EDL ; deux personnages (Michel et Bruno) souffrent, dans des registres différents, d’une misère sexuelle qui est communément imputée aux séquelles idéologiques de l’individualisme postmoderne, et particulièrement à la pensée « mai 68» (rendant l’individu incapable de s’attacher par l’amour en dehors d’une lutte générale). L’homme, particule élémentaire ou monade, ne reconnaît plus de valeur transcendante, il se résume à la somme de ses désirs et semble réaliser tristement le perspectivisme nietzschéen (cf. Le gai savoir §374). Dès lors : plus de communication possible, mort de l’être-pour-autrui. Le rôle de Tisserand est joué, dans les PE, par un modeste professeur de français, Bruno, qui a du mal a gérer sa sexualité, ou plutôt sa non-sexualité ; Houellebecq nous retrace l’ensemble d’une quête amoureuse insatisfaite, profondément frustrée, depuis l’adolescence et jusqu’à la crise de folie finale – conduisant Bruno non seulement à un ressentiment total (incluant le racisme, [9] etc.) ainsi qu’à pratiquer des attouchements sur l’une des ses élèves. Le danger de cette dérive pédophile revient d’ailleurs dans l’avant-dernier texte de Houellebecq (Lanzarote) où le rôle de Tisserand en revient à Rudi.

6

Ce qui est très intéressant dans cette critique poétique de la « sélection sexuelle » qui est à l’œuvre dans la société, est son approche centrée sur la notion de libéralisme, qui inclus donc une critique aiguë de la notion postmoderne d’individu. Cette approche est originale, notamment par rapport à l’œuvre poétique de Jules Laforgue (Des fleurs de bonne volonté, Les complaintes) qui fait un traitement encore romantique de cette misère sentimentale, ou bien par rapport à Romain Gary (Gros-Calin – publié sous pseudonyme) qui s’attache surtout à imputer cette misère sentimentale et sexuelle à l’industrialisation et à l’émergence du tout-technique. Le cinéaste Philippe Harel, en revanche, partage la vision plus clinique, peut-être cynique, parfois obsessionnelle du romancier, et donne sa lecture du problème, qui est un « obscur petit drame » [10]dans l’Histoire du garçon qui voulait qu’on l’embrasse en 1993 (retraçant les aventures pathétiques d’un jeune étudiant en histoire de l’art, très timide, ne parvenant pas à ses fins avec ses petites camarades). Harel donnera également une version cinématographique de l’EDL. [11] Il dit de l’écrivain : «On a l’impression de lire un auteur classique qui nous parlerait du présent comme s’il s’gissait d’un futur passé. (…) [A propos de Mai 68] Michel a analysé le revers de la médaille, l’émergence du libéralisme sous toutes ses formes, y compris sexuelles.» [12]C’est au sein d’une critique globale de la pensée libérale et de l’exaltation du moi[13] que Houellebecq installe sa vision de la sexualité ; dans le recueil de poèmes Le sens du combat il se livre à une entreprise de démystification décisive, et il note : «Nous refusons l’idéologie libérale parce qu’elle est incapable de fournir un sens, une voie de réconciliation de l’individu avec son semblable dans une communauté qu’on pourrait qualifier d’humaine.» [14] Sa critique des mœurs sexuelles contemporaines, saisies comme un système concurrentiel donnant lieu à des gagnants et des perdants, mais surtout à des injustices, est construit sur la base d’une critique de la notion d’individu : «La conséquence logique de l’individualisme c’est le meurtre, et le malheur. (…) Cela fait cinq siècles que l’idée du moi occupe le terrain ; il est temps de bifurquer.» [15]

7

Michel Houellebecq a donc pris le risque de la lucidité, et son œuvre est pour le moment la constante illustration de cette insoutenable crise des relations humaines – structurant la séduction, le rapport amoureux, suivant un modèle concurrentiel et libéral (la « sélection sexuelle »). Ce que Houellebecq dessine pour le moment, c’est la mythique Pénélope affublée de ses prétendants, sans la moindre chance du retour de la valeur-Ulysse. Quelles sont donc les alternatives et les réponses possibles à ce combat monstrueux (cette lutte) de l’homme dans le domaine de la sexualité, donnant lieu aujourd’hui à tant de destins solitaires ? De quel ordre doit être la bifurcation dont parle Houellebecq ? Pour l’instant son œuvre romanesque ne le dit pas franchement ; il y a certainement la volonté de trouver un moyen terme acceptable (la famille traditionnelle chrétienne ?) entre un dirigisme sexuel eugénique à la Platon et une abstinence conditionnée par le ressentiment [16] (qui est l’attitude cynique du narrateur de l’EDL, mais également une part de la leçon de Rester vivant). Cependant ce malheur de l’homme postmoderne, condamné à se battre sauvagement pour assurer la satisfaction d’un de ses besoins, assure parallèlement au poète la possibilité romantique de créer dans la souffrance, ce en quoi il retrouve Laforgue et ses Pierrots : «Aller jusqu’au fond du gouffre de l’absence d’amour. Cultiver la haine de soi. Haine de soi, mépris des autres. (…) Développez en vous un profond ressentiment à l’égard de la vie. Ce ressentiment est nécessaire à toute création artistique véritable. (…) Lorsque vous susciterez chez les autres un mélange de pitié effrayée et de mépris, vous saurez que vous êtes sur la bonne voie. Vous pourrez commencer à écrire[17]

Notes

[1]

Charles Darwin, L’origine des espèces, Editions GF, p.137.

[2]

Ibid., p.137.

[3]

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, Nadeau poche, p.100.

[4]

Michel Houellebecq, Rester vivant, Flammarion, p.31.

[5]

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, Nadeau poche, p.101.

[6]

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, Flammarion, p.69.

[7]

Ibid., p.82.

[8]

Ibid., p.200.

[9]

Ibid., p.238.

[10]

Michel Houellebecq, La poursuite du bonheur, Flammarion, p.57.

[11]

En 1999. Le personnage de Tisserand étant incarné par le comédien José Garcia.

[12]

Interview in Télérama 13/10/99.

[13]

Sur cette « fiction du moi », cf. l’étonnant roman du philosophe médiéviste Alain de Libéra, Morgen Schtarbe, Flammarion, 1999.

[14]

Michel Houellebecq, Le sens du combat, Flammarion, p.50.

[15]

Interview in Art press, février 1995.

[16]

Cf. une illustration médiévale de cette affaire (le refus de la sexualité), Alain de Libéra, Penser au Moyen-Age, Seuil, p.181 sq. « sexe et loisir ».

[17]

Michel Houellebecq, Rester vivant, Flammarion, p.14.

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Houellebecq, le grand désenchanteur

Par Michel De Jaeghere
Publié le 16/06/2016 à 19h13 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>LE FIG >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Le dernier numéro du  Figaro Hors-Série \*, en kiosque actuellement, est consacré à Michel Houellebecq. Nous publions l'éditorial de son directeur.

On pourrait se contenter de voir en lui un provocateur et un pornographe. Ce serait si reposant, si simple. Considérer que le burlesque même des situations qu'il met en scène, l'accumulation poussée jusqu'à l'absurde de détails pratiques, consignés avec une méticulosité maniaque, le prosaïsme étriqué des motivations de ses personnages, la répétition mécanique de scènes de sexe que l'on croirait directement tirées d'un script de film dénoncent le caractère de farce de son œuvre, de ses fictions. Ce qu'il y a de tragique, avec Michel Houellebecq, c'est qu'à l'image des vidéos que tourne l'un de ses personnages avec des caméras fixées dans la forêt, le long des chemins creux, pour mesurer jour après jour la prolifération des espèces végétales et le passage du temps, ses romans nous présentent le monde dans lequel nous vivons comme dans un miroir. Il n'est pas beau à voir. L'égoïsme le plus monstrueux y est payé par l'amertume et par la solitude, la misère sexuelle côtoie la recherche effrénée de la satisfaction des sens dans un consumérisme mesquin, l'instabilité du désir débouche sur le grand délaissement de l'âme, l'attente d'une mort sans espérance.

Ses Particules élémentaires sont à Mai 68 ce que Les Déracinés avaient été à la naissance de la France républicaine. Plateformese veut L'Éducation sentimentale de notre temps.

On a pu faire avec raison le procès du nombrilisme des romanciers contemporains. Dénoncer l'égotisme qui avait rivé leur regard sur les plus minuscules de leurs états d'âme de bourgeois bohèmes hantés par l'introspection méthodique de leur néant. Les avait cantonnés à des riens ; détournés d'offrir à leurs lecteurs une vision du monde, un tableau de leur temps analogue à ceux qu'avaient brossés les maîtres des siècles précédents: Balzac, Flaubert, Zola, Proust ou Céline. Michel Houellebecq aura réconcilié l'autofiction avec l'art de la fresque, quelque délavées que soient les couleurs de ses compositions.

Depuis la publication d'Extension du domaine de la lutte, en 1994, ses personnages n'ont cessé de nous apparaître comme autant de dédoublements de lui-même. Dans l'affichage de leur exténuation, la cruauté de l'exercice d'autodérision auquel il a paru tenter de faire correspondre, parfois, la dégradation volontaire de ses propres traits, de son visage, se lit le même projet de se faire le chroniqueur de la condition humaine jusqu'à son stade ultime: la disparition progressive des joies de l'existence, la déchéance et la mort.

Le génie de Houellebecq est d'avoir pris appui sur cette affectation de neutralité pour instruire, contre le monde moderne, le procès le plus accablan

Il n'en aura pas moins rempli dans le même temps le programme qu'il affecte au peintre autour duquel s'ordonne l'intrigue de La Carte et le Territoire: produire une œuvre dont le propos serait de donner une description méthodique d'un monde en décomposition. Chercher avec Lovecraft la poésie dans la peinture minutieuse du réel, tout en affrontant comme Balzac les grandes révolutions de l'époque - la libération des mœurs, l'émergence de l'individualisme de masse, le transhumanisme, la montée en puissance de l'islam -, pour en donner à voir dans toute leur crudité les développements. Ses Particules élémentaires sont à Mai 68 ce que Les Déracinés avaient été à la naissance de la France républicaine. Plateformese veut L'Éducation sentimentale de notre temps.

La fadeur de ses personnages, la transparence de sa phrase (telle est sans doute l'origine de son aversion pour Léon Bloy: ce procureur qui prend la pose, ce professionnel de l'indignation qui force inutilement la voix) n'ont pas d'autre raison d'être que de donner à ses observations la froide autorité d'un constat, d'en rendre l'objectivité incontestable.

Le génie de Houellebecq est d'avoir pris appui sur cette affectation de neutralité pour instruire, contre le monde moderne, le procès le plus accablant. Qu'il s'agisse des impostures de l'art contemporain ou des ravages de la psychanalyse, de l'impasse du matérialisme libertaire ou des illusions de la révolution sexuelle, de la mondialisation ouverte à «l'homme du supermarché» par l'ère de la communication, le tourisme de masse et la circulation des biens, de la spiritualité New Age ou de l'épanouissement promis par la «culture de l'entreprise» aux cadres du tertiaire, des faux-semblants de la démocratie représentative ou de la lâcheté des élites devant la montée de l'islam, il aura renversé les idoles et percé les baudruches de l'époque avec une cruauté jubilatoire, un humour d'autant plus ravageur qu'il s'enveloppait dans une impassibilité de clown blanc, une impavidité digne de Buster Keaton.

Les clones de La Possibilité d'une île, comme ceux de l'épilogue des Particules élémentaires, dont ce roman étrange est en quelque sorte le prolongement, n'appartiennent que par de trompeuses apparences à la science-fiction. Ils ne sont ni plus ni moins pour lui que la figure de l'homme moderne poussée jusque dans ses ultimes retranchements: des êtres qui ne sont plus rattachés au réel que par des connexions virtuelles, des monades affranchies de tout passé, tout héritage, tout avenir, tout contact physique, tout lien ; ignorants ce que c'est que le rire, l'amour, la souffrance, le bonheur ou la compassion.

«Les joies de l'être humain nous restent inconnaissables, ses malheurs à l'inverse ne peuvent nous découdre, confesse l'un d'entre eux dans une mélopée d'hexamètres baudelairiens. Nos nuits ne vibrent plus de terreur ni d'extase ; nous vivons cependant, nous traversons la vie, sans joie et sans mystère, le temps nous paraît bref.»

Conspué par les bien-pensants, mais reconnu, quand même, par la société du spectacle, couronné par le Goncourt et célébré aujourd'hui par l'exposition de ses photos au Palais de Tokyo, Michel Houellebecq aura multiplié les masques - comme autant de pieds de nez à ceux qui proclament leur admiration envers une œuvre dont ils ne semblent pas comprendre toujours toute la signification - pour échapper à la lapidation qu'aurait dû lui valoir la férocité du portrait qu'il faisait d'une époque qui se rengorge de sa curiosité universelle, mais n'aime, en définitive, qu'elle-même: il aura campé au cœur du cloaque dont il détaillait les puanteurs avec un art inégalable de brouiller les pistes, de mener avec les idées à la mode un double jeu permanent.

Prophète désenchanté des lendemains glaçants, Michel Houellebecq est, parfois, accusé d'être réactionnaire. Il est, définitivement, beaucoup mieux que cela : antimoderne.

Dans une vision toute pascalienne de la misère d'un monde privé de la Grâce, le deuil d'une chrétienté à ses yeux à jamais défunte, il semble nous dire que la partie est jouée et qu'elle est perdue sans retour. Son plus grand mérite tient à ce qu'il n'aura jamais cessé de faire affleurer, pourtant, lointaines, inaccessibles, les valeurs éternelles auxquelles tendait son moi profond.

Le «royaume perdu» d'une enfance que n'aurait pas saccagée l'égoïsme féroce de ceux qui lui ont tenu lieu de parents ; la figure volatile et tendre d'une femme rendue à sa vocation de mère, de jeune fille, d'épouse, d'amante ; la nostalgie d'une société fondée sur la confiance, le lien féodal d'homme à homme ; la beauté de l'accomplissement par le don ; le désir d'un Dieu transcendant qui viendrait ordonner le chaos, donner aux plus tristes de nos vies un sens.

Et la figure de l'amour vrai, inconditionnel, émergeant, çà et là, comme une fleur d'eau flottant, miraculeuse, à la surface boueuse d'un étang. C'est parfois un alexandrin dissimulé dans sa prose. Ailleurs une caresse, un regard, une main tendue qui démentent, au détour d'un chapitre, l'étalage de cynisme et d'indécence dont il fait profession. Plus explicites encore, quelques quatrains, où la certitude de n'être lu, compris, que par le petit nombre l'autorise soudain à cette confidence:

«Nous voulons retourner dans l'ancienne demeure / Où nos pères ont vécu sous l'aile d'un archange, / Nous voulons retrouver cette morale étrange / Qui sanctifiait la vie jusqu'à la dernière heure. / Nous voulons quelque chose comme une fidélité, / Comme un enlacement de douces dépendances, / Quelque chose qui dépasse et contienne l'existence ; / Nous ne pouvons plus vivre loin de l'éternité.»

Prophète désenchanté des lendemains glaçants, Michel Houellebecq est, parfois, accusé d'être réactionnaire. Il est, définitivement, beaucoup mieux que cela: antimoderne.

 

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Houellebecq : le scandale des Particules élémentaires

Par Sébastien Lapaque
Publié le 12/07/2016 à 07h00 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>Le Fig >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

UN ÉTÉ AVEC HOUELLEBECQ 3/8 - Avec Les Particules élémentaires, l'écrivain sème la terreur chez les bien-pensants. Scandale et succès deviennent sa marque de fabrique.

«Jamais, jamais, jamais, nous ne nous lasserons d'offenser les imbéciles!» prévenait Georges Bernanos. Une proclamation que Michel Houellebecq aurait pu reprendre à son compte. Même s'il sait, lorsqu'il déclenche des ouragans chez les bien-pensants, afficher sa mine triste de Droopy.

Qui dit bien-pensant, ici, ne songe pas aux bourgeois à rouflaquettes et aux curés qui persécutèrent Flaubert et Baudelaire. C'était au XIXe siècle. Lorsque Houellebecq sème la terreur chez les bien-pensants, il ne se trompe pas de cible. Il frappe au cœur, ajustant les grandes têtes molles du gauchisme culturel, gens de presse, de mode et de publicité à l'égard desquels son mépris est infini - même si un art de la guerre incomparable lui a souvent permis de se mettre Libération et LesInrockuptibles dans la poche. Par là, il fait coup double, en fournissant la preuve que ces vigilants ne savent pas lire: aucun libéral-libertaire conséquent ne devrait pouvoir goûter son œuvre.

Son premier scandale public date de l'été 1998, lorsque les membres du groupe Perpendiculaire, des zoïles qui ont tous sombré dans l'oubli, l'excluent du comité de rédaction de leur revue après avoir jugé hérétique Les Particules élémentaires. Quel roman, pourtant. Quatre années après Extension du domaine de la lutte, l'écrivain y poursuivait son examen artistique et scientifique d'une civilisation technique et capitaliste soumise au sexe, au désir, à la cruauté et au nihilisme.

Mais avec le scandale qui accompagnait ce livre, il cessait d'être l'écrivain pour quelques-uns, pour devenir le grand écrivain - chose dont il avait toujours rêvé. Mis en place en librairie le 24 août, ce roman fait trembler le paysage. François Nourissier s'est battu pour qu'il soit couronné par le prix Goncourt, qui est finalement allé à Confidence pour confidence de Paule Constant. La perspective d'un triomphe des Particules élémentaires chez Drouant avait obligé les Perpendiculaires à durcir leurs anathèmes en accusant le romancier de véhiculer des fantasmes eugénistes dans une tribune intitulée «Houellebecq et l'ère du flou», parue dans Le Monde du 10 octobre. À l'excommunication de ces cancres savants se sont joints les gémissements des propriétaires du camping naturiste post-hippie L'Espace du Possible qui ont essayé de faire interdire le roman qui les ridiculisait. Le nom du camping a changé dans le deuxième tirage et l'affaire a été oubliée.

Trois ans plus tard, en matador sachant descendre dans l'arène pour faire affronter la bêtise à front de taureau, Michel Houellebecq accompagnera la parution de son troisième roman, Plateforme, d'entretiens dopés à la provocation pure. Dans Le Figaro Magazine, pour commencer: «La lecture du Coran est une chose dégoûtante. Dès que l'islam naît, il se signale par sa volonté de soumettre le monde. Dans sa période hégémonique, il a pu apparaître comme raffiné et tolérant. Mais sa nature, c'est de soumettre. C'est une religion belliqueuse, intolérante, qui rend les gens malheureux.» Puis dans le magazine Lire: «Et la religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré! La Bible, au moins, c'est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire…»

Poursuivi pour injure raciale et incitation à la haine religieuse par quatre associations musulmanes, l'écrivain sera relaxé par le tribunal correctionnel de Paris en octobre 2002. Toujours plus de scandales, toujours plus de succès.

D'inconnu, Michel Houellebecq était, entre-temps, devenu définitivement célèbre. A savourer dans son art: cette façon de jouer avec les situations d'énonciation. Qui parle dans ses livres? Le créateur ou ses créatures? Envisagées comme des romans à thèse, ses fictions ne sont pas très cool. Mais ce ne sont pas des romans à thèse. Ce sont des métaphores inédites. Qui se demande si l'écrivain est pour ou contre les horreurs que racontent ses personnages doit se souvenir de cette réponse faite par François à Myriam dans Soumission (2015): «Je ne suis pour rien du tout, tu le sais bien.»

Ou uniquement pour exaspérer les imbéciles, comme disait Léon Bloy.

* Michel Houellebecq, le grand désenchanteur. «Le Figaro Hors-Série» (106 pages, 8,90 €, en kiosque jeudi 16 juin et sur www.figarostore.fr).

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Michel Onfray: «J'ai commis l'erreur de ne pas aimer Houellebecq!»

Par Michel Onfray
Publié le 30/12/2016 à 09h00  >>>>>>>>>>>> le Fig >>>>>>>>>>>>>>>

Michel Houellebecq lu et raconté par Michel Onfray : qui l'eût cru ? C'est pourtant arrivé. Le philosophe normand s'est plongé dans l'œuvre du romancier, qu'il a lue dans son intégralité. Il en a tiré un texte magistral, qui fera date, dont nous publions en exclusivité un large extrait. «Michel Houellebecq est probablement le plus grand contemporain de notre époque», assure Michel Onfray. Voici pourquoi selon lui.

Michel Houellebecq reste Michel Houellebecq, c'est-à-dire un monument de la littérature et de la poésie et, pour un nombre de lecteurs et de critiques qui ne cesse de croître, il apparaît sans conteste comme le plus grand écrivain français vivant.

«Michel Houellebecq apparaît sans conteste comme le plus grand écrivain français vivant»

Une preuve parmi d'autres de son statut à part dans la corporation des lettres: un Cahier de L'Herne lui est consacré qui paraît dans quelques jours. Dans la hiérarchie des honneurs littéraires, cela équivaut à une entrée dans «La Pléiade». Depuis le premier Cahier de l'Herne consacré à Céline par Dominique de Roux, jusqu'à ce Houellebecq, cette collection s'est en effet hissée au sommet par la liberté de ses choix éditoriaux et son extrême exigence littéraire.

On trouvera donc dans ce superbe et précieux cahier quelques textes oubliés ou inédits de Michel Houellebecq, des études très poussées d'universitaires et de spécialistes de son œuvre, comme de simples critiques littéraires, des témoignages d'amis d'enfance et d'adolescence, ainsi que des photos rares et parfois même inconnues. Bref, une véritable somme!

Parallèlement sort un essai inédit de Houellebecq sur Arthur Schopenhauer, célèbre philosophe allemand dont la pensée l'a au moins autant marqué que celle d'Auguste Comte. Est enfin publié en édition de poche son romanSoumission, qui avait défrayé la chronique à sa parution, et inspiré à Michel Onfray un magnifique texte, dont nous publions un large extrait.

Par Jean-René van der Plaetsen

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MICHEL ONFRAY : Dans la perspective d'écrire ce texte, j'avais réuni tous les livres de Michel Houellebecq qui se trouvent dans mes deux maisons, celle de Chambois, mon village natal dans l'Orne, et l'appartement de Caen, où je vis. Je crois avoir presque toute l'œuvre que je lis depuis Extension du domaine de la lutte. J'avais fait une pile. Elle était donc bien visible. Mais à l'heure d'écrire, je ne retrouve plus rien… Ce serait presque le début d'un roman. Hélas! je ne suis pas romancier.

Laissons donc de côté les livres égarés, les hypothèses similifreudiennes sur cet égarement, pour écrire de chic, sans notes, sans livres.

Alors voilà: je suis un contemporain de Michel Houellebecq qui est probablement le plus grand contemporain de notre époque. Sur le principe posé par Rimbaud dans la lettre dite «du voyant» qu'il envoie à son professeur Georges Izambard l'année de la Commune, le futur sauvage du Harar définit le poète comme celui qui aspire au dérèglement de tous les sens afin d'être traversé par l'inconnu dans le projet de le dévoiler.

«Michel Houellebecq se fait le chamane traversé par son époque»

Nul ne niera que Michel Houellebecq n'ait fait du dérèglement rimbaldien de tous les sens une méthode, sa méthode. Il expérimente la connaissance par les gouffres et se fait le chamane traversé par son époque.

Dès lors, on peut commettre cette erreur, et je l'ai commise, de ne pas aimer Michel Houellebecq parce qu'on n'aime pas l'époque qu'il révèle - au sens photographique du terme. Je renvoie souvent à cette idée bien connue du sage qui montre la lune et de l'imbécile qui regarde le doigt. Eh bien, il m'est arrivé d'être celui qui regardait le doigt…

C'est en lisant Soumission que j'ai découvert que j'avais manqué la lune. On a fait de ce roman ce qu'il n'était pas: un livre de morale. Or la moraline, qui est la morale d'une époque sans morale, affecte tout ce qu'elle touche dans la petite caste des prêtres de notre temps: les vendeurs de l'arrière-monde libéral, les dévots de la modernité qui confondent le présent de leurs jouissances étroites avec le cours de l'Histoire, les gens en cour qui gavent le commun des mortels comme un sadique son troupeau d'oies décérébrées et autres variations sur le thème nietzschéen du dernier homme.

Le romancier voyant

Michel Houellebecq est au service: au service du réel. Moi qui croyais de manière un peu courte que le roman était une fiction agissant comme le prétexte à un style, j'ai découvert qu'il pouvait être mieux qu'un livre de philosophie, une terrible saisie du réel parce que cette saisie s'effectue en amont du réel même. Avant que ce qui est soit, le romancier voyant dit ce qu'il va être. Et il ne se trompe pas.

Soumission annonçait ce qui allait advenir à quelques heures de l'avènement même. Souvenons-nous que le livre paraît le jour même où l'équipe de Charlie Hebdo est décimée par un commando qui tue pour venger le Prophète selon l'expression des tueurs kamikazes. Au moment où Michel Houellebecq parle à France Inter, le Vatican de la Moraline, le commando roule vers son forfait. Les prêtres de la religion de notre époque sans religion le sermonnent: si ce qu'il annonce devait advenir, il en serait tenu pour responsable ; il serait donc coupable ; donc punissable ; donc à clouer au pilori médiatique. Où l'on reconnaît la vieille logique du prêtre.

Comme pour répondre à cette menace cléricale, l'épiphanie de sa prédiction fut immédiate: dans l'heure qui suivit, ce qu'il avait annoncé dans un roman devenait effectif dans la réalité.

Non pas dans le détail, mais dans le mouvement, la dynamique, sinon la dialectique. S'il n'y a pas là preuve du chamanisme de l'auteur, ou du fait qu'il est, selon la définition de Rimbaud, un grand voyant, alors je veux bien me convertir à l'islam…

C'est cette révélation païenne qui me fit regarder autrement son œuvre passée: ce que j'avais pris pour une complaisance au nihilisme de notre époque était une erreur d'appréciation. J'avais pris le sismographe pour responsable de l'éruption volcanique. Le doigt pour la lune…

«Michel Houellebecq ne crée pas le nihilisme de notre époque, mais s'en trouve saturé comme une éponge avant de le régurgiter dans ses romans»

Pourtant, l'histoire ancienne aurait dû me prévenir et me préserver de pareille bévue: que Proust décrive dans une phrase qui ressemble à la musique de Fauré l'effondrement de la société aristocratique raffinée, bien qu'épuisée, et l'avènement d'une bourgeoisie d'affaires puissante mais grossière n'en fait pas le responsable de ce basculement dans l'Histoire. Il témoigne, il raconte, il rapporte, il décrit, il fige. Pas plus que Carjat ne crée le visage de Rimbaud qu'il fixe sur le papier argentique pour l'éternité, Proust ne tue la mondanité particulaire ou ne fait naître l'aristocratie de l'argent.

Même remarque avec Michel Houellebecq qui ne crée pas le nihilisme de notre époque mais s'en trouve saturé comme une éponge avant de le régurgiter dans ses romans: le dégoût du corps performant, la sexualité triste, l'abîme du solipsisme, la fiction de toute intersubjectivité, la religion du Veau d'or, l'abolition de toute transcendance, la fin du sacré, la tyrannie de la marchandise, le capitalisme thanatophilique, l'ultracynisme de l'art contemporain, le tourisme sexuel, etc.

«Dans son style blanc et neutre, Michel Houellebecq est le greffier sobre de cette évidence : le judéo-christianisme s'effondre après deux mille ans d'une puissance épuisée»

Cette constatation de ce qui est fait de lui un sociologue hors pair de l'époque, certes, du temps, évidemment, mais aussi de la civilisation. Chacun sait depuis Valéry que les civilisations sont mortelles, mais tout le monde fait comme si cette évidence concernait les civilisations passées, les autres civilisations, mais pas la nôtre. Dans son style blanc et neutre, Michel Houellebecq est le greffier sobre de cette évidence: le judéo-christianisme s'effondre après deux mille ans d'une puissance épuisée. Sa singularité réside dans le fait qu'il est le romancier de cette force épuisée.

Il excelle dans l'art de dire ce qui est mais, mieux, ou pire pour certains, il excelle aussi dans celui de dire ce qui va être. Interroger la génétique et la possibilité de la transgenèse pose, avant l'heure de son triomphe, la question du transhumanisme. Car, quand aura cessé l'heure des civilisations territorialisées, dont la nôtre, puis celle qui la remplacera, arrivera le temps de la civilisation déterritorialisée et planétaire.

L'enjeu véritable sera le transhumanisme

C'est alors que l'enjeu véritable sera le transhumanisme: des corps augmentés, la sexualité virtualisée, l'intersubjectivité médiatisée par l'artifice, le sacré réinvesti dans la technique, la transcendance sublimée dans la pure immanence, le souci de l'immortalité réactivée dans une religion athée, autant de directions qui offrent des issues possibles au nihilisme de notre époque - et de notre auteur. Issue nihiliste? Possiblement si l'on en juge avec nos valeurs, mais les valeurs sont aussi périssables. Et le nihilisme travaille à sa fin, c'est d'ailleurs sa fonction finale.

Soumission est le roman d'avant la civilisation déterritorialisée. Probablement le roman qui s'intercale entre la fin de notre civilisation et celui de la civilisation d'après les civilisations. Il faut pour le comprendre un sens de l'Histoire qui a disparu, noyé… dans le nihilisme!

 
Ne surtout pas se fier à son oeil apparemment embrumé: Michel Houellebecq voit tout, note tout, raconte tout. Il est le miroir le moins déformant de notre époque si troublée - pour ne pas dire perdue. - Crédits photo : Philippe MATSAS/Opale -

En présence de la longue durée, le roman raccourcit les vitesses. Et ce livre est probablement le plus vif de son auteur, le moins englué dans la matière du monde, le plus aérien - le plus voltairien aussi, ou le plus nietzschéen, disons: le moins schopenhauérien…

Car ce roman ne se réjouit pas de ce qui pourrait advenir, il dit ce qui semble le plus à même de venir. Spinoziste pour le coup, il se propose ni de rire ni de pleurer, mais de comprendre. C'est d'abord un roman sur la quête de sens dans une époque dépourvue de sens.

Dans une conversation, Michel Houellebecq m'a dit qu'il avait commencé ce livre avec en tête le désir de mettre en scène une conversion chrétienne - c'est en fait une conversion à l'islam qui s'impose au voyant.

Que le héros du roman soit un spécialiste de Huysmans n'est pas sans raison. Même universitaire, la passion pour cet auteur renvoie à cette phrase bien connue de Barbey d'Aurevilly qui, après avoir lu A rebours, dit que l'auteur symboliste n'avait plus désormais le choix qu'entre «la bouche d'un pistolet ou les pieds de la croix». Le héros de Soumission estime finalement que s'il lui faut choisir entre le suicide et le catholicisme, il opte pour l'islam!

«L'esprit du temps, le fameux Zeitgeist, est à l'islam. Il n'y a matière ni à en rire ni à en pleurer, mais à comprendre»

Le sens de l'Histoire n'est pas en faveur des conversions au catholicisme. Certes, le sens du roman peut bien contredire le sens de l'Histoire, c'est son droit le plus strict, et c'est même parfois ce qui rend possible le grand livre. Mais l'esprit du temps, le fameux Zeitgeist des philosophes allemands, est à l'islam - il n'y a matière ni à en rire ni à en pleurer, mais à comprendre.

On sait que Michel Houellebecq a donné un grand coup de pied dans la fourmilière de Mai 68, et ce dans un monde où les soixante-huitards ont pris le pouvoir et sont devenus les soutiers zélés du nihilisme libéral. La critique de Mai 68 était jadis un domaine réservé de la droite ; hors idéologie, cette même critique est devenue une hygiène de la lucidité.

Vers un retour du sens

 
Prise par Philippe Matsas pour Le Figaro Magazine, cette photo avec Iggy Pop a fait le tour du monde. - Crédits photo : Philippe Matsas

Pour le meilleur et pour le pire, Mai 68 a aboli le sens et ce qui faisait sens. Or, l'islam propose un retour du sens et de ce qui fait sens dans un monde dépourvu de sens. Il se peut que ce soit un sens insensé, mais peu importe: il suffit à combler ceux qui sont en déshérence existentielle ou en errance ontologique. D'autres sens insensés ont fait sens - le marxisme, le fascisme, le léninisme, le maoïsme, le guévarisme, le structuralisme, le lacanisme, etc. Pourquoi pas ce nouvel insensé dans une époque où le besoin de consolation est impossible à rassasier?

Soumission raconte le mol oreiller que constituent toujours l'obéissance, l'assujettissement, la vassalité, la subordination, la sujétion, la servitude volontaire, la fin de la quête angoissante et l'apaisement en vue de la clairière de lumière, fût-elle de lumière noire.

Michel Houellebecq n'a nulle part écrit que c'était une bonne chose que de se soumettre à l'islam, ni même une mauvaise, mais que c'était une chose comme une autre et qu'il n'y avait là ni matière à rire ni à pleurer, mais tout juste matière à comprendre et à raconter. Il n'est militant d'aucune cause en la matière. Il regarde, il voit, il dit.

«Pas plus que le radiologue n'est responsable du cancer qu'il ­annonce au patient qu'il vient de radiographier, Michel Houellebecq n'est fautif du monde qu'il décrit et qui s'avère le nôtre»

Pas plus que le radiologue n'est responsable du cancer qu'il annonce au patient qu'il vient de radiographier, Michel Houellebecq n'est fautif du monde qu'il décrit et qui s'avère scrupuleusement le nôtre - le nôtre qui est, le nôtre qui advient et le nôtre qui sera. Comme Robert Combas en peinture, il est un chamane au corps sismographique. Craignons le prochain roman de Michel Houellebecq, il nous dira à quels gibets nous serons pendus. […]

Un compagnon de route en lecture tragique du monde, en sismographe de l'ennui et de la souffrance, en pitié pour les animaux, en salut par la contemplation esthétique et en sexe triste n'a pas vocation à autre chose qu'à l'absolue singularité - et qui ne dirait que Michel Houellebecq n'est pas en nos temps nihilistes l'absolue singularité? Un miroir du nihilisme, mais un miroir sans pareil.


Ce texte est extrait d'une longue contribution de Michel Onfray à un Cahier de L'Herne spécialement consacré à Michel Houellebecq (en librairie le 4 janvier, 384 p., 33 €). À paraître également le 4 janvier, un texte inédit de Michel Houellebecq, intitulé En présence de Schopenhauer (Éditions de L'Herne, 96 p., 9€). À noter, enfin, la sortie en édition de poche le 4 janvier de Soumission (J'ai Lu, 320 p., 8,40€).

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Quel est celui que l'on prend pour Michel Houellebecq ?

Par Sébastien Lapaque
Publié le 04/01/2017 <<<<<<<<<<LFP<<<<<<<<<<<<<<<

FIGAROVOX/TRIBUNE - La parution du Cahier de L'Herne consacré à l'auteur de Soumission permet de mieux connaître l'écrivain le plus célèbre et le plus méconnu de son époque, estime le critique littéraire du Figaro, Sébastien Lapaque.

 


Sébastien Lapaque est romancier, essayiste et critique littéraire au Figaro. Prix François Mauriac de l'Académie française en 2000 et prix Goncourt de la nouvelle en 2002, il a récemment publié La Convergence des alizés (éd. Actes Sud, 2012) et Théorie d'Alger(éd. Actes Sud, 2016). Il a lu pour le FigaroVox le nouveau Cahier de l'Herne consacré à Michel Houellebecq.


«Lapaque, tu n'arriveras pas à faire de moi un écrivain catholique!» m'avertissait un jour Michel Houellebecq, avec lequel j'essayais sans doute de reparler de saint Paul, de Pascal et de Péguy. C'était en avril 2013 au moment où Configuration du dernier rivage paraissait en librairie. Dans ce receuil, il me semblait avoir trouvé des poèmes où passait l'ombre de la foi. Par exemple celui-ci: «Disparue la croyance / Qui permet d'édifier / D'être et de sanctifier, / Nous habitons l'absence.» J'en parlais à l'écrivain. Mais il était tard, à Paris, je ne me souviens plus de tout. Après les verres de blancs, descendus tout seuls, Houellebecq avait bu deux, trois, de nombreux verres de Grand Marnier, simplement accompagné de glaçons.

La première fois que j'avais vu Michel Houellebecq, c'était en 1996, au premier étage du café de Cluny.

La première fois que j'avais vu Michel Houellebecq, c'était en 1996, au premier étage du café de Cluny, où Arthur Rimbaud calligraphia jadis un quatrain scatologique sur les murs des toilettes. Aujourd'hui, les sauvageons ont moins souvent l'insolence rimeuse et le café de Cluny a cédé la place à une pizzéria qui régale des touristes japonais de plats réchauffés par des Pakistanais sous-payés. N'importe! Je revois comme si c'était hier Houellebecq assis dans la grande salle où Verlaine s'étiola à l'absinthe. Avec Luc Richard, nous étions venus interroger pour la revue Immédiatement le poète signalé de La Poursuite du bonheur (1991) et du Sens du combat (1996), qui n'était pas encore le romancier couvert de gloire des Particules élémentaires (1998), de La Carte et le Territoire (2010) et de Soumission (2015). Le succès d'estime de son roman Extension du domaine de la lutte (1994) avait cependant commencé d'établir sa réputation parmi les vrais lecteurs ; et celle-ci n'était pas encore mauvaise chez les agents de la circulation idéologique.

Avec Michel Houellebecq, nous avions parlé du Christ, de la malédiction de Babel, de la liberté et de la grâce, de la raison raisonnante, du péché originel, de la gloire de Dieu et du salut du monde.

Avec Michel Houellebecq, nous avions parlé du Christ, de la malédiction de Babel, de la liberté et de la grâce, de la raison raisonnante, du péché originel, de la Réforme protestante, de la gloire de Dieu et du salut du monde. Notre entretien, publié dans le n°2 d'Immédiatement, en décembre 1996, avait déclenché des orages. «Nazifacho», «national-révolutionnaire» et tout le tremblement… Ça nous apprendra d'aller à la messe le dimanche. Stratège prudent entouré d'une cour de vigilants, Michel Houellebecq l'avait prudemment fait disparaître du volume de «réflexions théoriques» intitulé Interventions, publié avec Les Particules élémentaires, roman choc destiné à obtenir le prix Goncourt à l'automne 1998.

Cette pièce à conviction reparaît à deux décennies de distance, dans le Cahier de l'Herne consacré à Michel Houellebecq. On le découvrira pour vérifier mon obstination. «Lapaque, tu n'arriveras pas à faire de moi un écrivain catholique!» A l'époque, déjà, j'essayais vainement de lui faire parler d'une montée transgressive vers le dieu qui s'élucide notamment dans ses poèmes. «A rebours», comme dirait Huysmans, Michel Houellebecq semble cheminer vers le porche du mystère, recherchant l'abondance du péché pour provoquer la surabondance de la grâce.

Depuis notre conversation de 1996, et malgré le moment «bouddhiste» de Platerforme (2001) et de La possibilité d'une île (2005) destiné à amuser les cancres des Inrockuptibles, l'écrivain a souvent expliqué qu'il avait essayé de se convertir au catholicisme mais que Dieu ne voulait pas de lui. Dieu n'en voudrait pas? Je ne critique pas le côté farce, mais pour le fair-play, il y aurait quand même à redire

Dans L'Herne, c'est à Maurice G. Dantec, écrivain prodigue mort en juin 2016, qu'il revient de répondre à Michel Houellebecq.

Dans L'Herne, c'est à Maurice G. Dantec, écrivain prodigue mort en juin 2016, qu'il revient de répondre à Michel Houellebecq. «La foi est une grâce. Là-dessus Michel, tu n'y peux rien. Mais bizarrement, nous catholiques, on est du côté de la raison. On n'est pas des fidéistes comme les islamistes. Tu peux te faire baptiser sans avoir une foi foudroyante. Si tu crois à l'Ancien et au Nouveau Testament, si tu penses que le peuple juif est probablement le peuple le plus important de l'histoire humaine, si tu crois que la civilisation occidentale, pas celle décadente d'aujourd'hui mais celle de ses fondations, celle du Moyen Age, celle de la haute Antiquité, les Grecs, les Romains, ça a une valeur, fais-toi baptiser, et confirmer. Je te le dis comme ça. On n'est pas des fidéistes, tu n'es pas obligé d'avoir, je te répète, une foi mégatonnique. Mais si tu es du côté de la raison, tu comprendras que la foi catholique, c'est la seule vraie. Et donc dans ce cas-là, va voir un prêtre, fais-toi baptiser et confirmer, tu seras sauvé. Ça sera un beau cadeau pour toi, je dirais.» Romancier démiurge, génial et fou, Dantec avait des intuitions lumineuses et surprenantes. Et sa fusée d'oute-tombe établit un lien nécessaire entre l'Ancien et le Nouveau Testament, partant entre juifs et chrétiens. Seule une lecture incomplète de Soumission, sorti le 7 janvier 2015, le jour de la tuerie islamiste à la rédaction de Charlie Hebdo, peut laisser penser que «ce roman fantasme (…) une réconciliation entre les courants identitaires de tradition catholique et un Islam rigoriste», ainsi que le fait Marc Weitzmann dans L'Herne. C'est dommage, car la subtile réflexion de Weitzmann sur l'oeuvre de Houellebecq et sa route d'écrivain est par ailleurs une des plus libres et des plus intéressantes. Comment peut-il évacuer de manière si légère le personnage central de Myriam, le dernier amour de François, le narrateur de Soumission, qui la regarde avec désespoir s'exiler en Israël avant de céder à la proposition islamique et à la volonté de puissance subséquente? Comme Marie, mère de Jésus, Myriam en hébreux, fille juive de Judée, héritière d'une longue lignée de matriarches illustrée par Sarah, Rebecca, Rachel et Léa, figure centrale de la foi catholique qui appartient cependant entièrement à la Bible hébraïque, la Myriam de Soumission ne sépare pas les juifs et les chrétiens. Elle les unit.

Qui a lu La Carte et le Territoire, prix Goncourt 2010, sait que Michel Houellebecq est français par toutes les fibres de son être.

Dans notre entretien de 1996, Houellebecq avouait son émerveillement pour la place faite par l'Eglise à Marie-Myriam, «Celle qui pleure», comme disait Bloy. «J'ai d'ailleurs la plus profonde estime pour le catholicisme. (…) Il a attribué un rôle très important à la Vierge, à tel point qu'on peut se demander si à certaines époque comme le Moyen Age, on ne mettait pas la Vierge au centre de tout.» L'homme qui parle ainsi ne peut pas souhaiter voir «les Juifs en Israël», comme le suggère Marc Weitzmann. Qui a lu La Carte et le Territoire, prix Goncourt 2010, sait que Michel Houellebecq est français par toutes les fibres de son être. Or un Français ne peut pas ignorer ce que le philosophe Michaël Bar-Zvi rappelle avec passion dans Israël et la France, l'alliance égarée (éd. Les Provinciales, 2014). La rencontre entre juifs et chrétiens, dans le cher et vieux pays, n'est pas circonstancielle. Elle est consubstantielle. Israël n'est pas une greffe sur l'arbre français. C'est le tronc lui-même, ainsi que Charles Péguy, que Michel Houellebecq aime plus qu'il n'ose généralement le dire — ce qu'il aurait dû le rappeler à Bernard-Henri Lévy à l'occasion de leur dialogue de sourds —, s'est acharné à l'expliquer aux antisémites dans Notre Jeunesse. Les Capétiens n'étaient-ils pas réputés descendre directement d'une des tribus perdue d'Israël, ainsi que Colette Beaune l'a expliqué dans Naissance de la nation France ? Et le roi de France nommé novus David, nouveau David, au moment où il recevait l'onction sacrée dans la cathédrale de Reims?

Avec le départ de Myriam pour Israël et l'échec de la conversion de François au catholicisme, la défaite mise en scène dans Soumission est double et la France y perd doublement son âme. Pour éviter d'être «soit dans l'anathème, soit dans la génuflexion», ainsi que le déplore Marc Weitzmann, qui se désole d'avoir assisté à l'apparition d'«un phénomène de cour autour de lui», il faut savoir lire Michel Houellebecq sans être dupe de son art de jouer avec les situations d'énonciation.

Quel est celui que l'on prend pour Michel Houellebecq ? C'est la question qui venait à l'esprit en visitant l'exposition «Rester vivant» présentée au Palais de Tokyo en 2016.

Quel est celui que l'on prend pour Michel Houellebecq? C'est la question qui venait à l'esprit en visitant l'exposition «Rester vivant» présentée au Palais de Tokyo entre juin et septembre 2016 ; elle continue d'être posée par le Cahier de l'Herne qui est présentement consacré à l'écrivain, avec des interventions, des contributions, des documents et des témoignages venus d'horizons très variés — mais tous parfaitement under control, ainsi qu'on le pressent. Comme l'exposition du Palais de Tokyo, L'Herne Houellebecq est une façon d'installation conçue par l'écrivain lui-même pour modifier la perception de son oeuvre et de sa vie. Pourquoi pas? S'élaborer soi-même est le privilège de l'artiste, qui est libre de s'inventer et de se réinventer en faisant «de son corps, de ses comportements, de ses sentiments et passions, de son existence une œuvre d'art» ainsi que l'avait observé Michel Foucault à propos de Charles Baudelaire. Nous préférons voir Houellebecq et son oeuvre déconstruits par lui-même, et par quelques-uns de ses amis, plutôt que ses romans soumis à un interrogatoire de police. Il y a des gens qui savent lire, au sommaire de ce Cahier d'un genre un peu particulier: Michka Assayas, Frédéric Beigbeder, Sylvain Bourmeau, Emmanuel Carrère, Pierre Cormary, Dominique Guiou, Jérôme Leroy, Michel Onfray, Lydie Salvayre et Marin de Viry. D'autres dont l'intelligence nous manque, comme Bernard Maris et Philippe Muray.

Orfèvre du contrepied, l'homme est également doué pour faire coïncider les opposés.

Outre celle de Jean-Marc Quaranta, auteur de l'excellent Houellebecq aux fourneaux (éd. Plein Jour, 2016), l'écrivain a par ailleurs la chance d'avoir suscité l'attention d'universitaires de grande qualité. Ainsi Agathe Novak-Lechevalier, patiente maître d'oeuvre de la somme bio-bibliographique présentée aujourd'hui. Ou Bruno Viard, auteur d'une passionnante contribution intitulée «Situation politique et historique de Houellebecq» dans laquelle il insiste sur les stratégies de brouillage d'un artiste largement «antiphrasique» et «ironique». Orfèvre du contrepied, l'homme est également doué pour faire coïncider les opposés. «L'antilibéralisme systématique de Houellebecq le place a l'extrême gauche au plan socio-économique mais à droite au plan de la morale.» C'est ce qui nous plaisait à l'époque de la revue Immédiatement, où nous savions par coeur les vers du Sens du combat : «Nous refusons l'idéologie libérale au nom de l'encyclique / de Léon XIII sur la mission sociale de l'Évangile et dans le / même esprit que les prophètes antiques appelaient la ruine / et la malédiction sur la tête de Jérusalem».

Après le café de Cluny, il y eut d'autres rencontres, notamment un dîner dans le XVe arrondissement, conclu par une partie de baby-foot au bar Le Cadran Breton, du côté de Montparnasse. Elle opposait une doublette d'Immédiatement au duo Michel Houellebecq/Benoît Duteurtre. Ce soir-là, on découvrit que le Michel de la vie réelle ressemblait au Michel des Particules élémentaires. Non seulement il aimait porter des anoraks et des bonnets ridicules, mais il ne savait pas jouer au baby-foot.