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ANALYSE - Retiré des affaires de l'Église et du monde, le pape émérite est plus que jamais dans les cœurs et les esprits de nombreux catholiques, mettant en lumière le rayonnement durable de son pontificat.

Comment tirer le bilan de la renonciation de Benoît XVI le 11 février 2013? Cinq années se sont déroulées depuis. Le pape émérite est toujours en vie, discret et silencieux comme il l'avait promis, menant une existence érémitique dans les jardins du Vatican.

Il devrait fêter ses 91 ans le 16 avril 2018. Il lit beaucoup et se tient informé. Il reçoit en milieu de journée. Il a toute sa tête, toute sa mémoire. Il ne peut plus jouer du piano mais peut toujours écrire. Une arthrose, notamment aux genoux et aux hanches, lui rend tout déplacement difficile. Il use d'un déambulateur pour sa promenade de l'après-midi et souvent d'un fauteuil roulant dans ses appartements. Ce qui ne l'empêche pas de célébrer la liturgie et de prier en permanence comme un moine. C'était son désir le plus profond: mener une vie d'oraison, retiré des affaires de l'Église et du monde.

En ce sens, il tient par ce silence sa promesse d'obéissance au pape François. Il ne l'a rompue qu'à deux reprises. La première fut pour soutenir le cardinal Robert Sarah dans son combat pour la liturgie, en signant, en mai 2017, la préface de l'édition allemande de son livre entretien avec Nicolas Diat, La Force du silence(Fayard), au moment où le pape François libéralisait les traductions liturgiques en les décentralisant pour les adapter aux différentes cultures.

«Je peux dire, face au lent déclin des forces physiques, que je suis intérieurement en pèlerinage vers la Maison»

Benoît XVI

La seconde est récente. Le 7 février 2018, le Corriere della Sera, le premier quotidien italien, a publié dans son courrier des lecteurs un mot de l'un d'eux, un certain «Benoît XVI»!

«Ému» par l'intérêt de «tant de lecteurs» qui «désirent savoir comme (il) traverse la dernière partie de (sa) vie», le pape émérite écrit: «Je peux dire, face au lent déclin des forces physiques, que je suis intérieurement en pèlerinage vers la Maison.» Soit, en langage chrétien, la «Maison du Père», Dieu, en vue de «la vie éternelle». Ce qu'il ne détaille pas se tenant à la sobriété du mot «Maison» avec un «M» majuscule et n'utilisant pas davantage la parole «mort». Il se félicite enfin de «la grande grâce» d'être «entouré» pour cette «dernière part de chemin» - parfois «fatigante» - par «un tel amour et une telle bonté que je n'aurais jamais pu imaginer», remerciant les lecteurs et les assurant de sa «prière».

On retrouve là toute la délicatesse personnelle de Benoît XVI, un homme de Dieu, totalement effacé derrière sa charge. Ce fut l'une des raisons de la liberté qui l'a conduit à oser renoncer, un acte historique. Mais surtout, il s'étonne sincèrement de l'intérêt que beaucoup puissent encore lui porter.

Mais c'est peut-être là, non pas la force de son silence, mais la puissance de son héritage de longue portée pour l'Église catholique.

Un adage recommande de «ne pas confondre succès et fécondité» et pourrait bien s'appliquer au pape émérite. Difficile de dire en effet que le pontificat de Benoît XVI ait été un «succès» au sens mondain, avec des décisions spectaculaires influant le cours de choses. Difficile aussi de ne pas voir certaines ruptures - même si le mot n'est pas politiquement correct dans l'Église catholique où tout se veut en parfaite continuité - avec le pontificat du pape François. Pas seulement sur le style mais sur certaines questions de fond. Le limogeage par François du cardinal Müller, homme de confiance de Benoît XVI, à la tête de la congrégation pour la Doctrine de la foi, en juillet 2017 parle de lui-même. Et que dire de la polémique sans fin après l'exhortation apostolique Amoris lætitia à propos des divorcés remariés?

Il existe une génération Benoît XVI

Mais l'héritage de Benoît XVI semble ne pas se jouer dans le registre du succès mais dans celui de l'intériorité. L'épisode du Corriere della Sera démontre son rayonnement. Il est resté dans bien des cœurs et des esprits. Et pas seulement des plus vieux catholiques!

Car il existe une génération Benoît XVI que son pontificat a nourrie sans façon ni bruit, spirituellement et intellectuellement. Parmi eux - ils sont très engagés -, beaucoup n'ont pas compris le sens de sa renonciation. Très lucide, Benoît XVI, par son silence et par son oblation personnelle, indique toutefois une autre voie. Il récuse toute amertume, division ou polémique. Inscrit dans une tradition mystique bimillénaire, il rappelle plutôt que le substrat de la pérennité de l'Église catholique ne réside pas dans sa puissance visible mais dans sa prière invisible.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 10/02/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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