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ARTICLES
 
  • 5)... Mondialisme vs Souverainisme : Commentaire de Doug Casey sur l’élite qui s’identifie comme telle !
  • 4)... Occident : l’enfer au féminin. Dans divers pays de l’Occident , les criminels en col blanc – de Soros à Clinton en passant par Obama et Draghi, des Think Tank jusqu’au FMI dont les actions sont toujours nocives – favorisent régulièrement l’arrivée au pouvoir d’un type féminin, de harpies totalement soumises aux démons. Ces femmes sont une calamité supplémentaire pour les populations.
  • 3) .... Le Porc et le Prince charmant. ............ C’est l’éternelle illusion entre les sexes ! L’incompréhension mutuelle…que la réalité crue va briser ou pas. Que va-t-il sortir de tout cela ? Dénonciations ou illusions romantiques retrouvées ? Abus de pouvoir ou réconciliation entre hommes et femmes ? ................Éric Zemmour : «Derrière la campagne contre les porcs, c'est la porcherie qui flambe et que l'on nous cache» ..«Cette furie médiatique ne saccage pas seulement la raison. Elle réduit à rien tout le reste» .............
  • 2) .... Ivan Rioufol : «Le mâle blanc, l'ennemi de ces dames» .............Les hommes? Tous des cochons. C'est du moins ce qu'affirment les féministes, dans une victimisation communicative. Harvey Weinstein, le magnat de Hollywood heureusement éreinté pour ses agressions contre de nombreuses actrices, est devenu le symbole de l'impunité masculine. Au prétexte de dénoncer la domination misogyne dans le show-biz, longtemps étouffée par la gauche morale américaine, une misandrie s'exprime en retour, sans retenue.
  • 1) .... The Square ......« Un sanctuaire ou règnent confiance et altruisme. Dedans, nous sommes tous égaux en droits et en devoirs ».............. un carré sensé incarné un sanctuaire utopique : un espace de non-agression, inattaquable et hermétique aux pollutions envahissantes de nos actes barbares. ................. Il est également question de la dichotomie présente dans la nature humaine et bien évidemment celle qui habite une certaine approche de l’art contemporain. Ces décalages vont se matérialiser à travers le personnage de Christian, sorte de dénominateur commun. Tout d’abord par l’identité du personnage lui-même qui est en apparence un brillant conservateur, proche de ses enfants, apprécié de ses pairs, manipulateur de verbes séduisant et détenteur d’un discours humaniste à souhait. Mais Christian n’est pas aussi transparent, il y a ce qui se dissimule dans la personnalité profonde, derrière ce paravent de la façade sociale. Là, nous découvrons un homme fait de toutes ces contradictions qui caractérisent l’homme occidental.

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Mark Twain a dit, « Si vous ne lisez pas les journaux, vous n’êtes pas informé. Mais si vous les lisez, vous êtes mal informé ».

C’est pourquoi je désire attirer votre attention sur un récent article intitulé « La tentation isolationniste » (The Isolationist Temptation), publié par The Wall Street Journal et rédigé par Richard Haass, président du Council on Foreign Relations (CFR).

Cet article ne méritait pas d’être lu — sauf qu’il offre un excellent éclairage sur la façon de penser de « l’élite ». Le CFR fait partie d’une douzaine de groupes — comme Bilderberg,Bohemian Grove et Davos — où se réunissent les membres de cette élite qui s’identifie comme telle.

Ces groupes ne possèdent pas de pouvoir politique comme tel. Mais leurs membres font partie des gouvernements, des grandes entreprises, des universités, de l’armée, et des médias. Ils ont tous fréquenté les mêmes écoles, ils appartiennent aux mêmes clubs, ils socialisent entre eux et, encore plus important, ils ont une vision commune. Et quelle est-elle? Ils croient que l’État — et non le marché — est le meilleur moyen de gérer le monde.

Croyez-le ou non (je ne le crois pas encore…), j’ai récemment été invité à un de ces conclaves. Probablement par erreur. Je ne m’attends pas à être un renard dans le poulailler, mais plutôt un squelette à un festin. Je vous en reparlerai le mois prochain…

Mais revenons à notre sujet. Comme moi, vous vous êtes probablement demandé, « Qui sont ces gens? Est-ce que ce sont des canailles, des abrutis, ou les deux? Qu’est-ce qu’ils fument? Sont-ils complètement fous? »

Haass commence par diviser le monde des observateurs de la scène politique étrangère entre les « internationalistes » et les « isolationnistes » — une distinction faussée, trompeuse et idiote. Ce ne sont pas des « internationalistes » (c.-à-d. des gens qui se déplacent d’un pays à l’autre), ce sont des « mondialistes » (des gens qui veulent travailler pour un gouvernement mondial, qu’ils contrôlent). Il emploie le terme « isolationniste » de manière péjorative pour décrire le camp ennemi, les ramenant ainsi à des non-interventionnistes — un groupe totalement différent. Les isolationnistes évoquent un culte attardé, se tenant à l’écart du monde. Les non-interventionnistes ne veulent simplement pas se fourrer le nez dans les affaires des autres.

Il louange les soi-disant internationalistes (c.-à-d. mondialistes) comme étant « ceux qui veulent que les É.-U. conservent le rôle international de premier plan qu’ils jouent depuis la Deuxième Guerre mondiale ». Par là, il entend que les laquais du gouvernement américain devraient parcourir le monde pour « répandre la démocratie ». Il présume que la démocratie — qui n’est en fait qu’une forme plus polie de règne par la populace — est toujours une bonne chose. Nonobstant le fait que la démocratie ne résulte que rarement d’une intervention américaine. Il fait une autre distinction (et sur ce point j’admire sa candeur) entre les « élites » — comme les hauts dirigeants gouvernementaux et ceux qui font partie du CFR — et les « non-élites ». Il emploie actuellement ces mots. Il qualifie les invasions américaines et les tentatives de changement de régime de « politique étrangère ambitieuse ».

Il dit, même après avoir mentionné de désastreux échecs américains comme les guerres en Corée, au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, et les catastrophes qui se poursuivent en Libye et en Syrie, que nous devrions maintenir le cap.

Il adore le concept des alliances, évidemment. Malgré le fait que les alliances ne servent qu’à entraîner un pays dans les guerres d’un autre pays. Les alliances prennent des conflits locaux relativement bénins et les catapultent à une échelle catastrophique. Il en a toujours été ainsi. L’exemple classique est celui de la Première Guerre mondiale, qui a signalé le commencement du long déclin de la civilisation occidentale. Les alliances ne peuvent servir qu’à entraîner les É.-U. dans des guerres entre des pays sans importance situés au milieu de nulle part que très peu d’Américains peuvent situer sur une carte.

Puis il mentionne ce qu’il appelle le « libre échange », un autre emploi malhonnête de ce terme. Le libre échange existe lorsqu’il n’y a pas de taxes ou de quotas, lorsque n’importe quelle entreprise peut acheter et vendre ce qu’elle veut, où et quand elle le veut.

Ce que ces gens veulent, en fait, c’est le commerce géré par l’État, ce qu’ils préfèrent appeler « commerce équitable ». Il sous-entend que des dirigeants gouvernementaux sages et incorruptibles sont nécessaires pour s’assurer que des acheteurs et des vendeurs stupides et malhonnêtes ne se nuisent pas malencontreusement.

Toutefois, ne devrions-nous pas nous inquiéter si des étrangers subventionnent leurs entreprises manufacturières et ignorent les réglementations sur l’environnement et le travail des États-Unis? Ma réponse est : non. C’est merveilleux si un imprudent gouvernement mercantiliste subventionne les consommateurs américains; nous nous enrichissons tandis qu’ils s’appauvrissent en vendant des billets d’un dollar à 50 cents. Et si les Chinois peuvent fabriquer quelque chose à moindre coût que les Américains, c’est merveilleux. Les Américains — qui disposent encore du plus vaste bassin de capitaux, de technologie et de main-d’œuvre éduquée au monde — sont alors libres de faire des choses plus productives.

Quoi qu’il en soit, l’article de Haass est affreux à tout point de vue. Je le reproduirais ici, mais il est trop long et trop ennuyeux. Et cela irait à l’encontre de la politique du Wall Street Journal. Par ailleurs, le Journal a récemment publié un article encore plus prodigieux, plus stupide, et plus nuisible, rédigé par Kenneth Rogoff sous le titre « L’aspect sinistre de l’argent liquide » (The Sinister Side of Cash). Il s’agit, évidemment, d’un « économiste » de Harvard. Vous devrez le consulter vous-même, étant donné la politique de reproduction du journal. Mais je vous encourage fortement à le faire. Il décrit — en langage net et clair — la logique de « l’élite » à l’égard des taux d’intérêt négatifs et de l’élimination de l’argent en espèces.

C’est hallucinant, et ça me porte à croire que l’auteur est un criminel aliéné. Je veux dire littéralement, au sens clinique. Criminel parce qu’il soutient ouvertement l’agression contre les biens d’autrui et, en fait, leur existence même. Et aliéné parce que ses idées et ses croyances sont complètement délirantes, sans aucun lien avec la réalité.

Au total, chaque jour amène de nouveaux signes tous azimuts indiquant que la queue du gigantesque ouragan financier dans lequel nous avons pénétré en 2007 sera extrêmement désastreuse.

La « Dépression majeure » sera encore pire que je ne l’imaginais moi-même.

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" data-medium-file="" data-large-file="" class=" wp-image-4023 alignright" src="https://henrithibodeau.files.wordpress.com/2016/02/doug-casey.jpg?w=177&h=169" alt="Doug-Casey" width="177" height="169">Doug Casey est un économiste du libre marché d’origine américaine, un auteur, ainsi qu’un entrepreneur et un investisseur international. Il est le fondateur de Casey Research, organisme qui offre des analyses financières par abonnement. Ses investissements se sont concentrés dans les secteurs des ressources naturelles, des métaux et des mines, de l’énergie, des produits de base et de la technologie.
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Occident : l’enfer au féminin

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Dans divers pays de l’Occident , les criminels en col blanc – de Soros à Clinton en passant par Obama et Draghi, des Think Tank  jusqu’au FMI dont les actions sont toujours nocives – favorisent régulièrement l’arrivée au pouvoir d’un type féminin, de harpies totalement soumises aux démons. Ces femmes sont une calamité supplémentaire pour les populations.

La plus horrible, sans erreur, est Hillary Clinton.

Juste derrière se place Angéla Merkel, responsable du plus majestueux désastre énergétique qui ait pu arriver en Europe, avec la fermeture de la plupart des centrales nucléaires. A l’encontre des braiements dans lesquels elle s’affirme écologique, protectrice du milieu ambiant, les centrales nucléaires ont été, jusqu’à présent, la manière la plus efficace, la moins coûteuse, de produire l’énergie nécessaire aux technologies assurant bien-être, améliorations des conditions de vie, renouvellement technologique.

Elle est aussi coupable de génocide à l’encontre des peuples européens en organisant leur éradication au profit de nouveaux venus du vaste monde. Entre le “fanatismo” génocidaire et la phobie technologique, cette dirigeante  ramène le continent européen à l’époque pré-humaine, lorsque les animaux régnaient sur le monde.

Cette faculté de croire en n’importe quoi du moment que l’argent  coule à flot, est représentée en Amérique hispanique par  Michelle Bachelet qui termine son mandat à la tête du Chili en 2018. Cette dame a été placée là pour introduire la négation de la beauté et de l’harmonie, les horreurs du trafic de toutes choses, la promotion des intérêts sionistes, la destruction de l’idée de nature humaine.

Après les chefs de gouvernement viennent les Maires de grande ville dont le profil est similaire. En Espagne, ce sont les édiles de Barcelone, Ada Colau et de Madrid, Manuela Carmena. Toutes ces dirigeantes ont en commun le fanatisme borné de chipies à idées fixes. Leurs patrons ont fixé l’agenda : remplacer la population.

Dans l’empire américain, aux USA Hillary Clinton ne put être mise en place malgré l’appui de l’industrie médiatique  et les fonds sans fond qu’elle pouvait dépenser pour acheter les votes. Elle n’en garde pas moins une capacité de nuisance dont on observe les effets contre le Président Donald Trump et ses efforts pour redonner du travail aux  américains.

Une comparaison avec les fameux printemps arabes ne serait pas inutile.

Les territoires qui furent des lieux de haute culture et de bonne organisation sont transformés systématiquement en zones de chaos. Le cycle de 1968, provocation, répression, solidarité a été amplifié et amélioré : provocations, scénarios médiatiques, assassinats judiciaires, diabolisation des autochtones remplacés par des mercenaires payés en dollar émis pour la circonstance. Chacune obéit aveuglement aux slogans des gangsters destructeurs de toute civilité.

Cette médiocrité doit être mise en corrélation avec la baisse de niveau de l’occident. Si l’on excepte l’art de voler, mentir et piller, la pensée adéquate, juste et correcte a été détruite par l’inquisition et la censure. Les escrocs n’ont besoin que de la protection de magistrats véreux et de lois assassinant quiconque leur déplaît. Cela a été bien signalé par Doug Casey, lorsqu’il commente les stupidités d’un Richard Haass ou d’un Kenneth Rogoff.

De manière générale, Wikileaks a publié l’an dernier des documents prouvant à quel point le niveau culturel est en chute libre. On l’observe dans toutes les institutions.

 

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Le Porc et le Prince charmant.

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L’aveu n’adoucit pas les mœurs.  
Derrière le Prince charmant, il y a désormais un porc ! On est passé du conte de fée à la révélation sexuelle ! La « Princesse » rêve de château, d’homme charmant et riche, de noble politesse et manière distinguée. Elle découvre subitement la crudité du désir masculin dans toute son horreur pornographique. Inversement le jeune homme s’aperçoit que la jeune fille si « fleur bleue » n’est qu’une « salope » qui n’en veut qu’à son argent et son train de vie…à travers mille ruses et coquetterie…C’est l’éternelle illusion entre les sexes ! L’incompréhension mutuelle…que la réalité crue va briser ou pas. Que va-t-il sortir de tout cela ? Dénonciations ou illusions romantiques retrouvées ? Abus de pouvoir ou réconciliation entre hommes et femmes ? 
En tout cas c’est au tour de Tarik Ramadan, grand donneur de leçon morale et politique, d’être ces jours-ci, 24 octobre 2017, accusé de viol par Henda Ayari, ancienne salafiste !

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Éric Zemmour : «Derrière la campagne contre les porcs, c'est la porcherie qui flambe et que l'on nous cache»

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Par Eric Zemmour
Publié le 27/10/2017 à 09h01

CHRONIQUE - Le torrent médiatique de « Balance ton porc » ne saccage pas seulement toute raison et cohérence intellectuelle. Il réduit à presque rien tout le reste de l'actualité.

C'est un torrent qui emporte tout. Qui dévaste tout, qui détruit tout, qui ravage tout. Qui envahit tout. Le torrent de la parole libérée. La parole qui dénonce, la parole qui accuse, la parole qui menace. L'incroyable tsunami de «Balance ton porc» nous plonge soudain dans le monde décrit il y a des années par l'écrivain Philippe Muray qui avait prophétisé que le temps du néopuritanisme féministe succéderait à celui de la libération sexuelle des années 1970, et qu'il s'achèverait dans une fureur répressive et inquisitoriale: «À l'envie de pénis, succédera l'envie de pénal.»

Nous y sommes. Et plus rien d'autre n'existe ni n'importe. Comme si (alors même que l'affaire Weinstein partait des Etats-Unis, et même d'Hollywood, qui n'a jamais eu la réputation d'être un monastère), la France était devenue un enfer où des «porcs» par millions harcelaient et violaient en liberté des pauvres victimes féminines, forcément victimes, qui n'avaient aucun moyen légal de se défendre. Les mêmes militantes féministes - qui, il y a quelques semaines, nous expliquaient doctement que les incessants harcèlements de rues par les migrants Porte de la Chapelle se régleraient par un élargissement des trottoirs - ne proposent nullement l'agrandissement des chambres d'hôtel où Weinstein et ses émules français reçoivent leurs proies. Il est vrai que ceux-ci sont occidentaux et riches, tandis que ceux-là sont africains et pauvres.

«Cette furie médiatique ne saccage pas seulement la raison. Elle réduit à rien tout le reste»

Mais le torrent médiatique de «Balance ton porc» ne saccage pas seulement toute raison et cohérence intellectuelle. Il réduit à presque rien tout le reste de l'actualité. Soudain, la sécession catalane devient anecdotique. On évoque à peine les efforts - largement vains d'ailleurs - d'Emmanuel Macron pour limiter les effets délétères des travailleurs détachés. Les menaces nucléaires venues de la Corée du Nord ont disparu. La défaite de Daech? On s'en moque. On a déjà oublié que les Allemands de Siemens ont racheté nos TGV. Les ambitions mondiales de la Chine, proclamées haut et fort désormais par le chef du Parti communiste chinois, n'ont qu'une importance insignifiante. Le développement de sa marine, en particulier, et de son armée en général, son impérialisme économique mis en place à travers «la route de la soie», n'intéresse personne. Pas plus que le réveil programmé de la puissance militaire japonaise. Ou l'invasion continue de migrants venus d'Afrique, et qui passés par la Libye, se déversent sur les côtes italiennes, en sachant très bien qu'ils seront non seulement sauvés, mais jamais renvoyés dans leur pays.

Tout cela est insignifiant. Négligeable. Marginal. Il est vrai qu'il ne s'agit que de paix et de guerre. Un sujet bien moins important que de savoir si tel député ou ancien ministre a posé sa main sur la cuisse d'une jeune femme ou si une actrice a pleuré en comprenant qu'un producteur l'avait invité dans sa chambre d'hôtel pas seulement pour évoquer son prochain rôle. Si on était amateur de complots, on dirait que cette campagne médiatique contre les porcs est bien utile pour ne pas voir la porcherie qui flambe. Mais ce n'est pas notre genre.


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Par Ivan Rioufol
Mis à jour le 26/10/2017 à 17h42 | Publié le 26/10/2017 à 17h22
 

CHRONIQUE- Cette terreur féministe, soutenue par une presse toujours prête à traquer la bête, est d'autant plus incommodante qu'elle épargne le sexisme importé en Europe par la culture musulmane.

Les hommes? Tous des cochons. C'est du moins ce qu'affirment les féministes, dans une victimisation communicative. Harvey Weinstein, le magnat de Hollywood heureusement éreinté pour ses agressions contre de nombreuses actrices, est devenu le symbole de l'impunité masculine. Au prétexte de dénoncer la domination misogyne dans le show-biz, longtemps étouffée par la gauche morale américaine, une misandrie s'exprime en retour, sans retenue. Le philosophe Pierre-André Taguieff avait, dès juin 2016 (Revue des deux mondes), perçu l'ampleur de ce mouvement qui explose aujourd'hui: «Les ayatollettes de l'antisexisme androphobe (…) ne peuvent penser la libération de la femme qu'à l'aune de la criminalisation de l'homme», écrivait-il. Ce qui s'exprime ces jours-ci sur Twitter, relayé par les médias, est un amas de dénonciations, mais aussi de haines, de vengeances, de règlements de comptes, d'exhibitions intimes. Dans cette dialectique de lutte des sexes, tout doit disparaître du peu qu'il reste de patriarcat.

Ivan Rioufol.
Ivan Rioufol. - Crédits photo : FRANCOIS BOUCHON

La pensée progressiste, toujours prête au pire pour soutenir de prétendues luttes émancipatrices, se pâme devant le tout-à-l'égout. Il inonde les réseaux sociaux, grâce aux mouchards anonymes: ils croient, cette fois, être dans le sens de l'histoire. «La parole libérée», a titré «Le Monde» sur sa une, lundi, sans s'arrêter aux lynchages que subissent des personnalités jetées en pâture. En 1975, le même quotidien avait salué «Phnom Penh libérée» en applaudissant les Khmers rouges. Toutes proportions gardées, bien sûr, une même fascination pour les idéologies éradicatrices se laisse voir: dans la nouvelle pensée unique qui s'abat, le mâle blanc est un prédateur à éliminer. Juliette Binoche, qui dit n'avoir jamais rien subi de Weinstein, explique néanmoins: «Le masculin doit sortir de son côté animal pour aller vers son humanité (…) Le chemin c'est le féminin, c'est une force qui doit descendre en lui. Il doit se laisser gagner, comme une bête après avoir trop couru.» Les hommes? Tous des sous-hommes.

Faut-il rappeler à ces femmes en guerre contre les hommes que la grande majorité d'entre eux ne sont pas des porcs, à moins qu'elles ne soient dès lors des truies ?

Cette terreur féministe, soutenue par une presse toujours prête à traquer la bête, est d'autant plus incommodante qu'elle épargne le sexisme importé en Europe par la culture musulmane. Hormis Tariq Ramadan, l'idéologue islamiste accusé de viol par une ancienne salafiste devenue féministe, seul l'homme occidental est forcément coupable, en vertu d'un essentialisme qui ne fait pas de quartiers. Une même filiation revancharde unit la sociologue Irène Théry, qui se réjouit de voir « la honte peu à peu changer de camp», à Delphine Ernotte, la patronne de France Télévision. Quand celle-ci déclarait en 2015: «On a une télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que ça change», elle exprimait, en effet, une détestation raciale qui s'épanouit depuis lors tous azimuts. Seules les minorités immigrées, et singulièrement celles venues d'Afrique et du Maghreb, restent à l'abri des foudres du nouvel ordre moral. La parole libérée, cette foutaise, n'est pas pour les femmes soumises des cités.

Dans la nuit du Nouvel An 2016, les 1200 agressions sexuelles commises en Allemagne (notamment à Hambourg et Cologne) par 2000 jeunes Maghrébins furent excusées par de nombreuses néoféministes, au nom d'un antiracisme vidé de son sens. Pour avoir reconnu, dans ces actes, «le rapport malade à la femme» du monde arabo-musulman, l'écrivain algérien Kamel Daoud fut accusé d'islamophobie par un collectif de sociologues et d'historiens français. L'actuel projet du gouvernement, qui vise à verbaliser le harcèlement de rue dont des femmes sont victimes dans les quartiers d'immigration, est critiqué par ces mêmes militantes de la délation. Elles estiment que ce texte pénaliserait «les hommes des classes populaires et racisées» (comprendre: non blanches). Impossible dès lors de prendre au sérieux ces furies de la castration. Elles voient dans la moindre gaudriole un prétexte à s'ériger en victimes permanentes. Non, désolé: les hommes ne sont pas ce qu'en disent ces harpies qui les déshumanisent.

Hommage à 1968 ?

Faut-il rappeler à ces femmes en guerre contre les hommes que la grande majorité d'entre eux ne sont pas des porcs, à moins qu'elles ne soient dès lors des truies? Beaucoup de celles qui se disent humiliées et harcelées en font autant: elles usent de Twitter comme d'un tribunal, sans juges, ni avocats. Dans sa littérale chasse à l'homme, la pensée «progressiste» s'épargne de s'arrêter sur ses propres turpitudes. C'est elle qui s'enchantait de la vulgarité du plug anal érigé place Vendôme, ou du «vagin de la reine», à Versailles. Ces jours-ci, le «Domestikator» trône devant Beaubourg, à Paris: l'«œuvre» suggère un acte zoophile, qui n'indigne que la SPA. Les tenants des bonnes mœurs préfèrent s'acharner sur le réalisateur Roman Polanski, coupable de relations sexuelles avec une mineure dans les années 1970. Mais l'apologie de la pédophilie était alors défendue par l'idéologie soixante-huitarde. «Le Monde», «Le Nouvel Observateur», «Libération» - ces tragiques dames patronnesses d'aujourd'hui - hébergeaient les pétitionnaires de la libération sexuelle des enfants.

C'est d'ailleurs le cinquantenaire de la «révolution» de 1968, qui prônait de «jouir sans entraves» et invitait à se laisser aller à ses pulsions, qu'Emmanuel Macron compte célébrer l'année prochaine. Daniel Cohn-Bendit, qui vantait la «fantastique sexualité d'un gosse», devrait être appelé par le chef de l'État à travailler à cette commémoration de la libération des mœurs. Or ceux de 68 ont leur part dans l'irrespect de la femme, devenue ce corps consommable. Si le mouvement apporta une joyeuse impertinence, cette révolte des enfants gâtés du baby-boom atteint surtout des sommets dans le manichéisme, le jeunisme, le relativisme, ces caractéristiques qui se retrouvent dans le macronisme, qui est tout sauf une rupture. Le slogan phare du «CRS=SS» se décline désormais en «Balance ton porc». Ce sectarisme est protégé par le pouvoir. Ce n'est pas de son côté que viendront les résistances au robespierrisme des redresseuses de torts.

La gauloiserie, pas la violence

Que les choses soient claires: le respect de la femme, infantilisée et malmenée dans la culture coranique, structure la civilisation européenne. La culture française accepte la gauloiserie, mais certainement pas la violence, physique ou morale. Dans ces cas, seules la loi et la justice ont le pouvoir de sanctionner les violeurs et les agresseurs.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 27/10/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

 
 
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Publié par - 26 octobre 2017

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« Un sanctuaire ou règnent confiance et altruisme. Dedans, nous sommes tous égaux en droits et en devoirs ». Voici le descriptif de The Square, œuvre d’art éponyme du dernier film de Ruben Östlund, palmé d’Or au dernier Festival de Cannes. Le film est à envisager sous l’angle de la fable, c’est-à-dire porteur d’une morale, sans être pour autant moralisateur, dont le schéma séquentiel repose sur l’exploration des contradictions de la société occidentale.

Nous baignons d’abord dans une musique électronique qui émerge du néant pour devenir presque assourdissante puis, on nous présente Christian (Claes Bang) qui explique à une journaliste (Elisabeth Moss) le principe du ready-made avancé par Marcel Duchamp. Cette dernière ne comprend pas le titre de la dernière exposition (fait de termes complexes et élitistes) ni sa portée : est-ce que mettre un objet du quotidien dans un musée fait de cet objet une œuvre d’art ? Suite à l’explication fournie, on assiste au déboulonnage d’une statue située devant le musée, pour y installer à la place le fameux carré lumineux, The Square. L’acte est en soi une sorte de métaphore de l’Histoire de l’art.Splitscreen-review Image du film The Square réalisé par Ruben Ostlund avec Claes Bang et Elisabeth MossL’art « classique » (la statue) est remplacée par de l’art contemporain (un carré dans le sol). Là commence la fable puisque la statue est celle d’un roi suédois au passé jalonné de massacres. On remplace son effigie sans ménagement par un carré sensé incarné un sanctuaire utopique : un espace de non-agression, inattaquable et hermétique aux pollutions envahissantes de nos actes barbares. Seul l’art donc, serait en mesure de protéger, de préserver l’humanité de ses déviances.Splitscreen-review Image du film The Square réalisé par Ruben Ostlund avec Claes BangMais le film est plus subtil et complexe puisqu’il se construit sur l’idée de dichotomie ; celle d’une destruction (la statue) et d’une construction qui représente le moyen de se soustraire aux violences en s’abritant (The Square). Il est également question de la dichotomie présente dans la nature humaine et bien évidemment celle qui habite une certaine approche de l’art contemporain. Ces décalages vont se matérialiser à travers le personnage de Christian, sorte de dénominateur commun. Tout d’abord par l’identité du personnage lui-même qui est en apparence un brillant conservateur, proche de ses enfants, apprécié de ses pairs, manipulateur de verbes séduisant et détenteur d’un discours humaniste à souhait. Mais Christian n’est pas aussi transparent, il y a ce qui se dissimule dans la personnalité profonde, derrière ce paravent de la façade sociale. Là, nous découvrons un homme fait de toutes ces contradictions qui caractérisent l’homme occidental. Christian peut se révéler cynique, violent et lâche. Une dualité mise en emphase par une scène où on le voit répéter son discours dans les toilettes et même envisager de possibles interruptions pour parer à toute éventualité et prétendre, ensuite, « parler avec le cœur, avec sincérité ».Splitscreen-review Image du film The Square réalisé par Ruben Ostlund avec Claes Bang et Elisabeth MossLa parole lorsqu’elle se libère, on le sait, possède un pouvoir imprévisible, celui de laisser affleurer la Vérité qui est notre, celle que nous ne souhaitons laisser transparaitre. Au moment où Christian atteindra ce seuil, il sera rattrapé par une sonnerie de portable. Or donc, l’homo occidental serait conditionné par ses propres créations. En dehors de l’usage du verbe, le vernis craque cependant à de multiples reprises comme dans cette scène emblématique où Christian s’apprête à se faire justice pour le vol de ses effets. Lui et Michael (Christopher Læssø), sont en route dans une splendide Tesla vers « l’affrontement » présagé accompagnés par la musique du groupe Justice qui amplifie l’idée de vengeance qui sous-tend la scène (Michael en fait  par ailleurs la remarque). Cette dynamique est coupée net au moment où se révèle sa lâcheté, il n’ose sortir du véhicule dans une banlieue « populaire ». Ostlund lui-même dit avoir été inspiré par l’apparition en 2008 des quartiers dit « fermés » en Suède pour les gens de classe privilégiée qui s’exilent du monde par crainte de celui-ci. Derrière l’attitude publique se cache la veulerie. Ou bien la crainte ? Ou bien la haine ?Splitscreen-review Image du film The Square réalisé par Ruben Ostlund avec Claes Bang et Elisabeth MossÖstlund décrit une bourgeoisie (en l’occurrence Suédoise, mais le portrait est universel) en représentation permanente en théâtralisant la mise en application des idées prônées par celle-ci. Or nous le savons, l’artifice est un formidable révélateur. Le terme « square » prend alors un sens plus large et revêt l’idée d’un petit carré de personnes aisées aux idéaux humanistes, situés au centre de l’attention médiatique et politique, égalitaristes en droits et devoirs, mais cependant incapables de vivre avec ce monde extérieur qu’ils pensent si bien connaitre et décrire simplement parce que, tenants du pouvoir, il l’assujettissent à leurs désirs. The Square est alors parfaite figure de l’enfermement. Enfermement qui est synonyme de rejet. Christian « vend » l’exposition The Square grâce à de beaux principes qui finalement, entre les mots, assimilent l’Autre, le corps étranger, à une émanation de « l’enfer » qui se concrétise à la simple évocation de l’existence d’autrui. La mise en scène s’indexe d’ailleurs sur ce principe puisque chaque cadrage voit sa composition déstabilisée par l’irruption de l’Autre.Splitscreen-review Image du film The Square réalisé par Ruben Ostlund avec Claes Bang et Elisabeth MossThe Square est un film dans lequel les scènes entrent en collision les unes dans les autres. Elles se contredisent en instaurant comme modèle filmique le principe d’une dialectique hégélienne dont le spectateur fournirait la synthèse. Exemplaire à ce propos sera la scène du repas ponctuée par cette performance extraordinaire qui permet la concordance de tous les extrêmes : l’impuissance des invités face à l’être primal (brillamment interprété par Terry Notary), est à observer au premier degré de sa fonction de performance. C’est-à-dire dans ce qu’elle nous révèle, par reflet, de nous-mêmes. La bestialité affichée de la séquence devient la notre dès lors que nous acceptons, dès lors que nous détournons les yeux. Mais les extrêmes qui se rencontrent ici, l’homme-animal et l’homme individu social, ne forment qu’un tout indivisible. Jusqu’où sommes nous capables d’aller ?Splitscreen-review Image du film The Square réalisé par Ruben Ostlund avec Claes Bang et Elisabeth Moss

Un film qui fait écho la phrase de Saint Bernard de Clairvaux, « L’Enfer est pavé de bonnes intentions ».Ruben Ostlund et sa palme d'or gagnée pour le film The Square

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  •  ... Il y a deux sortes…. ou ...de la philosophie de la dichotomie  .................La philosophie dichotomique est celle qui ressort de la logique formel et prétend répondre aux questions par oui ou par non. La dichotomie affirme que vous faites partie de la première catégorie ou vous faites partie de la seconde. Vous ne pouvez ni être ailleurs, ni être à la fois dans les deux.

 

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Précision : nous discutons ici non de la méthode dite par dichotomie c’est-à-dire par approximations successives mais de la philosophie qui consiste sans cesse à découper en deux chaque groupe et chaque domaine d’étude afin d’opposer des caractères propres à deux sous-groupes qui n’ont pas d’intersection.

« Il y a deux sortes… » est une phrase que l’on entend couramment et qui affirme qu’une étude doit débuter par la séparation en deux cas différents et impénétrables l’un à l’autre. L’affirmation étant introductive n’est généralement ni discutée, ni prouvée. Elle semble une évidence au plus grand nombre et est un a priori commun. Il y a un semblant de vérité et, du coup, on ne ressent pas le besoin de critiquer cet a priori. Par exemple, on peut débuter une étude psychologique en séparant deux cas : les hommes et les femmes. Un médecin séparera la posologie d’une maladie en deux : le cas infantile et le cas adulte. Il spécifiera pour une maladie s’il s’agit d’un cas aigu ou pas. Une cheville tordue sera séparée en deux cas : fracture ou non fracture ce qui s’énoncera : continuité ou solution ce continuité (ce qui signifie discontinuité ou rupture). Une étude évolutive demandera un choix : variable continue ou discrète ? Une étude physique affirmera que le monde matériel se divise en deux : matière et lumière. On dira aussi : fermions et bosons. Les charges électriques sont ou positives ou négatives. Les particules sont ou avec masse ou sans masse. Etc, etc….

La première étude commence souvent par ce type de rangements, de classements, de catégories, nécessaires pour savoir de quelle situation on parle, pour développer des études particulières dans chaque cas. La matière ne se comporte pas comme la lumière. Avoir une masse change le comportement des particules.

Selon l’adage de la dichotomie, il y avantage à considérer des classes d’objets qui divisent l’ensemble en deux parties, astucieusement choisies, et considérer séparément les propriétés des deux parties afin de faire avancer une question. Très souvent, la situation suggère simplement une division évidente comme entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux, entre homme et animal, par l’existence d’un seuil ou d’un cas particulier. Peut-on toujours diviser en deux ? Peut-on diviser à l’infini en parties ? Les paradoxes de Zénon n’ont-ils pas montré que diviser à l’infini le temps, l’espace, le mouvement et la matière posent des problèmes insolubles et notamment celui d’interrompre le mouvement ? N’a-t-on pas modifié la réalité en la considérant partie par partie au lieu de la voir comme un tout ? L’action de diviser n’est-elle pas une transformation de la réalité ? La division en catégories n’est-elle pas déjà une interprétation discutable ? Deux ensembles adjacents peuvent-ils n’avoir aucune partie commune comme le suggère la division sans frontière commune ? N’y a-t-il pas, au contraire, une transition ? La dynamique ne se fonde-t-elle pas sur l’échange permanent entre les deux parties au lieu de les considérer (ou au moins de les étudier d’abord ainsi) comme séparées et sans influence l’un sur l’autre ?

La philosophie dichotomique est celle qui ressort de la logique formel et prétend répondre aux questions par oui ou par non. La dichotomie affirme que vous faites partie de la première catégorie ou vous faites partie de la seconde. Vous ne pouvez ni être ailleurs, ni être à la fois dans les deux.

Les mathématiques donnent de nombreux exemples comme le segment AB passant par le point C. Si vous êtes un point du segment AB ou vous êtes un point du segment AC ou vous êtes un point du segment CB. La frontière est le seul point C. On trouve en mathématiques de nombreuses démonstrations par dichotomie, souvent en prenant le milieu du segment ou de l’intervalle de nombres.

Les dichotomies proposent par exemple les nombres positifs et les nombres négatifs, les nombres plus grands ou plus petits qu’un nombre donné, ou encore la dichotomie de l’intervalle entre 0 et 2 en deux parties : entre 0 et 1 été entre 1 et 2. Rien de plus simple apparemment et qui semble ne poser aucun problème, ni mathématique, ni philosophique. J’ai bien dit apparemment puisque j’ai rappelé la prétention de Zénon de remettre en question ces procédures de coupage, au moins si on la pratique une infinité de fois, ce qui est le cas dès qu’on parle des nombres réels et de la continuité.

Dans la vie courante, on trouve aussi des adeptes de telles philosophies dichotomiques. Par exemple celle du bien et du mal, du yin et du yang, des forces positives et négatives, du progrès et de la réaction, du juste et du faux, de la vérité et du mensonge, du fixe et du changeant, du masculin et du féminin, du diable et du bon dieu, du chaud et du froid, de la conservation et de la transformation, les deux pôles opposés étant ainsi considérés comme séparés et non comme imbriqués au sein d’un même ensemble.

En psychologie, de multiples adages prétendent ainsi diviser les hommes entre ceux qui sont relationnels ou ne le sont pas, ceux qui aiment la sexualité ou ne l’aiment pas, ceux qui aiment travailler ou ne l’aiment pas, ceux qui aiment leurs enfants ou pas, ceux qui … divisent l’humanité en deux parties et ceux qui ne le font pas, les dichotomiques et les autres !

On ne voit souvent pas en quoi ces manières de voir dichotomiques seraient nuisibles ?

Tout d’abord, il se peut que la division soit une simple apparence et qu’elle privilégie une différence qui n’est pas nécessairement essentielle même si elle est très apparente.

Ainsi, on peut diviser les animaux entre ceux qui volent et ceux qui ne volent pas. Mais la chauve-souris n’est pas plus proche de l’oiseau que de l’homme.

On peut imaginer de diviser les hommes en fous et raisonnables mais ce n’est pas une division valable car, à un moment où à un autre, un être humain peut subir une névrose. La folie n’existe pas en tant que catégorie fixe attribuable définitivement à un homme.

On peut supposer qu’il existe des être qui sont moraux et d’autres qui ne le sont pas (par exemple, des voleurs et des gens honnêtes) mais on se rend compte que les circonstances peuvent faire basculer quelqu’un d’un bord à l’autre.

On peut prétendre qu’il y a les couples fidèles et ceux qui ne le sont pas mais il y a parfois des surprises pour les personnes concernées elles-mêmes !

La première des erreurs de la dichotomie consiste à établir des barrières étanches entre les catégories ainsi distinguées. Par exemple, vous êtes un homme ou une femme mais ce n’est pas toujours aussi simple. Autre exemple, ou une molécule fait partie du vivant ou elle n’en fait pas partie. Mais le virus n’est vivant qu’au sein du vivant…

La séparation des deux parties peut nuire à la compréhension du mode d’existence dynamique. Par exemple, la vie et la mort. La plupart des gens opposent diamétralement les deux, rendant le passage de l’inerte au vivant complètement magique et incompréhensible. La dynamique de la cellule vivante est un mécanisme fondé autant sur les gènes et protéines de la mort que sur les gènes et protéines de la vie et sur leur combat permanent, combat déterminé également par les messages des cellules voisines.

La classification des êtres vivants en espèces est dichotomique : ou vous êtes un pommier ou vous ne l’êtes pas. Si vous êtes un pommier, vos ascendants et vos descendants sont des pommiers. C’est ainsi que la dichotomie sépare le monde en pommiers et non-pommiers. Cependant, il y a forcément un problème puisqu’il y a eu évolution non seulement au sein des pommiers mais aussi changement d’espèce… La dichotomie ne permet pas de prendre en compte les changements qualitatifs. C’est une philosophie de la fixité : le fou le restera, le bandit le restera.

C’est aussi une philosophie qui nie la période de transition dans un changement qualitatif. Ou on est un enfant ou on est un adulte. Mais le passage de l’adolescence, la phase de crise, est essentiel. La dichotomie se contente de classifier et ne donne aucune interprétation au saut d’une catégorie dans une autre : un être stable et sain devient névrosé, un liquide devient un solide, un être vivant meurt, un système social entre en révolution, un volcan entre en éruption. La dichotomie dira que les volcans se divisent en volcans actifs et volcans éteints mais comment passer d’une catégorie à une autre n’est-elle pas la question la plus fondamentale que cette philosophie s’empêche de se poser ?

On peut présenter la dichotomie comme une image photographique du monde. Ou on est dans une photo ou on est dans une autre. La vision dynamique ne peut pas se découper en série de photos car les moments de la dynamique ne sont pas seulement des instants séparés mais interagissent. Le passé pénètre le présent et l’avenir. Considérer le temps comme une succession d’instants séparés comme les points d’une ligne droite ne permet pas de considérer cette interpénétration du passé et du futur, ne permet pas non plus de considérer des échelles hiérarchiques de temps, ne permet pas encore de comprendre que tel phénomène négligera des temps trop longs ou trop courts. Le temps n’agit pas comme un écoulement passif et permanent. Il fait partie de la dynamique. Ses rythmes sont changeants. A certains moments de l’histoire, l’évolution est brutale et il faut prendre en compte les jours ou les heures et à d’autres, il ne se passe rien et on peut décrire en termes d’années ou de centaines d’années.

Peut-on répondre par oui ou par non aux questions que nous pose le monde ? Même cette question mérite une réponse en parfois oui, parfois non. Quand il s’agit d’agir, on doit bien sûr choisir et l’un des buts de l’être vivant est d’agir en vue de sa survie mais ce n’est pas toutes les situations qui nécessitent de manière vitale une réponse rapide.

Les jeux télévisés ou les QCM peuvent se ramener à des questions avec réponse par oui ou par non mais pas la compréhension du monde.

Fini ou infini, continu ou discontinu, fixe ou changeant, homme ou animal, matière ou lumière, vide ou non vide, onde ou particule, ponctuel ou occupant un volume, inerte ou vivant, ordre ou désordre, stable ou instable, déterministe ou indéterministe, hasard ou nécessité, théorie ou pratique, pensée ou action, corps ou esprit, fait ou jugement, linéaire ou non linéaire, conscience ou inconscience, voilà des questions auxquelles il est très difficile voire impossible de répondre exclusivement par oui ou par non. La raison en est que les contraires sont mutuellement aussi indispensables que les deux faces de la même pièce. On ne sépare pas le corps et le cerveau de l’être humain. On ne les produit l’un sans l’autre. On ne les dissocie sans supprimer l’existence même. On ne sépare pas le réel et le concept. On ne dissocie pas le simple et le complexe. On ne divise pas en dynamique et non dynamique. L’ordre et le désordre sont imbriqués à l’infini.

La conception non dichotomique affirme que l’infini existe au sein du fini, que les deux interagissent, que la stabilité structurelle est fondée sur une agitation instable, que la sélection d’une espèce s’appuie sur la variation de l’espèce, que l’onde et la particule sont deux faces de la même pièce, que l’ordre émerge du désordre, que la mort est indispensable à la vie, que la conscience suppose l’inconscience, que l’inerte n’est pas inerte, etc, etc...

Coupons en deux, nous propose la dichotomie pour mieux étudier. N’avons-nous pas transformé ce que nous voulions étudier ? Car le tout n’est pas la somme des parties. Un atome est composé d’un proton et d’un électron mais son état n’a rien à voir avec d’un côté un proton et de l’autre un électron. Il ne suffit pas qu’un proton rencontre un électron pour qu’ils constituent un atome. Mettre en présence, ce n’est pas fonder les interactions.

La dichotomie oublie ou feint d’oublier qu’il y a une histoire et que tout ce qui existe a été produit par cette histoire. On peut, par la pensée, diviser les personnes qui vivent dans une ville en catégories professionnelles puis, arbitrairement, déporter assez de chacune de ces catégories pour les placer dans une ville nouvelle en plein désert. Les éléments sociaux et humains seront peut-être là mais il n’y aura peut-être jamais une vraie ville…

Prenons une conception dichotomique de la lutte des classes : d’un côté les exploiteurs et de l’autre les exploités. Certains croient que c’est cela le marxisme… En réalité la dichotomie, c’est le fatalisme selon lequel il y a toujours eu et il y aura toujours des exploiteurs et des exploités et ou on fait partie de l’une ou on fait partie de l’autre de ces catégories. Une question de caractère en somme comme d’être ou de ne pas être colérique, d’être ou ne pas être sociable, couche tôt ou couche tard, etc…

Le marxisme est tout autre chose puisqu’il affirme que la lutte des classes est un facteur historique, social, révolutionnaire et donc changeant. Les classes n’existent pas une fois pour toutes, ne sont pas de simples sommes d’individus, ne sont pas des groupes séparés mais fondés sur les interactions, etc.

La philosophie dichotomique ne contient pas d’interprétation ni de génèse de la rupture en deux parties, de la formation de classes et de catégories. Elle se contente de les considérer comme présentes, déterminantes et éternelles. Elle fige des situations qui ne sont que transitoires. Elle juge : succès ou échec, positif ou négatif, efficace ou inefficace, adapté ou inadapté. Elle impose des normes morales : bien ou mal, pour ou contre, honnête ou malhonnête, ouvert ou fermé, etc… Ces catégories perdent ainsi leur caractère historique, dialectique, contradictoire, produits de forces opposées menant à des changements brutaux et qualitatifs.

Le statut des contraires dans la dichotomie est celui d’incompatibles entièrement séparés et incapables de s’influencer mutuellement ou de s’échanger. Ils s’opposent par leurs principes abstraits et pas dans une confrontation réelle qui pourrait donner des résultats divers et notamment une nouvelle sorte de division.

Est-on nécessairement ou exploiteur ou exploité. Ne peut-on appartenir aux deux classes à la fois ou ni à l’une ni à l’autre ? N’y a-t-il pas généralement une classe moyenne et ses choix entre exploiteurs et exploités ne sont-ils pas déterminants pour Marx et les marxistes ?

La division en classes n’est-elle qu’une constatation ou est-elle un acte qui modifie, qui perturbe, qui transforme l’observation, qui impose une philosophie ? Comment peser la validité de la classification ? Toute conceptualisation est classification. Mais le concept n’est pas le premier pas de la compréhension. C’en est plutôt l’aboutissement avec une rétroaction permanente sur le réel.

Constater une division ne suffit pas. Il importe de comprendre comment cette division n’explose pas en parties, comment l’unité se maintient. Ce qui fait la stabilité de la division, c’est l’unité des contraires, leur caractère mutuellement indispensable. C’est donc leur dialectique et non leur dichotomie.

Les atomes sont fondés sur des noyaux qui devraient imploser sous les forces de répulsion, sur des électrons qui devraient chuter sur les noyaux par attraction. Les contraires que contient la matière se complètent au lieu de se détruire mutuellement. Ce n’est pas ou l’un ou l’autre mais tous sont indispensables les uns aux autres pour qu’existe la structure.

Il ne suffit pas de dire qu’il y a d’un côté des charges positives et de l’autre des charges négatives mais il faut dire aussi qu’elles se couplent sans cesse dans la matière comme dans le vide. Le photon lumineux, lui aussi, n’est rien d’autre qu’un couple entre une particule et une antiparticule opposés. Considérer la charge électrique positive séparément de la charge électrique négative, c’est l’isoler et rendre incompréhensible sa dynamique et sa dualité onde/corpuscule. Même une particule chargée isolée dans le vide se couple sans cesse aux particules et antiparticules virtuelles de ce vide quantique.

On ne peut pas durablement isoler une charge de la charge opposée. Ce n’est pas particulier à ce phénomène. Les opposés n’ont de sens que s’ils interagissent. En l’absence (totale ou durable) de maître, il n’y a pas d’esclave, pas de valet, pas de subordonné d’aucune sorte.

Les opposés fonctionnent en couple et, comme tels, ils cessent d’être des opposés diamétraux. Ils s’opposent d’une manière qui les compose. On peut opposer le mari et la femme autant que l’on veut, par le caractère ou le comportement, mais ils ne forment un duo d’opposés que tant qu’ils sont en couple et donc que leurs oppositions se composent. Les contraires ne font pas que s’opposer, ils s’attirent, ils se complètent, ils s’échangent, ils se stabilisent, ils se rendent indispensables l’un à l’autre. La dichotomie ne pourra jamais le prendre en compte car elle sépare intellectuellement deux pôles qui existent de manière aussi unie que les pôles magnétiques de l’aimant, que les faces de pièce, que le corps et l’esprit, l’observateur et l’observé, que le corpuscule et l’onde, que les paramètres complémentaires de la physique comme position et vitesse d’une même particule, que le clair et l’obscur, que deux mouvements relatifs, que deux extrémités d’un même segment.

Les espèces différentes s’opposent par leur diversité mais elles sont amenées sans cesse à s’unir par leur comportement en formant des coévolutions, des entraides, des échanges mutuels, etc... L’évolution favorise la séparation des espèces mais elle favorise aussi les convergences. Aucune espèce vivante n’existe isolément même si l’étude est capable de la séparer intellectuellement. On peut opposer les individus par le caractère, le comportement ou d’autres attributs mais aucun individu ne peut exister isolément et les comportements divers se composent au sein de la société.

De très nombreux domaines d’études ont été fondés sur des oppositions diamétrales et dichotomiques mais il a toujours fallu ensuite les recomposer et cela a été plus ou moins difficile et coûteux. On connaît l’exemple de la physique qui s’est développée en opposant deux domaines : matière et lumière. La première a été considérée comme particulaire et la seconde comme ondulatoire, deux logiques parfaitement opposées, rendant extrêmement difficile la reconstitution de leur unité au sein de la physique quantique. La médecine a été souvent développée au sein d’un monde défendant le dualisme corps/esprit ce qui fait qu’on a développé d’un côté le soin du corps et de l’autre le soin de l’esprit, dichotomie qui nous coûte encore très cher… La dichotomie entre l’inerte et le vivant a soi-disant été fondée sur la capacité autonome de se répliquer mais on a constaté, avec les virus, que cela n’était pas valable et on a changé pour une dichotomie présence ou absence de l’ADN (ou d’un autre acide nucléique) et on a constaté, avec les prions, que la séparation en deux entités diamétralement opposée n’était non seulement pas justifiée par l’ADN mais ne pouvait pas fonctionner. La conception dichotomique a également été à l’œuvre sur la question homme ou animal avec pas moins d’assurance et pas moins d’échecs. Pendant de longues années, l’étude de l’homme sapiens et présapiens a été disjointe de l’étude des grands singes avec de nombreuses erreurs d’interprétation comme conséquence. L’étude de la psychologie humaine a été également entièrement séparée de l’étude des singes considérée comme non psychologique mais seulement comportementale et instinctive. Les populations de singes ont très longtemps été considérées comme non porteuse de culture, toujours au nom de la fameuse dichotomie, avec toujours les mêmes conséquences d’erreurs et de fausses interprétations. Bien d’autres séparations dichotomiques en sciences ont apporté leur lot d’erreurs et d’impasses comme la séparation hermétique entre physique et chimie, entre astrophysique et microphysique, entre évolution et développement, entre génétique et épigénétique, entre anthropologie et sociologie, entre psychanalyse et neurosciences, entre économie et politique, entre sciences et philosophie.

Cependant, nombre de découvertes scientifiques se présentent justement comme la rupture d’une ancienne dichotomie qui s’est révélée comme le principal blocage pour comprendre les phénomènes. Ainsi, la principale révolution de la physique quantique est la fin de la dichotomie entre physique ondulatoire et physique corpusculaire, entre physique déterministe et indéterministe, entre physique microscopique et physique macroscopique, entre le vide et la matière et entre matière et lumière. La psychanalyse a rompu la dichotomie entre conscient et inconscient, entre le névrosé et le non névrosé, entre le malade et le bien portant, entre le fantasme et la réalité, entre le rêve et la pensée diurne, entre la médecine et la psychologie. La théorie du chaos déterministe a rompu la dichotomie entre ordre et désordre, entre déterminisme et hasard, entre globalité et localité, entre lois et absence de lois. L’évo-développement a rompu la dichotomie entre évolution des espèces et développement de l’individu. La paléogénétique a rompu la dichotomie entre génétique et paléontologie. La biochimie a rompu la dichotomie entre chimie et étude du vivant. Et on ne finirait pas d’en citer des exemples…

Ces passerelles ou pluridisciplinarités ne doivent pas nous induire en erreur : en tant que philosophie, la dichotomie continue d’avoir cours et toute tentative de chercher en dehors de son propre domaine est très mal accueillie. Nous sommes éduqués à classifier sans cesse tous ceux qui nous entourent suivant divers critères dichotomiques et cela se fait quasiment sans effort conscient. Au lieu (ou bien avant) de peser les idées ou les comportements sur des critères conscients, nous les apprécions en les classant. Même des personnes qui ne sont pas particulièrement racistes, machistes, ethnistes ou fermées aux autres cultures raisonnent de manière automatique comme si elles l’étaient.

On peut voir des scientifiques réagir en disant : pas étonnant, c’est un chimiste ou encore pas étonnant, c’est un généticien.

Loin d’être acquis, le fait qu’il y a un seul monde est une philosophie qui reste à acquérir.

Ou l’un ou l’autre, cette conception dichotomique, continue de prévaloir alors que nous constatons de mille et mille manières que les contraires coexistent au lieu de s’éliminer. L’apparition d’une nouvelle espèce ne signifie pas que l’ancienne ait disparu. Lors de bouffées de nouveauté d’espèces, les barrières soi-disant fermées entre les espèces sont certainement bien moins fermées. On ne pourrait pas comprendre sinon comment les espèces proches pourraient avoir échangé du matériel génétique comme Sapiens et Neandertal ou comme les hommes, les chimpanzés, les bonobos, les gorilles et les orangs outans. On constate en effet non seulement des proximités génétiques plus ou moins grandes mais pas de simples successions. En effet, l’homme a des points communs avec l’orang outan que ce dernier n’a pas avec le chimpanzé. Le matériel génétique ne donne donc pas l’image de simples dichotomies successives.

La division en espèces nouvelles n’est donc pas dichotomique. Ce n’est pas une fermeture de barrière infranchissable.

L’image dichotomique du monde est celle de situations achevées, ne contenant pas de contradictions internes donc pas de dynamique du changement due à des luttes entre ces pôles opposés. Ce qui est différent est présenté comme extérieur à l’ensemble. C’est donc une vision clanique, ethnique, idéologique, fermée dans laquelle l’opposé est extérieur et l’intérieur ne connaît pas de confrontation.

Pourtant, la matière dite inerte et le vide sont le lieu de confrontations permanentes et violentes entre des opposés, contradictions qui donnent les multiples propriétés quantiques étonnantes. Et ne parlons pas d’un cerveau humain sans cesse en train de combattre entre ses deux hémisphères, entre tendances et aspirations contradictoires, sans cesse en train de remâcher des débats internes. Ne parlons pas de la « simple « cellule sans cesse à la limite de la vie et de la mort et de la « lutte pour l’existence » des espèces vivantes. Les combats internes sont légion et ce sont eux, comme au sein de la cellule, et ils déterminent l’intervention externe (celle des cellules voisines) comme au sein d’une espèce, la lutte permanente entre changement et conservation, permet l’action externe de l’environnement. Sans cela, l’extérieur pourrait avoir une action purement destructrice mais ne pourrait pas favoriser le changement structurel, le saut d’espèce. Il faut que ce soit d’espèce existe déjà potentiellement au sein de l’espèce et donc que le changement soit déjà en action au sein de la conservation. Pas de dichotomie entre changement et conservation.

Pour progresser dans la connaissance du cerveau, Damasio a dû rompre la dichotomie entre intelligence et passions.

Damasio écrit dans « L’erreur de Descartes » :

« Comme vous l’avez vu, j’ai combattu dans ce livre à la fois la conception dualiste de Descartes selon laquelle l’esprit est distinct du cerveau et du corps et ses variantes modernes : selon l’une de ces dernières, il existe bien un rapport entre l’esprit et le cerveau, mais seulement dans le sens où l’esprit est une espèce de programme informatique pouvant être mis en œuvre dans une espèce d’ordinateur appelé cerveau. (…) « Je pense, donc je suis », cette formule peut-être la plus célèbre de l’histoire de la philosophie, apparaît en français dans la quatrième partie du « Discours de la Méthode » (1637), et en latin (« Cogito, ergo sum ») dans les « Principes de philosophie » (1644). Prise à la lettre, cette formule illustre précisément le contraire de ce que je crois être la vérité concernant l’origine de l’esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère que penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels de l’être. Et puisque nous savons que Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l’esprit, la « chose pensante » et du corps non pensant qui est caractérisé par une « étendue » et des « organes mécaniques ». (…) Descartes précise sa conception sans ambiguïté : « Je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser et qui, pour être, n’a besoin d’aucun lieu ni d’aucune chose matérielle, en sorte que ce moi, c’est-à-dire l’âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps. » C’est là qu’est l’erreur de Descartes : il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d’un côté, et l’esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l’autre ; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu’un bouleversement émotionnel et une souffrance provoquée par une douleur physique pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement, il a posé que les opérations de l’esprit les plus délicates n’avaient rien à voir avec l’organisation et le fonctionnement d’un organisme biologique. (…) L’erreur de Descartes continue d’exercer une grande influence. (…) Il est intéressant de noter que, de façon paradoxale, de nombreux spécialistes des sciences cognitives qui estiment que l’on peut étudier les processus mentaux sans recourir à la neurobiologie, ne se considèrent sans doute pas comme des dualistes. On peut aussi voir un certain dualisme cartésien (posant une séparation entre le cerveau et le corps) dans l’attitude des spécialistes des neurosciences qui pensent que les processus mentaux peuvent être expliqués seulement en termes de phénomènes cérébraux, en laissant de côté le reste de l’organisme, ainsi que l’environnement physique et social – et en laissant aussi de côté le fait qu’une certaine partie de l’environnement est lui-même le produit des actions antérieures de l’organisme ».

Pour comprendre la formation d’un cerveau, les spécialistes ont dû rompre aussi avec la dichotomie corps cerveau. On ne peut pas construire un cerveau sans liaison permanente avec le corps. Construire une conscience sans expérience est tout aussi absurde.

C’est en effet par suicide cellulaire que va se construire l’édifice extraordinairement complexe des ramifications du cerveau. Lors de sa fabrication, pendant le développement de l’embryon, les cellules du cerveau se multiplient, se déplacent, se ramifient et se diversifient de façon spontanée et désordonnée. Pour survivre, elles ont besoin de recevoir des messages des cellules voisines, des impulsions le long de leurs bras, et des neurotransmetteurs. Celles qui ne reçoivent pas suffisamment de signaux de survie vont se suicider. Le réseau qui va résulter de cette multiplication des connections suivie de destructions massives sera adapté au fonctionnement du corps mais sans avoir eu un plan de fabrication préétabli. Le réseau a été constitué par expérience et par tâtonnement, suivi d’une destruction constructrice. La plupart des neurones et de leurs connections vont en effet disparaître. Le processus peut paraître extrêmement coûteux mais le résultat est d’une souplesse et d’une efficacité si extraordinaires que personne n’est capable de fabriquer artificiellement l’équivalent d’un cerveau. Dans l’embryon en train de se construire, à un certain moment de notre développement, les neurones ont en effet cessé de se dédoubler et ont alors émis des prolongements, les axones, qui se sont projetés en aveugle, guidés par des signaux chimiques qui les attirent vers certaines zones et d’autres signaux qui leur interdisent l’accès à certains territoires et vont se connecter à des cellules musculaires, des cellules de la peau, etc . Puis ces mêmes neurones envoient d’autres prolongements plus fins, les dendrites, vers des cellules voisines, constituant de proche en proche des réseaux de communications par lesquels circulent des signaux électriques et des signaux chimiques. Les neurones se diversifient en plusieurs dizaines de sous-familles spécialisées qui se multiplient dans des zones spécifiques du cerveau. Pour chaque neurone appartenant à une sous-famille donnée, seul le contact avec certains types de neurones est possible. Là encore, c’est l’apoptose qui, en l’absence de signaux de survie, va faire disparaître les neurones inadéquats. Je cite ici Ameisen : « Ainsi la sculpture de la complexité de notre système nerveux résulte d’une forme d’apprentissage du soi fondée sur un dialogue obligatoire entre les cellules et sanctionnée par la mort ». Ce dialogue est fondé sur la négation et la négation de la négation qu’est le fait de retenir le suicide de la cellule qui doit rester vivante.

Non seulement la division dichotomique n’est pas la clef du fonctionnement du monde mais une telle clef est à rechercher dans la direction inverse : dans l’interpénétration, l’interdépendance, l’interchangeabilité des opposés, dans la dialectique des contraires. Le monde des existences séparées et indépendantes est une illusion. Il n’y a pas d’existence en dehors d’une unité des contraires car sans cette dernière aucune interaction avec le reste du monde ne serait possible. Et cette unité des contraires n’a rien de définitif, elle change sans cesse de forme et de contenu. C’est ce changement qui marque le cours de l’histoire et la transformation des contradictions en lutte est le moteur de l’histoire.

« Des perspectives bien plus intéressantes peuvent s’ouvrir dés lors que nous choisissons une position située en dehors de la ligne de la dichotomie. »

"La vie est belle", Stephen Jay Gould

« Les particules élémentaires sont divisées en deux grandes familles, les fermions et les bosons. Pourtant il n’y a pas de dichotomie entre les deux familles. Il y a unité dans la différence, qui se manifeste par les transformations mutuelles de fermions en bosons et vice-versa. Une autre grande division est celle entre particules et antiparticules. (...) Dans ce cas aussi, l’opposition est dialectique : l’unité ontique se manifeste pendant la fusion des contraires, pour donner naissance à d’autres particules. (...) Une autre opposition formelle de la physique pré-relativiste était celle entre la matière et le champ. (...) Or le photon se transforme en particules massives. (...) L’unité ontique des particules dites élémentaires se manifeste aussi via deux types de lois, les lois de transformation et les lois de conservation. Les deux types de lois, d’ailleurs, sont intrinsèquement corrélés, étant donné que la conservation d’un élément de réalité se manifeste pendant une transformation. »

Le physicien et philosophe Eftichios Bitzakis dans « Microphysique : pour un monisme de la matière », article de l’ouvrage collectif « Les matérialismes (et leurs détracteurs) »

« On soumettra à la question les grandes dichotomies : vrai/faux, droit/courbe, continu/discontinu, fini/infini, global/local, élémentaire/ composé, déterminé /aléatoire, formel/intuitif, réel/fictif (...) contigu/discret, plein/vide, absolu/relatif, mobile /immobile, objectif/subjectif, certain/incertain, précis/imprécis (...) avant/après, abstrait/concret, quantitatif/qualitatif (...) On se souviendra que c’est précisément en ébranlant d’anciennes dualités que la physique est entrée dans la modernité. (...) On pressent qu’il va falloir transcender le dualisme onde/particule et penser le rapport continu /discret sur un mode plus dialectique que dichotomique. (...) L’univers entier comme sa moindre particule, soumis à la question : ‘’l’un ou l’autre’’ répondent le plus souvent : ‘’ni l’un ni l’autre ! ’’ – s’ils veulent bien répondre. »

Jean-Marc Lévy-Leblond : dans « Aux contraires »

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Un exemple : la théorie de l’évolution

Stephen Jay Gould dans « La structure de la théorie de l’évolution » :

« La disposition à penser en termes dichotomiques est peut-être la plus ancienne et la plus automatique de celles qui composent la psychologie humaine. Dans son ouvrage « Vies et opinions des philosophes illustres » (écrit vers 200 apr. J.-C.), Diogène Laërce a déclaré : « Protagoras affirmait que toute question présente toujours deux côtés : l’un étant l’exact opposé de l’autre. »

Darwin obéit à cette tradition dichotomique dans un passage auquel il voulut donner une importance toute particulière : il s’agit du paragraphe de conclusion de son chapitre crucial sur les « difficultés de la théorie ». je considère ce passage comme l’un des plus importants et des plus lourds de conséquence de toute l’ « Origine des espèces » car Darwin y stipule son choix définitif d’élaborer une théorie fonctionnaliste dans laquelle le rôle primordial est tenu par l’adaptation, tandis que celui des contraintes (thème auquel il porta aussi un vif intérêt) est considéré comme marginal, dans la mesure où elles ne seraient à prendre en compte qu’avec une fréquence relative faible et où elles n’auraient qu’une importance accessoire.

On remarque et cite rarement ce passage, que tous les évolutionnistes devraient pourtant garder à l’esprit, gravé en lettres de feu. Darwin commence son paragraphe (1859, p. 206) en décrivant une dichotomie, mettant des lettres majuscules aux deux expressions qu’il oppose (expressions provenant du grand débat de 1830 entre Geoffroy et Cuvier : « On admet généralement que la formation de tous les êtres organisés a reposé sur deux grandes lois : l’Unité de Type et les Conditions d’Existence. »

Les conditions d’existence, bien entendu, se réfèrent au mécanisme de l’adaptation (la cause dite « finale » ou « téléologique » des auteurs préévolutionnistes). Les organismes sont bien agencés rapport à leur mode de vie immédiat, et les adaptations complexes supposent qu’elles ont été façonnées par un agent particulier, qu’il s’agisse d’un créateur intelligent qui édifia les organismes par un acte de sa volonté, traduisant sa sagesse et sa bienveillance, ou qu’il s’agisse d’un facteur matériel de l’évolution qui présida à l’ajustement entre les organismes et leur milieu, en tant que conséquence fondamentale de sa mise en œuvre. (La sélection darwinienne ou la réponse lamarckienne aux besoins perçus, par exemple, édifient toutes deux les adaptations en tant que résultat le plus général de leur mode d’action fondamental.)

Darwin continue en définissant l’autre pôle de cette dichotomie classique : l’unité de type (1859, p. 206) : « On entend par unité de type cette concordance fondamentale qui caractérise la conformation de tous les êtres organisés d’une même classe et qui est tout à fait indépendante deleurs habitudes et de leur mode de vie. »

Dans un autre passage, situé lui aussi à un emplacement critique, c’est-à-dire dans l’introduction à la section sur la morphologie dans le chapitre 13, Darwin frise la poésie à propos de l’unité du type (p. 434) : « Cela constitue l’une des parties les plus intéressantes de l’histoire naturelle, dont elle peut être considérée comme l’âme. N’est-ce pas une chose des plus remarquables que la main de l’homme faite pour saisir, la griffe de la taupe destinées à fouir la terre, la jambe du cheval, la nageoire du marsouin et l’aile de la chauve-souris, soient toutes construites sur le même modèle, et renferment des os semblables, situés dans les même positions relatives. »

Ces deux principes d’organisation ont toujours été simultanément et conflictuellement invoqués dans les recherches en biologie. N’importe quelle description complète en morphologie doit nécessairement faire appel aux deux, car la plupart des organismes sont bien adaptés à leur environnement immédiat, mais sont aussi édifiés la base d’un plan d’organisation anatomique qui dépasse quelque circonstance que ce soit. Cependant, il semble bien y avoir une curieuse contradiction entre ces deux principes d’organisation : car pourquoi des structures adaptées à des fins particulières devraient-elles tirer leur conformation fondamentale d’homologies ne sous-tendant plus actuellement aucune fonction en commun (comme dans l’exemple des membres antérieurs de mammifères donné par Darwin) ?

La vision du monde organique (et des mécaniques déterminant son organisation) que soutient tel scientifique donné suppose, en pratique, qu’il ait choisi l’un ou l’autre de ces deux principes organisateurs comme base explicative de l’ensemble des phénomènes organiques (voir, par exemple, le superbe livre de Russell, publié en 1916, au sujet de cette dichotomie).

Doit-on considérer comme primordial le plan d’organisation anatomique, caractéristique des groupes taxinomiques de niveau élevé, les adaptations locales étant comparables à des séries de petites rides (le brouillant souvent) plaquées sur son idéale majesté ? Ou bien les adaptations locales sont-elles responsables de l’édification complète des organismes, du début à la fin du développement ?

Cette dichotomie avait déjà suscité un débat majeur du temps de la biologie prédarwinienne : l’intervention de Dieu dans la Nature est-elle mieux révélée par l’harmonie des structures étudiées par la taxinomie ou bien par la complexité des adaptations particulières ?

La dichotomie en question se retrouve toujours au sein d’un problème majeur posé aux évolutionnistes d’aujourd’hui : sont-ce les adaptations fonctionnelles ou bien les contraintes structurales qui définissent prioritairement les trajectoires évolutives et les directions prises par l’évolution. (…)

On se trompe souvent dans l’analyse historique en pensant que l’avènement de la théorie de l’évolution a marqué un tournant décisif, une rupture complète entre un « avant » enténébré et un « après » lumineux. En fait, de nombreuses façons de penser ont continué à l’identique après l’irruption du darwinisme, l’évolution ne faisant alors, par rapport à elles, qu’expliquer différemment des mécanismes et des phénomènes inchangés.

Le navire de la dichotomie « unité de type vs conditions d’existence » est entré dans les flots darwiniens en convertissant une controverse sur le point de savoir de quelle façon primordiale Dieu se manifestait dans la Nature en une autre, exactement de même forme, portant sur la question du facteur fondamental de l’évolution : les contraintes ou l’adaptation. (…)

Darwin écrit :

« Dans ma théorie, l’unité de type s’explique par l’unité de descendance. Les conditions d’existence, point sur lequel l’illustre Cuvier a si souvent insisté, font partie du principe de la sélection naturelle. Celle-ci, en effet, agit, soit en adaptant actuellement les parties variables de chaque être à ses conditions organiques ou inorganiques ; soit en les ayant adaptées à ces conditions pendant de longues périodes dans le passé : ces adaptations ont été, dans certains cas, aidées par les effets de l’usage ou du défaut d’usage des parties, ou légèrement promues par l’action directe des conditions du milieu, et dans tous les cas ont été subordonnées aux diverses lois de la croissance. Par conséquent, la loi des conditions d’existence est la loi supérieure, puisqu’elle comprend, par l’hérédité des adaptations antérieures, celle de l’unité de type. » (1859, p. 2006)

La brillante prise de position de Darwin a bien mis en évidence la supériorité révolutionnaire des explications évolutionnistes par rapport aux modèles créationnistes antérieurs. Ces derniers envisageaient, certes, l’unité de type et les conditions d’existence (c’est-à-dire, d’un côté, les homologies et, de l’autre, les adaptations) comme des pôles opposés au sein de la dichotomie des facteurs édificateurs des êtres vivants, mais c’était aussi des pôles oeuvrant dans le même temps. Darwin a littéralement ajouté une nouvelle dimension à cette dichotomie : celle de l’histoire. (Et aucun apport intellectuel ne peut être plus profond que l’introduction d’une nouvelle dimension, orthogonale aux modes d’explication antérieurs.)

Ainsi, dans le passage cité ci-dessus, Darwin avance une thèse incroyablement simple pour sortir de l’impasse représentée par l’opposition entre unité de type et conditions d’existence. (Cependant, pour être capable de voir les choses de cette façon simple et lumineuse, il fallait d’abord bien saisir les conceptions révolutionnaires liées à la notion d’évolution, ce qui fut le changement de vision du monde réellement difficile pour s’émanciper de celle de Paley !)

Bien entendu, les traits relevant des homologies (autrement dit, de l’unité de type) ne remplissent pas de fonctions actuelles, et semblent même entraver celles-ci. L’unité de type représente-t-elle donc nécessairement un principe d’ordre contraire, sur le mode dichotomique, à l’adaptation ? Dans une vision du monde qui ne prend pas en compte l’histoire, et où tous les traits des organismes se présentent de la façon dont ils ont été initialement créés, la réponse est obligatoirement « oui ». Mais l’addition de l’histoire, par le biais d’une conception généalogique des rapports entre les organismes permet une autre interprétation (et même la privilégie).

Supposez que l’unité de type n’incarne pas un plan d’organisation mystérieux issu d’une création spéciale, mais représente seulement la morphologie réelle, conservée par l’hérédité, qu’avait l’ancêtre commun fondateur d’un buissonnement phylogénétique donné ? Alors les homologies peuvent être expliquées de façon simple, comme des traits retenus passivement dans la lignée généalogique diversifiée des descendants : elles ne correspondent pas à un archétype agencé par un dessein intelligent, mais représentent seulement la marque de l’histoire. (…)

Darwin effectue alors son choix fondamental, affirmant sa fidélité à la tradition anglaise de la vision adaptationniste. Il soutient que les structures ancestrales, formant les grandes homologies recouvertes par la notion d’unité de type, sont l’origine apparues sous l’action de la sélection naturelle en tant qu’adaptations aux « conditions organiques et inorganiques de l’existence » dans les milieux ancestraux.

Ainsi, les deux pôles de la dichotomie, l’unité de type et les conditions d’existence, reçoivent une seule et même explication sous les auspices de la sélection naturelle ; ils correspondent soit à des adaptations immédiates à des environnements actuels (cas des « conditions d’existence »), soit à des adaptations à d’anciens environnements, transmises par la voie de l’hérédité à la lignée diversifiée des descendants (cas de l’ « unité de type »).

La vieille dichotomie, en fait, ne représente absolument pas un conflit entre des termes opposés, mais traduit seulement l’expression à des moments différents d’un unique mécanisme qui domine l’évolution : l’adaptation par la sélection naturelle. (…)

Darwin a écrit son paragraphe crucial de conclusion du chapitre 6 afin de soutenir que l’unité de type devait être ramenée aux conditions d’existence, car l’unité de type, a-t-il affirmé, ne faisait que traduire des épisodes passés de sélection naturelle ordinaire, ayant donné des adaptations originelles, transmises ensuite par la voie de l’hérédité aux nombreux descendants actuels. L’unité de type avait toujours été regardée comme le domaine d’étude privilégié par les naturalistes qui considéraient l’adaptation comme un phénomène secondaire et voyaient comme primaire quelque principe morphologique (de nombreuses versions étant envisagées).

Darwin a coupé court à la nécessité d’invoquer une notion distincte d’unité de type en remarquant que les adaptations anciennes pouvaient être à l’origine d’homologies profondes, dès lors qu’elles avaient été transmises tout au long d’une lignée. Cependant, il ne pouvait nier (et n’avait pas l’intention de renverser) la thèse selon laquelle des principes d’organisation morphologiques oeuvrant indépendamment de la sélection naturelle pouvaient déterminer des exceptions à l’adaptation. C’est pourquoi Darwin prenait en compte la notion de contraintes, mais seulement si elle pouvait être soigneusement circonscrite au sein d’une catégorie venant nettement en second par rapport à la sélection naturelle en terme de fréquence relative et d’importance biologique. »

4 Messages de forum

  • « La thèse fondamentale de la dialectique marxiste est que toutes les limites dans la nature et dans la société sont conventionnelles et mobiles, qu’il n’y a aucun phénomène qui ne puisse, dans certaines conditions, se transformer en son contraire. »

    À propos de la brochure de Junius, Lénine, Juillet 1916

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  • Pouvez-vous donner un exemple significatif de philosophe défendant la dichotomie comme principe de base ?

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    • Il y a deux sortes…. Ou la philosophie de la dichotomie 31 janvier 2016 09:42, par Robert Paris

      On peut par exemple prendre Platon…

      Citons ainsi son texte « Le Politique » où Platon démontre que la compréhension du monde est pour lui l’art de diviser en deux parties qui créent une dualité, le tout étant la somme des deux parties disjointes.

      « Il nous faut donc diviser les sciences… Divise donc l’ensemble des sciences et donne à une partie le nom de science pratique, et à l’autre, celui de science purement théorique. Que soit donc là, puisque tu le veux, les deux espèces comprises dans l’unité que constitue l’ensemble de la science… N’y aurait-il pas lieu, pour procéder avec suite, de diviser après cela, la science théorique ? Observe alors attentivement si nous n’y découvrirons pas une dualité originelle… Si nous distinguions, dans l’ensemble de la science théorique, une partie que nous appellerions directive, et l’autre, critique, nous dirions avoir fait une division juste ?... Diviser en deux toutes les sortes de production n’est pas difficile. Nous affecterons l’une des parties à la production d’être inanimés, et l’autre à celle des êtres animés : comme cela nous aurons déjà une première division de l’ensemble… Quant à la production et l’élevage des vivants, on peut y distinguer, d’une part l’élevage par unités, et, d’autre part, celui où l’on soigne collectivement des nourrissons réunis en troupeau… Quant au politique, il ne nous apparaîtra certes pas comme pratiquant l’élevage individuel, à la façon d’un laboureur qui soigne son bœuf, ou d’un écuyer, son cheval ; il ressemble bien plutôt à l’éleveur de chevaux ou à l’éleveur de bœufs… Il est plus sûr de procéder en divisant par moitiés, et c’est ainsi qu’on a plus de chances de rencontrer les caractères spécifiques. Or, c’est là ce qui importe par-dessus tout à nos recherches… Quelle faute pourrions-nous faire en divisant ? La même que si, voulant diviser en deux le genre humain, on faisait le partage comme le font la plupart des gens ici, lorsque, prenant d’abord à part le genre Héllène (les Grecs !) comme une unité distincte de tout le reste, ils mettent en bloc toutes les autres races, alors qu’elles sont une infinité et ne se mêlent ni ne s’entendent entre elles et, parce qu’ils les qualifient du nom de « Barbares », s’imaginent qu’à la qualifier ainsi d’un seule nom, ils en ont fait un seul genre. Ou c’est encore comme si l’on croyait que pour diviser les nombres en deux, on n’a qu’à détâcher le chiffre « dix-mille » de tous les autres, à le placer à part comme constituant une seule espèce, et à mettre sur tout le reste un nom unique, s’imaginant cette fois encore, que cette simple appellation suffit pour créer un second genre en face du premier. La division serait mieux faite, je crois ; elle poursuivrait mieux les formes spécifiques et serait plus dichotomique, si, partageant les nombres en pairs et impairs, on partageait de même le genre humain en mâles et femelles… De même ne faut-il pas diviser les arts qui ne fabriquent pas la chose elle-même, mais fournissent à ceux qui la fabriquent les instruments sans lesquels aucun d’eux ne pourrait accomplir sa tâche propre… Evidemment, pour diviser la métrétique de la façon que nous disions, nous n’aurions qu’à y distinguer les sections suivantes : nous mettrions d’une part tous les arts pour qui le nombre, les longueurs, profondeurs, largeurs, épaisseurs, se mesurent et, de l’autre, tout ceux qui se réfèrent à ce qui est bon, ce qui est raisonnable, opportun, requis, à tout ce qui tient le milieu entre les extrêmes… La raison nous prescrit d’accorder bien plutôt notre estime et le tout premier rang à la méthode qui enseigne à diviser par espèces… Il reste disons-nous, à l’intérieur même de la cité, les arts auxiliaires et les arts producteurs qu’il nous faut d’abord séparer les uns des autres… Nous devons sans conteste diviser les hommes en hommes libres et esclaves. Et diviser les hommes libres en serviteurs et chefs… »

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  • La dichotomie et Bergson, dans « L’Évolution Créatrice »

    Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, établit la dichotomie entre sociétés « closes » et sociétés « ouvertes » – dichotomie recoupant les distinctions fondamentales entre religions « statique » et « dynamique », morales « close » et « ouverte ». La dichotomie entre les sources de la morale et de la religion s’explique pour Begson par l’opposition en l’homme de ses versants social et spirituel.

    C’est cette dichotomie entre temps et durée opérée par la projection de la durée dans l’espace que Bergson décline tout au long : le bruit du marteau qui frappe l’enclume, le mouvement du balancier de l’horloge, le berger qui compte ses moutons et le gradé qui fait l’appel des soldats, la mélodie que l’on entend, le sucre qui n’en finit pas de fondre dans le verre d’eau, l’étoile filante qui traverse le ciel, l’élastique sur lequel on tire, et tant d’autres. Plus qu’une simple illustration, plus même qu’un artifice pédagogique, ce recours à l’analyse concrète est un élément clé de la méthode de Bergson.

    La durée, imagée comme élan vital, désigne ainsi la création imprévisible et continuelle de nouvelles formes dans l’univers, de la matière inerte à l’acte libre de la conscience humaine. Bergson décrit ainsi le développement de l’élan en forme de gerbe, de ramification, de dichotomie continue, « créant par le seul fait de sa croissance des directions différentes ».
    C’est donc un même élan, suivant une simple différence de degré, qui peut faire naître la matière inorganique, le vivant végétal et animal, et la conscience humaine.

    Pour Bergson, la dichotomie se révèle donc comme la voie empruntée par l’évolution générale de la vie (L’Évolution Créatrice, page 14).

    « Nous appellerons loi de dichotomie celle qui paraît provoquer la réalisation, par leur seule dissociation de tendances qui n’étaient d’abord que des vues différentes prises sur une tendance simple. » Les deux sources de la morale et de la religion, Chapitre IV Bergson, page 316.

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