EXTRAITS

  • 4 ... En Inde, une fillette sauvage découverte au sein d'un groupe de singes.
  • 3....La Nature exposée : le combat avec l'ange ...un débat vieux de deux mille ans sur la double nature du Christ: vrai homme, vrai Dieu, ce sujet a suscité des querelles, des hérésies, des guerres. Le travail de notre héros consiste à dégager la partie des reins recouverte d'un voile tardif cachant la virilité du crucifié qu'un sulpicisme a voulu nier. Ce qu'Erri De Luca appelle  «la nature exposée»
  • 2. ... Éric Zemmour: «Le charme d'un professeur en cravate».  .......Philippe Bénéton livre une critique sans concession d'une modernité occidentale qui « donne au conformisme le nom de liberté et au dérèglement moral le nom d'émancipation ».
  • 1. ... Philippe Descola : Par-delà nature et culture .....Ph. Descola esquisse, sans jamais tomber dans le piège de l’ethnocentrisme. C’est au contraire l’Occident qui, en creux, et au terme de cette étude, nous apparaît tout à fait exotique, tout du moins exceptionnel dans ses prétentions au savoir, à la vérité, voire à l’universel. Cet étrange « Grand Partage », entre Nature et culture(s), humains/non humains, logique/pré-logique, qui dessine les contours géographiques et temporels de l’Occident, semble dès lors bien isolé. Descola évite également l’écueil du relativisme absolu et inconsistant, celui qui, bien souvent, confine au culturalisme, c’est-à-dire au cloisonnement d’entités culturelles factices :
  • 0 .... BIENS COMMUNS ... beni comuni ..le fait même d’attacher l’ordre juridique non pas aux simples relations entre personnes, mais aux relations que les personnes entretiennent via des choses, laissait la porte ouverte à des déplacements internes massifs

ENtRE-LATION :

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En Inde, une fillette sauvage découverte au sein d'un groupe de singes.

Par Yohan Blavignat Publié le 07/04/2017 <<<<<<<<<<<<<<LFP<<<<<<<<<

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La Nature exposée : le combat avec l'ange ...

Par Etienne de Montety
Publié le 22/03/2017 à 16h51

Erri De Luca ranime le débat vieux de deux mille ans sur la double nature du Christ.

Restaurer un crucifix, quoi de plus banal pour un sculpteur. En acceptant la proposition apparemment anodine, le narrateur sait-il qu'il met les pieds dans un débat vieux de deux mille ans sur la double nature du Christ: vrai homme, vrai Dieu, ce sujet a suscité des querelles, des hérésies, des guerres. Le travail de notre héros consiste à dégager la partie des reins recouverte d'un voile tardif cachant la virilité du crucifié qu'un sulpicisme a voulu nier. Ce qu'Erri De Luca appelle  «la nature exposée» . Pour l'artiste, avant même la question de cette nature, se pose celle de la représentation: est-elle imitation, interprétation? Jusqu'où? Et pourquoi?

«Être un saint sans Dieu, c'est le seul problème concret que je connaisse»

Albert Camus

Le sculpteur n'a pas la foi, mais les œuvres: c'est un réfractaire qui par exemple fait passer la montagne à des clandestins, refusant d'être payé pour des randonnées qui assouvissent chez lui une passion pour l'air des cimes et un sentiment de miséricorde à l'égard des damnés de la terre. Un demi-siècle après Camus et son célèbre «Être un saint sans Dieu, c'est le seul problème concret que je connaisse», Erri De Luca pose à nouveau la question à un monde affranchi du christianisme comme foi, comme référence artistique et désormais comme morale.

Le sculpteur se met au travail, non parce qu'il a été touché par l'œuvre d'art mais à cause de l'ultime parole du Christ: «Ces mots, dit-il, élèvent sa mort au rang de sacrifice. Sans eux la croix reste la poutre du supplice d'un innocent.»

Le réalisme de la représentation l'ébranle. Le voici pris de pitié: il se représente physiquement le froid printanier de Jérusalem au moment de la Pâque, la suspension à la croix, la terrible torsion exercée sur la colonne vertébrale du malheureux. Il souffre bientôt avec son œuvre, au point de vouloir partager au plus près la condition du Crucifié. Au sens fort du mot, vivre une expérience de compassion.

«Ces mots élèvent sa mort au rang de sacrifice. Sans eux la croix reste la poutre du supplice d'un innocent»

On dirait qu'il rejoue le fameux combat de Jacob avec l'ange - où, souvenez-vous, le rein a son importance: en tout cas, le divin éprouve l'artiste. Un rabbin, un ouvrier musulman sont les figures symboliques (un peu convenues) que l'auteur introduit dans son histoire pour éclaircir et approfondir l'aventure spirituelle de son personnage.

La Nature exposée est sans conteste l'un des plus curieux romans du moment. Une centaine de pages mais mille thèmes esquissés. On dirait que l'auteur ne veut pas épuiser son sujet d'un jet de plume. Qu'il craint de le traiter trop frontalement. Alors il temporise, parle de la mer: ode à L'Odyssée (chère à l'auteur) et à Moby Dick. Célèbre Naples (ville natale de l'auteur) et se demande encore, réflexion chrétienne s'il en est, dans quelle mesure le bien et le beau doivent être connus des hommes.  «La célébrité est une dérision», lâche notre «saint» camusien.

Son récit sans noms, de lieux ni de personne, tient de la parabole. Ainsi comment ne pas voir que la montagne, en dépit de ses dangers, renferme des précipices moins dangereux que la découverte même fortuite du mystère du Christ.

À la fin, le mécréant, grand lecteur devant l'Éternel, aura compris beaucoup de choses. Ainsi quand il note à propos des pages de l'Évangile qu'il juge supérieures à tout:  «Elles ne retournent pas dans leur millénaire. Elles se sont glissées dans l'écoute, elles font du lecteur un témoin, quelqu'un qui était là».  Va, ta foi t'a sauvé.

«La nature exposée», d'Erri De Luca, traduit de l'italien par Danièle Valin, Gallimard, 167 p., 16,50 €.

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Éric Zemmour: «Le charme d'un professeur en cravate»

Par Eric Zemmour
Publié le 01/02/2017 >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Philippe Bénéton livre une critique sans concession d'une modernité occidentale qui « donne au conformisme le nom de liberté et au dérèglement moral le nom d'émancipation ».

La bataille des idées ressemble de plus en plus à un match de handball. Deux équipes s'affrontent ; chacune attaque et défend à son tour ; la balle (les arguments) passe de main en main avant qu'un des joueurs trouve un trou dans la défense adverse et marque un but. Alors, la balle remonte le terrain en sens inverse. Les deux équipes changent de nom mais c'est toujours le même match: les progressistes contre les réactionnaires ; les modernes contre les anciens ; les mondialistes contre les patriotes ; les multiculturalistes contre les racines chrétiennes de la France ; les droits de l'homme contre les droits du citoyen ; la méthode globale contre la méthode syllabique ; le pédagogisme contre l'école de Jules Ferry ; le parti de l'Autre contre le parti du peuple ; les islamophiles contre les islamophobes ; les européistes contre les souverainistes ; les féministes contre le mâle blanc de cinquante ans. Les premiers ont le pouvoir - machine d'État, machine médiatique, et culturelle ; les seconds bénéficient d'un soutien populaire croissant.

Philippe Bénéton est de ces profs à l'ancienne qu'on souhaite aux nouvelles générations. Clair, précis, mesuré, maniant l'ironie et la parodie avec l'art de ceux dont (l'immense) culture est devenue une seconde nature

On peut jouer dans une équipe et reconnaître la valeur d'un adversaire. On peut jouer dans une équipe et apprécier un coéquipier de choix. Philippe Bénéton est de ces profs à l'ancienne qu'on souhaite aux nouvelles générations. Clair, précis, mesuré, maniant l'ironie et la parodie avec l'art de ceux dont (l'immense) culture est devenue une seconde nature. Dans l'équipe de handball des Anciens, il est de ces joueurs qui ne surprennent pas l'adversaire par des coups inédits, mais qui ne perdent aucun ballon. Aucun argument n'est neuf, mais leur formulation est toujours acérée. Ce prof en cravate est un redoutable adversaire pour ses collègues qui n'en portent pas. Cet héritier de Péguy reprend la bataille de la «Nouvelle Sorbonne» là où le maître l'a laissée pour aller se faire tuer sur le front de la guerre de 14, celle qui défend les humanités contre les sciences humaines, l'autonomie du politique contre l'asservissement aux sciences sociales, ou la richesse des identités contre la logique impérialiste de l'économisme qui conduit à un monde «universellement prostitutionnel parce que universellement interchangeable» (Péguy).

«Tout est politique», disaient les lanceurs de pavé en mai 68. Il est temps et il est justice que les pavés leur reviennent dans la figure comme des boomerangs. La contre-offensive doit être à la fois philosophique et universitaire, éthique et esthétique, juridique et idéologique. Notre professeur mène le combat tous azimuts car il sait que tout est lié. Il dénonce avec verve les talents «d'illusionnistes» de ces spécialistes des sciences de l'éducation qui n'ont jamais enseigné, de ces petits maîtres des sciences humaines qui cachent derrière leur prétention mathématique et scientifique, un impérialisme idéologique, l'arrogance de Bourdieu et de ses émules, sans oublier la fumisterie clinquante des études féministes. Notre professeur émérite à la faculté de droit et de sciences politiques de Rennes n'oublie pas de revenir sur le coup d'État juridico-politique opéré en toute impunité depuis des décennies par les grands juges occidentaux, de la Cour européenne des droits de l'homme à la Cour suprême américaine, qui se sont émancipés des textes qu'elles étaient censées appliquer pour forger de toutes pièces un droit au service des individus et des minorités, un droit où «la non-discrimination est devenue une arme de subversion contre la nation, la famille, l'Église, l'école…».

«Les étudiants qui entrent en faculté après ce simulacre d'examen qu'est devenu le baccalauréat ont deux caractéristiques : ils ne savent pas, ils ne savent pas qu'ils ne savent pas»

Philippe Bénéton

Notre auteur n'est pas un réactionnaire exalté ni un fanatique du c'était mieux avant, ainsi que les joueurs de l'équipe adversaire voudront le caricaturer. «Il est un temps pour chaque chose. Il y a un temps pour parler en faveur des institutions, des charges, des formes, il y a un temps pour parler contre. Aujourd'hui, le temps est au plaidoyer parce que les institutions sont battues en brèche, hier, nombre de critiques étaient bienvenues parce que les institutions pouvaient être étouffantes.»

Mais le temps est venu car l'état de décomposition de nos sociétés est fort avancé: «Les étudiants qui entrent en faculté après ce simulacre d'examen qu'est devenu le baccalauréat ont deux caractéristiques: ils ne savent pas, ils ne savent pas qu'ils ne savent pas.»

Le simulacre de nos sociétés fondées sur l'autonomie individuelle et la liberté et qui ne favorisent en vérité que le conformisme et le dérèglement moral, apparaît désormais aux yeux de tous: «Le bien et le mal n'ont pas disparu des esprits et des discours, seulement ils ont changé de nom et ils ont changé de place… Les hommes modernes en général se laissent prendre à un discours qui utilise un double langage. Les hommes émancipés du rang se font duper par les hommes émancipés en chef.»

Le dérèglement moral de l'Occident de Philippe Bénéton (Éditions du Cerf), 272 p., 22 €.
Le dérèglement moral de l'Occident de Philippe Bénéton (Éditions du Cerf), 272 p., 22 €.

Mais nos mauvais maîtres ainsi démasqués et conspués n'entendent pas abdiquer comme nos anciens rois qui préféraient fuir pour ne pas tirer sur le peuple ; eux tireront sans état d'âme. Ils ont déjà installé les canons: «La haine de la haine, réelle ou supposée, permet de haïr en toute bonne conscience», note, sarcastique, notre professeur. Qui ne tombe pas non plus dans le panneau des campagnes compassionnelles pour tous les migrants de la terre et toutes les minorités adulées: «Dans notre monde, la compassion déborde et le respect d'autrui dépérit.»

Deux buts de plus pour son équipe: notre professeur a bien joué son rôle et sa partition dans un match difficile dont l'enjeu est vital pour le destin de la France, de l'Occident. Il s'efforce de sauvegarder ce qui peut encore l'être d'une certaine idée de l'homme héritée du christianisme, car il a saisi qu'à force de subir les assauts de la déconstruction et de la dérision, cette incommensurable légèreté de l'être moderne conduit notre civilisation au chaos et à la mort: «Pour les Anciens, la vie était une tragédie, pour les chrétiens, elle est un drame, pour les Modernes tardifs, elle se réduit à un feuilleton.» Encore un beau but professeur!

 

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Philippe Descola : Par-delà nature et culture

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Ph. Descola est de ceux qui ne sont pas inutilement prolixes et qui savent économiser leur talent : il écrit peu. En 1986, il livre ses premières analyses ethnographiques1 à partir de ce qui, dans le sillage de Cl. Levi-Strauss, deviendra son terrain de prédilection : l’Amazonie. Quelques années plus tard, ce sont les Lances du crépuscule, autour, cette fois, des Jivaros2. Puis des années de maturation qui portent leur fruit : cette somme, ce Grand Œuvre au titre-palimpseste que constitue Par-delà nature et culture. On retrouve bien sûr quelques figures antérieures : Achuar, Jivaros entre autres, mais aussi les Makuna ou les Desana de Colombie, les Yagua du Pérou. Il élargit pourtant son champ de recherche à l’Amérique du Nord, à la Sibérie, à certaines « tribus » africaines, ou encore aux Aborigènes d’Australie. Bref, il réassigne à l’anthropologie ses objectifs comparatistes, en formulant ainsi simplement son projet : « Pourquoi tel fait social, telle croyance, tel usage sont-ils présents ici et non là ? »

Loin d’une fresque philosophique4, c’est bien une mise au jour de populations mal connues, ou tout simplement méconnues, du lecteur occidental que Ph. Descola esquisse, sans jamais tomber dans le piège de l’ethnocentrisme. C’est au contraire l’Occident qui, en creux, et au terme de cette étude, nous apparaît tout à fait exotique, tout du moins exceptionnel dans ses prétentions au savoir, à la vérité, voire à l’universel. Cet étrange « Grand Partage », entre Nature et culture(s), humains/non humains, logique/pré-logique, qui dessine les contours géographiques et temporels de l’Occident, semble dès lors bien isolé. Descola évite également l’écueil du relativisme absolu et inconsistant, celui qui, bien souvent, confine au culturalisme, c’est-à-dire au cloisonnement d’entités culturelles factices :

Comment dès lors se soustraire au dilemme du naturalisme, cette oscillation trop prévisible entre l’espoir moniste de l’universalisme naturel et la tentation pluraliste du relativisme culturel ? […] Il est (…) une voie qui permettrait de concilier les exigences de l’enquête scientifique et le respect de la diversité des états du monde […] je l’appellerai volontiers relativisme relatif […]. [Il] ne part pas de la nature et des cultures, des substances et des esprits, des discriminations entre qualités premières et qualités secondes, mais des relations de continuité et de discontinuité, d’identité et de différence, de ressemblance ................

 

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BIENS COMMUNS ... beni comuni

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9) ............il s’agit de réinvestir une ambiguïté fondamentale du droit moderne, qui identifiait de façon extrêmement étroite liberté et droit de propriété, État de droit et protection des biens appropriés (Kelley et Smith, 1984). En effet, si d’un côté ces identifications successives ont consacré la propriété individuelle exclusive comme un paradigme politique apparemment incontesté, le fait même d’attacher l’ordre juridique non pas aux simples relations entre personnes, mais aux relations que les personnes entretiennent via des choses, laissait la porte ouverte à des déplacements internes massifs (Xifaras, 2004). En effet, dès lors que l’on reconnaît la dimension collective, et même sociale, du rapport à certaines choses, alors la mission du droit consiste à reconnaître et à protéger ce caractère collectif contre des formes d’appropriation exclusive. C’est le cas, de façon exemplaire, des biens qui conditionnent l’« exercice des droits fondamentaux » et le « libre développement de la personne », pour reprendre les termes de la commission Rodotà : ceux-ci, comme l’eau ou l’air, mais aussi d’autres plus débattus, comme l’espace urbain ou l’éducation, exigent un mode de gestion collaboratif, qui fait droit à la valeur sociale irréductible des relations qui les produisent et qui se déploient autour d’eux.