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en .COM  en entrant dans http://www.homocoques.com/recherche.htm ....

  • " volonté de puissance"

Freud  .....« Je peux vous assurer que je sais fort bien à quel point l'instrument qui est votre Fondation est efficace, puissant et bénéfique dans sa tentative d'établir notre peuple sur la terre de ses ancêtres. J'y vois un signe de notre invincible volonté de vivre qui a bravé deux mille ans d'oppression étouffante. Nos jeunes poursuivront le combat. .. (Lettre à L.Jaffe du 20 juin 1935, à l'occasion de la célébration du quinzième anniversaire de la fondation Keren-Hajessod pour la réinstallation des juifs en Palestine)......Biographie par René Major et Chantal Talagrand

Homme politique suprêmement doué, il fut l'incarnation de la volonté de puissance.....perversion des postures nietzschéennes. en io-relation .... pouvoir, ego ...
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et 9 autres pages....
 
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Venise est-elle toujours Venise ?

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Par Nicolas Ungemuth
Mis à jour le 25/08/2017 à 11h43 | Publié le 25/08/2017 à 09h00

EN IMAGES - Face au tourisme de masse, la grandiose cité peine à rester sérénissime. Dix mois par an, c'est un paradis. Mais, en juillet et août, le tourisme de masse la transforme en enfer de l'Adriatique. La résistance s'organise pour trouver des parades.

Partout, une masse humaine avance péniblement, parcourant 100 mètres à l'heure. Il règne une vilaine moiteur asia-tique, la température n'est pas loin de 40 °C et le taux d'humidité avoisine les 100 %. Les gens, hagards, marchent comme les zombies de The Walking Dead. Sauf qu'ils dégoulinent de sueur et que leurs vêtements, transparents, leur collent au corps. C'est l'enfer. C'est Venise au mois d'août.

La ville la plus belle du monde est pourtant un paradis près de dix mois sur douze, à condition d'éviter le carnaval et la Mostra. En novembre ou en janvier, ses rares lampadaires se parent de bulles de brouillard. Après la pluie, le sol devient un miroir. Il fait nuit tôt et les touristes sont rares: la ville est presque pour soi, et, pour peu qu'on l'arpente après 21 heures, on s'attend à tout moment à voir surgir Casanova… En octobre ou en avril, le soleil permet de fréquenter les terrasses et de rester sec. Le ciel peut être très bleu et les ruelles encore quasiment vides. C'est une autre forme de bonheur, d'autant qu'on peut, très rapidement, se déplacer d'ouest en est, et gagner tranquillement ces quartiers fabuleux délaissés par les bipèdes que sont le Ghetto, San Polo, Santa Croce, Castello ou Cannaregio. Mais là, en cette semaine d'août, tout devient cauchemardesque, et nul besoin d'être agoraphobe pour souhaiter fuir à toutes jambes…

Saint-Marc, le Rialto et l'Accademia: les touristes ne voient rien d'autre

Des hordes de touristes asiatiques ont décidé de réduire votre tête en bouillie à violents coups d'ombrelle. D'ailleurs, tout le monde vous bouscule car personne ne vous voit: chacun est bien trop occupé à regarder son téléphone. Ici, un homme tient une poussette d'un bras, et avance, tel un robot, son autre bras filmant avec son smartphone ; partout ailleurs, c'est une forêt de perches à selfies. Venise n'est plus une ville sublime qu'on visite en état de grâce, c'est un décor dans lequel on met en scène sa propre gloire. Partout, absolument partout, des êtres humains fixent leurs écrans et, même dans les vaporettos, plutôt qu'admirer le somptueux défilé des palais, les touristes jouent à Candy Crush ou regardent les photos (d'eux-mêmes) qu'ils viennent de prendre. Partout, vraiment? C'est à relativiser: des milliers de touristes évoluent en un triangle balisé dont ils se gardent bien de sortir. A l'ouest, la place Saint-Marc ; à l'est, le pont du Rialto ; au sud, le pont de l'Accademia sur lequel ils se massent puisqu'il ne viendrait à l'idée de personne de visiter le merveilleux musée du même nom.

La ville devient un décor dans lequel on met en scène sa propre gloire.
La ville devient un décor dans lequel on met en scène sa propre gloire. - Crédits photo : Eric Vandeville

Pour se rendre de l'un de ces trois lieux à l'autre, un parcours fléché, comme pour les enfants, indique le chemin. Et c'est là, dans ces ruelles étroites, que chemine péniblement le troupeau touristique. Impossible d'avancer à une allure normale: le temps des trajets, par rapport à l'hiver ou au printemps, est à multiplier par deux, voire trois. Progressant en ahanant avec force sudation, ces grappes de touristes ne trouvent rien de mieux que de s'arrêter en plein milieu des rues pour regarder… leurs téléphones. Il faut s'armer de patience, ou faire du rugby, pour avancer, d'autant que toute cette masse n'est pas jolie à voir: des jeunes hommes avancent torse nu, une canette de bière dans chaque main. Des femmes qui n'ont pas exactement une taille de mannequin progressent en jupette, tongs et haut de maillot de bain. D'autres, un peu effrayantes et qui auraient plus leur place au carnaval, transpirent sous leur burqa alors que leurs maris déambulent en short. Dès que surgit un pont, et ils sont nombreux, les veaux s'arrêtent,purement et simplement, pour regarder, émerveillés, les embouteillages de gondoles. L'enfer, c'est les autres.

Arrivé à l'hôtel, un message sur la table de nuitprouve que quelque chose ne tourne pas rond: «Il est interdit de sortir nu sur la terrasse». Que se passe-t-il? Il se passe que les Vénitiens sont excédés par le comportement des touristes, qui sont sans cesse plus nombreux (+ 5% en 2016) depuis que les Asiatiques affluent, que les croisières se multiplient, comme les vols low cost et les bed & breakfast bon marché: la petite ville de Venise est contrainte d'absorber près de 30 millions de touristes chaque année, et toutes les estimations prévoient une nette augmentation pour les années qui viennent.

Comment protéger cette cité si fragile? La ville (comme d'autres en Italie) a lancé une grande campagne: «#EnjoyRespectVenezia» qui contient, entre autres, un code de bonne conduite en douze règles à l'attention des visiteurs («Marchez sur la droite», «Ne pique-niquez pas sur la place Saint-Marc», «Ne vous promenez pas en maillot de bain», «Ne plongez pas dans les canaux», etc.). Des règles tellement élémentaires qu'on s'étonne même qu'elles doivent être rappelées… Paola Mar, adjointe au maire chargée du tourisme, est formelle: «On ne peut pas dire que le comportement des touristes ait empiré. Mais, ce qu'on peut dire c'est que, comme ils sont plus nombreux, il y a plus d'incidents. Il y a deux semaines, six Belges ont plongé dans le canal depuis le pont à côté de la gare. J'ai écrit à l'ambassade! Un peu avant, un homme est mort en faisant la même bêtise. Les habitants n'en peuvent plus et, alors qu'il y a quelques années ils se contentaient d'observer avec regret, désormais, ils appellent la police lorsqu'ils assistent à des comportements déplacés.» L'adjointe au maire n'évoque pas un autre fait divers assez piquant: un couple d'Anglais trouvé sur les quais copulant dans le plus simple appareil. «Nous avons donc lancé cette campagne sur les réseaux sociaux et sur le site de la mairie. Mais notre but est aussi d'inciter les touristes à mieux choisir leur moment pour se rendre à Venise et nous publions le calendrier des 12 journées de l'année durant lesquelles, chaque jour, plus de 100 000 visiteurs affluent. Venise est merveilleuse à d'autres saisons que l'été. Enfin, nous combattons les locations abusives en indiquant, sur notre site, si telle ou telle offre est légale ou non. Quant à Airbnb, nous ne sommes pas contre, mais il va falloir que nous ayons une discussion. Il ne faut pas que les appartements disparaissent et que la ville se vide de ses habitants.» La question est vitale, dans la mesure où ils ne sont plus que 54 000 aujourd'hui, contre 170.000 dans les années 1950.

Les habitants excédés

Et puis, il y a le problème, épineux et très médiatisé, des gigantesques bateaux de croisière aux allures d'immeubles flottants. Le phénomène a été décrit de manière apocalyptique par les reportages télévisés: en abusant du téléobjectif et en pratiquant l'arrêt sur image, on donne aisément l'impression que ces villes flottantes stationnent devant la place Saint-Marc et y déversent leurs occupants. En réalité, elles passent assez loin et disparaissent en quelques minutes pour s'engouffrer plus loin dans le canal de la Giudecca et rejoindre le port, au bout du Dorsoduro. En haute saison, ces bateaux sont en moyenne 70 à passer chaque mois, et principalement le week-end. C'est une offense pour les yeux - en particulier pour les habitants de la Giudecca -, mais cela représente surtout des risques écologiques potentiels et la crainte d'une véritable catastrophe en cas d'accident, qui pourrait bien ruiner durablement la précieuse lagune. Paola Mar semble sûre d'elle: «Notre programme électoral (les prochaines élections auront lieu en 2020, ndlr) prévoit que plus aucun bateau de croisière ne passera devant la place Saint-Marc d'ici à trois ans. C'est aussi simple que cela.»

Le très énergique Pino Musolino, président du port de Venise (ou plus précisément de l'«Autorité portuaire de la mer Adriatique septentrionale»), du haut de ses 39 ans, détaille plus en profondeur la complexité du problème des bateaux de croisière: «Il faut d'abord statuer sur le tonnage. Il est actuellement fixé à 96 tonnes et l'objectif serait de le faire descendre à 40. Mais le tonnage ne nous dit rien sur les capacités polluantes des navires. Il faut par conséquent également statuer sur la manière dont les bateaux sont conçus. Mais nous avons fait d'énormes progrès: depuis la résolution de “Venice Blue Flag”, en mars dernier, le taux de soufre accepté dans le fuel est passé de 3,5 % à moins de 0,1 %. J'en suis très fier. Mais il reste à régler la question la plus importante: par où passeront les bateaux? Le canal de la Giudecca est suffisamment large à mon avis pour les laisser circuler, mais les habitants, avec le mouvement No Grandi Navi (pas de grands bateaux, ndlr) ne le veulent pas. Ils sont d'autant plus excédés que, durant cinq ans, mes prédécesseurs n'ont trouvé aucune solution alternative, et il est bien normal qu'ils en soient ulcerés.»

Le problème n'est certes pas seulement écologique, convient Pino Musolino. «Il y a également la question esthétique, qui est faussée, car ce qui est laid pour les uns peut être beau pour les autres. J'ai grandi à la Giudecca, donc je comprends. Le but est donc de diminuer progressivement le passage par le canal, puis, à terme, de faire passer les bateaux derrière la Giudecca et, éventuellement, de les faire accoster sur le continent, vers Fusina. Il y a un projet de chenal entre Fusina et le port maritime de Venise mais, avant cela, nous devons tout tester sur des simulateurs très perfectionnés et faisons appel à des équipes scientifiques du monde entier afin de ne pas endommager notre précieuse lagune, sa faune et sa flore, même si, évidemment, le risque zéro n'existe pas. Je ne veux pas être l'homme dont on se souviendra parce qu'il aura pris la mauvaise décision. 

«Je pense qu'un jour cette ville, bien trop chère par rapport à la qualité très médiocre de ses services, finira par ne plus intéresser personne.»

Pino Musolino, président du port de Venise

Pour être juste, il convient de rappeler quelques chiffres. A l'heure actuelle, les croisiéristes qui descendent de leurs navires le temps d'une journée (et dépensent en moyenne 160 € lors de leur passage) ne représentent que 3 à 6 % de la population de touristes globale - soit 1,7 million de croisiéristes pour 28 millions de touristes en tout. On ne peut par conséquent pas les accuser de tous les maux. D'autant que le business des croisières fait travailler 5000 Vénitiens et constitue 3,5 % du PIB de la ville. Ce n'est pas rien dans une ville qui se vide, car il n'y a plus de travail en dehors du tourisme. «Nous devons avoir une réflexion portant sur le long terme pour savoir ce que deviendra notre ville dans vingt ans. Si nous ne réagissons pas rapidement, notre cité se transformera en une nouvelle Pompéi»,assure Pino Musolino. Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour se poser des questions aussi importantes devant une issue aussi prévisible? «Parce que beaucoup de Vénitiens n'en voient pas l'intérêt. Ils ont hérité de leur famille d'une boulangerie? Ils en ont fait un mauvais restaurant! Ils ont également hérité de quelques appartements? Ils en ont fait un bed & breakfast bas de gamme! Ou ils se sont acheté un bateau-taxi. En un rien de temps, ils sont devenus très riches. Pour eux, tout va très bien comme ça, et il s'agit de ne rien changer. Mais moi, je pense qu'un jour cette ville, bien trop chère par rapport à la qualité très médiocre de ses services, finira par ne plus intéresser personne. Voulons-nous d'autres magasins de souvenirs minables fabriqués en Chine? En voudriez-vous à Montmartre? Il faut se ressaisir.»

Enlaidissement de la ville

Pino Musolino n'a pas tort.Hôtels «3 étoiles» épouvantables, mauvais restaurants trop chers aux pizzas infectes (normal, il n'y a pas de four à bois puisqu'il n'y a pas de bois), magasins aux souvenirs «authentiques» - masques, gondoles et «verre de Murano» - fabriqués en Chine pullulent, tandis que les commerces de proximité ferment les uns après les autres. Un autre Vénitien partage l'avis de Pino Musolino… Andrea Barina, propriétaire de l'excellent restaurant de vraie cuisine vénitienne La Palanca, sur l'île de la Giudecca, qui voit défiler les bateaux de croisière, est très investi dans la préservation de sa ville. C'est lui qui a eu l'idée de l'association Poveglia per Tutti, dont il est l'actuel trésorier. Lorsque l'Etat a décidé de vendre l'île de Poveglia (72 500 mètres carrés) qu'un certain Luigi Brugnaro, devenu l'actuel maire de Venise, proposait de racheter pour une somme dérisoire, Andrea Barina a eu l'idée géniale d'un crowdfunding pas comme les autres: dans le monde entier, 4500 personnes ont payé 99 € pour être propriétaires de l'île durant 99 ans. Le problème est donc ponctuellement réglé pour Poveglia. Mais pas pour Venise même. «Depuis cinq ans, dit-il, nous avons assisté à une expansion de l'enlaidissement de Venise sans précédent: des marchands de kebabs sont apparus, des dizaines de restaurants infects ont ouvert là où il y avait avant des petits commerces. Des écoles ont fermé, c'est désolant. L'actuel maire ne pense qu'à faire de l'argent, toujours plus d'argent à court terme, mais c'est l'argent qui va tuer notre ville.

Des touristes sur la Place Saint Marc.
Des touristes sur la Place Saint Marc. - Crédits photo : Eric Vandeville

Notre gestion est catastrophique. Rendez-vous compte que 6 milliards d'euros ont été dépensés pour le projet Moïse (des digues géantes pour protéger Venise des eaux, ndlr), qui n'a jamais fonctionné! Il faut impérativement changer de politique pour repeupler la ville. Certaines pistes sont tout à fait envisageables: de nombreux Vénitiens possédant deux maisons, il est évident qu'il faut plus taxer celle qui se transforme en bed & breakfast que celle que l'on pourrait louer à des étrangers. Le but est de faire venir du monde pour s'installer à Venise et y rester plusieurs mois, si ce n'est plusieurs années. Nous avons par exemple de très bonnes universités et devrions encourager les étudiants de tous pays à venir étudier ici le design, la mode, le cinéma, l'économie, etc., et faire de Venise un endroit dont la force attractive serait unique au monde. Il faut aussi diversifier l'activité professionnelle puisqu'aujourd'hui tout est concentré autour de l'hôtellerie et de la restauration. Savez-vous, par exemple, que l'Arsenale et l'Ospedale, qui comptent plusieurs hectares, sont vides?! Que compte en faire la mairie?De nouveaux hôtels? Ce serait idiot. Il y a également près de 1 000 logements inhabités. Espérons qu'ils ne seront pas loués aux touristes. Enfin, il me semble qu'à certains moments de l'année, nous devrions tout simplement interdire les grands groupes, faciles à identifier en amont, lorsque l'affluence est trop importante. D'autres villes, comme Dubrovnik, le font. Je ne veux pas que Venise devienne un nouveau Disneyland.»

Lorsqu'il parle de «certains moments de l'année», pense-t-il à l'été? Andrea Barina sourit: «Le reste de l'année, les touristes visitent les musées, les églises. Ils s'intéressent à la peinture, à la sculpture, à l'histoire, à l'architecture. Ils aiment Venise et, souvent, s'y sont rendus à plusieurs reprises. L'été, c'est une autre population: des gens qui viennent sans connaître la ville et qui ne s'y intéressent pas. Je suis pour la mise en place d'un questionnaire préliminaire pourvérifier la connaissance des touristes!dit-il en riant. Ce qui éviterait les questions stupides récurrentes que me posent les touristes, comme celle-ci, qui m'a été adressée il y a quelques semaines: “Savez-vous à quelle heure ferme Venise?”»

 

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« Volonté pure » et « volonté de volonté ». Critique et métaphysique du vouloir

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"Lorsque la volonté cherche la loi qui doit la déterminer n’importe où ailleurs que dans l’aptitude de ses maximes à être sa propre législation universelle, lorsque, en sortant d’elle-même, elle la cherche dans la constitution de n’importe lequel de ses objets, alors l’hétéronomie * en procède à chaque fois." KANT

............l’idéalisme allemand réalise la fusion de deux sources indépendantes : celle, leibnizienne, de la promotion de l’efficience ou efficace (Wirksamkeit), qui donnera lieu à celle de la volonté, et celle, kantienne, de l’interprétation de l’être de l’étant comme objectivité dans un cadre transcendantal. Kant est alors l’une des sources de l’idéalisme allemand, ......

Dans mon autonomie même, je me reçois toujours comme un tu (comme un « tu dois »), sans qu’aucune troisième personne ne m’interpelle

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1840, Franz Liszt livre le premier récital de piano

Par Thierry Hillériteau
Publié le 24/08/2017 à 16h40

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LA TOUTE PREMIÈRE FOIS (5/6) - Le 9 juin 1840, à Londres, le compositeur et pianiste virtuose entre dans l'histoire en donnant le premier «récital». Un terme aujourd'hui consacré, mais qui, à l'époque, suscita bien des interrogations.

Mille! C'est le nombre de concerts donnés par Franz Liszt durant la décennie 1840, si l'on en croit le musicologue Alan Walker, dont les recherches et publications sur le virtuose hongrois font autorité. À cette époque, le compositeur romantique est au sommet de sa gloire. Et de son art d'interprète. Il n'a pas 30 ans, mais a déjà parcouru l'Europe à plusieurs reprises. Les tournées de concerts auxquelles il se plie depuis l'âge de 12 ans sont presque son pain quotidien. Malgré les facilités de transport dont nous disposons aujourd'hui, aucun musicien, encore moins classique, ne saurait rivaliser avec l'appétit féroce de ce showman avant l'heure pour la scène.

C'est dans la frénésie de cette «vie de saltimbanque» - comme il se plaira à la décrire dans l'une de ses lettres à sa chère Marie d'Agoult - que l'insatiable pianiste débarque sur l'île d'Albion, en ce début juin 1840. L'Angleterre est loin de lui être une destination étrangère. La première fois qu'il en foule le sol pour les besoins d'une tournée, il n'a que 13 ans. Le roi George IV en personne est subjugué par les talents du jeune garçon, qu'il ose alors placer au-dessus de la star de l'époque, Ignaz Moscheles.

Invention du récital

Ironie du sort, Liszt et Moscheles se disputeront plus d'un siècle plus tard, par biographes interposés, l'invention de l'un de ces rituels immuables, devenus constitutifs de la musique classique aujourd'hui: le récital de piano. Car jusque-là, et depuis plus d'un siècle, les pianistes sortaient rarement du cadre des salons. Lorsqu'ils le faisaient pour des concerts publics et payants, c'était toujours accompagnés d'autres musiciens, et de chanteurs.

Une chose est sûre. Moscheles donna des concerts exclusivement consacrés au pianoforte solo dès 1837. Mais le terme «recital», lui, est bien né ce 9 juin 1840, à la faveur des représentations données par Franz Liszt aux Hanover Square Rooms, à Londres. Ou plus précisément quelques jours avant, sur les affiches placardées en devanture de ce qui était à l'époque la salle de concerts la plus importante de la capitale anglaise. On pouvait y lire - en anglais - l'équivalent de l'annonce suivante: «M. Liszt donnera, à 14 heures en ce mardi 9 juin au matin, des RÉCITALS sur PIANOFORTE des œuvres suivantes: Scherzo and finale de la Symphonie pastorale de Beethoven, Serenade de Schubert, Ave Maria de Schubert, Hexameron, Tarentelles napolitaines, Grand galop chromatique

«Figurez-vous que, de guerre lasse, ne pouvant parvenir à composer un programme qui eût le sens commun, j'ai osé donner une série de concerts à moi tout seul, tranchant du Louis XIV, et disant cavalièrement au public : “Le concert, c'est moi.”»

Franz Liszt

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la paternité du mot «recital» ne revient pas directement à Liszt. C'est en réalité l'éditeur et facteur de pianos Thomas Frederick Beale, l'une des personnalités les plus influentes du monde musical londonien, qui le suggère à l'intéressé au cours d'un dîner, quelques jours avant le concert. Liszt accepte immédiatement. Il cherche depuis des années à réformer le concert classique, tant sur le fond et sur la forme que dans son appellation.

Le 4 juin 1839, presque un an jour pour jour avant son concert londonien, il écrit ainsi à son amie la princesse Cristina di Belgiojoso: «Quel contraste avec les ennuyeux “soliloques musicaux” (je ne sais quel autre nom donner à cette invention de ma façon), dont j'ai imaginé de gratifier les Romains, et que je suis capable d'importer à Paris, tant mon impertinence devient incommensurable!» Une lettre passée à la postérité pour les mots qui suivront: «Figurez-vous que, de guerre lasse, ne pouvant parvenir à composer un programme qui eût le sens commun, j'ai osé donner une série de concerts à moi tout seul, tranchant du Louis XIV, et disant cavalièrement au public: “Le concert, c'est moi.”»

Cette volonté de mise en scène du soliste, Liszt l'a poussée plus loin que personne. Changeant la position du clavier, ouvrant le couvercle de l'instrument, n'hésitant pas à convoquer deux pianos pour mieux montrer comme il lui était facile de les user les uns après les autres.

«Piano hero»

Le mythe du «piano hero» était né. Une mythologie forgée dans l'ombre de Niccolo Paganini, autre virtuose tout aussi diabolique. Franz l'a découvert pour la première fois le 22 avril 1832 à Paris, lors d'un concert de charité pour les victimes du choléra. Il n'oubliera jamais ce moment. Cette virtuosité hypnotique, qui l'avait cueilli comme elle avait envoûté l'assemblée, le hantera toute sa vie. Au point que le peintre Josef Danhauser ne peut s'empêcher, lorsqu'il peint son fameux Franz Liszt au piano en cette même année 1840, de placer le diable d'Italien au milieu des illustres qui écoutent religieusement le jeune compositeur. Son compatriote Rossini enserre le violoniste émacié, presque décharné, de son étreinte de colosse. Danhauser aurait pu le représenter au bras d'un autre génie créateur, qui partageait avec Liszt un même amour pour Paganini: Hector Berlioz.

«C'était l'ombre de Beethoven, évoquée par le virtuose, dont nous entendions la grande voix. Chacun de nous frissonnait en silence, et après le dernier accord on se tut encore… Nous pleurions»      Hector Berlioz

Ce dernier décrit mieux que personne, dans son recueil d'«études musicales, adorations, boutades et critiques» À travers chants, la capacité de Liszt à transfigurer, diviniser, sacraliser l'interprétation au piano. Même loin de la foule, des dames en pâmoison, dans l'intimité d'une soirée entre amis. «Comme il venait de finir, la lampe qui éclairait l'appartement parut près de s'éteindre ; l'un de nous allait la ranimer. “N'en faites rien, lui dis-je. S'il veut jouer l'Adagio en ut dièse mineur de Beethoven, ce demi-jour ne gâtera rien. - Volontiers, dit Liszt, mais éteignez tout à fait la lumière, couvrez le feu, que l'obscurité soit complète.” Alors, au milieu de ces ténèbres, après un instant de recueillement, la noble élégie (…) s'éleva dans sa simplicité sublime. (…)C'était l'ombre de Beethoven, évoquée par le virtuose, dont nous entendions la grande voix. Chacun de nous frissonnait en silence, et après le dernier accord on se tut encore… Nous pleurions.»

Difficile, après ces mots, de mettre en doute la qualité de «diseur» du poète derrière son piano. Car c'est bien de cela dont il est question à travers le mot «récital». Déclamer une musique par cœur, comme on récite un texte. Mais aussi le faire vivre, comme le fait un «récitant».

Amoureux des belles lettres, comme en témoigne l'assemblée convoquée par Danhauser où figurent Victor Hugo, Alexandre Dumas, George Sand et lord Byron en arrière-plan, Liszt saisissait mieux que personne la portée de ce mot que l'on venait de lui souffler au hasard d'un dîner.

La presse anglaise, elle, en fera des gorges chaudes, s'interrogeant sur ce que réciter au piano peut dire… N'anticipant pas que quinze ans plus tard le mot serait passé dans les mœurs… Au point d'être repris par Clara Schumann lors de ses concerts londoniens de 1856.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 25/08/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

 

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«Comment le tourisme de masse a tué le voyage»

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Par Eugénie Bastié
Mis à jour le 17/08/2017 à 13h02 | Publié le 17/08/2017 à 12h50

FIGAROVOX/REDIFFUSION - Du tour d'Italie de Lamartine au Club Med, Marin de Viry, auteur de l'essai Tous touristes, nous raconte l'avènement du tourisme de masse et comment celui-ci, en tuant la possibilité d'un ailleurs, a rendu le voyage impossible.

 Marin de Viry est écrivain et critique littéraire. Il est l'auteur d'un essai sur le tourisme de masse: Tous touristes (Café Voltaire, Flammarion, 2010). Il a publié récemment Un roi immédiatement aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux.

Cet entretien a été précédemment publié en juillet 2014.

FIGAROVOX. - Vous écrivez dans Tous touristes: «Si le monde est un vaste dance floor sans frontières, quel sens a le mot tourisme?». Pouvez-vous expliquer ce paradoxe? La mondialisation, en tuant la possibilité d'un «ailleurs» par l'uniformisation du monde, aurait-elle tué le tourisme?

Marin DE VIRY. - Le tourisme n'a plus rien à voir avec ses racines. Quand il est né au XVIIIe siècle, c'était l'expérience personnelle d'un homme de «condition», un voyage initiatique au cours duquel il devait confronter son honneur - c'est-à-dire le petit nombre de principes qui lui avaient été inculqués - à des mondes qui

Là où le voyage était un besoin, au XVIIIe, pour devenir un homme, il devient quelque chose de statutaire au XIXe, puis une simple façon de « s'éclater » aujourd'hui.

n'étaient pas les siens. Il s'agissait de voir justement si ces principes résisteraient, s'ils étaient universels. Un moyen d'atteindre l'âge d'homme, en somme. Le voyage, c'était alors le risque, les accidents, les rencontres, les sidérations, autant de modalités d'un choc attendu, espéré, entre le spectacle du monde et la façon dont l'individu avait conçu ce monde à l'intérieur de sa culture originelle. Au XIXe, tout change: le bourgeois veut se raccrocher à l'aristocrate du XVIIIe à travers le voyage, qui devient alors une forme de mimétisme statutaire. Le bourgeois du XIXe siècle voyage pour pouvoir dire «j'y étais». C'est ce qui fait dire à Flaubert lorsqu'il voyage avec Maxime Du Camp en Égypte: mais qu'est-ce que je fais ici? - C'est-à-dire qu'est-ce que je fais à me prendre pour un aristocrate du XVIIIe siècle-? Avec l'époque contemporaine, on a une totale rupture du tourisme avec ses racines intellectuelles. Même chez ceux qui aujourd'hui veulent renouer avec le voyage, pour s'opposer au tourisme de masse, il n'y a plus de profonde résonance, de profond besoin, car le monde est connu, et le perfectionnement de leur personne ne passe plus forcément par le voyage. Là où le voyage était un besoin, au XVIIIe, pour devenir un homme, se former, parachever son âme et son intelligence, il devient quelque chose de statutaire au XIXe, puis une simple façon de «s'éclater» aujourd'hui. C'est devenu une modalité de la fête permanente, laquelle est devenue banale. Le monde est ennuyeux parce qu'il est le réceptacle de la fête, devenue banale. Solution: il faut «rebanaliser» le monde et débanaliser la fête.

Dans notre monde globalisé, est-il encore possible de voyager?

Toute la question est de savoir s'il reste des destinations ouvertes à la curiosité. Or, plus elles sont organisées, balisées par le marketing touristique de la destination, moins elles sont ouvertes à la curiosité. L'exemple du musée Guggenheim à Venise est éclairant. Je l'ai connu avant qu'il ne soit aseptisé, on avait l'impression de visiter en catimini une maison privée, comme si Peggy Guggenheim l'avait quitté la veille, c'est tout juste s'il n'y avait pas un œuf à la coque encore tiède dans la salle à manger. Dans sa version actuelle, avec des faux plafonds traités par des architectes néo-suédois et une signalétique d'aéroport, la curiosité ne fonctionne plus. Ce qui fait qu'on articule ce qu'on est avec ce qu'on voit, c'est que ce que l'on voit n'est pas préparé, organisé de façon à produire une impression prédéterminée. De la même manière dans les musées, les panneaux explicatifs à côté des œuvres ont pris une importance incroyable. Il est devenu impossible d'avoir un regard spontané, vierge, ouvert sur les œuvres, bref de les regarder vraiment, en prenant le risque d'être désorienté et renvoyé à son absence de culture.

Les dispositifs marketing des destinations ont tué toute possibilité de l'ailleurs. Pour être un touriste authentique, désormais, c'est dans la banalité du réel, qu'il faut se promener.

Les dispositifs marketing et commerciaux des destinations ont tué toute possibilité de l'ailleurs, toute curiosité. Pour être un touriste authentique, désormais, c'est dans le quotidien, dans la banalité du réel, qu'il faut se promener. Pour être dépaysé, il faut aller visiter la réalité, des usines, des champs, des bureaux. Le tertiaire marchand est devenu authentiquement exotique. D'une façon générale, le monde réel est plus exotique que le monde touristique définitivement balisé.

Cette perte de sens n'est-elle pas due tout simplement à la démocratisation du voyage et à l'avènement du tourisme de masse qui fait perdre toute prétention intellectuelle au voyage?

Je vais être néo-marxiste, mais je crois que c'est le salariat, plus que la démocratisation, qui change tout. Les congés payés font partie du deal entre celui qui a besoin de la force de travail et celui qui la fournit. À quoi s'ajoute la festivisation, qui est d'abord la haine de la vie quotidienne. Et il est convenu que la destination doit être la plus exotique possible, car la banalité de la vie quotidienne, du travail, est à fuir absolument. Au fur et à mesure de l'expansion du monde occidental, la fête se substitue à la banalité, et la banalité devient un repoussoir. Il n'y a pas d'idée plus hostile à la modernité que le pain quotidien.

Autour de ce deal s'organise une industrie qui prend les gens comme ils sont, individualisés, atomisés, incultes, pas curieux, désirant vivre dans le régime de la distraction, au sens pascalien du terme, c'est-à-dire le désir d'être hors de soi. Le tourisme contemporain est l'accomplissement du divertissement pascalien, c'est-à-dire le désir d'être hors de soi plutôt que celui de s'accomplir. Promener sa Game boy à 10 000 kilomètres de la maison, si ce n'est pas s'oublier, qu'est-ce c'est?

Où, quand et par qui est inventé le tourisme de masse?

C'est Thomas Cook qui invente le tourisme de masse. Cet entrepreneur de confession baptiste organise, en juillet 1841 le premier voyage collectif en train, à un shilling par tête de Leiceister à Loughborough, pour 500 militants d'une ligue de vertu antialcoolique. C'est la première fois qu'on rassemble des gens dans une gare, qu'on les compte, qu'on vérifie s'ils sont bien sur la liste, qu'on déroule un programme. Les racines religieuses puritaines ne sont pas anodines. Il y a comme un air de pèlerinage, de communion collective, dans le tourisme de masse. Le tourisme est très religieux. Et il y a en effet quelque chose de sacré au fait de pouvoir disposer de

Faire une distinction entre un globe-trotter qui fait du « tourisme éthique » et un hollandais en surcharge pondérale qui ahane à Venise, c'est d'une goujaterie incroyable vis-à-vis du genre humain.

la géographie du monde pour sortir de soi. S'éclater à Cuba, c'est une messe!

Vous essayez dans votre livre de ne pas tomber dans la facilité qui consiste à opposer «bons» et «mauvais touristes», les ploucs contre Paul Morand, les touristes sexuels de Houellebecq contre les voyages de Stendhal. Est-ce à dire pour autant qu'il n'y a pas de bons touristes?

Les poulets de batterie, je veux dire les touristes de masse, ont une âme. Faire une distinction entre un globe-trotter qui fait du «tourisme éthique» et un hollandais en surcharge pondérale et en tongs qui ahane à Venise, c'est d'une goujaterie incroyable vis-à-vis du genre humain. C'est pourquoi je déteste le livre Venises de Paul Morand: c'est un bourgeois du XIXe qui essaie d'imiter l'aristocrate du XVIIIe en crachant sur le peuple du XXe, alors qu'il est moralement inférieur à lui.

Comme l'homo «festivus festivus» décrit par Muray, qui «festive qu'il festive» et «s'éclate de s'éclater» le touriste moderne se regarde voyager, et il ne semble voyager que pour vérifier que ce qu'il a lu dans son guide est bien réel et pour «prendre des photos». Que vous inspire cette dimension spectaculaire du tourisme?

Nous sommes dans la culture de l'éclate, de la distraction permanente, sans aucune possibilité de retour sur soi. Le monde moderne est une «conspiration contre toute espèce de vie intérieure», écrivait Bernanos. Je crois que le tourisme est une des modalités de destruction de la vie intérieure.

Prenons l'exemple du «syndrome de Stendhal». Stendhal s'est senti mal à force de voir trop de belles choses à Rome et à Florence. Trop de beauté crée un état de sidération, puis de délire confusionnel: en Italie, on est souvent submergé par le superflu. C'est l'expérience limite de la vie intérieure: la beauté vous fait perdre la raison. C'est exactement le contraire que vise l'industrie touristique, qui cherche à vendre la beauté par appartements, en petites doses sécables d'effusions esthétiques marchandisées. Elle ne veut pas que ses clients abdiquent leur raison devant la beauté, mais qu'ils payent pour le plaisir. Immense différence.

Je crois que le tourisme est une des modalités de destruction de la vie intérieure.

Pourquoi faites-vous du romantisme le terreau idéologique du tourisme tel qu'il est pratiqué aujourd'hui?

Lamartine écrit Graziella en 1852. C'est l'histoire du tour en Italie complètement raté d'un jeune aristo français. Quand un jeune homme du XVIIIe siècle (car Lamartine appartient encore au XVIIIe, ou en tout cas le voudrait) va tester son honneur de par le monde pour le renforcer, il doit en revenir plus fort, raffermi dans ses principes. Mais Lamartine tombe amoureux d'une jeune fille de 16 ans en Sicile, qu'il n'a pas le courage d'épouser pour des raisons sociales, car elle est fille de pêcheur, et lui d'un comte. Lamartine revient à la niche à l'appel de sa mère et Graziella meurt de chagrin. Le romantisme, c'est l'histoire d'un voyage raté. L'ailleurs devient le lieu, où, au lieu de se trouver, on se perd. L'expérience de la découverte de soi dans le voyage devient une expérience malheureuse. Donc, il faut se venger du voyage en lui interdisant de devenir une expérience intérieure. Les générations suivantes ont parfaitement compris le message.

Dans La Carte et le territoire, Michel Houellebecq décrit une France muséale, paradis touristique, vaste hôtel pour touristes chinois. Est-ce là le destin de la France?

Dans un éditorial, Jacques Julliard écrivait que la France avait 60% de chances de finir dans un scénario à la Houellebecq, 30% de chances de terminer selon le scénario de Baverez, et 10% de chances de finir autrement. Je ne suis pas totalement dégoûté par le scénario de Houellebecq. C'est une France apaisée, bucolique. On retournerait tous à la campagne pour accueillir des cohortes d'Asiatiques et de Californiens. On leur expliquerait ce qu'est une église romane, une cathédrale, une mairie de la IIIème République, un beffroi. Ce serait abandonner notre destin pour se lover dans un scénario tendanciel dégradé mais agréablement aménagé, et nous deviendrions un pays vitrifié plutôt qu'un pays vivant. Nous aurions été détruits par la mondialisation, mais notre capital culturel nous sauverait de l'humiliation totale: on nous garantirait des places de médiateurs culturels sur le marché mondial. Si on pense que Dieu n'a pas voulu la France, ou que l'histoire n'a pas besoin de nous, on peut trouver ça acceptable.

 

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Chine: l'urbanisation à marche forcée .....

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Par Patrick Saint-Paul
Publié le 18/08/2017 à 09h00

REPORTAGE - Pour assurer sa croissance économique, le gouvernement de Pékin veut, d'ici à 2025, pousser 250 millions de paysans dans les villes : ce serait la plus grande vague de migration de l'histoire. Un exode rural qui ne se fait pas sans drames humains de grande ampleur.

Envoyés spéciaux à Chongqing

Un ouragan de béton s'est levé autour de Chongqing. Accroupis au bord de leurs étangs hérissés de lotus, canne à pêche à la main, les paysans de Shuangfou, le village des «deux bouddhas», ne prennent plus la peine de lever la tête pour le regarder fondre sur eux. Formant une masse grise, au bout de leurs terres cultivées, les tours de la ville nouvelle se trouvent encore à 5 kilomètres de leurs petites maisons nichées entre une multitude de lacs miniatures, comme sur une estampe de la Chine antique. Devant le premier rideau d'immeubles en construction, une ligne de grues serre les rangs, telle les fantassins d'une armée repoussant le front. L'urbanisation, avatar de la modernisation à marche forcée de la République populaire, a déjà frappé par petites tornades, clairsemant le paysage de monticules de briques.

«C'est comme un orage. On ne peut rien faire pour l'arrêter, dit un vieux paysan coiffé de son chapeau de paille en palpant les épis de maïs de son champ, traversé par un petit lacet de béton au bout duquel se profile la ville nouvelle. J'ai déjà signé les papiers pour l'indemnisation de mes terres confisquées et de ma ferme. Les bulldozers ne tarderont pas à venir pour raser ma maison. Allez au village d'à côté. Ils sont déjà passés.» Xian Lushan, la bourgade voisine, comptait 1 900 habitants il y a encore quelques mois. Aujourd'hui, il n'en reste pas plus de 300, selon le responsable local du Parti communiste chinois (PCC), qui tient à rester anonyme. «Les jeunes ont quitté le village depuis longtemps, pour chercher un boulot. Il ne reste que les vieux», dit-il. Certains des expulsés sont déjà relogés dans une tour de Xiyong, la ville nouvelle. D'autres habitent provisoirement un immeuble vétuste en attendant l'attribution de leur nouveau logement. La plupart d'entre eux continuent de venir la journée à Xian Lushan pour cultiver le maïs, des patates douces et le riz, sur leurs terres confisquées. «C'est illégal mais c'est provisoire. Personne ne dit rien. Bientôt ce sera fini. Lorsque les dernières maisons auront été rasées, commencera la construction de la voie express vers Chongqing. On bâtira ici une plate-forme logistique, qui abritera notamment les entrepôts du parc de microélectronique de la ville», explique le responsable local.

Des résidents fraîchement débarqués de leurs campagnes observent, fascinés, un gigantesque chantier de gratte-ciel en construction dans le sud-ouest de la Chine.
Des résidents fraîchement débarqués de leurs campagnes observent, fascinés, un gigantesque chantier de gratte-ciel en construction dans le sud-ouest de la Chine. - Crédits photo : Justin Jin / Cosmos

Venus pour la journée récolter, quelques dizaines de paysans «urbanisés» attendent à l'arrêt de bus, les bras chargés de sacs de légumes. Le soir, ils retournent dormir dans les tours modernes. «La vie y est plus confortable qu'au village, raconte une paysanne. Il y a les toilettes et l'eau courante. Mais la vie est chère et nous vivons comme des pauvres. Il faut payer pour tout, même pour aller aux toilettes… Avant, on élevait des porcs et des poulets dans nos fermes. Maintenant, on achète du porc industriel au marché. Ils vendent les 500 grammes de porc 16 yuans (2 euros). Et souvent, c'est de la viande avariée.» Dans un pays où 20 % des terres agricoles sont polluées et où les scandales alimentaires font des ravages, maîtriser soi-même l'approvisionnement est souvent une nécessité élémentaire.

Ce soir M. Zhou, 60 ans, restera au village, dans sa maison qui n'a pas encore été détruite. Il rentre chez lui un sac de maïs à la main. «Bientôt je serai obligé d'aller vivre là-bas, dit-il en tendant le doigt d'un air écœuré vers la masse grise au loin. Ma terre a déjà été confisquée. J'attends qu'ils viennent avec les bulldozers pour m'en aller. Nous habitions une grande maison à six, avec mes deux filles et leurs maris. Les autorités ne nous ont attribué que deux appartements de 65 m2, qu'ils ont donnés à mes filles. Nous avons été floués. Ma femme et moi aurions dû avoir un troisième appartement, pour y habiter. Lorsque je suis allé protester au bureau des démolitions, les fonctionnaires m'ont chassé en me disant d'aller habiter chez mes filles. Ils se sont tout simplement empochés notre appartement. Ce sont des corrompus.»

Selon un accord passé avec les autorités locales, 30 m2 sont alloués par membre d'une famille de paysans. Avec les indemnisations perçues pour la saisie de leurs maisons et de leurs terres, ils peuvent acheter ces surfaces, généralement réparties en plusieurs appartements, à un tarif préférentiel dans les tours construites pour les paysans déplacés. De nombreuses familles s'entassent dans un seul appartement, pour en louer un autre afin de compléter leurs faibles revenus.

Un berger guide son troupeau dans les faubourgs de Pékin. Les autorités des grandes villes multiplient les démarches pour «rééduquer» les paysans fraîchement urbanisés qui peinent à abandonner leurs traditions.
Un berger guide son troupeau dans les faubourgs de Pékin. Les autorités des grandes villes multiplient les démarches pour «rééduquer» les paysans fraîchement urbanisés qui peinent à abandonner leurs traditions. - Crédits photo : Justin Jin / Cosmos

Jusqu'en 1978 et l'ouverture économique menée par Deng Xiaoping, moins de 20 % de la population chinoise habitait les villes. Le Bureau national des statistiques chinois estime que 75 % de la population chinoise sera urbaine d'ici à 2034. Pour remplir ses objectifs, le gouvernement central a élaboré en 2014 un plan détaillant une nouvelle vision de la Chine moderne. Celle-ci prévoit la destruction des villages, la reconstruction de nouveaux logements dans des tours, comprenant aussi des bureaux et de nouvelles infrastructures. L'avenir de ce projet dantesque se joue à Chongqing, la plus grande mégapole du pays avec ses 34 millions d'habitants, un formidable laboratoire. Chaque année, cette cité, dont la population croît le plus rapidement en Chine, attire quelque 300 000 nouveaux habitants dans sa forêt de tours noyée dans un brouillard de pollution visqueux. Depuis 2014, une douzaine de villages ont déjà été rasés pour construire la cité de l'ouest dans le quartier de Shapingba, qui englobe la ville nouvelle de Xiyong.

Nichées entre des collines recouvertes de cultures en escalier, les tours neuves du quartier de Chenjiaqiao à Xiyong, cette nouvelle cité de l'ouest, située à la périphérie de Chongqing, sont censées agir comme un incubateur du «citoyen urbain modèle» chinois. Les villageois de Xian Lushan habitent une résidence aux bâtiments de couleur ocre et marron clair. Cinq kilomètres seulement séparent leur paisible village de la nouvelle cité. Un monde, en réalité. Une vie de ruralité, où le niveau de confort n'avait pas beaucoup évolué depuis le XIXe siècle, dans lequel ils vivaient sans argent ou presque, les sépare de ce nouvel univers consumériste de la Chine de demain. Un univers orwellien à la Big Brother.

Leur nouvelle résidence est criblée de caméras de surveillance et de haut-parleurs qui diffusent une litanie de consignes sur un rythme lancinant: «Paysans, soyez civilisés», «Ne vous garez pas devant les sorties des pompiers», «Aimez votre pays», «Aidez les pauvres», «Evitez la drogue».

Jamais de répit. Les messages s'enchaînent en boucle, à l'infini. Les rues où sont relogés les paysans sont tapissées de posters géants affichant les consignes du Parti communiste chinois. Chaque bande dessinée est accompagnée d'un message de propagande: «Interdit de construire sur les trottoirs», «Interdit d'élever des cochons et des canards dans les rues».

 Rien de plus normal pour notre chef de village anonyme, le seul à avoir accepté de nous parler en dépit de nos nombreuses requêtes auprès des autorités du district de Shapingba… Dans la Chine de Xi Jinping, où règne un climat de suspicion permanent à l'égard des étrangers soupçonnés de «corrompre» la société avec leurs «idées libérales», les fonctionnaires de province évitent tout contact avec les journalistes occidentaux. «Moi aussi, j'étais paysan avant de devenir chef de village, dit-il fièrement. Et je me suis adapté. C'est vrai, on ne peut pas changer d'un coup les habitudes des paysans. Mais on ne peut pas se comporter en ville comme au village. Les haut-parleurs rappellent aussi aux nouveaux citoyens d'éteindre le gaz et les lumières le soir. Si un feu se déclare, ce n'est pas une ferme qui brûlera mais une tour entière. C'est pourquoi il faut rééduquer ces nouveaux citadins.»

«Nous vivons comme les gens à la télévision dans notre nouvel appartement. Au village, il y avait de la boue partout et on se salissait. Il fallait aller puiser de l'eau et la porter. Ici, il y a l'eau courante, le gaz pour faire la cuisine et des toilettes»

Une habitante de Chenjiaqiao

Changer de comportement, s'adapter à la vie moderne n'a pas été sans difficulté pour ces villageois qui se chauffaient, faisaient la cuisine et leur toilette à l'aide de réchauds à charbon, et vivaient sans sanitaires ni eau courante. Seul lien avec le monde moderne, quelques ampoules et une télévision raccordées à l'électricité. «Nous avons beaucoup amélioré l'existence des paysans, même si le chemin est encore long pour rattraper le niveau de vie des pays développés. On a offert la sécurité sociale et des pensions pour les retraités. À partir de 60 ans, les hommes touchent 1 000 yuans par mois. Les femmes, dès 55 ans. Chez les jeunes, chacun doit faire un effort pour trouver du boulot. Il y a beaucoup de nouvelles opportunités. Il suffit de se retrousser les manches», se félicite le fonctionnaire local. Arrachés à leur terre, les paysans s'adaptent à leur nouvel environnement avec ce sens chinois pour l'improvisation et l'appropriation des zones grises laissées par le rouleau compresseur du pouvoir. Partout entre les tours et les projets de développement immobilier ont fleuri des cultures provisoires. La future gare, ultramoderne, est une colline où les paysans font pousser maïs, patates douces, haricots, choux, gingembre. La colline sera arasée d'ici peu. Des cultures s'étendent face aux gratte-ciel du géant de l'immobilier Wanda, sur des terrains déjà préemptés pour d'autres projets de développement.

Dans le hall d'entrée de la tour n° 7, habitée par des villageois de Xian Lushan, un groupe de quatre femmes joue de l'argent aux cartes. Les murs sont tapissés par les posters de consignes de la «convention de l'immeuble», sous forme de bande dessinée: «Ne pas cracher partout», «Ne pas jeter les détritus n'importe où», «Ne pas lancer les ordures ou des objets par les fenêtres des tours»… «Au village, nous cultivions du riz en terrasses, manuellement, lance Mme Zhang, une ancienne paysanne vêtue d'une robe à fleurs usée. Le labeur était très dur. Notre vie dépendait du ciel. S'il ne pleuvait pas, ce n'était pas bon. S'il pleuvait trop, c'était pareil. Maintenant nous sommes à la retraite. On a du temps pour le repos et les loisirs.»


Un villageois au visage buriné par le travail en plein air et l'alcool fait irruption dans le hall au guidon de sa mobylette pétaradante et fumante, provoquant des hurlements de protestation. Une caisse de bière chargée sur le porte-bagages, torse nu, il appuie sur le bouton de l'ascenseur, sous des volées d'injures. «J'ai tout perdu, rétorque-t-il en direction des joueuses. Avant, je me garais dans la ferme. On ne m'enlèvera pas le droit de me garer devant chez moi.» Le calme revient dès qu'il disparaît dans l'ascenseur. «Celui-là, on a l'habitude. C'est tous les jours pareil», commente Mme Zhang en distribuant les cartes.

Au village, elle élevait aussi des porcs et des poulets pour nourrir sa famille et arrondir les fins de mois. Désormais, elle habite un appartement de 45 m2. «Je n'ai plus besoin de m'échiner dans les rizières. J'ai beaucoup de temps pour m'amuser et je touche la retraite», se réjouit-elle. Un paysan «mal rééduqué» tente de s'infiltrer vers l'ascenseur traînant derrière lui un porc, qui avance en poussant des grouinements stridents, provocant une nouvelle bronca. Cette fois c'en est trop. Les femmes passent la tête à l'extérieur pour appeler un garde de la résidence, qui accourt aussitôt. «Sortez d'ici avec cette bête. C'est interdit», ordonne-t-il, épaulé par trois autres résidents pour repousser le récalcitrant. L'éleveur contrarié repartira furibond au volant de son touk-touk.

A l'extérieur, un jeune couple promène ses enfants âgés de 2 et 6 ans, autour du parc à jeux, l'air radieux. «Nous habitons ici depuis quatre mois, raconte la jeune mère âgée de 26 ans. Mon mari travaille et gagne 1 800 yuans par mois (230 euros). Et moi je gagne 1 500 yuans. Nous vivons comme les gens à la télévision dans notre nouvel appartement. Au village, il y avait de la boue partout et on se salissait. Il fallait aller puiser de l'eau et la porter. Ici il y a l'eau courante, le gaz pour faire la cuisine et des toilettes.» Les «nouveaux citoyens» urbanisés sont loin de tous partager cet enthousiasme. Un attroupement s'est formé devant le bâtiment 7. Des résidents brandissent une pétition. Ils se plaignent d'avoir été floués par les fonctionnaires locaux lors du calcul des compensations et lors de l'attribution des logements. «Comme nous refusions de signer l'accord de compensation parce qu'ils nous avaient lésés sur les indemnités, les fonctionnaires locaux nous ont répondu que ça ne changeait rien, raconte Huaying, une quarantenaire. Mon frère a été emprisonné comme tous ceux qui protestaient. Un jour, ils sont venus avec des pelleteuses pour raser la maison. Ils ont prévenu la veille au soir. Mon frère à 49 ans. Il ne trouve pas de travail et doit nourrir sa famille. J'ai pitié de lui, mais je n'ai pas les moyens de l'aider financièrement.» M. Li, 50 ans, trépigne. «Le logement est très bien. Mais à quoi bon avoir un logement si on n'a pas de quoi se nourrir? Si je n'ai pas de boulot, j'ai du souci à me faire», s'agace-t-il. Trop jeune pour toucher une retraite, il affirme être trop âgé pour trouver un travail. «Pour mes enfants, c'est la même chose, poursuit-il. A la campagne, ils n'avaient pas accès aux bonnes écoles. Leur niveau d'études est insuffisant. Ils n'ont accès qu'aux petits boulots sous-payés.»

«L'urbanisation creuse les inégalités et les paysans sont les grands sacrifiés. Ils sont victimes de l'urbanisation parce que les gouvernements locaux se focalisent plus sur la captation de leurs terres, source de profits rapides, que sur les intérêts des paysans»

Hu Xingdou, économiste

Pourvoir des emplois rémunérés régulièrement est un enjeu essentiel pour le gouvernement central chinois, afin de transformer les paysans en consommateurs et de réorienter l'économie du pays vers une croissance plus durable. «L'urbanisation est un processus inévitable dans le développement économique de la Chine, qui s'inscrit dans la marche pour l'industrialisation et la modernisation du pays, explique l'économiste Hu Xingdou. Mais elle creuse les inégalités et les paysans sont les grands sacrifiés. Ils sont victimes de l'urbanisation parce que les gouvernements locaux se focalisent plus sur la captation de leurs terres, source de profits rapides, que sur les intérêts des paysans.»

Pour le nouvel empereur rouge, Xi Jinping, et son entourage retranchés derrière les murs rouges de Zhongnanhai, la nouvelle Cité Interdite à Pékin, c'est un mal inévitable. Le prix à payer pour donner corps au rêve chinois de hisser le pays au niveau de développement des grandes puissances. La République populaire entend accomplir en une ou deux décennies ce que les pays industrialisés modernes ont mis plus d'un siècle à réaliser. Mais, pour éviter un afflux dans les plus grandes villes de Chine déjà surpeuplées, un système de permis reste en vigueur. Le hukou, le permis de résidence qui fait office de passeport intérieur, continue d'agir comme une barrière limitant la mobilité. Dépourvus de «hukou urbain», les migrants des campagnes sont la plupart du temps privés d'accès aux soins médicaux gratuits, d'inscription dans les écoles publiques et aux avantages sociaux. Le nouveau système leur permet d'obtenir un «hukou urbain» à condition d'abandonner les droits sur la terre en échange d'une compensation.

- Crédits photo : Justin Jin / Cosmos

Les grues, qui font jaillir de nouvelles tours de béton et de verre, se comptent par centaines le long de l'autoroute menant de Xiyong à Chongqing. Débarqués de leurs campagnes, la plupart des paysans n'avaient jamais vu un gratte-ciel. En quelques semaines, ils sont propulsés aux sommets de ces immeubles vertigineux mesurant 300 mètres, d'où ils descendent en rappel avec une simple corde, pour nettoyer les façades de verre. D'autres, tout droits sortis du Moyen Age, charrient des marchandises depuis le port vers les hauteurs de la ville à dos d'homme, équipés d'une simple perche de bambou. Malgré la démesure et les inégalités criantes, Chongqing est citée en exemple par le pouvoir, en raison de sa croissance record supérieure à la moyenne nationale. Elle est l'incarnation de la fureur de l'urbanisation chinoise.

Napoléon III ... Le second Empire s'oublie dans la fête .....

......….. … Extrait de la revue promotionnelle Histoire et civilisation, publié par Le Monde et reçu 20 août 2017…

 

 hcq ..ai découvert à cette occasion ...

.... Y AI VU EN PARTICULIER :

http://www.panoramadelart.com/belisaire-david

http://www.panoramadelart.com/lagrenee-le-jeune-service-de-la-manufacture-de-sevres-pour-la-laiterie-de-rambouillet  >>>>> à l'intention de Danny ....

...à vous d'explorer ce expressions du POUVOIR  ...de la VOLONTE DE PUISSANCE et de son pendant la servitude volontaire  ... sinon le COUPLE ... éclate  ....

 

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Peggy Guggenheim, la collectionneuse

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...............est un documentaire qui s’adresse avant tout au public curieux de l’Histoire de l’Art du XXème siècle, et particulièrement des années 1920 à 1960. Il peut intéresser plus largement les amateurs d’Histoire à travers le portrait, pour le moins très complaisant, d’une célèbre mécène. Elle est issue, par son père et sa mère, de très riches familles juives des Etats-Unis. Elle a perdu son père dans le naufrage du Titanic. Sa famille a compris de nombreux excentriques, est-il détaillé en une introduction amusante. En fait, Peggy Guggenheim n’était pas si riche, et même relativement pauvre comparée à ses oncles et cousins. Si elle a pu acheter massivement à Paris, puis Londres et enfin New-York des années 1920 à 1940 des peintres dont les cotes atteignent aujourd’hui des sommets, de Braque ou Picasso (pour les plus connus) à Pollock, c’est qu’ils étaient à cette époque souvent très peu chers. La crise des années 1930 a même particulièrement frappé les cotes de l’avant-garde des années 1910-1920, déjà datée par la force des choses, dont le cubisme. Ainsi, Peggy Guggenheim a probablement réalisé d’excellentes affaires à terme…Quand elle clame avoir dilapidé sa « maigre » fortune par pur amour de l’Art et des artistes, elle se garde bien de donner trop de précisions…
 

Peggy Guggenheim, la collectionneuse : intéressant historiquement, mais à voir avec l’esprit le plus critique

 
Le documentaire, qui organise sous forme de film un entretien de la fin des années 1970, en reste malheureusement, et c’est sa grande faiblesse, à la surface des choses. Aucune question, aucun commentaire critique ne viennent perturber la construction de sa propre légende par Peggy Guggenheim elle-même. Faut-il toujours la croire ? Elle se vante d’avoir toujours connu bibliquement tous ses artistes, sauf Pollock – trop ivre -, d’avoir donc cumulé des centaines d’amants, et subi une dizaine d’avortements ; et ce sans le moindre remords, au contraire. C’est tout de même d’un goût douteux et moralement gênant. En outre, de façon peu surprenante, elle avoue ne pas avoir du tout élevé son fils et fort mal sa fille, instable et suicidaire à l’âge adulte. Elle a aimé ses enfants à sa manière, nul doute, mais elle a été gravement négligente dans ses devoirs maternels. Mais il est certain qu’elle a fait preuve d’un génie publicitaire constant, en s’imposant au cœur de la chronique artistico-mondaine des années 1920 à 1960, de Paris à Venise.
 
Enfin, il n’est pas du tout certain qu’elle ait rendu service à l’Art, sinon l’humanité, en lançant la peinture contemporaine, y compris, voire surtout, dans les années 1940-50, la peinture abstraite jusque-là confidentielle. Peggy Guggenheim, la collectionneuse reste toujours intéressant historiquement, mais ce film hagiographique, pour un personnage certes de premier plan mais fort discutable, est à voir avec l’esprit le plus critique.
 

Hector JOVIEN

 

l' autre version : Une femme à l’avant-garde de son siècle

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Gravé sur des façades emblématiques, le nom « Guggenheim » a toujours été indissociable de l’Art contemporain. Mais outre New York et Bilbao, Venise accueille la plus prestigieuse de ses collections, celle créée durant près de 60 ans par Peggy Guggenheim, la nièce de Salomon. Cette femme curieuse et passionnée s’est forgé au fil de ses rencontres un instinct aiguisé pour acquérir et exposer les œuvres artistiques les plus charismatiques du XXe siècle. Sa plus grande fierté : avoir révélé Jackson Pollock, Alexander Calder, Max Ernst… même si ce dernier eut une attitude des plus odieuses avec elle.

Mais plus qu’un instinct, Peggy Guggenheim est avant tout une femme qui a su vivre libre avec son époque. Sa collection n’est que la partie immergée d’une très grande intelligence d’esprit. Curieuse et passionnée, elle échange dès son plus jeune âge avec les plus grands visionnaires de sa génération comme Marcel Duchamp ou André Breton. Une sphère artistique dont elle deviendra vite un pilier indispensable, malgré les guerres et les exils. Admirée par beaucoup, insultée par d’autres, Peggy Guggenheim vit sa vie guidée par ses désirs, comme le font tous ses amis masculins.

Pour évoquer cette femme si charismatique et si simple à la fois, Lisa Immordino Vreeland a recueilli une foisonnante bibliothèque d’images et de témoignages. Habilement composé et graphiquement réussi, son documentaire se construit autour de ce précieux entretien que Peggy Guggenheim a accordé à sa biographe quelques mois avant de mourir. Les images d’une époque riche de découvertes défilent, portées par la voix rauque d’une femme d’une profonde humilité. Consciente d’avoir accompli une destinée hors du commun, elle n’a qu’un seul regret, celui que sa jeunesse n'ait pu durer plus longtemps pour pouvoir avoir encore plus d’amants !

 

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Macron : " «Force est d'observer qu'après la phase de séduction indissociable de la conquête du pouvoir, le jeune président a modifié du tout au tout son rapport aux médias», déclare Arnaud Benedetti. ..

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Par Arnaud Benedetti
Mis à jour le 16/08/2017 à 17h38 | Publié le 16/08/2017 à 16h39

TRIBUNE - Emmanuel Macron a porté plainte contre un paparazzi. Le spécialiste de la communication, Arnaud Benedetti analyse le revirement du président, qui, après s'être appuyé sur les journaux people, privilégie désormais ses propres canaux de communication.

Les vacances de M. Macron avaient pourtant bien commencé. Le choix de Marseille, grande ville populaire, ancrait le jeune président dans cette France réelle dont certains le soupçonnent d'être éloigné. L'annonce par une simple photo du couple suffisait à souligner de manière discrète les congés présidentiels.

La communication présidentielle semblait avoir trouvé en cette mi-août un juste équilibre entre la nécessité de répondre à la curiosité naturelle des médias et le respect indispensable de la vie privée. Mais l'insistance d'un paparazzi en ce week-end prolongé à vouloir disposer de clichés exclusifs à l'intérieur de la villégiature du chef de l'État a manifestement rompu la tranquillité du récit délivré par la com' élyséenne. Le président a décidé de porter plainte contre le photographe trop pressant pour «harcèlement» et «tentative d'atteinte à la vie privée», rompant avec une tradition présidentielle qui s'était gardée depuis de nombreuses années de poursuivre un quelconque organe de presse. Il y a bien un droit inextinguible du couple présidentiel à se protéger et à se préserver.

Le choix des armes, à la guerre comme en communication, implique en conséquence une certaine cohérence

Pour autant, dans un temps d'hypercommunication que le chef de l'État ne manque jamais d'alimenter au gré d'une écriture médiatiquement calculée, la mémoire récente frappe à la porte des opinions. Nul n'oublie que la genèse médiatique du jeune Macron a commencé par la scénarisation parfois ostentatoire de sa vie privée. Les couvertures des magazines people ont égrené sur un mode glamour le début d'une incroyable saga politique. C'est via cette presse populaire qu'Emmanuel Macron est d'abord allé conquérir, non sans culot, le très grand public. Le choix des armes, à la guerre comme en communication, implique en conséquence une certaine cohérence. Qu'on éloigne un photographe importun est après tout légitimement compréhensible ; rajouter la plainte à la mise à distance, c'est prendre un double risque: celui de trahir une absence de magnanimité par excès d'autorité et de contredire, avec une certaine forme d'ingratitude, une posture initiale qui s'était appuyée sans réserve sur les médias people. Qui a oublié les images du couple Macron se promenant sur une plage? C'était en 2016… Il y a un siècle pour le nouveau président sans doute, mais un an seulement pour les Français. La distance qu'il revendique depuis qu'il est «jupitérien» catapulte dans les arrière-cours d'une histoire désormais lointaine et révolue la légende du jeune prince alors ami de tous les médias.

L'écosystème des Marcheurs

«L'homme qui s'élève s'isole», écrivait non sans justesse Rivarol. Force est d'observer qu'après la phase de séduction indissociable de la conquête du pouvoir, le jeune président a modifié du tout au tout son rapport aux médias. À l'inverse de ses prédécesseurs et à rebours de sa campagne, il prend désormais le parti de nous raconter une histoire prolixe en images et économe en paroles. Mieux: il évite toutes ces zones de risques que constitue la confrontation directe avec les journalistes, privilégiant des expressions publiques solennelles, encadrées et sans retour de questions. C'est au demeurant tout l'écosystème des Marcheurs qui veut contourner la presse par une relation désintermédiée avec l'opinion. En juillet, La République en marche annonçait vouloir disposer de son propre média et, à la rentrée, Emmanuel Macron pourrait de son côté multiplier le lien direct avec ses concitoyens à travers l'utilisation du Facebook Live.

Ainsi assistons-nous quelques semaines après son entrée en fonction à une révolution copernicienne de la stratégie de communication du président de la République.

Plus que jamais le modèle est anglo-saxon : fausse improvisation, fausse fuite, mais vrai professionnalisme à l'américaine

Celle-ci à l'assaut du pouvoir s'était fondée sur ce que le sociologue américain Paul Lazarsfeld appelait au milieu du siècle dernier «la communication à deux étages», dont la martingale suppose de s'appuyer sur des influenceurs pour conquérir l'opinion. Installé à l'Élysée, Emmanuel Macron opère un changement de paradigme en privilégiant un césarisme communicationnel dans sa relation avec le peuple. Désormais, le président par l'image et les réseaux privilégie ses propres canaux d'information pour s'adresser aux Français. La page de la promiscuité, voire de la spontanéité de ses deux derniers prédécesseurs avec la presse est désormais tournée. Le macronisme communique en direct, en live, produisant sans intermédiaires sa propre histoire, réhabilitant l'idée de la maîtrise après une décennie de flottement de la communication politique.

Plus que jamais le modèle est anglo-saxon: fausse improvisation, fausse fuite, mais vrai professionnalisme à l'américaine. La production Macron a tout de la série qui ne veut rien laisser au hasard. Elle vise à entretenir sa propre dramaturgie, loin de toutes les interprétations potentiellement biaisées et «malveillantes» des journalistes. Pour autant, s'économisant toujours plus tout contact un tant soit peu spontané avec les médias, la communication du chef de l'État tourne le dos sans nuances avec les pratiques communicantes de ce que fut le candidat dans son assomption ; elle tend à glisser subrepticement dans une solitude un tantinet hautaine ; elle brouille la sincérité de l'empathie, constante revendiquée de la marque Macron. Sans souci de constance, la communication se réduit à une succession de coups au risque de délivrer un récit erratique et illisible. La tentation est grande sans doute après un mois de juillet rendu chaotique suite à la crise avec le général de Villiers et les annonces anxiogènes liées à la baisse de l'APL de retrouver de la proximité à travers la scénarisation de l'intime. Le risque est néanmoins de surjouer et de produire un récit artificiel, non dénué de contradictions. Les sciences de la communication nous apprennent que le récepteur est souvent bien moins dupe que ne l'imagine, dans l'enthousiasme de son message, aussi souriant soit-il , l'émetteur…

S'affichant, vêtu du maillot de la Cité phocéenne, quelques heures après l'épisode du paparazzi sur le compte Twitter d'un joueur de l'OM, l'hôte de l'Élysée rajoute à la confusion. Les «discrètes» vacances de M. Macron sont désormais un objet absolument public. La com' a tout avalé. Les vacances du président sont aussi les nôtres! En avions-nous besoin?

* Professeur associé en histoire de la communication à Paris-Sorbonne, auteur de «La Fin de la com'» (Éditions du Cerf).

 

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Schopenhauer : Le Monde comme Volonté et comme Représentation

Selon Schopenhauer, le monde est volonté dans la mesure où toutes les idées sont une manifestation de la volonté. La volonté n’est pas une idée ou une représentation, mais une chose en soi. La volonté est la réalité sous-jacente du monde, dans l’objectif est que tous les phénomènes dépendent d’elle. Schopenhauer soutient que la volonté n’est jamais un objet pour un sujet, et qu’elle est donc objectivement en dehors du champ de la connaissance. La volonté est cette force qui pousse les individus à agir, qu’ils aient ou non des motifs rationnels. La volonté est donc une force autonome et contraignante. L’individu n’a conscience que de ses propres représentations et idées, et non de la volonté de la volonté. Ainsi, un individu n’est pas libre d’agir à sa guise, parce que tous ses actes sont régis par la nécessité. La volonté est l’être-en-soi du monde phénoménal, et n’est pas soumise au principe de raison suffisante ou à la nécessité. La volonté peut donc être irrationnelle. Puisqu’elle n’a ni origine ni but particulier. La volonté est indépendante du temps, de l’espace, de la pluralité, de la causalité, de la raison ou du motif.

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Nietzsche et la Volonté de Puissance

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Nietzsche : la démystification de l’idéal par la volonté de puissance

L’idéal, un éternel ailleurs, un éternel autrement que l’on érige comme concept, incarnation de l’Idée, comme monde intelligible. Il devient une projection de l’Etre, un au-delà sacralisé. Et Nietzsche part à la recherche de la « ténébreuse usine » qui fabrique les idéaux. Pour ce faire, il faut établir une typologie des sujets qui ont  imposé cette valorisation de l’idéal (religieux, moral…) pour parvenir à une démystification. Faire de la philosophie à coups de marteau pour se rendre compte que l’idéal sonne le creux et trouver le pathos qui enflamme l’idéal :

« J’étends posément les erreurs, l’une après l’autre sur la glace, je ne réfute pas l’idéal, je le congèle…ici par exemple c’est le « génie » qui se frigorifie, tournez au coin et c’est le « saint », le « héros » qui gèle sous une épaisse dentelle de glace, puis la « foi », enfin la « conviction » ».

L’illusion du je

Nietzsche dénonce une première illusion : nous croyons en l’idéal parce que nous croyons en l’unicité des choses et au « je » unique de la grammaire qui place le je comme sujet de la pensée. Mais les mots et la grammaire ne sont que des conventions. Cependant parce que le mot permet d’identifier et de comprendre le monde il finit par acquérir presque plus de valeur que le phénomène qu’il désigne. Le mot devient « magique ». L’homme finit par penser que le mot dépasse l’apparence immédiate de la chose en rendant compte de ce qu’elle nous dissimulerait (à savoir son essence). On finit alors par accorder plus de valeur à ce qui échappe à la perception sensible, aux sens, qu’au réel lui-même. La sacralisation passe donc effectivement nécessairement par une valorisation du verbe. Le travail de Nietzsche consiste, dès lors, à entreprendre une généalogie des valeurs afin de voir ce que ces valeurs dissimuleraient :

« Je prétends (…) que les valeurs de déclins, les valeurs nihilistes régissent sous les noms les plus sacrés ».

Le corps, plus spirituel que l’esprit

La réalité du corps est plus évidente et plus immédiate que celle de l’esprit : le corps est une réalité empirique. Le travail généalogique s’annonce donc comme une étude psycho-physique, psychologique parce que le vivant reste essentiellement constitué d’instincts et d’affects, physiologique car le corps est à la fois source et mode d’expression symptomatique de ces pulsions. Nietzsche renverse alors la hiérarchie traditionnelle entre le corps et la conscience, il place le corps comme premier et la conscience comme dérivative de ce dernier. Le corps apparait comme la matière première de tout étant. Vivants et non vivants sont des produits de la terre, produits du monde. Leur différence n’est plus essentielle, originelle mais une simple différence de traduction de leur activité pulsionnelle. Et la nature (Wesen) de tout ce qui est Nietzsche la nomme « volonté de puissance » c’est-à-dire force qui cherche son propre accroissement, la domination. Parce qu’elle est un réseau de forces en conflit les unes avec les autres, la volonté de puissance se caractérise par la multiplicité, la complexité, la fluidité. Elle est donc fondamentalement indéterminée, ce qui signifie qu’elle peut tout devenir, elle peut devenir tous les possibles quant à la forme qu’elle emprunte. De fait, tout est volonté de puissance, tout est un jeu entre des forces contradictoires et complémentaires.

Le jeu continuel des forces entre elles finit par révéler la victoire de certains groupes de forces sur d’autres. En ce sens, le pouvoir décisif semble revenir à la volonté de puissance car elle seule semble être l’élément « génétique » de la force, elle est force. Se déterminent alors des instincts dominants et des instincts dominés. Et le hasard du chaos entre les forces fait que la volonté de puissance se caractérise par une création continuelle. Elle crée par l’ivresse, par le pouvoir dionysiaque. Cependant, si le hasard permet à la volonté de puissance de se faire monde, existence, une autre condition semble nécessaire pour son accroissement : la présence de l’obstacle, de l’ennemi.

En effet, pour développer sa force, la volonté de puissance nécessite la rencontre d’une résistance sur laquelle elle peut s’exercer, se nourrir, se renforcer. Si à l’inverse, elle ne parvient pas à consommer l’obstacle, les forces réactives triomphent de celles actives. Débordées par les forces négatives, séparatrices, les forces actives entraineront une volonté de puissance qui interprétera le monde sous l’angle réactif. Et cette volonté de puissance réactive exprimera le triomphe des valeurs nihilistes. Au contraire de cela, la volonté de puissance sera dite « forte » lorsqu’en marquant la victoire des forces actives (sur celles réactives) elle pose des valeurs qui affirment la vie. Ainsi, tout jugement de valeur apparait comme un symptôme car suivant s’il exprime des valeurs qui affirment ou déprécient la vie, il exprime la qualité (ascendante ou déclinante) de la volonté de puissance qui le détermine : tout jugement devient alors une évaluation. Tout jugement devra donc être observé à la loupe parce qu’il est un symptôme de la volonté de puissance. Il faut donc découvrir ce qui se dissimule derrière chaque jugement et chaque interprétation.

L’affirmation de la vie

Le mot « interprétation » est équivoque car il signifie à la fois le texte de ce qui est et l’acte de celui qui lit ce qui est. En affirmant que l’homme est multiplicité de pulsions, d’instincts coexistants, Nietzsche rompt avec la conception classique du sujet défini comme substance. Déterminer les forces comme le sujet de toute interprétation revient à poser le corps et l’interprétation comme appartenant au même texte. Il n’existe pas de texte avant l’interprétation. L’interprétation n’intervient donc pas comme un accident qui affecterait l’essence de la volonté de puissance car elle n’est rien avant l’interprétation. Elle peut donc être considérée comme une résonance, un symptôme ancré en chaque individu. Dès lors toute évaluation sera interprétée comme symptôme d’une vie qui est affirmative ou nihiliste. Quel rapport au monde l’interprétation tragique de l’univers traduit-elle ? Prononce-t-elle un oui ou un non à la vie ?

Le chaos créatif

Nietzsche définit le monde par le chaos. Et le chaos présente deux aspects : un aspect négatif car la notion de chaos fait disparaitre toute idée de finalité, toute idée de Logos ; un aspect positif car le chaos désigne toutes les forces brutes de la nature en tant qu’elles sont des schématisations de la volonté de puissance. L’identité d’un étant (homme, animal…) n’est qu’une figure, un « masque », un mode particulier de la source fondamentale de toute existence : la volonté de puissance. Dans un monde aveugle (indifférent au bien et au mal), l’organique ne présente plus une supériorité ontologique sur le non vivant. Le monde, c’est tout ce qui existe, indifféremment :

« La vie n’est qu’un cas particulier de la volonté de puissance, rien de ce qui existe ne doit être supprimé, rien n’est superflu ».

Dans cette nature sans cohérence, sans guide, la vie ne peut se traduire que par la lutte, la guerre :

« Vivre, c’est essentiellement dépouiller, blesser, dominer ce qui est étranger et faible, l’opprimer, lui imposer durement sa propre forme, l’englober, et au moins, au mieux l’exploiter ».

Vivre consiste à oser, tester, lutter et interpréter comme « bon » ce qui renforce le corps que je suis et comme « mauvais » ce qui vient l’affaiblir. Et vivre, c’est interpréter le monde dans lequel je suis, interpréter un monde fait d’apparences et de devenir. Ce chaos, c’est l’Un  (la volonté de puissance) qui s’individualise dans et par la multiplicité des étants isolés. Eternel devenir, continuelle métamorphose, le monde est condamné à se faire, infiniment.

Le monde comme oeuvre tragique

Cependant, si l’univers est formes et illusions, il semble nécessaire de choisir entre les deux apparences majeures que sont l’art et le science. Or, « vivre l’apparence comme but », c’est nécessairement choisir celle qui crée le plus haut degré d’illusion, de fiction, donc celle qui demeure la plus fidèle à la vie : « L’univers comme œuvre d’art s’engendrant elle-même ». Selon Nietzsche, le monde ne semble être supportable que sous l’angle esthétique. Signifié par le chaos, par ce qui nait, disparait…le monde ne peut être régi que par un principe cosmique qui relève du tragique. Il est une œuvre d’art tragique, il peut être comparé à la tragédie grecque. Dès lors on constate que Nietzsche ne se sert pas du concept de l’être pour penser l’art mais fait appel à des catégories esthétiques pour donner son interprétation du monde. Le monde pourra s’identifier comme le lieu de la lutte entre des force antagonistes et néanmoins complémentaires, lutte entre force et forme, lutte entre Dionysos et Apollon. Si Apollon représente le dieu des formes, de la plastique, de la beauté et qu’il a la capacité de créer des images, Dionysos, quant à lui manifeste la force, la musique, le tumulte et l’ivresse. Cette union conflictuelle et fraternelle entre ces deux dieux aboutit à une force qui éclate la forme, à une forme qui encadre la force :

“Le fond originel dionysiaque ne cesse de jaillir dans l’apparence et trouve dans le phénomène de l’art la transfiguration de l’apparition dans le paraître”.

“Tout mal est justifié du moment qu’un Dieu est édifié à sons spectacle”. L’homme grec est donc né pour le tragique et voit dans le jeu terrible entre Dionysos et Apollon, l’ivresse faire exploser la forme en des étants multiples, morcelés et il sent cette tragique union entre la surabondance de puissance et la plasticité de la forme. Cette réconciliation entre la force et la beauté plastique conduit à l’union non moins tragique entre l’homme grec et la nature qui se réalise par des fêtes dionysiaques que le grec vit comme une consolation. Lui qui semble « le plus apte à la souffrance, la plus subtile et la plus grave » constate que seul l’art peut le sauver, que seule une vision esthétique du monde, de l’existence, permet de supporter la douleur d’être : « L’art le sauve, mais par l’art, c’est la vie qui le sauve à son profit ».

Ainsi, l’homme présocratique admet le monde comme le théâtre du tragique. Il sait que tout est devenir, que tout passe inexorablement. Il affirme donc avec force le chaos de la vie, si la vie rit de nous alors rions d’elle. Si l’univers est un jeu, si seule la vision esthétique du monde rend ce dernier supportable, alors la tragédie grecque semble s’imposer comme l’expression la plus forte du oui prononcé au cosmos. Mais Socrate pointe à l’horizon et la tragédie grecque semble condamnée au suicide au profit de la Raison et de la logique.

 

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Sandrine Guignard