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1- L'amour comm-UNion : une vérité pour le XXIe siècle

 

ARTICLE

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Je travaille depuis une vingtaine d’années autour de la question de l’espace et de la mobilité. Ce qui m’intéresse pour aujourd’hui concernant particulièrement le travail social s’applique à un espace d’entre-deux comme espace transitoire. En effet, il est toujours aussi problématique de «?situer?» conceptuellement comme concrètement le travail social. Indécidable, entre-deux, marginal sécant, les formules se succèdent pour signifier cette difficulté.

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Après avoir tracé mon cadre de référence, je témoignerai d’une expérience en formation d’éducateurs spécialisés.

1 - Une problématique globale postmoderne de la division du travail social

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La société du XIXe et du XXe siècle, telle que décrite par Durkheim en 1893 dans l’ouvrage De la division du travail social, devait résoudre une double logique de développement, avec d’une part une forte industrialisation du monde du travail et d’autre part un aussi fort mouvement d’individualisation. Ce qui présentait une nouvelle forme de risque de cohésion sociale. Le problème à résoudre était celui du maintien d’une solidarité sociale avec l’accroissement de l’individualisme. L’équation à résoudre était?: interdépendance et solidarité devront rimer avec autonomie et individualisme.

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Si l’homme moderne perd le sens du politique au profit des objets et des technologies, c’est en grande partie par l’effacement des contours de son espace public, de son domaine commun, de la cité et du vivre ensemble.

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Les notions d’espaces publics et privés sont aussi des notions modernes, prenant forme avec la construction de l’État nation depuis le XVIIe?siècle, pratiquement en même temps que le développement des sciences et du pouvoir qu’elles donnent aux hommes sur les choses et sur eux-mêmes. L’homme, dès lors, va pouvoir s’approprier le monde, le dominer et le transformer. L’utopie des Lumières, reprise par la Révolution et mystifiée tout au long du XXe?siècle, a été de réduire cet espace entre savoir et pouvoir. Les descriptions de l’Homme Moderne montrent que l’on a dévié de cette logique émancipatrice par ce que Michel Foucault appelle la gouvernementalité de soi et des autres.

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L’interdépendance des uns et des autres pour vivre ensemble, c’est la réactivation de la «?chose publique?» annoncée par la Révolution de 1789, développée jusqu’à nos jours sur une logique paradoxale?: l’intérêt collectif va se transformer en uniformisation qui elle-même va développer un besoin d’individualisme.

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Aujourd’hui, nous sommes au bout de ce processus que nous retrouvons dans les pratiques du travail social, lorsqu’elles ne visent pas l’intégration de la personne dans un espace collectif mais consistent à limiter et circonscrire l’aide à la personne pour assurer ses fonctions vitales individuelles. C’est l’individuation des procédures. La personne au centre des dispositifs est devenue la seule préoccupation commune. Dans ce processus la distinction domaine public et domaine privé s’efface. L’espace privé devient l’objectif de l’intérêt collectif. Dès lors le marché peut se déployer en espaces de consommations dont l’individu consumériste devient la cible.

1.1 - Le lien social?peut-il résister à la bipolarisation??

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La question du lien social est devenue aujourd’hui la problématique majeure. Ce qui pose problème, ce sont précisément les métamorphoses du social qui se manifestent par un effacement des liens sociaux. Nous nous retrouvons pris dans les arcanes des sociétés occidentales qui s’enfoncent dans la dérégulation du monde du travail.

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Et s’il n’y avait plus de lien social?? Et s’il n’y avait plus de société?? Bien sûr la chose paraît impossible. Mais que veut dire alors lien social aujourd’hui??

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Un lien est quelque chose qui relie et qui attache. Or ne sommes-nous pas pris dans ce que Michel Wieviorka appelait, dans La démocratie à l’épreuve, «?cette impression d’être devenu une abstraction?».

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Le lien est en crise?: le lien aux choses, aux gens, le lien familial, amical, le lien d’amour ou d’amitié, le lien à l’emploi et au travail. Nous sommes pris dans une formidable métamorphose des liens aux choses et au monde.

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Les objets sociaux classiques, que nous utilisions jusqu’à aujourd’hui, emploi, logement, famille, argent… perdent leur force d’intégration en devenant des objets dans des jeux de consommation.

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La crise qui se joue est ici d’une dramatique banalité. C’est une crise d’appartenance, c’est-à-dire de reconnaissance dans un groupe ou une société pour cause de distanciation des liens. D’où la question rémanente de l’exclusion au centre des rapports sociaux et interpersonnels. Dans une société aux liens forts, on peut imaginer ce qu’est l’exclusion. Mais plus les sociétés distendent leurs liens et moins les individus n’ont de risques de se retrouver exclus puisqu’ils sont de plus en plus nombreux, lorsqu’ils se retrouvent pris dans des phénomènes de masse dont témoignent maintenant le chômage, les structures familiales, les rapports de genre, de générations, etc.

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Avec qui je fais groupe?? Quelle est ma place?? Si ces questions trouvent difficilement leurs réponses, c’est parce que les groupes voient ce qui faisait leurs liens forts s’affaiblir.

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Le travail social n’échappe pas à ce mouvement. Plus que jamais, il sera acculé à ne récupérer que les «?miettes de la redistribution?». Les discours sur ce secteur d’activités s’accompagnent d’explications se voulant rationnelles et pragmatiques, aux niveaux économiques et sociaux. Elles vont toutes dans le sens de la restriction des droits et de la diminution des prestations sociales. C’est un vrai coup porté aux droits civiques et aux droits de l’homme?!

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Dès lors, l’avenir du travail social se partage-t-il entre des agents d’assistance et de contrôle liés à des institutions publiques d’une part et des professionnels ou bénévoles militants caritatifs et humanistes d’autre part??

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L’enjeu de la bipolarisation porte précisément sur l’absence ou la présence de la question sociale. Cet espace d’entre-deux est l’espace du social.

1.2 - De l’État à la société civile

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La culture du travail social s’inscrit en faux contre toutes les tentatives de bipolarisation. L’histoire du travail social se confond avec l’histoire des tiers secteurs.

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Il y a là l’enjeu majeur à défendre contre toutes les tentatives de simplifications dont le but est de diviser un champ d’activités et de réduire les coûts des souffrances sociales et singulières. Le champ du travail social, tel qu’il s’est construit à la fin du XIXe?siècle, avait ceci de remarquable – particulièrement pour ce que je connais du système français – qu’il n’est pas rentré dans une logique d’institutions, hospitalière, ou Éducation publique ni Justice, mais qu’il s’est constitué en ouvrant une quatrième voie, celle du Social. D’où le terme de travail social dès 1896.

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Ceci est remarquable car il s’agit de ne pas être pris dans des institutions d’État mais de se placer entre l’État et la société civile. Ce rapport ambigu à l’institution, dont on se sent proche et lointain, Condorcet l’avait parfaitement traduit en 1791 en imaginant que l’État avec son instruction publique ne pourrait seul subvenir à l’éducation. Le génie révolutionnaire va imaginer un espace «?libéré?» d’éducation permanente qui se concrétisera plus tard en 1901 avec la loi sur la liberté d’association. Cet espace intermédiaire entre l’individu et la société, dans lequel de nombreuses activités sociales vont rapidement s’engouffrer à la suite des mutuelles et autres groupements corporatistes, dessine une triangulation?: État – société civile – individu.

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Le travail social qui se met en marche va occuper ce nouvel espace social pour tous ceux qui d’une manière ou d’une autre auront particulièrement besoin de s’intégrer à la société.

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Les établissements sociaux et médicosociaux avec leurs pratiques vont se développer dans la logique de cette cohérence. Je pense en particulier au développement de la formation par l’alternance, à laquelle le travail social va s’arrimer. Je pense aussi aux pratiques et techniques rééducatives, sociales ou de soin, que ce soit sur la place du «?tiers?», de «?l’autre?» ou du «?médiateur?».

2 - Une culture de la complexité?: l’espace des rapports sociaux

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Je vais essayer de me rapprocher encore un peu plus du thème de l’espace. Mon hypothèse serait la suivante?: «?Le temps et la mobilité jouent un rôle prépondérant dans la structuration des rapports sociaux?».

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En travaillant sur l’histoire du travail social je me suis progressivement centré sur les formes, les objets, les pratiques, l’architecture, les métiers, les corps de la misère et de la pauvreté. Mes observations convergent aujourd’hui sur les questions du mouvement et de la mobilité.

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Un corps qui se déplace trace un espace. Du coup, la gestion des espaces devient un enjeu et témoigne en même temps d’une structure. C’est ce que j’appelle «?le langage muet de la structure?».

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Comment en suis-je venu là??

  • Il y a la part du hasard et de la nécessité dans le travail de recherche.

  • Une investigation historique et une curiosité particulière pour le vagabondage.

  • Un intérêt pour les mouvements du compagnonnage.

  • Une phrase qui accroche?: «?Les classes inférieures ont toujours été privées de cette liberté essentielle?: celle de se mouvoir?» (Histoire générale du travail, Larousse, 1964).

  • Chez Foucault, le regard qui surveille et qui enferme.

  • Des détours inattendus?: une leçon de mon fils en classe de 5e sur les corps solides et gazeux?: plus une structure est serrée moins elle est mobile. Moins elle est mobile moins elle est vivante. Tiens donc?!

  • Un travail sur l’Institution, qui m’avait amené à conclure que l’institution était nécessaire mais insuffisante. Raison pour laquelle des travailleurs sociaux inventaient des «?espaces vides?», des «?espaces libérés?». Les projets innovants témoignent de ce phénomène de création dans l’entre-deux. Ce qui caractérise les institutions, c’est leur visibilité, mais ce qui les met en place tient à l’invisible.

Les rapports sociaux ne se décrètent pas. L’institution, quelle qu’elle soit, ne peut les fabriquer, car elle est déjà dans l’institué. Elle ne peut que pousser à se protéger et à se reproduire. Le changement, la vie, la créativité ne peuvent venir que d’ailleurs, c’est la nécessaire utopie politique, un pied en dedans et un pied en dehors de l’institution visible.

2.1 - Définir l’espace

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Je retiendrai ici, en référence à quelques repères en sciences sociales et humaines? [2][2] Piaget en 47, Bachelard en 57, Goffman en 73, Moles..., que ce sont les relations qui créent l’espace. L’espace devient un système de relations marqué par la place de chacun des acteurs et de leurs conduites. Ces approches privilégient l’analyse des processus d’interaction de l’homme et de l’espace. Pour exemples?:

  • Piaget, Les représentations de l’espace chez l’enfant, 1947.

  • Gaston Bachelard avec son ouvrage sur La poétique de l’espace, 1957 (p.?2?: l’image nouvelle idée phénoménologique, «?l’image poétique?», à l’inverse de la causalité quand l’image émerge dans la conscience). On peut bien sûr y ajouter la «?rupture épistémologique?» signifiant la mise à distance de son objet d’étude.

  • E. Goffman, La mise en scène de la vie quotidienne, 1973.

  • A. Moles, Psychologie de l’espace, 1977.

  • Gustave Nicolas Fischer, La psychosociologie de l’espace, Paris, Presses universitaires de France, coll. «?Que sais-je?», 1981 (1re éd.).

  • Edgar Morin, La méthode, 2008?: «Un monde ne peut advenir que par la séparation et ne peut exister que dans la relation entre ce qui est séparé.»

Nous utilisons souvent des expressions qui révèlent ce processus, du type?: «?être distant?», «?être sur la même longueur d’onde?», «?la bonne distance?», voire également lorsqu’on parle de «?surface relationnelle?»?! Les espaces sont multiples et polymorphes?:

  • Espaces de vie quotidienne

  • Espace social

  • Espace politique

  • Espace intime

Les interactions de l’homme et de son environnement se révèlent à travers les objets, les situations quotidiennes. On perçoit facilement que chacun aménage son chez soi, qui du coup lui ressemble en même temps qu’il se met à lui ressembler. Ce «chez soi» se marque par des objets, des éléments symboles qui lui donnent ses caractéristiques, sa structure, sa lisibilité.

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Ces symboles deviennent des codes. Chacun les intégrera plus ou moins différemment, ce qui lui permettra alors de se retrouver à l’aise dans sa culture. Les codes sociaux sont appropriés culturellement. La politesse, les comportements interpersonnels, etc.

3 - Une expérience pour un espace pédagogique et une pédagogie par l’espace

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Maurice Capul, dans sa thèse sur les enfants placés sous l’Ancien Régime, avait évoqué «une pédagogie de la séparation». Il traitait la question du placement qui se construisait dans un processus pédagogique dont le parcours les amenait dans une institution d’enfermement.

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Je propose qu’à la métaphore de l’espace clos, on réponde par celle de l’espace libéré. Comment se préparer à la surprise du changement si l’on est formé dans des cadres rigides. La formation du travailleur social spécialisé doit intégrer la mobilité dans ses représentations en lien avec ses propres déplacements. L’idée d’une formation qui se déplace s’accompagne de l’idée d’un étudiant qui se déplace. D’où une action que je mène depuis plusieurs années avec des centres de formations.

3.1 - Déplacer les lieux de formation

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Les formations en travail social ont revisité en France leurs architectures à partir de référentiels attachés à des domaines de compétences. Cette «évolution culturelle» bouleverse les pratiques pédagogiques et réinterroge particulièrement les modalités de l’alternance entre centres de formation et terrains de stages professionnels.

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Mettre l’accent sur les compétences pourrait témoigner d’une nouvelle manière de rendre visible le travail accompli en le réduisant à des fonctions par la réalisation de tâches et d’activités. De ce point de vue, l’expérience française tranche vis-à-vis de la plupart des autres pays par ses mécanismes particuliers de résistance à l’approche pragmatique en travail social.

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La réforme des formations actuelles, dans le prolongement de celles des années 1990, met particulièrement l’accent sur la mise en œuvre concrète de l’action éducative et sociale. L’appel présent à de l’expertise éducative et sociale vient confirmer la réalité de l’existence historique de la complexité des situations et des pratiques en travail social. Depuis plus d’un siècle, le travailleur social est un expert!

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Dans ces orientations, nous relevons l’accent mis sur la nécessité d’ouvrir son champ d’action, en particulier par le développement de stratégies de partenariat et l’intervention de réseaux.

3.2 - Déplacer les lieux de formation redevient une nécessité.

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Sortir la formation des Centres de formation apparaît comme une tendance actuelle. Une sorte de «retour du refoulé».

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Cette question est intéressante à reprendre à propos de l’alternance, c’est-à-dire entre le lieu de travail et le lieu de formation. L’alternance, c’est une relation entre deux espaces séparés. Encore faut-il que l’on ne se renferme pas dans un nouvel espace clos. C’est le risque organisationnel de toute institutionnalisation, sur lequel ont échoué les structures sociales et les centres de formations, chacun cloisonné dans son organisation propre.

3.2.1 - État des lieux sommaire

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Les Centres de formation en France se sont construits depuis le début du XXe?siècle dans un mouvement d’auto-renfermement. Aujourd’hui, ils sont arrivés au bout de ce chemin, dans de l’entre-soi, refermés sur eux-mêmes et leurs ressources propres.

  • Des publics «?captifs?».

  • Des terrains professionnels institutionnalisés?: autocentrés, concurrents et fermés.

  • Des pratiques répétitives, avec des innovations confidentielles. Refermés sur leurs propres logiques de développement.

Aujourd’hui, le processus de maturation et de développement est arrivé à un seuil?:

  • Déplacement des publics.

  • Terrains multiples.

  • Transformation des pratiques.

On se souvient, avec la décentralisation de 1982 et 1983, du «?coup de gueule?» poussé par les collectivités territoriales jugeant très sévèrement les compétences professionnelles et leurs formations. Les TS «?ne savaient pas travailler avec le territoire?». Or la décentralisation mettait en demeure de prendre la dimension de la collectivité territoriale. Depuis lors, on s’interroge sur les attentes et les besoins vis-à-vis des professionnels du social.

3.2.2 - Application

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Afin d’illustrer quelques enjeux liés à cette approche, je voudrais présenter un modèle d’intervention en partenariat pour un module de formation d’éducateur spécialisé expérimenté cinq années de suite, en 2003-2008.

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Il s’agit d’une action de formation construite entre un Centre de formation et un service Aide Sociale à l’Enfance (ASE) d’un département (Conseil Général?: CG). Le module regroupait chaque année 18 stagiaires venant de trois Écoles de la région Midi-Pyrénées, sur un bloc de 120?heures.

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Cette expérience aura confirmé cinq années de suite la qualité de la professionnalisation mise en œuvre lorsqu’un dispositif articule l’école et le site qualifiant.

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Nous aborderons les différents niveaux d’objectifs et de résultats?: pédagogiques, institutionnels, professionnalisant et de production de connaissances. Nous avons mis en évidence la relation entre le dispositif et les résultats.

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Nous avons donc proposé à une collectivité territoriale de les associer à la fois à un module important de la formation d’Éducateurs Spécialisés et d’y travailler la professionnalisation. Nous l’avons expérimenté sur l’unité de spécialisation UF8 (ancienne mouture).

3.2.3 - Le cadre

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  • 120?heures de formation, sur quatre semaines en quatre mois, avec trois ou quatre jours groupés.

  • Une option thématique sur?: Le travail avec les enfants et les familles dans le cadre de l’ASE.

  • Des modalités diversifiées d’évaluations?: un contrôle de connaissances sur table?; une note de réflexion individuelle de deux ou trois pages?; un dossier de groupe de travail comprenant une problématique, une recherche théorique, une étude de cas, une réflexion sur la pratique.

  • Un groupe de 16 à 18 personnes ayant choisi cette option.

  • Des étudiants venant de trois Écoles différentes. L’alternance va être réalisée entre le centre de formation et le service de l’ASE du CG.

  • Un engagement Centre de Formation et ASE sur la participation aux cours.

  • L’accueil sur sites, de trois ou quatre groupes, de quatre ou cinq étudiants, sur un thème chacun proposé par une équipe de l’ASE. Ce thème sera le point de départ du dossier collectif du groupe. Le thème de recherche est lié à un problème réel rencontré par l’équipe et plus ou moins résolu…

3.2.4 - Planning

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La première semaine était consacrée à une mise à niveau des connaissances. Les interventions sont réalisées sur le centre de formation mais partagées entre formateurs et Professionnels du CG.

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La deuxième semaine est partagée entre des compléments et approfondissements théoriques et la rencontre d’une équipe de l’ASE sur site.

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Le troisième semaine est partagée entre des expériences professionnelles d’un foyer de l’enfance ou d’un lieu de vie ou d’une MECS (liés à l’ASE) et le travail avec l’équipe de l’ASE sur site.

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La quatrième semaine «?écriture et élaboration?» est partagée entre le temps sur le site et le CF avec deux tables rondes (l’une de professionnels techniciens, l’autre d’institutionnels?: juge, cadre ASE et cadre secteur psy).

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Contrôle de connaissances et première confrontation du dossier sur site avec les professionnels et le formateur référent.

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Deux mois plus tard?: une journée de restitution sous forme de conférence devant un public de professionnels de l’Ase et les formateurs.

3.2.5 - Résultats produits

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Importance du modèle pédagogique dont les indicateurs ont été relevés?:

  • Le Bloc- module?: intérêt pour un module de formation complet, homogène et cohérent.

  • Les temps groupés?: il est apparu important de bloquer des temps de formation conséquents de trois ou quatre jours sur une action.

  • Le groupe restreint (max. 18)?: cette taille permet le travail à trois niveaux?: individuel, de sous-groupe et de confrontation collective.

  • La participation à l’auto-construction?: les étudiants sont participants des contenus et du dispositif de formation.

    Les évaluations collectives de fin de semaine?: apprentissage des temps de préparation, de bilans partiels et d’ajustement.

  • Une exigence de production mise en objectifs?: le travail doit déboucher sur une production concrète. Il a un début et une fin.

  • Une souplesse pédagogique?: le rapport au savoir et à l’enseignant est déplacé entre trois acteurs, les professionnels, les formateurs, les étudiants.

Quelques réserves

  • Besoin de temps (chronophage).

  • Tensions et jeux hiérarchiques dans les organisations.

  • Pas de rapports directs aux publics (études de cas sur échanges et papiers).

3.2.6 - Les bilans sur les cinq expériences

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  • Les stagiaires ont souligné l’aspect professionnalisation?: «?On n’était plus des élèves mais des collègues?».

  • Les professionnels ont souligné la qualité des travaux qui leur apportaient un plus pour leur pratique.

  • Opérationnalisation méthodologique?:

    • Problématisation

    • Prise en compte de la dimension institutionnelle et organisationnelle

    • Recherche et investigation théorique

    • Mise en œuvre d’une organisation de travail collectif

    • Communication publique?: conférence.

3.2.7 - Analyse

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L’alternance?:

  • Elle confronte au réel des différents acteurs.

  • C’est l’ouverture de chacun des lieux qui crée les conditions possibles de création d’un nouvel espace de relations où pourra se jouer la formation.

  • Elle permet de constituer un espace de formation réciproque, par la séparation des lieux, (terrains professionnels et CF) et la création d’un espace pédagogique de formation, constitué des relations assurant la liaison entre les deux lieux.

  • Une situation de négociation permanente entre l’ensemble des acteurs.

  • La présence de la part d’indétermination nécessaire et pas toujours confortable.

  • La valorisation des résultats pour les personnes, les savoirs, les organisations.

  • La faisabilité s’est avérée plus simple et efficace que ce que les craintes du départ laissaient présager (tensions organisationnelles, conflits et rivalités, peurs de l’inconnu).

  • Confirmation des possibilités d’expertise expérimentées acquises en formation.

4 - Pour aller plus loin sur l’alternance

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Le point que nous n’avons pas expérimenté, et qui était celui de la mise en œuvre des pionniers dans les centres de formations, portait sur ce qu’était la «?véritable alternance?». C’est ce point qu’il faudrait peut-être réfléchir aujourd’hui et qui procède de l’idée suivante?: avec les fondatrices et fondateurs, l’alternance était entre elles et le terrain, le vrai, celui de la rue, du quartier, de la famille, du travail, de la vie sociale…

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Aujourd’hui, je pense que l’on se fourvoie lorsque l’on parle d’alternance entre CF et structures sociales professionnelles. Il faudrait revenir à une notion d’alternance entre le terrain réel, celui des gens, et celui de la formation. Entre CF et professionnels il n’y a pas de différences. Il y a des liens très forts de cousinage.

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Nos pratiques et nos logiques instituantes et stigmatisantes nous ont amenés à nous leurrer sur les termes de l’alternance, alimentant de vrais faux débats dans ce qui reste de l’entre-soi, même si parfois les frères et cousins jouent aux «?ennemis?». Nous ne nous déplaçons pas. Ce sont les usagers que nous avons déplacés.

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L’alternance devrait reprendre ces fonctions au sein d’un espace d’entre-deux, entre la vie civile et les institutions sociales.

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Replacer la personne au centre du dispositif, comme on nous y invite de plus en plus, dans les lois comme dans les dernières définitions du handicap, reste de ce point de vue tout à fait ambigu. Sauf à y voir un rapprochement avec la personne dans sa citoyenneté participative.

Notes

[1]

Docteur en sociologie, formateur-chercheur, animateur de la Plateforme Régionale Recherche et Formation en Action Sociale de Midi-Pyrénées (PREFAS).

[2]

Piaget en 47, Bachelard en 57, Goffman en 73, Moles en 77, Fischer en 81, Morin en 2008.

Résumé

Français

L’espace et la mobilité sont très rarement des thèmes utilisés pour comprendre le travail social alors que, paradoxalement, ils sont systématiquement à l’œuvre dans les pratiques. Il est toujours aussi problématique de «?situer?» conceptuellement le travail social. Indécidable, entre-deux, marginal sécant, les formules se succèdent pour signifier la difficulté à dégager un champ. Pourtant, on utilise largement la métaphore de l’espace clos, à laquelle nous pourrions réponde avec celle d’un espace libéré. Comment se préparer à la surprise du changement dans l’action si l’on est formé dans des cadres rigides?? La formation du travailleur social spécialisé gagnerait à intégrer la mobilité dans ses représentations en lien avec ses propres déplacements. Après avoir tracé un cadre de référence, je témoignerai d’une expérience en formation d’éducateurs spécialisés.

Mots-clés

  • alternance
  • entre-deux
  • déplacement
  • mobilité
  • pédagogie de l’espace

English

The in- between is not a happy medium! It’s a free spaceThe spatial and the mobility are rarely themes used to understand the social work, though, paradoxically, they are systematically working in these practises. It is still problematic to “situate” conceptually the social work. Undetermined, in-between, secant marginal, there are many terms to show, mean the difficulty to bring out a field. Though we widely use the metaphor of an isolated space, to which we could answer with a free space. How do we prepare to the surprise of change in the action if we are trained in rigid, strict surroundings? The “specialised” social worker’s training would gain by integrating mobility in its representations in link with its own movements. After having set a reference framework, I will testify of an experience on field in a “specialist teacher” (educator) training.

Keywords

  • alternation
  • in-between
  • mobility
  • movement
  • spatial pedagogy

Plan de l'article

  1. 1 - Une problématique globale postmoderne de la division du travail social
    1. 1.1 - Le lien social?peut-il résister à la bipolarisation??
    2. 1.2 - De l’État à la société civile
  2. 2 - Une culture de la complexité?: l’espace des rapports sociaux
    1. 2.1 - Définir l’espace
  3. 3 - Une expérience pour un espace pédagogique et une pédagogie par l’espace
    1. 3.1 - Déplacer les lieux de formation
    2. 3.2 - Déplacer les lieux de formation redevient une nécessité.
  4. 4 - Pour aller plus loin sur l’alternance