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Vers un darwinisme social

Que retenir du discours-fleuve prononcé par Emmanuel Macron devant les parlementaires le 9 juillet dernier ? Je voudrais commenter un aspect qui me semble essentiel. Macron a déclaré tout de go : "La priorité de l’année qui vient est simple : nous devons construire l’Etat-providence du 21e siècle."  Reste à savoir ce qu’il entend par "Etat-providence du 21e siècle". Historiquement, l’Etat-providence désigne en France le fameux "modèle social français" bâti par le Conseil national de la Résistance après la deuxième guerre mondiale.

Pour Macron, ce modèle est obsolète : « Notre solidarité est devenue, dans son fonctionnement, statutaire ; elle s'est attachée aux carrières, aux secteurs d'activité et ne correspond plus aux règles d'une économie de l'innovation et de la compétence. »  Et le président de nous promettre désormais un "Etat-providence émancipateur" : « Le pilier premier de la politique sociale à laquelle je crois est une politique de l’émancipation de chacun qui libère du déterminisme social, qui s’affranchit des statuts ».

Pour lui, supprimer les "statuts" ne constitue pas une remise en cause de ce qu’on l’on appelle parfois les droits acquis, mais une émancipation, un peu comme un affranchissement d’un lien d’esclavage qui empêche d’être adapté à la marche triomphante de la mondialisation-globalisation. D’une certaine manière, c’est une mutation historique qui s’opère, presque un nouveau stade de l’évolution de l’humanité. Ici, l’évolution n’est plus seulement un processus naturel dans un contexte donné, mais un processus culturel permis par la révolution techno-marchande et porté par le processus historique de globalisation.

Cette mutation-évolution exige de chacun une hyper-adaptabilité, une hypermobilité et un niveau de performance élevé. Ce qui se profile, c’est une forme de darwinisme social, c’est-à-dire une sélection naturelle des catégories socio-géographiques adaptées ou inadaptées aux exigences de la mondialisation.

Or, des catégories socio-géographiques nombreuses ne sont manifestement pas "adaptées" au néo-nomadisme performant. Je pense notamment à notre France périphérique. L’objectif de Macron est de les rendre adaptables. Et pour ceux qui ne seront pas "adaptables", on peut craindre une relégation sociale qui sera alors traitée par le nouvel Etat-providence du 21e siècle. Dans la nature, les inadaptés disparaissent ; dans le "nouveau monde" humaniste, ils sont relégués et "traités" socialement.

Se pose ici une question cruciale : peut-on accepter l’avènement d’un monde qui admet que des personnes soient exclues de facto, et en grand nombre, de la participation à l’œuvre commune et empêchées d’exercer leurs responsabilités dans la société, notamment par leur travail ?

Ce n’est pas parce que la société fournit - via un traitement "providentiel" - des moyens de subsistance aux personnes, que la justice se trouve satisfaite. Au contraire : le principe de participation au bien de la société est un élément constitutif de la dignité humaine.

C’est l’un des enjeux majeurs du monde qui vient. >>

Guillaume de Prémare

chronique Radio Espérance du 13 juillet 2018

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14:55 Publié dans Idées, Macron | Lien permanent