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ARTICLE

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La question de la liberté se pose comme nous le savons, pour la première fois dans la troisième antinomie de la Critique de la raison pure. Elle s'y pose en dehors de toute préoccupation morale. Il s'agit précisément de l'explication des évènements de ce monde par leurs causes.

A première vue, lorsqu'il s'agit du libre arbitre, il nous revient de dire que les philosophes depuis Saint Augustin parlent du libre arbitre pour désigner cette capacité qu'à l'homme d'acquiescer ou de résister ce qui s'impose à lui, autrement dit d'arbitrer et de trancher de manière souveraine.

C'est un droit disposant d'une possibilité d'agir ou de se déterminer à sa guise. C'est pour autant dire que le libre arbitre est non soumis à une domination étrangère ou encore à un quelconque pouvoir tyrannique. Si la liberté se comprend comme fondement du libre arbitre, alors ce problème doit se poser en termes de la volonté morale, et même, en termes techniques. Techniques parce qu'ils peuvent être formulés de manière suivante par différentes interrogations telles : `' Ai-je les moyens d'agir ? `', `'Ai-je le droit (positif) d'agir, la liberté me l'autorise-t-elle?''.

Cette liberté, dite intérieure soulève là un problème d'ordre moral mais aussi métaphysique, puisqu'à partir de ces deux interrogations ci-dessus, il revient tout de même de comprendre par la suite que, si nous sommes parfois la cause de nous-mêmes, nous sommes aussi capables de notre choix. Historiquement, la question du libre arbitre, de la liberté du choix ou de la volonté est au fondement même de l'anthropologie. Certes, on dira que le libre arbitre oriente la réflexion sur un plan qui lui est propre et qui reflète bien l'esprit de l'anthropologie en le plaçant au centre d'une dynamique entre la volonté et la liberté. Ce qui parait bien fondé.

Justement, cette preuve, est-elle une ? Cette attitude pourrait aussi être, non seulement le résultat d'un choix, mais l'effet intériorisé des circonstances extérieures. Comment donc le savoir ? Pour cela, il conviendrait de fonder philosophiquement l'idée du libre arbitre en démontrant qu'elle est rationnellement nécessaire ou à défaut possible. Déjà avec Descartes pour parler du libre arbitre, le sujet humain selon lui se saisit comme une substance qui pense dans l'expérience du doute méthodique. C'est ainsi que nous pouvons le lire lorsqu'il écrit : « Maintenant donc que mon esprit est libre, de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m'appliquerai sérieusement et avec liberté54(*)».

Cela veut justement dire que c'est bien `'moi'' (sujet), qui pense en tant que sujet libre, qui décide de ce qui est vrai, faux ou douteux dans mes représentations. C'est aussi le pouvoir de se déterminer à l'égard de nos pensées. Raison de plus, la liberté comme libre arbitre de la volonté morale implique l'idée de liberté intérieure fondée sur une expérience objective et universelle. C'est une conscience de soi et un pouvoir de juger en toute autonomie, sans qu'aucune détermination externe ne puisse être suffisante pour abolir en droit, sinon en fait, la réflexivité en quoi réside cette autonomie.

L'explication suivante est encore nécessaire pour déterminer le concept du libre arbitre dans la volonté morale. C'est pourquoi l'idée de liberté est problématique. Il faut la supposer pour éviter de faire de l'homme un simple objet soumis à des déterminations internes ou externes. Par là, nous pensons à des déterminations d'ordre biologiques, psychologiques sociales, etc. Mais, sans elle, l'homme ne pourrait être ni responsable de ses pensées et de ses actes, ni être considéré comme un sujet moral. Mais, le libre arbitre ici, dont Kant nous parle, signifie que chacun peut par la volonté morale se déterminer arbitrairement selon des motifs raisonnables ou non. Ainsi, se demande Saint Bernard : « Que fait donc le libre arbitre ? Dis-tu55(*)». La réponse à cette question conditionne toute la suite du traité de la liberté comme fondement du libre arbitre. A ce stade, la marge de manoeuvre du libre arbitre tient dans l'acte du consentement volontaire à l'oeuvre grâce à la liberté. Donc, où il ya consentement, il y a la volonté ; aussi, où il y a la volonté, il y a la liberté. Voilà pourquoi on l'appelle libre arbitre.

Mais, ce pouvoir de libre arbitre serait donc en tant que tel, extérieur à la raison. De plus, la réalité d'un tel pouvoir ne peut ni être démontrée a priori, car alors elle ne serait qu'une simple idée, ni être expérimentée objectivement. Puisque, la liberté en tant que cause de soi absolue échappe à la relativité nécessaire de toute expérience objective possible. Alors, le libre arbitre pour ce faire, ne serait ni prouvable, ni même rationnel.

Là-dessus, nous sommes tout à fait d'accord avec la démarche ; puisqu'il n'en reste pas moins que l'action de l'homme est libre, qu'elle n'est déterminée par aucune de ces causes et qu'elle peut et doit toujours être une conséquent pour un usage originel du libre arbitre. C'est pourquoi l'homme est parfois responsable même de ces conséquences résultant des actions contraires à la loi qu'il a autrefois entreprises. Or supposer que cette liberté soit comprise comme libre arbitre de la volonté morale importe que, Kant confère ainsi à la « liberté la valeur, non seulement d'une cause efficace, mais encore d'une fin objective, loin d'être extérieur à la volonté, est au contraire la volonté même se manifestant sous son aspect d'universalité et dans son identité essentielle avec la loi56(*) ».

Examinons ici la position de Kant, pour Kant le libre arbitre est une idée métaphysique et en tant que telle, la réalité de son objet n'est ni démontrable logiquement, ni prouvable expérimentalement. La liberté s'épanouit à l'extrême pointe de l'instant, dans un espace mental qui est hors temps, hors image et hors concept.

La philosophie morale se présente comme un guide de la vie et sans le libre arbitre, la théorie morale de Kant n'aurait aucun sens. Suivant ce dernier, le libre arbitre est donc le fondement nécessaire de toute moralité. Pouvoir démontrer ce système philosophique est indispensable à la morale. A cet effet, nous sommes amenés à constater que l'imposition à la loi, à la volonté, engage un nouveau rapport de la liberté au libre arbitre. Finalement, la réponse qu'on donne à la question posée suivant la méthode de solution est, et se base sur l'observation, importante pour la morale, que le libre arbitre est doué d'une liberté d'un caractère tout à fait particulier, laquelle ne peut être déterminée à un acte par un mobile « qu'autant que l'homme a fait de ce mobile sa maxime 57(*)». Maxime pris pour règle générale, suivant laquelle il veut se comporter ; c'est ainsi seulement qu'un mobile quelconque peut subsister conjointement avec l'absolue spontanéité du libre arbitre avec la liberté.

 

Elle représente même une qualité du silence intérieur. C'est d'ailleurs ainsi que les choses se passent dans une certaine organisation d'ordre d'idée telle que la philosophie morale de Kant soit féconde. Car, elle nous donne un libre cours, c'est-à-dire qu'elle nous enseigne, nous guide et nous éduque à suivre la raison et la loi morale. C'est tout le mérite de Kant et de Sartre d'avoir approfondi ce concept de libre arbitre en identifiant en son sein le retour d'une certaine forme de contrainte. Ce qui d'ailleurs nous conduit à l'idée de responsabilité. D'où la nécessité de parler de liberté et responsabilité morale des êtres raisonnables.

 

1. Liberté et la responsabilité morale des êtres raisonnables

 

La thèse de la liberté et de la responsabilité des êtres raisonnables est surtout et souvent en accord avec la morale. En effet, le mot responsabilité vient du latin ·respondere·, qui signifie répondre. L'être responsable c'est l'être qui peut avoir à répondre de ses actes parce qu'il en a eu la maîtrise. La responsabilité qui consiste pour l'être de répondre de ses actes découle d'une responsabilité plus profonde qui se définit comme une maîtrise des actes que l'on pose. Mais, cette maîtrise, à quelle condition l'a-t-on ? On est responsable quand on agit selon les lumières de la raison ; autrement dit, quand on agit selon la conscience et la liberté de soi.

 

Parler de la responsabilité dans la philosophie de Kant revêt un caractère particulier dans l'agir moral. Parce que toute définition respectable de la responsabilité doit nécessairement inclure en elle l'idée de ·Zurechnung ·, idée que Kant utilise et thématise. C'est-à-dire dans le dessein de découvrir ce qu'il serait convenu de penser sous une expression telle la responsabilité chez Kant.

L'idée de la responsabilité, est adéquatement comprise et porte le poids de son étymologie, d'assimiler la vertu pour des fins utiles, scellant du même coup la destinée humaine. Par la responsabilité, Kant se livre à la rigueur intérieure et surtout à l'obligation de vouloir toute la perfection dont l'être raisonnable est capable.

 

En effet, sentir le prix de la responsabilité morale des êtres raisonnables en liberté c'est vivre ensemble avec les autres selon les normes tout en sachant qu'on ne doit pas être dérangé ; c'est aussi avoir l'assurance que d'autres ne nous porterons pas atteintes ou ne nous gênerons pas à tout instant. C'est d'abord une liberté sociale qui intervient, ensuite morale et enfin protégée. Voilà pourquoi nous remarquons l'idée de responsabilité des êtres, sujets raisonnables.

En tant que possibilité de choix entre des possibles réputés contingents dont nous porterons la responsabilité devant les autres et surtout devant soi, devant le « tribunal de la conscience » pour citer Kant lui-même « Le sentier de la liberté est le seul où il soit possible d'user de sa raison dans la conduite de la vie58(*)». Il y a là déjà dans l'idée de la liberté et de la responsabilité des êtres raisonnables, une condition de l'existence d'une règle qui nous empêche d'être privés de la liberté : c'est la responsabilité morale.

Malgré tout cela, l'idée de la liberté et de la responsabilité des êtres raisonnables à des conséquences dont nous pouvons relever parmi tant d'autres. La conséquence est que, l'homme responsable est libre, cependant, pour être nécessairement libre, il doit répondre à ses actes, c'est-à-dire aux actes qu'il pose et dont il a conscience, que ce soit en morale ou encore en droit. Parce qu'il en est l'auteur, donc responsable bien sûr. Parler de la responsabilité en termes de la morale signifie que tout acte humain est susceptible d'être jugé soit par le ·bien· ou par ·mal·, car l'être humain responsable sa source dans le libre choix. Et qu'à ce titre, la responsabilité qu'incombe la liberté est aussi la possibilité de la faute.

Cependant, la liberté introduit la responsabilité morale qui, elle se dessine en plusieurs fonctions dont la plus déterminante est la synthèse critique des pressions extérieures, de la sensibilité ou des apories. A ce niveau par exemple nous évoquons l'idée des penchants de besoins et de passions dans le champ de la sensibilité, d'esclavage de tutelle et d'oppression dans le champ politique, de déterminisme dans le champ psychologique et socio culturel, de destin dans le champ métaphysique, d'aliénation dans le champ existentiel ou encore de nécessité dans le champ de la raison pour ne citer que ceux-là. Dans chacun de ces domaines, nous remarquons qu'une contrainte s'impose à l'individu.

Compte tenu de la nature différente de cette contrainte, la liberté quand elle est possible est susceptible elle aussi au-delà de tout cela, il va de soi que toute théorie qui prend l'homme, en tant que sujet raisonnable, sujet moral et responsable, en dehors du moment où il s'atteint lui-même, où il s'affirme et s'élève au rang de la dignité est d'abord une théorie qui supprime l'homme de la vérité. En second lieu, cette même théorie de la responsabilité est la seule à donner une dignité à l'homme. Par elle, nous voulons constituer le règne humain comme un ensemble de valeurs, des valeurs morales et éthiques.

Et l'homme par rapport à sa condition de responsable, ne se définit que par rapport à un engagement moral. Il doit se conformer aux prescriptions de la règle morale. Car, la liberté suppose une loi morale et exclue une volonté mauvaise qui se détermine non par la loi morale, mais par la sensibilité. Voilà qui se justifie dans la mesure où «l'idée de liberté donne lieu à une antinomie de la raison pure opposant causalité déterminée et causalité libre 59(*)». Notre responsabilité est morale car en tant que sujets libres, nous sommes des êtres de raison. Or, la raison est précisément cette faculté qui nous permet de ne suivre que des règles que nous dicte la morale, sans êtres le jouet des circonstances extérieures, des penchants ou des pulsions animales non maîtrisées.

La responsabilité morale ici peut se dessiner à la lumière de cette réflexion comme une prise de conscience de la condition humaine. Puisque pour ce qui est de la responsabilité morale, elle est sans faille ; elle permet d'actualiser notre nature d'être raisonnable. En corroborant cette idée, Hans Jonas pense: «agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine ou encore ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l'humanité60(*)». Pour Hans Jonas, la principale obligation morale doit devenir la responsabilité fondée sur l'autonomie du sujet et sur l'universalité de l'action. La responsabilité c'est aussi le devoir moral, permettant toujours d'accomplir une action par le respect pour la loi morale.

La responsabilité se présente sous forme d'un humanisme et d'une philosophie de la liberté qui est au fond un ·pré-engagement· comme le dit Sartre dans L'existentialisme est un humanisme, pour la dignité de l'homme. En outre, « s'il est possible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité de condition 61(*)». Ainsi, l'éminente dignité de la personne c'est la condition humaine. Et le point fondamentale au regard de tout cela ne peut être que la morale.

* 54 R. Descartes, Discours de la méthode, suivi des Méditations métaphysiques, Présentation et annotation par François Misrachi, éd., 10 /18, Paris, coll., dirigée par Christian Bourgeois, Juillet 1988, p.171.

* 55 De Clairvaux (B), La Grâce et le libre arbitre, Introduction et traduction par Françoise Callerot, Paris éd. Cerf, Sources chrétiennes,n°393,1993, §2, p. 245.

* 56 Kant (E),Op.cit., p.168.

* 57 Kant (E), La Religion dans les limites de la simple raison, traduction de André Tremsaygues, ( produit en version numérique par Pierre Tremblay), éd. F. Alcan, Paris, 1913, p.26.

* 58Kant (E), Ibid., p.140.

* 59 Vaysse (J-M), Le vocabulaire de Kant, coll. Dirigé par Jean Pierre Zarader, Paris, éd. Ellipses Marketing S.A., 2010,p. 61.

* 60 Jonas (H), Le Principe de responsabilité, essai d'une éthique pour la révolution technique,trad. Greisch, Paris, éd. Cerf, 1990, p. 40.

* 61 Sartre (JP), L'existentialisme est un humanisme, Présentation et note par Arlette Elkaïm Sartre, paris, éd. Gallimard, 1996, p.59.