... « Le corps comme ÊTre sexué » par Maurice Merleau Ponty ...

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EXTRAIT

La pensée de MP est donc une méditation sur le corps, et le corps est une catégorie fondement. La « fonction primordiale » cherchée par le début de notre texte, par laquelle nous faisons exister pour nous ce qui est, est le corps lui-même. Ainsi le corps n’est pas un objet mais le lieu à partir duquel l’auteur pense et trouve la particularité de la subjectivité humaine, ie le lien unique tissé par un sujet avec un objet élu, dont l’ultime résultat est une affinité à être au monde, comme l’atteste l’élection par l’auteur du désir comme matière du tissage. Mon rapport au monde n’est pas domination, fût elle épistémologique, mais de vision, d’affectivité, et de désir.

Remplacer le pouvoir par l’amour est un gain de la philosophie merleau pontienne.

 
 
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EXTRAIT
 
 Introduction
L’intérêt pour les problématiques phénoménologiques en sciences du langagen’a cessé de croître. En attestent les nombreuses recherches qui, tout en restantà l’intérieur de montages théoriques des disciplines linguistiques et sémiotiques,ont néanmoins pris en considération, de façon de plus en plus importante, cer-taines questions issues de la tradition phénoménologique. Il ne s’agit pas seulementd’une affaire d’histoire des théories linguistiques, quoiqu’elle soit remarquable. Ontouche plutôt à une nouvelle interrogation sur certains dispositifs et sur des notionsqui, bien que mis au jour depuis près de quarante ans sinon plus, se retrouventencore une fois au cœur de discussions sur la nature de l’activité langagière, penséecomme une praxis expressive et socio-sémiotique. Dans cet article j’essaierai deplacer l’idée, extrêmement délicate, d’« expérience linguistique » au centre de ma réflexion ; tout particulièrement en développant uneconvergencethéorique entred’une part des réflexions saussuriennes qu’on retrouve surtout dans les Ecrits delinguistique générale, et, d’autre part, la phénoménologie de la parole envisagéepar Merleau-Ponty. Le but de cet article est de montrer la présence d’une questionthéorique partagée par Saussure et Merleau-Ponty, même si elle estarticulée d’une une expérience de langage? Quels concepts et quels dispositifs théoriques faut-il mobiliser pour comprendre la notion d’expérience linguistique? Et troisième question : y a-t-il une place pour le sujet parlant dans cet enjeu, qui est celui denvisager la nature de l’activité langagière en tant que praxis des locuteurs ?
 
Saussure : le langage comme « phénomène »
Dans la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty, la fgure de l’Etre-au-mondejoue un rôle central pour la compréhension des faits perceptifs, des actions sémiotiques (et linguistiques) et des pratiques symboliques (cf. Merleau-Ponty1945 ; 1960 ; 2011). A travers cette fgure, Merleau-Ponty a construit une philo-sophie de la perception et du corps percevant, dont le but est d’établir un lien entre expérience et expressivité, sujet (parlant) et institutionnalisation des formes.Il s’agit d’un projet philosophique qui se déploie dans les différents domaines del’ontologie merlau-pontienne de la chair (cf. Bimbinet 2006).
Chez Saussure, au contraire, cet enchevêtrement conceptuel reste apparemment mystérieux. En effet, la notion de sujet parlant ne semble pas se trouver au centred’une réflexion systématique sur les relations entre l’expérience linguistique, la langue et les pratiques de la parole. Pourtant, il ne faut pas oublier l’insistance deSaussure sur deux questions problématiques. D’abord le linguiste a souligné l’im-possibilité de sepasser de la notion de conscience du locuteur pour comprendre l’identité des signes et la nature du phénomène langagier : « notre point de vue constant sera de dire que non seulement la signifcation mais aussi le signe est un fait de conscience pur » (Saussure 2002, p. 19). Un de critères fondamentaux de la défnition même de ce qui est à proprement dire une forme, passe par l’exercice de reconnaissance ou d’identifcation propre à la conscience des sujets :une forme est une fgure vocale qui est pour la conscience des sujets par-lantsdéterminée, c’est-à-dire à la fois existante et délimitée. Elle n’est riende plus ; comme elle n’est rien de moins. Elle n’a pas nécessairement un« sens » précis ; mais elle est ressentie comme quelque chose qui
est 
, qui deplus ne serait plus, ou ne serait plus la même chose, si on changeait quoique ce soit à son exacte confguration. (Saussure 2002, p. 129)En même temps Saussure a ocalisé son intérêt sur la « dialectique » entre
langue
et
 parole
, dont la compréhension passe par une considération probléma-tique du rôle du sujet parlant (c. De Palo 2007 ; 2010). Si ce n’est qu’à traversdes sujets concrets qu’on peut observer la vie sémiologique des signes, il estaussi nécessairede comprendre le phénomène linguistique du point de vue de ce
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A. Bondì : Le sujet parlant comme être humain et social 27sujet dont on parle. C’est pour cette raison quenous trouvons chez Saussure unthème « phénoménologique » à l’intérieur de son travail de linguiste. Les Ecrits delinguistique générale comportent toute une série de textes dans lesquelsSaussureproblématise le langage en tant que
 phénomène
, et quinous apparaissent témoi-gner d’une intuition proonde de ce nœud conceptuel :le langage est un phénomène ; il est l’exercice d’une aculté qui est dansl’homme. La langue est l’ensemble des ormes concordantes que prend cephénomène chez une collectivité d’individus et à une époque déterminée.(Saussure 2002, p. 129)Que veut dire Saussure ? En employantce concept de
 phénomène,
pense-t-ilà
quelque chose de plus précis du point de vue théorique ? Nous croyons qu’enreproduisant cette « posture philosophique » saussurienne, qui considère le lan-gage comme un
 phénomène
,
nous pouvons tenterune esquisse de phénoménologielinguistique (c. Visetti, Rosenthal 2010). Donc, le langage nous
apparaît 
en tantqu’
exercice d’une aculté 
(ou d’une
activité 
) qui est typiquement humaine. Il semanieste concrètement à la conscience des locuteurs à travers des actions sémio-linguistiques, qu’on appelle les
actes de langage
, et en même temps à l’intérieurd’un ensemble de
 ormes concordantes
, plus ou moins stabilisées et plus ou moinspartagées parmi les locuteurs : la
langue
. La nature
 phénoménale
du langage tientà cette tension entre la
concrétude
de la
 parole
et la
 puissance
ou
 potentialité 
de lalangue, cette relation étant défnissable en termes de réciprocité permanente :dans l’acte de langage la langue tire à la ois son application et sa sourceunique et continuelle (…) le langage est à la ois l’application et le généra-teur continuel de la langue, […] la reproduction et la production (Saussure2002, p. 129)Il est important pour Saussure de souligner à ce propos les « erreurs » de la lin-guistique – et notamment celles de l’école de Franz Bopp, qui a conçu la languecomme douée d’« un corps et une existence imaginaire en dehors des individusparlants » (Saussure 2002, p. 129). Cette école considère le langage comme unesimple
application
de la langue, celle-ci étant comprise comme un système abs-trait, serré et délimité. Pour l’école de Bopp, selon Saussure, la
langue
en tant queprincipe organique et système serré constitue la condition nécessaire pour l’exis-tence même du langage. De ce point de vue, Saussure reproche à cette théorielinguistique de ne pas avoir compris ni la nature
 phénoménale
du langage ni celleintrinsèquement dynamique de l’activité de parler (c. Bulea 2006 ; 2009) :la première école de linguistique n’a pas envisagé le langage dans soncaractère de phénomène. Il aut dire plus. Elle a ignoré le ait du
langage
,
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28 Cahiers Ferdinand de Saussure 65 (2012)s’est attaqué directement à la
langue
soit à l’idiome et n’a vu l’idiome qu’àtravers le voile de l’écriture. Il n’y a pas de parole, il n’y a que des assem-blages de lettres. (Saussure 2002, p. 130)Alors comment sortir de cette impasse ? Il existe une possibilité que Saussureva exploiter. Pour comprendre le phénomène du langage, dit-il, il aut se placer àl’intérieur d’un dispositi théorique qui comprend la notion de sujet parlant. Ainsi,il est en train d’ouvrir une voie qui, même de açon ambiguë, puisse dépasserl’impasse :la conquête de ces dernières années est d’avoir enfn placé (…) tout cequi est le langage et la langue à son vrai oyer exclusivement dans le
sujet  parlant 
soit comme être humain soit comme être social. (Saussure 2002,p. 130)Même si elle est séduisante, cette ormulation du sujet parlant comme être àla ois humain et social reste ort mystérieuse. Quelles sont les implications théo-riques de ce concept, qui est apparemment un concept clé pour la compréhensiondu langage ? Et, autre question, en avons-nous vraiment besoin pour défnir l’ex-périence linguistique et ses modalités de constitution chez les locuteurs ? Parois,Saussure hésite et ne va pas au- delà de ormulations génériques. Pourtant l’im-portance et la nature du sujet parlant se retrouvent liées à un dispositi théorique,dans lequel elles se mêlent aux concepts d’historicité du langage et des langues età celui de temporalité constitutive de la vie sémiologique (Bulea 2005).Le dispositi saussurien : histoire – temporalité – sujet parlantSaussure afrme qu’il ne aut pas séparer l’étude du langage de l’analyse deslangues. Les descriptions de phénomènes singuliers n’ont pas de sens scientifquesi elles ne nous donnent pas en même temps un aperçu sur le
 ait 
(phénomène)général du langage. Si, au contraire, l’analyse descriptive et l’aperçu de l’activitélangagière arrivent à se croiser, on découvre la nature
historique
et
temporelle
dulangage :plus on étudie la langue, plus on arrive à se pénétrer de ce ait que
tout 
dansla langue est
histoire
, c’est-à-dire qu’elle est un objet d’analyse historique,et non d’analyse abstraite, qu’elle se compose de
 aits
, et non de
lois
, que cequi semble
organique
dans le langage est en réalité
contingent 
et complète-ment accidentel.(Saussure 2002, p. 159)Saussure a dévoilé deux principes d’organisation internes aux signes, notam-ment celui de la
continuité dans le temps
et celui de la
mutabilité 
. De son point devue, grâce à ces deux principes, la nature historique du langage peut se dégager,
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