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   Une société dans laquelle il n’y a plus d’espoir, est une société vaincue par elle-même, c’est-à-dire vaincue par ce que sont devenues ses mœurs, à cause de toutes les incohérences, tous les mensonges, et toutes les lâchetés qui constituent les données de sa pensée dominante, telle que celle-ci se trouve partagée par une large partie de ses membres, et à cause de laquelle les “dispositions” qui sont celles des uns vis à vis des autres, ne laissent plus aucune chance pour qu’il puisse s’y développer une coopération positive entre eux, afin du meilleur avenir...

 Or, c’est bien une telle société qu’est devenue la nôtre, dissolue et désenchantée et où, pour éviter qu’une majorité ne se ligua contre lui, un gouvernement malsain s’est employé à provoquer par l’offense humiliante faite à toute une moitié de la population, la plus grande satisfaction de l’autre moitié de celle-ci. Ceci, avec pour résultat d’avoir provoqué un divorce  entre elles que manifestement, aucune des démarches habituelles ne parviendra plus à réparer.

Notre drame en cet instant, c’est que tel qu’il se trouve normalement constitué comme étant “un”, en aucune façon un “être”, serait-ce celui d’une personne morale comme une société, ne peut supporter qu’il soit à ce point porté atteinte à son intégrité, et manquer d’être sous-tendu par une quête permanente de “mieux devenir”, selon une espérance. Ceci signifie clairement qu’une société ainsi défaite, est logiquement condamnée à terme, à disparaitre...

Dans ces conditions, telle que voudront la mettre en œuvre des “apprentis sorciers” sortis des ténèbres, pour lesquels la voie de la violence participe selon le grand “sacrifice”, des moyens exceptionnels à mettre en œuvre afin de la réalisation d’un projet de sauvegarde,  la tentation “fasciste” risque bien de constituer pour notre société sa toute dernière chance, pour que puisse être préservée à tout prix son intégrité, et pour que faisant cependant renaitre l’espoir en elle, elle puisse ainsi se sauver d’une disparition totale. Et, il semble bien selon l’observation de certains événements, que ce soit vers cette voie terrifiante que nous allons.

Le “fascisme” repose principalement sur l’idée de la primauté définitive de “l’état” sur les individus qui ne méritent que de le servir et de se sacrifier pour lui. Ceci, afin que puisse triompher la “nation”. Celle-ci emporte alors en plus de la notion proprement administrative de l’état, une charge affective et identitaire qui selon une fonction “parentale” qui est la sienne et qui justifie qu’on l’appelle alors la “patrie”, est nécessaire à la structuration de ses enfants.

Ainsi, face aux atteintes gravissimes qui sont actuellement portés contre les intérêts supérieurs de la nation, par une classe politique traitresse, visiblement au service d’intérêts particuliers et étrangers, il est facile de comprendre à quel point un discours “fascisant”, fatalement justifié quant à ses accusations, même s’il ne l’est pas quant à ses propositions, ne manquerait pas de recueillir aujourd’hui, l’assentiment d’une large frange de la population.

Même s’il ne prône pas la suppression totale de la propriété privée de l’entreprise, pour en faire comme dans le “marxisme”, la propriété collective des moyens de production, ce qui lui a valu d’être fortement soutenu en Italie et en Allemagne, par les puissances d’argent, le “fascisme” soumet malgré tout l’entreprise privée à des dispositions administratives extrêmement strictes, afin de satisfaire aux intérêts supérieurs de l’état, donc de la collectivité, et il constitue bel et bien de ce point de vue, qu’on veuille le reconnaitre ou non, une forme de “socialisme”. Il fut de fait jusqu’avant la guerre de 1939, longtemps classé à “gauche”.

Ce socialisme fasciste se différencie alors fondamentalement de celui du marxisme, parce qu’il n’en reprend pas l’option “internationaliste”, mais tout au contraire, une option nationale “patriotique”.

En exploitant la parenté évidente de ces deux concepts, la “nation”, et la “solidarité”, tel que dans le parti “national-socialiste”, dit parti “nazi”, d’Adolf Hitler, le fascisme allie très habillement une tutelle étatique rigoureuse avec sa justification patriotique, le “nationalisme”, qui, établie à partir de la fonction parentale de la “patrie”, en reprend la forme “patriarcale” en se trouvant souvent incarnée par un chef alors désigné comme étant le “père de la nation”, à une aspiration légitime par le peuple de solidarité et de justice sociale, le “socialisme”. Cette finalité permet de faire accepter malgré ses contraintes, l’autorité étatique, alors identifiée à celle sévère mais juste, d’un bon père, comme étant le moyen logique d’y parvenir.

La force du fascisme consiste donc à justifier un système totalitaire, par une aspiration légitime, tout en lui donnant la forme fallacieuse d’un paternalisme protecteur et bienveillant. Cependant, nous constaterons que quelque chose d’une toute autre dimension que ces seules considérations idéologiques, et dont les analyses purement politiques ne permettent pas d’en rendre compte, intervient dans la puissante dynamique qui sous-tend ce type de mouvement.
 
L’occasion historique de ce système, c’est l’état de délabrement total des sociétés dans lesquelles il trouve alors son utilité, en permettant que puisse être sauvegardée l’intégrité de l’état. Mais corrélativement, sa malfaisance, telle que tant de gens l’ont si durement éprouvé, réside dans le fait que si dans le fascisme mussolinien d’origine, l’état constitue une fin en soi, celle-ci étant proclamée sacrée, elle justifie quant aux moyens pour y parvenir, la reprise d’une légitimation de la “violence” révolutionnaire, qui est inscrite dans la pensée marxiste, mais qui se trouve en fait indirectement héritée de la révolution française. Il est d’ailleurs remarquable à ce sujet que, comme pour témoigner de cet héritage des sans-culottes, le “faisceau” des licteurs romains qui, coiffé du bonnet phrygien, est devenu l’emblème de cette révolution, et qui demeure jusqu’à aujourd’hui dans les armoiries de la présidence de notre république, a été repris comme symbole par la plupart des mouvements fascistes.

Cette instrumentalisation légitimée de la violence, va conduire Mussolini à proposer la guerre comme le moyen, non pas de lutter simplement contre une puissance étrangère hostile, mais le moyen de fédérer à l’occasion de cette rude épreuve, toutes les énergies de la nation, et d’accéder ainsi à la puissance et la grandeur de l’état. C’est par le prolongement de cette idée que dans le fascisme hitlérien, cette violence nécessaire à la constitution d’un état fort, sera mise au service, bien au-delà de cette première préoccupation, d’une idéologie d’accès à la puissance, non seulement par la violence, mais également en procédant  à une “épuration” de la population en la débarrassant d’éléments jugés allogènes et inadaptés, afin de parvenir à la suprématie et à la domination.

Il est facile aujourd’hui, compte tenu des conséquences apocalyptiques qui furent les siennes, de dénoncer cette idéologie comme étant sortie de la cervelle satanique de quelque monstre, et se retrancher derrière l’idée mensongère selon laquelle si ce monstre n’avait pas existé, rien de tel ne se serait produit. Car, ce qui aura fait la spécificité du “nazisme” par rapport à d’autres fascismes, c’est l’ampleur effroyable de ses conséquences, due au génie et à la rigueur germanique qui auront donné à cette entreprise guerrière, sa redoutable efficacité. Mais, comme l’a fait remarquer le grand Césaire, toutes les options criminelles du nazisme, et particulièrement, la nécessité du meurtre de la race inférieure afin de permettre la réalisation de l’entreprise de la race supérieure, et dont on veut le rendre initiateur, ont accompagné sur plus de quatre siècles, toute l’histoire dramatique des entreprises coloniales européennes.

Ainsi selon Césaire, le reproche des Européens fait à Hitler, c’est d’avoir utilisé cette idéologie et ces méthodes criminelles, dont il ne fut pas l’inventeur, mais telles qu’elles ne trouvaient jusqu’alors de justification que pour les “sauvages”, contre d’autres Européens.

D’autre part, réduire ce drame à la dimension d’un fou, ou au caractère spécifique d’un peuple, c’est oublier que cette soif de recouvrer de la puissance, était celle d’un peuple anéanti tant dans sa chair que dans son âme, tourmenté par le sentiment corrosif d’avoir été trahi et d’avoir subi une défaite écrasante sur le tapis vert, mais pas par le sort des armes puisqu’alors, pas un seul metre carré de son territoire n’avait encore été foulé par un soldat ennemi. Ainsi, à la “patrie en danger” de ceux qui inventèrent la mobilisation générale, s’est substituée la “patrie outragée” de ceux qui, à la suite de bien d’autres frustrations historiques établissant leur nation en victime, subirent en plus les terribles humiliations du traité de Versailles, et qui ne pouvaient manquer d’espérer secrètement que cette offense cruelle soit un jour lavée par l’épreuve guerrière, la seule dont le coût puisse être au niveau de la réparation escomptée...

Reste alors cette idée qui demeurait jusqu’alors confuse, bien qu’elle se trouvait déjà largement sous-tendue par la théorie darwinienne de lutte implacable entre les espèces pour la survie, qui fut théorisée par les mussoliniens et idéalisée par les hitlériens avec le concept pangermaniste de la race supérieure, et selon laquelle la grandeur et la félicité d’une nation, sont indissociables de son entreprise guerrière. Celle-ci est censée être formatrice par le fait de ses nécessités, lesquelles constituent comme telles autant d’exigences, des valeurs de courage, de solidarité, de fidélité et de sacrifice, nécessaires à la constitution d’une grande nation.

Dans cette compréhension des choses, une épreuve “régénératrice” de ces valeurs au sein du corps social, s’imposait, dès lors que l’on constatait des insuffisances dues au laxisme et à l’individualisme, telles que dans notre société d’aujourd’hui, pénalisant la nation, pour que puisse être garanti l’avenir de celle-ci, sont salut et celui des générations futures.
 
Il est remarquable que cette idée selon laquelle, à partir d’une situation dégradée de la nation dont elle est rendue responsable, le “sacrifice” par la guerre ou par la contrainte civile à un redoutable labeur, de la génération s’étant montrée défaillante, afin que les suivantes puissent bénéficier du bien être et de la grandeur, et qui constitue bien comme telle une démarche d’espérance et de foi en l’avenir, est en fait finalement strictement cohérente à la notion religieuse du sacrifice. Car, il s’agit bien en cette dernière, de supprimer une chose “d’ici bas” qui “est” déjà, pour qu’une faveur de “l’au-delà” puisse “advenir”.

Or, si nous devons nous en convaincre et professer qu’absolument rien dans la logique universelle des choses, ne condamne fatalement les nations à procéder au “sacrifice humain”, il est manifeste que de Ramsès à Mao, en passant par Alexandre le grand, Jules César, les Tang, Charlemagne, Tamerlan, Soliman le magnifique, Charles Quint, Elisabeth I, Ivan IV,  Louis XIV, Napoléon, Mutsu-hito, et Bismarck, toutes les grandes nations, celles qui furent à l’origine de toutes les grandes civilisations, furent des nations profondément guerrières, et soumises à des régimes extrêmement autoritaires...

Et ce sont bien des générations sacrifiées qui se trouvent à l’origine du prodigieux développement du Japon, de la Russie, de Taïwan, de la Corée, et aujourd’hui de la Chine, et n’oublions surtout pas les millions d’hommes mis en esclavage, dont l’exploitation outrancière tout au long de plusieurs siècles, sera à l’origine de ce qui fut la toute puissance des nations occidentales, et qui furent relayés en celles-ci à partir du 19e siècle, par les esclaves de la révolution industrielle, ceux du fond des mines, et ceux des ateliers soumis pour une misère, à la brutalité des maitres de forges...

Dans son “Mein Kamft”, Hitler analyse le fait que, bien que le rapport des forces purement militaires lui était très défavorable, la France avait développé une puissance inouïe, grâce à sa capacité à accepter le sacrifice d’un très grand nombre des siens, et les théoriciens du fascisme ne vont pas manquer de se souvenir que c’est bien des épreuves sanglantes de la révolution, que va se constituer la formidable puissance d’une nation qui, vingt années durant, allait défier et vaincre l’Europe entière coalisée contre elle. Il leur semblait alors confusément, que le “sang impur abreuvant ses sillons”, y était pour quelque chose...

Faut-il donc lorsque les choses vont toutes aussi mal qu’en ce moment, et ainsi que le comprenaient les peuples de l’antiquité, procéder à un “sacrifice”, afin que la destinée nous soit favorable, et si oui, quelle forme  celui-ci doit-il prendre ?

Si notre raison nous commande de nous défaire de ce concept archaïque et malfaisant, il est manifeste que nos comportements collectifs, qui constituent aujourd’hui autant d’injures à cette même raison, semblent vouloir obstinément nous y contraindre. Car, face à toutes les menaces, tant de révolte interne que de conflit extérieur, dans cette société dont l’imaginaire  anéanti s’est défait de l’idée de progrès qui sous-tend normalement l’âme de toute nation, face à la montée évidente de l’extrémisme justifiée par la faillite totale de l’état quant à ses charges, et l’effroyable corruption de ses commis, des millions de citoyens pourtant ulcérés, demeurent cependant totalement figés dans leur attentisme, beaucoup allant jusqu’à souhaiter qu’advienne enfin, mais sans qu’ils en soient responsables, le “grand règlement de compte”.

Or, par l’expérience acquise d’événements historiques antérieurs, plus personne ne peut  ignorer que c’est forcément une société totalitaire qui sortira d’une telle confrontation. Mais, les citoyens de ce pays semblent s’y résigner, comme s’il s’agissait là d’un prix à payer, d’un sacrifice nécessaire pour que la nation telle un “Phoenix”, puisse renaitre des cendres auxquelles cette révolution voulue et attendue, ne manquera pas de la réduire.
   
C’est bien cet aspect “sacrificiel” de la guerre, de la révolution, ou de la contrainte sociale, qui établit leur nécessité et leur normalité “par delà le bien et le mal”, ainsi que l’évoquait Nietzsche, qui constitue l’aspect le plus problématique et le plus dérangeant de la théorie fasciste. Mais il s’agit justement de celui qui nécessite le plus d’application quant à son analyse. Car, les fondements de cette “nécessité sacrificielle” se situent bien au-delà du domaine de nos préoccupations habituelles quant à la vie de la cité, et les “attractions” qui se trouvent mises en œuvre dans ces circonstances, semblent déterminer les peuples par delà leur pleine conscience. Ceci, de sorte que la simple dénonciation de cette philosophie fasciste comme étant malsaine, ne suffira pas à nous éviter sa mise en œuvre.

Il nous faut donc aller bien plus au fond des choses, dans d’autres aspects que celui des seules évidences immédiates, pour comprendre à quoi correspond fondamentalement la détermination fascisante qui dans certaines circonstances, s’empare des peuples.

C’est de l’italien “fascio” signifiant le “faisceau” que vient le mot fascisme. C’est en 1919 que Mussolini créa les “faisceaux de combat”, des groupes qui utilisaient la violence pour combattre le communisme, et qui furent rassemblés en 1922 en un parti dit “fasciste”.

Historiquement, nous pourrions faire remonter le concept du “faisceau” jusqu’à l’Egypte ancienne, avec la botte de roseaux dite “is”, ceinte d’un “lien”, et signifiant la chose sacrée parce que relevant d’une cohésion et d’une “unité” produite par un “fait de religion”.

C’est probablement via ce qui allait devenir la Numidie, que ce concept d’unité sacrée allait se retrouver chez les Etrusques, sous l’aspect d’un faisceau de “verges”, symbolisant le fait de “convergence”, c’est-à-dire le fait d’une “inclination” partagée, puis sous la république romaine pour signifier par la cohésion du fait social, l’autorité de l’état selon la magistrature. C’est ainsi que le faisceau de verges entourant une hache, allait être porté d’une façon clairement ostensible, comme signe distinctif de leur “charge”, par les “licteurs”, ces gardes du corps de magistrats tels que les “préteurs”, avant que ces derniers ne s’entourent d’une véritable garde dite précisément “prétorienne”.

Les licteurs qui les précédaient en marchant, avaient donc pour rôle de protéger les magistrats et de faire appliquer leurs décisions, et c’est ainsi que les verges étaient censées leur permettre de corriger les contrevenants, et la hache, de trancher la tête des condamnés.

Si la symbolique du faisceau semble être devenue selon cet usage, strictement civile, pour signifier l’autorité sans faille de l’état, et que c’est en ce sens qu’il fut pris comme symbole par les révolutionnaires de 1789, puis par les fascistes, et par le gouvernement de Vichy, son origine sacrée demeure cependant consignée dans son appellation même. Car, c’est bien à partir de la même racine “fas”, signifiant la “volonté divine”, autrement dit, “l’autorité” par excellence, que vont se construire tous les mots le concernant tel que “fascia”, signifiant la “ceinture”, et symbolisant le lien métaphysique que constitue la “religion”, et “fascis”, le fameux faisceau, symbolisant le fait social à une époque où celui-ci n’était pas distinct du fait religieux. De même pour “fastus”, le “faste”, la mise en scène spectaculaire du pouvoir divin, et “fascinatio”, la “fascination” signifiant le fait d’être lié psychiquement d’une façon passionnelle, à ce dont on ne peut se défaire, c’est-à-dire à la volonté divine.

Il est clair que l’essentiel de la force du fascisme réside dans la fascination totalement irrationnelle, dans la grande séduction qui s’exerce sur beaucoup de gens à l’écoute de discours véritablement “messianiques”, en ce sens qu’ils constituent des appels au “sacrifice”, afin de la venue d’un homme nouveau et d’un ordre nouveau, attendus, et source d’espérance. Et tout ceci, à l’occasion de cérémonies grandioses, de grandes messes “fastueuses”. Ainsi, c’est sans véritablement comprendre pourquoi que tant de citoyens s’abandonnant à celle-ci, se sentent pleinement “appartenir” à quelque chose de puissant, à un fait mu par une force surnaturelle qu’ils se partagent et qui rend chacun d’eux-mêmes, “capable” et audacieux, qui les remplis “d’enthousiasme”, de confiance, et d’espoir en un avenir grandiose...

C’est en ce quelque chose d’indicible et d’impalpable qui s’empare d’eux, et en lequel ils s’abandonnent avec délectation, et qui apparait ainsi comme étant une “métaphysique” de leur rassemblement en lui, en un fait quasiment “transcendant” dont les convertis médusés par la personnalité de leur chef, en ont une conscience confuse qui emporte leur séduction, que se situe ce qui constitue précisément la “subtilité”, comme telle, “sous-jacente”, à ce phénomène sociologique. Et, c’est ce qui voue à l’échec toute lutte contre lui qui aurait pour objet de priver le peuple des délices d’un tel “charme”.

 En fait, le fascisme prend par tous ces aspects la forme d’une véritable religion dans laquelle le chef devient l’incarnation de la puissance et de l’autorité d’une “nation divinisée”, et ceci ne devrait pas nous surprendre puisque nous pouvons constater que symétriquement, les intégrismes religieux ne sont en réalité rien d’autre que des fascismes.

C’est d’ailleurs bien, concernant ce rapport à la religion, à partir du terme “fanum”, tel qu’il possède une parenté sémantique avec “fas”, et qui désigne le lieu saint, que se trouve construit “fanaticus”, terme pour désigner “l’inspiré par Dieu”, dont la forme extrême est le “possédé”, et qui est à l’origine de nos mots, fanatique, et fanatisme, décrivant bien ce qui se rapporte au fascisme.

La main et le bras “tendus” constituent le geste spontané de tous ceux qui veulent précisément “tendre” afin de l’atteindre, vers ce qui se situe “au-delà” d’eux. Il s’agit ainsi de la signification d’une tentative de l’excellence, par l’exploit, et nous pouvons remarquer qu’il constitue le geste machinal de beaucoup de sportifs tentant cet exploit, et particulièrement, celui de ceux qui se présentent devant les sautoirs, qu’ils soient de longueur ou de hauteur, juste avant qu’ils ne prennent leur élan.

En comprenant que dans  l’acception temporelle de ce terme, il s’agit en cet “au-delà”, de celui de “l’actuel”, autrement dit, de “l’avenir”, et en se souvenant que “saluer” quelqu’un c’est lui souhaiter le “salut”, c’est à dire le meilleur avenir, qu’il se passe pour le mieux pour lui comme lorsque nous lui souhaitons “bonjour”, nous constatons que le salut fasciste est le geste par lequel selon leur “tentative”, les fascistes se vouent mutuellement par la réussite, au meilleur avenir. Et, c’est parce que ceux qui s’y soumettent se trouvent ainsi liés selon leur avenir, que ce salut qui était anciennement dit “salut romain”, est devenu celui de ceux qui prêtent serment, qui se trouvent engagés jusqu’à l’au-delà, autrement dit jusqu’à la mort, ainsi que l’a si magnifiquement illustré le peintre David, dans son fameux “serment des Horace”.

C’est alors que par toutes ces grandes messes et tous ces simulacres, il se produit le phénomène “d’autorité”, c’est à dire une métaphysique résultante de l’engagement commun, qui exerce rétroactivement sur ceux qui se sont engagés en son sens, et qui les rend encore davantage “obligés” envers elle. C’est de cet exercice d’au-delà d’eux, sur eux, que provient la fascination qui s’empare de ceux qui participent d’un fait fasciste, et c’est également de lui que vient leur plus grande créativité, leur forte détermination, et le succès que manifestement, ils obtiennent dans leur différentes entreprises.

C’est en ce sens que la tentation fasciste devient instinctivement celle des peuples en perdition, et si, compte tenu de la situation lamentable dans laquelle se trouve actuellement notre nation, nous voulons nous épargner d’être par des épreuves redoutables, les objets du sacrifice nécessaire à son rétablissement, il nous faudra tout autre chose que des dénonciations et des lamentations, mais “sacrifier”, en nous débarrassant nous-mêmes de tout ce qui nous rend impossible une organisation positive des uns avec les autres, avant que le Moloch assoiffé, ne réclame notre sang...


                                     Paris, le 18 juin 2013
                                         Richard Pulvar