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LACAN l'AMOUR, par Jean-Paul Ricœur  
 TRANSGRESSION ...  >>>>>>>
 l'EN-Je Lacanien >>>>>>>
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TRANSGRESSION ...

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L'en-je lacanien

L’amour entre l’hystérie et le féminin

 
 

Freud distingue les positions de l’homme et de la femme en fonction du phallus par la logique de l’avoir. L’homme est celui qui a le phallus, et la femme celle qui ne l’a pas. Lacan développe cette formule : l’homme est celui qui a le phallus, la femme celle qui est le phallus. Les deux formules se rapprochent, car, pour être le phallus, il faut ne pas l’avoir, c’est de ne pas l’avoir qu’elle l’est. L’humain n’est pas un être de la nature, c’est un être baigné dans le langage, sculpté par le signifiant, qui construit sa sculpture à partir d’un manque radical d’être.

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Le phallus, signifiant qui troue, entame totalisatrice et enivrante pour le sujet, marque le manque. Vagabond, il se trouve toujours ailleurs, il est justement là où on ne le trouve pas. Il nous reste le semblant. On se constitue toujours par un sembler avoir ou un sembler être le phallus.

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Depuis Freud, manque le représentant psychique pour la femme, et c’est par rapport à ce manque d’un signifiant qui dise l’être de la femme que se définissent les deux positions, hystérique et féminine.

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Dans le rapport sexuel, la femme, étant donnée qu’elle n’a pas le support imaginaire du phallus, le pénis, va se présenter comme étant le phallus. Néanmoins, aussi bien dans la position hystérique que dans la position féminine, la femme n’a pas le phallus et, par conséquent, la revendication autour du manque se produit. Ce fait est ce qui implique un rapprochement entre l’hystérie et la féminité.

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Chez l’homme, le manque à être est plus facilement recouvert par le support imaginaire du phallus. Les hommes croient, beaucoup plus que les femmes, à l’avoir phallique, la jouissance phallique les identifiant en tant qu’hommes. Ils se reconnaissent comme tels proportionnellement à la jouissance phallique qu’ils accumulent. Cela commence très tôt lorsque, garçons encore, ils mesurent déjà le membre viril dans leurs jeux, ils en jaugent le « pouvoir de feu », comme ils disent, à partir d’un avoir concernant les attributs phalliques. Attributs déterminés par le discours qui impose la mesure, c’est-à-dire le phallus comme mesure, et qui va déterminer ce que veut dire être homme pour chacun.

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Chez la femme, le manque à être n’est pas recouvert, car, malgré le fait qu’elle soit aussi référée au phallus, à la norme phallique, elle n’y est pas toute, elle est « pas-toute » dans la norme phallique. Il y a une part en elle qui échappe au signifiant, qui échappe au discours et donc s’articule dans le réel. C’est le côté pas-toute qui fait énigme, qui fait en sorte que la position féminine soit un continent noir, aussi bien pour l’homme que pour la femme elle-même.

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La position féminine se caractérise du fait d’être celle qui s’accouple au désir masculin, indépendamment du destin anatomique ; il s’agit donc d’une position ouverte à qui que ce soit. « À tout être parlant, […] il est permis, quel qu’il soit, qu’il soit ou non pourvu des attributs de la masculinité […] de s’inscrire dans cette partie. » Les hommes s’alignent dans la position masculine par choix, mais les femmes sont libres de s’y mettre, si cela leur plaît. Enfin, d’un côté « il y a des femmes phalliques » et d’un autre « la fonction phallique n’empêche pas les hommes d’être homosexuels ». La femme, on le répète, se place dans le rapport sexué comme étant le phallus, mais de façons diverses, ce qui veut dire qu’elle s’y place à partir de la position féminine ou de la position caractérisant la structure hystérique. L’hystérique est celle qui ne jure que par lui, au sens religieux. Elle consacre sa vie à être le phallus, son exigence d’être vient renier le côté pas-toute et elle se propose d’être le phallus lui-même incarné dans le corps. C’est ce qui souvent est révélé par la crise hystérique.

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Dans la position féminine, une femme est le phallus pour l’Autre, néanmoins, dans la mesure où elle entre dans le rapport sexuel, elle consent à être l’objet qui se prête à être le supplément du désir sexuel masculin. Dans ces circonstances, elle est donc le phallus pour l’homme.

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Dans le rapport sexuel, l’homme en tant que sujet divisé est celui qui désire, la femme étant l’objet qui vient comme supplément au désir de l’homme. Car il n’y a pas de rapport sexuel sans l’organe viril erectus, c’est-à-dire désirant. « L’acte d’amour, c’est la perversion polymorphe du mâle. » Mais si une femme consent au rapport sexuel, où serait le désir féminin au-delà de ce consentement ? Comment faire pour avoir « accès à ce qui mène de la sexualité féminine au désir même » ? Le désir d’une femme serait-il forcément tourné vers l’accouplement ? Freud nous répond que non. Pour Freud, une femme face au Penisneid, l’envie du pénis ou le complexe de castration, peut renoncer complètement à la sexualité. La femme a donc le choix de ne pas entrer dans le rapport sexuel. Mais une vraie femme, pour Freud, est celle qui entre dans le rapport sexuel en tant que femme d’un homme, c’est-à-dire celle qui se tourne vers l’homme pour en attendre un enfant comme substitut du pénis. Selon Lacan, il n’est pas obligatoire pour les femmes de s’éprouver dans la castration, c’est-à-dire qu’il n’est pas obligatoire que les femmes entrent dans le rapport sexuel. Les féministes, en particulier les Nord-Américaines, en savent quelque chose.

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Nous savons que les formes de refus de l’acte sexuel offrent à la clinique toute une richesse de symptômes. L’accouplement est un acte qui fait tomber les masques et la castration apparaît de façon pure et dure lorsque l’organe sexuel féminin est dénudé, se réaffirmant dans la pénétration. La position d’objet pour l’Autre, celui qui a, provoque l’horreur chez les hystériques. Souvent, cette horreur advient dans les disputes avec le partenaire après l’acte sexuel, ou également dans les pleurs qui accompagnent la jouissance qu’une femme peut obtenir d’un homme. Le mode hystérique d’entrer dans le rapport sexuel renvoie au désir qui est désir de ne pas satisfaire la jouissance sexuelle, alors que le mode féminin renvoie à la jouissance sexuelle. L’hystérique ne s’intéresse pas à la jouissance, bien au contraire, elle se dérobe en tant qu’objet de jouissance, introduisant dans le rapport sexuel un moins de jouissance. Il s’agit pour elle de faire désirer. De nos jours, les hystériques ne se dérobent plus à « coucher », au contraire, quelques-unes vont jusqu’à exacerber l’acte de l’accouplement. Mais dans leurs discours, au-delà de leurs actes, nous observons que la jouissance sexuelle n’est pas leur objectif principal, pouvant ou pas se produire. Elles veulent s’éprouver en tant que cause de désir pour l’autre et c’est de cette position qu’elles interrogent ce que signifie être une femme pour un homme. Voilà le mode hystérique de se conduire dans la relation avec l’homme.

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Qu’en serait-il du mode féminin ? « La sexualité féminine apparaît comme l’effort d’une jouissance enveloppée dans sa propre contiguïté pour se réaliser à l’envi du désir que la castration libère chez le mâle en lui donnant son signifiant dans le phallus. » Alors, comme on l’a dit, si l’homme entre dans le rapport sexuel en tant que désirant, car il lui manque quelque chose, puisqu’il est symboliquement châtré et par là même il désire, la femme y veut jouir autant que l’homme désire. Elle se réalise par la voie de la rivalité avec le désir que le manque cause chez l’homme, c’est-à-dire que c’est par l’engendrement dans le manque de l’homme que la femme y peut jouir. Il s’agit là de sa jouissance à elle et non pas d’un vouloir le faire désirer ou jouir.

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L’hystérique se consacre à insatisfaire la jouissance, dans une tentative d’obtenir quelque chose en plus qui, lui, touche l’être. Elle veut être l’objet précieux, agalmatique, objet unique de désir et de jouissance pour l’Autre. Pour l’hystérique, l’objet est consistant et, faisant travailler le maître, elle se consacre à chercher un savoir sur l’objet. C’est avec cette finalité qu’elle se dirige vers un homme. Tâche impossible, car l’objet est inconsistant et nous ne pouvons que le circonscrire, étant donné qu’il est un reste impossible à dire. Mais l’hystérique ne se fatigue pas en sa quête d’un savoir sur l’objet, ce qui promeut son éternelle demande vers l’homme : que suis-je pour toi ? Pourquoi m’aime-t-il ? Quelle est ma place dans son désir ? Qu’aime-t-il en moi ? L’hystérique veut un homme non pas pour jouir, mais pour produire du savoir sur l’objet qu’elle constitue pour lui. Les hystériques ont permis à Freud de produire un savoir. À travers leur discours, elles ont dénoncé les objets partiels. Mais ces objets par elles dénoncés du ce que je suis pour l’autre ne sont pas leurs propres objets, car c’est pour l’homme que l’objet a vient à suppléer le manque du sujet.

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Au quotidien, l’hystérique discourt sur les objets de l’homme mais non sur les siens. Elle connaît son homme « par cœur », « en sait long sur lui, sur ses réactions », elle « sait ce qu’il veut », néanmoins, « savoir ce que le partenaire va faire, ce n’est pas une preuve de l’amour ». Il s’agit là d’une exigence hystérique, telle l’exigence de ce que le partenaire sache ce qu’il devrait faire pour qu’elle soit la femme qu’elle aspire à être.

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Lacan nous permet alors de conclure que le rapport sexuel n’existe pas, car il s’agit dans le meilleur des cas de la rencontre entre un sujet et un objet, deux instances différentes. Il n’y a pas de rapport sexuel – c’est-à-dire que, dans le langage, il n’y a rien qui inscrive la rencontre sexuelle entre un homme et une femme. Entre les deux, il y a un mur. Les femmes sont confrontées au manque d’un signifiant de la jouissance féminine, elles n’ont pas en vérité la possibilité d’une identification sexuée par la voie de la jouissance. Cela implique un effort pour s’identifier par la voie de l’amour. Ce qui vient compenser le désaccord entre un homme et une femme, c’est l’amour, ce qui renverse ce mur, ou plutôt c’est ce qui vient s’engendrer dans ce renversement du mur. Toutefois, l’amour n’est pas non plus l’union avec l’autre ainsi qu’il aspire à être, c’est ce qui vient montrer que l’Autre est inatteignable ; mais, paradoxalement, c’est aussi ce qui permet qu’un homme et un femme puissent vivre l’un avec l’autre. Cela étant, l’amour est ce qui va permettre que l’on pose la possibilité de la rencontre d’un sujet avec un autre sujet, ce qui va permettre que l’on rende supportable la rencontre entre deux personnes qui « ne se comprennent que lorsqu’ils ne parlent pas la même langue ». En effet, ils appartiennent à des logiques distinctes : celle de l’avoir et celle de l’être. L’amour est ce qui par la voie de l’imaginaire  ( hcq..... un enfant nous est né ...) permet de rendre supportable, et même agréable, l’art de la rencontre parmi tant de désaccords, selon le poète Vinicius de Morales.

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Mais pas même la poésie, avec son mi-dire qui donne des ailes à l’imaginaire, peut réduire l’amour à ce registre. La clinique révèle qu’il y a quelque chose qui structurellement est derrière cet imaginaire, dénonçant que l’amour est imaginaire, mais pas seulement. L’amant rencontre chez l’être aimé un trait quelconque insaisissable qui néanmoins le concerne intimement. C’est ce trait qui rend possible un circuit d’échange entre les amants. Ce trait indique un réel recouvert par l’imaginaire de l’amour qui demande toujours un peu plus… « Il le demande… encore. Encore, c’est le nom propre de cette faille d’où dans l’Autre part la demande d’amour. » Demande qui est toujours demande d’amour, intransitive, impossible d’être satisfaite.

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L’amour est la médiation entre deux personnes qui ne se complètent pas, qui ne peuvent que mi-dire leur propre vérité, mi-dire qui circonscrit ce trait, marque singulière, indicible et inconnue, qui rapproche, causant de l’étrangeté. Trait qui étant singulier à chacun n’a pas d’équivalent chez l’autre, raison pour laquelle l’amour masculin n’est pas le même que l’amour féminin.

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L’amour féminin est très bien dit par Marguerite Duras. Elle nous raconte qu’un homme interroge une femme : comment le sentiment d’aimer peut-il surgir ? Et elle répond : peut-être d’une faille soudaine dans la logique de l’univers, par exemple, d’une erreur, jamais d’un vouloir.

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C’est par la voie de l’amour qu’une femme peut apaiser son être en manque, car pour elle la solution phallique n’est pas tout. Néanmoins, nous savons que l’appel de l’amour dépend fort de la contingence, de la tyche, de la bonne rencontre qui est toujours fortuite. Mais une femme l’attend toujours, car c’est par la voie de l’amour et non pas par celle de l’identification avec la jouissance phallique, comme chez les hommes, qu’elle pourra se dire femme.

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Freud ne fait pas la distinction entre l’amour féminin et l’amour masculin. Toutefois, la clinique y repère une distinction. Nous pouvons penser la différence entre l’amour masculin et l’amour féminin du fait qu’il n’y a pas de réponse possible pour une femme, de réponse qui soit satisfaisante, pour plus chaleureuse qu’elle soit, et assouvisse la soif de l’amour féminin, l’exigence amoureuse de l’Autre féminin dans ce qu’il a d’altérité, dans ce qui le situe en dehors de la norme phallique à la place d’une jouissance autre. L’amour féminin va au-delà du lieu d’où l’amour masculin pourrait donner une réponse. Nous observons souvent dans la pratique clinique que cela est insupportable pour l’homme, dans la mesure où cela l’effraie justement par le non-sens que cette jouissance comporte. L’exigence d’exclusivité de l’amour chez une femme est due au fait que sa jouissance la dépasse, ce qui apporte la certitude qu’elle peut être prise d’angoisse, d’un sentiment de déchéance, qu’elle peut se perdre et même de devenir folle. Folles, mais pas-toutes, elles en appellent à l’amour comme un recours contre cette jouissance effrayante.

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Le point de conflit et de tous les reproches au sujet de l’amour, c’est que ni les hommes ni les femmes veulent admettre que l’harmonie sexuelle est impossible, que le rapport sexuel n’existe pas et qu’il est nécessaire, face à cette inexistence, de construire un amour, lequel ne mérite cette dénomination que s’il est toujours accepté moyennant tous les « malgré »… Toujours est-il, lorsque des hommes et des femmes s’exposent à la castration, qu’ils croient que par la voie de l’amour les différences s’effacent et les deux font Un. Bref, le drame, c’est qu’il est impossible de faire Un avec l’Autre. Comme on peut le lire dans le poème d’Antoine Tudal : « Entre l’homme et la femme il y a l’amour, entre l’homme et l’amour il y a un monde, entre l’homme et le monde il y a un mur. » L’incompréhension mutuelle est structurelle, le langage est un mur qui fait barrière à la compréhension, et seul l’amour en sa face narcissique peut faire croire aux hommes et aux femmes qu’ils se comprennent.

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Une femme veut qu’on aime l’insondable de son être féminin et elle établit ainsi l’impossible de l’amour, du fait que l’homme ne peut aimer un sujet que si celui-ci occupe la place d’objet dans sa fantasme. L’amour féminin est tout autre, il est celui qui vient dans une relation directe avec ce qui est derrière le voile, en rapport direct avec la castration de l’homme, renvoyé en dernière instance au père mort, à ce qui marque cette faille dans l’univers du discours. Étant ce qui supplée au il n’y a pas de rapport sexuel, il est pour la femme le centre, le pivot autour duquel gravite sa vie psychique. Les avatars de l’amour, spécialement ceux du désamour, c’est ce qui conduit de nombreuses femmes vers le psychanalyste. Les femmes souffrent par manque d’amour, par amour, mais aussi de trop aimer. Le corps féminin endure de par l’amour, les maladies qui l’attaquent et le détruisent sont toujours sous-jacentes aux questions concernant la sexualité et l’amour. Les hystériques en particulier excellent en formes inusitées d’attaque contre leur propre corps lorsqu’elles perdent l’objet d’amour. C’est le langage qui nous donne un corps, il existe à partir du moment où je dis « ce corps est à moi », mais pour la femme il en faut toujours un peu plus, car elle ne croit pas tout à fait dans le signifiant, n’y étant pas tout à fait.

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Le désamour peut se manifester chez les femmes par la plainte de ne pas être aimées comme elles l’attendent, ou encore de ne pas pouvoir aimer un homme ; c’est ce qui se révèle dans le propos d’une patiente : « Je ne sais pas ce qui m’arrive, je ne peux aimer personne ! » À un autre moment, elle dit : « Ils [les hommes] ne sont pas comme ma famille ! » Il y a en fait une différence qu’elle ne peut supporter.

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Freud compare le narcissisme du moi chez les femmes avec le narcissisme d’être désirée ; il affirme : « Les femmes narcissiques sont celles qui se cherchent elles-mêmes comme objet érotique, elles n’ont pas besoin d’aimer mais d’être aimées et acceptent l’homme qui satisfasse à ces conditions. »

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Toute femme veut être objet érotique pour un homme, qu’elle soit dans la position hystérique ou dans la position féminine, car cela est inhérent au fait de vouloir être aimée et désirée. Néanmoins, accepter l’homme qui satisfasse à ces conditions est autre chose que le mettre en position d’esclave de son narcissisme. Freud affirme encore que « ce narcissisme est très fréquent chez les femmes très belles qui incarnent une inattaquable position de la libido, “comparable” à la fascination qu’exercent les grands animaux ou les grands criminels ». L’objet érotique qu’elles cherchent à être pour elles-mêmes ne va pas dans le sens de satisfaire le désir de l’homme. Freud nous dit qu’elles s’efforcent en vérité de satisfaire les idéaux maternels et paternels, que ce sont des femmes dont la position inconsciente est tournée vers les exigences de l’idéal du moi.

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L’amour féminin, c’est un événement, alors que l’amour hystérique, c’est celui que l’on conquiert, dans la mesure où l’hystérique là aussi joue le rôle de l’homme dans la tâche de conquérir. Marguerite Duras écrit que l’amour n’advient pas d’un vouloir mais d’une erreur, d’une faille où l’on situe la vérité du sujet de l’inconscient. L’amour féminin surgit par rapport à la faille dans le savoir de l’homme, par rapport à ce qui renvoie à sa propre castration. « La femme ne peut aimer en l’homme […] que la façon dont il fait face au savoir. » Bref, c’est l’amour de la vérité du sujet de l’inconscient, car la vérité du sujet, c’est que l’inconscient est faillible. C’est à travers le mi-dire de l’homme qu’apparaît la relation qui le lie à sa vérité inconsciente, il s’agit d’un amour à ce qu’il y a de latent dans son dire.

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L’homme aimé est reconnu comme médiation pour qu’elle se trouve en tant que femme : « Médiation pour qu’elle soit une Autre pour elle-même comme elle l’est pour lui. » Médiation pour qu’elle découvre cette partie folle et inconnue de soi-même. Cet inconnu de la femme, cet énigme qu’elle est pour elle-même et pour le monde, elle n’y goûte que dans la relation avec l’homme aimé, qui vient faire une jonction apaisante entre la jouissance autre et le désir.

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L’amour s’éprouve justement à l’endroit du non-savoir, de ne pas savoir à propos du vouloir de l’Autre, là où surgit l’angoisse, tant que l’on n’est pas confronté à l’impossible de savoir ce que l’on est pour l’Autre en tant qu’objet. Tant que l’on n’est pas confronté à la castration. Freud a observé que la perte de l’amour angoisse les femmes, car la perte de l’amour, l’incertitude, précisément ce non-savoir ce que l’autre veut, les confronte à l’absence radicale de l’Autre, au fait qu’il n’y a aucun Autre qui puisse savoir la singularité de l’être féminin. Pour que l’on puisse dépasser l’angoisse, il faut faire le deuil de l’amour en tant qu’absolu. Deuil impossible pour l’hystérique qui peut passer sa vie à parler, à se plaindre, à exposer la dévastation causée par la perte de l’objet amoureux. Il est nécessaire de consentir à ce que l’amour n’est que fortune, hasard, rencontre, et que rien ne garantit qu’il dure ou pas.

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Deuil de ce que l’hystérique attendait dans sa relation à sa mère, deuil de cet impossible à être, deuil de l’« attente de plus subsistance », d’un signifiant venant de la mère. Ce n’est qu’à consentir à ce deuil qu’on trouve une issue à l’angoisse et également quelque sérénité dans cet amour jusque-là fou.

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L’amour hystérique est alors celui qui se nourrit d’une plainte interminable, plainte incessante qui se répète. L’hystérique féminine aime en projetant sur l’homme aimé quelque chose qui dépasse cet homme lui-même. Elle aime sous l’exigence que l’homme aimé devine ses désirs. C’est pour cela que les hommes névrosés ont peur de cet amour fou et le fuient. Elles n’aiment pas en tant que femmes, elles aiment chez les hommes leur quête même de savoir, d’un savoir qui sera toujours un non-savoir ; pour cela elles se perdent souvent. Il ne s’agit pas là d’un amour féminin, mais d’un amour asexué qui refuse le sexe. Il s’agit d’un amour identifié à la position masculine, mais, comme elle est pas-toute sous la forme phallique, cet amour asexué a des exigences par rapport à une complétude d’être.

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L’amour d’une femme qui a déjà pu se confronter à la castration est plus serein, susceptible d’opérer une séparation entre la folie de l’amour et cet homme particulier. Ou encore elle peut prendre l’homme sans les divinisations propres aux folies d’amour.

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C’est cet amour fou qui est mis en scène dans le feuilleton de Manuel Carlos par le personnage de Heloisa. Heloisa aime son mari d’un absolutisme où elle se voit dépassée par la jouissance même, parce qu’elle ne s’y identifie pas en tant que femme. Abandonnée, Heloisa s’angoisse ; à la dérive et folle d’amour, elle agresse l’homme qu’elle aime. Elle aime chez lui ce qu’elle croit y trouver qui puisse lui faire, à elle, rencontrer la jouissance en tant nommable. Elle aime chez lui la possibilité d’une réponse à sa demande d’être. Il est pour elle une voie vers l’absolu de l’amour, vers l’au-delà du monde, vers l’au-delà de l’homme où l’on trouve Dieu, c’est-à-dire où se trouve l’énigme de la jouissance non phallique, l’énigme du féminin. Heloisa, dans son désespoir d’amour jaloux, rend une autre femme responsable de l’échec de son amour. La fonction de l’autre femme apparaît aux yeux du féminin dans n’importe quelle structure, car c’est en comparaison avec cet Autre qu’une femme peut identifier son être dans le désir de l’Autre, par le manque justement d’un signifiant qui réponde de cette place. Heloisa est l’une de ces femmes dont on dit qu’elles aiment trop et qui sont en fait prises dans et dépassées par cette jouissance autre, hors de la norme phallique. Femmes qui n’ont pas trouvé une limite venant apaiser cela qui les possède. La médiation de l’homme les a menées à une relation directe avec cette jouissance qui n’est pas nommable.

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Il est intéressant d’observer que, dans le récit de Manuel Carlos, le personnage vécu par la bonne d’Heloisa donne la solution : un enfant. Un enfant, il est vrai, pourrait soutenir Heloisa de façon plus commode dans la norme phallique, elle serait alors en tant que mère imaginairement toute. Mais ce dont il s’agit, c’est un désir référé à l’Autre de l’amour, qu’il y ait ou non un enfant. Le désir, c’est ce qui vient barrer l’angoisse, c’est son remède.

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L’amour est essentiel pour une femme, car « c’est ce qui permet à la jouissance de condescendre au désir ». Il faut que l’amour mène au désir, car le désir, c’est ce qui donne un sens à la jouissance et des limites à ce qui est fou dans l’amour féminin.


Bibliographie

  • Lacan, J. 1975. Le séminaire, Livre XX, Encore (1972-1973), Paris, Le Seuil.
  • Lacan, J. 1966. « Directives pour un congrès sur la sexualité féminine » (1958), dans Écrits, Paris, Le Seuil.
  • Lacan, J. 1973, « L’étourdit » (1972), Scilicet, n° 4, Paris, Le Seuil.
  • Lacan, J. Le séminaire, Le savoir du psychanalyste (1971-1972), leçon du 1er juin 1972, inédit.
  • Duras, M. 1982. La maladie de la mort, Paris, Éditions de Minuit.
  • Freud, S. 2000. « Introducción del narcisismo » (1914), dans Obras Completas, vol. XIV, Buenos Aires, Editores Amorrortu.
  • Lacan, J. Le séminaire, L’angoisse, leçon du 13 mars 1963, inédit.

Notes

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Elisabeth Da Rocha Miranda, psychanalyste à Rio de Janeiro, membre de l’École de psychanalyse du Champ lacanien.

 
 
 

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Le phallus et l’objet a dans l’expérience analytique – la partie analytique se joue au niveau du manque

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De quel objet s’agit-il en psychanalyse ? Qu’est-ce que le phallus ? Pourquoi Lacan a-t-il inventé l’objet a ? Comment l’objet se manifeste-t-il dans l’expérience psychanalytique ?

En psychanalyse, l’objet, celui qui serait parfaitement adéquat à la satisfaction de l’être sexué reste introuvable. Dans la doctrine freudienne, l’objet est perdu, pris dans une quête impossible ; dans l’enseignement de Lacan, l’objet n’est appréhendé qu’en tant que manque. Freud a isolé les effets de la fonction de l’objet perdu primordialement dans le développement ultérieur de la sexualité au cours de deux temps : la latence où l’objet irretrouvable est perdu de fait ; la puberté où il paraît retrouvé. Perdu signifie que son signifiant a été refoulé et est resté conservé dans la mémoire inconsciente ; retrouvé veut dire qu’il reparaît sous une autre forme, répétitive. L’objet sexuel « retrouvé », dit Freud, n’est pas l’objet « cherché ». Lacan a traduit la notion freudienne de la latence dans le procès de signifiantisation où le mot tuant la chose installe la castration à la place de l’objet qu’il n’y a pas.

Dans la psychose, par défaut de ce procès, les automutilations sont réitératives. Dans la névrose, la présence de la castration dans l’objet est à référer à l’effet mortifère du langage. La formule freudienne résume la périodisation de la vie sexuelle de l’individu : Toute trouvaille de l’objet est une retrouvaille. Lacan a élevé cette formule au rang d’un axiome, lui a donné son mathème : a/-phi. Cette écriture permet de corréler deux éléments non signifiants : 1. la lettre a qui supporte la fonction de jouissance de tout objet retrouvé ; 2. le signe écrit (-phi) qui supporte la fonction de castration et ouvre une béance au cœur de toute relation d’objet. Cet axiome fait valoir les deux faces de l’objet : l’une pleine (a), l’autre vide (-phi). L’une remplie par une circulation symbolique d’objets imaginaires qui attire la libido et la condense dans un fantasme ; l’autre se fonde d’un trou réel dans le langage que le signifiant du phallus symbolise pour recouvrir le manque.

Lacan a substitué à l’inconscient-mémoire de Freud un inconscient structuré comme un langage à partir des travaux de Saussure et de Jakobson. Ce point de vue structural a opéré une séparation dans la théorie freudienne du développement de la libido : d’un côté les stades et leurs genèses qu’il laisse aux psychologues ; de l’autre deux objets, l’oral et l’anal, liés à la mère. Le point de vue structural élimine la notion d’individu support du développement ; il invente une fonction de l’objet qui n’est d’aucun stade à partir du regard et de la voix ; il définit la relation du sujet au signifiant avec des objets dont la caractéristique est d’être centrés par la castration. L’oral et l’anal sont pris dans les demandes du sujet, le regard et la voix sont du registre du désir. En tant qu’oral, anal, scopique, vocal, ces objets dits a sont travaillés par le signifiant qui vise à effacer la charge libidinale qu’ils condensent. Leur fonction logique une fois généralisée s’incarne dans ce qui tombe du corps comme déchets de l’opération symbolique.

Avec Freud, la dialectique du développement de la vie sexuelle de l’individu aussi bien que la dialectique d’une analyse, a tourné autour d’un objet majeur le phallus, dont le rôle décisif aussi bien que paradoxal perturbe et organise la relation de l’enfant et sa mère, de la mère avec sa féminité, de l’homme et la femme. Ce phallus est un objet imaginaire, jamais confondu par Freud avec l’organe pénien bien réel ; il est la clé du rapport à l’objet retrouvé quoique perdu pour les deux sexes. Le primat du phallus une fois isolé montre qu’il nourrit le fantasme phallique de la femme. Car c’est au moment où le sujet perçoit son absence dans le champ visuel, qu’il est introduit à la différence des sexes. Le problème est que Freud a fait dépendre l’opération de castration de l’agent oedipien, père ou mère. Il en résulte que le choix du sexe pour le garçon comme pour la fille s’effectue sous le régime de l’amour oedipien plaçant le phallus dans le registre de la demande au même titre que l’enfant, ou l’objet anal.

Lacan a substitué au primat du phallus le primat de la structure de la chaîne signifiante d’où il déduit que le phallus est pour les deux sexes, un signifiant privilégié : le signifiant du désir. Dès lors, le rapport du sujet au signifiant du désir, prélevé dans l’Autre, fait tourner la logique de la cure autour de la cause de ce désir, cause supportée par la fonction de l’objet a qui inclut la castration. Sur cette voie, Lacan se différencie de Freud. Il passera du temps à « désoedipianiser », à « désignifiantiser » la castration, jusqu’à en faire une fonction de jouissance logiquement spécifiée chez l’homme et chez la femme. Quant à l’objet a, guise de l’objet perdu, il corrèle dès lors le sujet masculin au partenaire manquant – une femme si elle s’y prête – et le sujet féminin à la maternité. Cette perspective a pluralisé les usages qu’il peut être fait de l’objet a dans l’expérience analytique : objet d’amour, cause du désir, d’angoisse, signal du réel, semblant, partenaire symptôme. L’analyste tient à sa disposition toute une palette d’objets pour s’orienter et guider un analysant vers la sortie de l’expérience analytique.

Une lecture attentive du cas du petit Hans ou du cas de la petite Sandy montre combien la présence ou l’absence du pénis habite la curiosité des jeunes enfants. La question, porteuse d’angoisse, se dramatise lorsqu’elle s’incarne en même temps : dans le champ de perception visuelle où l’enfant se confronte à l’absence de phallus ; et dans son corps qui se met à éprouver des sensations inconnues jusque-là. L’entourage est toujours requis de répondre.  Dans le cas de Hans, Freud guide le père dans le déluge des questions posées par l’enfant à propos de son organe, de ce que veut sa mère, de la castration féminine, de la place de son père dans le couple parental. Quant à Sandy, observée par Anne Lise Schnurmann, le re-mariage de la mère avec un homme, dont le fils est plus âgé qu’elle, a permis à la petite fille de reformuler son rapport à la castration maternelle, et donc de trouver de nouvelles réponses aux mêmes questions que Hans se posaient concernant le sexe et la mort. Le symptôme phobique, la peur du cheval pour Hans, la peur du chien pour Sandy, témoignent du mode de rejet à partir duquel chacun des enfants a accueilli le signifiant phobique à-tout-faire pour refouler la castration maternelle (penisneid). La résolution du symptôme a ouvert à l’un la voie de sa singulière position masculine et à l’autre celle de sa féminité.

Sur la base de ces faits cliniques apparus dans le champ perceptif, Lacan a montré que le moment décisif a pour pivot la révélation de la castration de la femme : la mère n’a pas le phallus. Toute formation symptomatique en dépend. Prenons l’exemple de Hans. Il cherche à voir si sa mère possède ou non un pénis. Forcé à se confronter et à assumer la castration maternelle, il va s’identifier à l’objet du désir de sa mère, le Phallus ou sa guise. Après que Freud ait recommandé au père de dire à son fils que le phallus n’existe pas, Hans répond par une fiction dans laquelle il imagine sa mère en chemise et toute nue lui montrant son fait-pipi et lui-même en faisant autant. Il s’agit pour l’enfant de voir, d’épier ce qui est là et pas là à la fois.  En même temps, il montre qu’il a compris qu’il est désiré par sa mère en tant que phallus. La mère a encouragé ce mouvement de Hans. Il est devenu « l’appendice » indispensable de la mère, soumis dans tout son être à la condition d’objet de la mère, « assujet » dit Lacan. L’enfant sera délogé de cette place par l’arrivée de sa petite sœur, et par l’irruption de la jouissance dans son sexe, un sexe réduit à une cochonnerie par sa mère. La phobie éclate. Sa mère ne se satisfait plus de lui, l’énigme du désir maternel est réactivé. L’objet qu’il épiait manque, et ce manque se fait regard. L’objet phobique substitué par Hans à ce qui le regarde, c’est l’objet a qui affole l’enfant et recouvre la castration maternelle. Ici se démontre que la carence du père a fait son œuvre. D’une part, il n’a pas interdit l’accès à la mère ; d’autre part, il n’a pas comblé le désir de sa femme. À la place du désir de la mère non métaphorisé par le phallus paternel, la phobie vient occuper cette fonction. Ici se retrouve le mathème écrit par Lacan : a/-phi.

Lacan a soulevé un coin du voile qui couvre la relation de l’enfant à la mère : c’est une affaire de jouissance, dit-il. Mais les prémices étaient dans Freud.

Bibliographie

(1) Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, Paris, 1987.
(2) Lacan J., Le Séminaire, livre IV, La relation d’objet, chapitres I et IV, Paris, Seuil, 1994.
(3) Lacan J., « La signification du phallus », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
(4) Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Chapitre XXIV, Paris, Seuil, 2004.
(5) Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975.
(6) Lacan J. « Note à Jenny Aubry », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.
(7) Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Donc », enseignement prononcé dans le cadre du département de   Psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 9 mars 1994, inédit.
(8) Miller J.-A., « L’enfant et l’objet », La petite girafe, n°18, décembre 2003.
(9) Scilicet, Les objets a dans l’expérience psychanalytique, Congrès AMP 2008 à Buenos Aires, Publication ECF, 2008.