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Par Stéphane Kovacs
Mis à jour le 04/12/2018 à 21h05

Une délégation de « gilets jaunes » a quitté Mende pour se rendre à Paris.

C'est une longue «marche jaune» depuis Mende, en Lozère, jusqu'à l'Élysée. Il y a Ricou, éducateur dans les sports mécaniques. Sébastien, accordéoniste, qui vient de l'Aveyron. Patrice, fonctionnaire des impôts, qui «risque de perdre son poste» après être «sorti de son droit de réserve». Et puis Gaël, handicapé, qui a tenu à suivre dans sa camionnette, transportant les vivres, les sacs de couchage et les courriers. Des «centaines, et même des milliers de lettres et de pétitions» qu'ils apporteront, «pour Noël», au président de la République. Comme Patrick de Perglas, un autre «gilet jaune», qui avait parcouru 340 km à pied de Chalon-sur-Saône jusqu'à Paris et fait une grève de la faim, et qui a pu avoir un court échange avec Emmanuel Macron ce mardi, ils espèrent être entendus.

C'est au rond-point de Fontanille, à la sortie de Mende, qu'ils se sont rencontrés il y a une dizaine de jours. «Les gens nous apportaient à manger, nous parlaient de leurs problèmes, raconte Ricou, 53 ans. Mais comment faire remonter tout ça à nos dirigeants, qui sont complètement perchés, à Paris? On s'est dit: on va demander aux habitants d'écrire des lettres, et on va les transmettre à l'Elysée.» Tout au long de leur périple de près de 800 km, ils ont prévu de traverser quelque 200 communes. «Préparez vos lettres à Macron!» lance Ricou, le meneur, gilet jaune sur doudoune rouge, sur leur page Facebook «En marche pour Paris».

«Y a le feu à la baraque»

«Lundi soir, on a fait notre première halte à Pradelles, en Haute-Loire, hébergés par le maire, précise-t-il. Ce mardi, nous dormirons au Puy-en-Velay. Chaque jour, on a prévu des haltes, avec des gens qui viennent nous rencontrer, marcher quelques bornes à nos côtés.»

Les annonces d'Édouard Philippe ne leur feront «certainement pas» rebrousser chemin. «C'est de la vaseline! s'enflamme Ricou. Y a le feu à la baraque ; il faudrait trois Canadair, et on nous propose trois chopes à bière!» Saisonnier, Ricou gagne «entre 1300 et 1500 euros les bons mois, mais 800 euros hors saison». «Quelquefois, j'ai des parents qui me paient en fromages ou en saucissons, assure-t-il. On a rencontré des gens qui ne font qu'un repas par jour: c'est ça, la France de 2018! Nous, on veut la dignité.» Ces marcheurs en fluo clament aussi ce qu'ils «ne veulent pas» : «la violence». «Attention! mettent-ils en garde. Même chez nous, en Lozère, il y en a qui sont en train de préparer les baïonnettes, qui veulent aller jusqu'à Lyon la prochaine fois! Nous, on n'a pas envie que ça se transforme en guerre civile.»

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 05/12/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici