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ARTICLES

  • 9) .... Ceux qui regardent encore la mort en face ............«Pour que le XIXe siècle soit possible, pour qu'il puisse naître il a donc fallu et peut-être suffi que le voisinage innocents-macchabées, cette mitoyenneté insupportable, apparaisse brusquement comme abominable.» Depuis, le «recul de la mort», selon la formule du sociologue Paul Yonnet, n'a cessé de progresser. Chassée des cités dans un élan hygiéniste et puritain, elle ne ressurgit dans nos quotidiens modernes qu'à l'occasion des attentats terroristes qui viennent éclabousser de sang le trottoir de nos villes ..................
  • 8) ....Les MARQUISES ... de Jacques Brel ...... PHOTOS ... la modernité face à l'organique .........série de 12 photos  .....l'archipel du Pacifique Sud où les alizés, la houle, les rites et les rires dominent, aujourd'hui encore, la nature et le temps.........................
  • 7) .... UN entre-deux dont l’Amérique est préservée ..... l’heure des adieux, m’ont fait comprendre le vrai drame de l’émigration..... du DOPPELGÄNGER ...... ( hcq : de l'Homme à double voies ou Institution temporelle à double voie et voix ...)
  • 6) .... Des rayons cosmiques venus d'ailleurs ..................Des observations montrent que les événements les plus énergétiques ne proviennent pas de notre galaxie.Les rayons cosmiques de très haute énergie qui bombardent notre planète sont connus depuis plusieurs décennies, mais leur origine et les mécanismes capables de les accélérer à des vitesses aussi grandes sont un des mystères les plus intrigants de la physique moderne.............
  • 5) ... Sacralités européennes : Sources, fontaines, christianisme et chansons ...............L’association de la source et de la grotte est particulièrement évocatrice du ventre de la Terre mère, producteur d’eau sacrée aux milles vertus ; ainsi fut-elle chaque fois, dans toute l’Europe , retenue pour définir des sanctuaires privilégiés. .......................
  • 4) .....Emmanuel Macron : la fin de l'état de grâce ? ..........«C'est le politique qui gouverne. Ce n'est pas l'administration, fût-elle militaire»...............
  • 3) ..... CONFIANCE .....Texte repris de la page Facebook du général de Villiers
  • 2) ..... Passe d'armes Macron/Villiers : n'est pas De Gaulle qui veut ! ............;. Cette vérité est en soi une vérité de communication (hcq ....organique ........), celle qui fait c ..hair et sens dans le rapport d'un peuple avec ceux dont le contrat peut conduire jusqu'au sacrifice suprême ............
  • 1) .....*** Général d'armée Pierre de Villiers : «Soyons fiers de nos armées françaises» .....

    La fraternité, enfin, ce que nous, militaires, appelons esprit de corps, esprit d'équipage ou fraternité d'armes. Dépassant l'individualisme, elle se construit, patiemment, sur les joies partagées et, surtout, sur les épreuves surmontées ensemble. Rien ne résiste à sa force et à son assurance. C'est, probablement, ce que beaucoup de nos compatriotes ressentent au passage du drapeau qui précède les troupes. Un emblème tissé du fil des épreuves et des ambitions de la Nation. C'est ce qu'il représente que nous saluerons. C'est devant ce qu'il signifie que nous nous inclinerons.................

  • wiki) ..... Architecture organique ...Architecture organique ...« Alors je me tiens devant vous prêchant l'architecture organique : déclarant que l'architecture organique devrait être l'idéal moderne, et son enseignement tellement nécessaire si nous voulons voir la vie en entier, et à partir de maintenant servir la vie dans son intégralité, ........

CORRELATS

........... de l'hcq .............

 

  • hcq .... ....Nul ne peut servir deux maîtres ....« L'homme ne cherche plus la conservation pour avoir part au divin, mais il aime Dieu parce qu'il est la condition de sa conservation. »...Dieu devient aimable parce qu'il apporte quelque chose à l'individu. L'homme se met au centre : il ne se rapporte plus à Dieu, mais c'est Dieu qui est rapporté à l'homme.  ... mise en évidence de pistes pour un dépassement inclusif de la modernité. Cette dernière doit résoudre ses contradictions et pour cela elle a le choix entre le chaos ou la conversion intérieure des individus et des sociétés.
  • hcq : .... le Tryptique " l'homenrond-l'homentranches-l'homocoques" panoramique de base des visions du monde de l'homocoques ...>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
  • hcq : .... La relation trinitaire du couple ....   Les époux sont les coopérateurs de l'amour de Dieu dans l'histoire humaine.
  • le "Je, Nous, Â ....>...  Ajenous "...reflet de le Sainte Trinité  .......... Ai trouvé par hasard ce texte qui donne une vision très proche  de celle de homocoques ... Il m'est toujours apparu que même l'architecture des Eglises orthodoxes reflétaient cette structure en coques ...en poupées russes ...

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REDEKER et YONNET ..........Ceux qui regardent encore la mort en face ....

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Avec L'Éclipse de la mort et Zone de mort, Robert Redeker et Paul Yonnet nous remettent à table avec la Grande Faucheuse à une époque où l'humanité repousse la mort, tout en voulant la désacraliser.

DansLe XIXe siècle à travers les âges, l'écrivain Philippe Muray émet une hypothèse originale: selon lui, la modernité débute en 1786 à Paris, lorsqu'on décide de détruire le cimetière des Innocents, situé à l'emplacement actuel des Halles. Ce véritable charnier en plein air, où se côtoyaient cadavres et passants, fut fermé pour des raisons sanitaires, et les ossements déplacés dans les Catacombes.

 «On meurt toujours bien sûr, mais on n'y pense plus»

«Pour que le XIXe siècle soit possible, pour qu'il puisse naître il a donc fallu et peut-être suffi que le voisinage innocents-macchabées, cette mitoyenneté insupportable, apparaisse brusquement comme abominable.» Depuis, le «recul de la mort», selon la formule du sociologue Paul Yonnet, n'a cessé de progresser. Chassée des cités dans un élan hygiéniste et puritain, elle ne ressurgit dans nos quotidiens modernes qu'à l'occasion des attentats terroristes qui viennent éclabousser de sang le trottoir de nos villes. À une époque qui cache ses cadavres qu'elle ne saurait voir, deux livres viennent nous remettre à table avec la Grande Faucheuse: L'Éclipse de la mort, de Robert Redeker, et Zone de mort, de Paul Yonnet.

Dans son essai stimulant, le philosophe nous emmène sur ces chemins que nous ne voulons plus prendre, qui mènent à l'Hadès ou aux chambres mortuaires. Accompagné des plus grands auteurs (Épictète, Bossuet, Chateaubriand, de Maistre), avec une tendresse particulière pour les mystiques Thérèse de Lisieux et Thérèse d'Avila, Redeker raconte les étapes d'une occultation inédite dans l'histoire de la pensée: «On meurt toujours bien sûr, mais on n'y pense plus.»

L'Éclipse de la mort de Robert RedekerDesclée de Brouwer, 214 p., 18 €.
L'Éclipse de la mort de Robert RedekerDesclée de Brouwer, 214 p., 18 €.

Il décortique notre époque paradoxale, où l'on fabrique dans les laboratoires de la Silicon Valley une immortalité technologique à grands renforts de prothèses, mais où l'on réclame dans nos Parlements l'autorisation du suicide assisté, où un Occidental peut atteindre la cinquantaine sans avoir vu de ses yeux un macchabée mais où un enfant de 10 ans assiste à des dizaines de meurtres par jour sur écran. Du succès grandissant de la crémation au déclin de la mort héroïque, il nous raconte une humanité qui repousse et occulte la mort, tout en voulant la désacraliser, la galvauder, en faire un «droit» comme les autres.

C'est que l'individu contemporain aux désirs illimités voudrait le beurre et l'argent du beurre, le salut ante mortem, la vie éternelle et la 4G dans le cercueil. Il a perdu son âme et ne songe plus, selon le mot de Bernanos, qu'à «sauver sa peau». Avec une nouvelle formule euphémisante, caractéristique de notre veulerie: comme le remarque Redeker, on ne dit plus «il est mort», mais «il est parti».

Récit posthume d'une agonie

Paul Yonnet, lui, n'est pas parti. Celui qui fut l'un des plus grands sociologues français, auteur du célèbre Voyage au centre du malaise français, est bien mort le 19 août 2011 des suites d'une longue maladie. Zone de mort est le récit posthume de son agonie. Dans ces pages fiévreuses, à l'accent célinien, le sociologue nous emmène avec lui dans sa passion. Il raconte ses douleurs et ses soins, les misérables remarques de ses compagnons de chambrée, la mesquinerie du personnel soignant, ses souvenirs qui affluent aux réveils de réanimations, les livres qu'il lit sur son lit d'hôpital.

Le Stlinox prescrit par les infirmières pour avoir la paix toute la nuit. Yonnet refuse les drogues, tout ce qui pourrait créer un obstacle entre lui et la mort, «les comportements récréatifs, liés à la paresse d'exister». Comme l'écrit son ami Jean-Pierre Le Goff dans la préface qu'il donne à son livre, «ce texte est un coup de poing contre le nouveau monde aseptisé, l'envers du décor de l'optimisme enjoué des bien-pensants de la postmodernité et des partisans doucereux du suicide assisté». «Nous voilà incapables de soutenir le regard de l'agonie», écrit Redeker.

Zone de mort de Paul YonnetStock, 194 p., 18 €.
Zone de mort de Paul YonnetStock, 194 p., 18 €.

Tel le loup dans le poème de Vigny qu'il cite longuement à la fin de son livre, Yonnet, cloué à son lit par la maladie, regarde la mort en face: «Gémir, pleurer, prier est également lâche / Fais énergiquement ta longue et lourde tâche / Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler / Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.» À une époque de gémissement et d'exhibition universelle, Redeker et Yonnet nous invitent à retrouver le souci du tragique et la vertu du courage.

Pourquoi? Ne vivions-nous pas mieux dans l'ignorance? Le déni a ses conforts. Yonnet fit inscrire sur sa tombe cette épitaphe: Gaudium veritatis, «la joie de la vérité». La mort est cet instant où se dévoile la vérité de l'existence, l'ombre qui donne du prix à la lumière, la fin qui empêche à la vie d'être une succession du même. «La tombe est le point de départ de l'humanité.» «Tout cadavre est semence, tout linceul berceau. Toute larme de deuil liquide amniotique, océan salé d'où la vie émerge», écrit Redeker.

Philosopher, c'est apprendre à mourir, disait Montaigne. Oublier qu'on meurt, c'est désapprendre à vivre. Telle est la leçon, capitale et poignante, que nous offrent ces deux professeurs.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 18/09/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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Les MARQUISES ... de Jacques Brel ...... PHOTOS ... modernité/organique .....

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pour accéder à la séries des 12 photos..

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EN IMAGES - En novembre 1977, Jacques Brel signe son dernier album, Les Marquises. Un hymne à l'archipel du Pacifique Sud où les alizés, la houle, les rites et les rires dominent, aujourd'hui encore, la nature et le temps.

Un yawl noir, l'Askoy, pénètre dans la baie de Takauku, aux Marquises. A la barre de ce bateau de 18,66 mètres et 40 tonnes, Jacques Brel vient de traverser le Pacifique en cinquante-neuf jours et, ce 19 novembre 1975, jette l'ancre à Hiva Oa. Incognito. «Nous restons ici, lance-t-il à Maddly Bamy, sa compagne. Le pays est beau, les gens agréables et, Dieu merci, ils ne me connaissent pas.»

A 1500 kilomètres au nord-est de Tahiti, Hiva Oa demeure une île perdue au milieu des mers du Sud. Une terre exotique et envoûtante où hommes, femmes et enfants nés sous le plus beau des cieux vivent à la lisière de deux mondes, en Polynésie française, mais dans l'archipel le plus éloigné de tout continent. «Jacques avait envie de voyager. Peut-être de faire un tour du monde en trois ans, pour calmer sa douleur, refermer sa blessure, confie France Brel, sa fille.

En compétition officielle au Festival de Cannes 1973, la critique avait assassinéLe Far West, son deuxième film.»Jacques Brel avait donc largué les amarres pour vaincre un échec. Mais l'aventure s'était interrompue aux Açores puis aux Canaries. Son meilleur ami, Georges Pasquier, dit «Jojo» venait de mourir, et on lui diagnostiquait une tumeur au poumon. «Jacques repart pour une unique raison: se sentir en mouvement, donc vivant. Sans se poser d'autres questions. Vivre le présent intensément, passionnément.» «Les pirogues s'en vont/Les pirogues s'en viennent/Et mes souvenirs deviennent/Ce que les vieux en font/Veux-tu que je dise/Gémir n'est pas de mise/Aux Marquises», écrit-il dans la dernière chanson de son ultime album…

es Marquises, 12 îles dont 6 habitées par 8000 personnes et séparées par un chenal d'une centaine de kilomètres. Au nord: Nuku Hiva, Ua Huka et Ua Pou. Au sud: Hiva Oa, Tahuata et Fatu Hiva. Sur chacune, des cimes enfouies dans les nuages, des vallées et des caldeiras entremêlées, des forêts impénétrables, une myriade de cascades, des falaises vertigineuses, un océan qui se déchire. De la petite maison que Jacques Brel occupait à Atuona, le village principal d'Hiva Oa, il ne reste rien, si ce n'est un foisonnement d'hibiscus, de frangipaniers et de bananiers. «A une vingtaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, l'air était plus respirable et la vue illimitée sur le village, la baie des Traîtres et l'îlot Hanakéé, rappelle Guy Rauzy, maire de l'époque et compagnon de la première heure. Pour agrémenter son quotidien, Jacques Brel avait installé une piscine hors-sol et un synthétiseur.»

Sur l'île de Nuku Hiva, d'imposants pitons de basalte dominent la baie de Hatiheu.
Sur l'île de Nuku Hiva, d'imposants pitons de basalte dominent la baie de Hatiheu. - Crédits photo : ERIC MARTIN

A Hiva Oa, le chanteur vit simplement, en liberté, loin du vedettariat et de son spectre. A l'image des Marquisiens qui, aujourd'hui encore, s'en remettent à la nature. «Nous pouvons nous désaltérer aux sources et nous rassasier des fruits de la mer et de la terre», sourient Renée et Serge Lecordier, mémoires vivantes de l'artiste. Le Pacifique regorge de langoustes, crabes, carangues, mahi-mahi, thazards, bonites. Les arbres ploient sous les bananes, pamplemousses, citrons verts, mangues, ramboutans, goyaves, papayes, noix de coco, fruits de l'arbre à pain. Le ciel virevolte dans le souffle des alizés ou s'étire dans la brise du large. Le soleil brûle et, l'instant d'après, une pluie diluvienne transforme une rivière en torrent, un sentier en bourbier. Le silence se réinstalle sans un tumulte. «Face aux éléments, nous sommes fatalistes et léthargiques, résume, le guide à Nuku Hiva. Nous savons jouir de l'instant au rythme langoureux des Tropiques.»

Les Marquisiens regardent l'horizon sans mot dire, discutent, dans leur langue, des animaux, des dieux, de l'amour, de la vie, de la mort et du destin. Ils sirotent de l'eau de coco, une citronnade, une bière tahitienne, un alcool d'outre-Manche, jouent à la pétanque, saisissent un ukulélé, ébauchent une danse. Les femmes, parées de robes à volants et de couronnes de tiaré, les hommes en chemisettes fleuries. Espiègles et facétieux, au tutoiement naturel et à l'hospitalité légendaire. «De ce point de vue, Jacques Brel n'était pas en reste», note sœur Noëlla, 92 ans, doyenne de la communauté de Saint-Joseph de Cluny installée à Hiva Oa en 1884. «Il aimait raconter des histoires, faire rire les sœurs et préparer des crêpes aux enfants. Pour le plaisir de faire plaisir. Un jour, il a proposé un baptême de l'air à sœur Elisabeth et à mère Rose, au-dessus de Tahuata pour embrasser toutes les Marquises, avec caviar et champagne à bord!»

Jacques Brel était «l'homme à l'avion» pour les Marquisiens. «Un Twin Bonanza équipé de moteurs flat-twin qui pétaradaient comme une Harley», s'amuse Serge Lecordier. Avec cet avion, Jacques Brel a acheminé le courrier à Ua Pou, ramené chez elles les pensionnaires du collège Sainte-Anne, effectué une évacuation sanitaire, gagné Tahiti et ses magasins de vivres savoureux et de vins d'exception, piloté pour le bonheur de voler. Entre le bleu pétrole du Pacifique, le vert émeraude des îles et l'infini du ciel. «Jacques voulait que la générosité soit de ce monde», explique France Brel. Quiconque marche sur ses pas suit le chemin d'un homme généreux.»

Danseurs et musiciens traditionnels à Nuku Hiva
Danseurs et musiciens traditionnels à Nuku Hiva - Crédits photo : ERIC MARTIN

Prêt à tout pour que l'éloignement ne prive de rien ou n'isole davantage. Ainsi son idée d'installer un cinéma en plein air. Les films? Claude Lelouch lui envoie Bonnie and Clyde, Le Jour le plus long… Les projecteurs? Il en fait acheter deux par la commune pour éviter l'interruption liée au changement de bobines. Les spectateurs? Des familles avec enfants et paniers à pique-nique. «Le Jour le plus long, c'était de la fiction pour les Marquisiens! reconnaît France Brel. Jacques avait ce côté: “Vous allez voir, le cinéma c'est merveilleux!” Mais personne ne peut faire le bonheur des gens…» Autres passions de l'artiste: Ravel, Debussy, Beethoven, Schubert, Prokofiev, Poulenc, la musique classique en fond sonore… et la cuisine. «C'était un excellent chef, se souvient Guy Rauzy. Il adorait préparer le poisson juste pêché.» Des amis, un bon dîner… la fête sans trop de bruit. «L'amitié est un plat qu'il faut savoir mijoter l'un pour l'autre… pour les autres.» répète, à l'envi, Jacques Brel. Au volant d'un Toyota BJ 45, il s'aventure souvent dans la vallée d'Hanaiapa.

Des chevaux semi-sauvages à la robe noir pangaré y broutent l'herbe fraîche. Des petits cochons sauvages se délectent de fragments de noix de coco brisée. Et les oiseaux colorent le ciel de blanc, gris, noir, orange et vert. Au-delà de fougères arborescentes, de flamboyants rouge éclatant et d'acacias jaune d'or, la route s'ouvre sur une plage de sable noir. A la barre d'une pirogue à balancier, un pêcheur négocie la houle, creux par creux, à bonne distance des falaises de magma solidifié perforées de grottes profondes. A quelques milles, des vagues bleu cobalt roulent sur la plage de sable blanc d'Hanatekuua.

Un croissant de lune paradisiaque où Tauira Teiho s'accommode, pour sa petite entreprise, d'une cabane et d'un cheval de trait. «La culture du coprah n'a rien de sorcier, prévient-il. Il suffit de sectionner la noix de coco en deux, de débarrasser l'amande de la coque, de la laisser sécher et d'en extraire de l'huile pour fabriquer des produits de beauté dont le fameux monoï aux fleurs de tiaré macérées. Avec ce revenu, je vais à Los Angeles et à Las Vegas faire du shopping!» Loin, bien loin de l'océan, le me'ae(sanctuaire) des ancêtres.

D'où Fenua Enata - la Terre des hommes devenue, pour l'Occident, l'archipel des Marquises - a jailli en plein ciel. A l'aube du monde. Selon la légende, Oatea, un dieu vivant au milieu des flots, aurait invoqué les esprits pour offrir à sa femme, Atuana, une maison accueillante: «Racines longues, racines courtes, racines énormes, racines minuscules, dressez la maison.» Fenua Enata fut créée, en une nuit, avec 12 îles comme pièces d'une unique demeure.

« Fenua Enata était peuplée d'hommes qui avaient bravé le Pacifique en pirogue, guidés par le soleil, les étoiles, les oiseaux ou la couleur de l'eau

Depuis la fin des années 1970, les Marquisiens renouent avec leurs racines, recouvrent leurs identité et culture égratignées au fil des siècles, depuis la découverte de l'archipel en 1595, les expéditions de James Cook, Joseph Ingraham et Etienne Marchand, jusqu'à l'ère des négociants en bois de santal puis des baleiniers au XIXe en passant par l'arrivée des missionnaires au XVIIIe siècle, et l'annexion par la France en 1842. Venues vraisemblablement de Mélanésie, Tonga, Samoa, des peuplades d'origine asiatique s'installent vers 600 après J.-C. aux Marquises.

En 1595, l'Espagnol Alvaro de Mendaña découvre des îles qu'il baptise «Las islas Marquesas de Mendoza» en l'honneur de l'épouse de son protecteur García Hurtado de Mendoza, vice-roi du Pérou, marquis de Cañete. «Ces terres portaient déjà un nom, Fenua Enata, s'enflamme Thierry Tekuataoa. Elles étaient peuplées d'hommes qui avaient bravé le Pacifique en pirogue, guidés par le soleil, les étoiles, les oiseaux ou la couleur de l'eau. Ces hommes s'étaient forgé un caractère et une culture dont les visions et les rêves étaient gravés dans la roche et le bois ou tatoués sur la peau.»

A Hiva Oa, dans la vallée de Taaoa, les pae pae, soubassements en blocs basaltiques des premières habitations, avoisinent le millier. A Puamau, des statues (tiki) taillées dans le basalte ou le tuf volcanique figurent des ancêtres déifiés et des divinités. Les pétroglyphes de Tehueto représentent des lignes anthropomorphes et géométriques. «Nos ancêtres ont laissé les me'ae, tohua (places publiques réservées aux festivités), pae pae, tiki et autres pétroglyphes comme les empreintes de leur passage, précise Joseph Kaiha, maire d'Ua Pou.

A Fatu Hiva, une jeune femme sculpte les anciennes armes des rois et grands guerriers dans de l'os.
A Fatu Hiva, une jeune femme sculpte les anciennes armes des rois et grands guerriers dans de l'os. - Crédits photo : ERIC MARTIN

Nous les regardons, les effleurons et, instantanément, nous ressentons notre ADN: la mana, la force de l'au-delà.» Une force qui galvanise les danseurs marquisiens et ébahit les spectateurs. Couronnés et ceinturés de feuilles vert cru, les hommes frappent le pahu (grand tambour), brandissent le poing et vocifèrent des chants guerriers. Jambes écartées, ils se balancent, se claquent les cuisses, les avant-bras, sautent en l'air et se redressent, majestueux, comme pour défier les dieux. Parées de feuillages, les femmes lascives chantent et dansent.

Au gré de la fureur ou du calme de l'océan, l'Aranui 5 - un cargo mixte - cabote d'île en île. Avec, dans ses cales, des matériaux de construction, des voitures, des vélos, des bœufs, de l'électroménager, des vêtements, des vivres, des souvenirs, l'essentiel et l'accessoire d'une vie aux confins du monde. Sur ses ponts, des Marquisiens et des expatriés à Tahiti ou des touristes américains et européens se croisent.

A chaque escale, les mêmes manœuvres: approche du navire, déchargement et distribution du fret, mise à l'eau des canots pour les croisiéristes puis chargement des sacs de coprah, barils de noni (jus de la pomme-chien aux vertus médicinales), agrumes et autres produits congelés, retour des croisiéristes et embarquement de nouveaux passagers. L'escale dure le temps de la cargaison et de l'excursion prévue dans des sites historiques, des villages et l'incontournable marché artisanal où des hommes, des femmes et des enfants exposent des bijoux en os, perle, nacre, cordelette ou graines, des sculptures en bois, noix de coco, pierre fleurie ou volcanique, des paréos en voile de coton…

Lentement, le navire appareille pour un court passage ou une longue traversée. Une île prend le large. Une autre se fait désirer. «Souviens-toi: a noho, akaituto, fais preuve de patience et agis posément», recommande Karen, chauffeur-taxi, depuis le quai d'Ua Huka. Le coucher du soleil et le lever de la lune illuminent la terre. Les heures et les jours se confondent. Le ciel et la mer se mélangent. Instants grisants. A Fatu Hiva, le village d'Omoa est coloré avec ses jardins en fleurs et ses maisons vert d'eau, rose bonbon ou bleu ciel. Maillet en main, des femmes battent inlassablement des écorces de mûrier, arbre à pain ou banian.

Cette pierre de granit noir gravée du «Grand Jacques» marque l'entrée de l'espace Jacques-Brel, à Hiva Oa.
Cette pierre de granit noir gravée du «Grand Jacques» marque l'entrée de l'espace Jacques-Brel, à Hiva Oa. - Crédits photo : ERIC MARTIN
" Veuxtu que je te dise. Gémir n'est pas de mise...Aux Marquises"  J.Brel

Sur les fines toiles obtenues, elles tracent à l'encre noire de mystérieux dessins transmis de génération en génération. Tout l'art du tapa. D'autres confectionnent un umuhei (bouquet d'amour) de basilic, tiaré, menthe, ylang-ylang, jasmin, poudre de bois de santal au parfum enivrant, et le nouent dans les cheveux. Parfois, elles entonnent le mave, le chant de bienvenue. Novembre 1977. L'album intitulé Brel (composé de 12 titres dont Les Marquises et produit dans un studio parisien) enregistre un million de précommandes.

C'est l'événement discographique de l'année. Il est tel un journal de bord où Jacques Brel raconte ses étonnements, l'attente, le silence, l'amour, les femmes, l'amitié, le rêve, la Belgique, avec une infinie tendresse et une violence magnifique. «Ils parlent de la mort/Comme tu parles d'un fruit/Ils regardent la mer/Comme tu regardes un puits/Les femmes sont lascives/Au soleil redouté/Et s'il n'y a pas d'hiver/Cela n'est pas l'été.» France Brel commente: «Les Marquises suscitent une émotion.

C'est un rêve, un voyage. Le rêve que l'on chérit, le voyage que l'on envisage. Jacques s'est installé, tel un peintre, devant un paysage. Il éveille ce qui sommeille en chacun de nous.» Dans le petit cimetière d'Atuona, le paysage n'a pas changé. De modestes tombes s'accrochent aux plis de la colline, à l'ombre des fougères et des frangipaniers. Jacques Brel y repose non loin de Paul Gauguin, qui renaîtra sous les traits de Vincent Cassel le 20 septembre prochain, dans le film qu'Edouard Deluc consacre à son exil tahitien… Les paroles du Grand Jacques, elles, flottent éternellement aux Marquises, tel un immuable hommage à leur douceur de vivre. «Le rire est dans le cœur/Le mot dans le regard/Le cœur est voyageur/L'avenir est au hasard.»

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Carnet de voyage

Utile

Avant le départ, consulter le site de Tahiti Tourisme (01.53.43.53.95): photos, vidéos, expériences et offres spéciales invitent au voyage.

Bon à savoir

Les Marquises sont en avance d'une demi-heure par rapport à Tahiti. Quand il est 12 h à Tahiti, il est 12 h 30 aux Marquises. La saison des pluies concerne (normalement) les mois de mars, juillet et août. Des prévisions qui demeurent relatives, le temps variant d'une vallée (et d'une heure) à l'autre… Alerte au nono! Ce petit moucheron pique sans un bzzz. Pour l'éloigner, les Marquisiens pressent un jus de citron vert, s'enduisent le corps de monoï et d'huile de tamanu ou utilisent un spray répulsif.

Y aller

Avec Air Tahiti Nui (0.825.02.42.02). A bord d'un A340-300, les hôtesses et stewards embarquent, jusqu'à 7 fois par semaine, pour un voyage inoubliable, au son d'ukulélé, dans les senteurs du tiaré. Aller-retour Paris-Papeete via Los Angeles (en 22 heures de vol), à partir de 1 741 € en classe Economique et 4 499 € en classe Business. Le trajet en TGV depuis 19 villes de province avec arrivée directe en gare TGV de l'aéroport CDG est inclus.

Organiser son voyage

Avec Aranui (01.43.31.25.34). Inauguré en décembre 2015, l'Aranui 5, dernier-né des cargos mixtes de la compagnie, relie les Marquises au reste du monde, dans un périple de 4 500 kilomètres. Que le Pacifique soit clément ou houleux, nul vague à l'âme, juste le privilège de voir les Polynésiens à la manœuvre et de partager avec eux des moments de complicité. Le reste du temps, libre à chacun de s'isoler dans sa suite ou cabine, de plonger dans la piscine, de pêcher au large, d'assister aux conférences, de participer aux fêtes ou d'observer baleines, dauphins, raies mantas et autres merveilles de la nature. A partir de 3 892 € par personne, la croisière de 14 jours entre Papeete et les Marquises via les Tuamotu et les îles de la Société en pension complète, excursions guidées incluses.

Notre sélection d'hébergements

● A Tahiti. Manava Suite Resort Tahiti (00.689.40.50.84.45). A 10 min de l'aéroport, ce complexe hôtelier permet de passer une nuit entre la métropole et les Marquises et de limiter les effets du décalage horaire.

● A Hiva Oa. Hiva Oa Hanakee Pear Lodge (00.689.40.92.75.87). Elevés à 200 m au-dessus de la baie de Tahauku, face au mont Temetiu, les 14 fare (maisons traditionnelles) au toit en pandanus, murs de bois sculpté, cloisons de bambous entrecroisés et tentures de tapa. L'on s'y sent comme dans une belle pension de famille (avec piscine). Service décontracté. Excursion possible à Tahuata, la plus petite île habitée des Marquises. A partir de 250 € la nuit. Petit déjeuner: 25 €.

Nuku Hiva Keikahanui Pearl Lodge.
Nuku Hiva Keikahanui Pearl Lodge. - Crédits photo : Eric Martin

● A Nuku Hiva. Nuku Hiva Keikahanui Pearl Lodge (00.689.40.92.07.10). A la verticale de la baie de Taiohae, 20 bungalows disparaissent sous les ramures des frangipaniers et des arbres à pain. Aménagés comme des fare, ils offrent le calme et la sérénité d'une douce retraite… uniquement perturbée par le chant du coq. Petit déjeuner-buffet. La carte des déjeuners et dîners propose des spécialités: tartare de thazard à la mangue, langouste grillée, sorbet aux fruits… Massages et cours de sculpture sont organisés sur place ainsi que des excursions guidées à la rencontre des dauphins d'Electre, vers la plage d'Anaho ou la cascade de Hakaui. Séjour de 3 nuits en demi-pension à partir de 535 € par personne, incluant les transferts et 2 excursions.

Bonnes tables

Yvonne Katupa mitonne des spécialités maison.
Yvonne Katupa mitonne des spécialités maison. - Crédits photo : EM

● A Hiva Oa. Face à la poste d'Atuona, Make Make (00.689.40.92.74.26), un snack ouvert aux quatre vents prépare poulet au vinaigre de banane, cochon sauce à l'huître, hamburger au thon pané, profiteroles à la glace cookies, pas diététique pour un franc pacifique mais extrêmement frais. Des concerts de jazz manouche sont organisés en fin de semaine.

● A Nuku Hiva. Dans le village de Hatiheu, Yvonne Katupa (00.689.40.92.02.97), 79 ans, mitonne des spécialités maison dans un restaurant-terrasse-épicerie. Au menu: «Les boulettes des fruits de l'arbre à pain et la chèvre des Marquises au lait de coco, les plats préférés de Jacques Brel», commente-t-elle, émue.

Sur les traces de Jacques Brel

● Aux Marquises. Espace Jacques-Brel (00.689.40.92.78.97) à Hiva Oa. Une pierre de granit noir gravée du visage du «Grand Jacques», œuvre de Miti-Tikadu, en marque l'entrée. A l'intérieur, Jojo, son avion, fut sauvé par des inconditionnels du chanteur dont Serge Lecordier et des compagnons de Dassault Aviation.

● A Bruxelles. Editions Jacques Brel (00.32.2.511.10.20). Y sont rassemblés son bureau d'écriture, son studio d'enregistrement et les souvenirs de ses plus grandes scènes. Jacques Brel y est plus que jamais vivant. Une émouvante promenade audio-guidée de la ville sur les traces de l'artiste est également proposée.

● Au fil des pages… Jacques Brel. J'attends la nuit, de Paul-Robert Thomas (Le Cherche Midi). Médecin et proche de Jacques Brel, l'auteur a rassemblé les souvenirs de soirées passées entre amis à parler de l'enfance, des femmes, de la musique, de la mort sans jamais la nommer…

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UN entre-deux dont l’Amérique est préservée ..........

Doppelgänger (2/2)

Réflexions inspirées par l’enterrement de l’homme qui m’était le plus proche en ce monde. Ou comment le Crabe-Tambour a rencontré le Grand Lebowski et comment les deux ensemble, à l’heure des adieux, m’ont fait comprendre le vrai drame de l’émigration.

(Suite du précédent numéro)

Rencontre au sommet

Je m’enorgueillis d’avoir offert, vers la fin de ses jours, une grande joie à cet homme qui ne demandait rien et ne possédait rien. Je lui avais présenté le colonel Jacques Hogard qui, en tant que commandant des forces spéciales françaises, protégea en 1999 le nord du Kosovo serbe contre les terroristes albanais, puis quitta son uniforme pour sauvegarder son âme. Pour son humanité et son courage, Jacques a récolté la plus haute distinction de l’Église orthodoxe serbe — et l’obligation, pour ce soldat par vocation et par lignée, de s’inventer une vie civile à quarante-quatre ans.

Tous deux avaient longtemps sévi en Afrique, l'un sur terre, l'autre en mer. Tous deux avaient connu les bars et les bagarres de leur point de friction, Djibouti. Ils se parlaient dans un anglais de mercenaires autour d’une bouteille de vodka. «Vous vous souvenez, colonel, de ce bistrot du port où il y avait toujours ce gros chat blanc sur le comptoir? — Et comment...» Hogard se rappela qu'un de ses légionnaires, un Croate, avait profité de la présence dans le port d'un cargo yougoslave pour se faire la belle. «Oui, fit l'oncle, il me semblait bien qu'on avait un matelot surnuméraire, après cette escale… — Si nous vous avions pincés à nous exfiltrer un déserteur, vous eussiez passé un mauvais quart d'heure, mon bon ami!»

Le monde est si petit! Ou n'est-ce pas plutôt que les chemins des vieilles âmes ne cessent de se croiser, le plus souvent à leur insu?

Avoir fait se rencontrer et se reconnaître ces deux légendes a été l'une des grandes heures de ma vie. Ils sont à mes yeux des exemples d'héroïsme, l'un militaire et flamboyant, l'autre pacifique et intérieur. A une époque où toutes les souverainetés collectives s'effondrent, la seule qui nous reste est la maîtrise de notre propre destin. Au prix le plus fort. La liberté ne s’achète jamais aux soldes.

Transmission

La semaine dernière, j’étais venu lui rendre visite. Le colosse était rivé à son lit, incapable de se lever seul. La pire des agonies. Il n’avait jamais imaginé finir grabataire. Avant même son diagnostic, il avait décrété que 75 ans lui suffisaient, qu’il n’en fallait pas davantage. Veuf depuis vingt ans, il était rassasié de jours, comme dit la Bible. Il avait consenti à la chimie, davantage pour satisfaire son entourage que pour lui-même. Il n’y croyait pas. Il avait deux filles et un petit-fils gâté qu’il avait essayé d’élever tout seul, mais dont il était devenu l’otage.

Nous avions, lui et moi, une communication tacite, faite de vannes, de paradoxes et de silences, de petits verres et de repas de coin de table. Lorsque j’étais avec lui, les soucis de ce monde n’existaient plus. Mais j’avais compris qu’il ne voulait ni ne devait plus s’attarder. Lorsque je suis reparti, il m’a salué poing contre poing, à la manière des hommes. Quatre jours plus tard, je revenais de Paris par le premier avion pour porter son cercueil en terre. Dieu qu’il était lourd! Il avait veillé par sa seule existence sur les cinquante premières années de ma vie. Ce monde sans lui m’est soudain apparu beaucoup moins supportable.

A-t-il eu besoin de moi? me demandais-je sur le chemin de son caveau. M’a-t-il appelé dans son cœur, lui qui n’osait jamais appeler par téléphone, pour ne pas faire de frais? Nous étions si proches, ensemble, et si lointains séparés. C’était comme la lumière du frigo, qui s’éteint sitôt la porte fermée. N’importe, me consolais-je: elle s’allumait quand on en avait besoin.

Mais n’avais-je pas constamment besoin de lui, et lui de moi? Qu’avions-nous fait, nous qui nous aimions tant, de ces décennies d’absence? Que savais-je de sa vie derrière la porte refermée, moi l’émigré? De mon pays natal, je ne connaissais que les vacances, et de mes proches qui y étaient restés, que le visage souriant des retrouvailles et des fêtes. C’est là, dans ces allées étroites d’un cimetière de province que j’ai vu, comme une ombre marchant à mes côtés, le vrai drame de l’émigration.

La langue est ma patrie

Quand nous avons quitté le pays, en 1973, j’avais six ans. Nous aurions dû aller en Amérique, mais ma grand-mère paternelle avait mis le holà. Jamais elle ne reverrait ses petits-enfants s’ils traversaient la Mare. Mon père, du coup, a trouvé un poste en Suisse. Sa mère avait raison dans le pronostic, tort dans le traitement. Si l’Amérique est si forte, c’est justement parce qu’il y a la Mare entre elle et les vies antérieures de tous ses citoyens. Celui qui débarque à New York se dépouille de tout, renie son passé, devient une pâte que l’Amérique va remodeler à son image. L’amnésie est son bizutage. Les nouveaux arrivants — Ritals, Latinos, Yougos, Polaks… — croient sauvegarder leur identité en ramenant avec eux des bribes de folklore. La préservation maniaque de quelques rites collectifs leur masque l’essentiel: la rupture du lien personnel, charnel, ordinaire, qu’on entretient avec sa lignée et, à travers elle, avec son peuple réel.

Cela arrive aussi sur le Vieux Continent, mais pas avec tout le monde. La majorité des immigrés dans l’Europe développée conserve une mentalité de Gastarbeiter, de travailleurs saisonniers — même si la saison s’étire jusqu’à leur retraite. Le pays d’accueil n’est qu’un turbin. La première génération ne s’y fond jamais tout à fait, mais ne conserve pas non plus sa culture d’origine. On finit par tomber dans les limbes d’un entre-deux dont l’Amérique est préservée. Le langage en est le premier symptôme: on n’est jamais très sûr dans la langue d’accueil, mais on perd quand même l’usage de la langue de départ. Les vocabulaires s’emmêlent de manière cocasse.

Par une étrange intuition, j’ai toujours veillé à strictement séparer les langues: français à l’extérieur, serbo-croate à la maison. Il me semble avoir imposé cette discipline même à mes parents. Cela nous a permis, à mon frère et à moi, de rester parfaitement bilingues, sans mixture. Il nous était vital de nous intégrer parfaitement dans la société suisse, mais aussi de maintenir le lien avec les origines.

L’absence comme destin

Pour la première fois, en enterrant mon oncle bien-aimé, j’ai mis en question cette stratégie. Était-ce vraiment la peine? Avons-nous la force d’entretenir cette permanente double vie? Doubles fidélités, doubles usages, double grammaire, double vocabulaire.

«Faire comme si», à la perfection, lorsque les comportements ne viennent pas d’eux-mêmes mais sont acquis par mimétisme conscient. Apprendre la froideur et la distance quand on vient d’un sud exalté.

Admettre l’absence comme un paramètre constant de la vie, et envier ses camarades indigènes pour qui tout l’univers vraiment important et intime se trouve dans un rayon de cent kilomètres.

De petit-fils, de neveu, de cousin, se transformer peu à peu en «visiteur». Embrasser des parents proches ou éloignés comme si l’on était intimes, leur envoyer une carte de vœux ou des condoléances parfois, mais ne rien savoir de ce continent immergé qu’est leur vie à l’écart de nous.

Se faire à l’idée de «vivre mieux» qu’eux. Pourquoi émigre-t-on — les rares vrais cas d’asile politique mis à part — sinon pour «vivre mieux»? «Vivre mieux»… Le slogan du siècle de la consommation! Vivre mieux que quoi? Que la vie même? En quoi une vie dans le verre et l’acier est-elle meilleure qu’une vie dans des maisonnettes et des jardins où des portes grinçantes sans serrures donnent sur le jardinet du voisin?

Vivre mieux que qui? Que les siens, pardi! Les éblouir avec son Macintosh en aluminium sobre quand ils bricolent des PC chinois avec des pièces de bric et de broc. Nombre d’émigrés rachètent cette sourde culpabilité en reversant le trop-plein de leur prospérité «au pays», en offrant le chauffage central à la grand-mère et des Nike au petit cousin. Ou en se construisant des maisons absurdes, le plus souvent vides, par vanité mais aussi pour leur dire: «Vous voyez! On investit quand même chez vous».

Je n’ai pas eu cette chance — ou cette échappatoire. Je ne peux pas soulager matériellement les miens restés au pays, acheter leur affection. Je suis obligé, du coup, de les affronter sur pied d’égalité. De les oublier ou de les aimer.

Mieux vaut aimer, certes. Mais on aime aussi ceux avec qui l’on partage son autre vie, et ce va-et-vient est harassant. Les codes mêmes de l’amour, érotique ou fraternel, ne sont pas identiques d’un pays à l’autre. On me surprend parfois, ici ou là-bas, à regarder ailleurs, en moi-même. Soudain, je ne suis plus d’ici (ou de là-bas), tout simplement parce qu’une pensée m’est soudain venue dans l’autre langue et qu’elle m’arrache au monde où je me trouve en cet instant. Comment traduirez-vous cette posture orgueilleuse, folle et farouche qu’est l’inat en français, amis sociables et complaisants de l’Ouest? Et comment vous expliquer, à vous mes frères de sang, ce qu’est une contrepèterie et pourquoi les Français en sont mabouls?

Je me souviens rarement dans quelle langue je rêve — or ce n’est pas indifférent. J’ai voulu m’immerger dans toute l’étendue de la langue française sans rien perdre de la mienne. Qui s’est jamais baigné dans deux mers à la fois?

J’observais, dans ce vieux cimetière encombré, la foule qui s’était éparpillée parmi les tombes. Ils étaient tous venus pour dire adieu au Tsar. Beaucoup pleuraient, des hommes et des femmes que je ne connaissais pas, ou que j’avais entrevus une fois et dont j’ignorais le nom. De quoi était fait leur attachement?

«Heureux qui,comme Ulysse, a fait un beau voyage», chante du Bellay, «…et puis est retourné, plein d'usage et raison,/Vivre entre ses parents le reste de son âge !» Oui, heureux est-il, le Tsar, après avoir fait douze fois le tour du monde, d’être pleuré par la veuve d’en face, le menuisier d’à côté et le poivrot édenté. Les vrais êtres d’exception sont ceux dont l’ultime haie d’honneur est faite de gens ordinaires.

Durant ces quarante-quatre ans de quasi-absence, d’un-quart-de-présence, mon Doppelgänger était resté parmi eux. Il était cette ombre qui m’accompagnait sur le chemin du caveau. Lui, il savait les noms, connaissait les petits secrets et les grands chagrins. Lui, il avait subi de plein fouet l’éclatement du pays, encaissé les bombes avec eux tous en 1999, l’inflation, la disette, le travail sans salaire. Lui, il avait aimé ces filles de ma génération que j’avais seulement entrevues, comme des comètes, dans la beauté aveuglante de leurs vingt ans et qui étaient déjà des femmes fatiguées n’espérant plus de rêves, tout juste des consolations. Lui, mon double, avait bu le café tous les matins avec mon oncle, avait recueilli toutes les histoires d’avaries en mer et d’amours de passage que je n’avais jamais eu le temps d’entendre. Il n’était pour le moment qu’une ombre à mes côtés, présente mais muette. Entendrai-je jamais sa voix?

 

et l'hcq découvre : ....la revue de presse : antipresse.com ....  s'y abonne et fait un don ...

..et un grand merci à la personne qui lui a communiqué mon adresse courriel ...

 ;;;;; et ;;;;

Libé s’inquiète des menées fascistoïdes de l’Antipresse! >>>>>>

Voici quelques semaines, nous avions mis en évidence la multiplication des images du sauvetage d’une fillette syrienne par les «Casques blancs» d’Alep (est):

On l’a vue le 28 août dernier surgir avec un petit garçon des décombres d’un bombardement au bras d’un «casque blanc». Puis, toute seule, au bras d’un autre sauveteur sur un autre tas de gravats. Et d’un troisième, encore ailleurs…

Avant d’être mise à l’abri, cette pauvre enfant n’avait pas seulement été mitraillée par les avions ennemis, mais aussi, de toute évidence, par les photographes «amis». La victime portait toujours les mêmes habits mais, grâce à la multiplication des prises de vue et des sauveteurs, le spectateur pouvait être porté à croire qu’il s’agissait d’événements multiples. Nous-mêmes l’avons pensé dans un premier temps.

Le procédé n’est pas nouveau. Dans la guerre de l’information, la victoire revient au camp qui parvient à diffuser le plus d’images de ses propres souffrances.

Dans le même temps, les médias qui démultiplient ce drame en le présentant sous tous les angles ne montrent rien des dégâts infligés aux populations d’Alep-Ouest par les pilonnages aléatoires des djihadistes qu’ils protègent. Le témoignage à ce sujet du grand reporter Régis le Sommier — qui revenait d’Alep — dans un débat LCP [Youtube ]a eu pour effet d’irriter jusqu’a l’agressivité les tenants de la ligne officielle de la médiacratie française (en l’occurrence l’apparatchique arrogante Elisabeth Guigou).

Le directeur adjoint de Paris Match relevait aussi, dans ce même débat, qu’il n’y avait plus de rebelles «modérés» à Alep et que ceux qui y restaient étaient «essentiellement des islamistes».

Les «Casques blancs» présents sur la scène du sauvetage de la petite fille ne sont, pour les médias de grand chemin, que d’innocents infirmiers. On leur décerne même des prix pour leur dévouement — tout en profitant pour se faire l’écho de leur propagande. Appuyé par des images émouvantes de souffrances réelles d’enfants, le mensonge le plus grossier passe sans contradiction. Qui oserait pinailler sans être taxé d’inhumanité?

Dans les faits, les «Casques blancs» sont une pièce à deux visages: l’un humanitaire pour le grand public, l’autre… beaucoup plus trouble.

Leur ambiguïté est parfaitement résumée par le professeur Tim Anderson, qui est allé enquêter sur place:

« En fait Les Casques blancs, qui prétendent être indépendants, sont dirigés par l’ancien soldat britannique James Le Mesurier, cofinancé par le gouvernement américain et britannique, opérant dans les zones sous le contrôle de l’organisation terroriste Front al Nosra, groupe interdit par le Conseil de sécurité de l’ONU. Chaque attaque contre al Nosra est ainsi décrite comme une attaque dirigée contre des «civils» et des centres de soins, ou sur des personnels de santé. La même chose vaut pour Médecins sans frontières (MSF), qui finance les cliniques d’al Nosra (la plupart du temps sans bénévoles étrangers) dans plusieurs zones tenues par les terroristes. »

« Les contradictions entre la politique et la pratique des États-Unis ont récemment été mises en évidence lorsque le chef syrien des Casques Blancs, Raed SALEH, s’est rendu aux Etats-Unis pour recevoir un prix humanitaire, mais n’a pas eu la permission d’entrer sur le sol Américain et a été renvoyé à Istanbul car il est associé à Al-Nosra. »

Interrogé sur cette criante contradiction, le porte-parole du Département d’Etat n’a eu d’autre choix que de dérouler une bredouillante langue de bois (voir son profond malaise sur ).

Financés par les gouvernements occidentaux, liés à Al-Nosra, distingués par des fondations suédoises mais interdits d’entrée sur territoire U.S., les «Casques blancs» sont un protagoniste du plus haut intérêt de la guerre de l’information orchestrée autour de la Syrie.

Les médias occidentaux ne retiennent que leur côté «Dr Jekyll» — de fait, ils sauvent des vies dans une guerre qui met réellement à mal les populations —, tandis que le «Mr Hyde» est dénoncé par les médias russes et alliés — ainsi que par de rares sources indépendantes en Occident comme Antipresse ou Arrêt sur Info. Avec un peu de curiosité et de lucidité, on pourrait aussi voir ces «samaritains» comme le rideau de fumée d’une prise en otage des populations civiles dans les territoires sous contrôle djihadiste.

Cette curiosité et cette lucidité de notre part ont suffi à Libération pour nous classer dans la «fachosphère».

Comme dit le proverbe: quand on lui montre la lune, le fou regarde le doigt. Or quand il rive ses yeux sur le doigt et qu’il le traite de fasciste, le politburo de Libé n’est pas simplement fou: il est surtout hypocrite. Car même un fou ne peut ignorer que le rôle des «Casques blancs» dans la guerre de Syrie est un sujet autrement plus important que le rôle de l’[Antipresse](http://www.antipresse.net) ou d’Arrêt sur Info dans le développement de la «fachosphère» francophone.

Si Silvia Cattori, l’animatrice d’Arrêt sur Info, et nous-mêmes, représentons la «fachosphère», alors c’est un club chic aux idées larges. Seuls les journalistes de Libé, les mercenaires du capital islamique et les imbéciles complets n’y sont pas bienvenus. Et pour en sortir, il n’y a un seul moyen: déposer 100 points de QI.

Quoi qu’il en soit, toute publicité est bonne à prendre! Et l’on n’attendait pas mieux de Libé que la poursuite, sous l’étiquette mensongère de «désintox», de sa basse besogne de censure et de désinformation au bénéfice des coupeurs de tête du Golfe persique et de leurs proxies moyen-orientaux.

PS. Profitons-en pour recommander la lecture du livre très documenté de Tim Anderson: The Dirty War on Syria.

Slobodan Despot | Lettre AntipresseN° 50 | 13.10.2016

© 2016 Association L’Antipresse

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Des rayons cosmiques venus d'ailleurs

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Des observations montrent que les événements les plus énergétiques ne proviennent pas de notre galaxie.

Les rayons cosmiques de très haute énergie qui bombardent notre planète sont connus depuis plusieurs décennies, mais leur origine et les mécanismes capables de les accélérer à des vitesses aussi grandes sont un des mystères les plus intrigants de la physique moderne. Une collaboration internationale impliquant près de 500 physiciens, dont des Français, lève enfin un coin du mystère en publiant dans la revue Science des travaux qui permettent enfin de dire que ces rayons extrêmes ne naissent pas dans notre galaxie, la Voie lactée, mais proviennent de galaxies bien plus lointaines, jusqu'à des centaines de millions d'années-lumière.

Les rayons cosmiques portent un nom aussi insolite que trompeur. Il ne s'agit pas à proprement parler de rayons, mais de particules ultrarapides qui viennent frapper la Terre en permanence. Elles voyagent à des vitesses très proches de celle de la lumière, ce qui fait qu'elles sont extrêmement énergétiques, jusqu'à des millions de fois l'énergie des particules du LHC au Cern, le plus puissant accélérateur de la planète. Leur mesure précise à grande échelle a été rendue possible par un «télescope» d'un type très particulier, l'observatoire Pierre-Auger en Argentine.

De «grandes gerbes»

Cette installation n'a aucune des grandes coupoles ou paraboles si courantes en astronomie, mais elle exploite un phénomène qui a été identifié en 1938 par le chercheur français qui a donné son nom à l'observatoire: Pierre Auger. Ce physicien s'est rendu compte que l'arrivée des rayons les plus énergétiques dans l'atmosphère de notre planète donnait naissance à ce qu'il a appelé «de grandes gerbes», provoquées par la collision d'une particule hyperaccélérée avec un atome de l'air. Le choc donne naissance à de nouvelles particules, qui vont à leur tour percuter d'autres atomes, ce qui peut provoquer une longue cascade de rayons ultraviolets, invisibles à l'œil nu.

Pour augmenter les chances d'observer ces grandes cascades lumineuses dans le ciel, l'installation s'étend sur 3 000 kilomètres carrés (la surface du département du Rhône)

Si ce spectacle n'est pas facile à observer, c'est que ces rayons les plus énergétiques sont des événements très rares pour un observateur fixe. «On sait désormais qu'il ne tombe sur Terre qu'un rayon cosmique de plus de 10 exa-électronvolts (10 milliards de milliards d'électronvolts) par kilomètre carré et par an», explique Antoine Letessier-Selvon, directeur de recherche au CNRS au Laboratoire de physique nucléaire et des hautes énergies, et membre de la collaboration Pierre Auger depuis le début du projet (*). «Et c'est bien parce que ces événements sont si rares que l'observatoire Pierre-Auger est aussi gigantesque», poursuit-il. Pour augmenter les chances d'observer ces grandes cascades lumineuses dans le ciel, l'installation s'étend sur 3 000 kilomètres carrés (la surface du département du Rhône) dans la pampa, près de la petite ville de Malargüe, dans l'ouest de l'Argentine. Les détecteurs à proprement parler sont de deux types, des capteurs optiques qui traquent les rayons ultraviolets émis par les gerbes et 1 600 cuves remplies de 12. 000 litres d'eau ultrapure qui peuvent enregistrer la trace du passage de particules accélérées. La combinaison des données de ces deux systèmes permet d'avoir des informations sur la provenance du rayon cosmique, sur son énergie et sur le type des particules qui le composent. «On sait ainsi que la plupart des rayons cosmiques observés par l'observatoire Pierre-Auger sont des noyaux d'atomes légers, moins lourds que le fer» explique Antoine Letessier-Selvon.

«On a trouvé qu'une moitié du ciel émet plus de rayons cosmiques que l'autre»

Antoine Letessier-Selvon, membre de la collaboration Pierre Auger depuis le début du projet

Si la nature de ces rayons les plus énergétiques a pu être précisée, en revanche leur origine est bien plus compliquée à retrouver. Car ils semblent provenir de toutes les directions du ciel, de manière qui paraît très uniforme. Or après plus d'une décennie d'observations, et le recueil patient de 30. 000 de ces rayons les plus énergétiques, les physiciens de la collaboration Pierre Auger prouvent enfin dans Science que cette uniformité n'est en fait qu'apparente: « On a trouvé qu'une moitié du ciel émet plus de rayons cosmiques que l'autre. C'est un excès qui n'est pas très fort, de seulement 6 %, mais il n'y a qu'une chance sur 10 millions pour qu'il s'agisse d'une simple fluctuation et que ce résultat ne soit pas significatif», se réjouit Antoine Letessier-Selvon. Cette direction préférentielle est presque à l'opposé de celle du centre de notre galaxie, ce qui permet de l'exclure comme source possible. Les rayons proviennent donc de sources extragalactiques. En prenant en compte des facteurs correctifs, comme l'influence du champ magnétique de la Voie lactée, les physiciens trouvent que la direction préférentielle des rayons cosmiques est bien compatible avec la distribution des galaxies les plus «proches», celles situées à moins de plusieurs centaines de millions d'années-lumière. Les galaxies précises capables de donner naissance à des particules aussi énergétiques ne sont donc pas identifiées, mais la traque, avec une amélioration en cours des détecteurs d'Auger, se précise.

(*) Histoire qu'il raconte dans son livre Kosmos. L'épopée des particules , CNRS Éditions.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 22/09/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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Sacralités européennes : Sources, fontaines, christianisme et chansons 

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L’association de la source et de la grotte est particulièrement évocatrice du ventre de la Terre mère, producteur d’eau sacrée aux milles vertus ; ainsi fut-elle chaque fois, dans toute l’Europe , retenue pour définir des sanctuaires privilégiés.

Là, fut la résidence d’une fée importante en pays celtique, ou une nymphée, lieu occupé par une divinité secondaire comme naïade, lymphae en Grèce et en Italie, mixe ou Havfrue en Germanie et Scandinavie.

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Fontaine des Buis à Arles sur tech

L’église, dans sa démarche purgative de toutes ces croyances enracinées, à défaut de pouvoir les extirper des réflexes comportementaux des Européens, sera obligée de les récupérer en les christianisant. Les fées ou autres génies païens deviendront saintes ou saints, certaines sources,en grottes, seront annexées en cryptes dans nombreuses églises. Et les déesses-

mères seront des «  nôtres dames à l’enfant », un peu partout, même quand l’enfant adulte et parfois aussi âgé que la bonne dame ne peut figurer le petit Jésus auprès de la vierge-mère ; ainsi ce barbu auprès d’une vierge noire par la statue médiévale qui renvoie plus aux vieux culte qu’à l’imagerie chrétienne.

Alors pourquoi s’étonner du culte chrétien de la fontaine au débit irrégulier d’Arles-sur-tech dans les Pyrénées orientales ? Qu’a t-il de différent de celui que les Grecs, il y a plus de deux millénaires, vouaient à la fontaine Clépsidre ? La renommée de telle ou telle source et celle de l’eau de la grotte de Lourdes, renvoient bien plus aux cultes panthéistes de la forêt, des eaux et des sources, profondément européens, qu’à celui du désert, de l’unique auxquels sont sensibles les judéo-chrétiens ou qu’ils pratiquent sans conscience de cette incongruité.

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Fontaine de guérison

Bien des légendes de saintes martyres de nos contrées associent une jeune fille pure et une source, telle celle de sainte Hélidie. A Saint Alyre, en Auvergne, une jeune fille sage et pure s’était réfugiée prés d’une source comme le faisaient souvent les druidesses celtiques. On la considérait comme la sourcière de l’accueillante source Roumée. Calomniée par le curé en poste dans cette paroisse, elle fut massacrée par les crédules vilains des environs. Cette légende, à l’évidence, tirée d’un fait bien réel, assez fréquent au Moyen-Age, où l’église, au nom de son dieu de miséricorde, persécutait allègrement toute sourcière ou sage-femme sacrifiant aux rites naturels des pagui, comme sorcière, créature diabolique, a été odieusement récupérée par cette même église. Dès lors christianisée, on proposa comme persécuteur un vieux vicieux peu scrupuleux pour le christianisme, et la sourcière-sorcière massacrée par des ouailles déculturées passa pour une martyre de la « foi lumineuse ». Mais, malgré cette tentative de

récupération sans vergogne, une procession expiatoire se rend toujours de l’église à la fontaine de Roumée.

Filles et fontaines en chansons

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Fontaine Roumée

Quoi de plus naturel quand le commun transcrit le mythe profond sous forme gaie, légère ou grivoise ! Cela appuie la force des croyances qui survivent malgré tout dans l’âme populaire et se transmettent. Ainsi, par de nombreuses chansons et complaintes des terroirs de la vieille France, sont évoquées filles vierges et fontaines ,et des chutes fréquentes de celles-ci dans l’eau de celle-là. Mais toujours ces accidents critiques permettent rencontres salvatrices avec galants, souvent guerriers, chevaliers ou barons.

Avec « A la claire fontaine » que tout le monde connaît en douce France, c’est l’appel de l’eau « si claire », chargée de ce magnétisme sacré, qui oblige au bain bienfaisant, sain, lustral et purificateur. La fontaine y apporte l’oubli des soucis et l’ouverture à la nature merveilleuse avec la magique discussion entre le rossignol et la fille.

Dans « Qu’allais-tu faire à la fontaine ? » Cette question inquiète d’un père jaloux et ombrageux révèle combien tel lieu est chargé de magnétisme et peut apporter réconfort, ouverture à la vie et permettre la rencontre libératrice. La jeunesse s’y complaît et s’y libère. Et la réponse espiègle de la fille transcrit la force et la joie, l’insolence même qu’elle y a pu puiser.

qui ne connaît pas :

« Margoton va-t-à l’eau
Avec que son cruchon,
La fontaine était creuse
Elle est tombée dedans.
« Aie !Aie ! Aie ! Aie !
se dit Margoton »

Par le chemin passant
Trois chevaliers barons

Une suite en rencontre identique se retrouve dans :

« Quand j’étais chez mon père,
La Verduron !
Petite et jeune, étions,
La Verduron dondaine
La Verduron dondon !

M’envoie-t-à la fontaine
La Verduron !
Cueillir du cresson,
….
La fontaine est profonde,
La Verduron !
J’y tombais tout du long
….  »

Et « sur le route de Dijon » , toujours près d’une fontaine, une jeune fille en larmes va trouver le réconfort inespéré, magique :

«  Sur la route de Dijon,
La belle digue dig’
La belle diguedon !
Il y avait une fontaine,
La digue dondaine,
Il y avait une fontaine,
Aux oiseaux, aux oiseaux !
Près d’elle un joli tendron
….
Pleurait comme une madeleine

Ce cadre de la fontaine imprègne tant l’inconscient populaire qu’il conserve une éternelle modernité, une constante et plaisante fraîcheur, le contact de l’eau donne un merveilleux plaisir au corps tout en apportant un grand bien être. Et ce n ‘est pas le dernier grand ménestrel qui pourrait démentir cela pour avoir chanté :

« A l’eau de la claire fontaine
Elle alla se baigner toute nue
Une saute de vent soudaine
…..  »
Brassens..

europe-a-la-claire-fontaine

A la claire fontaine

Selon ce que la source ou la fontaine représente avec ses eaux claires, bénéfiques, la superposition d’images féminines qu’elle évoque, liées à la magie d’un monde divin, elle parle encore des fées, de naïades de lymphae. Alors la voilà pour des jeunes filles pures et vierges, un lieu de retraite, de confidences de leurs peines ou de leurs espoirs, calme et accueillant, où on sait pouvoir attendre oubli et récompense. La rencontre qui efface le drame du quotidien, la lourdeur de la vie, qui secourt, protège, éveille, en ouvrant sur d’autres horizons plus clairs, lumineux, continuent de rappeler le chevalier de la Dame de la fontaine.

La source d’eau vive, dans ces chansons populaires, parle d ‘amour , d’accession à la liberté de pensée et d’expression, projette des unions sacrées comme le signifiait déjà le mythe irlandais du roi Fochaid qui rencontre sa future épouse alors qu’elle dénoue sa chevelure auprès d’une fontaine, avant de s’y purifier.

Qu’y a t-il de vrai ou de conte dans la rencontre que raconte la future comtesse de Ségur, alors qu’elle aussi dénouait ses longs cheveux à une fontaine de son pays natal, avec son, futur époux, le Général napoléonien Ségur ? Et qui ne pensera encore à la main secourable de Monsieur Madeleine pour la petite Cosette des Misérables, quand en pleine nuit, route tremblante, elle puisait de l’eau à la fontaine ? Ce bon Hugo, qui ainsi transforme complètement la vie odieuse de cette petite fille malchanceuse en conte de fée, s’inscrit dans la continuité du mythe.

Dans tous les gestes semblables à ceux qui se perpétuent à la fontaine de Trévise à Rome, où chacun va de sa pièce lancée par dessus son épaule, se marque un remerciement au divin de la fontaine pour tout ce qu’elle peut donner, apprendre et faire espérer.

En savoir plus, lire : les sources et fontaines et sources et fontaines initiatrices

 

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Emmanuel Macron : la fin de l'état de grâce ?

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Par François-Xavier Bourmaud
Mis à jour le 20/07/2017 à 20h20 | Publié le 20/07/2017 à 20h05

VIDÉO - Après l'aller-retour sur la fiscalité, le psychodrame Villiers brouille l'image du chef de l'État avant une rentrée difficile.

Quatre mots pour une crise. «Je suis votre chef.» Quatre mots de trop pour Emmanuel Macron, qui, en les lançant la semaine dernière à la veille du 14 Juillet à des militaires estomaqués, a provoqué une vague de défiance de l'armée à son égard. Une crise inédite, donc, et dont l'épilogue témoigne de l'ampleur de la tâche du président de la République pour renouer un lien de confiance avec les militaires.

Mercredi soir, les personnels du ministère des Armées ont très longuement applaudi le départ du chef d'état-major Pierre de Villiers, qui avait annoncé sa démission le matin même, au terme d'un bras de fer intense avec le chef de l'État sur le budget de la Défense. Une démonstration peu commune dans cette institution plutôt réputée pour sa capacité à garder le silence en toutes circonstances. Un camouflet pour Emmanuel Macron, mais surtout un premier accroc dans le costume de monarque républicain qu'il essaye de se tailler sur mesure depuis le soir de son élection à la présidence de la République. Car jusqu'à ces quatre mots, Emmanuel Macron était intouchable. Depuis ces quatre mots, il est à portée de tir. Celui de tous ses adversaires politiques, de l'extrême droite à l'extrême gauche, en passant par Les Républicains et ce qu'il reste du Parti socialiste, pour une fois unanimes à dénoncer son attitude à l'égard des armées.

Recoller les morceaux

Signe que l'alerte est sérieuse, le président de la République a rompu avec la stratégie de la parole rare qu'il avait lui-même mise en place pour redonner du lustre à la fonction présidentielle. Mercredi, c'est dans le cadre de l'émission «Vélo Club» de France 2, après quelques considérations sur les performances de grimpeur de Warren Barguil et sur les chances de Romain Bardet de remporter l'édition 2017 du Tour de France, que le président de la République a commenté la démission de son chef d'état-major. Jeudi, il a annulé sa participation aux États généraux de l'alimentation, pour pouvoir passer plus de temps avec les militaires sur la base d'Istres qu'il visitait.

Il faut d'urgence recoller les morceaux. Et ce d'autant plus vite que la crise intervient à un moment délicat pour Emmanuel Macron. Depuis quelques semaines, sa popularité a commencé à s'effriter. Elle demeure toujours au-dessus des 50 %, mais la rentrée s'annonce complexe pour le chef de l'État avec l'adoption programmée par ordonnances de la réforme du Code du travail et l'élaboration du budget 2018, où figureront de nombreuses mesures d'économies. Dans ce contexte, la crise ouverte avec l'armée peu contribuer à saper l'autorité d'Emmanuel Macron. «Il est urgent de ne pas s'affoler et de se détendre, élude un député de la majorité. À la tonalité de certains commentaires, on se croirait au bord d'un coup d'État militaire.» Emmanuel Macron n'en est certes pas là. Mais le chef de l'État est tout de même pressé de tourner la page de cette mauvaise séquence.

Autour de lui, on insiste d'ailleurs sur sa capacité à se sortir des situations difficiles. «Chaque fois qu'il y a eu un incident de ce type, un incident qui aurait pu laisser des traces, Emmanuel Macron a toujours réussi à redresser la barre», assure l'un de ses proches, pour qui la décision du président de la République «est aussi une mesure préventive à l'égard de tous ceux qui, dans l'administration, pourraient se sentir des velléités d'engager un rapport de force avec le chef de l'État».

«C'est le politique qui gouverne. Ce n'est pas l'administration, fût-elle militaire»

Un cadre du parti du président

Avec le général de Villiers, Emmanuel Macron aurait donc fait un exemple pour impressionner. Pour préparer le terrain au «spoil system» à la française qu'il compte mettre en place comme il l'avait annoncé dans sa campagne: passer en revue les quelque 250 directeurs d'administration pour s'assurer de leur loyauté à l'égard du pouvoir. «C'est le politique qui gouverne. Ce n'est pas l'administration, fût-elle militaire, plaide un cadre du parti du président, qui minimise aussi la portée de la démission du chef d'état-major. Il faut aussi regarder le pedigree du nouveau, ce n'est pas un boy-scout non plus.»

Le pari d'Emmanuel Macron est risqué. Il consiste à payer à court terme le prix d'une crise dont il espère qu'elle se traduira à long terme par une reconnaissance de son autorité. À moins qu'elle ne tourne au procès en autoritarisme que ses adversaires, et même certains de ses alliés, ont déjà commencé à lui intenter. Quant à savoir si le chef de l'État a commis une faute politique, «c'est le temps qui répondra à cette question», répond le «constructif» Jean-Pierre Raffarin, qui se montre cette fois sévère à l'égard d'Emmanuel Macron. «Ce conflit aurait pu être évité, assure-t-il dans Le Monde. Il est le chef des armées et on attend de lui qu'il tienne ses engagements.» Parmi les proches du président, on n'affiche en revanche aucun doute sur l'issue de la séquence. Et l'on rappelle le surnom donné à Emmanuel Macron par ses équipes durant la campagne présidentielle: «le boss». En espérant qu'à leur tour, les Français le fassent leur.

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CONFIANCE

Texte repris de la page Facebook du général de Villiers  .... 17.07.17 >>>>>>>>>>>>>>>

Mon cher camarade,

« Confiance, confiance encore, confiance toujours ! ». C’est par ces mots que le général Delestraint conclut ses adieux à ses compagnons d’armes, au mois de juillet 1940, à Caylus. Alors même que la défaite est actée, son discours est une exhortation ferme à rejeter toute « mentalité de chien battu ou d’esclave ».

Quelques mois plus tard, conformant ses actes à ses paroles, il prend la tête de l’Armée secrète. Arrêté, torturé puis déporté, il meurt au camp de Dachau, le 19 avril 1945, moins de trois semaines avant la victoire, dont il a été l’un des artisans les plus actifs.

Ce qui m’a toujours frappé dans cette recommandation du général Delestraint, c’est d’abord ce qu’il ne dit pas. Il ne dit ni « en qui », ni « en quoi » avoir confiance. A ses yeux, le plus important est, avant tout, cet état d’esprit singulier – cet « optimisme de volonté » – qui choisit de voir la plus infime parcelle de lumière au cœur des ténèbres les plus noires.

La confiance, c’est le refus de la résignation. C’est le contraire du fatalisme, l’antithèse du défaitisme. Et, en même temps, il y a dans la confiance une forme d’abandon. Agir sans s’abandonner, c’est faire preuve d’orgueil. S’abandonner sans agir, c’est se laisser aller.

Choisissons, donc, d’agir comme si tout dépendait de nous, mais sachons reconnaître que tel n’est pas le cas. Autrement dit, si toute notre foi, tout notre engagement et notre détermination sont nécessaires, ils sont à jamais insuffisants pour envisager la victoire. La vraie confiance réconcilie confiance en soi et confiance en l’autre.

La confiance en soi, d’abord. Vertu essentielle qui se construit dès l’enfance. Vertu qui naît des obstacles surmontés. C’est le cas dans les stages d’aguerrissement, que certains d’entre vous ont vécus. Ils vous révèlent vos capacités réelles qui dépassent, de beaucoup, ce que vous auriez pu imaginer. La confiance en soi est un moteur. Elle libère les énergies et encourage à l’action. Les fausses excuses tombent. Tout ce dont je suis capable devient possible !

La confiance dans l’autre, ensuite. Celle par laquelle je reconnais que je ne peux pas tout ; que le salut passe autant par mon camarade, mon chef, mon subordonné que par moi-même. Par cette confiance, je m’assume dépendant. Cette reconnaissance est le ciment de nos armées. La confiance mutuelle fait notre unité, en même temps que notre assurance. C’est elle qui fait dire au capitaine de Borelli, considérant ses légionnaires : « Par où pourrions-nous bien ne pas pouvoir passer ? ».

La confiance dans le subordonné est, particulièrement, féconde. On a pris l’habitude de lui donner un nom savant : la subsidiarité ; mais ça ne change rien. Comme chef d’état-major des armées, je mesure chaque jour davantage à quel point je suis dépendant de l’action de chacune et de chacun d’entre vous. Seul, je ne peux rien. Ensemble, rien n’est impossible !

Je terminerai par une recommandation. Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte.

Une fois n’est pas coutume, je réserve le sujet de ma prochaine lettre.

Fraternellement,

Général d’armée Pierre de Villiers

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Passe d'armes Macron/Villiers : n'est pas De Gaulle qui veut !

Par Arnaud Benedetti
Publié le 17/07/2017 à 11h33 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

FIGAROVOX/ANALYSE - Arnaud Benedetti revient sur la passe d'armes entre Macron et le chef d'état-major des armées Pierre de Villiers. Pour le spécialiste de la communication politique, le président de la République doit comprendre que l'obéissance ne se décrète pas.

 Arnaud Benedetti est professeur associé à l'Université Paris-Sorbonne, coauteur de Communiquer, c'est vivre (entretiens avec Dominique Wolton, éd. Cherche-Midi, 2016), et auteur de La fin de la Com' (éditions du Cerf, 2017)

En quatre mots: «je suis votre chef» , le tout jeune Président vient de déclencher peut-être l'une des crises les plus aiguës , toute proportion gardée ,entre le pouvoir civil et l'institution militaire depuis Avril 1961 , date du putsch avorté d'Alger ... Le chef d'Etat major des armées , le Général de Villiers , ne peut en aucun cas être tenu pour responsable de ce qui s'apparente comme le premier «couac» majeur du nouveau pouvoir. Auditionné par la Commission de La Défense de l'Assemblée nationale , il a tenu un discours de vérité aux parlementaires , leur rappelant sans ambages les nécessités budgétaires du corps régalien dont il a la charge .

La sortie du Président de la République , à la veille du 14 Juillet , constitue de facto pour plusieurs raisons un accident de communication politique .

Tout d'abord, en sur-lignant verbalement et explicitement sa primauté de chef , il a non seulement utilisé l'arme des faibles contraint de rappeler leur statut pour affirmer et affermir leur autorité mais il a oublié cette réalité , ou ignoré - ce qui est manifestement plus grave - cette règle élémentaire de la tradition , de l'habitus militaire dont il est pourtant le garant: on ne «recadre» pas en public et devant ses propres subordonnés un subordonné ...

L'émoi suscité au sein même d'une armée habituée à subir les «grandeurs et servitudes» de sa mission trouvera renfort à son expression dans le lien que l'opinion a noué avec ses soldats . La France aime ce grand corps silencieux , modeste , discret , dévoué , tout de retenue et de besogne qui assume aux quatre coins du monde tout à la fois sa sécurité et quelque part ce qui lui reste de fierté. Cette relation comme toutes les grandes passions est muette mais imprégnée d'une réelle sincérité . Dans un monde «insécure» , les français entretiennent une liaison de proximité , d'estime et de confiance avec ceux en charge de la défense du pays . La deuxième faute du Président Macron consiste ainsi à avoir négligé la force de ce pacte qu'aucune logique comptable , technocratique , bruxelloise en quelque sorte ne saurait remettre en question . Cette vérité est en soi une vérité de communication (hcq ....organique ........), celle qui fait chair et sens dans le rapport d'un peuple avec ceux dont le contrat peut conduire jusqu'au sacrifice suprême . Au prisme de la fulgurante distinction de Péguy, Macron a rappelé à son insu qu'il était plus un homme de son temps , soumis à l'ordinaire d'une période , qu'un homme d'une époque , soucieux de la dimension transcendante et sacrée de l'Etat . Il a contredit ce qu'il s'efforce de bâtir en , par et pour lui-même , dynamitant de la sorte la conception parfois méta-politique qu'il prétend assigner à son rôle .

L'obéissance ne se décrète pas , le respect non plus ...

Cette omission est d'autant plus tactiquement, conjoncturellement pénalisante qu'elle parasite la scénographie plutôt réussie de la venue du Président Trump en France . Les médias et les commentateurs ne s'y sont pas trompés qui ont accordé une large place , souvent pour la regretter , voire la dénoncer , à la polémique. Or réaffirmant l'amitié franco-américaine , réactivant la mémoire de la grande guerre , apaisant le lien avec le Président des États-Unis , la séquence proposée par l'Elysée avait tout pour prolonger le miel d'une entrée en matière potentiellement réussie sur la scène internationale , après les années erratiques du hollandisme élyséen . Inopiné, cette séquence a subitement dessiné une autre représentation: celle d'un fils de la technostructure post-tragique , a-historique , qui montre une impatience illégitime alors que le monde lui résiste . C'est cette image que le déjà très expérimenté Macron a pris le risque de renvoyer à une opinion jusque là bienveillante . Tout un storytelling en est dès lors bousculé , dévoilé même au point de n'y laisser que le ressac d'un machiavélisme un tantinet grossier , et dépourvu du charme subtile de son initiateur florentin ...

Ainsi l'homme qui se revendique de la «pensée complexe» fait subitement fi de la complexité du politique en exhibant surtout une conception excessivement simplificatrice de l'exercice du pouvoir. Antépénultième erreur , il étale jusqu'à l'excès de posture et de langage une verticalité qui confirme un usage de l'exécutif hypertrophié d'où s'exhale le fumet d'une propension non seulement à la surestime de soi mais au simplisme managériale ... L'obéissance ne se décrète pas , le respect non plus ; encore faut-il qu'ils s'acculturent aux caractéristiques du moment qui exige par-delà l'expression de l'autorité l'écoute , le dialogue , la conscience qu'une nation n'est pas une entreprise mais une collectivité humaine traversée d'intérêts multiples , de contradictions , d'attentes diverses, de susceptibilités fragiles qu'il convient de faire tenir ensemble . Le «jupiterisme» est une formule sans doute gratifiante pour son initiateur présidentiel, mais loin d'être une méthode de conduite des hommes démocratiques elle ramène l'exercice du pouvoir à une injonction brutale , exaspérante , voire injuste et arrogante .

N'est pas De Gaulle qui veut , ni Mitterrand d'ailleurs: les deux hommes , polis par la vie et l'histoire ( et quelle histoire!) , pouvaient s'autoriser des cruautés et des brusqueries que leur personnalité propre n'excusait peut-être pas nécessairement mais facilitait dans tous les cas . C'est l'épreuve des temps exceptionnels qui fabrique les grands hommes et non des astuces communicantes ... Macron ne doit jamais oublier que sa jeunesse ne lui sera pas pardonnée si elle ne s'accompagne d'une forme d'humilité , à fortiori dans une société vieillissante.

Le bug communicationnel de l'épisode de Villiers traduit enfin et surtout une «sarkozysation» du comportement et de la technique de gouvernement . Certes , le Président est bien le Chef des armées . Certes , la Défense relève du domaine dit réservé, mais sur une question budgétaire , d'«intendance» eut dit , bougonnant , le fondateur de la V ème République , Emmanuel Macron a pris l'initiative de court-circuiter toute la chaîne de décision gouvernementale , à commencer par sa ministre des Armées dont le rôle pour la circonstance est absolument scotomisé... Le macronisme aime se confronter à la mythologie , tutoyer parfois les sommets d'une grâce olympienne mais les antiques n'ignoraient pas , eux, les ravages de l'hybris ... Reste à savoir si le jeune élyséen , dans son château , entendra la mauvaise rumeur des Dieux pour assouplir avec une plasticité dont il a déjà su faire montre par ailleurs une position où l'orgueil cannibalise la tempérance . Gouverner , c'est aussi reconnaître ses erreurs .

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Général d'armée Pierre de Villiers : «Soyons fiers de nos armées françaises»

Par Pierre de Villiers
Le Figaro Publié le 13/07/2017 à 19h47  >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

TRIBUNE - Le chef d'état-major des armées rend hommage à nos soldats - fantassins, marins et aviateurs. Il souligne le caractère essentiel de leur mission et sa difficulté. Le chef d'état-major des armées rappelle les efforts consentis par les soldats français et leurs familles. Il plaide, enfin, pour le respect scrupuleux des engagements pris à l'égard du budget de la défense nationale.

Aujourd'hui, comme chaque 14 Juillet, le peuple français a rendez-vous avec son armée. L'accueil toujours plus chaleureux qui lui est réservé n'a rien d'anodin. Il nous dit quelque chose de la relation étroite qui existe entre le pays et ceux qui, en son sein, ont pour mission de le protéger. Il témoigne de la fierté et de la reconnaissance de nos compatriotes pour ce que nos armées font, pour ce qu'elles sont et pour ce qu'elles incarnent.

Partout, la paix et la stabilité sont menacées par des adversaires qui ne connaissent plus aucune limite.

Ce qu'elles font, d'abord. Au quotidien, elles assurent avec constance et détermination, exigence et discrétion, leur difficile mission de protection de la France et des Français, dans un contexte sécuritaire qui s'est considérablement durci ces dernières années. Partout, la paix et la stabilité sont menacées par des adversaires qui ne connaissent plus aucune limite.

La paix est menacée, bien sûr, par le phénomène du terrorisme islamiste radical qui n'a d'autre projet que la destruction et l'anéantissement de toute altérité, en commençant par les plus démunis et les plus faibles. Cette menace ne se limite plus aux seules zones grises ou aux foyers traditionnels de ce fanatisme idéologique. Elle s'étend désormais à des espaces toujours plus vastes, frappant chacun des cinq continents. La France et l'Europe, parce qu'elles portent un projet de paix et de modernité, sont particulièrement visées.

Mais une menace peut en cacher une autre. Certains États-puissances n'hésitent plus désormais à tutoyer la ligne rouge. Soucieux d'étendre leur influence, y compris par l'expansion territoriale, ils mettent en œuvre des stratégies agressives et investissent des champs nouveaux comme le cyberespace et l'espace extra-atmosphérique. Bien que moins immédiate et perceptible, cette menace n'en est pas moins réelle. Elle se traduit, entre autres, par l'augmentation sensible des dépenses de défense à travers le monde. Un signe ne trompe pas: en 2016, les ventes d'armes ont retrouvé leur niveau de la fin de la guerre froide. Les dépenses militaires représentent désormais 1 700 milliards de dollars, soit 2,3 % du PIB mondial.

Un signe ne trompe pas : en 2016, les ventes d'armes ont retrouvé leur niveau de la fin de la guerre froide.

Face aux dérives potentielles de la puissance, nos forces armées mettent en œuvre la capacité de dissuasion nucléaire. Simultanément, elles participent activement aux mesures de défense et de protection du territoire, aux côtés des forces de sécurité, par les postures permanentes (NDRL: dispositifs militaires) de sûreté aérienne et de sauvegarde maritime et grâce à un dispositif de forces prépositionnées à l'étranger cohérent. Enfin, parce que nous sommes face à un ennemi qui s'appuie sur des sanctuaires, les militaires français sont engagés, avec nos alliés, au plus près des zones refuges des organisations terroristes, principalement dans la bande sahélo-saharienne et au Levant. En parallèle, ils y accompagnent la montée en puissance des forces armées locales. Sur ce chemin, ils savent que gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix. Ils comprennent que la réouverture d'une école est au moins aussi importante que la destruction d'un objectif.

Les opérations - là-bas et ici - contribuent directement à la sécurité nationale qui repose, avant tout, sur une continuité effective entre sécurité intérieure et défense extérieure. La multiplication accélérée des périls sécuritaires, de toute nature, notamment sur les approches du continent européen, révèle, par contraste, l'existence d'une véritable communauté de destin qui réunit l'ensemble des pays de l'espace euro-méditerranéen et qui appelle une réponse coordonnée.

L'action des hommes et des femmes de nos armées est déterminante. Ils le savent et sont résolus à poursuivre ce combat, malgré les difficultés. Un de nos soldats, héros de notre temps, tombé au Mali au mois d'avril dernier, servait dans un régiment dont la devise est «Je continuerai!». Elle pourrait être celle de nos armées tout entières. Soldats, marins, aviateurs, d'active et de réserve, civils de la défense, sont plus que jamais décidés à faire en sorte que notre pays tienne la position. À faire en sorte d'assurer la protection de la France et des Français avec le même niveau d'exigence et la volonté d'insérer leur action dans une approche globale. À faire en sorte de cultiver l'excellence, y compris dans les domaines technologiques les plus pointus, au prix d'une remise en cause permanente.

Cet état d'esprit est un marquant de l'énergie et de l'équilibre de nos armées. Il nous révèle aussi ce qu'elles sont.

Le courage de tous concourt directement au succès de nos armées.

Une force jeune, d'abord, avec une moyenne d'âge de 33 ans. À chacun de mes déplacements sur le terrain, je constate la formidable richesse de cette jeunesse, venue de tous les horizons pour servir. Je le lis dans le regard de ces soldats, que je retrouve au fin fond du Sahel, écrasés par la chaleur du désert et, malgré tout, toujours partants. Je le vois à l'application mise par les pilotes et les mécaniciens dans leur travail de précision sur la base aérienne de Jordanie. Je le sais quand j'écoute le marin embarqué parler avec passion de son métier qui allie endurance et haute technicité. Je le constate chez les sept mille militaires qui patrouillent quotidiennement, à Paris et en province, là où vivent nos compatriotes. Tous supportent, avec courage et désintéressement, les contraintes liées à leur état de militaire et les absences répétées de leurs foyers - parfois jusqu'à 250 jours par an. Cet effort est également celui de leurs familles, qui méritent notre reconnaissance et toute notre attention. Le courage de tous concourt directement au succès de nos armées.

C'est ce même état d'esprit et ce même élan qui transparaît chez ceux qui défilent, aujourd'hui, avec leur unité, sur les Champs-Élysées et partout en France. Je l'affirme: nous avons une belle jeunesse, animée par le sens du service et la volonté de donner un sens à sa vie. Elle sait qu'il faut, pour cela, savoir s'engager sur un chemin exigeant ; et elle le fait.

Cette force jeune est aussi une force en mouvement, qui ne craint pas de sortir de sa zone de confort et de casser la routine pour s'adapter à un environnement sans cesse changeant. Cet ajustement permanent peut être inconfortable, mais il est essentiel. L'équation est simple: s'adapter pour dominer ou se figer et être dominé.

Dans les faits, cette exigence se traduit par la nécessité d'une modernisation régulière de nos capacités, seule voie possible pour espérer préserver notre avantage technologique face à des compétiteurs toujours plus nombreux et toujours plus innovants. Elle se traduit également par la nécessité de rendre notre organisation plus agile et plus efficace. Beaucoup a été fait, ces dernières années. Il faut désormais intensifier l'effort dans le domaine de la condition du personnel où des améliorations sont légitimement attendues. Ce sujet est, pour l'équipe que je forme avec les chefs d'état-major d'armée, derrière notre ministre des armées, Mme Florence Parly, une préoccupation de premier plan. Il s'agit, avant tout, d'une question de juste reconnaissance pour ceux qui ne comptent pas leurs efforts pour faire de nos armées une force prête.

Il est plus que jamais nécessaire que nos armées françaises soient aptes à répondre sur toute la largeur du spectre des menaces : sur terre, en mer, dans les airs, dans l'espace et, désormais, dans le cyberespace.

Il est, en effet, plus que jamais nécessaire que nos armées françaises soient aptes à répondre sur toute la largeur du spectre des menaces: sur terre, en mer, dans les airs, dans l'espace et, désormais, dans le cyberespace. Le choix, effectué il y a plus d'un demi-siècle, de disposer d'un modèle d'armée complet répondait à cette nécessité. Il n'a cessé d'être réaffirmé depuis.

Notre modèle est, aujourd'hui, en étroite cohérence avec la situation sécuritaire globale et les ambitions de notre pays. Il l'a prouvé et le prouve encore, au quotidien.

Il répond à la volonté de la France d'être en capacité d'entrer en premier sur un théâtre ou d'être nation-cadre d'une opération multinationale. Il répond également à cette conviction, partagée par tous les militaires, qu'on n'est jamais plus fort qu'à plusieurs. Cette conscience n'est pas nouvelle. La présence d'unités de l'armée américaine à Paris, pour commémorer le centenaire de l'engagement de deux millions d'Américains unissant leurs destinées à celles des soldats français et de leurs alliés, en témoigne. Nous travaillons, aujourd'hui, avec la même détermination, au renforcement des coopérations militaires avec les armées des pays amis et alliés, et en particulier avec les Européens, avec lesquels nous améliorons sans cesse notre interopérabilité.

Pour autant, nos armées sont confrontées, depuis plusieurs années, à une situation de forte tension, sous l'effet combiné d'un niveau d'engagement très élevé qui s'inscrit dans la durée - 30 000  soldats en posture opérationnelle, de jour comme de nuit, depuis plus de deux ans - et d'un contexte budgétaire compliqué. Ce grand écart n'est pas tenable. Notre liberté d'action en souffre déjà, ponctuellement. C'est le cas, par exemple, à chaque fois qu'une opération doit être différée, voire annulée, faute de moyens disponibles.

Pleinement conscient de cette situation, le président de la République, chef des armées, a réaffirmé la nécessité de s'engager sur la voie de la régénération du modèle, avec comme objectif de consacrer 2 % du PIB à la défense, à l'horizon 2025, soit 50 milliards d'euros courants (hors opérations extérieures et hors pensions). Il est important que cette trajectoire qui doit nous conduire vers cet horizon soit initiée, dès 2018, puis respectée dans la durée, pour préserver l'indispensable cohérence entre les menaces, les missions et les moyens. C'est à cette condition que nos armées pourront demeurer ce qu'elles sont et refléter ce qu'elles incarnent.

Là réside une part essentielle de la motivation des jeunes à nous rejoindre. Ils savent qu'ils vont combattre pour la liberté ; qu'ils vont vivre l'égalité sous l'uniforme ; et que la fraternité sera leur quotidien.

Je pense pouvoir affirmer, pour vivre au milieu d'elles depuis plus de quarante années, qu'elles sont à l'image du pays. Elles partagent son caractère ; elles rendent compte de sa diversité ; elles incarnent ses valeurs.

Là réside une part essentielle de la motivation des jeunes à nous rejoindre. Ils savent qu'ils vont combattre pour la liberté ; qu'ils vont vivre l'égalité sous l'uniforme ; et que la fraternité sera leur quotidien.

La liberté, d'abord, dont on mesure, aujourd'hui peut-être plus qu'hier, combien elle est fragile et combien il est important de se battre pour la protéger. «Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste», écrivait Victor Hugo. Cette conviction est le moteur de l'action des hommes et des femmes de nos armées.

L'égalité, ensuite, parce que sous l'uniforme seul importe le sentiment d'un destin partagé. Face au danger, les différences ne résistent pas bien longtemps. Mais, de retour à la base ou au quartier, l'égalité des chances n'est pas, non plus, un vain mot. Chez nous, chacun se voit offrir l'opportunité de s'élever.

La fraternité, enfin, ce que nous, militaires, appelons esprit de corps, esprit d'équipage ou fraternité d'armes. Dépassant l'individualisme, elle se construit, patiemment, sur les joies partagées et, surtout, sur les épreuves surmontées ensemble. Rien ne résiste à sa force et à son assurance.

C'est, probablement, ce que beaucoup de nos compatriotes ressentent au passage du drapeau qui précède les troupes. Un emblème tissé du fil des épreuves et des ambitions de la Nation. C'est ce qu'il représente que nous saluerons. C'est devant ce qu'il signifie que nous nous inclinerons.

Comme l'a rappelé le président de la République, à Gao, au Mali, le 19 mai dernier: «La sérénité de nos existences, la sécurité de nos enfants, les joies de chaque jour ont un prix, c'est celui (des) sacrifices.» Ceux de nos soldats, de nos marins, de nos aviateurs qui ont mis leur vie au service du succès des armes de la France. Soyons fiers d'eux. Soyons fiers de nos armées françaises.