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...... de mystifier ses adversaires .....

.....................au symbole du mondialisme ...?..................

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ARTICLES

 1) ..........«Le football, c'est le sport du bonheur», par Philippe Delerm

 2) ..........Robert Redeker: «La Coupe du monde de football, liturgie d'un nouveau paganisme ?» ... l'écran est l'instrument de l'évaporation du réel....

 

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«Le football, c'est le sport du bonheur», par Philippe Delerm

EN IMAGES - La Coupe du monde de football vient de débuter en Russie. Pour Le Figaro Magazine, l'écrivain rend hommage à ces millions d'individus qui, loin de cette grand-messe médiatique, pratiquent ce sport chaque jour au coin des rues, sur des terrains informels, du Groenland à la Tanzanie. Pour le bonheur de se retrouver. Pour le simple plaisir d'un jeu universel.

Par Philippe Delerm (texte) et Bruno Mazodier (photos)

C'est l'essence du football. Partout sur la terre, des enfants, des adolescents, des adultes jouent au foot avec des ballons qui ne sont pas toujours des ballons, des buts qui sont rarement des buts, sur des terrains qui ne sont presque jamais des terrains. Ce sport qui génère tant d'intérêts et tant d'argent trouve ses assises dans la pauvreté la plus libre et la plus démunie.

En regardant ces images merveilleuses et différentes, on ne peut s'empêcher de se poser cette question: pourquoi, entre tous les sports, le football a-t-il seul cette universalité planétaire? Il est des gestes plus simples et plus purs. Celui de courir notamment. On a tous vu des documentaires sur ces petits Ethiopiens qui vont à l'école en courant ; certains sont devenus des champions. Mais c'est ainsi: les petits garçons rêvent rarement de devenir athlètes, et tous voudraient être footballeurs. Il y a une magie intrinsèque du jeu de football. Au début de l'histoire - il nous faut bien le concéder - il y a les Anglais qui, dans le domaine du sport, ont tout inventé.

Maroc, village d'Amtoudi, au sud du pays. - Crédits photo : Bruno MAZODIER

Nos amis d'outre-Manche ont donc créé le football rugby, notre rugby actuel, et le football association, notre football. Ce mot association, guère plus utilisé, demeure toutefois sous forme d'initiale ultime de sa plus haute institution, la Fifa, organisatrice des événements majeurs, notamment de la Coupe du monde, et trop fréquemment garante des corruptions les plus manifestes. Cet hommage nécessaire rendu à l'Angleterre, redevenons perfides à l'égard de la perfide Albion: le football qui se joue dans ces pages n'est pas le football anglais. Dans sa philosophie originelle, le football anglais sanctifie en effet le kick and rush, cette façon de jouer avec des ailiers dévoreurs d'espace et délivreurs de centres aériens repris de la tête par des avants-centres athlétiques.

Le foot qui a inspiré les photos de Bruno Mazodier est un football de contact avec le sol. Ses inspirateurs magiciens sont des Sud-Américains, des Africains. Il peut se jouer pieds nus, il s'accommode du sable des plages, de tous les bossellements de la terre, du bitume des places et des rues abandonnées. Le championnat anglais lui-même a bien changé à cet égard, depuis qu'il a connu l'artiste George Best, depuis surtout qu'il a pour vedettes des Brésiliens, des Belges ou des Egyptiens. La France a certes gagné la Coupe du monde en 1998 grâce à deux buts de la tête de Zinédine Zidane, mais Zizou a marqué plus durablement l'imaginaire par une façon très personnelle de mystifier ses adversaires en enroulant la balle avec la semelle, ces inédits de Zidane que les enfants du monde entier ont reproduits.

Tanzanie, Zanzibar, plage de Jambiani. - Crédits photo : Bruno MAZODIER

Le football est pratiqué comme une consolation par les enfants qui ne sont rien

Amour du sol, oui. Les dribbles, les roulettes, les petits ponts, les passements de jambes, toutes ces subtilités terre à terre ont construit le langage du foot. Parfois, un peu jaloux, les pratiquants d'autres sports de balle ont appelé les footballeurs des manchots. Mais cette prééminence du pied explique pour une bonne part pourquoi le jeu du foot c'est mieux, c'est davantage. D'autres sports peuvent engendrer de la joie, c'est-à-dire un jaillissement, un dépassement de soi, une forme de métaphysique. Le football, c'est le sport du bonheur. Bonheur: le mot est un peu sourd, il cherche un accord intime avec la vie ici, la surface de la planète. Ainsi le foot, celui que pratiquent Messi, Iniesta, celui que pratiquaient Pelé, Kopa, Maradona. Celui que des enfants qui ne sont rien pratiquent sur la terre entière, comme une consolation d'avance à tout ce que la vie ne leur apportera pas.

Maldives, Malé - Crédits photo : Bruno MAZODIER

Sur des terrains crevassés par des pluies diluviennes, ils rêvent aujourd'hui de devenir peut-être Mohamed Salah, sans trop y croire et sans avoir vraiment besoin d'y croire. Et puis, est-ce si bien que ça d'être Mohamed Salah, de réussir une saison éblouissante avec Liverpool et, au moment de la fête ultime, la finale de la Ligue des champions, de se faire agresser par Sergio Ramos avec une violence perverse qui ressemble davantage à un fait de guerre qu'à une séquence de football, et de devoir sortir du terrain au bout de vingt-cinq minutes, l'épaule en vrac et les larmes aux yeux?

Le plaisir de faire des buts avec des anoraks, des branches incertaines ou des portes cochères

Oui, tous les acteurs des photos de Bruno Mazodier connaissent cette dureté impitoyable du «vrai» foot, celui qu'ils voient à la télévision, celui dont ils parlent après leurs petits matchs, assis sur la plage ou dans l'herbe trop haute. Bien sûr, ils jouent à «on aurait dit qu'on serait», que je serais Buffon, que tu serais Bale ou Benzema. Ils savent bien qu'ils ont une chance sur un million de devenir une idole du football. Ils sont à des milliers de kilomètres de leurs idoles, à des millions et des millions d'euros.

Ils savent que pour devenir footballeur il faut quitter très tôt son quartier, son village, sa famille, vivre toute sa jeunesse dans la religion du foot. Ils voient que les joueurs vedettes répondent au micro avec des phrases un peu mécaniques. Les champions «c'est grâce au collectif». Ils disent: «C'est pour jouer des matchs comme celui-là qu'on rêve de devenir footballeur.» Mais on a un peu l'impression qu'ils essaient de se convaincre eux-mêmes, et que des «matchs comme ça», il n'y en a pas tant que ça.

France: les séminaristes de Flavigny-sur-Ozerain, en Côte-d'Or.
France: les séminaristes de Flavigny-sur-Ozerain, en Côte-d'Or. - Crédits photo : Bruno Mazodier

Ce qu'ils ne diront jamais, c'est que c'est beaucoup plus fort de jouer au foot quand on doit tout préparer, faire des buts avec des anoraks, des branches incertaines ou des portes cochères, se demander si les copains seront assez nombreux ce soir pour faire deux équipes, se faire interrompre au milieu de la partie parce qu'une maman a crié qu'il était l'heure de rentrer - et qu'on a dit oui oui, et que les trois minutes que l'on vole alors en sursis sont les plus intenses de tous les «matchs comme ça» du monde.

Ce qu'ils ne diront pas, c'est que le foot est bien plus beau quand il est à la fois réalité et imagination, qu'une reprise de volée réussie avec une minuscule balle rouge donne un plaisir différent, qu'il y a une volupté particulière à ne pas dépasser les limites d'un terrain que l'on a tracé soi-même avec un but de planche, une jubilation indépassable à faire soi-même la clameur de la foule quand on vient de marquer un but. Ce qu'ils ne sauront plus, c'est ce pouvoir de transfigurer un bout de place, d'enchanter un coin de paysage délaissé. Oui la magie du foot de fortune, c'est qu'il est à la fois une amitié avec le sol et presque une abstraction. Les choses ne sont plus les choses, elles se plient à un désir, à une apparente simulation qui en fait une création.

- Crédits photo : _CYR

Evoquant son travail, cette recherche du présent du pur football aux quatre coins du monde, Bruno Mazodier ne peut s'empêcher de revenir à son passé, à son enfance, car la source est bien là. Il évoque le timbre clair du lampadaire qui résonnait quand la balle le heurtait. A ce type de détail singulier surgit un passé personnel qui n'en a que davantage d'universalité. Pour moi, c'était le contact sournois et feutré d'une gomme qui nous servait de balle, dans la cour du collège, après les cours. Mademoiselle Piazza, la surveillante générale, sortait sur le perron et nous enjoignait de rentrer chez nous, d'une voix bougonne un peu forcée, en sachant bien que nous reviendrons dès qu'elle aurait le dos tourné. J'ai adoubé moralement mes petits-enfants quand j'ai su qu'il y a un mois ils ont joué sur un trottoir de Londres avec une capsule de bière. C'est tellement fort de pouvoir s'inventer ces futures petites madeleines. Car le foot de fortune, c'est la fortune du foot, et c'est de la mémoire en devenir.

«Football Dreams», le livre du photographe Bruno Mazodier, dont sont extraites les images présentées dans ce portfolio, sort ce 15 juin. Vous pouvez directement le commander auprès de l'auteur: Mazodier.com (128 p., 39 €).

Grand amateur de sport, l'écrivain Philippe Delerm a récemment publié «Et vous avez eu beau temps?» (Seuil, 176 p., 15 €), une critique ironique des «petites phrases», ordinaires et perfides, qui émaillent nos conversations.

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Robert Redeker: «La Coupe du monde de football, liturgie d'un nouveau paganisme ?» ... l'écran est l'instrument de l'évaporation du réel....

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour le philosophe, qui vient de publier Peut-on encore aimer le football ? (Le Rocher), le ballon rond n'est plus un simple divertissement mais le miroir exacerbé d'une époque qui divinise le spectacle et la performance.

Comme tous les quatre ans, la Coupe du monde de football occupe aussi bien l'espace des gazettes, le temps d'antenne des médias audio et vidéo, que les conversations entre collègues de travail, entre amis, ou en famille. Elle suscite l'intérêt de centaines de millions d'êtres humains et la passion, parfois ardente jusqu'au fanatisme et à la violence, d'une partie d'entre eux. Elle s'offre sous la forme d'un spectacle planétaire auquel il est impossible d'échapper. Mais, au-delà des enjeux sportifs et des commentaires de café du commerce, de l'étouffante saturation médiatique accompagnant cet événement, de l'atmosphère kitsch et de mauvais goût dont elle teinte l'existence collective, il importe de prendre du recul afin d'en saisir le sens à travers la question suivante: de quoi la Coupe du monde de football est-elle le spectacle?

Contrairement à ce que peuvent croire les esprits superficiels, nous n'avons pas affaire - pas seulement, ou pas essentiellement - au spectacle anodin et aimable d'une compétition sportive. Le football n'est pas un divertissement. Selon Pascal, le divertissement éloigne de l'essentiel ; nous nous livrons à lui pour échapper à ce que nous devons être. Le football au contraire nous reconduit à ce que le monde moderne exige de nous, à ce qu'il tient pour notre essence: la compétitivité et la performance. Sous couvert de nous divertir, il nous fait la leçon. Les mots sans hauteur de vue d'Emmanuel Macron, lors de sa séance d'encouragements aux joueurs de l'équipe de France, ne s'adressaient pas exclusivement à ces footballeurs. Ils s'adressaient à chacun d'entre nous. Griezmann, Fekir ou Lloris n'étaient pas les seuls destinataires d'un propos qui, par-delà ces artistes du ballon rond, visait chaque Français. Sans doute rencontre-t-on là l'illustration d'un des oracles jupitériens du chef de l'État: «Je veux faire de la France une nation sportive». Comprenons: je vais parler à chaque Français comme s'il était un footballeur. Je vais lui parler en coach. Le football permet alors une dépolitisation: déclasser la figure active du citoyen, la renvoyer à la ringardise, pour lui substituer celle, passive et docile, du sportif motivé. L'attitude de Macron signe «en même temps» l'aurore du joueur motivé (chaque Français étant un joueur de la start-up France), et le crépuscule du citoyen critique, à l'intelligence rugueuse.

Loin d'être un simple divertissement, se déployant en continuité avec l'univers de la production, du travail et de ses exigences, de la consommation frénétique, la Coupe du monde est un anti-divertissement

De ce fait, loin d'être un simple divertissement, se déployant en continuité avec l'univers de la production, du travail et de ses exigences, de la consommation frénétique, la Coupe du monde est un anti-divertissement. Cette Coupe du monde est avant tout un événement télévisé. Or, la télévision a changé de nature. Les événements et leur représentation ne sont plus extérieurs l'un à l'autre: sa représentation est l'événement lui-même, le monde est son image. Partout se sont répandus les écrans plats, de plus en plus grands, jusqu'à devenir géants. Autant dans l'intimité des foyers que dans l'espace public. Sur les places des villes, dans les halls des supermarchés, en grappes serrées, les foules s'agglutinent autour d'eux comme s'ils étaient l'ostensoir du Saint-Sacrement moderne, à adorer. Conséquence: au moyen de ces écrans plats, le monde devient un stade. Disons plus: tout se passe comme si le monde était absorbé par le stade. Les écrans plats fonctionnent comme des éponges destinées à faire entrer des milliards d'êtres humains, bref la réalité du monde, dans l'arène. Par le miracle du numérique, le monde fusionne avec le stade, se dissout en lui, ne se différencie plus de lui. Pour quel résultat? Celui-ci: le monde a disparu, il ne reste que le stade. Paul Virilio avait raison: l'écran est l'instrument de l'évaporation du réel. Rien ne le montre mieux que cette Coupe du monde: l'écranisation du monde est sa stadification autant que sa déréalisation.

Pour la première fois depuis l'effondrement de l'Empire romain nous vivons une époque où le spectacle participe activement à la constitution d'un univers païen

Un spectacle comme la Coupe du monde marque une reprise: pour la première fois depuis l'effondrement de l'Empire romain - si l'on excepte l'épisode des Jeux olympiques de Berlin en 1936, celui des «dieux du stade» -, nous vivons une époque où le spectacle participe activement à la constitution d'un univers païen.

Le néopaganisme est la religion véhiculée par le football. Chacun le constate: les joueurs se hissent au rang d'idoles. Ils sont, en nos temps, la réincarnation des dieux et demi-dieux de l'Antiquité. Tenons la démesure de leurs salaires pour l'enceinte sacrée qui les isole du reste des humains. La sacralisation, en effet, est un geste qui trace un partage entre deux univers. Ainsi l'hybris financière sert-elle à les sacraliser - à les placer hors d'atteinte, hors du monde commun. De fait, ce spectacle footballistique prend le chemin d'une régression vers un avant - l'avant-christianisme. De dimension planétaire, ce spectacle est, manifestement, une usine: son office est de fabriquer des idoles. Dans le monde footballisé, le fétichisme, c'est-à-dire la liturgie même de tout paganisme, néo ou ancien, apparaît partout, jusque sur les torses de tous ces humains revêtus d'un tee-shirt floqué au nom d'un joueur.

Les politiciens et les médias le savent bien: le football est, même si cela déplaît aux esprits encore pleins de bon sens, l'une des choses les plus importantes du monde contemporain. Sous la forme d'un néopaganisme, il dirige les âmes, exerçant son pouvoir spirituel à travers un spectacle permanent dont la Coupe du monde figure la grand-messe.

*«Peut-on encore aimer le football?», Le Rocher, 258 p, 18,90 €.